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L’essence
spirituelle de l'art
Frédéric Sorhaïtz
Discours
prononcé à l'occasion du mariage de Christel et Jean-François, le samedi 1er
octobre 1988 en l'église Notre Dame du Salut, à Bordeaux (France).
Christel et Jean-François, vous m'avez
demandé de parler du rôle de l'art dans la vie. Je parlerai d'art. Je
parlerai aussi de vie spirituelle.
L'art se définit comme un mode
d'expression, expression d'un idéal, expression de la beauté. L'art est un
langage qui transmet un message.
Pour moi, le rôle le plus significatif
de l'art est de transmettre des sentiments tels que l'amour, la paix, la
joie, la reconnaissance, l'espoir, la foi.
L'art embellit la vie. Il adoucit la
vie. L'art rapproche les gens. Il est l'occasion de rapports sociaux,
d'enrichissement mutuel. L'art est aussi l'occasion de travail, de
progression, de perfectionnement et de satisfaction pour ceux qui
l'exercent et d'émerveillement, de ravissement, de bonheur, de plaisir pour
ceux qui y prennent part.
Apprécier l'art exige de la
sensibilité. Comme la vie, l'art a une essence spirituelle. Être sensible à
l'art est un signe de spiritualité. L'être qui est sensible à l'art est
spirituel. C'est le cas de tous les êtres humains à différents degrés. Tous
les hommes sont des enfants de Dieu qui est l'auteur de leur spiritualité.
L'homme spirituel aspire à tout ce qui est de bon ton, de bon goût, à tout
ce qui est beau, aimable, noble, vertueux, digne, juste et vrai, à tout ce
qui tend vers le bien, la qualité, la perfection.
L'art devrait être encouragé dans les
familles. Je rends hommage à mes parents qui, lorsque j'avais cinq ans, ont
fait le sacrifice de m'offrir des cours particuliers de solfège et de
mandoline malgré leurs moyens modestes et ont veillé à ce que je m'exerce
entre les leçons. À ma mère qui, sur son vélo solex, m'emmenait une fois
par semaine chez mon professeur et un autre jour à la répétition
d'orchestre qu'il dirigeait ; ma mère qui m'a appris, alors que je ne
savais pas encore lire, les paroles des chansons que, lors des spectacles,
j'interprétais en soliste, accompagné par l'orchestre à plectres ; à mon
père qui, chaque dimanche, enfourchait lui aussi son solex pour m'emmener à
la répétition d'un autre orchestre à plectres dirigé par mon professeur.
Dans l'idéal, la famille se réunit non
seulement pour les repas mais aussi pour prier, étudier, travailler et se
divertir. Dans le cadre familial, l'art devrait avoir sa part.
L'art, comme la prière, est une forme
de culte. L'art est une forme de prière qui exprime la reconnaissance ou la
dépendance. L'art est une prière qui signifie tantôt « Merci », tantôt « S'il te plaît ».
Dans une famille où on lit, où l'on
écrit, où l'on dessine, où l'on peint, où l'on décore, où l'on écoute et
joue de la musique, où l'on chante, où l'on joue des saynètes, les enfants
acquièrent plus que le goût de l'art, ils apprennent le goût de la vie.
Qu'il s'agisse de peinture, de musique,
de littérature, de théâtre, de danse, de poésie, de sculpture, de
photographie ou de cinéma, l'art consiste à créer, c'est-à-dire à réunir et
à organiser divers éléments. Ainsi en est-il avec les sons, les formes, les
couleurs, les matières, les volumes, les mots, les scènes, les pas, les
figures, les clichés.
Cézanne a dit : « L'art doit rester une
harmonie parallèle à la nature » et Honoré de Balzac a écrit : « La
mission de l'art n'est pas de copier la nature mais de l'exprimer ». La
nature a elle-même un Créateur. Cela fait de lui le plus grand de tous les
artistes. Il a créé le ciel et la terre, puis il a créé l'homme à son
image.
Abraham Lincoln a dit à propos de la
voûte céleste : « Je comprends qu'il soit possible de regarder la terre et
d'être athée, mais je ne comprends pas qu'on puisse lever, la nuit, les
yeux vers le ciel et dire qu'il n'y a pas de Dieu » (dans La Route du
Succès, de Lord Baden-Powell, éd. Delachaux
& Niestlé, 1946, p. 225).
Lord Baden-Powell, fondateur du
mouvement scout, après avoir décrit dans l'un de ses ouvrages les chutes
Victoria, ajoute : « On apprend ici la petitesse de l'homme et ses
efforts éphémères dans une lutte mesquine pour des choses qui ne comptent
pas. On comprend de façon vague et inexacte peut-être, mais on comprend
qu'il y a une puissance autour de nous, qu'il y a le Créateur - Dieu - » (op.
cit.,
p. 208). Le même auteur, après avoir décrit l'œuvre suprême de Dieu -
l'homme – ajoute : « Les merveilles et les mystères de la nature n'ont
pas de borne. Leur étude offre un intérêt intellectuel, mais plus on les
étudie, plus on devient humble devant l'œuvre du Créateur » (op. cit., p.
218).
Dans le huitième psaume, David
s'exclame : « Éternel, notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute
la terre ! Ta majesté s'élève au-dessus des cieux… Quand je contemple les
cieux, ouvrage de tes mains, la lune et les étoiles que tu as créés :
qu'est-ce que l'homme pour que tu te souviennes de lui ? et le fils de
l'homme pour que tu prennes garde à lui ? Tu l'as
fait de peu inférieur à Dieu, et tu l'as couronné de gloire et de
magnificence. Tu lui as donné la domination sur les œuvres de tes mains, tu
as tout mis sous ses pieds, les brebis comme les bœufs, et les animaux des
champs, les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, tout ce qui parcourt
les courants marins. Éternel, notre Seigneur ! Que ton nom est
magnifique sur toute la terre ! » (Psaumes 8:2,4-10).
Tout art digne de ce nom existe déjà
dans les cieux. Par exemple, les Saintes Écritures mentionnent les chœurs
célestes, les chœurs des anges (Luc 2:13,14
Hébreux 12:22 1 Néphi 1:8 Mosiah 2:28 Alma
36:22). Le meilleur art est inspiré par les cieux et se reconnaît aux
sentiments d'élévation, d'inspiration qu'il procure.
L'Ancien
Testament rapporte que lorsque le roi Saül était agité par un mauvais
esprit le jeune David jouait de la harpe pour lui. « Saül respirait alors
plus à l'aise et se trouvait mieux, et le mauvais esprit s'écartait de lui
» (1 Samuel 16:23).
La musique harmonieuse existe dans les
cieux. Lorsque David jouait de la harpe l'esprit du roi Saül était soulagé
par l'atmosphère céleste créée par la musique. Quant au mauvais esprit, il
ne pouvait la supporter et se retirait.
La beauté est un aperçu du ciel. Elle
nous met en contact avec la pureté, la perfection, l'éternité, la gloire et
le bonheur des cieux.
Exercer l'art exige du talent. Le
talent est un don du Créateur. Ce don est accompagné de la responsabilité
de le développer. Dieu possède tous les talents. Il les distribue comme bon lui
semble. Recevoir un don de Dieu, c'est recevoir un peu de sa personnalité.
Tous les hommes ont des talents. Nous avons tous la responsabilité de les
développer et d'en user de façon juste, c'est-à-dire pour la gloire de Dieu
et la satisfaction de nos semblables.
Jésus a dit : « Il y a plus de bonheur
à donner qu'à recevoir » (Actes 20:35). Ce bonheur anime l'artiste qui
partage la beauté. Faire part de la beauté est un bonheur en même temps
qu'une responsabilité, celle de transmettre la beauté avec soin, de crainte
qu'elle ne perde sa qualité ou ne s'interrompe.
L'exercice de l'art s'expose au danger
de dénaturer ou d'altérer ce qui est beau. La maîtrise de l'art permet de
transmettre la beauté intacte. Cette maîtrise s'acquiert par l'étude et
l'application des lois et règles de l'art. Cet apprentissage exige
diligence, constance et patience mais offre de nombreuses et immenses
satisfactions.
Avant de terminer je voudrais
mentionner le mauvais usage qui parfois est fait de l’art. Je pense à la
diffusion de séquences fausses et offensantes de la vie de notre Seigneur.
J'affirme ici que la vie de Jésus-Christ a été exempte de tout péché en
pensée et en acte. Il a vécu une vie parfaite et par son sacrifice est
devenu l'auteur du salut de tous ceux qui veulent le suivre. La beauté, la
noblesse, la majesté, la lumière, la vérité, la puissance et l'amour
émanaient de son être. Sa vie, ses qualités, ses enseignements, ses
miracles, son sacrifice, sa mort et sa résurrection devraient être les
motifs les plus élevés de l'inspiration artistique.
Un artiste qui a fait rire la plupart
d'entre nous a dit de lui : « Jésus-Christ a été pour moi le radieux
compagnon de mon enfance, de mon adolescence et il est, maintenant et
toujours, le radieux compagnon de ma vie familiale et
professionnelle » (Louis de Funès ; citation intégrée au décor de
Noël d'une église de Troyes, en 1986).
Au témoignage de cet homme j'ajoute
qu'en suivant les enseignements du Maître nous pouvons acquérir et
accroître la disponibilité intérieure qui permet d'apprécier l'art. Cette
disponibilité est caractéristique des enfants au sujet desquels Jésus a dit
que le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent.
L'application des principes de vie
enseignés par le Sauveur purifie la nature humaine, la rend plus sensible à
la beauté, plus accessible au pouvoir de l'art d'inspirer, d'émouvoir, de
réjouir, d'apaiser, d'enrichir. J'ajoute que les principes de vie enseignés
par le Maître, principes de maîtrise de soi et de don de soi, ont le
pouvoir de faire de la vie elle-même une œuvre d'art.
Christel et Jean-François, je connais
la qualité de votre art. Puisse-t-il toujours refléter la beauté. Et puisse
votre vie de couple en être enrichie à jamais.
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