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La vision évangélique
des arts
Spencer W.
Kimball
Membre du collège
des Douze de 1943 à 1970
Président
suppléant du collège des Douze de 1970 à 1972
Président du
collège des Douze de 1972 à 1973
Président de
l’Église de 1973 à 1985
Dans le monde d’aujourd’hui se sont levées des étoiles
éclatantes dans le théâtre, la musique, la littérature, la sculpture, la
peinture, les sciences et tous les domaines où les hommes peuvent exceller.
Pendant de longues années j’ai imaginé les membres de I’Église accroissant
considérablement leur position déjà forte dans le domaine de l’excellence
jusqu’à ce que les yeux du monde entier soient sur nous. Le président JohnTaylor a fait cette prophétie en soulignant ses
paroles par ces directives :
« Notez bien ce que je dis et écrivez-le et vous
verrez si cela ne se réalise pas.
Vous
verrez le jour où Sion sera loin en avant sur le monde extérieur dans tout
ce qui a trait à l’érudition dans tous ses aspects tout comme nous le sommes aujourd’hui en ce qui concerne les questions
religieuses. Dieu attend de Sion qu’elle devienne un sujet de louanges et
de gloire pour toute la terre de sorte que les rois entendant parler d'elle
viendront contempler sa gloire… » (discours prononcé le 20 septembre 1857 ;
voir The Messenger, juillet 1953).
En ce qui concerne les maîtres, il doit certainement y
avoir dans l'Église beaucoup de Wagner (Richard Wagner, 1813-1883)
approchant de lui ou encore à venir, des jeunes ayant l'amour des arts, un
talent excellent et le vif désir de créer. J'espère que nous pourrons
produire des hommes plus grands que ce compositeur allemand, Wagner, mais
moins excentriques, plus spirituels.
Qui d'entre nous na pas été fasciné par Aïda, le
Trouvère ou d'autres chef-d’œuvres de Verdi (1813-1900) ? N'y aurait-il
plus jamais d'autre Verdi ni personne de supérieur à lui ? Ne
pourrions-nous pas trouver et former un Bach (1685-1750) à qui la musique
et en particulier la musique d’orgue et la musique chorale doivent presque
autant qu’une religion a son fondateur, disent certains musiciens.
Nous prenons conscience de tout notre potentiel si
nous avons des rêves et des visions d'avenir. Notre époque, notre temps,
notre peuple, notre génération doivent produire des artistes de ce genre.
Brigham Young a dit : « Tout
accomplissement, tout talent raffiné, toute réalisation utile dans les
mathématiques, la musique et toutes les sciences et les arts appartiennent
aux saints ». En parcourant l’Église, j'ai été bien des fois ravi d'entendre de merveilleuses voix. Je crois que tout
au fond de la gorge des saints fidèles d'aujourd'hui et de demain se
trouvent des qualités supérieures qui, si elles sont admirablement formées,
peuvent égaler ou surpasser ces grands chanteurs d'aujourd'hui.
Les membres de l'Église doivent être égaux ou
supérieurs à n'importe qui d'autre en capacités naturelles, en formation
étendue, ayant en plus le Saint-Esprit qui leur apporterait la lumière et
la vérité. Avec des centaines d' « hommes de Dieu » et leurs
associés ainsi bénis, nous avons la base d'un groupe de gens talentueux de
plus en plus efficaces et dignes.
On a demandé à un grand artiste laquelle de ses
représentations avait été la plus grande. Sa réponse : « La
prochaine ». Si nous recherchons la perfection - ce qu'il y a de mieux
et de plus grand - et ne nous contentons jamais de la médiocrité, nous
pouvons exceller. Dans le domaine de la composition et de l'interprétation,
pourquoi quelqu'un ne pourrait-il pas écrire un oratorio plus grand que le
Messie, de Haendel ? On na encore ni composé ni représenté ce qu'il y
avait de mieux. On peut utiliser l'apparition du Christ aux Néphites comme sujet d’un chef-d'œuvre plus grand. Nos
artistes de demain pourront écrire et chanter le retour spectaculaire du
Christ avec puissance et grande gloire sur la terre américaine et
l'installation du royaume de Dieu sur la terre dans notre dispensation.
Aucun Haendel ni aucun autre compositeur du passé, du présent
ou de I’avenir ne pourra jamais représenter suffisamment ce grand
événement. Comment pourrait-on jamais décrire par la parole et la musique
les gloires de la venue du Père et du Fils et du rétablissement des
doctrines, de la prêtrise et des clefs s'il n'est un saint des derniers
jours inspiré, instruit de l'histoire, des doctrines et des révélations et
ayant une capacité et une formation musicales riches ?
George Bernard Shaw, le dramaturge et critique
irlandais (1856-1950), a donné une approche de la vie en ces termes :
« Certains voient les choses et disent : ‘Pourquoi ?’
En ce qui me concerne, je rêve de choses qui n'existent pas et je dis : ‘Pourquoi
pas ?‘ Notre monde a tant besoin de gens qui rêvent de choses qui
n'existent pas et qui demandent : ‘Pourquoi pas ?‘ »
Et Niccolo Paganini, le
violoniste italien (1782-1840) ! Pourquoi ne pouvons-nous pas découvrir,
former et présenter beaucoup de Paganini et d'autres artistes aussi
grands ?
Et ne présenterons-nous pas au monde musical un pianiste capable d’exceller
la puissance étonnante d'exécution, la noblesse de sentiment du célèbre
pianiste et compositeur hongrois Liszt (1811-1886) ? Nous avons déjà eu des
artistes de talent au piano, mais j'ai l'espoir secret de vivre assez
longtemps pour entendre et voir au piano un plus grand artiste que
Paderewski, homme d'État, compositeur et pianiste polonais (1860-1941).
Assurément, tous les Paderewski ne sont pas nés en Pologne au siècle
dernier ; tous les gens de talent ayant une originalité créatrice
aussi éminente, ayant une puissance nerveuse aussi grande et un aspect
aussi romantique ne se sont pas limités à un seul corps et à deux
mains ! Il est certain que ce célèbre pianiste, à la carrière ardue et
brillante, n'a pas été le dernier de ce genre d'homme à naître !
Mais alors nous demandons : « Pourra-t-il
jamais y avoir un second Michel-Ange ? » Son David à
Florence et son Moïse à Rome suscitent l'admiration la plus
fervente. Tous ces talents furent-ils épuisés en ce siècle lointain ?
Ne pourrions-nous pas trouver un talent vivant comme celui-ci, mais avec
une âme dépourvue d'immoralité, de sensualité et d'intolérance ?
On a dit que beaucoup de grands artistes étaient des
pervertis ou des gens immoraux et dégénérés. En dépit de leur immoralité,
ils sont devenus des artistes grands et célèbres. Quel serait le résultat
si on découvrait un même talent chez des hommes purs et exempts de vices et
ayant ainsi droit aux révélations ?
Puis il y a Shakespeare (1564-1616). Tout le monde
cite Shakespeare. Ce poète et dramaturge anglais a
été prodigieux dans ses productions. Son Hamlet, son Othello,
son Roi Lear, son Macbeth ne sont que des préludes à la
profusion de ses productions. Y a-t-il qui que ce soit d'autre qui ait eu
des talents aussi variés, qui ait eu autant de talent, ait été aussi
remarquable dans son art ? Et cependant le monde n'a-t-il produit qu'un
seul Shakespeare ?
Comme notre monde a besoin d'hommes d'État ! Et
nous demandons de nouveau avec George Bernard Shaw : « Pourquoi
pas ? » Nous avons la matière première, nous avons les facilités, nous
pouvons exceller dans la formation. Nous avons le climat spirituel. Nous
devons former des hommes d'État et pas des démagogues, des hommes intègres
et non pas des faibles qui vendent leur droit d'aînesse pour un plat de lentilles.
Nous devons développer ces précieux jeunes que sont les nôtres pour qu'ils
connaissent l'art d'être des hommes d'État, connaissent les gens et les
conditions, connaissent les situations et les problèmes, mais aussi des
hommes qui seront formés d'une manière si approfondie dans l'art de leur
œuvre future et dans les principes fondamentaux de l'intégrité, de
l'honnêteté et de la spiritualité, qu'il n'y aura aucun compromis dans les
principes.
Il y a des années que j'attends que quelqu'un
représente valablement dans la musique, l'histoire, la peinture et la
sculpture l'histoire du rétablissement du royaume de Dieu sur la terre, les
luttes et les contrariétés, les apostasies, les révolutions et les
contre-révolutions intérieures de ces premières décades, l'exode, les
contre-réactions, les transitions, l'époque des persécutions, ce miracle
vivant qu'était Joseph Smith et à propos de qui nous chantons « Il vit
Élohim lui-même, à sa droite Jésus-Christ » (Cantiques, n° 14) et le
géant qu'était Brigham Young, colonisateur et
bâtisseur.
Nous sommes fiers de l'héritage artistique que
l'Église nous a donné depuis son début même, mais l'histoire complète du
mormonisme n’a encore jamais été ni écrite, ni peinte, ni sculptée, ni
dite. Il faut encore que des cœurs inspirés et des doigts talentueux se
révèlent. Il faut que ce soient des membres
fidèles, inspirés et engagés de l’Église qui donnent de la vie, du
sentiment et une vraie perspective à un sujet aussi important. Ces
chef-d'œuvres devraient passer pendant des mois dans chaque cinéma, couvrir
toutes les parties du globe dans la langue des spectateurs, être écrits par
de grands artistes, purifiés par les meilleurs critiques.
Avec l’inspiration du ciel, nos écrivains, nos
spécialistes du cinéma, devraient pouvoir produire demain un chef-d'œuvre
qui vivra éternellement. Notre propre talent rempli du dynamisme d'une cause
pourrait introduire dans une telle histoire la vie, les battements de cœur,
les émotions, l’amour, le drame, la souffrance, la peur, le courage ;
et ils pourraient y mettre le grand chef, le grand Moïse moderne qui
conduisit un peuple plus loin que de l'Égypte à Jéricho, qui connut des
miracles aussi grands que le rocher d'Horeb, la manne dans le désert, les
raisins géants, la pluie quand elle était nécessaire, les batailles
remportées malgré l'infériorité des forces.
Prenez un Nicodème et mettez en lui l’esprit de Joseph
Smith, qu’est-ce que vous avez ? Prenez un de Vinci ou un Michel-Ange ou un
Shakespeare et donnez-lui une connaissance totale du plan du salut de Dieu
et des révélations personnelles et purifiez-Ie et
ensuite jetez un coup d'œil sur les statues qu'il gravera et les peintures
murales qu'il peindra et les chef-d'œuvres qu'il produira. Prenez un
Haendel avec son effort concerté, son talent superbe, son désir fervent de
dépeindre convenablement l'histoire et donnez-lui la vision intérieure de
toute l’histoire véridique et de toute la révélation : quel maître
vous aurez !
Nous devons nous rendre compte que l’excellence et la
qualité sont le reflet de ce que nous ressentons à propos de nous-mêmes, de
la vie et de Dieu. Si nous ne nous préoccupons pas beaucoup de ces choses
fondamentales, cette insouciance se transmet dans le travail que nous
accomplissons et notre travail devient pauvre et mal fait.
Le véritable artisanat, quel que soit le talent
utilisé, est le reflet d'un engagement réel, et l’engagement réel reflète notre attitude vis-à-vis de nous-mêmes, de nos
semblables et de la vie.
Sources :
• Tambuli, février 1978, p.
1
• L’Étoile, mars 1978, p. 1
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