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- Brève histoire de l’Église
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Période de mise à l’épreuve
(1878-1900)
John Taylor
Après la mort de
Brigham Young, le Collège des douze apôtres, sous la présidence de John
Taylor, dirigea les saints des derniers jours pendant trois ans. Le 10
octobre 1880, John Taylor fut soutenu comme président de l'Église. C'était
un écrivain et un journaliste doué, qui publia un livre sur l'Expiation et
fut le rédacteur de quelques-uns des périodiques les plus importants de
l'Église, notamment le Times and Seasons et le Mormon. En de
nombreuses occasions, il montra son courage et son profond dévouement à
l'Évangile rétabli : entre autres, il rejoignit volontairement ses frères à
la prison de Carthage, où il fut touché par quatre balles. Sa devise
personnelle, « le royaume de Dieu ou rien », exprime sa loyauté à Dieu et à
l'Église.
L’œuvre missionnaire
Le président Taylor
tenait à faire tout ce qu'il pouvait pour que l'Évangile fût proclamé
jusqu'aux extrémités de la terre. À la conférence générale d'octobre 1879,
il appela Moses Thatcher, l'apôtre le plus récent de l'Église, à faire du
prosélytisme à Mexico. Le 13 novembre 1879, frère Thatcher et deux autres
missionnaires organisèrent la première branche de l'Église à Mexico, avec,
comme président de branche, le Dr Plotino C. Rhodacanaty. Celui-ci avait été
converti après avoir lu une brochure en espagnol sur le Livre de Mormon et
avoir écrit au président Taylor pour obtenir des renseignements
supplémentaires sur l'Église.
Avec un noyau de douze
membres et de trois missionnaires, l'Évangile rétabli commença à se répandre
lentement parmi les Mexicains. Le 6 avril 1881, frère Thatcher, Feramorz
Young et un certain frère Pais escaladèrent le Popocatepetl jusqu'à une
hauteur de quatre mille sept cents mètres et tinrent un bref service de
consécration. À genoux devant le Seigneur, frère Thatcher consacra le
Mexique et son peuple pour qu'ils entendent la voix du Seigneur, leur vrai
berger.
Frère Thatcher rentra
à Salt Lake City et recommanda l'appel d'autres missionnaires pour servir au
Mexique. Plusieurs jeunes gens, dont Anthony W. Ivins, futur membre de la
Première Présidence, servirent bientôt à Mexico. Dans le cadre de l'œuvre de
l'Église dans la mission mexicaine, une édition en langue espagnole du Livre
de Mormon fut publiée en 1886. L'histoire de Milton Trejo, qui aida à
traduire le Livre de Mormon et d'autres textes de l'Église en espagnol,
montre comment le Seigneur dirige son œuvre.
Milton Trejo naquit en
Espagne et grandit sans se décider pour aucune religion. Il était sous les
drapeaux aux Philippines lorsqu'il entendit une réflexion sur les mormons
des montagnes Rocheuses et éprouva le grand désir de leur rendre visite.
Plus tard, il tomba très malade et il lui fut dit en rêve qu'il devait
visiter l'Utah. Quand il guérit, il se rendit à Salt Lake City, rencontra
Brigham Young et étudia l'Évangile. Il acquit la conviction qu'il avait
trouvé la vérité et devint membre de l'Église. Il fit une mission au
Mexique. Il était alors préparé, spirituellement et intellectuellement, à
jouer un rôle majeur dans l'œuvre qui allait permettre aux hispanophones de
lire le Livre de Mormon dans leur langue.
Le président Taylor
appela aussi des missionnaires pour porter l'Évangile aux Indiens vivant
dans l'Ouest américain. Les travaux d'Amos Wright eurent un succès
particulier parmi les Shoshones résidant dans la réserve de la Wind River du
Wyoming. En quelques mois seulement, Wright avait baptisé plus de trois
cents Indiens, parmi lesquels le chef Washakie. Les missionnaires de
l'Église portèrent aussi l'Évangile aux Navajos, aux Pueblos et aux Zunis
vivant en Arizona et au Nouveau-Mexique. Wilford Woodruff passa un an à
faire du prosélytisme parmi les Indiens, dont les Hopis, les Apaches et les
Zunis. Ammon M. Tenney participa au baptême de plus de cent Zunis.
Les missionnaires
continuèrent aussi à enseigner l'Évangile en Angleterre et en Europe. En
1883, Thomas Biesinger, né en Allemagne, et qui habitait Léhi (Utah), reçut
un appel à aller en mission en Europe. Avec Paul Hammer, il fut envoyé à
Prague, qui faisait alors partie de l'empire austro-hongrois. La loi
interdisait aux missionnaires de faire du prosélytisme ; ils se contentèrent
donc d'entrer en conversation avec les gens qu'ils rencontraient. Ces
conversations déviaient souvent vers la religion. Après avoir agi de cette
manière pendant un mois seulement, frère Biesinger fut arrêté et retenu
pendant deux mois en prison. Lorsqu'il recouvra la liberté, il eut la
bénédiction de baptiser Antonin Just, qui était celui qui l'avait dénoncé.
Frère Just devint le premier saint des derniers jours résidant en
Tchécoslovaquie (Kahlile Mehr, « Enduring Believers : Czechoslovakia and the
LDS Church, 1884-1990 », Journal of Mormon History, automne 1992, pp.
112-113).
L'Évangile fut
également prêché en Polynésie. Deux Hawaïens, les frères Kimo Pelio et
Samuela Manoa, furent envoyés en 1862 à Samoa. Ils baptisèrent une
cinquantaine de personnes, et frère Manoa continua à habiter Samoa pendant
les vingt-cinq années suivantes avec ses convertis. En 1887, Joseph H. Dean,
de Salt Lake City, fut appelé en mission à Samoa. Frère Manoa et sa fidèle
épouse ouvrirent leur maison à frère Dean et à sa femme, Florence, premiers
saints des derniers jours extérieurs à Samoa qu'ils eussent vus en plus de
vingt ans. Frère Dean ne tarda pas à baptiser quatorze personnes et fit un
mois plus tard son premier sermon en samoan (R. Lamer Britsch, Unto the
Islands of the Sea : A History of the Latter-day Saints in the Pacific,
1986, pp. 352-354). C'est ainsi que l'œuvre missionnaire recommença dans
l'île.
À
partir de 1866, pour empêcher la diffusion de la lèpre, les autorités
hawaïennes emmenèrent les personnes atteintes de la maladie dans la
péninsule de Kalaupapa dans l'île de Molokai. En 1873, Jonathan et Kitty
Napela, qui étaient saints des derniers jours, y furent envoyés. Seule Kitty
avait la maladie, mais Jonathan, qui lui avait été scellé dans la maison des
dotations de Salt Lake City, refusa de l'y laisser seule. Jonathan contracta
plus tard la maladie, et lorsqu'un bon ami lui rendit visite neuf ans plus
tard, c'est à peine s'il le reconnut. Jonathan présida un certain temps les
saints de la péninsule, qui en 1900 comptait plus de deux cents âmes. Les
dirigeants de l'Église n'oublièrent pas les membres fidèles qui souffraient
de cette terrible maladie et rendaient souvent visite à la branche pour
veiller à ses besoins spirituels (Lee G. Cantwell, The Separating
Sickness, This People, été 1995, p. 58).
Le jubilé
Le 6 avril 1880, les membres
de l'Église fêtèrent le cinquantième anniversaire de l'organisation de
l'Église. Ils l'appelèrent « année du jubilé », comme le faisaient les
anciens Israélites pour chaque cinquantième année. Le président Taylor remit
beaucoup de dettes que devaient à l'Église ses membres nécessiteux. L'Église
fit également don de trois cents vaches et de deux mille moutons, qui
devaient être distribués entre ses « nécessiteux méritants » (B. H. Roberts,
A Comprehensive History of the Church, 5:592). Les sœurs de la Société de
Secours de l'Église firent don de quelque trente cinq mille boisseaux de blé
à ceux qui étaient dans le besoin. Le président Taylor recommanda aussi aux
membres de l'Église de remettre les dettes personnelles, surtout parmi ceux
qui étaient dans la détresse. « C'est le temps du jubilé ! » déclara-t-il
(op. cit., 5:593). Un esprit de pardon et de joie se fit fortement sentir
parmi les saints des derniers jours.
Le dernier jour de la
conférence générale du jubilé d'avril 1880 fut très émouvant. Onze des douze
apôtres rendirent leur témoignage pendant la dernière session. Orson Pratt,
l'un des membres originels du Collège des douze apôtres, parla de l'époque
où l'Église tout entière s'était réunie chez Peter Whitmer, père, à Fayette
(New York) et rappela les épreuves, les rassemblements, les persécutions et
les afflictions des saints des derniers jours, et se dit reconnaissant
d'être toujours compté parmi ce peuple. Il rendit ensuite témoignage de la
grande œuvre que le Seigneur avait faite au cours des cinquante dernières
années (op. cit., 5:590-91). Il ne restait plus à frère Pratt que quelques
mois à vivre. Il était heureux d'avoir persévéré et d'être resté un saint
des derniers jours fidèle.
Deux ans avant le
jubilé, John Taylor avait autorisé la création d'une organisation pour
donner un enseignement religieux aux enfants. La première Primaire commença
à Farmington (Utah), à vingt-cinq kilomètres au nord de Salt Lake City, et
au milieu des années 1880, une Primaire avait été organisée dans presque
toutes les colonies des saints des derniers jours.
Reprise des persécutions
Pendant qu’il
travaillait, au début des années 1830, à la traduction de la Bible, Joseph
Smith fut intrigué par le fait qu’Abraham, Jacob, David et d’autres
dirigeants de l’Ancien Testament avaient plus d’une femme. Le prophète pria
pour comprendre la chose et apprit qu'à certains moments, dans des buts
précis, selon des lois données par Dieu, le
mariage plural était approuvé et
commandé par Dieu. Il apprit aussi qu'avec l'approbation divine, certains
saints des derniers jours seraient bientôt choisis par l'autorité de la
prêtrise pour épouser plus d'une femme. Un certain nombre de saints des
derniers jours pratiquèrent le mariage plural à Nauvoo, mais il n'y eut
d'annonce publique de cette doctrine et de
cette pratique qu'à la conférence
générale d'août 1852, à Salt Lake City. Lors de cette conférence, Orson
Pratt, sur ordre du président Young, annonça que la pratique pour un homme
d'avoir plus d'une femme faisait partie du rétablissement de toutes choses
par le Seigneur (voir Actes 3:19-21).
Beaucoup de dirigeants
politiques et religieux d'Amérique s'insurgèrent quand
ils apprirent que les saints des derniers jours vivant en Utah
encourageaient un système de mariage qui était considéré comme immoral et
antichrétien. Une grande croisade politique fut lancée contre l'Église et
ses membres. Le Congrès américain vota une loi qui limitait la liberté des
saints des derniers jours et lésait économiquement l'Église. Cette loi amena
finalement les autorités à arrêter et à emprisonner les hommes qui avaient
plus d'une femme et à leur refuser le droit de vote, le droit à l'intimité
au foyer et la jouissance de leurs autres libertés civiques. Des centaines
de saints des derniers jours fidèles et un petit nombre de femmes furent
condamnés à des peines de prison en Utah, en Idaho, en Arizona, au Nebraska,
au Michigan et dans le Dakota du Sud.
Les persécutions
devinrent intenses aussi pour beaucoup de personnes qui acceptaient un appel
à prêcher l'Évangile, surtout dans le sud des États-Unis. Par exemple, en
juillet 1878, Joseph Standing fut brutalement assassiné pendant qu'il
oeuvrait près de Rome (Géorgie). Son compagnon, le futur apôtre Rudger
Clawson, n'échappa que de peu à la mort. Les saints de Salt Lake City furent
profondément affligés par la nouvelle du meurtre de frère Standing. Des
milliers de personnes assistèrent à ses funérailles au tabernacle de Salt
Lake City.
Les frères John Gibbs,
William Berry, William Jones et Henry Thompson parcoururent une grande
partie du Tennessee pour essayer de modifier la perception que le public
avait de l'Église. Ils se reposaient un matin de sabbat d'août 1884 chez
James Condor, près de Cane Creek, au Tennessee. Alors que frère Gibbs
étudiait les Écritures à la recherche d'un texte pour son sermon, des
émeutiers jaillirent de la forêt et commencèrent à tirer. Les frères Gibbs
et Berry furent tués. Frère Gibbs, instituteur, laissait une femme et trois
enfants. Sœur Gibbs resta veuve quarante-trois ans et devint sage-femme pour
élever ses enfants. Elle mourut fidèle à l'Évangile, dans l'espoir de
joyeuses retrouvailles avec son mari. Brigham Henry Roberts, qui faisait
fonction de président de mission à l'époque des meurtres, risqua sa vie pour
aller, sous un déguisement, exhumer les corps de Gibbs et de Berry. Il
ramena les corps en Utah, où beaucoup de paroisses organisèrent des services
de commémoration en l'honneur des deux missionnaires. Des missionnaires
d'autres régions furent battus jusqu'à ce que le sang leur coule le long du
dos, et beaucoup conservèrent jusqu'à leur mort les cicatrices de ces
flagellations.
Beaucoup de dirigeants
de l'Église passèrent dans la clandestinité pour éviter d'être arrêtés par
les autorités fédérales qui recherchaient les hommes ayant plus d'une femme.
Les familles craignaient les intrusions des policiers tard le soir. George
Q. Cannon, Lorenzo Snow, Rudger Clawson, Brigham Henry Roberts, George
Reynolds et d'autres furent envoyés en prison, où ils passèrent leur temps à
écrire des livres, à donner des cours et à rédiger des lettres à leur
famille. John Taylor fut obligé de vivre en exil à Kaysville (Utah), à une
trentaine de kilomètres au nord de Salt Lake City, où il mourut le 25
juillet 1887. C'était un homme de foi et de courage, qui consacra sa vie à
son témoignage de Jésus-Christ et à l'établissement du royaume de Dieu sur
la terre.
Wilford Woodruff
Wilford Woodruff fut
un des meilleurs missionnaires de l'Église. Il était également connu pour sa
perception prophétique et sa loyauté à l'Église. Il tenait méticuleusement
son journal, qui donne beaucoup de renseignements sur les débuts de
l'histoire de l'Église. Il était président du Collège des douze apôtres
lorsque John Taylor mourut et fut soutenu, presque deux ans plus tard, comme
président de l'Église.
Pendant son ministère,
la croisade politique contre les saints des derniers jours s'intensifia,
mais l'Église alla de l'avant. Il y avait des temples dans trois villes
d'Utah : Saint-George, Logan et Manti, et le temple de Salt Lake City était
presque achevé. Ces maisons du Seigneur permirent à des milliers de saints
de recevoir leur dotation et d’accomplir les ordonnances pour leurs parents
décédés. Le président Woodruff s'intéressa toute sa vie au temple et à la
généalogie. Il exhorta bien des fois les saints à recevoir les ordonnances
du temple pour leurs ancêtres.
L'événement suivant
montre bien l'importance de l'œuvre que les saints accomplissaient pour les
morts. En mai 1884, Henry Ballard, évêque de la deuxième paroisse de Logan,
signait chez lui des recommandations à l'usage du temple. Sa fille de neuf
ans, qui bavardait avec des amies sur le trottoir près de la maison, vit
deux hommes âgés s'approcher. Ils l'appelèrent, lui remirent un journal et
lui dirent de le porter à son père.
La fillette fit ce
qu'on lui demandait. Frère Ballard vit que le journal, le Newbury Weekly
News, publié en Angleterre, contenait les noms de plus de soixante
connaissances à lui et à son père, ainsi que des renseignements
généalogiques. Ce journal, daté du 15 mai 1884, lui avait été remis trois
jours seulement après son impression. À une époque où on était encore loin
de parler de transports aériens, où il fallait plusieurs semaines au
courrier pour arriver d'Angleterre dans l'Ouest de l'Amérique, c'était un
miracle.
Le lendemain, frère
Ballard se rendit avec le journal au temple et raconta l'histoire de sa
provenance à Marriner W. Merrill, président du temple. Celui-ci déclara :
« Frère Ballard, quelqu'un de l'autre côté est vivement désireux que l'on
fasse l'œuvre pour lui, et il savait que vous le feriez si ce journal vous
tombait entre les mains » (Melvin
J. Ballard : Crusader for Righteousness,
1966, pp. 16-17). Ce journal est conservé à la bibliothèque historique de
l'Église à Salt Lake City.
En dépit des
persécutions, les dirigeants de l'Église continuèrent à encourager
l'installation dans des régions non colonisées de l'Ouest américain. À
partir de 1885, beaucoup de familles de l'Église s'installèrent en Sonora et
au Chihuahua (Mexique). Ils y fondirent des villes telles que Colonia Juarez
et Colonia Diaz. D'autres régions du nord du Mexique reçurent également des
immigrants membres de l'Église.
Les membres de
l'Église envisagèrent aussi des colonies au Canada. Charles O. Card, qui
était président du pieu de Cache Valley, fonda, en 1886, une communauté de
saints des derniers jours dans le sud de l'Alberta. Dès l'hiver 1888, plus
de cent saints des derniers jours vivaient dans l'ouest du Canada, et
d'autres arrivèrent pendant les années 1890. Ils constituaient une main
d'œuvre qui participa à la création d’un système d'irrigation et à la
construction d’une ligne de chemin de fer.
Le Manifeste
Vers la fin des années
1880, le gouvernement des États-Unis décréta d'autres lois privant ceux qui
pratiquaient le mariage plural du droit de vote et de participation à un
jury et limita radicalement la quantité de biens que l'Église pouvait
posséder. Les familles de l'Église souffrirent parce qu'un nombre plus grand
encore de pères durent se cacher. Le président Woodruff supplia le Seigneur
de le guider. Le soir du 23 septembre 1890, le prophète, agissant sous
l'inspiration, écrivit le Manifeste, document qui mettait fin au mariage
plural pour les membres de l'Église. Le Seigneur donna une vision au
président Woodruff, lui montrant que si la pratique du mariage plural ne
prenait pas fin, le gouvernement américain s'emparerait des temples, mettant
ainsi fin à l'œuvre du temple pour les vivants et pour les morts.
Le 24 septembre 1890,
la Première Présidence et le Collège des douze apôtres soutinrent le
Manifeste. Les saints l'approuvèrent à la conférence générale d'octobre
1890. Ce document constitue aujourd'hui la Déclaration officielle n°1 de
Doctrine et Alliances.
Après la décision
prise par l'Église, les autorités fédérales accordèrent la grâce aux saints
des derniers jours condamnés pour avoir enfreint les lois contre la
polygamie, et une grande partie des persécutions prit fin. Mais, comme
l'expliquait le président Woodruff : « J'aurais laissé tous les temples nous
échapper, je serais allé moi‑même en prison et aurais laissé tous les autres
hommes y aller, si le Dieu du ciel ne m'avait pas commandé de faire ce que
j'ai fait ; et lorsque vint l'heure où il me fut commandé de faire cela,
c'était tout à fait clair pour moi. J'allai devant le Seigneur, et j'écrivis
ce que le Seigneur me dit d'écrire » (« Extraits de trois discours du
président Wilford Woodruff concernant le Manifeste », inclus après la
Déclaration officielle n°1). Ce fut Dieu et non le Congrès américain qui
décida de l'abandon officiel du mariage plural.
La société généalogique
Longtemps avant que
les saints des derniers jours ne fondent une société généalogique, des
membres de l'Église rassemblèrent des documents sur la vie de leurs ancêtres
décédés. Wilford Woodruff, Orson Pratt et Heber J. Grant sont parmi ceux qui
se procurèrent les noms de milliers d'ancêtres pour lesquels ils
accomplirent les ordonnances du temple. En 1894, la Première Présidence
commanda l'organisation d'une société généalogique, dont Franklin D.
Richards fut le premier dirigeant.
Une bibliothèque fut
créée, et des représentants de la société allèrent dans le monde entier à la
recherche de noms de personnes pour qui on pourrait accomplir les
ordonnances du temple. Cette société fut à l'origine de la création du
département d’histoire familiale.
Au cours de la
conférence générale d'avril 1894, le président Woodruff annonça qu'il avait
reçu une révélation concernant l'œuvre généalogique. Il déclara que Dieu
voulait que les saints des derniers jours « remontent leur généalogie le
plus loin possible et soient scellés à leurs pères et mères ». Il ajouta :
« Faites sceller les enfants à leurs parents et faites remonter cette chaîne
aussi loin que vous le pouvez... telle est la volonté du Seigneur pour ce
peuple, et en y réfléchissant bien, on se rend compte que c'est vrai » (Messages
of the First Presidency of The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints,
compilés par James R. Clark, 6 volumes, 1965-75, 3:256-57). De 1885 à 1900,
beaucoup de membres de l'Église firent des missions pour la généalogie. Ils
étaient invités à Salt Lake City pour recevoir d'une Autorité générale une
bénédiction en vue de leur mission. On leur fournissait aussi une carte
missionnaire et une lettre de nomination. Ils visitaient la parenté,
notaient les noms sur les tombes et étudiaient les registres paroissiaux et
les bibles familiales, et rentraient chez eux avec des renseignements
précieux qui permettaient l'accomplissement de l'œuvre du temple. Beaucoup
de missionnaires rapportèrent avoir vécu des expériences spirituelles qui
leur donnèrent l'assurance ferme que le Seigneur était avec eux et les
dirigeait souvent vers une source dont ils avaient besoin pour retrouver les
traces d’un parent (James B. Allen, Jessie L. Embry, Kahlile B. Mehr,
Hearts Turned to the Fathers : A History of the Genealogical Society of
Utah, 1894-1994, 1995, pp. 39-41).
Consécration du temple de
Salt Lake City
Le président Woodruff
consacra une grande partie de sa vie à l'œuvre du temple. Il fut le premier
président du temple de Saint-George et consacra le temple de Manti. La
pierre angulaire du temple de Salt Lake City était maintenant posée depuis
quarante ans, et le président Woodruff attendait avec impatience la
consécration de ce temple, étape historique. Les services de consécration
eurent lieu du 6 avril au 18 mai 1893, et quelque soixante-quinze mille
personnes y assistèrent (B. H. Roberts, A Comprehensive History of the
Church, 6:236).
Après le premier
service de consécration, qui eut lieu le 6 avril, le président Woodruff
écrivit dans son journal : « L'Esprit et la puissance de Dieu ont reposé sur
nous. L'esprit de prophétie et de révélation étaient sur nous et le cœur du
peuple fondit et beaucoup de choses nous furent dévoilées » (« Wilford
Woodruff Journals », 1833-98, 6 avril 1893, Archives de l'Église). Certains
saints des derniers jours virent des anges, d'autres virent d'anciens
présidents de l'Église et d'autres dirigeants de l'Église décédés (Richard
Neitzel Holzapfel, Every Stone a Sermon, 1992, pp. 71, 75, 80).
Lorsque le président
Woodruff fêta son quatre-vingt-dixième anniversaire, des milliers d'enfants
de l'École du Dimanche remplirent le tabernacle de Temple Square pour
l'honorer. Il fut profondément ému et, parlant avec une grande émotion, dit
à son jeune auditoire qu'à l'âge de dix ans il était allé à une École du
Dimanche protestante et avait lu un passage où il était question d'apôtres
et de prophètes. Quand il rentra chez lui, il pria pour vivre suffisamment
longtemps pour voir de nouveau des apôtres et des prophètes sur la terre. Et
voilà qu'il se trouvait maintenant en présence d'hommes qui étaient à la
fois apôtres et prophètes ; sa prière avait été exaucée au-delà de toutes
ses espérances (voir Matthias E. Cowley, Wilford Woodruff, 1909, p.
602).
Un an plus tard, le 2
septembre 1898, le président Woodruff décédait tandis qu'il était en visite
à San Francisco.
Lorenzo Snow et la dîme
Après la mort du
président Woodruff, Lorenzo Snow, président du Collège des Douze, devint
président de l'Église. C'était un dirigeant sage et aimant qui avait été
bien préparé à ses responsabilités. Il avait connu tous les prophètes
modernes jusqu'alors et avait été instruit par eux. En novembre 1900, il dit
aux saints réunis au Tabernacle qu'il avait souvent rendu visite à Joseph
Smith et à sa famille, mangé à sa table et eu des entretiens privés avec
lui. Il savait que Joseph était un prophète de Dieu parce que le Seigneur
lui avait montré cette vérité « d'une manière très claire et très complète »
(« The Redemption of Zion », Millennial Star, 29
novembre 1900, p. 754).
Pendant le ministère
du président Snow, l'Église se trouva dans de graves difficultés financières
causées par la loi du gouvernement fédéral contre le mariage plural. Le
président Snow médita et pria pour être guidé quant à la façon de libérer
l'Église de cette dette qui l'affaiblissait. Après la conférence générale
d'avril 1899, il se sentit inspiré à se rendre à Saint-George (Utah).
Pendant qu'il y était et qu'il faisait un discours à une réunion, il marqua
un temps d'arrêt, et quand il poursuivit, il déclara qu'il avait reçu une
révélation. Le peuple de l'Église avait négligé la loi de la dîme, et le
Seigneur lui avait dit que si les membres de l'Église payaient plus
fidèlement une dîme complète, des bénédictions seraient déversées sur eux.
Le prophète prêcha l’importance de la dîme à des assemblées partout en Utah.
Les saints obéirent à ses instructions, et cette année-là, ils payèrent deux
fois plus de dîme que l'année précédente. En 1907, l'Église possédait
suffisamment de fonds pour payer tous ses créanciers et se libérer des
dettes.
En 1898, lors d'une
réception pour le bureau général de la Société d'Amélioration Mutuelle des
Jeunes Filles, George Q. Cannon annonça que la Première Présidence avait
pris la décision d'appeler « quelques unes de nos femmes sages et
intelligentes dans le champ de la mission » (« Biographical
Sketches : Jennie Brinihall and Inez Knight », Young Womens journal, juin
1898, p. 245). Jusqu'alors, quelques sœurs avaient accompagné leur mari en
mission, mais c'était la première fois que l'Église appelait officiellement
et mettait à part des sœurs comme ambassadrices missionnaires du Seigneur
Jésus-Christ.
Lorenzo Snow fit
entrer l'Église dans le vingtième siècle. À l'aube du nouveau siècle,
l'Église avait quarante-trois pieux, vingt missions, et neuf cent
soixante-sept paroisses et branches. Il y avait 283.765 membres, dont la
plupart résidaient dans les montagnes Rocheuses. Quatre temples étaient en
activité, et le Juvenile Instructor, l'Improvement Era et le
Young Women's Journal transmettaient à ses membres des articles sur
l'Église. Le bruit courait qu'une nouvelle mission au moins serait peut-être
ouverte, et les saints des derniers jours n'avaient aucune idée de ce que
les cent années suivantes allaient leur réserver.
Source : Our Heritage : A Brief History of The Church of
Jesus Christ of Latter-day Saints, 1996, chapitre 8
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