|
|
- Brève histoire de l’Église
-
Exode vers l'Ouest
(1846-1847)
Préparatifs pour quitter Nauvoo
Les dirigeants de l'Église parlaient
depuis 1834 de déplacer les saints vers les Montagnes Rocheuses où ils
pourraient vivre en paix. Avec les années, les dirigeants envisagèrent, avec
les explorateurs, des sites précis et étudièrent des cartes pour trouver le
bon endroit où s'installer. À la fin de 1845, les dirigeants de l'Église
avaient en leur possession les renseignements les plus récents concernant
l'Ouest.
Comme les persécutions
s'intensifiaient à Nauvoo, il devint évident que les saints devraient
partir. Dès novembre 1845, Nauvoo était une ruche bourdonnante de gens
occupés à se préparer. On appela des capitaines de cent, de cinquante et de
dix pour diriger les saints pendant leur exode. Chaque groupe de cent créa
un ou plusieurs ateliers de charronnerie. Charrons, menuisiers et ébénistes
travaillaient jusque tard dans la nuit à préparer le bois et à construire
les chariots. Des hommes furent envoyés dans l'Est acheter du fer, et les
forgerons fabriquaient le matériel nécessaire pour le voyage et les outils
agricoles dont on aurait besoin pour coloniser une nouvelle Sion. Les
familles rassemblaient la nourriture et les articles ménagers et
remplissaient les récipients d'entreposage de fruits séchés, de riz, de
farine et de médicaments. Travaillant ensemble pour le bien de tous, les
saints en accomplirent plus qu'on ne l'aurait cru possible en aussi peu de
temps.
Épreuves d’un exode hivernal
L'évacuation de Nauvoo devait à
l'origine avoir lieu en avril 1846. Mais comme la milice de l'État menaçait
d'empêcher les saints de partir vers l'Ouest, les douze apôtres et d'autres
édiles tinrent en hâte conseil le 2 février 1846. Ils convinrent qu'il était
impérieux de partir immédiatement pour l'Ouest, et l'exode commença le 4
février. Sous la direction de Brigham Young, le premier groupe de saints
entreprit le voyage avec ardeur. Mais cette ardeur devait affronter
l’épreuve de parcourir de nombreux kilomètres avant d’atteindre des camps
permanents où ils pourraient finalement trouver du répit après avoir
affronté la fin de l'hiver et un printemps exceptionnellement pluvieux.
Pour échapper à leurs persécuteurs,
des milliers de saints durent tout d'abord traverser le Mississippi, qui
était très large, jusqu'en Iowa. Le voyage commença très tôt à être
dangereux, lorsqu'un bœuf lança une ruade qui fit un trou dans une barque
transportant un certain nombre de saints, et que la barque coula. Un
observateur vit les malheureux passagers s'agripper à des lits de plumes, à
des bouts de bois, « à des planches, à tout ce qui leur tombait sous la
main, et danser comme des bouchons sur l'eau à la merci des vagues glaciales
et incessantes... Certains grimpèrent au sommet du chariot, qui ne coula pas
tout à fait et se retrouvèrent dans une position plus confortable, tandis
qu'on voyait les vaches et les boeufs qui étaient à bord nager vers la rive
d'où ils étaient venus » (On the Mormon Frontier : The Diary of Hosea Stout,
Juanita Brooks, éd., 1964, 2 volumes, 1:114). Finalement, tous furent
hissés sur des bateaux et conduits de l'autre côté.
Quinze jours après la première
traversée, le fleuve gela pendant un certain temps. Bien que la glace fût
glissante, elle supporta les chariots et les attelages et facilita la
traversée. Mais le froid causa beaucoup de souffrances aux saints qui
devaient avancer péniblement à travers la neige. Quand ils campèrent à Sugar
Creek, de l'autre côté du fleuve, un vent constant apporta de la neige qui
tomba sur une épaisseur de près de vingt centimètres. Ensuite le dégel
rendit le sol boueux. Partout, dans le ciel et sur le sol, les éléments
s'unissaient pour rendre misérable l’existence des deux mille saints blottis
dans des tentes, des chariots et des abris construits en hâte en attendant
l'ordre de continuer.
La première partie du voyage, la
traversée de l'Iowa, fut la plus difficile. Hosea Stout écrit : « Je me
préparai pour la nuit en dressant une tente improvisée à l'aide de draps de
lit. À ce moment-là, ma femme était à peine capable de se mettre sur son
séant et mon petit garçon, malade, avait une forte fièvre et ne se rendait
même pas compte de ce qui se passait autour de lui » (op. cit., 1:117).
Beaucoup d'autres saints souffrirent aussi considérablement.
« Tout est bien »
La foi, le courage et la détermination
de ces saints leur permit de continuer malgré le froid, la faim et la mort
de leurs proches. William Clayton fut appelé à être dans un des premiers
groupes à quitter Nauvoo et laissa sa femme, Diantha, chez les parents de
celle-ci, à un mois seulement d'accoucher de son premier enfant. Le fait de
devoir avancer opiniâtrement sur des chemins boueux et de camper sous des
tentes glaciales alors qu'il se faisait du souci pour le bien-être de
Diantha était une rude épreuve pour ses nerfs. Deux mois plus tard, il ne
savait toujours pas si elle avait accouché sans complication, mais
finalement il reçut la joyeuse nouvelle qu'un « beau gros garçon » était né.
Presque tout de suite après avoir appris cette nouvelle, William s'assit et
écrivit un cantique qui non seulement avait une signification toute
particulière pour eux, mais deviendrait, pendant des générations, un
cantique d'inspiration et de reconnaissance pour les membres de l'Église.
Les vers célèbres de « Venez, venez » exprimaient sa foi et la foi des
milliers de saints qui chantèrent au milieu de l'adversité : « Tout est
bien ! Tout est bien ! »
(James B. Allen, Trials of Discipleship : The Story of William Clayton, a
Mormon, 1987, p. 202). Comme ceux qui
les suivirent, ils trouvèrent la joie et la paix qui sont la récompense du
sacrifice et de l'obéissance dans le royaume de Dieu.
Winter Quarters
Il fallut cent trente et un jours aux
saints pour parcourir les cinq cents kilomètres de Nauvoo jusqu'aux colonies
de l'ouest de l'Iowa où ils passeraient l'hiver de 1846-47 et se
prépareraient pour l'émigration vers les Montagnes Rocheuses. Cette
expérience leur apprit, sur l’art de voyager, beaucoup de choses qui
allaient les aider à traverser plus rapidement les seize cents kilomètres
des grandes plaines américaines, ce qui fut fait l'année suivante en cent
onze jours environ.
Plusieurs colonies de saints
s'étiraient le long des deux rives du Missouri. Winter Quarters, la plus
grande, était sur la rive ouest, au Nebraska. Elle devint rapidement la
patrie de quelque trois mille cinq cents membres de l'Église, qui vécurent
dans des maisons de rondins ou dans des trous creusés à flanc de coteau.
Jusqu'à deux mille cinq cents saints vécurent sur l’emplacement que l'on
appela Kanesville, du côté Iowa du Missouri. Leur vie dans ces colonies
était presque aussi difficile que pendant leur trajet. Au cours de l'été,
ils souffrirent de la malaria. Quand vint l'hiver et que l'on ne disposa
plus de nourriture fraîche, ils souffrirent d'épidémies de choléra, du
scorbut, de maux de dents, d'héméralopie (réduction importante de la vision
lorsque la lumière est faible) et de fortes diarrhées. Des centaines de
personnes moururent.
Et pourtant la vie continuait. Selon
Mary Richards, dont le mari, Samuel, était en mission en Écosse, les femmes
passaient leurs journées à nettoyer, repasser, laver, faire des couvertures,
écrire des lettres, préparer des repas grâce à leurs maigres provisions et
s'occuper de leurs enfants. Elle nota avec bonne humeur les occupations des
saints à Winter Quarters, notamment des activités telles que discussions
théologiques, bals, réunions de l'Église et fêtes.
Les hommes travaillaient ensemble et
se réunissaient souvent pour parler des projets de voyage et du futur lieu
d'installation des saints. Ils travaillaient régulièrement en collaboration
pour rassembler le bétail qui paissait dans la prairie dans les environs du
camp. Ils travaillaient dans les champs, gardaient le périmètre de la
colonie, construisaient et exploitaient un moulin à farine et préparaient
les chariots pour le voyage, tout en souffrant souvent d'épuisement et de
maladie. Leur travail était pour une part désintéressé, puisque les champs
qu'ils préparaient et les semailles qu’ils faisaient seraient moissonnées
par les saints qui les suivraient.
John, fils de Brigham Young, appela
Winter Quarters « le Valley Forge du mormonisme », d’après le haut lieu
historique de la guerre d'indépendance des États-Unis. Il habitait près du
cimetière et voyait « les petits cortèges funèbres qui passaient si souvent
devant la porte ». Il dit combien pauvre et uniforme était l'ordinaire de sa
famille, constitué de pain de maïs, de bacon salé et d'un peu de lait. La
bouillie et le lard devenaient si écœurants que manger était comme prendre
des médicaments, et il avait du mal à avaler (Russell R. Rich, Ensign to the
Nations, 1972, p. 92). Seuls la foi et la consécration des saints les
soutinrent pendant cette période éprouvante.
Le bataillon mormon
Pendant que les saints étaient en
Iowa, les recruteurs de l'armée américaine demandèrent aux dirigeants de
l'Église de fournir un contingent d'hommes pour participer à la guerre
contre le Mexique, qui avait commencé en mai 1846. Les hommes, à qui on
finit par donner le nom de bataillon mormon, devaient traverser le sud du
pays jusqu'en Californie et seraient payés, vêtus et nourris. Brigham Young
encouragea les hommes à s'enrôler, parce que cela permettrait de lever de
l'argent pour rassembler les pauvres de Nauvoo et aider les familles des
soldats. Le fait de collaborer avec le gouvernement dans cette entreprise
montrerait aussi la loyauté des membres de l'Église à leur pays et leur
donnerait une bonne raison de camper temporairement sur des terres publiques
et indiennes. Finalement, cinq cent quarante et un hommes acceptèrent les
conseils de leurs dirigeants et s'enrôlèrent dans le bataillon. Ils furent
accompagnés de trente-trois femmes et de quarante-deux enfants.
La perspective d'aller à la guerre
était aggravée, chez les membres du bataillon, par la tristesse d'abandonner
leurs femmes et leurs enfants à un moment difficile. William Hyde écrit :
« L'idée de quitter ma famille à un
moment aussi critique ne se décrit pas. Elle était loin de sa terre
d’origine, perdue dans une prairie solitaire, sans aucun autre abri qu'un
chariot, écrasée par un soleil brûlant, avec la perspective que les vents
froids de décembre la trouveraient au même endroit morne et désolé.
« Ma famille se composait de ma femme
et de deux petits enfants qui restaient en la compagnie d'un père et d'une
mère âgés et d'un frère. La plupart des membres du bataillon laissaient une
famille... Quand allions-nous la retrouver, Dieu seul le savait. Néanmoins
nous n'estimions pas devoir murmurer » (Readings in LDS Church History :
From Original Manuscripts, éd. William E. Berrett et Alma P. Burton, 3
volumes, 1965, 2:221).
Le bataillon partit vers le sud-ouest
et fit trois mille deux cent cinquante kilomètres jusqu'en Californie,
souffrant du manque de nourriture et d'eau, de manque sommeil et de soins
médicaux et de l'allure rapide de la marche. Les soldats servirent de
troupes d'occupation à San Diego, à San Luis Rey et à Los Angeles. À la fin
de leur année d'enrôlement, ils furent démobilisés et autorisés à rejoindre
leurs familles. Leurs efforts et leur loyauté au gouvernement des États-Unis
leur valurent le respect de ceux qui les dirigeaient.
Après leur démobilisation, beaucoup de
membres du bataillon restèrent en Californie pour y travailler quelque
temps. Un certain nombre d'entre eux se rendirent plus au nord sur l'American
River et étaient employés à la scierie de John Sutter lorsqu'on y découvrit
de l'or en 1848, ce qui provoqua la célèbre ruée vers l'or de Californie.
Mais les frères de l'Église ne restèrent pas en Californie pour profiter de
cette occasion de faire fortune. Leur cœur était auprès de leurs frères et
sœurs qui traversaient péniblement les plaines américaines vers les
Montagnes Rocheuses. L’un d'eux, James S. Brown, explique :
« Je n'ai plus jamais vu ce riche
endroit de la terre et je ne le regrette pas, car j'ai toujours eu un
objectif plus élevé que l'or... Certains penseront peut-être que nous ne
voyions pas où était notre intérêt ; mais après plus de quarante ans, nous
regardons en arrière sans regrets, bien que nous ayons vu des fortunes
s'édifier dans le pays et que beaucoup de choses nous aient donné la
tentation de rester. Les gens disaient : « Ici il y a de l'or dans le roc,
de l'or sur les collines, de l'or dans les ruisselets, de l'or partout... et
vous pouvez faire fortune en peu de temps ». Nous en étions bien conscients.
Mais le devoir nous appelait, notre honneur était en jeu, nous avions fait
alliance entre nous, il y avait un principe qui jouait ; car pour nous
c'était Dieu et son royaume d'abord. Nous avions des amis et des parents
dans le désert, oui, dans une terre désertique, vierge, et qui savait dans
quel état ils étaient ? Nous ne le savions pas. C'était donc le devoir avant
le plaisir, avant la richesse et, ainsi motivés, nous partîmes » (James S.
Brown, Giant of the Lord : Life of a Pioneer, 1960, p. 120). Ces frères
savaient bien que le royaume de Dieu avait une valeur bien plus grande que
toutes les richesses matérielles de ce monde et ils firent leur choix en
conséquence.
Le Brooklyn
La plupart des saints se rendirent
dans les Montagnes Rocheuses en faisant la traversée par voie de terre à
partir de Nauvoo, mais un groupe de saints de l'est des États-Unis prit le
chemin de la mer. Le 4 février 1846, soixante-dix hommes, soixante-huit
femmes et cent enfants montèrent à bord du Brooklyn et quittèrent le port de
New York pour un voyage de vingt-sept mille kilomètres jusqu'à la côte
californienne. Pendant leur voyage, deux enfants naquirent, que l'on appela
Atlantic et Pacific, et douze personnes moururent.
Le voyage, qui dura six mois, fut très
pénible. Les passagers étaient serrés les uns contre les autres dans la
chaleur des tropiques, et ils n'avaient que de la nourriture avariée et de
l'eau croupie. Après avoir dépassé le cap Horn, ils s'arrêtèrent dans l’île
Juan Fernandez pour s'y reposer pendant cinq jours. Caroline Augusta Perkins
écrit : « La vue de la terre ferme et la possibilité de pouvoir la fouler
une fois de plus sous nos pieds nous soulageait tellement de la vie sur le
bateau, que nous en profitâmes avec reconnaissance ». Ils se baignèrent,
lavèrent leurs vêtements dans l'eau fraîche, cueillirent des fruits et des
pommes de terre, prirent du poisson et des anguilles et se promenèrent dans
l’île, explorant une « caverne du genre de celle de Robinson Crusoé »
(Caroline Augusta Perkins, citée dans « The Ship Brooklyn Saints », Our
Pioneer Heritage, 1960, p. 506).
Le 31 juillet 1846, après un voyage
marqué de violentes tempêtes, d’une nourriture de plus en plus rare et de
longues journées de navigation, ils arrivèrent à San Francisco. Certains y
restèrent et fondèrent une colonie appelée New Hope, tandis que d'autres
traversaient les montagnes pour rejoindre les saints dans le Grand Bassin, à
l’est.
Suite du rassemblement
De tous les coins de l'Amérique et de
nombreux pays, par toutes sortes de moyens de transport, à cheval ou à pied,
les convertis fidèles quittaient leurs maisons et le lieu où ils étaient nés
pour rejoindre les saints et entreprendre le long voyage vers les Montagnes
Rocheuses.
En janvier 1847, Brigham Young publia
le texte inspiré « La Parole et la Volonté du Seigneur concernant le camp
d'Israël » (D&A 136:1), qui devint la constitution régissant le mouvement
des pionniers vers l'Ouest. Des groupes furent organisés et chargés de
prendre soin des veuves et des orphelins qui se trouvaient parmi eux. Les
relations avec les autres devaient être exemptes de toute méchanceté, de
toute convoitise, de toute querelle. Les gens devaient être heureux et
montrer leur reconnaissance par la musique, la prière et la danse. Par
l'intermédiaire du président Young, le Seigneur dit aux saints : « Allez
faire ce que je vous ai dit, et ne craignez point vos ennemis » (D&A
136:17).
Comme le premier convoi pionnier se
préparait à quitter Winter Quarters, Parley P. Pratt revint de sa mission en
Angleterre et annonça que John Taylor, qui le suivait, arrivait avec un don
financier des saints anglais. Le lendemain, frère Taylor arriva avec
l'argent de la dîme envoyé par ces membres de l’Église pour aider les
voyageurs, preuve de leur amour et de leur foi. Il apporta aussi des
instruments scientifiques qui se révélèrent d’une grande utilité pour
déterminer l'itinéraire des pionniers et les aider à s'instruire sur leur
environnement. Le 15 avril 1847, le premier convoi, avec Brigham Young à sa
tête, se mit en route. Pendant les deux décennies qui suivirent, quelque
soixante-deux mille saints allaient les suivre sur les prairies, en chariots
et en charrettes à bras, pour se rassembler en Sion.
De merveilleux paysages et des
vicissitudes attendaient ces voyageurs. Joseph Moenor se rappela avoir eu du
mal à arriver dans la vallée du lac Salé. Mais il vit des choses qu'il
n'avait encore jamais vues : d’énormes troupeaux de bisons et de grands
cèdres sur les collines (Utah Semi-Centennial Commission, The Book of the
Pioneers, 1897, 2 volumes, 2:54, Archives de l'Église). D'autres se
souvinrent avoir vu de vastes étendues de tournesols en fleur.
Les saints vécurent aussi des
expériences enrichissantes pour la foi, ce qui rendit plus supportables les
exigences physiques imposées à leur corps. Après un long jour de voyage et
un repas cuit à feu ouvert, hommes et femmes se rassemblaient en groupes
pour parler des activités du jour. Ils parlaient des principes de
l'Évangile, chantaient des cantiques, dansaient et priaient ensemble.
La mort frappa souvent les saints
pendant qu'ils avançaient lentement vers l'Ouest. Le 23 juin 1850, la
famille Crandall comptait quinze personnes. À la fin de la semaine, sept
étaient mortes de ce terrible fléau qu'était le choléra. Les cinq jours
suivants, cinq autres membres de la famille moururent. Le 30 juin, sœur
Crandall mourut avec l'enfant auquel elle venait de donner le jour.
Les saints souffrirent beaucoup au
cours de leur voyage jusqu'à la vallée du lac Salé, mais un esprit d'unité,
de collaboration et d'optimisme régna. Unis par leur foi et leur engagement
vis-à-vis du Seigneur, ils trouvèrent de la joie au milieu de leurs
épreuves.
Arrivée au lac Salé
Le 21 juillet 1847, Orson Pratt et
Erastus Snow, du premier convoi de pionniers, précédèrent les immigrants
dans la vallée du lac Salé. Ils y trouvèrent une herbe si haute qu'on
pouvait s'y cacher, ce qui promettait des terres à cultiver, et plusieurs
ruisseaux qui serpentaient dans la vallée. Trois jours plus tard, Brigham
Young, qui souffrait de la fièvre des montagnes, fut amené dans son chariot
à l'embouchure d'un canyon qui donnait sur la vallée. Tandis qu'il
contemplait l'endroit, il donna sa bénédiction prophétique à leur voyage :
« Nous sommes arrivés. C’est ici ».
Lorsque les saints qui suivaient
débouchèrent des montagnes, ils contemplèrent, à leur tour, leur terre
promise. Cette vallée, avec son lac salé qui luisait dans le soleil de
l'ouest, était l'objet des visions et des prophéties, la terre dont eux et
des milliers derrière eux avaient rêvé. C'était leur lieu de refuge, où ils
deviendraient un peuple puissant au milieu des Montagnes Rocheuses.
Plusieurs années plus tard, Jean Rio Griffiths Baker, une convertie
d'Angleterre, écrivit ce qu'elle ressentit lorsqu’elle contempla Salt Lake
City pour la première fois : « La ville... est disposée en carrés ou en
blocs, comme on les appelle ici ; chacun contient quatre hectares et est
divisé en huit lots, dont chacun a une maison. Je restai là à regarder. Il
m'est difficile d'analyser mes sentiments, mais je pense que les principaux
étaient la joie et la reconnaissance pour la protection qui nous avait été
accordée à moi et aux miens pendant notre long et dangereux voyage » (« Jean
Rio Griffiths Baker Diary », 29 septembre 1851, Archives de l'Eglise).
Charrettes à bras
Dans les années 1850, les dirigeants
de l'Église décidèrent de constituer des convois de charrettes à bras afin
de diminuer les frais et de pouvoir accorder une aide financière au plus
grand nombre d'émigrants. Les saints qui voyagèrent de cette façon ne
mettaient que cent livres de farine et des quantités limitées de provisions
et de biens dans une charrette et la poussaient ensuite sur les plaines. De
1856 à 1860, dix convois de charrettes à bras se rendirent en Utah. Huit
d'entre eux arrivèrent à bon port dans la vallée du lac Salé, mais deux
d'entre eux, les convois Martin et Willie, furent surpris par un hiver
précoce et beaucoup de gens périrent.
Nellie Pucell, pionnière d'un de ces
malheureux convois, eut son dixième anniversaire dans les plaines. Son père
et sa mère moururent pendant le voyage. Lorsque le groupe approcha des
montagnes, le temps était glacial, les rations étaient épuisées, et les
saints étaient trop affaiblis par la faim pour continuer. Nellie et sa sœur
s'effondrèrent. Quand elles eurent presque perdu tout espoir, le chef du
convoi s'approcha d'elles avec son chariot. Il mit Nellie dans le chariot et
dit à Maggie de l'accompagner à pied, en s'agrippant au chariot pour se
soutenir. La marche forcée épargna à Maggie les gelures.
Quand ils arrivèrent à Salt Lake City
et que l'on enleva les chaussures et les bas que Nellie avait portés pour
traverser les plaines, sa peau gelée se détacha. Dans la douleur, on dû
amputer les pieds de cette courageuse jeune fille qui marcha sur les genoux
le reste de sa vie. Elle se maria plus tard et donna le jour à six enfants.
Malgré son handicap, grâce à sa détermination et à la gentillesse de ceux
qui s'occupèrent d'elle, elle entretint sa maison et éleva une belle
postérité (Story of Nellie Pucell Unthank, Heart Throbs of the West,
comp. Kate B. Carter, 12 volumes, 1939-51, 9:418-20).
Un homme, qui avait traversé les
plaines avec le convoi de charrettes à bras Martin, vécut de nombreuses
années en Utah. Un jour, il se trouvait avec un groupe de personnes qui
commencèrent à critiquer vivement les dirigeants de l'Église d'avoir permis
aux saints de traverser les plaines en n'ayant pas davantage de réserves ou
de protection que celles que fournissait un convoi de charrettes à bras. Le
vieillard écouta jusqu'à ce qu'il ne pu plus le supporter ; puis il se leva
et dit avec beaucoup d'émotion :
« J'étais dans ce convoi et ma femme y
était... Nous avons souffert au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer, et
beaucoup sont morts de faim et de froid ; mais avez-vous jamais entendu un
survivant de ce convoi se livrer à la moindre critique ?... Ils ont traversé
les plaines avec la connaissance absolue que Dieu vit, car, dans notre
détresse, nous avons appris à le connaître.
« J'ai tiré ma charrette à bras alors
que j'étais si faible et si las de maladie et de manque de nourriture qu'il
m'était quasiment impossible de mettre un pied devant l'autre. J'ai regardé
devant moi et j'ai vu une étendue de sable qui montait, et je me suis
dit : Je ne pourrai aller que jusque-là et alors je devrai renoncer,
car je ne pourrai pas arriver au bout en tirant cette charge... J'ai
continué jusqu'à ce sable, et quand j'y suis arrivé, c'est la charrette qui
a commencé à me pousser.
Je me suis retourné bien des fois pour
voir qui poussait ma charrette, mais mes yeux n'ont vu personne. J'ai su
alors que les anges de Dieu étaient là. « Ai-je regretté d'avoir décidé de
venir avec les charrettes à bras ? Non. Ni à ce moment-là, ni à aucun
instant de ma vie depuis lors. Ce que nous avons dû payer pour faire la
connaissance de Dieu, cela a été une joie de le payer, et je suis
reconnaissant d'avoir eu la bénédiction de venir avec le convoi de
charrettes à bras de Martin » (William Palmer, cité dans David O. McKay,
Pioneer Women, Relief Society Magazine, janvier 1948, p. 8).
Ces premiers
membres de l'Église qui avaient accepté l'Évangile et parcouru un
long trajet pour vivre aux avant-postes de la civilisation, furent un
exemple
de foi et
de courage pour les générations suivantes.
Source : Our Heritage : A Brief History of The Church of
Jesus Christ of Latter-day Saints, 1996, chapitre 6
|
|