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- Brève histoire de l’Église
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Sacrifices et bénédictions
en Illinois
(1839-1846)
Les saints des derniers
jours qui étaient parvenus jusqu'en Illinois reçurent un accueil chaleureux
des généreux citoyens de la ville de Quincy. Lorsque Joseph Smith fut rentré
de son emprisonnement à la prison de Liberty, les saints remontèrent le
Mississippi sur environ cinquante kilomètres. Ils asséchèrent les vastes
marécages de la région et commencèrent à construire la ville de Nauvoo dans
une boucle du fleuve. Comme les saints s'y rassemblaient de tous les coins
des États-Unis, du Canada et d'Angleterre, la ville ne tarda pas à être une
ruche bourdonnante d'activité et de commerce. En quatre ans, elle était
devenue une des plus grandes villes d'Illinois.
Les membres de l'Église
connurent une paix relative, se sentant rassurés par le fait qu'un prophète
vivait et oeuvrait parmi eux. Des centaines de missionnaires appelés par le
prophète quittèrent Nauvoo pour proclamer l'Évangile. On construisit un
temple, on reçut la dotation du temple, on créa pour la première fois des
paroisses, on fonda des pieux, on organisa la Société de Secours, on publia
le Livre d'Abraham et l'on reçut d'importantes révélations. Pendant plus de
six ans, les saints manifestèrent une unité, une foi et un bonheur
remarquables, et leur ville devint un symbole d'industrie et de vérité.
Sacrifices des missionnaires
de Nauvoo
Lorsque les saints
commencèrent à construire leurs maisons et à faire leurs semailles, beaucoup
contractèrent la fièvre paludéenne, maladie infectieuse accompagnée de
fièvre et de frissons. La plupart des Douze, et Joseph Smith lui-même,
furent malades. Le 22 juillet 1839, la puissance de Dieu reposa sur le
prophète et il se leva de son lit de malade. Par la puissance de la
prêtrise, il se guérit, lui et les malades de sa maison, puis commanda à
ceux qui campaient sous la tente devant sa porte d'être guéris. Beaucoup de
gens furent guéris. Le prophète alla d’une tente à l'autre, d’une maison à
l'autre, bénissant tout le monde. Ce fut un des plus grands jours de foi et
de guérison de l'histoire de l'Église (voir
Guérisons sur les rives du Mississipi).
Au cours de cette
période, le prophète appela le collège des Douze à aller en mission en
Angleterre. Orson Hyde, membre du collège des Douze, fut envoyé à Jérusalem
consacrer la Palestine au rassemblement du peuple juif et des autres enfants
d'Abraham. Des missionnaires furent envoyés prêcher partout aux États-Unis
et dans l’Est du Canada, et Addison Pratt et d'autres reçurent l'appel
d'aller dans les îles du Pacifique.
Ces frères firent de
grands sacrifices en quittant leur foyer et leur famille pour répondre à
leur appel à servir le Seigneur. Beaucoup de membres des Douze furent
atteints par la fièvre paludéenne tandis qu'ils se préparaient à partir en
Angleterre. Wilford Woodruff, qui était très malade, laissa Phoebe, sa
femme, presque sans nourriture et dans un dénuement quasi total. George A.
Smith, le plus jeune des apôtres, était si malade qu'il fallut le porter
jusqu'au chariot, et un homme qui le vit demanda au conducteur s'ils avaient
pillé les tombes. Seul Parley P Pratt, qui emmena sa femme et ses enfants,
son frère Orson Pratt et John Taylor n'étaient pas malades lorsqu'ils
quittèrent Nauvoo, mais John Taylor tomba plus tard terriblement malade et
manqua de mourir sur le chemin de New York.
Brigham Young était si
malade qu'il était incapable de marcher sans aide ne serait-ce qu'une courte
distance, et son collègue, Heber C. Kimball, ne valait pas mieux. Leurs
épouses et leurs enfants étaient également alités. Lorsque les apôtres
atteignirent le sommet d’une colline non loin de chez eux, couchés tous les
deux dans un chariot, il leur sembla qu'ils ne pourraient jamais supporter
de laisser leurs familles dans un état aussi pitoyable. À la suggestion de
Heber, ils se levèrent péniblement, agitèrent leurs chapeaux au-dessus de
leurs têtes et crièrent trois fois : « Hourra ; hourra pour Israël ». Leurs
épouses, Mary Ann et Vilate, réunirent leurs forces pour se lever et, en
s'appuyant à l'encadrement de la porte, elles s'écrièrent : « Au revoir, que
Dieu vous bénisse ! » Les deux hommes se recouchèrent dans leur chariot,
pleins de joie et de satisfaction de voir leurs femmes debout au lieu d'être
malades au lit.
Restées sur place, les
familles manifestèrent leur foi en faisant des sacrifices pour entretenir
ceux qui avaient accepté un appel en mission. Louisa Barnes Pratt explique
que quand son mari, Addison, fut appelé à partir en mission dans les îles
Sandwich, il fallait éduquer et vêtir ses quatre enfants : « J'allais rester
sans argent... Je me sentis d'abord le cœur affaibli, mais je décidai de me
fier au Seigneur et d'affronter courageusement les maux de la vie, et me
réjouis de ce que mon mari fût considéré comme digne de prêcher l'Evangile ».
Louisa et ses enfants
allèrent jusqu'au dock faire leurs adieux à leur mari et père. Louisa écrit
qu'une fois qu'ils furent rentrés à la maison, la tristesse s'empara d'eux.
« Peu de temps après, de violents coups de tonnerre éclatèrent. Une famille,
qui vivait en face de chez nous, avait une maison qui prenait l'eau et qui
était fragile et peu sûre. Elle vint bientôt chercher refuge au milieu de
l’orage. Nous étions reconnaissants de les voir entrer ; ils ont parlé et
nous ont réconfortés, ont chanté des cantiques, et le frère a prié avec nous
et est resté jusqu'à la fin de l'orage » (« Journal of Louisa Barnes Pratt »,
Heart Throbs of the West, compilé par Kate B. Carter, 12 volumes,
1939-51, 8:229).
Peu après le départ
d'Addison, sa petite fille contracta la variole. La maladie était si
contagieuse que tout détenteur de la prêtrise qui rendrait visite aux Pratt
courrait un vrai danger, de sorte que Louisa pria avec foi et « réprimanda
la fièvre ». Onze petits boutons apparurent sur le corps de sa fille, mais
la maladie ne se déclara jamais. Au bout de quelques jours, la fièvre était
partie. Louisa écrit : « Je montrai l'enfant à quelqu'un qui connaissait la
maladie, il dit que c'était une attaque et que je l'avais vaincue par la
foi » (op. cit., 8:233).
Les missionnaires qui
avaient quitté Nauvoo au prix d'aussi grands sacrifices amenèrent des
milliers de personnes dans l'Église. Beaucoup de ces convertis firent
également preuve d’une foi et d'un courage remarquables. Mary Ann Weston
vivait en Angleterre auprès de la famille de William Jenkins pendant qu'elle
apprenait le métier de couturière. William Jenkins fut converti à
l'Évangile, et Wilford Woodruff se rendit chez lui pour rendre visite à la
famille. Il n'y avait que Mary Ann à la maison à ce moment-là. Wilford
s'assit au coin du feu et chanta : « Vais-je, par crainte de l'homme,
arrêter le cours de l'Esprit en moi ? » Mary Ann le regarda chanter et dit
plus tard : « Il avait l’air si paisible et si heureux, que je me dis qu'il
devait être un homme de bien et que l'Évangile qu'il prêchait devait être
vrai » (« Journal of Mary Ann Weston Maughan », Our Pioneer Heritage,
compilé par Kate B. Carter, 9 volumes, 1958-66, 2:353‑54).
En fréquentant les
membres de l'Église, Mary Ann ne tarda pas à être convertie et à se faire
baptiser, seule membre de sa famille à accepter le message de l'Évangile
rétabli. Elle épousa un membre de l'Église qui mourut quatre mois plus tard
des coups reçus d'émeutiers décidés à perturber une réunion de l'Église.
Elle s'embarqua seule sur un bateau rempli d'autres saints des derniers
jours en route pour Nauvoo, laissant sa maison, ses amis et ses parents
incroyants. Elle ne revit jamais sa famille.
Avec les années, son
courage et son engagement s'avérèrent être une bénédiction pour beaucoup de
gens. Elle épousa Peter Maughan, un veuf, qui colonisa Cache Valley, dans le
nord de l'Utah. Elle y éleva une grande famille. Ses enfants, fidèles,
honorèrent l'Église et le nom de leur mère.
Les ouvrages canoniques
Au cours de la période
de Nauvoo, on publia des écrits qui devinrent plus tard la Perle de Grand
Prix. Ce livre contient des passages du livre de Moïse, le livre d'Abraham,
un extrait du témoignage de Matthieu, des extraits de l'histoire de Joseph
Smith et les Articles de foi. Ces documents furent écrits ou traduits par
Joseph Smith sous la direction du Seigneur.
Les saints avaient
maintenant les Écritures qui allaient devenir les ouvrages canoniques de
l'Église : la Bible, le Livre de Mormon, Doctrine et Alliances, et la Perle
de Grand Prix, livres qui enseignent les vérités fondamentales de l'Évangile
et conduisent le chercheur honnête à la connaissance de Dieu le Père et de
son Fils Jésus-Christ.
Le temple de Nauvoo
Quinze mois seulement
après avoir fondé Nauvoo, la Première Présidence, obéissant à la révélation,
annonça que le moment était maintenant venu « d'ériger une maison de prière,
une maison d'ordre, une maison pour le culte de notre Dieu, où l'on peut
vaquer aux ordonnances, conformément à sa volonté divine » (History of the
Church, 4:186).
Bien que pauvres et
travaillant dur pour pourvoir aux besoins de leurs familles, les saints des
derniers jours répondirent à l'appel de leurs dirigeants et commencèrent à
faire don de temps et de moyens pour la construction d'un temple. Plus de
mille hommes firent don d’un jour de travail tous les dix jours. Une petite
fille, Louisa Decker, fut impressionnée de voir sa mère vendre ses assiettes
de porcelaine et une belle courtepointe comme don pour le temple (Louisa
Decker, « Reminiscences of Nauvoo », Woman's Exponent, mars
1909, p. 41). D'autres saints des derniers jours firent don de chevaux, de
chariots, de vaches, de porc et de blé pour aider à la construction du
temple. Les femmes de Nauvoo furent invitées à donner de leur temps et leurs
maigres économies pour le fonds du temple.
Caroline Butler n'avait
pas le moindre sou à donner, mais elle avait le grand désir de faire quelque
chose. Un jour qu'elle se rendait en ville en chariot, elle vit deux bisons
morts. Elle sut tout à coup ce qu'elle pouvait offrir pour le temple. Ses
enfants et elle arrachèrent les longs poils de la toison des bisons et les
emportèrent chez eux. Ils lavèrent et cardèrent les poils et en firent un
fil grossier, puis tricotèrent huit paires de moufles, qui furent données
aux tailleurs de pierre travaillant sur le temple dans le froid glacial de
l'hiver (« The Mormons and Indians », Heart Throbs of the West,
7:385).
Mary Fielding Smith,
femme de Hyrum Smith, écrivit aux sœurs de l'Église en Angleterre, qui en un
an récoltèrent cinquante mille pennies, pesant quatre cent trente-quatre
livres, qu'elles envoyèrent à Nauvoo. Les fermiers firent don d'attelages et
de chariots ; d'autres vendirent une partie de leurs terres et firent don de
l'argent au comité de construction. On offrit beaucoup de montres et de
fusils. Les saints de Norway (Illinois) envoyèrent cent moutons à Nauvoo au
comité du temple.
Brigham Young raconta :
« Nous avons travaillé très dur sur le temple de Nauvoo, et pendant ce
temps-là, il était très difficile d'obtenir le pain et les autres provisions
dont les ouvriers avaient besoin pour se nourrir ». Cela n'empêcha pas le
président Young de recommander à ceux qui étaient responsables des fonds du
temple de distribuer toute la farine qu'ils avaient, assuré qu'il était que
le Seigneur pourvoirait. Au bout de peu de temps, Joseph Toronto, converti
récent de Sicile, arriva à Nauvoo, apportant deux mille cinq cents
dollars-or, qu'il remit aux frères (B. H. Roberts, A Comprehensive History
of the Church, 2:472). Ces économies de Joseph Toronto furent utilisées pour
se réapprovisionner en farine et acheter d'autres fournitures dont on avait
grand besoin.
Peu après l'arrivée des
saints à Nauvoo, le Seigneur révéla, par l'intermédiaire de Joseph Smith,
que le baptême pouvait être accompli pour les ancêtres décédés qui n'avaient
pas entendu l'Évangile (voir D&A 124:29-39). Beaucoup de saints trouvèrent
un grand réconfort dans la promesse que les morts pouvaient avoir les mêmes
bénédictions que ceux qui acceptaient l'Évangile ici-bas.
Le prophète reçut aussi
une révélation importante concernant les enseignements, les alliances et les
bénédictions que l'on appelle maintenant la dotation du temple. Cette
ordonnance sacrée devait permettre aux saints « de s'assurer la plénitude
des bénédictions » qui les prépareraient à « venir demeurer en la présence
des Elohim dans les mondes éternels » (History of the Church, 5:2). Après
avoir reçu la dotation, maris et femmes pouvaient être scellés l'un à
l'autre pour l'éternité par l'autorité de la prêtrise. Joseph Smith se
rendait compte que son temps sur la terre était compté, aussi pendant la
construction du temple commença-t-il à donner la dotation à un nombre choisi
de disciples fidèles à l'étage de son magasin de briques rouges.
Même après le meurtre
de Joseph Smith, lorsqu'ils se rendirent compte qu'ils devraient sous peu
quitter Nauvoo, les saints augmentèrent leurs efforts pour terminer le
temple. Le grenier du temple inachevé fut consacré pour être l'endroit de
l'édifice où la dotation aurait lieu. Les saints étaient si désireux de
recevoir cette ordonnance sacrée que Brigham Young, Heber C. Kimball et
d'autres parmi les douze apôtres restèrent nuit et jour dans le temple, ne
dormant pas plus de quatre heures par nuit. Mercy Fielding Thompson était
responsable de la lessive et du repassage des vêtements du temple et en
outre supervisait la cuisine. Elle vivait, elle aussi, dans le temple,
travaillant parfois toute la nuit pour que tout soit prêt le lendemain.
D'autres membres de l’Église étaient tout aussi dévoués.
Qu’est-ce qui faisait
que les saints travaillaient si dur pour terminer un bâtiment qu'ils
allaient bientôt abandonner ? Près de six mille saints des derniers jours
reçurent leur dotation avant de quitter Nauvoo. En envisageant leur
émigration vers l'Ouest, ils étaient renforcés dans leur foi et trouvaient
de l'assurance dans la connaissance que leurs familles étaient scellées à
toute éternité. Le visage baigné de larmes, prêts à poursuivre leur chemin
après avoir enterré un enfant ou un conjoint dans les vastes plaines
américaines, ils étaient résolus en grande partie à cause de l'assurance
contenue dans les ordonnances qu'ils avaient reçues dans le temple.
La Société de Secours
Pendant que le temple
de Nauvoo était en construction, Sarah Granger Kimball, femme de Hiram
Kimball, l'un des citoyens les plus riches de la ville, engagea une
couturière appelée Margaret A. Cooke. Désirant promouvoir l’œuvre du
Seigneur, Sarah fit don de tissu pour faire des chemises pour les hommes
travaillant sur le chantier du temple, et Margaret accepta de les coudre.
Peu de temps après, quelques voisines de Sarah émirent aussi le désir de
participer à la confection des chemises. Les sœurs se réunirent dans le
salon des Kimball et décidèrent de s'organiser officiellement. On demanda à
Eliza R. Snow de rédiger les statuts de la nouvelle société.
Eliza présenta le texte
à Joseph Smith, qui déclara que c'étaient les meilleurs statuts qu'il eût
jamais vus. Mais il se sentit inspiré à étendre la vision qu'avaient les
femmes de ce qu'elles pouvaient accomplir. Il leur demanda d'assister à une
autre réunion, où il les organisa en une Société de Secours des femmes de
Nauvoo. Emma Smith, femme du prophète, devint la première présidente de la
société.
Joseph dit aux sœurs
qu'elles recevraient leurs « instructions par l'intermédiaire de l'ordre que
Dieu a créé par l'entremise de ceux qui sont désignés pour diriger ». Il
ajouta : « Je vous remets maintenant la clef au nom de Dieu, et cette
société se réjouira, et la connaissance et l'intelligence se déverseront
dorénavant ; c'est le commencement de jours meilleurs pour cette société »
(Procès-verbaux de la Société de Secours des femmes de Nauvoo, 28 avril
1842, p. 40).
Peu après la naissance
de la société, un comité rendit visite à tous les pauvres de Nauvoo, évalua
leurs besoins et sollicita des dons pour les aider. Les dons en argent et
l'argent récolté lors de la vente de nourriture et de literie permirent aux
enfants nécessiteux d'aller à l'école. Pour aider les nécessiteux, on fit
don de lin, de laine, de fil, de bardeaux, de savon, de bougies, de
ferblanterie, de bijoux, de paniers, de couvertures piquées, de couvertures,
d'oignons, de pommes, de farine, de pain, de biscuits et de viande.
En plus d'aider les
pauvres, les sœurs de la Société de Secours adoraient Dieu ensemble. Eliza
R. Snow raconte qu'au cours d'une réunion « presque toutes les personnes
présentes se levèrent et parlèrent, et l'Esprit du Seigneur, comme un flot
purificateur, revigora tous les cœurs » (op. cit., p. 33). Ces sœurs
priaient les unes pour les autres, fortifiaient mutuellement leur foi et
consacraient leur vie et leurs ressources à promouvoir la cause de Sion.
Le martyre
Si les années passées à
Nauvoo apportèrent beaucoup de bons moments aux saints, les persécutions ne
tardèrent pas à reprendre, et leur point culminant fut le meurtre de Joseph
et de Hyrum Smith. Ce fut une époque sombre et triste que personne n'allait
jamais oublier. Louisa Barnes Pratt décrit l’atmosphère ambiante juste après
l’annonce du martyre : « C'était une nuit silencieuse, et c'était pleine
lune. Une nuit de mort, semblait-il, et tout contribuait à la rendre
solennelle ! On entendait les voix des dirigeants réunir les hommes et, de
loin, cela tombait sur le cœur comme un glas. Les femmes étaient assemblées
en groupes, pleurant et priant, certaines souhaitant qu'un châtiment
terrible s'abatte sur les meurtriers, d'autres acceptant la main de Dieu
dans cet événement » (« Journal of Louisa Barnes Pratt », 8:231).
Comme Louisa Barnes
Pratt, beaucoup de saints des derniers jours se souvinrent des événements du
27 juin 1844 et se les rappelèrent comme une période de larmes et de profond
chagrin. Le martyre fut l'événement le plus tragique des débuts de
l'histoire de l'Église. Mais il n'était pas inattendu.
À dix-neuf reprises au
moins, en commençant dès 1829, Joseph Smith avait dit aux saints qu'il ne
quitterait probablement pas cette vie paisiblement (History of the Church,
4:587, 604 ; 6:558). Il sentait bien que ses ennemis lui ôteraient un jour
la vie, mais il ne savait pas quand. À la fin du printemps 1844 et au début
de l'été, les ennemis dans et en dehors de l'Église travaillèrent à la perte
de Joseph. Thomas Sharp, rédacteur en chef d'un journal voisin et dirigeant
du parti politique anti-mormon du comté de Hancock, exigea publiquement
l'assassinat du prophète. Des groupes de citoyens, des apostats et des
édiles conspirèrent pour détruire l'Église en faisant disparaître son
prophète. Thomas Ford, gouverneur de l'Illinois, écrivit à Joseph Smith,
insistant pour que les membres du conseil municipal comparaissent devant un
jury non mormon pour répondre de l'accusation de perturber l'ordre public.
Il prétendait que seul un procès de ce genre satisferait le peuple. Il
promit aux hommes une protection totale, bien que le prophète ne crût pas
qu'il pût tenir son engagement. Quand apparut qu'il n’y avait pas d'autre
choix, le prophète, son frère Hyrum, John Taylor et d'autres se laissèrent
arrêter, sachant très bien qu'ils n'étaient coupables d'aucun crime. Au
moment de quitter Nauvoo pour le siège du comté, qui était à Carthage, à une
trentaine de kilomètres de là, le prophète savait qu'il voyait sa famille et
ses amis pour la dernière fois. Il prophétisa : « Je vais comme un agneau à
l'abattoir, mais je suis calme comme un matin d'été » (History of the
Church, 6:555).
Lorsque le prophète se
mit en route, B. Rogers, qui travaillait à la ferme de Joseph depuis plus de
trois ans, et deux autres garçons traversèrent les champs à pied et allèrent
s'asseoir sur la clôture pour attendre le passage de leur ami et dirigeant.
Joseph arrêta son cheval à hauteur des garçons et dit aux hommes de la
milice qui étaient avec lui : « Messieurs, voici ma ferme et mes garçons.
Ils m'aiment et je les aime ». Après avoir serré la main à chaque garçon, il
monta sur son cheval et reprit la route pour son rendez-vous avec la mort
(Kenneth W. Godfrey, « A Time, a Season, When Murder Was in the Air »,
Mormon Heritage, juillet/août 1994, pp. 35‑36).
Dan Jones, converti
gallois, rejoignit le prophète à la prison de Carthage. Le 26 juin 1844,
dernière nuit de sa vie, Joseph entendit un coup de feu, sortit du lit et se
coucha par terre près de Jones. Le prophète chuchota : « Avez-vous peur de
mourir ? » « Engagés dans une telle cause, je ne crois pas que la mort
serait bien terrible », répondit Jones. « Vous verrez encore le pays de
Galles et vous remplirez la mission qui vous est destinée avant de mourir »,
prophétisa Joseph (History of the Church, 6:601). Dan Jones fit plus tard
une mission honorable et couronnée de succès au pays de Galles. Aujourd’hui,
des milliers de saints des derniers jours fidèles ont les bénédictions de
l'Église en conséquence directe de la mission de Dan Jones.
Peu après dix-sept
heures, l'après-midi du 27 juin 1844, quelque deux cents émeutiers au visage
peint prirent d'assaut la prison de Carthage, tuèrent Joseph et son frère
Hyrum et blessèrent grièvement John Taylor. Seul Willard Richards en sortit
indemne. En entendant crier : « Les mormons arrivent », les émeutiers
s'enfuirent, de même que la plupart des habitants de Carthage. Willard
Richards prit soin de John Taylor blessé, tous deux pleurant leurs
dirigeants tués. Le corps de Hyrum était à l'intérieur de la prison, tandis
que Joseph, qui était tombé d’une fenêtre, gisait à côté du puits extérieur.
Un des premiers saints
des derniers jours à arriver sur place fut Samuel, frère des martyrs. Lui et
d'autres aidèrent Willard Richards à préparer les corps pour le long et
triste voyage de retour à Nauvoo.
Entre-temps, à Warsaw
(Illinois), la famille de James Cowley, qui était membre de l'Église, se
préparait pour le repas du soir. Matthias, quatorze ans, apprit qu'il y
avait une excitation inhabituelle en ville et se joignit à la foule qui se
formait. Le principal orateur vit le jeune Cowley et lui ordonna de rentrer
chez sa mère. Des garçons, qui n'étaient pas membres de l'Église, le
poursuivirent, lui lançant une grêle de détritus jusqu'au moment où il
s'échappa en traversant le jardin d'un voisin.
Croyant que les choses
s'étaient calmées, Matthias se mit en route pour le fleuve pour y chercher
un seau d'eau. Des émeutiers le repérèrent et payèrent un tailleur ivre pour
le jeter dans le fleuve. Quand Matthias s'arrêta pour puiser l'eau, le
tailleur le saisit par la nuque et dit : « Sale petit mormon, je vais te
noyer ». Matthias raconta plus tard : « Je lui ai demandé pourquoi il
voulait me noyer, et si je lui avais jamais fait de mal ? ‘ Non, dit-il ; Je
ne vais pas te noyer... Tu es un brave gosse, tu peux rentrer chez toi ’ ».
Cette nuit-là, les émeutiers essayèrent vainement à trois reprises de mettre
le feu à la maison des Cowley, mais grâce à sa foi et à ses prières, la
famille fut protégée (Matthias Cowley, « Reminiscences », 1856, p. 3,
Archives de l'Église). Matthias Cowley resta fidèle à l'Église ; son fils
Matthias et son petit-fils Matthew furent plus tard membres du collège des
douze apôtres.
Thomas Ford, gouverneur
de l'Illinois, écrivit à propos du martyre : « Au lieu de mettre fin aux
mormons et de les disperser, comme beaucoup le croyaient, le meurtre des
Smith ne fit que les unir plus que jamais, leur donna une plus grande
confiance en leur foi » (Thomas Ford, A History of Illinois, Milo
Milton Quaife, éditeur, 2 volumes, 1946, 2:217). Ford écrivit aussi :
« Quelqu'un de doué comme Paul, quelque splendide orateur qui pourra, par
son éloquence, attirer les foules par milliers... pourra réussir à donner
une vie nouvelle à la foi mormone, faire résonner haut et fort le nom de
Joseph martyrisé et émouvoir l'âme des hommes ». Ford vécut dans la crainte
que cela n'arrivât et que son propre nom, comme ceux de Pilate et d'Hérode,
fût « déconsidéré auprès de la postérité » (Thomas Ford, A History of
Illinois, 2:221-23). Ses craintes se réalisèrent.
John Taylor guérit de
ses blessures et écrivit plus tard un éloge des dirigeants assassinés, qui
constitue maintenant la section 135 de Doctrine et Alliances. Il dit :
« Joseph Smith, le Prophète et Voyant du Seigneur, a fait plus, avec
l'exception unique de Jésus, pour le salut des hommes dans ce monde, que
n'importe quel autre homme qui y ait jamais vécu... Il fut grand dans sa vie
et dans sa mort aux yeux de Dieu et de son peuple. Et comme la plupart des
oints du Seigneur dans les temps anciens, il a scellé sa mission et ses
oeuvres de son sang, de même que son frère Hyrum. Ils n'étaient pas divisés
dans la vie, et ils ne furent pas séparés dans la mort !... Ils ont vécu
pour la gloire, ils sont morts pour la gloire, et la gloire est leur
récompense éternelle » (D&A 135:3,6).
Succession à la présidence
Lorsque le prophète
Joseph et Hyrum Smith furent assassinés à la prison de Carthage, beaucoup de
membres du collège des Douze et d'autres dirigeants de l'Église étaient en
mission et étaient absents de Nauvoo. Plusieurs jours passèrent avant que
ces hommes ne fussent mis au courant des faits. Lorsque Brigham Young apprit
la nouvelle, il savait que les clefs de la direction de la prêtrise étaient
toujours dans l'Église, car elles avaient été données au collège des Douze.
Mais tous les membres de l'Église ne comprenaient pas qui allait remplacer
Joseph Smith comme prophète, voyant et révélateur du Seigneur.
Sidney Rigdon, premier
conseiller dans la Première Présidence, arriva le 3 août 1844 de Pittsburgh
(Pennsylvanie). Au cours de l'année précédente, il avait commencé à agir de
manière contraire aux instructions de Joseph Smith et s'était écarté de
l'Église. Il refusa de rencontrer les trois membres des Douze déjà à Nauvoo
et, au lieu de cela, parla à une vaste assemblée de saints réunis pour leur
service du culte du dimanche. Il leur parla d'une vision qu'il avait eue,
dans laquelle il avait appris que personne ne pouvait remplacer Joseph
Smith. Il dit qu'un tuteur de l'Église devait être nommé et que ce tuteur
devait être Sidney Rigdon. Peu de saints le soutinrent.
Brigham Young,
président du Collège des douze apôtres, ne revint à Nauvoo que le 6 août
1844. Il déclara qu'il voulait seulement savoir ce que Dieu disait sur le
point de savoir qui devait diriger l'Eglise (History of the Church, 7:230).
Les Douze convoquèrent une réunion pour le jeudi 8 août 1844. Sidney Rigdon
parla pendant plus d'une heure à la session du matin. Il rallia peu de monde
à son point de vue.
Brigham Young parla
alors brièvement, réconfortant les saints. Tandis qu'il parlait, raconte
George Q. Cannon, « c'était la voix de Joseph lui-même et il semblait aux
yeux du peuple que c'était la personne même de Joseph qui se tenait devant
lui » (History of the Church, 7:236). William C. Staines témoigna que
Brigham Young parlait avec la voix du prophète Joseph.
« Je pensais que
c'était lui, dit-il, et les milliers de personnes qui l'entendirent le
pensèrent aussi » (op. cit.). Wilford Woodruff se rappelait aussi cet
événement merveilleux et écrivit : « Si je ne l'avais pas vu de mes propres
yeux, personne n'aurait pu me convaincre que ce n'était pas Joseph Smith, et
quiconque a connu ces deux hommes peut en témoigner » (op. cit.). Cette
manifestation merveilleuse, dont beaucoup furent témoins, montra aux saints
que le Seigneur avait choisi Brigham Young pour succéder à Joseph Smith pour
diriger l'Église.
Lors de la session de
l'après-midi, Brigham Young prit de nouveau la parole, témoignant que le
prophète Joseph avait ordonné les apôtres pour qu'ils détiennent les clefs
du royaume de Dieu dans le monde entier. Il prophétisa que ceux qui ne
suivaient pas les Douze ne prospéreraient pas et que seuls les apôtres
vaincraient et édifieraient le royaume de Dieu.
Après son discours, le
président Young demanda à Sidney Rigdon de prendre la parole, mais celui-ci
préféra se taire. Après un discours de William W. Phelps et un de Parley P
Pratt, Brigham Young reprit la parole. Il parla de terminer le temple de
Nauvoo, de recevoir la dotation avant de partir dans le désert et de
l'importance des Écritures. Il parla de son amour pour Joseph Smith et de
son affection pour la famille du prophète. Les saints votèrent alors à
l'unanimité en faveur des douze apôtres comme dirigeants de l'Église.
Un petit nombre
d'autres prétendirent au droit à la présidence de l'Église mais, pour la
plupart des saints des derniers jours, la crise de succession était
terminée. Brigham Young, doyen des apôtres et président du collège des
Douze, était l'homme que Dieu avait choisi pour diriger son peuple, et le
peuple s'était uni pour le soutenir.
Source : Our Heritage : A Brief History of The Church of
Jesus Christ of Latter-day Saints, 1996, chapitre 5
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