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- Brève histoire de l’Église
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Installation de Sion
au Missouri
(1831-1839)
Premières années au Missouri
Au moment où tous les
saints s'efforçaient d'édifier le royaume de Dieu à Kirtland, beaucoup de
membres de l'Église connaissaient de grandes épreuves au comté de Jackson.
Quand on les y avait appelés, les saints qui habitaient à Colesville (New
York) n'avaient pas hésité à partir de chez eux pour se rassembler à
Kirtland (voir chapitre précédent). Arrivés en Ohio à la mi-mai 1831, ils
constatèrent que les terres qui leur avaient été réservées n'étaient pas
disponibles. Joseph Smith invoqua le Seigneur pour lui exposer leur
détresse. Il venait de recevoir une révélation qui lui commandait, à lui, à
Sidney Rigdon et à 28 autres anciens d'aller faire une mission au Missouri,
et le Seigneur commanda que les saints de Colesville se rendent aussi « vers
le pays de Missouri » (D&A 54:8). C'était le premier groupe de saints à
s'installer dans le pays qui allait prendre le nom de Sion.
Newel Knight, président de la branche de Colesville, rassembla immédiatement
son peuple. Emily Coburn raconte : « Nous étions véritablement un groupe de
pèlerins partis à la recherche d'un pays meilleur » (Emily M. Austin,
Mormonism, or Life Among the Mormons, 1882, p. 63). À Wellsville
(Ohio), ils montèrent à bord d'un bateau à vapeur et, via les fleuves Ohio,
Mississippi et Missouri, voyagèrent jusqu'au comté de Jackson (Missouri). Le
capitaine du vapeur dit qu'ils furent « les émigrants les plus paisibles et
les plus calmes qu'ils eussent jamais transportés dans l'Ouest ; ‘ pas de
grossièreté, pas de vilains mots, pas de jeu d'argent, pas de boisson ’ » (Emily
M. Austin, Mormonism, p. 64).
Par voie de terre, le prophète et d'autres dirigeants de l'Église
précédèrent les saints de Colesville pour prendre les dispositions
nécessaires pour les installer dans le comté de Jackson.
Le
groupe du prophète arriva le 14 juillet 1831 à Independence. Après avoir
contemplé la région et avoir prié pour être dirigé par Dieu, le prophète
dit : « Le Seigneur s'est manifesté à moi et nous a désigné, à moi-même et à
d'autres, l'endroit même où il voulait commencer l’œuvre du rassemblement et
l'édification d'une ville sainte qui serait appelée Sion » (Joseph Smith,
Latter Day Saints' Messenger and Advocate, septembre 1835, p. 179).
Cette révélation spécifiait que le Missouri était le lieu voulu par le
Seigneur pour le rassemblement des saints et que « l'endroit que l'on
appelle maintenant Independence en est le centre ; et un lieu pour le temple
se trouve à l'ouest sur une parcelle qui se trouve non loin du tribunal »
(D&A 57:3). Les saints devaient acheter toutes les terres situées à l'ouest
de la ville jusqu'à la frontière entre l'État du Missouri et le territoire
indien (voir D&A 57:1-5).
Joseph Smith et l'évêque Partridge achetèrent des terres pour la branche de
Colesville dans la commune de Kaw, à vingt kilomètres à l'ouest d'Independence.
Le 2 août 1831, après l'arrivée des membres de la branche, on organisa une
cérémonie empreinte de symbolisme. Douze hommes, représentant les douze
tribus d'Israël, transportèrent un tronc de chêne fraîchement coupé et le
placèrent en travers d'une pierre posée par Oliver Cowdery, posant ainsi les
fondements symboliques de l'installation de Sion. À l’occasion de cet humble
début, les saints construisirent un bâtiment qui fut utilisé comme église et
comme école (Larry C. Porter, « The Colesville Branch in Kaw
Township, Jackson County, Missouri, 1831 to 1833 », Regional Studies
in Latter-day Saint Church History : Missouri, Arnold K. Garr et Clark V.
Johnson, éditeurs, 1994, pp. 286-87).
Le
lendemain, un certain nombre de frères se rassemblèrent en un lieu élevé à
huit cents mètres du tribunal d'Independence. Joseph Smith posa la pierre
angulaire du temple envisagé et le consacra au nom du Seigneur. L'élément
central du pays de Sion devait être la maison du Seigneur (History of the
Church, 1:199). .
Le
prophète retourna à Kirtland, et les saints du comté de Jackson commencèrent
à recevoir des lopins de terre de l'évêque Edward Partridge. Ils étaient
très pauvres et n'avaient même pas de tentes pour se protéger des éléments
pendant qu'ils construisaient leurs cabanes. Ils étaient presque entièrement
démunis d'instruments aratoires et il fallut envoyer des attelages jusqu'à
Saint-Louis, situé à près de trois cent cinquante kilomètres à l'est, pour
se les procurer. Une fois que les saints furent équipés, ils commencèrent à
labourer pour semer.
Fortement impressionnée par ce qu'elle voyait, Emily Coburn raconta :
« C'était vraiment un étrange spectacle que de voir quatre ou cinq attelages
de bœufs retourner la terre fertile. La construction de clôtures et les
autres travaux se succédèrent rapidement. Des cabanes furent construites et
aménagées pour les familles aussi vite que le temps, l'argent et la
main-d’œuvre le permettaient » (Emily M. Austin, Mormonism, p.
67).
En
dépit de l'inconfort de la frontière, les saints de Colesville restaient
joyeux et heureux. Parley P. Pratt, qui s'était installé avec eux, dit :
« Nous connûmes beaucoup de moments heureux dans nos réunions de prière et
autres, et l'Esprit du Seigneur se déversa sur nous, même sur les petits
enfants, de sorte que beaucoup d'enfants de huit, dix ou douze ans
parlaient, priaient et prophétisaient à nos réunions et dans notre culte
familial. Il y avait un esprit de paix et d'union, d'amour et de bonne
volonté, qui se manifestait dans cette petite Église du désert, dont le
souvenir sera toujours très cher à mon cœur » (Autobiography of Parley P.
Pratt, Parley P. Pratt Jr, éditeur, 1938, p. 72).
En
avril 1832, les saints eurent la bénédiction d'avoir une deuxième visite du
prophète et de Sidney Rigdon. Ces dirigeants venaient de connaître une
expérience très douloureuse à la ferme de John Johnson, à Hiram (Ohio), où
ils avaient travaillé à la traduction de la Bible. Les ennemis de l'Église
s'étaient rassemblés et avaient traîné Joseph Smith hors de chez lui pendant
la nuit. Ils l'avaient étouffé, lui avaient arraché ses vêtements et lui
avaient enduit le corps de goudron et de plumes. Sidney Rigdon avait été
traîné par les chevilles sur une terre gelée et rugueuse, et il en avait eu
la tête gravement lacérée.
À
présent, ils étaient en sécurité auprès de leurs amis. Joseph affirma qu'il
eut un accueil que ne connaissent que des frères et des sœurs totalement
unis par la même foi et par le même baptême et soutenus par le même
Seigneur. Il ajouta : « La branche de Colesville, en particulier, se réjouit
comme les saints d'autrefois quand ils recevaient Paul. C'est bon de se
réjouir avec le peuple de Dieu » (History of the Church, 1:269).
Persécutions dans le comté
de Jackson
Conformément au commandement du Seigneur,
Edward
Partridge, l'évêque, acheta des centaines d'hectares de terres dans le comté
de Jackson pour les nombreux saints qui émigraient d'Ohio et d'ailleurs.
Les dirigeants créèrent d'abord pour ces membres les branches d'Independence,
de Colesville, de Whitmer, de Big Blue et de Prairie. Dix branches au total
avaient été créées dès la fin de 1833 (Far West Record, Donald Q. Cannon et
Lyndon W. Cook, éditeurs, 1983, p. 65). Il y eut probablement plus de mille
saints présents lorsque les branches regroupées se réunirent en avril 1833 à
la Big Blue River pour fêter le troisième anniversaire de la fondation de
l'Église. Newel Knight dit que ce rassemblement était la première
commémoration de ce type en Sion et que les saints se réjouissaient tous. Il
fit cependant également cette réflexion : « Quand les saints se réjouissent,
le démon est furieux, et ses enfants et ses serviteurs s'imbibent de son
esprit » (« Newel Knight's Journal », Scraps of Biography, 1883, p.
75).
Le
mois d'avril n’était pas terminé que les persécutions commençaient. Dans un
premier temps, les citoyens locaux avertirent les membres de l'Église qu'ils
étaient mécontents de l'arrivée de tant de saints des derniers jours qui,
craignaient-ils, n’allaient pas tarder à les écraser lors des élections. Les
saints étaient essentiellement des États du Nord et, d'une manière générale,
opposés à l'esclavage des Noirs, qui était à ce moment-là légal dans l'État
du Missouri. Le fait que les saints croyaient au Livre de Mormon, qu'ils
affirmaient que le comté de Jackson serait un jour leur Sion et qu'ils
étaient dirigés par un prophète dérangeait beaucoup. De plus, l'accusation
qu'ils avaient des contacts avec les Indiens provoquait les soupçons des
citoyens locaux.
L'opposition fit passer une circulaire,
parfois appelée la constitution secrète, pour obtenir la signature de ceux
qui étaient disposés à éliminer le « fléau
mormon ». Cette animosité atteignit
son apogée le 20 juillet 1833,
lorsque quatre cents émeutiers se réunirent au tribunal d'Independence pour
coordonner leurs actions.
Des exigences écrites furent présentées aux dirigeants de l'Église pour le
départ des saints du comté de Jackson, pour qu'ils cessent d'imprimer leur
journal, The Evening and the Morning Star, et ne permettent plus à aucun
membre de l'Église d'entrer dans le comté de Jackson. Quand les émeutiers
apprirent que les dirigeants de l'Église ne voulaient pas se soumettre à ces
exigences illégales, ils attaquèrent le bureau du journal, qui était aussi
la maison du rédacteur en chef, William W. Phelps. Les assaillants volèrent
la presse et démolirent le bâtiment.
Destruction du Livre des
commandements
L'ouvrage le plus important en cours d'impression était le Livre des
commandements, première compilation des révélations reçues par Joseph Smith,
le prophète. Quand les émeutiers attaquèrent le bâtiment, ils jetèrent les
pages non reliées du livre dans la rue. Voyant cela, deux jeunes saintes des
derniers jours, Mary Elizabeth Rollins et sa sœur, Caroline, sauvèrent ce
qu'elles purent au péril de leur vie. Mary Elizabeth raconte :
« Les émeutiers sortirent avec de grandes feuilles de papier et dirent :
‘ Voilà les commandements mormons ’. Ma sœur Caroline et moi, nous nous
trouvions au coin d'une clôture, à les regarder ; quand ils parlèrent des
commandements, je résolus d'en récupérer quelques-uns. Ma sœur dit que si
j'allais en chercher, elle irait aussi mais ajouta : ‘Ils vont nous
tuer ’ ». Pendant que les émeutiers étaient occupés à une extrémité de la
maison, les deux fillettes coururent et se remplirent les bras des
précieuses feuilles. Les émeutiers les virent et leur ordonnèrent de
s'arrêter. Mais, raconte Elizabeth : « Nous courûmes le plus vite possible.
Deux d'entre eux se mirent à notre poursuite. Voyant un trou dans une
clôture, nous nous glissâmes dans un grand champ de maïs, déposâmes les
papiers sur le sol et nous couchâmes dessus pour les cacher. Le maïs avait
un mètre cinquante à un mètre quatre-vingt de haut et était très épais : ils
nous cherchèrent partout et arrivèrent tout près de nous mais ne nous
trouvèrent pas ».
Lorsque les vandales furent partis, les fillettes se glissèrent jusqu'à une
vieille grange de rondins. Elles y trouvèrent, comme le raconte Mary
Elizabeth, sœur Phelps et les enfants, occupés à apporter des broussailles
et à les entasser d'un côté de la grange pour y mettre leurs lits. Elle
poursuit : « Elle me demanda ce que j'avais ; je le lui dis. Elle me prit
alors les feuilles. On les relia et on en fit de petits livres, et plus tard
on m'en offrit un que je conservai avec grand soin » (Mary Elizabeth Rollins
Lightner, Utah Genealogical and Historical Magazine, juillet 1926, p. 196).
L'évêque Partridge est
enduit de goudron et de plumes
Les émeutiers s'emparèrent ensuite
d'Edward Partridge, l'évêque, et de Charles Allen. On les emmena sur la
place publique d'Independence et on leur commanda de renier le Livre de
Mormon et de quitter le comté. L'évêque Partridge dit :
« Je leur dis que les saints
avaient subi des persécutions à toutes les époques du monde, que je n'avais
rien fait pour offenser qui que ce fût, que s'ils me maltraitaient, ils
maltraiteraient un innocent; que j'étais disposé à souffrir pour l'amour du
Christ, mais que pour ce qui était de quitter le pays, je n'étais pas à ce
moment-là disposé à y consentir ».
Sur ce refus, les deux hommes furent dépouillés de leurs vêtements
extérieurs et on leur recouvrit le corps de goudron et de plumes.
Edward Partridge raconte : « Je supportai mes mauvais
traitements avec tant de résignation et d'humilité que cela parut stupéfier
la multitude, qui me permit, en silence, de me retirer, beaucoup ayant un
air très solennel, leur sympathie ayant été, pensais-je, touchée. Quant à
moi, j'étais à ce point rempli de l'Esprit et de l'amour de Dieu que je
n'avais pas de haine vis-à-vis de mes persécuteurs ni de personne d'autre »
(History of the Church, 1:391).
Bataille de la Big Blue
Les émeutiers revinrent le 23 juillet, et
les dirigeants de l'Église se proposèrent comme rançon s'ils ne faisaient
pas de mal au peuple. Mais les émeutiers menacèrent de s'attaquer à l'Église
entière et obligèrent les frères à convenir que tous les saints des derniers
jours quitteraient le comté. Étant
donné que le comportement des émeutiers était illégal, contraire à la
Constitution des États-Unis et à
celle de l'État du Missouri, les dirigeants de l'Église demandèrent l'aide de Daniel
Dunklin, gouverneur de l'État.
Il les informa de leurs droits de citoyens et invita les saints à avoir
recours à un avocat. Alexander W. Doniphan et d'autres furent engagés pour
représenter les membres de l'Église, mesure qui ne fit que rendre les
émeutiers plus furieux.
Les saints des derniers jours essayèrent tout d'abord d'éviter
l'affrontement direct ; mais comme ils se faisaient rouer de coups et que
l'on détruisait les biens, cela finit par une bataille près de la Big Blue
River. Deux émeutiers et un saint des derniers jours, Andrew Barber, furent
tués. Philo Dibble fut touché à trois reprises à l'estomac. Newel Knight fut
appelé à lui faire l'imposition des mains. Philo Dibble raconte :
« Newel
Knight vint me voir et s'assit à mon chevet... Je sentis l'Esprit reposer
sur moi au sommet de ma tête avant que sa main ne me touche, et je sus
immédiatement que j'allais être guéri... Je me levai immédiatement et vomis
trois litres de sang ou davantage avec des morceaux de vêtements qui avaient
été introduits dans mon corps par les balles. Ensuite je m'habillai et
sortis... À partir de ce moment-là, je ne perdis plus une seule goutte de
sang, et dès lors, mes blessures ne me causèrent plus la plus moindre
souffrance ni le moindre inconfort, si ce n’est que je me sentais un peu
affaibli par la perte de sang » (« Philo Dibble's Narrative », Early
Scenes in Church History, 1882, pp. 84-85).
Le
gouverneur Dunklin intercéda et commanda au colonel Thomas Pitcher de
désarmer les deux partis. Mais la sympathie du colonel Pitcher allait aux
émeutiers, et il prit leurs armes aux saints et les livra aux émeutiers. Les
saints sans défense furent attaqués et leurs maisons détruites. Les hommes
durent chercher refuge dans les bois et certains se firent rouer de coups.
Finalement les dirigeants de l'Église invitèrent le peuple à prendre ses
affaires et à fuir le comté de Jackson.
Refuge dans le comté de Clay
À
la fin de 1833, la majorité des saints traversèrent le fleuve Missouri et se
dirigèrent vers le nord et le comté de Clay, où ils trouvèrent un refuge
temporaire décrit comme suit par Parley P. Pratt :
« Le rivage commençait à se couvrir des deux côtés du bac d'hommes, de
femmes et d'enfants, d'effets, de chariots, de boîtes, de provisions, etc.,
et le bac était constamment à l’œuvre ; et quand la nuit se referma de
nouveau sur nous, les bords du fleuve, avec leurs peupliers de Virginie,
ressemblaient à une assemblée religieuse de plein air. Dans toutes les
directions, on voyait des centaines de personnes, certaines dans des tentes,
d'autres à l’air libre, autour de leur feu, tandis que la pluie tombait à
torrents. Des maris demandaient leurs femmes, des femmes leurs maris, des
parents leurs enfants et des enfants leurs parents. Certains avaient eu la
bonne fortune de s'échapper avec leurs familles, leurs affaires et leurs
provisions ; tandis que d'autres ne connaissaient pas le sort de leurs amis
et avaient perdu tous leurs biens. La scène... aurait... attendri le cœur de
n'importe qui sur terre, sauf nos oppresseurs aveugles et une collectivité
aveugle et ignorante » (Autobiography of Parley P. Pratt, p. 102).
La
possibilité d'édifier Sion et un temple à leur Dieu dans le comté de Jackson
était ainsi temporairement arrachée aux saints. Quelque 1200 membres de
l'Église faisaient maintenant le nécessaire pour survivre à un hiver
inhospitalier près du fleuve dans le comté de Clay.
Certains s'abritèrent dans les caisses de chariot, sous des tentes ou des
abris creusés au flanc des collines, tandis que d'autres occupaient des
cabanes abandonnées. Newel Knight passa l'hiver dans une hutte indienne.
L'un des premiers bâtiments construits par les saints dans le comté de Clay
fut une petite église de rondins pour y adorer. Ils « n’oublièrent pas de
rendre grâces au Dieu Tout-puissant de les avoir délivrés des mains de leurs
ennemis et de demander sa protection pour l'avenir, d'adoucir le cœur des
gens auprès de qui ils s'étaient enfuis, afin de trouver parmi eux de quoi
subvenir à leurs besoins » (« Newel Knight's Journal », Scraps of
Biography, p. 85).
Persécutions contre le camp
de Sion
Comme décrit au chapitre précédent,
le Seigneur avait commandé à Joseph Smith de rassembler un groupe d'hommes
qui devaient aller de Kirtland au Missouri pour aider les saints qui avaient
été chassés de leurs terres du comté de Jackson. Quand le camp de Sion
arriva, vers la fin juin 1834, dans l'est du comté de Clay, plus de trois
cents émeutiers missouriens allèrent à sa rencontre, décidés à le détruire.
Sous la direction de Joseph Smith, les frères dressèrent le camp sur le
confluent des Little et Big Fishing Rivers.
Les émeutiers lancèrent leur attaque à coups de canon, mais le Seigneur
combattait pour les saints. Des nuages se formèrent rapidement dans le ciel.
Le prophète écrit : « Il se mit à pleuvoir et à grêler... L'orage fut
formidable ; le vent et la pluie, la grêle et le tonnerre s'abattirent sur
eux avec une grande fureur, ne tardèrent pas à ramollir leur sinistre
courage et contrarièrent tout leur dessein de ‘ tuer Joe Smith et son
armée ’... Ils se glissèrent en dessous des chariots, dans des arbres creux,
se serrèrent dans une vieille baraque, etc., jusqu'à ce que l'orage fût
terminé, et à ce moment-là leurs munitions étaient détrempées ». Après avoir
subi toute la nuit le martèlement de l'orage, « la troupe aux espoirs déçus
prit le chemin du retour vers Independence, pour rejoindre le gros des
émeutiers, bien convaincue... que quand Jéhovah combat, il vaut mieux être
ailleurs... On aurait dit que l'ordre de contre-attaquer avait été lancé par
le Dieu des armées pour empêcher que ses serviteurs ne fussent détruits par
leurs ennemis » (Andrew Jenson, The Historical Record, 1888, 7:586).
Quand il s'avéra qu'une armée d'émeutiers attendait les saints et que le
gouverneur Dunklin ne tiendrait pas sa promesse de les aider, le prophète
pria le Seigneur pour obtenir ses instructions. Le Seigneur lui dit que le
moment n'était pas favorable pour racheter Sion. Les saints avaient beaucoup
à faire pour préparer leur vie personnelle pour l'édification de Sion.
Beaucoup d'entre eux n'avaient pas encore appris à obéir à ce que le
Seigneur exigeait : « Sion ne peut être édifiée que sur les principes de la
loi du royaume céleste ; autrement je ne puis la recevoir en moi. Et il faut
que mon peuple soit châtié jusqu'à ce qu'il apprenne l'obéissance, s'il le
faut, par les choses qu'il endure » (D&A 105:5-6).
Le
Seigneur ajouta que le camp de Sion ne devait pas poursuivre son objectif
militaire : « En conséquence des transgressions de mon peuple, il m’est
opportun que mes anciens attendent encore un peu la rédemption de Sion, afin
qu'ils soient eux-mêmes préparés, que mon peuple soit instruit plus
parfaitement » (D&A 105:9-10). Les frères du camp de Sion reçurent leur
relève honorable, et le prophète retourna à Kirtland.
Far West, siège de l'Église
La plupart des saints du Missouri
restèrent dans le comté de Clay jusqu'en 1836 ; à ce moment-là, les citoyens
du comté leur rappelèrent qu'ils avaient promis de ne rester que jusqu'à ce
qu'ils puissent retourner dans le comté de Jackson. Comme cela semblait
maintenant impossible, on leur demandait de partir comme promis. Légalement
les saints n'étaient pas obligés d'obéir, mais plutôt que de susciter un
conflit, ils déménagèrent de nouveau. Grâce à l’action
d'Alexander W. Doniphan, l'ami qu'ils
avaient au gouvernement de l'État,
deux nouveaux comtés, appelés Caldwell et Daviess, furent créés en décembre
1836 à partir du comté de Ray. Les saints furent autorisés à créer leur
propre ville, Far West, à environ cent kilomètres du comté de Clay, pour en
faire le siège du comté de Caldwell. Les principaux officiers du comté
étaient saints des derniers jours, et beaucoup de personnes espéraient que
cela mettrait fin aux persécutions contre les saints.
Après un voyage difficile depuis Kirtland, Joseph Smith arriva à Far West en
mars 1838 et y installa le siège de l'Église. En mai, il se rendit au comté
de Daviess, situé plus au nord, et, pendant qu'il se trouvait près de la
Grand River, il identifia prophétiquement la région comme étant la vallée d'Adam-ondi-Ahman,
le « lieu où Adam viendra visiter son peuple » (D&A 116:1 ; voir
aussi D&A 107:53-57 ; History of the Church, 3:34-35).
Adam-ondi-Ahman devint la principale localité des saints du comté de Daviess.
Les pierres angulaires d'un temple furent consacrées le 4 juillet 1838 à Far
West, et les saints commencèrent à éprouver le sentiment qu'ils avaient
enfin un répit de leurs ennemis.
Bataille de la Crooked River
Mais les persécutions recommencèrent
bientôt. Le 6 août 1838, une centaine d'émeutiers, lors des élections de
Gallatin (comté de Daviess) interdirent aux saints de voter. Cela donna lieu
à une rixe au cours de laquelle plusieurs personnes furent blessées. Les
désordres croissants entretenus par les émeutiers des comtés de Caldwell et
de Daviess poussèrent Lilburn W. Boggs, gouverneur de l'État,
à faire intervenir la milice afin de maintenir l'ordre.
Le
capitaine Samuel W. Bogart, un des officiers de la milice, était en réalité
étroitement lié aux émeutiers. Il décida de provoquer un conflit en
kidnappant trois saints des derniers jours et en les retenant dans son camp
sur la Crooked River, dans le nord-ouest du comté de Ray. Une compagnie de
la milice des saints des derniers jours fut envoyée pour les délivrer et une
violente bataille eut lieu le 25 octobre 1838. Le capitaine David W. Patten,
un des douze apôtres, dirigeait la compagnie et fut parmi ceux qui furent
mortellement blessés dans l'escarmouche. Phoebe Ann Patten, femme de David,
Joseph Smith et son frère Hyrum et Heber C. Kimball vinrent de Far West pour
être avec lui avant sa mort.
Heber dit à propos de David Patten : « Les principes de l'Évangile qui
étaient pour lui si précieux lui fournirent le soutien et la consolation
dont il avait besoin au moment de son départ, ce qui dépouillait la mort de
son aiguillon et de son horreur ». Le mourant parla à ceux qui se trouvaient
à son chevet de certains saints qui avaient abandonné leur fermeté pour
tomber dans l'apostasie et s'exclama : ‘ Oh s'ils pouvaient être dans ma
situation ! Car j'ai le sentiment d'avoir gardé la foi ’. « Il s'adressa
ensuite à Phoebe Ann, disant : ‘ Quoi que tu fasses d'autre, oh ne renie pas
la foi ’. « Juste avant de mourir, il fit une prière : ‘ Père, je te
demande, au nom de Jésus-Christ, de libérer mon esprit et de me recevoir
auprès de toi ‘. Puis, il supplia ceux qui l'entouraient : ‘ Mes frères,
vous m'avez retenu par votre foi, mais abandonnez et laissez-moi partir, je
vous en supplie ’ ». Heber poursuivit : « Nous le confiâmes par conséquent à
Dieu, et il rendit bientôt le dernier soupir et s'endormit en Jésus sans un
gémissement » (Orson F. Whitney, Life of Heber C. Kimball, 3e
édition, 1945, pp. 213-14).
La
compagnie du capitaine Bogart avait agi plus comme un groupe d'émeutiers que
comme une milice d'État. Cela n'empêcha pas le gouverneur Lilburn W. Boggs
d'utiliser la mort d'un membre de la milice, lors de la bataille de la
Crooked River, ainsi que d'autres rapports, pour donner son « ordre
d'extermination ». Ce décret, en date du 27 octobre 1838, disait entre
autres : « Les mormons doivent être traités comme des ennemis et doivent, si
nécessaire, être exterminés ou chassés de l'État, pour le bien public.
Leurs outrages dépassent toute description » (Leland Homer Gentry,
« A History of the Latter-day Saints in Northern Missouri from 1836 to
1839 », thèse de doctorat, université Brigham Young, 1965, p. 419).
Un officier de la
milice fut chargé d'exécuter l'ordre du gouverneur.
Massacre de Haun's Mill
Le 30 octobre 1838, trois
jours après la publication de l'ordre d'extermination, quelque deux cents
hommes lancèrent une attaque surprise contre une petite communauté de saints
à Haun's Mill, sur le Shoal Creek, dans le comté de Caldwell. Les
assaillants invitèrent par traîtrise ceux qui souhaitaient se sauver à
courir se réfugier dans la forge. Ils prirent alors position autour du
bâtiment et tirèrent dessus jusqu'au moment où ils pensèrent que tous ceux
qui étaient à l'intérieur étaient morts. D'autres furent abattus tandis
qu'ils essayaient de fuir. En tout 17 hommes et garçons furent tués et 15
blessés.
Après le massacre, Amanda Smith se rendit à la forge où elle trouva son
mari, Warren, et un de ses fils, Sardius, morts. Au milieu de ce carnage,
elle trouva à son immense joie un autre de ses fils, le petit Alma, toujours
vivant, quoique grièvement blessé. Sa hanche avait été arrachée par un coup
de mousquet. Comme la plupart des hommes étaient morts ou blessés, Amanda
s'agenouilla et supplia le Seigneur de l'aider.
« Ô mon Père céleste, m'écriai-je, que vais-je faire ? Tu vois mon pauvre
garçon blessé et tu connais mon manque d'expérience. Ô Père céleste,
montre-moi ce que je dois faire ». Elle dit qu'elle fut « guidée comme par
une voix » à faire une bouillie avec les cendres et à nettoyer la blessure.
Elle fit ensuite un cataplasme d'écorce d'orme et en remplit la blessure. Le
lendemain, elle versa le contenu d'une bouteille de baume dans la blessure.
Elle dit à son fils :
« Alma, mon enfant... crois-tu que le Seigneur a fait ta hanche ?
« Oui, maman.
« Alors le Seigneur peut fabriquer quelque chose là à la place de ta hanche,
ne crois-tu pas ?
« Tu penses que le Seigneur peut le faire, maman ? » demanda l'enfant.
« Oui, mon enfant, répondit-elle. Il m'a montré tout cela en vision ».
Elle le posa alors confortablement sur le ventre et dit : « Reste comme
cela, et ne bouge pas, et le Seigneur te fera une nouvelle hanche ».
« Alma resta ainsi sur le ventre pendant cinq semaines, jusqu'à ce qu'il fût
complètement guéri, un cartilage souple s'étant formé à la place de
l'articulation disparue » (Amanda Barnes Smith, citée dans Edward W.
Tullidge, Women of Mormondom, 1877, pp. 124, 128).
La
tâche horrible de s'occuper de l'enterrement de leurs proches échut à Amanda
et à d'autres. II ne restait qu'un petit nombre d'hommes valides, dont
Joseph Young, frère de Brigham Young. Comme ils craignaient le retour des
émeutiers, ils n'avaient pas le temps de creuser des tombes classiques. On
jeta les corps dans un puits asséché transformé en charnier. Joseph Young
aida à transporter le corps du petit Sardius mais déclara « qu'il ne pouvait
pas jeter ce garçon dans cette horrible tombe ». Il avait joué avec ce
« garçon intéressant » pendant le voyage au Missouri, et Joseph était
« d’une nature si tendre » qu'il ne pourrait le faire. Amanda enveloppa
Sardius dans un drap et le lendemain elle plaça avec Willard, un autre de
ses fils, le corps dans le puits. On jeta par-dessus de la terre et de la
paille pour couvrir l'atroce tableau (Amanda Barnes Smith, citée dans
Tullidge, Women of Mormondom, p. 126).
À
Adam-ondi-Ahman, Benjamin F.
Johnson, âgé de vingt ans, se vit épargner le même traitement de la part
d'un Missourien décidé à l'abattre. Il avait été arrêté et gardé à vue
pendant huit jours, par un froid intense, devant un feu de camp. Pendant
qu'il était assis sur un tronc, une « brute »
s'approcha de lui, fusil en main, et dit :
« Renonce immédiatement au
mormonisme, sinon je te descends ».
Benjamin refusa fermement, et là-dessus le bandit le mit en joue et pressa
la détente. Le fusil s'enraya. L’homme lança une bordée d'injures et déclara
qu'il « se servait du fusil depuis
vingt ans et qu’il n'avait encore jamais eu de raté ».
Il examina le chien du fusil, rechargea l'arme, visa et pressa de nouveau la
détente... sans résultat.
Il recommença la même manœuvre et essaya une troisième fois, mais avec le
même résultat. Un spectateur lui dit de « vérifier un peu son fusil » et
qu'alors il pourrait « tuer la petite ordure ». Le candidat assassin se
prépara, allant jusqu'à introduire un nouveau chargement. Mais, raconte
Benjamin : « Cette fois, le fusil explosa et tua le misérable sur le coup ».
On entendit un des Missouriens dire : « Il vaut mieux ne pas essayer de tuer
cet homme-là » (E. Dale LeBaron, « Benjamin Franklin Johnson : Colonizer,
Public Servant and Church Leader », mémoire de maîtrise, université Brigham
Young, 1966, p. 42-43).
Le prophète emprisonné
Peu après le massacre de Haun's Mill,
Joseph Smith, le prophète, et d'autres dirigeants furent faits prisonniers
par la milice de l'État. Une cour
martiale eut lieu, et le prophète et ses amis furent condamnés à être
fusillés, le lendemain matin, par un peloton d'exécution, sur la place
publique de Far West. Mais Alexander W. Doniphan, général de la milice,
refusa d'exécuter l'ordre, en qualifiant la décision de « meurtre
de sang-froid ». Il avertit le
général commandant la milice que s'il persistait dans sa volonté de tuer ces
hommes, il l'en tiendrai pour responsable, avec l'aide de Dieu, devant un
tribunal terrestre » (Leland
Homer Gentry, « A History of the Latter-day Saints in Northern Missouri »,
p. 518).
Le prophète et les autres furent tout
d'abord emmenés à Independence, puis envoyés à Richmond (comté de Ray), où
ils furent mis en prison en attendant leur jugement. Parley P. Pratt était
l'un de ceux qui accompagnaient le prophète. Il dit qu'un soir les gardes
provoquaient les prisonniers en racontant leurs exploits de viol, de meurtre
et de pillage parmi les saints des derniers jours. Il savait que le prophète
était éveillé à côté de lui et écrit que Joseph se mit soudain debout et
réprimanda les gardes avec puissance :
« SILENCE, démons du gouffre infernal ! Au nom de Jésus-Christ, je vous
réprimande et je vous commande de vous taire. Je ne vivrai pas un instant de
plus pour entendre pareil langage. Cessez ce genre de conversation ou bien
vous ou moi mourrons À L'INSTANT ! '
« Il cessa de parler. Il se tenait droit avec une majesté terrible. Enchaîné
et sans armes, calme, serein et digne comme un ange, il posait les yeux sur
les gardes tremblants, qui baissèrent leurs armes ou les laissèrent tomber
par terre, et qui, se blottissant dans un coin ou rampant à ses pieds, lui
demandèrent pardon et restèrent silencieux jusqu'à la relève de la garde ».
Parley ajoute : « J'ai essayé de concevoir des rois, des cours royales, des
trônes et des couronnes, et des empereurs assemblés pour décider du destin
de royaumes ; mais la dignité et la majesté, je ne les ai vues qu'une seule
fois, tandis qu'elles étaient enchaînées, à minuit, dans un cachot d'un
village obscur du Missouri » (Autobiography of Parley P. Pratt, p. 211).
Lorsque l'instruction eut été terminée, Joseph et Hyrum Smith, Sydney Rigdon,
Lyman Wight, Caleb Baldwin et Alexander McRae furent envoyés à la prison de
Liberty dans le comté de Clay, où ils arrivèrent le 1er décembre 1838. Le
prophète décrit ainsi leur situation : « Nous sommes gardés nuit et jour
sous la surveillance d'une forte garde dans une prison aux murs et aux
portes doubles, sous l'interdiction d'exercer notre liberté de conscience ;
notre nourriture est rare... On nous oblige à dormir sur un sol couvert de
paille et sans couvertures suffisantes pour nous tenir chaud... Les juges
nous ont dit gravement de temps à autre qu'ils savaient que nous étions
innocents et devrions être libérés, mais qu'ils n'osaient pas nous appliquer
la loi, par peur des émeutiers » (« Copy of a Letter from J. Smith Jr. to
Mr. Galland », Times and Seasons, février 1840, p. 52).
Exode en Illinois
Tandis que leur prophète restait
emprisonné, plus de huit mille saints traversèrent le Missouri en direction
de l'Est pour entrer en Illinois et échapper à l'ordre d'extermination. Ils
furent obligés de partir en plein hiver, et bien que Brigham Young,
président du collège des Douze, les
dirigeât et leur apportât toute l'aide possible, ils souffrirent
considérablement. La famille de John Hammer fut une des nombreuses qui
cherchèrent refuge. John décrit sa situation pénible :
« Je ne me souviens que trop des souffrances et des cruautés de cette
époque. Notre famille avait un seul chariot et un seul cheval aveugle, et
c'était tout ce que nous possédions en fait d'attelage, et cet unique cheval
aveugle dut transporter nos affaires jusqu'à l'État d'Illinois. Nous
échangeâmes notre chariot avec un frère qui avait deux chevaux, contre un
chariot léger à un cheval, ce qui faisait l'affaire des uns et des autres.
Nous mîmes dans ce petit chariot nos vêtements, notre literie, un peu de
farine de maïs et les maigres provisions que nous pouvions rassembler, et
nous nous mîmes en route à pied dans le froid et le gel, mangeant et dormant
au bord de la route à la belle étoile. Mais les morsures de ces nuits
glaciales et les vents perçants étaient moins barbares et moins impitoyables
que les démons à visage humain dont nous fuyions la furie... Nos enfants,
comme beaucoup d'autres, allaient presque pieds nus, et certains avaient dû
s'envelopper les pieds de tissus pour les empêcher de geler et les protéger
des aspérités du sol gelé. Le moins qu'on puisse en dire c'est que c'était
là une protection insuffisante, et souvent le sang qui coulait de nos pieds
tachait la terre gelée. Ma mère et ma sœur étaient les seuls membres de
notre famille à avoir des souliers, et ceux-ci étaient usés et presque
inutilisables avant que nous n’ayons atteint le rivage alors hospitalier de
l'Illinois » (Lyman Omer Littlefield, Reminiscences of Latter-day Saints,
1888, pp. 72-73).
Le
prophète dut attendre en prison sans pouvoir rien faire pendant que son
peuple était chassé de l'État. On peut mesurer l'anxiété de son âme à la
supplication qu'il adressa au Seigneur, qui est rapportée dans Doctrine et
Alliances, section 121 :
« Ô Dieu, où es-tu ? Et où est le pavillon qui couvre ta cachette ?
« Combien de temps retiendras-tu ta main ? Combien de temps ton oeil, oui,
ton oeil pur contemplera-t-il des cieux éternels les maux de ton peuple et
de tes serviteurs, et ton oreille sera-t-elle pénétrée de leurs cris ? »
(D&A 121:1-2).
Le
Seigneur lui répondit en ces termes :
« Mon fils, que la paix soit en ton âme ! Ton adversité et ton affliction ne
seront que pour un peu de temps ;
« Et alors, si tu les supportes bien, Dieu t'exaltera en haut ; tu
triompheras de tous tes ennemis.
« Tes amis se tiennent à tes côtés, et ils te salueront de nouveau, le cœur
ouvert et les mains tendues » (D&A 121:7-9).
Les paroles du Seigneur s'accomplirent littéralement en avril 1839. Après
six mois d'emprisonnement illégal, le renvoi de l'affaire devant d'autres
cours provoqua le transfert des prisonniers tout d'abord à Gallatin (comté
de Daviess, Missouri), puis en direction de Columbia (comté de Boone). Le
shérif, William Morgan, reçut l'ordre « de ne les emmener en aucun cas au
comté de Boone ». Une ou plusieurs personnes en haut lieu avaient décidé de
laisser les prisonniers s'échapper, peut-être pour éviter l'embarras public
de les faire comparaître devant le tribunal, alors qu'il n'y avait pas de
preuves pour les condamner. On donna aux prisonniers l'occasion d'acheter
deux chevaux et de fausser compagnie à leurs gardes. Hyrum Smith dit :
« Nous changeâmes de cap et nous dirigeâmes vers l'État d'Illinois, et en
neuf ou dix jours, nous arrivâmes sains et saufs à Quincy (comté d'Adams),
où nous retrouvâmes nos familles dans la pauvreté, mais en bonne santé » (History
of the Church, 3:423). Ils y furent effectivement accueillis « le cœur
ouvert et les mains tendues ».
Wilford Woodruff dit à propos de ses retrouvailles avec le prophète :
« J'avais une fois de plus le bonheur de donner la main à frère Joseph... Il
nous salua très joyeux... Il était franc, ouvert et aimable comme
d'habitude, et nous nous réjouîmes grandement. On ne saurait comprendre le
sentiment de joie suscité par une telle réunion si on n'a pas été dans les
épreuves pour l'amour de l'Évangile » (Matthias
F. Cowley, Wilford Woodruff, 1909, p. 102).
Le Seigneur avait
miraculeusement préservé son prophète et l'Église. L'Israël moderne
commençait à se rassembler une fois de plus dans un pays neuf, où de
nouveaux horizons et de nouvelles alliances les attendaient.
Source : Our Heritage : A Brief History of The Church of
Jesus Christ of Latter-day Saints, 1996, chapitre 4
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