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Enseigner,
prêcher, guérir
Jeffrey R. Holland
du Collège des douze apôtres
Nous voyons tout
naturellement dans le Christ un instructeur. Le plus grand Maître qui ait jamais vécu ou qui vivra jamais. Le Nouveau
Testament est rempli de ses enseignements, de ses paroles, de ses sermons,
de ses paraboles. D’une manière ou d’une autre, il enseigne dans toutes les
pages de ce livre. Mais alors même qu’il enseignait, il faisait
délibérément quelque chose de plus que cela, quelque chose qui donnait du
relief à son enseignement.
Après l’appel des
tout premiers disciples (pas encore apôtres), l’oeuvre commence. Voici ce
que Matthieu dit : « Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans les
synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume, et guérissant toute
maladie et toute infirmité parmi le peuple » (Matthieu 4:23).
L’enseignement et
la prédication, nous les connaissons et nous nous y attendons. Par contre
nous ne sommes peut être pas prêts à considérer la guérison sous le même
angle. Et pourtant, c’est à partir de ce tout début, de la première heure,
que la guérison est mentionnée comme si elle était synonyme d’enseignement
et de prédication. La relation est tout du moins
évidente entre les trois. En fait, le passage cité continue à parler
davantage de guérison que d’enseignement et de prédication.
Matthieu continue
: « Sa renommée se répandit dans toute la Syrie, et on lui amenait tous
ceux qui souffraient de maladies et de douleurs de divers genres, des
démoniaques, des lunatiques, des paralytiques ; et il les guérissait » (v.
24).
Vient maintenant
le magistral sermon sur la montagne, qui compte six pages et demie. Pour
l’enseigner convenablement, il faudrait, je suppose, six ans et demi. Mais
dès la fin de ce sermon, le Sauveur descend de la montagne, et le voilà qui
guérit de nouveau. Il guérit successivement un lépreux, le serviteur du
centenier, la belle-mère de Pierre, puis un groupe décrit simplement comme
« plusieurs démoniaques » (Matthieu 8:16). En résumé, dit le texte, il «
guérit tous les malades » (v. 16).
Obligé de
traverser la mer de Galilée à cause de la foule qui se presse maintenant
autour de lui, il chasse les démons de deux personnes qui vivent dans les
sépulcres des Gadaréniens et remonte ensuite dans
la barque pour retourner « dans sa ville » (Matthieu 9:1) où il guérit un
homme cloué au lit par la paralysie, et une femme qui souffre depuis douze
ans d’une perte de sang (dans ce que je considère comme un des moments les
plus beaux et les plus remarquables de tout le Nouveau Testament), et
ressuscite ensuite la fille de Jaïrus.
Ensuite il rend
la vue à deux aveugles, après quoi il chasse un démon qui avait rendu un
homme muet. Voilà le bref résumé des six premiers chapitres du Nouveau
Testament consacrés au ministère du Christ. Voyez si le verset suivant
éveille en vous un écho. « Jésus parcourait toutes les villes et les
villages, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du
royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité » (Matthieu 9:35).
À l’exception de
quelques mots, nous avons ici exactement le verset que nous avons lu cinq
chapitres plus tôt. Vient ensuite ceci :
« Voyant la foule,
il fut ému de compassion pour elle, parce qu’elle était languissante et
abattue, comme des brebis qui n’ont point de berger.
« Alors il dit à
ses disciples : La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers.
« Priez donc le
maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson » (v. 36-38).
Là-dessus, il
appelle les Douze et leur donne ce commandement : « Allez, dit-il, vers les
brebis perdues de la maison d’Israël.
« Allez, prêchez,
et dites : Le royaume des cieux est proche.
« Guérissez les
malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons.
Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Matthieu 10:6-8).
Nous connaissons
le Sauveur comme le Maître pédagogue. C’est ce qu’il est et davantage. Et
quand il dit que le gros de la moisson nous attend encore et qu’il y a
beaucoup trop peu d’ouvriers, nous pensons immédiatement aux missionnaires
et à d’autres personnes qui doivent enseigner. Mais l’appel est destiné à
une certaine sorte d’instructeur, à un instructeur qui, tout en enseignant,
guérit.
Je tiens à être
parfaitement clair. Quand je parle de « guérir », comme je l’ai fait, ce
n’est pas de l’utilisation officielle de la prêtrise, de l’imposition des
mains aux malades ni de rien de tel que je parle. Là n’est pas le rôle de
ceux qui sont appelés comme instructeurs dans les organisations de
l’Église.
Mais je crois que
notre enseignement mène à une guérison de nature spirituelle. Je ne peux
pas croire qu’une si grande partie des écrits de Matthieu ait pu se
concentrer à un tel point sur le contexte du ministère du Sauveur auprès de
personnes dans la détresse, de personnes perturbées, de personnes dans le
désarroi, s’il n’y avait pas une raison à cela. Comme c’est le cas du
Maître, ne serait-il pas merveilleux de mesurer le succès de notre
enseignement à la guérison qui se produit dans la vie des autres ?
Laissez-moi
préciser un peu. Plutôt que simplement faire une leçon, essayez un peu plus
d’aider le champion de basket-ball aveugle à réellement voir, ou la « reine
d’un jour » sourde à réellement entendre, ou le président du corps
estudiantin spirituellement paralysé à réellement marcher. Pourrions-nous
essayer un peu plus de fortifier les autres avec tant de puissance que,
quelles que soient les tentations que les démons de l’enfer leur lancent,
ils puissent résister et ainsi être véritablement, à ce moment là, à l’abri
du mal ? Pourrions-nous essayer un peu plus fort d’enseigner avec une
puissance et une spiritualité suffisantes pour aider la personne qui avance
seule, qui vit seule, qui pleure au fond de la nuit ?
« Et maintenant ? »
Peut-être qu’une
leçon tirée de la vie quotidienne du Collège des Douze m’aidera à exprimer
ce que je voudrais dire à ce sujet et à éviter toute confusion de votre
part. Boyd K. Packer,
président suppléant du Collège des douze apôtres, lui-même pédagogue de
premier ordre, a une question qu’il pose souvent quand nous, les Douze,
avons fait un exposé ou que nous nous sommes exhortés d’une manière ou
d’une autre. Il lève les yeux comme pour dire : « Avez-vous fini ? » et
ensuite il dit à l’orateur (et implicitement au reste du groupe) : «
Et maintenant ? »
« Et maintenant ?
» Je pense que c’est à cela que le Sauveur répondait jour après jour et
c’était un élément indissociable de son enseignement et de sa prédication.
Ses sermons et ses exhortations n’auraient servi à rien si la vie de ses
disciples n’avait pas réellement changé.
« Et maintenant ?
» Nous savons, vous et moi, que trop de personnes n’ont pas fait le lien
entre ce qu’elles disent croire et la façon dont elles mènent leur vie.
Priez pour que
votre enseignement apporte un changement. Priez pour que, comme le disent
les paroles d’une chanson maintenant oubliée, vos leçons incitent
littéralement quelqu’un « à se tenir droit et à bien voler » (Nat King Cole, « Straighten Up and Fly Right », 1943). Nous
voulons que les gens se tiennent droit et nous voulons qu’ils soient bien.
Nous les voulons heureux, heureux dans cette vie et sauvés dans le monde à
venir.
Dieu est aux commandes
Le livre des
Actes, qui introduit la partie post-résurrection du Nouveau Testament,
s’appelle techniquement « Actes des Apôtres ». C’est une idée
ecclésiastique importante dans le livre, à savoir que les apôtres étaient
les représentants ordonnés du Seigneur Jésus-Christ et étaient ainsi
autorisés à continuer à diriger l’Église en son nom.
Mais pensez à ce
qu’ils devaient affronter. Réfléchissez à la situation critique, à la
crainte, à la confusion, à la détresse des membres de la nouvelle petite
Église chrétienne après la crucifixion du Christ. Ils comprenaient sans
doute un peu ce qui se passait, mais ils ne pouvaient pas avoir tout
compris. Le peuple a dû être très effrayé et se trouver dans une grande
confusion, et les frères avaient fort à faire pour le diriger.
Nous ne devons
pas nous étonner que, dès le départ (du moins dès le premier verset du
livre des Actes), il ait été déclaré que l’Église continuerait à être
dirigée de manière divine, non par des mortels. Et il était important que
le peuple l’entende en cette heure de confusion et de crainte terribles. En
fait, si l’on voulait donner un titre plus complet au livre des Actes, on
pourrait l’appeler à bon escient : « Actes du Christ ressuscité agissant
par le Saint-Esprit dans la vie et le ministère
de ses apôtres ordonnés ». Cela dit, vous pouvez comprendre pourquoi on a
dû voter pour un titre plus court – mais le titre que je propose est plus
précis ! Écoutez les premières lignes de Luc :
« Théophile, j’ai
parlé dans mon premier livre de tout ce que Jésus a commencé de faire et
d’enseigner dès le commencement
« jusqu’au jour
où il fut enlevé au ciel, après avoir donné ses ordres, par le Saint-Esprit, aux apôtres qu’il avait choisis » (Actes
1:1-2).
La direction de
l’Église était la même. L’endroit où se trouvait le Sauveur avait changé,
mais la direction de l’Église était exactement la même. Cela ayant été
précisé d’entrée de jeu, nous avons à chaque instant des manifestations de
la puissance du Seigneur par l’intermédiaire du Saint-Esprit. Le premier
enseignement donné aux Douze par le Christ ressuscité dans le livre des
Actes est celui-ci : « Vous, dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit » (Actes 1:5) et « vous recevrez une
puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous »
(v. 8).
Une fois le
Christ monté au ciel sous leurs yeux, Pierre va rassembler les membres de
l’Église – ils sont cent vingt (vous rendez-vous compte de l’effet que ces
problèmes et cette opposition avaient eu sur leur nombre ?) Cent vingt
personnes se rassemblent, et Pierre leur dit : « Hommes frères, il fallait
que s’accomplît ce que le Saint-Esprit, dans les
Écritures, a annoncé d’avance, par la bouche de David, au sujet de Judas »
(v. 16). Quand ils remplissent la place laissée vacante
par Judas parmi les apôtres, ceux-ci prient exactement comme le font
aujourd’hui le Collège des Douze et la Première Présidence : «
Seigneur, toi qui connais les coeurs de tous, désigne lequel… tu as choisi
» (v. 24). Et c’est Matthias qui est appelé.
Mais ce premier
chapitre, qui les fait tous se tourner vers le ciel, et qui marque si
clairement la direction divine qui va continuer à guider l’Église, ne sert
qu’à nous mettre en condition pour le chapitre 2. Dans ces passages, le nom
même de la Pentecôte entre dans le vocabulaire chrétien comme synonyme de
manifestations spirituelles stupéfiantes et de déversement divin du Saint-Esprit sur le peuple. La révélation descendit du
ciel avec « un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute
la maison » (Actes 2:2) et remplit les frères. « Des langues, semblables à
des langues de feu, leur apparurent... Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et se mirent à parler… selon que l’Esprit
leur donnait de s’exprimer » (v. 3-4).
Pierre, principal
apôtre et président de l’Église, se lève et prend acte de ce déversement.
Il cite Joël, où il est dit : « Dans les derniers jours, je répandrai de
mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos
jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des songes.
« Oui, sur mes
serviteurs et sur mes servantes je répandrai de mon Esprit ; et ils
prophétiseront » (v. 17-18).
Pierre poursuit :
« Hommes israélites [il s’adresse ici à l’ensemble de l’auditoire], écoutez
ces paroles ! Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage
devant vous... c’est ce Jésus que Dieu a ressuscité... Élevé par la droite
de Dieu, il a reçu du Père le Saint-Esprit qui
avait été promis, et il l’a répandu, comme vous le voyez et l’entendez » (v. 22, 32-33).
C’est là un
passage splendide. Ceux qui ne sont pas encore baptisés ce jour-là, touchés
par cet Esprit, demandent ce qu’ils doivent faire. Pierre leur dit de se
faire baptiser pour la rémission des péchés et de recevoir le don du Saint-Esprit (v. 38), et c’est ce que vont faire trois
mille d’entre eux. Plus tard, quand la santé est rendue au boiteux sur les
marches du temple et que la foule pense que Pierre et Jean ont fait quelque
chose de merveilleux, Pierre la réprimande et lui dit que ce n’est pas leur
pouvoir en tant que mortels ni la sainteté des disciples qui ont fait que
l’homme a marché, mais le pouvoir et la sainteté de Jésus, que la foule
avait « livré » et « fait mourir » (Actes 3:13, 15). Il témoigne ensuite
que Jésus dirige toujours l’Église par l’intermédiaire du Saint-Esprit et continuera à la diriger jusqu’à ce
qu’il revienne « aux temps du rétablissement de toutes choses » (v. 21).
Les pharisiens et
les sadducéens locaux sont médusés quand ils voient que cinq mille autres
personnes entrent dans l’Église. Ils exigent qu’on leur explique comment
tout cela se fait. Pierre fait la réponse classique que vous devez toujours
donner aux autres. « Rempli du Saint-Esprit », il
déclare que cela se fait dans et « par le nom de Jésus-Christ de Nazareth »
(Actes 4:8, 10). Le Christ ne dirige pas seulement les
actions de ses apôtres par l’intermédiaire du Saint-Esprit,
il parle aussi par eux grâce au même Esprit. C’est une leçon sur la façon
dont est gouvernée l’Église de Jésus-Christ, tant ancienne que moderne.
Le Père et le
Fils dirigent toujours cette oeuvre, marquant de leur empreinte les dirigeants
de l’Église, les instructeurs et les personnes par l’intermédiaire du
Saint-Esprit. Et c’est par ce même moyen que nous devons marquer de notre
empreinte ceux que nous instruisons.
Enseignez par l’Esprit
Enseignez par le Saint-Esprit. Si nous n’enseignons pas
comme cela, alors, par la définition qu’en donnent les Écritures, nous
enseignons « d’une autre façon » (D&A 50:17). Et si c’est d’une autre
façon, « ce n’est pas de Dieu » (v. 20). Donnez accès de toutes les
manières possibles à une expérience spirituelle à vos élèves. C’est ce que
le Nouveau Testament essaye de faire pour vous. C’est le message des
évangiles. C’est le message du livre des Actes. C’est le message de toute
l’Écriture. Ce sont les expériences spirituelles provenant de ces écrits sacrés
qui garderont les gens sur la voie et dans l’Église à notre époque, tout
comme cela s’est fait pour ces membres à l’époque du Nouveau Testament.
Les Écritures
disent : « L’Esprit vous sera donné par la prière
de la foi ; et si vous ne recevez pas l’Esprit, vous n’enseignerez pas »
(D&A 42:14). Ce n’est pas simplement que vous n’enseignerez pas ou que
vous ne pouvez pas enseigner ou que ce sera un enseignement de médiocre
qualité. Non, c’est plus fort que cela. C’est la forme impérative du verbe.
« Vous n’enseignerez pas. » Mettez un « tu » à la place du « vous » et vous
aurez le langage du mont Sinaï. C’est un commandement. Ce sont les élèves
de Dieu, pas les vôtres, tout comme c’est l’Église de Dieu, pas celle de
Pierre, de Paul, de Joseph ou de Brigham.
Prenez courage.
Que l’Esprit agisse en vous d’une façon que vous n’aurez peut-être pas la
chance de voir ou même de reconnaître. Il se passera plus de choses que
vous ne le pensez, si vous êtes profondément honnêtes et si vous essayez de
vivre de la manière la plus pure possible. Lorsque vous arrivez à ces
moments suprêmes et presque impossibles à enseigner que sont Gethsémané, le Calvaire et l’Ascension, je vous demande
de vous souvenir, entre autres nombreuses choses, des deux applications
suivantes que vous pourriez en faire.
Le Christ est resté fidèle
Premièrement, dans cette souffrance indiciblement atroce et
inhumaine, le Christ est resté fidèle.
Matthieu dit
qu’il « commença à éprouver de la tristesse et des angoisses » et qu’il
était « triste jusqu’à la mort » (Matthieu 26:37-38). Il s’en alla seul
dans le jardin, laissant intentionnellement les frères attendre à
l’extérieur. Il fallait qu’il fasse cela tout seul. Il tomba à genoux et
ensuite, dit l’apôtre, il « se jeta sur sa face » (v. 39). Luc dit qu’il
était « en agonie » et qu’il priait avec tant de ferveur que « sa sueur
devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre » (Luc 22:44).
Marc dit qu’il se jeta contre terre et s’écria : « Abba,
Père. » Nous ne sommes pas ici dans de la théologie abstraite. Nous avons
ici affaire à un Fils qui supplie son Père. « Toutes choses te sont
possibles, éloigne de moi cette coupe ! » (Marc 14:36)
Qui pourrait
résister à cela venant d’un enfant quel qu’il soit, et surtout de l’Enfant
parfait ? « Tu peux tout faire. Je sais que tu peux tout faire. Éloigne de
moi cette coupe ».
Comme le note Marc, la teneur de cette prière était que si
c’était possible, cette heure soit supprimée du plan. Ce qu’il dit, c’est
en fait : « S’il y a un autre chemin, c’est celui-là que je préférerais
suivre. S’il y a une autre manière – quelle qu’elle soit – je serais
heureux de l’adopter. » « Que cette coupe s’éloigne de moi ! », note
Matthieu (Matthieu 26:39). « Éloigne de moi cette coupe », écrit Luc (Luc
22:42). Mais en fin de compte la coupe ne s’éloignera pas.
Jésus finit par
se soumettre à la volonté de son Père et dit : « Que ma volonté ne se fasse
pas, mais la tienne » (v. 42). C’est pratiquement le dernier moment de
conversation divine entre le Père et le Fils dans le ministère de Jésus sur
la terre. Désormais les dés sont jetés. Il ira jusqu’au bout, quoi qu’il
arrive.
Et à partir de
cette dernière déclaration dans l’ancien monde, nous obtenons cette
première déclaration dans le nouveau. Il dira aux Néphites
rassemblés au temple : « Voici, je suis Jésus-Christ... la lumière et la
vie du monde ; et j’ai bu à cette coupe amère que le Père m’a donnée, et...
j’ai souffert la volonté du Père en tout depuis le commencement » (3 Néphi 11:10-11). Voilà comment il se présente, voilà la
déclaration qui, selon lui, dira le mieux à ces gens qui il est.
Si vous pouvez
laisser à vos élèves ne serait-ce qu’un domaine d’engagement en réponse au
sacrifice incomparable du Sauveur pour eux, au fait qu’il a payé pour leurs
transgressions, à sa tristesse pour leurs péchés, essayez de leur faire
voir la nécessité d’obéir – de s’abandonner, dans leurs difficultés et
leurs heures de décision, à « la volonté du Père » (v. 11), quoi qu’il en
coûte. Ils ne le feront pas toujours, pas plus que vous et moi n’avons été capables de le faire, mais cela devrait être
leur but, cela devrait être leur objectif. Ce que le Christ semble le plus
vivement désireux de souligner en parlant de sa mission – au-delà des
vertus personnelles et au-delà des sermons merveilleux et même de la
guérison – c’est qu’il soumettait sa volonté à la volonté du Père.
Nous sommes tous
des gens obstinés, peut-être même trop souvent. C’est pourquoi, le message que
le Sauveur a pour chacun de nous est que notre offrande, à la similitude de
la sienne, est un coeur brisé et un esprit contrit (voir 3 Néphi 9:20 ; D&A 59:8). Nous devons sortir de notre
moi mesquin et pleurer sur nos péchés et sur les péchés du monde. Nous
devons supplier les autres de se soumettre au Père, de se soumettre au
Fils, de se soumettre au Saint-Esprit. Il n’y a pas d’autre moyen. Sans
nous comparer à lui, parce que ce serait un sacrilège, sachez néanmoins que
la coupe qui ne peut s’éloigner est une coupe qui entre dans notre vie
comme dans la sienne. Nous l’y retrouvons d’une manière bien moindre et
avec une intensité bien plus faible, mais elle apparaît assez souvent pour
nous enseigner que nous devons obéir quoi qu’il nous en coûte.
Le Christ connaît le chemin
La deuxième leçon de l’Expiation que je vous demande de vous
rappeler est liée à la première. Si ceux que vous instruisez ont le
sentiment qu’ils n’ont déjà fait que trop d’erreurs, s’ils ont le sentiment
qu’ils agissent et vivent à un niveau trop bas pour que la lumière du
Christ puisse les atteindre, enseignez-leur que Dieu « est enclin à
pardonner », que le Christ « est miséricordieux et plein de grâce, lent à
la colère, longanime et plein de bonté » (Lectures on Faith,
1985, p. 42). La miséricorde, et les vertus liées que sont le repentir et
le pardon, sont au coeur même de l’expiation de Jésus-Christ. Tout dans
l’Évangile nous enseigne que nous pouvons changer si nous le voulons
réellement, que nous pouvons avoir de l’aide si nous la demandons vraiment,
que nous pouvons être guéris, quels que soient les problèmes du passé.
En dépit des
tribulations de la vie, il y a de l’aide pour nous tous au cours de ce
voyage. Quand le Christ nous demande de nous soumettre, d’obéir au Père, il
sait comment nous y aider. Il est passé par là, et il nous demande de faire
ce qu’il a fait, mais il nous a rendu le voyage beaucoup plus aisé. Il sait
où se trouvent les cailloux pointus et les pierres d’achoppement et où les
ronces et les épines sont les plus denses. Il sait où le chemin est
dangereux et il sait de quel côté il faut aller à la croisée des chemins à
la nuit tombante. Il le sait parce qu’il a connu « des souffrances, et des
afflictions, et des tentations de toute espèce... afin qu’il sache...
comment secourir son peuple selon ses infirmités » (Alma 7:11-12). Secourir
signifie « courir vers ». Je témoigne que le Christ courra vers nous, qu’il
court déjà maintenant ; nous n’avons qu’à vouloir accepter le bras qu’il
nous tend dans sa miséricorde.
Quand nous
chancelons ou que nous trébuchons, il est là pour nous remettre sur nos
pieds et nous fortifier. En fin de compte, il est là pour nous sauver et
pour tout cela il a donné sa vie. Quelque sombres que nous paraissent nos
jours, ils ont été beaucoup plus sombres pour le Sauveur du monde. Pour
nous rappeler ces jours, Jésus a choisi, même dans un corps ressuscité et à
d’autres égards rendu parfait, de conserver pour le profit de ses disciples
les plaies de ses mains, de ses pieds et de son côté – le signe, en quelque
sorte, que des choses douloureuses arrivent même à ceux qui sont purs et
parfaits, le signe que la souffrance dans ce monde n’est pas la preuve que
Dieu ne vous aime pas, le signe que les problèmes passent et que nous
pouvons connaître le bonheur. Rappelons-nous que c’est le Christ blessé qui
est le capitaine de notre âme, lui qui porte encore les cicatrices de son
pardon, les lésions de son amour et de son humilité, la chair déchirée de
son obéissance et de son sacrifice.
Ces blessures
sont le signe principal auquel nous le reconnaîtrons quand il viendra. Il
peut nous inviter à nous avancer, comme il l’a fait avec d’autres, pour
voir et sentir ces marques. Si ce n’est pas avant, alors sûrement à ce
moment-là, nous nous rappellerons avec Ésaïe que
c’est pour nous que Dieu a été « méprisé et abandonné... homme de douleur
et habitué à la souffrance », qu’il a été « blessé pour nos péchés, brisé
pour nos iniquités » ; que « le châtiment qui nous donne la paix est tombé
sur lui, et [que] c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris » (Ésaïe 53:3, 5).
J’aime cette
oeuvre. Chérissez l’occasion qui vous est donnée de vous plonger cette
année dans le majestueux Nouveau Testament et dans la vie de celui dont il
est témoin. Nous sommes son Église et nous sommes engagés dans une grande
œuvre avec la merveilleuse bénédiction d’aimer les Écritures, d’en tirer
les leçons et de nous témoigner les uns aux autres qu’elles sont vraies.
Adapté d’un discours prononcé le 8 août 2000 à
l’université Brigham Young, lors d’une conférence
du Département d’Éducation de l’Église pour les instructeurs de religion.
Source : Le Liahona,
janvier 2003, pp. 13-22
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