L’expiation
de Jésus-Christ
Stephen E. Robinson
Professeur de religion à
l’université Brigham Young, Provo, Utah
Nous allons envisager le sacrifice expiatoire du point de
vue non pas de celui qui est sauvé, mais du Sauveur.
Comment le Christ peut-il utiliser ce vaste océan de mérite
et de miséricorde en faveur du pécheur ? Qu’est-ce qui lui donne le
pouvoir de sauver ? Qui était-il exactement, qu’a-t-il fait pour nous,
pourquoi l’a-t-il fait et qu’est-ce que cela lui a coûté ?
La divinité du Christ
Tout d’abord, Jésus était Dieu, non seulement le Fils de Dieu ou le Frère
Aîné, mais Dieu de plein droit. Avant de prendre la chair et le sang, il
était connu et adoré en tant que Jéhovah ; le Dieu tout puissant, le Dieu
d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu d’Israël. L’apôtre Paul explique
que Jésus-Christ est le créateur de toutes choses et qu’il est le pouvoir
qui tient toutes choses assemblées dans leur état créé : « Car en lui,
tout a été créé dans les cieux et sur la terre, ce qui est visible et ce
qui est invisible, trônes, souverainetés, principautés, pouvoirs. Tout a
été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et tout subsiste
en lui » (Col. 1:16). L’apôtre Jean dit pratiquement la même chose, bien
qu’il insiste sur le fait que Jésus-Christ est la source de la vie et de
la lumière : « Tout a été fait par elle, et rien de ce qui a été fait n’a
été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des
hommes » (Jean 1:3-4).
Les prophètes du Livre de Mormon témoignent aussi de la divinité de
Jésus-Christ. Ainsi, Néphi déclare : « Et le Dieu de nos pères qui furent
emmenés hors d’Egypte, hors de servitude, et furent aussi préservés dans
le désert par lui, oui, le Dieu d’Abraham et d’Isaac, et le Dieu de Jacob
se livre en tant qu’homme, selon les paroles de l’ange, entre les mains
des méchants, pour être élevé, selon les paroles de Zénock, et pour être
crucifié, selon les paroles de Néum, et pour être enseveli dans un
sépulcre, selon les paroles de Zénos » (1 Né. 19:10).
Pendant l’Expiation, Dieu, dans la personne de Dieu le Fils, Jésus-Christ,
assuma la responsabilité morale de toutes choses négatives, les
souffrances, les douleurs et la mort, qui sont une partie nécessaire du
plan de Dieu. Ce plan, défendu et soutenu par Jésus avant que le monde
fut, exige que nous vivions dans un monde déchu et imparfait. De temps en
temps, il nous demande de souffrir, il demande à certains parmi nous de
souffrir horriblement. C’est pourquoi, il est juste que le Dieu qui a
élaboré un tel plan et qui nous demande de l’appliquer, accepte de
souffrir conformément à ses dispositions plus que n’importe lequel d’entre
nous. Et c’est ce qu’il fit à Gethsémané et au Calvaire.
C’est là que Jésus-Christ a gagné le droit de nous demander de souffrir
pour lui, car il a accepté de souffrir, de saigner, et de mourir pour
nous. Dans l’Évangile de Jésus-Christ, personne n’est berné. Personne ne
se fait avoir par ce que Dieu a dit, car c’est lui qui a proposé le plan
et il en a souffert le plus. Cela lui donne le droit de dire :
« c’est un bon plan ; c’est ce qu’il faut faire ».
Certains critiques prétendent que le christianisme est une religion basée
sur le sacrifice humain. On pourrait éventuellement le dire si
Jésus-Christ n’était pas Dieu, s’il n’était qu’un être humain parmi
d’autres. Après tout, si l’Expiation se résumait à une exigence de Dieu
réclamant le sang d’une victime afin d’être réconcilié avec l’humanité
pour nous pardonner, en quoi serait-ce tellement différent dans le
principe que d’attraper une pauvre vierge et de la précipiter dans un
volcan pour épargner le village, ou de brûler des enfants sur un autel
dédié à Moloch pour gagner ses faveurs ? La différence capitale se trouve
dans le fait que dans ces cas-là, ce sont des êtres humains qui souffrent
pour réconcilier Dieu avec l’humanité, alors que dans le christianisme
c’est Dieu lui-même, Jésus-Christ, qui souffre et meurt pour réconcilier
l’humanité avec lui-même et son Père. Nous n’essayons pas d’atteindre Dieu
pour toucher son coeur par nos sacrifices, mais c’est Dieu qui essaie de
nous atteindre pour toucher notre coeur par son sacrifice infini. L’Agneau
de Dieu sacrifié qui est mort sur le Calvaire était Dieu.
L’humanité du Christ
Mais selon les Écritures, Jésus n’était pas seulement divin, il était
véritablement et
pleinement humain : « La Parole a été faite chair, et elle a habité parmi
nous, pleine de grâce et de vérité, et nous avons contemplé sa gloire, une
gloire comme celle du Fils unique venu du Père » (Jean 1:14). « Aussi
devait-il devenir, en tout, semblable à ses frères, afin d’être un grand
prêtre miséricordieux et fidèle dans le service de Dieu, pour faire
l’expiation des péchés du peuple. Car du fait
qu’il a souffert lui-même de la
tentation, il peut
secourir ceux qui sont tentés » (Héb. 2:17-18).
Doctrine remarquable que celle qui est enseignée ici. Ce même Jésus-Christ
qui est Dieu est aussi l’un de nous. Il était homme en tout point (« en
tout ») jusqu’à être tenté comme les autres hommes. Et du fait qu’il a été
tenté personnellement, le Christ peut comprendre ce qu’est la tentation.
En s’appuyant sur son expérience dans la condition humaine, il comprend ce
que nous subissons ici, et il peut se mettre à notre place pour nous aider
à surmonter la tentation comme il l’a fait.
Mais se peut-il que Jésus-Christ, le Fils divin, ait été véritablement
tenté ? Soyons plus précis : Est-ce que Jésus-Christ avait une nature et
des pulsions charnelles ? Est-ce qu’il a senti sa chair dire « oui ! » et
devoir dire « non ! » ? Est-ce qu’il n’a jamais ressenti l’attirance,
l’appel charnel du péché ?
Beaucoup de chrétiens veulent répondre : « Non, le Christ était trop saint
pour
ressentir des tentations réelles, » mais je crois que la bonne réponse,
celle des Écritures est oui. Jésus était humain tout comme nous. Une
partie de ce que le Livre de Mormon appelle la grande condescendance de
Dieu consiste dans le fait que le Christ a accepté de prendre un corps
mortel qui l’assujettirait aux tentations physiques (voir 1 Né. 11:13-32).
Ce n’est pas que le Christ n’ai jamais eu à faire face à l’attirance
charnelle, mais c’est plutôt sa sainteté et son obéissance parfaite qui
lui permirent d’ignorer constamment celle-ci. La justice de Jésus réside
dans le fait qu’il a rencontré les mêmes expériences, les mêmes pulsions
charnelles, les mêmes distractions et oppositions de la chair et de
l’esprit que nous dans la mortalité, mais il les a rejetées immédiatement
à chaque occasion : « Il subit les tentations mais n’y prêta pas attention
» (D&A 20:22).
Pensez-y. Si le Christ n’avait pas été comme nous, sujet à la tentation,
s’il avait été un être d’une espèce différente subissant des expériences
qualitativement différentes, comment aurait-il pu prétendre se poser en
exemple à suivre ? Comment sa personne ou ses actions auraient-elles pu
nous être applicables ? Peu importe la patience que pourrait me montrer un
oiseau pour m’apprendre à voler, ou un poisson pour m’apprendre à respirer
sous l’eau. Je n’ai pas d’ailes et je n’ai pas de nageoires. Ils ne
peuvent pas m’enseigner par l’exemple parce que nous ne sommes pas de la
même espèce. De même, si Jésus n’était pas véritablement humain, ou si sa
justice et son obéissance étaient le résultat d’un don particulier que je
ne partage pas avec lui, alors il ne peut m’enseigner par l’exemple
comment lui être semblable.
Autrefois existait une hérésie du nom de docétisme, qui enseignait
que Jésus n’était pas réellement humain, qu’il n’avait que l’apparence de
l’homme. Influencés par la pensée helléniste, les docétistes
soutenaient que la nature humaine était parfaitement incompatible avec la
nature divine. Se sentant obligés de choisir entre l’humanité de Jésus et
sa divinité, ils en conclurent que Jésus était divin et non humain, en
dépit du témoignage des Écritures, ils déclarèrent que son humanité
n’était qu’une illusion
[1].
Si l’on prétend que l’expérience mortelle de Jésus était de nature
différente de celle du reste de l’humanité, ou que sa justice et sa
perfection s’appuyaient sur des causes dont nous ne pouvons bénéficier,
alors cette façon de voir est dans une certaine mesure une forme moderne
de docétisme. Jésus-Christ en tant que mortel était le meilleur d’entre
nous, mais il était l’un d’entre nous, et la tentation fait partie de la
nature humaine. Sa chair était humaine et son expérience était humaine.
C’est pourquoi l’auteur des Hébreux insiste sur le fait « qu’il a souffert
lui-même de la tentation » (Héb. 2:18).
Il faut dire aussi que la tentation, même intensément sur une longue
période n’est pas en soi un péché. Nous choisissons rarement l’objet de
nos tentations, non plus que leur intensité, ni leur fréquences. Mais,
tant que nous y résistons, nous restons innocents.
Ainsi, quand les Écritures affirment « qu’il a souffert lui-même des
tentations », ce n’est pas une insulte à son encontre ou une atteinte à sa
perfection morale.
Comprenez-moi bien. Je ne suis pas en train de suggérer que Jésus ait pu
se laisser aller, de quelle que façon que ce soit, à avoir des pensées
impures, car cela aurait été pécher, et il ne s’est jamais abandonné au
péché. Je ne crois pas qu’il ait « lutté » ou « combattu » les tentations.
Je veux simplement souligner qu’il était aussi vulnérable aux suggestions
et aux pulsions surgissant à son esprit du fait de sa nature mortelle,
nature héritée de sa mère mortelle, tout comme nous. Il ne prêtait tout
simplement pas attention à ces suggestions, et il les rejetait
immédiatement de son esprit. La capacité de la chair à suggérer, à
séduire, était la même pour lui que pour nous, mais à l’inverse de nous,
il n’y a jamais réagit. Il n’a jamais pensé, réfléchi, ou nourri des
options pécheresses même comme éventualités théoriques, « il n’y attachait
aucune importance ».
« Mais nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos
faiblesses ; mais il a été tenté comme nous à tous égards, sans commettre
le péché » (Héb. 4:15). Parce qu’il « a été tenté comme nous à tous égards
», notre Sauveur comprend notre situation, sait par expérience personnelle
ce contre qui nous luttons, et il est solidaire avec nous et éprouve de la
compassion. Ainsi, quand je suis tenté, je n’ai pas besoin de faire appel
à quelque entité lointaine qui ne s’est jamais trouvée à ma place. Je peux
présenter mes problèmes à un grand prêtre, Jésus, qui peut « compatir à
nos faiblesses » parce qu’il est passé par où je suis en ce moment. Je
peux faire part de mes problèmes à un Dieu compatissant qui sait par
expérience de quoi je parle et comprend ce que j’endure. Il existe
certains aspects de sa nature que nous ne pouvons pleinement comprendre,
mais il n’y a aucun domaine de la nature humaine qui lui soit étranger.
C’est là une bonne nouvelle.
La souffrance par procuration
Certains sont toujours ennuyés par les derniers mots de Hébreux 4:15 : «
sans commettre de péché ». Au fond, tous les hommes ne sont pas seulement
tentés de pécher, ils pèchent. Il m’est arrivé à l’occasion de succomber à
la tentation et de ce fait je suis devenu coupable mais cela n’est jamais
arrivé à Jésus, alors comment peut-il comprendre le pécheur ?
Comment notre Sauveur peut-il prétendre être pleinement humain et nous
comprendre s’il n’a jamais souffert du péché et de la culpabilité ?
Comment un être parfait et sans péché peut-il comprendre la souffrance que
j’endure dans mon indignité ? Sait-il ce que c’est que de se regarder dans
un miroir et mépriser ce qu’il nous renvoie ? Sait-il ce que c’est que
d’errer dans les ruines d’une vie détruite à cause de ses propres choix ?
Les hommes sont inévitablement les incendiaires de leur bonheur. Qu’est-ce
que le doux Jésus sans péché peut-il connaître du côté obscur de la nature
humaine ?
Selon les Écritures, il en sait plus du côté obscur que n’importe qui
d’entre nous. En fait, il en sait plus sur la douleur, le chagrin, la
solitude, la contradiction, la honte, le rejet, la trahison, l’angoisse,
la dépression, et la culpabilité que nous tous réunis. Car dans le Jardin
de Gethsémané et au Calvaire, Jésus a pris sur lui les péchés et les
souffrances du monde entier. « Cependant, ce sont nos souffrances qu’il a
portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé ; et nous l’avons
considéré comme puni, frappé de Dieu et humilié. Mais il était blessé pour
nos péchés, brisé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix
est tombé sur lui et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris »
(Ésaïe 53:4-5).
Je souhaiterais attirer l’attention sur certains aspects de la souffrance
par procuration du Sauveur qui nous échappent souvent, mais qui sont
importants pour comprendre notre relation avec lui. Tout d’abord,
Jésus-Christ n’a pas seulement pris sur lui la punition pour nos péchés,
il a pris aussi la culpabilité. Le péché, l’expérience elle-même avec
toutes ses conséquences et ses ramifications négatives, et pas seulement
la punition, devinrent siens. C’est une distinction importante. Dans
l’Expiation, Jésus ne se borne pas à endurer la punition à notre place, il
devient le sujet coupable à notre place,
il devient coupable pour nous et prend sur lui
notre culpabilité : « Celui
qui n’a pas connu le péché, il l’a fait (devenir) péché pour nous, afin
que nous devenions en lui justice de Dieu » (2 Cor. 5:21).
Il y a un véritable transfert en Christ de la culpabilité vers
l’innocence. Par l’unicité de notre relation dans l’alliance, ma
culpabilité devient celle du Christ, qu’il a ressentie et pour laquelle il
a souffert. En même temps, son innocence et sa perfection deviennent
miennes, et je suis purifié et rendu digne. En Christ, nos péchés cessent
de nous appartenir, en ce qui concerne la justice divine, c’est comme si
nous ne les avons jamais commis. Par l’Expiation, nous ne sommes pas
simplement pardonnés, nous redevenons innocents de nouveau.
Si Jésus n’avait pris sur lui que le châtiment de nos péchés, et non les
péchés eux-mêmes, alors au moment de la rétribution, nous aurions été
seulement « coupables mais pardonnés », au lieu d’être sanctifiés par
l’Expiation, rendus parfaits en Christ, innocents et dignes d’entrer dans
le royaume de Dieu en présence du Père. Une partie de la bonne nouvelle
concernant l’expiation du Christ est que celle-ci nous redonne
l’impeccabilité, l’innocence, la perfection et la gloire céleste, chose
qui ne pourrait se faire si nous nous entêtions à vouloir souffrir pour
nos péchés. Dans cette éventualité, bien que nos péchés pourraient
éventuellement être payés, ils resteraient nôtres, comme des chèques
annulés. Sans l’expiation du Christ qui ôte la culpabilité et paye en même
temps son dû, nous ne pourrions jamais retrouver l’innocence nécessaire
pour vivre en présence de Dieu (cf. D&A 1:31 ; 19:4-19).
En subissant notre punition et en vivant notre culpabilité, Jésus a appris
par
procuration au travers de l’Expiation ce qu’il aurait ressenti s’il avait
commis les péchés qu’il n’a jamais commis. C’est pourquoi, dans un sens il
est correct de dire que bien que Jésus n’ait commis aucun péché, il est
coupable de tous et sait intimement et personnellement leur poids affreux.
Par nous, en portant nos péchés, celui qui est sans péché a connu
l’horreur totale de la culpabilité humaine, pas seulement les péchés d’une
vie, mais ceux de toutes les vies, les péchés du monde. Ainsi, par son
expiation par procuration, Jésus en sait plus que quiconque sur le côté
obscur de l’être humain. Même dans ce domaine, il nous est supérieur.
À un moment lors de son agonie, Jésus s’est écrié : « Mon Dieu, Mon Dieu,
pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Matt. 27:46). Est-il possible que le Père
céleste l’ait réellement abandonné ? Dieu l’a-t-il abandonné en cette
heure sacrée et terrible ? Oui. Car le Christ était devenu coupable des
péchés du monde, coupable à notre place. Que nous arrive-t-il quand nous
sommes coupables de péchés ? L’Esprit de Dieu se retire de nous, les cieux
deviennent comme du plomb, et nous sommes laissés seuls à mariner dans
notre culpabilité jusqu’à ce que nous nous repentions. À Gethsémané le
meilleur parmi nous est devenu par procuration le pire d’entre nous et a
enduré les souffrances des profondeurs de l’enfer. Et comme un coupable,
le Sauveur a subi pour la première fois de sa vie la perte de l’Esprit de
Dieu et de la communion avec son Père.
Il n’y avait pour lui aucun soutien, aucune aide, ni de la part de ses
amis qui dormaient pendant son agonie, ni de l’Esprit de Dieu qui s’était
retiré de lui. Personne n’a jamais été aussi seul que le Christ dans le
Jardin. C’est la signification d’Ésaïe 63:3 : « J’ai été seul à fouler au
pressoir » (voir aussi D&A 73:107).
En hébreux le mot geth (gath) signifie « pressoir », et semani
(shemen) signifie « huile » ou « richesse ». Gethsémané signifie donc
: « le pressoir à huile » ou le pressoir de la richesse ». Cette
expression fait allusion aux grands pressoirs pour les olives ou le raisin
que l’on utilisait pour extraire l’huile ou le vin et c’est ce genre
d’appareil que l’on s’attend à trouver dans un jardin d’oliviers comme
Gethsémané. Les olives ou les grappes de raisin étaient placées dans les
pressoirs pour en extraire le jus.
C’est vraiment un nom approprié pour le jardin où Jésus a pris sur lui le
poids infini des péchés et des peines du monde pour être pressé par ce
fardeau terrible jusqu’à ce que le sang exsude de sa peau (voir Luc
22:44 ; D&A 19:18). Tout comme les olives et le raisin sont foulés au
pressoir, Jésus, le vrai cep (voir Jean 15:1), fut pressé à Gethsémané («
le pressoir ») jusqu’à ce que sa richesse, son jus, son huile, son
sang, fussent versés pour l’humanité. Il n’est pas étonnant que le vin de
la dernière Cène et celui de la cérémonie chrétienne soit ce symbole si
approprié pour représenter le sang du Christ : ils sont obtenus par le
même procédé.
Plus bas que tout cela
Même si nous essayons de comprendre l’expérience de Gethsémané, nous
sommes condamnés à la sous-estimer. Un jour alors que Joseph Smith se
plaignait au Seigneur de ses épreuves et de ses souffrances, le Seigneur
lui répondit en disant : « Le Fils de l’homme est descendu plus bas que
tout cela, es-tu plus grand que lui ? » (D&A 122:8).
Ailleurs dans les Écritures, on dit que le Christ est descendu plus bas
que tout : « lui qui est monté là-haut, de même qu’il est descendu
au-dessous de tout, en sorte qu’il a compris toutes choses, afin d’être en
tout et à travers tout, la lumière de la vérité » (D&A 88:6 ; voir aussi Éphésiens 4:8-10).
À Gethsémané et au Calvaire, dans sa souffrance horrible et sa mort, le
Christ est
descendu plus bas que tout, de même que dans sa résurrection, il est allé
au-dessus de toutes choses. Entre ces deux évènements, Jésus-Christ a fait
le tour soit
personnellement soit par procuration de tous les genres possibles
d’expériences que
connaît l’homme et les pires circonstances comme les meilleures. Il a été
le plus humble d’entre nous et le plus exalté de tous, de sorte « qu’il
comprend toutes choses ». Que ce soit sur le plan matériel comme pour la
lumière de la création ou par expérience en tant que victime expiatoire,
le Christ remplit toutes choses, est en toutes choses et est la cause de
tout. Il est omniprésent.
Nous nous fourvoyons tout simplement et nous sous-estimons grossièrement
l’étendue de l’Expiation quand nous sommes tentés de penser que nos péchés
ne permettent pas à Dieu de nous comprendre ou de nous atteindre. Aussi
bas que nous soyons tombés, notre Rédempteur est déjà passé par là ; et il
y est allé dans le seul but de nous retrouver et de ramener la brebis
perdue au bercail. J’entend quelques fois des gens dire : « Comment
puis-je revenir à l’Église, ou prier, ou m’approcher de Dieu après ce que
j’ai fait. Je suis tombé trop bas ; je suis trop loin pour qu’il puisse
m’atteindre. Je suis trop méprisable pour être sauvé ». À ceci, le Sauveur
répond essentiellement : « Je sais où tu es. J’y suis déjà passé, et
c’était pire que ça. Je sais ce que tu ressens car je l’ai vécu. Je me
souviens de mes souffrances quand je les ai endurées, et mon coeur saigne
pour toi. Mais je veux que tu reviennes. Je suis même prêt à te porter si
tu me le permets. » Peu importe à quel point nous sommes perdus,
Jésus-Christ, le chemin du retour, la porte du foyer, est toujours à notre
portée.
Une expiation infinie
Les souffrances de Jésus-Christ au Jardin et sur la croix ont dépassé
l’ensemble des souffrances de tous les êtres humains. La souffrance de
Jésus n’était pas une simple douleur un peu rude et une mauvaise mort, ce
n’était pas juste la plus douloureuse de toutes les expériences et de
toutes les morts. La souffrance du Christ était la somme totale de toutes
les souffrances accumulées de l'humanité, en réalité elle était infinie.
Lorsque le Christ est descendu au dessous de toutes choses, il a franchit
la frontière entre le fini, ce qui peut être mesuré, et l’infini. Comme sa
souffrance a été infinie, sa gloire maintenant est infinie, et de même sa
capacité à sauver est infinie. « C’est pourquoi, il doit nécessairement y
avoir une expiation infinie ; si ce n’était pas une expiation infinie ,
cette corruption ne pourrait revêtir l’incorruptibilité » (2 Néphi 9:7). «
C’est pourquoi il n’est rien moins qu’une expiation infinie qui suffise
pour les péchés du monde » (Alma 34:12 ; voir aussi 2 Néphi 25:16 ; Alma
34:10 ; D&A 19:10-19).
La nature humaine fait que nous souhaiterions quantifier, mesurer
l’expiation du
Christ, mais son épreuve est au-delà de toute mesure ; elle est au-delà de
notre
compréhension. Jésus n’a pas seulement porté les péchés du monde, mais
aussi les
chagrins, les douleurs, et les maladies du monde entier : « Et il ira,
subissant des
souffrances, et des afflictions, et des tentations de toute espèce ; et
cela, afin que
s’accomplisse la parole qui dit qu’il prendra sur lui les souffrances et
les maladies de son peuple. Et il prendra sur lui la mort, afin de
détacher les liens de la mort qui lient son peuple ; et il prendra sur lui
ses infirmités, afin que ses entrailles soient remplies de miséricorde,
selon la chair, afin qu’il sache, selon la chair, comment secourir son
peuple selon ses infirmités » (Alma 7:11-12).
Combien de gens ont souffert quelle somme de souffrance ici-bas rien
qu’aujourd’hui ? Comment de gens dans combien d’hôpitaux actuellement dans
le monde supplient pour avoir une autre piqûre afin d’apaiser leurs
souffrances ? Rien qu’aujourd’hui ?
Pourtant les souffrances de Jésus-Christ dans le jardin et sur la croix
ont dépassé les souffrances cumulées de toute l’humanité de nos premier
parents jusqu’au dernier
jour, pour ce monde et pour tous les mondes qu’il a créés par son pouvoir.
Jésus-Christ a pris sur lui tous les aspects négatifs de l’existence
humaine suscités par la Chute. Il a souffert par procuration à Gethsémané
toutes les douleurs intimes, toutes les douleurs de coeur, toutes les
douleurs physiques et tous les handicaps, tous les fardeaux émotionnels et
toutes les dépressions de la famille humaine. Il connaît la solitude de
ceux qui ne sont pas acceptés, qui ne sont pas beau ou joli. Il sait ce
que c’est que de voir composer les équipes et d’être le dernier choisi. Il
connaît l’angoisse des parents dont les enfants tournent mal. Il connaît
l’enfer intime de l’enfant ou du conjoint violé. Il connaît toutes ces
choses intimement et personnellement parce qu’il les a vécues à Gethsémané.
Après avoir vécu une vie parfaite, il a choisi de vivre notre vie
imparfaite.
Dans ce Gethsémané infini, le méridien des temps, le centre
de l’éternité, il a vécu des milliards de milliards de vies de péchés, de
douleurs, de maladies et de chagrin.
Dieu n’utilise pas de baguette magique pour effacer les mauvaises choses
de l’existence.
Les péchés qu’il remet, il les remet en faisant en sorte qu’ils deviennent
siens et qu’il souffre à cause d’eux. Les souffrances et les chagrins
d’amour dont il nous soulage, il le fait en les endurant lui-même. Ces
choses peuvent être partagées ou transférées, mais on ne peut s’en
débarrasser d’un revers de main. Quelqu’un doit les endurer. Ainsi nous ne
lui devons pas seulement notre purification spirituelle du péché, mais
aussi notre guérison physique, mentale et émotionnelle, car il a porté
ces infirmités pour nous aussi.
Tout ce que la Chute a eu de négatif, le Sauveur l’a rectifié. Tout ceci
fait partie de son sacrifice infini, de son don infini.
C’est pour cette raison, que pour pouvoir supporter le poids infini de
l’agonie, Jésus avait besoin d’avoir un Père divin, infini. De Marie, il a
hérité la capacité de mourir, mais de son Père il a hérité la capacité de
vivre s’il le choisissait. C’est pourquoi, sa vie ne pouvait lui être ôté
s’il ne le voulait pas, il avait pouvoir sur la mort (voir Jean 10
:17-18). Si vous ou moi avions été au pressoir de Gethsémané et que nous
aurions dû supporter le poids des péchés et de la douleur, nous aurions
été écrasés comme des insectes, disparus immédiatement. Mais parce qu’il
était le Fils de Dieu, et qu’il avait pouvoir sur la mort, sa vie ne
pouvait lui être ôtée tant qu’il ne le décidait pas de lui-même.
Dans le Jardin et sur la croix, il a dit en substance : « Je souffrirai
cette agonie, J’irai jusqu’au bout ; j’endurerai ceci pour eux et je
tiendrai jusqu’à ce qu’ils soient sauvés ».
Comme l’a dit Frère Neal A. Maxwell : « Le fardeau accumulé de tous les
péchés
mortels, passés, présents, futurs, pesant sur cette âme sensible, sans
péché et parfaite ! Toutes nos infirmités et toutes nos maladies
faisaient, aussi, d’une certaine façon, partie de l’arithmétique terrible
de l’expiation… Sa Souffrance, telle qu’elle était,
l’énormité multipliée par
l’infini, évoquait son dernier cri sur la croix venu du tréfonds de
l’âme, se traduisant par un sentiment d’abandon. »
[2]
A-t-il été tenté en raison de son agonie infinie de remettre sa vie pour
mettre fin à ses souffrances avant que le prix ne soit complètement payé ?
La plus grande tentation à laquelle il a dû faire face n’a-t-elle pas été
d’abandonner ses frères et ses soeurs plus faibles en mourant
prématurément afin d’être délivré de la douleur infinie? Peut-être.
Tout ce qu’il avait à faire était de se laisser aller et la douleur se
serait arrêtée, mais vous et moi aurions été perdus. Alors seconde après
seconde, heure après heure, il a subi son agonie ; il ne pouvait se
reposer, mais il ne voulait pas mourir, pas avant que ce soit fini, pas
avant que nous fussions sauvés avec lui. Ainsi, lorsque le Vainqueur
reviendra sur terre revêtu de pouvoir et de gloire, les anges déclareront
sa victoire infinie et éternelle : « C’est fini, c’est fini ! L’Agneau de
Dieu a vaincu et foulé seul au pressoir, oui, au pressoir de l’ardeur de
la colère du Dieu Tout-puissant » (D&A 88:106).
La divine victime a satisfait aux exigences de la justice dans le jardin
du Pressoir et au Calvaire, elle l’a fait seule, et elle l’a fait pour
vous et moi. Ceci lui donne le droit de réclamer ceux qui entrent dans son
alliance, pour les mettre chacun sous son aile en disant : « J’ai payé
pour celui-ci, il est à moi » ; « Père, vois les souffrances et la mort
de celui qui n’a commis aucun péché, en qui tu te complaisais ; vois le
sang de ton Fils qui a été versé, le sang de celui que tu as donné afin
que toi-même, tu sois glorifié ; c’est pourquoi, Père, épargne ceux-ci,
mes frères, qui croient en moi, afin qu’ils viennent à moi et qu’ils aient
la vie éternelle » (D&A 45:4-5).
C’est là une excellente nouvelle.
Notes :
1 Le mot docétisme vient du verbe Grec dokeo qui
veut dire « sembler » ou « paraître ».
2
Neal A. Maxwell, Ensign, mai 1985, p. 73
Source : Stephen E.
Robinson, Croire le Christ, 1992, 2005, Deseret Book