L'expiation de Jésus-Christ



Jeffrey R. Holland

du Collège des Douze


Article tiré de l'Encyclopédie du mormonisme
(Macmillan Publishing Company, 1992)
Traduction : Marcel Kahne
Source : www.idumea.org
avec autorisation

 

L’expiation de Jésus-Christ est l’acte préordonné mais volontaire du Fils unique de Dieu. Il a offert sa vie, dont son corps, son sang innocents et son angoisse spirituelle, comme rançon rédemptrice (1) pour l’effet de la Chute d’Adam sur toute l’humanité et (2) pour les péchés personnels de tous ceux qui se repentent, d’Adam jusqu’à la fin du monde. Les saints des derniers jours croient que c’est là le fait central, le fondement crucial, la doctrine principale et la plus grande expression de l’amour divin dans le plan du salut. Le prophète Joseph Smith a déclaré que toutes les « choses qui ont trait à notre religion [ne] sont que des annexes » à l’expiation du Christ (EPJS, p. 95).
 
L’expiation de Jésus-Christ était indispensable à cause de la transgression, ou Chute, d’Adam, qui a introduit la mort dans le monde quand Adam et Ève ont mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Ge. 2:9 ; 3:1-24). Les saints des derniers jours admettent sans difficulté la mort physique et spirituelle qu’Adam et Ève ont attirée tant sur eux-mêmes que sur toute leur postérité, la mort physique causant la séparation provisoire de l’esprit et du corps, la mort spirituelle éloignant l’esprit et le corps de Dieu. Mais ils croient aussi que la Chute faisait partie d’un plan divin préordonné sans lequel Adam et Ève n’auraient jamais pu avoir d’enfants mortels. Si ces premiers parents n’avaient pas choisi librement de quitter le jardin d’Éden par leur transgression, il n’y aurait pas eu de genre humain sur cette terre pour connaître l’opposition et la progression, le libre arbitre et le choix, et la joie de la résurrection, de la rédemption et de la vie éternelle (2 Né. 2:23 ; Moï. 5:11).
 
La nécessité d’une expiation future a été expliquée lors d’un Conseil prémortel dans les cieux auquel les esprits de la famille humaine tout entière assistaient et que Dieu le Père présidait. Les deux principaux associés de Dieu à ce conseil étaient Jésus prémortel (également connu sous le nom de Jéhovah) et Adam prémortel (également connu comme étant Michel). C’est dans ce contexte prémortel que le Christ a volontairement contracté une alliance avec le Père, acceptant de renforcer le libre arbitre de l’humanité tout en expiant ses péchés et a laissé au Père tout l’honneur et toute la gloire de cet acte désintéressé. Ce rôle préordonné du Christ comme médiateur explique pourquoi l’Apocalypse décrit le Christ comme « l’agneau qui a été immolé… dès la fondation du monde » (Ap. 13:8) et pourquoi les prophètes, les prêtres et les rois de l’Ancien Testament, notamment Moïse (De. 18:15, 17-19), Job (19:25-27), le Psalmiste (Ps. 2, 22), Zacharie (9:9 ; 12:10 ; 13:6), Ésaïe (7:14 ; 9:6-7 ; 53) et Michée (5:2), ont pu parler du Messie et de son rôle divin des siècles avant sa naissance physique. Un prophète du Livre de Mormon a écrit : « Aucun des prophètes n’a écrit ni prophétisé sans parler de ce Christ » (Jacob 4:4 ; 7:11). Le Christ prémortel a déclaré au frère de Jared, qui vivait environ deux mille ans avant la naissance du Rédempteur : « Voici, je suis celui qui a été préparé dès la fondation du monde pour racheter mon peuple » (Et. 3:14). Ces préfigurations scripturaires se reflètent dans la conversation que le Christ a eue avec deux de ses disciples sur le chemin d’Emmaüs : « Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Luc 24:27 ; cf. aussi 24:44).
 
Pour les saints des derniers jours, il est capital de voir la chute de l’homme, convenue et comprise, uniquement dans le contexte de la rédemption de l’homme, également convenue et comprise, rédemption assurée par l’expiation de Jésus-Christ. Ainsi, l’un des passages les plus importants et les plus souvent cités des Écritures modernes dit : « Adam tomba pour que les hommes fussent, et les hommes sont pour avoir la joie. Et le Messie vient dans la plénitude du temps, afin de racheter de la chute les enfants des hommes » (2 Né. 2:25-26).
 
Les Écritures modernes enseignent que la mission du Christ comme Rédempteur et le commandement d’offrir des sacrifices d’animaux comme rappel et symbole anticipés de cette expiation divine à venir ont été enseignés à l’origine à Adam et à Ève peu après leur expulsion du jardin d’Éden (Moï. 5:4-8). L’expiation du Christ a été enseignée aux parents de la famille de l’homme pour qu’eux et leur postérité observent les ordonnances du sacrifice pendant toutes leurs générations, gardant ainsi en mémoire la mission et la miséricorde du Christ qui devait venir. Les saints des derniers jours enseignent formellement que l’envergure de cette expiation est universelle, ouvrant la voie à la rédemption de toute l’humanité, des non-chrétiens aussi bien que des chrétiens, des athées aussi bien que des croyants, de l’enfant en bas âge ignorant aussi bien que de l’adulte entièrement converti et bien informé. « Il est nécessaire qu’il y ait un grand et dernier sacrifice », dit Amulek dans le Livre de Mormon, « un sacrifice infini et éternel… il n’est rien moins qu’une expiation infinie qui suffise pour les péchés du monde » (Alma 34:10, 12).
 
Cette expiation infinie du Christ – et du Christ seulement – a été possible parce que (1) il a été le seul homme sans péché à jamais vivre sur cette terre et n’était donc pas sujet à la mort spirituelle qui découle du péché ; (2) il était le Fils unique du Père et possédait donc les attributs de l’état divin, qui lui donnaient pouvoir sur la mort physique (voir 2 Né. 9:5-9 ; Al. 34:9-12) ; et (3) il était le seul à être suffisamment humble et disposé au conseil prémortel à y être préordonné à ce service (JC, p. 24-73).
 
L’expiation de Jésus-Christ a plusieurs aspects universels, infinis et inconditionnels. Ils comportent sa rançon pour la transgression originelle d’Adam, de sorte qu’aucun membre de la famille humaine ne sera jugé responsable de ce péché (2e A de F). Un autre don universel est la résurrection des morts pour chaque homme, femme et enfant qui vit, a jamais vécu ou vivra jamais sur la terre. Ainsi, l’Expiation est non seulement universelle dans le sens qu’elle sauve la famille humaine entière de la mort physique, mais elle est également infinie dans le sens que son impact et son efficacité à rendre la rédemption est accessible à tous, puisqu’elle est rétroactive jusqu’au début des temps et s’étend dans le futur à toute éternité. En bref, l’Expiation a des conséquences universelles, infinies et inconditionnelles pour toute l’humanité à toute éternité.
 
Mettant l’accent sur ces dons inconditionnels découlant du sacrifice expiatoire du Christ, les saints des derniers jours croient que d’autres aspects du don du Christ sont fonction de l’obéissance et de la diligence à garder les commandements de Dieu. Par exemple, alors que les membres de la famille humaine sont libéralement et universellement soulagés du péché d’Adam sans aucun effort ou action de leur part, ils ne sont pas libéralement et universellement soulagés de leurs propres péchés à moins de s’engager à avoir foi au Christ, de se repentir de leurs péchés, d’être baptisés en son nom, de recevoir le don du Saint-Esprit et la confirmation dans l’Église du Christ, d’aller résolument de l’avant avec une espérance ferme et la persévérance fidèle pour le reste du voyage dans la vie. Le Christ a dit à propos de ce défi personnel : « Car voici, moi, Dieu, j’ai souffert ces choses pour tous afin qu’ils ne souffrent pas s’ils se repentent. Mais s’ils ne se repentent pas, ils doivent souffrir tout comme moi. Et ces souffrances m’ont fait trembler de douleur, moi, Dieu, le plus grand de tous, et elles m’ont fait saigner à chaque pore et m’ont fait souffrir de corps et d’esprit — et j’ai voulu ne pas devoir boire la coupe amère, mais je n’ai pas non plus voulu me dérober » (D&A 19:16-18).
 
En outre, bien que la rupture des liens de la mort temporelle par la résurrection du corps soit un don libéral et universel du Christ, un produit de sa victoire sur la mort et le tombeau, le genre ou la nature du corps (ou le « degré de gloire » du corps), ainsi que le moment de la résurrection de la personne sont affectés d’une manière très directe par la mesure de fidélité dont elle a fait preuve dans cette vie. L’apôtre Paul explique, par exemple, que ceux qui auront été totalement engagés vis-à-vis du Christ « ressusciteront premièrement » (1 Th. 4:16). Paul parle aussi de différents ordres de corps ressuscités (1 Co. 15:40). Les corps des ordres ou degrés de gloire les plus élevés dans la résurrection sont promis à ceux qui adhèrent fidèlement aux principes et aux ordonnances de l’Évangile de Jésus-Christ ; ils jouiront non seulement de l’immortalité (un don universel fait à chacun) mais également de vies éternelles dans le royaume céleste de gloire (D&A 88:4 ; 132:24).
 
Les saints des derniers jours soulignent le fait que ni les bénédictions inconditionnelles ni les bénédictions conditionnelles de l’Expiation ne seraient à la disposition de l’humanité s’il n’y avait la grâce et la bonté du Christ. Il est évident que les bénédictions inconditionnelles de l’Expiation sont imméritées, mais que les conditionnelles ne sont pas non plus entièrement méritées. En vivant fidèlement et en gardant les commandements de Dieu, on peut recevoir des bénédictions supplémentaires ; mais elles sont malgré tout données libéralement, pas entièrement gagnées. Elles sont toujours et dans tous les cas le fait de la grâce de Dieu. Les Écritures modernes disent formellement que « il n’y a aucune chair qui puisse demeurer en la présence de Dieu, si ce n’est par les mérites, et la miséricorde, et la grâce du saint Messie » (2 Né. 2:8).
 
L’Église est également formelle en ce qui concerne le salut des petits enfants, des handicapés mentaux, de ceux qui ont vécu sans jamais entendre l’Évangile de Jésus-Christ et ainsi de suite : ceux-ci sont rachetés par le pouvoir universel de l’expiation du Christ et auront l’occasion de recevoir la plénitude de l’Évangile dans le monde d’esprit.
 
Pour satisfaire aux exigences de l’Expiation, le Christ, qui était sans péché, est d’abord allé au jardin de Gethsémané pour y connaître l’agonie spirituelle de l’âme que lui seul pouvait supporter. « Il commença à éprouver de la frayeur et des angoisses », disant à ses trois disciples principaux : « Mon âme est triste jusqu’à la mort » (Marc 14:34). Les laissant monter la garde, il alla plus loin dans le jardin, où il allait subir « les souffrances de tous les hommes, oui, les souffrances de tous les êtres vivants, tant des hommes que des femmes et des enfants, qui appartiennent à la famille d’Adam » (2 Né. 9:21). Là il « [lutta et gémit] sous un fardeau dont aucun autre être qui a vécu sur la terre ne pourrait même concevoir la possibilité » (JC, p. 745).
 
L’expiation du Christ répondait aux exigences de la justice et de ce fait payait la rançon et rachetait les âmes de tous les hommes, femmes et enfants « afin que ses entrailles soient remplies de miséricorde, selon la chair, afin qu’il sache, selon la chair, comment secourir son peuple selon ses infirmités » (Alma 7:12). Ainsi, les saints des derniers jours enseignent que le Christ « est descendu au-dessous de tout » – y compris de toutes les espèces de maladies, d’infirmités et de désespoir ressenties par chaque mortel – « en sorte qu’il a compris toutes choses, afin d’être en tout et à travers tout, la lumière de la vérité » (D&A 88:6). C’est essentiellement dans le jardin de Gethsémané qu’il a senti cette angoisse spirituelle sonder les profondeurs de la souffrance et de la douleur humaines. C’est là qu’il était « en agonie » et « priait plus instamment ». C’est là que sa sueur « devint comme des grumeaux de sang, qui tombaient à terre » (Lu. 22:44) car il saigna « à chaque pore » (D&A 19:18). C’est là qu’il entreprit la marche finale vers le Calvaire.
 
La majesté et le triomphe de l’Expiation atteignirent leur point culminant quand, après des mauvais traitements sans nom de la part des soldats romains et d’autres, le Christ supplia sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font » (Lu. 23:34). Le pardon était la clef du sens de toute la souffrance qu’il était venu endurer.
 
Cette mission si absolument solitaire et atroce est exprimée de manière poignante dans ce presque dernier cri, le plus douloureux de tous : « Éli, Éli, lama sabachthani ? c'est–à–dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as–tu abandonné ? » (Mt. 27:46). Dans les profondeurs de cette angoisse, la nature elle-même a été ébranlée : « Il y eut des ténèbres sur toute la terre… Le soleil s’obscurcit… le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent » (Lu. 23:43-45 ; Mt. 27:51-52). Finalement, même ce qui était apparemment insupportable fut supporté et Jésus dit : « Tout est accompli » (Jn. 19:30), puis en disant : « Père, je remets mon esprit entre tes mains », « il expira » (Lu. 23:46). Les saints des derniers jours croient que toutes les langues confesseront un jour, quelque part, comme le centurion romain à la crucifixion : « Assurément, cet homme était Fils de Dieu » (Mt. 27:54).
 
« Le Sauveur devient ainsi maître de la situation : la dette est payée, la rédemption faite, l’alliance accomplie, la justice satisfaite, la volonté de Dieu faite et tout pouvoir est maintenant remis entre les mains du Fils de Dieu : le pouvoir de la résurrection, le pouvoir de la rédemption, le pouvoir du salut… Il devient l’auteur de la vie éternelle et de l’exaltation. Il est le Rédempteur, le Ressusciteur, le Sauveur de l’homme et du monde » (Taylor, p. 171). En outre, son expiation touche toute vie : animaux, poissons, oiseaux et la terre elle-même.
 
C’est, pour la femme et l’homme qui réfléchissent, « une source d’étonnement sans bornes » (AF, p. 100) que le sacrifice volontaire et miséricordieux d’un seul être puisse satisfaire aux exigences infinies et éternelles de la justice, expier toutes les transgressions et tous les méfaits humains, et amener ainsi toute l’humanité dans les bras protecteurs de son étreinte compatissante. Un président et prophète de l’Église des saints des derniers jours, écrivant à ce sujet, a déclaré :
 
« D’une certaine manière, mystérieuse et incompréhensible, Jésus a assumé la responsabilité qui aurait normalement incombé à Adam, mais qui ne pouvait être accomplie que par sa propre Médiation, et en prenant sur lui leurs souffrances, en assumant leurs responsabilités et en supportant leurs transgressions ou leurs péchés. D’une manière qui est incompréhensible et inexplicable pour nous, il a pris sur lui le poids des péchés du monde entier, non seulement d’Adam, mais de sa postérité ; et en faisant cela, il a ouvert le royaume des cieux non seulement à tous les croyants et à tous ceux qui ont obéi à la loi de Dieu, mais à plus de la moitié de la famille humaine qui meurt avant d’atteindre la maturité aussi bien qu’aux païens qui, étant morts sans loi, ressusciteront, grâce à sa médiation, sans loi, et seront jugés sans loi, et participeront ainsi… aux bénédictions de son expiation » [Taylor, p. 148-149].
 
Les saints des derniers jours chantent un de leurs cantiques préférés, écrit par Charles H. Gabriel, qui exprime leurs sentiments les plus profonds concernant ce don, le plus grand de tous :

Merveilleux l’amour que Jésus, le Christ, m’a donné !
Avec quelle grâce souvent il m’a pardonné !
Je tremble d’apprendre qu’il mourut pour moi, pécheur,
Souffrant sur la croix pour que j’obtienne le bonheur.
Oh ! que c’est merveilleux que son amour pour moi
L’ait fait mourir pour moi !
Oh ! que c’est merveilleux, merveilleux pour moi !
[Cantiques, n° 117]


Bibliographie

McConkie, Bruce R. The Promised Messiah. Salt Lake City, 1978.
Nibley, Hugh W. “The Atonement of Jesus Christ”, Ensign 20, juillet 1990, p. 18-23 ; août 1990, p. 30-34 ; sept. 1990, p. 221-226 ; oct. 1990, p. 26-31.
Taylor, John. The Mediation and Atonement. Salt Lake City, 1882.