|
|
L’Expiation :
Tout pour tous
Bruce C. Hafen
des soixante-dix
Comme le discours
de frère Ballard d’aujourd’hui l’a bien illustré, nous, saints des derniers
jours, nous avons récemment enseigné, chanté et témoigné beaucoup plus sur
le Sauveur Jésus-Christ. Je me réjouis de ce que nous nous en réjouissions
davantage.
Si « nous parlons
[plus] du Christ » (2 Néphi 25:26), la
plénitude doctrinale de l’Évangile sortira de l’obscurité. Par exemple,
certains de nos amis se demandent quel rapport il y a entre nos croyances
vis-à-vis de l’Expiation et nos croyances concernant la possibilité de
devenir davantage semblables à notre Père céleste. D’autres pensent à tort que
nous nous orientons vers une compréhension de la relation entre la grâce et
les œuvres inspirée des enseignements protestants. De telles questions
m’incitent à traiter aujourd’hui de la doctrine de l’Expiation propre au
Rétablissement.
Le Seigneur a rétabli
son Évangile par l’intermédiaire de Joseph Smith parce qu’il y avait eu une
apostasie. Depuis le 5e siècle, le christianisme enseignait que la chute
d’Adam et Ève avait été une erreur tragique, ce qui a conduit à la croyance
que l’humanité possède une nature intrinsèquement mauvaise. Cette
conception est erronée, non seulement en ce qui concerne la Chute et la
nature humaine, mais également en ce qui concerne le but même de la vie.
La Chute n’a pas
été une catastrophe. Elle n’était ni une erreur ni un accident. C’était
quelque chose de délibérément voulu dans le plan de salut. Nous sommes les
descendants spirituels de Dieu (Voir Actes 17:28), envoyés sur la terre «
innocents » (Voir D&A 93:38) de la transgression d’Adam.
Néanmoins, le plan de notre Père nous soumet à la tentation et au malheur
dans ce monde déchu, ce qui est le prix à payer pour saisir ce qu’est la
joie authentique. Sans goûter à l’amer, en fait nous ne pouvons pas
comprendre le doux (Voir D&A 29:39). Nous avons besoin de la discipline
et du raffinage de cette vie-ci comme « étape suivante dans notre
développement » pour devenir semblables à notre Père (Jeffrey
R. Holland, Christ and
the New Covenant : The Messianic Message of the Book
of Mormon, 1997, p. 207). Mais qui parle de croissance parle de
douleurs de croissance. Cela signifie aussi tirer la leçon de nos erreurs
dans un processus continuel rendu possible par la grâce que le Sauveur nous
accorde, tant pendant que nous faisons tout ce que nous pouvons qu’après
(Voir 2 Néphi 25:23).
Adam et Ève ont
continuellement tiré les leçons de leurs expériences souvent pénibles. Ils
ont su ce que ressent une famille qui a des problèmes. Pensez à Caïn et
Abel. Et pourtant, grâce à l’Expiation, ils ont pu tirer la leçon de leur
expérience sans être condamnés par elle. Le sacrifice du Christ n’a pas
purement et simplement effacé leur choix pour les ramener à un Éden
d’innocence. Ce serait une histoire sans intrigue et sans évolution des
personnages. Son plan vise au développement – ligne sur ligne, pas à pas,
grâce sur grâce.
Ainsi donc, si
vous avez des problèmes dans la vie, n’allez pas croire qu’il y a quelque
chose qui ne va pas chez vous. La lutte contre ces problèmes est l’essence
même du but de la vie. Si nous nous rapprochons de Dieu, il nous montre nos
faiblesses et, grâce à elles, nous rend plus sages et plus forts (Voir
Éther 12:27). Si vous voyez mieux vos faiblesses, cela signifie tout
simplement que vous vous rapprochez de lui, pas que vous vous éloignez de
lui.
L’un des premiers
convertis australiens a dit : « Ma vie passée était une broussaille de
mauvaises herbes, dans lequel il était difficile de trouver une fleur. Mais
maintenant les mauvaises herbes ont disparu et des fleurs poussent à leur
place » (Martha Maria Humphreys
citée dans Marjorie Newton, Southern
Cross Saints: The Mormons in Australia,
1991, p. 158).
Nous progressons
de deux manières : en enlevant les herbes négatives et en cultivant les
fleurs positives. La grâce du Sauveur nous bénit dans ces deux rôles si nous
faisons notre part. Tout d’abord, nous devons constamment déraciner les
mauvaises herbes du péché et des mauvais choix. Il ne suffit pas de les
tondre. Il faut les arracher avec les racines, en nous repentant pleinement
pour satisfaire aux conditions de la miséricorde. Mais recevoir le pardon
n’est qu’une partie de notre progression. Nous ne faisons pas que
simplement payer une dette. Notre but est de devenir des êtres célestes.
Une fois que nous avons désherbé le tréfonds de nous-mêmes, nous devons continuellement
planter, désherber et nourrir les semences des qualités divines. Alors,
lorsque notre sueur et notre discipline nous amènent à nous dépasser pour
aller vers les dons de Dieu, apparaissent « les fleurs de la
grâce » (« Ce jour, au cœur j’ai du soleil », Cantiques, n° 144),
comme l’espérance et l’humilité. Un arbre de vie peut prendre racine dans
ce jardin du cœur, un arbre qui portera des fruits si délicieux qu’ils
allégeront tous nos fardeaux par la joie du Fils de Dieu (Voir Alma 33:23).
Et lorsque la fleur de la charité y fleurira, nous aimerons les autres avec
la puissance de l’amour qu’éprouve le Christ (Voir Moroni 7:48).
Nous avons besoin
de la grâce à la fois pour vaincre les mauvaises herbes du péché et pour
cultiver des fleurs divines. Nous ne pouvons complètement faire ni l’un ni
l’autre par nous-mêmes. Mais la grâce n’est pas bon marché. Elle est très
coûteuse. Quel est le prix de cette grâce ? Suffit-il de simplement
« croire au Christ » ? L’homme qui a trouvé la perle de
grand prix a donné « tout ce qu’il avait » pour l’avoir (Matthieu
13:46 ; voir aussi Alma 22:15). Si nous désirons « tout ce que le Père
a » (D&A 84:38), Dieu demande tout ce que nous avons. Pour nous
qualifier pour ce trésor sans pareil, quelle que soit la façon dont nous
procédons, nous devons donner comme le Christ a donné : chaque goutte qu’il
avait : « Tu ne sais pas combien elles [les souffrances] sont extrêmes,
oui, tu ne sais pas combien elles sont dures à supporter » (D&A
19:15). Paul a dit que, si nous souffrons avec lui, « nous sommes...
cohéritiers de Christ » (Romains 8:17). La totalité de son cœur, la
totalité de notre cœur.
Quelle perle
pourrait-il y avoir qui ait une telle valeur pour lui et pour nous ? Cette terre
n’est pas notre demeure. Nous sommes partis faire des études au loin pour
essayer d’assimiler les leçons du « grand plan du bonheur » (Alma
42:8) pour pouvoir retourner chez nous et savoir ce que cela veut dire être
là-bas. Le Seigneur ne cesse de nous répéter pourquoi le plan vaut nos
sacrifices, et le sien. Ève appelait cela : « la joie de notre
rédemption » (Moïse 5:11). Jacob l’a appelé : « Ce bonheur qui est
préparé pour les saints » (2 Néphi 9:43).
Par la force des choses, le plan est plein d’embûches et de larmes, les
siennes et les nôtres. Mais parce que lui et nous, nous y sommes si
totalement ensemble, le fait d’être unis à lui pour surmonter toute
opposition nous apportera en soi une « joie qui dépasse toute
compréhension » (Voir Alma 28:8).
L’expiation du
Christ est au cœur même de ce plan. Sans son sacrifice suprême, il n’y
aurait pas de possibilité de rentrer chez nous, pas de possibilité d’être
ensemble, pas de possibilité d’être comme lui. Il nous a donné tout ce
qu’il avait. C’est pourquoi « comme sa joie est grande » (D&A
18:13) ne serait-ce que lorsque l’un de nous saisit le message, lorsque
nous levons les yeux de notre terrain envahi de mauvaises herbes et
tournons le visage vers le Fils.
Seul l’Évangile
rétabli a la plénitude de ces vérités ! Néanmoins l’adversaire fomente
actuellement l’une des plus grandes tromperies de l’histoire en essayant de
persuader les gens que c’est notre Église qui en sait le moins, alors qu’en
réalité c’est elle qui en sait le plus, sur la façon dont nos relations
avec le Christ font de nous de vrais chrétiens.
Si nous devons
donner tout ce que nous avons, le fait pour nous de donner « presque
tout » ne suffit pas. Si nous respectons presque les commandements,
nous recevons presque les bénédictions. Par exemple :
Certains jeunes
croient qu’ils peuvent s’ébattre dans la boue du péché jusqu’au moment où
ils prennent une douche de repentir juste avant de passer à un entretien
pour aller en mission ou au temple. Alors même qu’ils sont en train de
transgresser, certains envisagent de se repentir. Ils se moquent du don de
la miséricorde que le vrai repentir rend possible.
Il y en a qui
veulent garder une main sur le mur du temple tout en touchant de l’autre
main les « choses impures » (Voir Alma 5:57) du monde. Nous devons
mettre les deux mains sur le temple et nous y raccrocher de toutes nos
forces. Une main n’est même pas « presque » suffisante.
Le jeune homme
riche avait donné presque tout. Quand le Sauveur lui dit qu’il devait
vendre tous ses biens, ce n’était pas simplement une question de richesses
(Voir Matthieu 19:16-22). Nous pouvons avoir la vie éternelle si nous le
voulons, mais uniquement s’il n’y a rien d’autre que nous voulons
davantage.
Nous devons donc
tout donner de bon cœur, parce que Dieu lui-même ne peut pas nous faire
progresser contre notre volonté et sans notre participation pleine et
entière. Et cependant, même lorsque nous donnons le meilleur de nous-mêmes,
nous n’avons pas le pouvoir de créer la perfection que Dieu seul peut parachever.
Notre « tout » n’est en soi toujours que « presque assez », jusqu’à ce
qu’il soit complété par le « tout » de Celui qui est « le consommateur
de notre foi » (Hébreux 12:2 ; voir aussi Moroni 6:4). À ce stade-là,
notre « presque », imparfait mais consacré, suffit.
Mon amie Donna a
grandi avec le désir de se marier et d’avoir beaucoup d’enfants. Mais cette
bénédiction, elle ne l’a jamais reçue. Au lieu de cela, elle a passé sa vie
adulte à servir les membres de sa paroisse avec une compassion sans mesure
et à conseiller les enfants perturbés dans un grand district scolaire. Elle
avait une arthrite paralysante et elle a connu de nombreuses longues
journées de tristesse, et cependant elle a toujours donné du courage à ses
amis et à sa famille et en a toujours reçu d’eux. Lorsqu’elle enseignait le
rêve de Léhi, elle disait gentiment : « Je
m’imaginerais dans ce tableau sur le chemin étroit et resserré, m’agrippant
toujours à la barre de fer, mais effondrée de fatigue sur ce même chemin. »
Dans une bénédiction inspirée donnée juste avant sa mort, son instructeur
au foyer lui a dit que le Seigneur avait « accepté » sa vie. Elle a pleuré.
Elle n’avait jamais eu le sentiment que sa vie de célibataire était
acceptable. Mais le Seigneur a dit que ceux qui sont disposés à observer
leurs alliances par le sacrifice sont acceptés par lui (Voir D&A 97:8).
Je peux me l’imaginer faisant, tout heureux, le chemin depuis l’arbre de
vie pour relever Donna et la porter jusque chez elle.
Pensez à d’autres
gens qui, comme Donna, se consacrent si pleinement que pour eux
« presque » est suffisant : Beaucoup de missionnaires en Europe, qui
ne cessent jamais de faire l’offrande de leur cœur blessé, en dépit du fait
qu’ils sont continuellement rejetés.
Les pionniers des
charrettes à bras, qui ont dit qu’ils ont découvert Dieu dans les
situations extrêmes, et que le prix qu’il a fallu payer pour le connaître,
ils avaient été heureux de le payer.
Un père, qui avait
fait tout ce qu’il pouvait, mais n’avait malgré tout pas pu influencer les
choix de sa fille ; et il ne pouvait que se prosterner devant le Seigneur
pour le supplier, comme Alma, pour son enfant.
Une épouse, qui a
encouragé son mari en dépit des années de faiblesse de celui-ci, jusqu’à ce
que les semences du repentir finissent par germer dans son cœur. Elle a dit
: « J’ai essayé de le regarder comme le Christ me regarderait. »
Un mari, dont la
femme a souffert pendant des années de troubles émotionnels graves, mais
qui considérait toujours que c’était leur petit problème jamais simplement
la maladie de son épouse. Dans le domaine de leur mariage, il s’affligeait
de ses afflictions, à elle (Voir D&A 30:6), tout comme le Christ, dans
son domaine infini, est affligé de nos afflictions (Voir D&A 133:53).
Les gens mentionnés
dans 3 Néphi 17, avaient survécu à la
destruction, au doute et aux ténèbres simplement pour arriver au temple
avec Jésus. Après l’avoir écouté avec étonnement pendant des heures, ils
finirent par être trop fatigués pour le comprendre. Tandis que Jésus se
préparait à partir, ils le contemplaient avec un désir total de le voir
rester et bénir leurs affligés et leurs enfants. Ils ne le comprenaient
pas, mais, plus que toute autre chose, ils voulaient être avec lui. Alors
il est resté. Leur « presque » était suffisant.
« Presque » est
spécialement suffisant lorsque nos propres sacrifices font, d’une manière
ou d’une autre, écho à celui du Sauveur, aussi imparfaits que nous soyons.
Nous ne pouvons pas vraiment ressentir la charité – l’amour du Christ pour
les autres – sans au moins goûter à sa souffrance pour les autres, parce
que l’amour et la souffrance ne sont que deux facettes d’une unique
réalité. En nous affligeant réellement des afflictions des autres, nous
pouvons entrer suffisamment dans « la communion des souffrances » (Philippiens 3:10) du Christ pour devenir cohéritiers
avec lui.
Puissions-nous ne
pas reculer lorsque nous découvrons, paradoxalement, le prix élevé que nous
devons payer pour recevoir ce qui est, en fin de compte, un don de sa part.
Quand tout ce que le Sauveur donne et tout ce que nous donnons se
rejoindront, non seulement nous trouverons le pardon de nos péchés, mais
également « nous le verrons tel qu’il est » et « nous serons semblables à
lui » (Moroni 7:48; 1 Jean 3:2). Je sais qu’il vit. Je l’aime. Je veux
être avec lui. Au nom de Jésus-Christ. Amen.
Le Liahona,
mai 2004, pp. 97-99
|
|