Seize leçons

sur le gouvernement local

de l'Église

 

 

Frédéric Sorhaïtz

 

 

 

 

Introduction

I. Les missionnaires à plein temps et le reste de la population de l’Église

II. Le ministère d’Autorité générale et celui d’autorité locale 

III. La haine du péché et le soupçon du mal

IV. La persuasion et la contrainte

V. La géographie et le culte 

VI. La comparaison au passé et la comparaison aux autres

VII. Les formulaires de l'Église et les autres formulaires

VIII. L’ingérence et le recours

IX. La critique et l’apostasie

X. Les réunions de dirigeants

XI. Les réunions publiques

XII. Les ordonnances de la prêtrise

XIII. Les instructions de l’Église

XIV. La communication

XV. Le vocabulaire

XVI. La différence

Note

 

 

 

Introduction

 

      Plus de quatre décennies ont passé depuis que les missionnaires ont apporté le message du rétablissement de l'Évangile de Jésus-Christ à ma famille. Grâce à leur foi, à leur témoignage et à leur enseignement nous sommes devenus membres de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours.

 

      Depuis cette époque j'ai eu six présidents de branche, sept présidents de district, un président de mission en tant que missionnaire à plein temps dans la mission autrichienne de Vienne, quatre évêques et trois présidents de pieu. À ces frères je dois de m'avoir aidé à développer ma foi, mon témoignage et ma connaissance de l'Évangile de Jésus-Christ, de m'avoir guidé sur la voie de la justice et inspiré, par leur exemple, le désir de contribuer à l'œuvre de Dieu. J'ai rencontré aussi des autorités locales et générales de l'Église en France et à l'étranger dont l'exemple et le précepte m'ont rapproché du Sauveur. Des millions de membres de l'Église peuvent témoigner du même exemple de droiture de leurs dirigeants respectifs.

 

      Tout appel à servir dans le royaume de Dieu est à la fois un honneur et une responsabilité. Cette responsabilité est telle que si nous ne magnifions pas notre appel, Dieu nous tiendra pour responsable des gens que nous aurions pu sauver si nous avions fait notre devoir (voir Enseignements des présidents de l'Église, John Taylor, 2002, p. 164). Dans l'Église, un appel à présider, c'est-à-dire un appel à servir (voir D&A 124:134), est une responsabilité qui rend spirituellement dépendant du Seigneur. Dans l'exercice de cette responsabilité, l'aide du Saint-Esprit devient indispensable. C'est lui qui montre les nuances et les différences à considérer dans notre devoir pour agir à la façon du Seigneur.

 

      Constamment, de nouveaux dirigeants locaux de l'Église sont appelés à travailler dans la vigne du Seigneur et répondent à son appel. Ce qui suit est l'exposé de quelques-unes des nuances ou différences qu’ils sont amenés à faire au cours de leur ministère. 

 

 

I. Les missionnaires à plein temps et le reste de la population de l'Église

 

      Observons la différence entre les missionnaires à plein temps et le reste de la population de l'Église. Cette différence est, à bien des égards, semblable à celle observée entre la vie militaire et la vie civile. À ceci près que dans certains pays on peut servir dans l'armée en tant qu'appelé ou en tant que volontaire, alors que dans l'Église les missionnaires sont à la fois appelés et volontaires.

 

      Un parallèle peut être observé entre le gouvernement de la nation et le gouvernement de l'Église dans les rapports hiérarchiques internes aux deux sociétés : De même que dans la nation la relation d'autorité d'un gradé de l'armée sur un soldat est différente de celle d'une autorité civile sur un simple citoyen, dans l'Église, la relation d'autorité d'un président de mission sur un missionnaire à plein temps est différente de celle d'un dirigeant local de l'Église sur un membre qu'il préside.

 

      Par exemple, un président de mission peut décider de l'heure de lever des missionnaires qu'il préside (voir James E. Faust, L'Étoile, juillet 1996, p. 43).

 

      Lorsque j'étais missionnaire le tutoiement entre missionnaires n'était pas autorisé dans notre mission alors qu'il l'était dans la mission voisine et qu'il le fut plus tard dans notre mission après l'arrivée d'un nouveau président (aujourd'hui membre du Premier collège des soixante-dix). Ceci illustre le pouvoir de décision d'un président de mission dans les limites de sa mission.

 

      Ce qu'un président de mission peut décider pour ses missionnaires, un dirigeant local ne le pourra ordinairement pas pour ceux qu'il préside, que ce soit en terme d'obligation ou en terme d'interdiction.

 

      Par exemple, j'ai entendu parler d'un président de district qui avait interdit les bises dans les églises. Précisons qu'en France un homme et une femme qui se tutoient se saluent en se faisant la bise, quel que soit le statut marital de l'un ou de l'autre. Si le vouvoiement entre un homme et une femme se conjugue le plus souvent avec la poignée de main, parfois avec la bise, le tutoiement entre un homme et une femme s'accommode mal de la poignée de main qui est alors ressentie comme contradictoire. Enfin, les hommes entre eux, qu'ils se tutoient ou se vouvoient, se serrent la main, sauf entre membres d'une même parenté. En dehors des liens de parenté, la bise entre hommes n'est pas courante, bien qu'elle le soit dans d'autres cultures.

 

      Ce président de district interdisait les bises dans les églises. Pourtant, quelques années plus tôt, une campagne antibises menée par un président de mission parmi les membres locaux de l'Église avait été implicitement désapprouvée par un membre du Premier collège des soixante-dix, président de l'interrégion qui, à l'issue d'une réunion de dirigeants accompagnés de leurs épouses, avait annoncé, avant de les quitter, qu'il serrerait la main des frères et ferait la bise aux sœurs, ce qu'il fit (cette Autorité générale devint par la suite membre de la présidence des soixante-dix).

 

      Notons à ce propos que l'Église a, depuis toujours, cherché à honorer plutôt qu'à gommer les différences culturelles, pour autant qu'il ne s'agisse pas de traditions en désaccord avec le plan et les enseignements du Seigneur (voir Richard G. Scott, L'Étoile, janvier 1989, pp. 64-65 et juillet 1998, pp. 98-100 ; Dallin H. Oaks, Le Liahona, mai 2003, p. 96 et novembre 2003, pp. 37-40).

 

      Les rares membres de l'Église de mon entourage qui ne pratiquent pas la bise, ou de façon exceptionnelle, l'ont décidé par eux-mêmes. À la différence des missionnaires à plein temps, dans le reste de la population de l'Église ce genre de décision est laissé à l'individu lui-même.

 

 

II. Le ministère d'Autorité générale et celui d'autorité locale

 

      De même qu'une différence existe entre les missionnaires à plein temps et le reste de la population de l'Église, de même existe-t-il une différence entre le ministère des officiers qui ont juridiction sur les missionnaires à plein temps (présidents de missions, soixante-dix-autorités interrégionales, Autorités générales) et le ministère des officiers locaux.

 

      Quand le Seigneur et les prophètes nous exhortent à être leurs imitateurs (voir 3 Néphi 27:27  1 Corinthiens 4:16; 11:1 Philippiens 3:17), ce n'est pas tant pour imiter leur pouvoir que pour suivre l'exemple qu'ils donnent des vertus chrétiennes. Dans l'Évangile, c'est précisément en retour de la charité et de la vertu que vient le véritable pouvoir (voir Doctrine et Alliances 121:45,46). Boyd K. Packer, du collège des Douze, a dit au sujet de la prêtrise, en faisant une distinction entre l'autorité et le pouvoir : « Votre autorité découle de votre ordination ; votre pouvoir vient de l'obéissance et de la dignité » (L'Étoile, avril 1982, p.62, colonne 2). Russel M. Nelson, du collège des Douze, a énoncé le même principe en disant : « Lorsque vous êtes ordonnés à un office de la prêtrise, vous recevez une autorité. Mais c’est en utilisant cette autorité en droiture que vous acquérez du pouvoir » (Le Liahona, novembre 2003, p. 44, colonne 3). « Alors », promet le Seigneur, « ta domination sera une domination éternelle et, sans moyens de contrainte, elle affluera vers toi pour toujours et à jamais » (D&A 121:45,46).

 

      Ce pouvoir, cette influence, cette autorité ne se forcent pas, ils viennent de façon naturelle, par le Saint-Esprit, orner la personnalité obéissante, digne, charitable et vertueuse. On ne force pas l'autorité, elle se manifeste par elle-même sous l'influence du Saint-Esprit. On ne force pas le Saint-Esprit. Car « les pouvoirs du ciel ne peuvent être maîtrisés ou utilisés que selon les principes de la justice » (D&A 121:36).

 

      Le Seigneur a mis en garde contre la tentation « d'exercer, avec quelque degré d'injustice que ce soit, une emprise, une domination ou une contrainte sur l'âme des enfants des hommes » (D&A 121:37). « Vous les avez dominées avec violence et avec dureté » (Ézéchiel 34:4), a-t-il accusé les pasteurs d'Israël. Pierre a exhorté les anciens à paître le troupeau de Dieu qui est sous leur garde « non comme dominant sur ceux qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du troupeau » (1 Pierre 5:2,3).

 

      Le Seigneur a déclaré : « Aucun pouvoir, aucune influence ne peuvent ou ne devraient être exercés en vertu de la prêtrise autrement que par la persuasion, par la longanimité, par la gentillesse et la douceur, et par l'amour sincère, par la bonté et la connaissance pure… - réprimandant avec rigueur en temps opportun, sous l'inspiration du Saint-Esprit ; et faisant preuve ensuite d'un redoublement d'amour envers celui que tu as réprimandé… » (D&A 121:41-43).

 

      Joseph F. Smith (1838-1918), ancien président de l'Église, a ajouté, à propos de ceux qui détiennent un poste d'autorité quelconque dans l'Église, qu'ils « doivent gagner le cœur, la confiance et l'amour de ceux qu'ils dirigent, par une bonté et un amour sincères, par la douceur d'esprit, par la persuasion, par un exemple au-dessus de tout reproche et hors de portée des critiques injustes. De cette façon, par la bonté de leur cœur, par leur amour pour le peuple, ils le conduisent sur le chemin de la justice, lui enseignent la voie du salut, en lui disant, aussi bien par le précepte que par l'exemple : Suivez-moi, tout comme je suis notre chef » (Enseignements des présidents de l'Église, Joseph F. Smith, 1999, p. 142). Spencer W. Kimball (1895-1985), ancien président de l'Église, a résumé le propos de cette façon : « Les femmes et les hommes nobles sont toujours plus soucieux de servir que d’exercer une domination » (L’Étoile, mai 1980, p. 175).

 

      Par ailleurs, le principe enseigné par M. Russel Ballard, alors membre du Premier collège des soixante-dix, d'agir comme si nous étions la personne que nous aimerions devenir (voir L'Étoile, décembre 1983, p. 49) ne nous autorise pas davantage à endosser une autorité que nous n'avons pas reçue.

 

      Quant à l'exhortation du Seigneur et des prophètes à être leurs imitateurs, elle ne signifie pas non plus que nous devrions imiter les différences culturelles des Autorités générales. Nous pouvons suivre les frères (voir Boyd K. Packer, Follow the Brethern, Speeches of the Year, BYU, 23 mars 1965, pp. 1-10 ; L'Étoile, novembre 1979, pp. 43-49) tout en gardant nos différences culturelles, dès lors que celles-ci demeurent compatibles avec le plan et les enseignements du Sauveur.

 

      Une autre différence entre les Autorités générales et les autorités locales réside dans la politique de communication avec les membres de l’Église :

 

      Depuis des décennies, la Première Présidence envoie régulièrement aux autorités locales la même lettre à lire aux membres de l’Église lors de la réunion de Sainte-Cène. Cette lettre traite du courrier et des appels téléphoniques adressés par les membres au siège de l’Église : « Des membres de l’Église continuent de téléphoner et d’écrire au siège de l’Église à propos de points de doctrine et de questions personnelles. Avec l’accroissement constant de la population de l’Église, répondre personnellement à ces questions représente une tâche presque insurmontable » (Lettre du 6 juillet 1990, réitérée le 27 janvier 2004 et diffusée dans Le Liahona, juin 2004, Nouvelles de l'Église, p. 8).

 

      La lettre de la Première Présidence poursuit en disant que les membres de l’Église ont tous un président de branche ou un évêque, un président de pieu ou de mission qui, en qualité de conseillers spirituels et temporels, les aideront à trouver les solutions aux problèmes qui les préoccupent. Si ces dirigeants ont besoin d’éclaircissement, ils peuvent écrire, de la part des membres, à la Première Présidence.

 

      Telle est, en matière de communication, l’exhortation de la Première Présidence afin que les Autorités générales ne soient pas surchargées de travail pour répondre au courrier des membres de l’Église.

 

      Cette lettre est courte, simple et compréhensible. En la parcourant nous comprenons aisément ce qu’elle attend de chaque membre. Nous voyons aussi ce qu’elle ne dit pas :

 

      D’abord, il n’est pas dit que les Autorités générales ne répondent pas au courrier des membres, bien au contraire. Elles y répondent, ce qui représente une charge presque insurmontable pour elles. Elles seraient cependant justifiées de ne pas y répondre, après tant de rappels faits aux membres de l’Église.

 

      Ensuite, le problème n’est pas d’écrire à une Autorité générale une lettre anodine, comme lui envoyer des vœux ou des salutations, ou lui faire part d’un témoignage, d’une idée ou d’une information, sans solliciter de réponse. Le problème vient des lettres écrites pour solliciter une réponse à une question, un problème ou une requête personnelle.

 

      Il n’est pas dit non plus que les Autorités générales ne doivent jamais être sollicitées, mais que si elles doivent l’être, c’est par les autorités locales, de la part des membres.

 

      Enfin, il n’est pas dit que les membres de l’Église ne doivent pas adresser de questions, requêtes ou problèmes personnels aux dirigeants locaux, ni que ceux-ci doivent négliger d'y répondre. Le fait que les Autorités générales répondent au courrier des membres au point d’être surchargées est au contraire une indication de la responsabilité des autorités locales de suivre cet exemple et de ne pas négliger de répondre aux membres de leur branche, paroisse, district, pieu ou mission, comme le préconise la Première Présidence. Bien réfléchi, cette instruction est autant une manière d'inciter les dirigeants locaux à répondre aux préoccupations des membres individuels de l'Église qu'une demande faite aux membres de ne pas écrire aux Autorités générales à propos de questions personnelles. À ce propos, L. Tom Perry, du collège des Douze, déclarera : « Comme notre Sauveur, en tant que dirigeants de l'Église, nous devons aimer les gens que nous servons, en montrant notre attention et notre souci pour chacun individuellement » (Réunion mondiale de formation des dirigeants, 11 février 2006 ; voir Le Liahona, juin 2006, p. 60).

 

      Ce souci et cette attention pour chaque membre que nous présidons se traduit parfois par les aider à résoudre les conflits qui peuvent survenir entre eux, comme les Autorités générales en ont plusieurs fois montré l'exemple. À ce propos, Spencer W. Kimball, alors membre du Collège des Douze, a raconté, dans son ouvrage Le miracle du pardon, sa rencontre avec deux ennemis chroniques pour tenter de les réconcilier, et la façon dont il y parvint après leur avoir rappelé un principe vital pour le salut : le pardon inconditionnel (voir Le miracle du pardon, chapitre 9, sous-chapitre intitulé « Nous devons pardonner en toute circonstances », troisième paragraphe et au-delà, pp. 262-264 de l'édition française de 1974). Cet épisode est un enseignement inspirant pour les dirigeants locaux. Il leur apprend à rencontrer les protagonistes d'un conflit, à les écouter et à les aider à faire la paix, comme un père affectueux avec ses enfants. John Taylor, alors qu'il était membre du Collège des Douze, n'eut pas besoin d'écouter les doléances de deux frères en conflit venus le voir pour obtenir son arbitrage : l'esprit qui se dégagea de son interprétation de plusieurs cantiques en préambule de l'entretien convainquit les protagonistes de se réconcilier avant même d'avoir exposé le motif de leur désaccord (voir Enseignements des présidents de l'Église, Heber J. Grant, 2003, pp. 178-179). Ce cas n'est cependant pas le plus ordinaire et, la plupart du temps, l'écoute du dirigeant local est précieuse. Faire l'économie de cette écoute peut engendrer des frustrations chez les personnes concernées, même longtemps après. L'exemple de Spencer W. Kimball dans son action de médiation est instructif à cet égard. On suppose qu'il a patiemment écouté les doléances de chacun des deux ennemis jurés avant de remédier à leur désaccord à l'aide des enseignements de l'Évangile, de la prière et de l'inspiration divine. Cet épisode nous apprend à ne pas ignorer volontairement les besoins des gens en conflit, mais à leur apporter la médiation dont ils ont besoin. Sauf exception, cette médiation implique l'écoute des griefs des uns et des autres.

 

 

III. La haine du péché et le soupçon du mal

 

      Les Écritures enseignent que ceux qui sont animés par l'amour pur éprouvent aussi de la haine pour le péché (voir Alma 26:34). Elles enseignent également que la charité, qui est l'amour pur du Christ (voir Moroni 7:47), ne soupçonne point le mal (voir 1 Corinthiens 13:5). Par conséquent, notre haine du péché ne devrait jamais évoluer en soupçon du mal.

 

      Joseph F. Smith a lancé l'exhortation suivante, en s'adressant « à ceux qui président dans l'Église et à ceux qui exercent de l'autorité parmi le peuple » : « Changez votre manière de voir, de regarder, pour passer de la recherche du mal à la recherche de ce qui est bon et pur… Cherchez le bien chez les hommes, et lorsqu'ils n'en possèdent pas, essayez de le créer en eux, essayez d'accroître le bien en eux ; cherchez le bien, édifiez le bien, soutenez le bien, et parlez aussi peu que possible du mal. Cela ne sert à rien de souligner le mal… Mieux vaut ensevelir le mal et souligner le bien… Que notre ministère soit de sauver l'humanité et d'enseigner et de guider dans le chemin de la justice, et non de siéger en juges et de passer jugement sur ceux qui agissent mal, mais plutôt de sauver les hommes » (Conference Report , avril 1913, pp. 7-8 ; Enseignements des Présidents de l'Église, Joseph F. Smith, 1999, p. 261).

 

 

IV. La persuasion et la contrainte

 

      Face au refus d'un membre de l'Église de suivre les recommandations de son dirigeant local, celui-ci pourrait être tenté d'exercer une contrainte sur ce membre par la menace de la non délivrance ou du retrait de sa recommandation à l'usage du temple.

 

      Les menaces des serviteurs du Seigneur, dans les Écritures, sont des déclarations prophétiques et non des moyens personnels de contrainte. Les serviteurs du Seigneur avertissent des conséquences de l'erreur mais ne s'avancent ni en auteurs ni en acteurs de ces conséquences.

 

      Bien entendu, une recommandation à l'usage du temple ne peut et ne doit être délivrée que lorsque les conditions pour l'obtenir sont réunies, mais la menace d'un retrait ou d'une non délivrance comme moyen de contrainte ne semble pas à la hauteur des enseignements du Sauveur.

 

      D'autre part, s'il est prévu que sa recommandation soit retirée à la personne qui ne remplit plus les conditions pour la recevoir (voir Gordon B. Hinckley, réunion mondiale de formation des dirigeants, 19 juin 2004), il n'est pas prévu qu'elle soit réclamée au moindre prétexte. James E. Faust, membre de la Première Présidence, a déclaré :

 

      « Ceux à qui la responsabilité judiciaire est confiée dans le royaume de Dieu doivent veiller à ce que l'Église reste pure pour que les eaux vives de la vie coulent sans entrave. Mais la vraie religion ne consiste pas à être avant tout attentif aux faiblesses, aux manquements et aux erreurs. Elle consiste à fortifier et à passer sur les fautes, comme nous voudrions que l'on passe sur les nôtres. Quand nous concentrons toute notre attention sur ce qui est mal plutôt que sur ce qui est bien, nous passons à côté de la beauté et de l'essence sublimes du merveilleux Évangile du Maître » (L'Étoile, janvier 1998, pp. 68-69).

 

      Si un jour, en tant que dirigeant, il nous arrive d’être tenté d'obtenir l’allégeance ou l’obéissance d'une personne sous notre juridiction par la menace de ne pas lui délivrer de recommandation à l'usage du temple ou de la lui retirer, nous pourrions nous demander si agir de la sorte ne reviendrait pas à se servir de la recommandation à l'usage du temple comme d'une monnaie d'échange et à contraindre cette personne à obéir plutôt que de susciter en elle la volonté authentique de s’améliorer ou de nous soutenir.

 

      Henry B. Eyring, du collège des Douze, enseignera aux dirigeants locaux de l'Église, en 2003, qu'ils ne doivent pas, aux questions figurant dans le carnet de recommandations à l'usage du temple, ajouter de conditions (Première réunion mondiale de formation des dirigeants, 11 janvier 2003, p. 12).

 

      C'est sous les encouragements et non sous la menace que l'individu fait le choix du véritable changement. Sa décision naît alors d'une influence divine plutôt qu'humaine, d'une motivation spirituelle plutôt que de la contrainte.

 

      À ce sujet Joseph F. Smith a déclaré : « L'obéissance doit être volontaire ; elle ne doit pas être forcée, il ne doit pas y avoir de contrainte. Les hommes ne doivent pas être contraints contre leur volonté à obéir à la volonté de Dieu ; ils doivent y obéir parce qu'ils savent que c'est bien, parce qu'ils désirent le faire et parce qu'ils ont plaisir à le faire. Dieu se réjouit du cœur bien disposé » (Enseignements des Présidents de l'Église, Joseph F. Smith, 1999, p. 271).

 

 

V. La géographie et le culte

 

      S'il est prévu que les membres de l'Église assistent aux réunions de la paroisse dont dépend leur domicile, il arrive que, pour des raisons personnelles, certains d'entre eux assistent, de façon temporaire au moins, aux réunions d'une paroisse voisine. Des raisons valables peuvent motiver un tel choix : une séparation ou un divorce particulièrement difficile, ou un handicap sérieux auquel le bâtiment d'une paroisse voisine est mieux adapté. D'autres motifs peuvent paraître moins impératifs : distances depuis le domicile ou conditions d'accès. D'autres encore paraîtront moins significatifs : mésententes ou affinités.

 

      Il est compréhensible que ceux qui vivent à l'intérieur des limites d'une paroisse soient membres de celle-ci et pas d'une autre : un évêque préside dans les limites géographiques de sa paroisse. Mais bien que, pour cette raison, les membres de l'Église soient encouragés à assister aux réunions de l'Église dans leur paroisse, on ne peut pas les y contraindre.

 

      Il est vrai que, selon les instructions de l'Église, la paroisse doit avoir un certificat de membre pour chaque membre qui vit sur son territoire, que les certificats de membre doivent être tenus dans la paroisse dans laquelle les membres habitent et que les exceptions, qui doivent être rares, nécessitent le consentement des évêques et des présidents de pieu concernés ainsi que l'approbation du bureau de la Première Présidence [1]. Cependant ces règles s'adressent aux dirigeants à propos de la tenue des certificats, pas aux membres à propos de l'assistance aux réunions.

 

      Il y a des années, un président de pieu soumettait à une Autorité générale en visite le cas d'une sœur qui assistait aux réunions de l'Église d'une autre paroisse que la sienne et refusait d'accéder à la demande de ses dirigeants de retourner dans sa paroisse. Cette sœur songeait même à ne plus assister aux réunions de l'Église si on ne la laissait pas en paix à ce sujet. L'Autorité générale répondit en substance : « Qu'est-il préférable pour le salut de cette sœur : qu’elle assiste aux réunions d’une autre paroisse, ou qu’elle n’assiste à aucune réunion ? »

 

      Selon l'Autorité générale, le salut de cette sœur était plus important que les limites géographiques de sa paroisse. On pouvait l'inviter à regagner sa paroisse, mais l'obliger n'entrait pas dans le plan du salut.

 

      Le Sauveur a enseigné : « Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat » (Marc 2:27).

 

      Cependant, il a également révélé : « Ma maison est une maison d'ordre » (D&A 132:8,18). C'est pourquoi, une personne qui assiste aux réunions de l'Église dans une autre paroisse que la sienne n'y trouvera pas tous les avantages auxquels elle peut s'attendre dans sa propre paroisse. Par exemple, elle n'y recevra pas d'appel à servir. En effet, selon les instructions de l'Église, les dirigeants ne peuvent faire d'appels que lorsque le certificat de membre de la personne à appeler se trouve dans la paroisse qui fait l'appel (ou, dans le cas d’un membre qui vient d’emménager, lorsque l'évêque a pris contact avec l'évêque précédent de ce membre) [2].

 

      En revanche, conformément aux enseignements du Sauveur, les dirigeants n'interdisent à personne l'accès aux réunions publiques de l'Église (voir 3 Néphi 18:22 et D&A 46:3).

 

      La personne qui comprend qu'elle ne recevra ni appel ni recommandation à l'usage du temple en dehors de sa paroisse y retournera probablement. Si ce n'est pas le cas c'est que, après tout, elle n'est peut-être pas prête à les recevoir. Mais elle risque davantage d'y être un jour prête en assistant aux réunions de l'Église, où que ce soit, qu'en devenant non pratiquante. L'évêque, quant à lui, n'est pas contraint de refuser une recommandation à une personne qu'il préside au motif quelle assiste aux réunions de l'Église ailleurs que dans sa paroisse.

 

      Parmi les déclarations les plus adéquates à citer pour aider, et non contraindre, un membre de l'Église à regagner sa paroisse, se trouvent probablement l'exhortation de Paul aux Hébreux : « N'abandonnons pas notre assemblée, comme c'est la coutume de quelques-uns » (Hébreux 10:25), et celle de Richard L. Evans (1906-1971), du collège des Douze : « Soyons là où nous devons être, au moment où nous devons y être » (L'Étoile, février 1989, p. 34), développée par Hartman Rector, fils, du Premier collège des soixante-dix : « Soyez où vous devriez être quand vous le devez. Quand vous êtes où vous devriez être quand vous le devez, cette conduite apporte la confiance » (L'Étoile, octobre 1979, p. 51) et rappelée par Thomas S. Monson, membre de la Première Présidence, dans la formule du succès suivante : « Soyons là où nous devons être. Disons ce que nous devons dire. Faisons ce que nous devons faire. Soyons ce que nous devons être » (L'Étoile, janvier 1994, p. 56 ; enseignement réitéré lors de la veillée du Département d'Éducation de l'Église diffusée par satellite depuis Ricks College le 14 janvier 2001).

 

 

VI. La comparaison au passé et la comparaison aux autres

 

      Depuis des années, les autorités de l'Église enseignent la comparaison de chaque entité avec elle-même plutôt que des entités entre elles.

 

      En 1980 déjà, le Guide des secrétaires (PS CL 0656 FR) enseignait à comparer les rapports en cours avec les rapports antérieurs pour prendre connaissance des tendances, par exemple pour voir si l'assiduité augmente ou diminue, comme le mentionnent toujours les instructions actuelles [3].

 

      Depuis 1985, les manuels d'instructions successifs de l'Église contiennent l'instruction supplémentaire de ne pas comparer une unité avec une autre ou une personne avec une autre, chaque unité, chaque personne ayant une situation qui lui est propre [4]. Paul enseignait déjà : « Que chacun examine ses propres œuvres, et alors il aura sujet de se glorifier pour lui seul, et non par rapport à autrui » (Galates 6:4).

 

      Il y a quelques années, en tant que président du collège des anciens de ma paroisse, je recevais le bulletin du programme d'extraction (dépouillement des actes d'état civil de plus de cent ans) du Département de Généalogie. Ce bulletin comportait une rubrique intitulée Informations locales qui, au moyen de tableaux, comparait les pieux de France en terme de nombre d'extracteurs, d'heures consacrées à l'extraction et d'actes traités.

 

      Je m'adressai alors au bureau régional de la Société généalogique d'Utah, qui diffusait ce rapport, pour signaler l'incompatibilité de ces tableaux avec la politique de l'Église. J'écrivis : « En effet, …les Autorités générales se sont prononcées en faveur des comparaisons de chaque entité avec elle-même et en défaveur des entités entre elles... Les citations ci-jointes mentionnent les individus, les organisations et les paroisses, mais l'esprit de ces instructions s'applique tout autant à la comparaison des pieux entre eux. Certains pieux comptent davantage de membres que d'autres, certains ont commencé le programme d'extraction plus tôt que d'autres et ont eu le temps de se rôder et de se développer davantage... Or ces critères n'apparaissent pas sur ces tableaux... Je ne doute pas que leur diffusion vienne d'une volonté de bien faire, mais je pense que cette diffusion n'est pas compatible avec l'esprit, si ce n'est la lettre, des instructions des Autorités générales et des Écritures... »

 

      Le frère en charge de ce rapport me répondit par courrier : « Je vous remercie pour votre lettre en date du 25 janvier courant par laquelle vous me signalez le non-respect, dans le dernier bulletin d'extraction, de règles apparaissant dans le manuel d'instructions générales. Nous avons analysé vos remarques… et en tiendrons compte lors de la rédaction des prochains bulletins. Les statistiques seront diffusées sous une forme différente afin de respecter l'esprit des instructions tout en fournissant aux pieux et districts un outil d'analyse de leurs efforts. En vous renouvelant mes remerciements... »

 

      Ajoutons que, dans un tel cas, ce n'est pas l'outil de travail qui est en cause, mais sa diffusion. S'il est bon que chaque unité (pieu ou paroisse) dispose de ses propres chiffres pour évaluer sa progression, il n'est pas prévu qu'elle dispose des chiffres des unités voisines. L'instruction de l'Église de ne pas comparer les rapports des unités entre elles permet encore moins de les diffuser pour fournir ainsi aux unités le moyen de se comparer entre elles. Lorsque l'instance qui récolte les rapports ne diffuse à chaque unité que ce qui la concerne, celle-ci se compare alors à elle-même pour évaluer ses progrès.

 

 

VII. Les formulaires de l'Église et les autres formulaires

 

      Depuis 1985, les instructions de l'Église sur la tenue des registres demandent aux dirigeants de la prêtrise de veiller à ce que l'information obtenue des membres se limite à ce que l'Église demande [5].

 

      Depuis 1993, les instructions intitulées Système de rapports de progression des membres – Instructions (page 2), rappellent aux dirigeants de la prêtrise de ne pas demander aux paroisses de rendre compte d'autres renseignements.

 

      Ces instructions ne permettent pas de collecter d'autres renseignements que ceux mentionnés dans les formules éditées par l'Église. Il n’est par exemple pas permis de récolter, auprès des familles et des individus, des chiffres relatifs à la prière, au jeûne, à l'étude des Écritures, à la soirée familiale, à l'œuvre missionnaire, à la tenue d'annales, à la recherche généalogique, à l'œuvre du temple, aux réserves ou au service à autrui.

 

      Au 19ème siècle, au cours du mouvement de réforme de 1856, un questionnaire à usage des instructeurs de quartier fut édité par l'Église. Il comportait 27 questions que les instructeurs de quartier (aujourd'hui instructeurs au foyer) posaient aux familles auxquelles ils rendaient visite pour les inciter à se consacrer au Seigneur et à ses commandements. Chacune de ces questions suscitait une réponse par l'affirmative ou la négative. Aucune ne suscitait de réponse quantitative. De plus, les réponses n'étaient pas enregistrées, et encore moins additionnées à celles des autres familles (voir Histoire de l'Église dans la plénitude des temps, Religion 341-343, 2002, p. 366 ; 1997, p. 368).

 

      Avant cette période et après, les 4 ou 5 questions posées régulièrement par les instructeurs au foyer aux familles de l'Église, comme à la famille de Joseph Smith (voir L'Étoile, avril 1979, pp. 134-135) et à celle de John Taylor (voir Enseignements des présidents de l'Église, John Taylor, 2002, pp. 117, 119), ne comportaient pas non plus d'aspect quantitatif. Les réponses reçues n'étaient pas non plus enregistrées.

 

      Non seulement l'Église n'a jamais, à ma connaissance, édité de rapports quantitatifs à partir de renseignements qui seraient requis des familles, mais depuis des années elle demande expressément aux dirigeants de ne pas le faire. Les formules de rapports de l'Église qui requièrent des renseignements personnels de leurs utilisateurs sont celles utilisées dans le cadre de leur appel par un nombre très limité d'officiers de l'Église pour rendre compte de leur intendance.

 

      Malgré l'instruction de ne pas collecter auprès des membres d'autres renseignements que ceux demandés par l'Église, dans certaines régions, les dirigeants qui en avaient l'habitude continuaient de demander aux personnes qui rentraient du temple le nombre de sessions auxquelles elles avaient assisté. C'est pourquoi en 1999, date d'édition de l'actuel Manuel d'Instructions de l'Église, on ajouta l'instruction précise selon laquelle les dirigeants ne doivent pas créer de système de rapports d'assistance au temple [6].

 

      Pourtant, dans certaines régions, les membres de l'Église continuèrent de rendre compte du nombre de sessions qu'ils avaient effectuées dans la maison du Seigneur, motivés par l'idée de justifier la construction future d'un temple à proximité de chez eux. Cette idée circulait plus particulièrement depuis l'annonce du président Hinckley, en avril 1998, du programme de construction de petits temples (voir L'Étoile, juillet 1998, pp. 100-101).

 

      Les critères de qualification pour la construction d'un temple dans une région, dans le but de rapprocher les temples des membres de l'Église (voir L'Étoile, 1986, numéro 2, p. 47, colonne 1), furent alors donnés par les membres de la Première Présidence eux-mêmes. À la conférence générale qui suivit l'annonce du programme de construction de petits temples, le président Faust déclara : « Aux membres de l'Église qui sont dans des unités de l'Église isolées et qui veulent avoir un temple près de chez eux, je suggérerais de commencer par montrer leur foi en payant la dîme afin d'être dignes de recevoir les bénédictions du temple » (L'Étoile, janvier 1999, p. 69). Un an plus tard, le président Hinckley ajouta : « Étant donné que nous ne construisons pas de temple tant qu'il n'y a pas suffisamment de gens dans une région, suffisamment de payeurs de dîme et suffisamment de foi, la construction même de ces bâtiments sacrés devient un indicateur de l'accroissement de la foi et de l'obéissance aux principes de l'Évangile » (Le Liahona, janvier 2000, p. 5).

 

      Ces propos de la Première Présidence ne mentionnaient pas la quantité de sessions suivies mais le nombre de membres et le nombre de payeurs de dîme comme critères de choix d'une région où construire un temple. Autant de critères déjà mesurés par l'Église.

 

      Par ailleurs, l'œuvre accomplie en faveur des défunts n'est pas le seul but du temple. Il en est un autre qui n'est pas chiffrable. James E. Faust a dit : « Il y a un grand besoin de temples partout dans le monde car ce sont des sanctuaires spirituels. Ceux qui vont au temple peuvent y trouver une protection contre Satan et contre son désir de les détruire, leur famille et eux » (L'Étoile, janvier 1999, p. 69).

 

      Notre fréquentation du temple relève à la fois du culte personnel et du service aux défunts. Comme l'a dit Howard W. Hunter (1907-1995), ancien président de l'Église : « Allons-y non seulement pour nos ancêtres décédés, mais également pour la bénédiction personnelle du culte au temple, pour la sainteté et la sécurité qui nous sont donnés dans ces murs sacrés » (L'Étoile, novembre 1994, p. 6). Le culte au temple était familier de Joseph Smith, père, le patriarche. On dit de lui : « Demeurer dans la maison du Seigneur et s'instruire dans son temple était sa joie quotidienne, et il y reçut beaucoup de bénédictions, et passa de nombreuses heures en douce communion avec son Père céleste... Dans son enceinte sacrée, les visions des cieux s'ouvrirent à son esprit, et son âme se délecta des richesses de l'éternité » (History of the Church, 4:194 ; Le Liahona, mai 2005, p. 67).

 

      James E. Faust a déclaré : « Nos temples constituent un sanctuaire où nous allons pour oublier les soucis du monde. Nos temples sont des lieux de paix et de tranquillité. Dans ces sanctuaires Dieu 'guérit ceux qui ont le coeur brisé, et panse leurs blessures' » (Le Liahona, juillet 2005, p. 4). Il a ajouté : « Nous devons aller au temple, entre autres raisons, pour sauvegarder notre sainteté personnelle et celle de notre famille » (Le Liahona, mai 2005, p. 67). Gordon B. Hinckley a également déclaré : « Je suis convaincu que chaque homme et chaque femme qui va au temple avec sincérité et foi ressort meilleur de la maison du Seigneur. Nous avons toujours besoin de nous améliorer dans la vie. Nous avons besoin de de temps en temps de quitter le bruit et le tumulte du monde qui nous entoure et d'entrer dans une maison sacrée de Dieu pour y ressentir son esprit dans un cadre de sainteté et de paix » (L'Étoile, janvier 1996, pp. 63-64).

 

      Dans le temple, le culte et le service, qui sont deux aspects de l'Évangile de Jésus-Christ, sont étroitement liés. Ainsi liés, ils sont difficilement quantifiables.

 

      De plus, la quantification suscite la performance qui, elle-même, suscite les comparaisons. Au temple, la performance est positive aussi longtemps qu'elle traduit le souci de secourir des âmes et qu'elle ne se prête pas à des comparaisons.

 

      Tous ne viennent pas au temple en bénéficiant de la même condition physique, de la même santé mentale, de la même force spirituelle, ni avec les mêmes aspirations. Certaines personnes viennent y trouver un refuge, une protection. D'autres viennent y chercher la révélation. D'autres la régénération spirituelle. D'autres viennent s'instruire à la « grande école », à la « maison d'apprentissage » qu'est le temple (Boyd K. Packer, The Holy Temple, Bookcraft, 1980 ; Le temple sacré, 1982, 1983, p. 5 ; 1998, p. 6 ; Se préparer à aller au saint temple, 2003, p. 7), à « l'université qui prépare à la vie éternelle » (Enzio Busche, L'Étoile, juillet 1989, p. 64). D'autres encore sont impatients de sauver ceux qui les ont précédés ici-bas. Tout cela est vécu à travers le service aux défunts, mais dans des dispositions physiques et mentales différentes selon les individus.

 

      C'est pourquoi, selon les instructions de l'Église, les dirigeants, qui doivent inciter les membres à se rendre au temple aussi souvent que leur situation le leur permet, ne doivent cependant pas fixer de quotas d'assistance au temple pour les paroisses et les pieux ni pour les personnes [7].

 

      À propos des instructions de l’Église à l’encontre de la récolte de chiffres tels que ceux de l'œuvre accomplie au temple par les membres, j’exposai, il y a quelques années, au président de l'interrégion, membre du Premier collège des soixante-dix, la différence entre ces instructions et la tradition de certaines régions. Il me répondit par courrier : « Je crois comprendre par votre lettre que des dirigeants locaux demanderaient aux membres de faire rapport du nombre de sessions auxquelles ils ont assisté. Il est clair que l'assistance au temple doit être une offrande faite en toute liberté, une offrande du 'second mille'. Les dirigeants peuvent recommander aux membres d'aller au temple, mais ils ne doivent ni fixer de quotas ni produire de rapports quant au nombre de membres de l'Église qui y sont allés ».

 

 

VIII. L'ingérence et le recours

 

      Dans 2 Samuel 6:1-11 et 1 Chroniques 13:1-14 est rapportée l'expérience d'Uzza que Teddy E. Brewerton, du Premier collège des soixante-dix, a résumée ainsi : « Le peuple avait été averti de ce qu'il ne devait pas toucher l'arche, symbole de l'alliance. Mais quand les bœufs trébuchèrent et qu'il sembla que l'arche allait tomber, Uzza tendit la main pour la redresser et fut immédiatement tué par le Seigneur » (L'Étoile, octobre 1981, p. 126).

 

      John Taylor (1808-1887) et plus tard David O. McKay (1873-1970), anciens présidents de l'Église, ont enseigné que l'équivalent moderne de la faute d'Uzza consistait à vouloir « manipuler la prêtrise », à « sortir de notre propre sphère et d'essayer sans en avoir l'autorité de diriger les efforts d'un frère », ce qui est le cas « des hommes qui, négligeant leurs propres responsabilités, passent leur temps à trouver des fautes à autrui » (Ancien Testament, Manuel de l'Étudiant, Religion, Cours 301, 1987, p. 290). David O. McKay a ajouté que l'équivalent moderne du châtiment d'Uzza était la mort spirituelle (op. cit.).

 

      Au vu de ces déclarations, nous pourrions croire qu'il n'y a pas, dans l'Église, de recours face aux erreurs d'un dirigeant ou à ce qui peut nous sembler être une erreur. Dans son livre The Lord's Way (Deseret Book Co., 1991), Dallin H. Oaks, du collège des Douze, enseigne que ces recours existent, mais qu'ils doivent s'opérer à la façon du Seigneur et non à la façon du monde.

 

      Selon lui, il y a des recours, mais ce ne sont pas les mêmes ni les mêmes procédures que ceux utilisés à l'égard des dirigeants d'autres organisations (op. cit. p. 200). Avant de les énoncer, Frère Oaks rappelle le principe selon lequel nous devrions nous conduire de telle façon que nos pensées et nos actions ne nous privent pas de la compagnie et des directives de l'Esprit du Seigneur (op. cit. p. 200).

 

      Il énonce ensuite les recours possibles, comme celui de faire part en privé de nos différends au dirigeant concerné. Il propose que cela se fasse dans un entretien privé, lorsque c'est possible, ou par lettre ou autre, et souligne que de nombreux différends pourraient être résolus si seulement nous en discutions en privé avec les personnes concernées. Selon lui, certains différends n'auraient plus lieu d'être une fois que ces échanges en privé auraient permis de se rendre compte qu'il s'agissait de malentendus. D'autres différends seraient temporairement mis de côté en acceptant de ne pas être d'accord (op. cit. pp. 202-203).

 

      Une autre possibilité énoncée par Frère Oaks est de s'adresser à l'officier de l'Église qui a autorité sur la personne soupçonnée être dans l'erreur ou dans la transgression. Il cite la Bible qui appelle cela « le dire à l'Église » (Matthieu 18:17). Il ajoute que cette démarche doit avoir lieu en privé, ceci non pour dissimuler les faits, mais pour augmenter les possibilités de se corriger et de s'améliorer (op. cit. p. 203).

 

      Frère Oaks souligne l'importance de résoudre ses différends en privé. Selon lui le débat public, qui est le moyen de résoudre les différends dans un gouvernement démocratique, n'est pas approprié dans le gouvernement de l'Église. Il nous rappelle que nous sommes tous soumis à l'autorité des serviteurs du Seigneur qui ont été appelés et soutenus, qu'ils sont et que nous sommes gouvernés par les conseils de l'Esprit du Seigneur, que cet Esprit n'agit que dans une atmosphère d'unité, et que c'est pourquoi les différends personnels doivent être traités en privé et sans querelle. Il ajoute qu'il n'y a rien de mal à débattre de nos différends en privé, pourvu que cela se fasse dans un esprit d'amour (op. cit. p. 201).

 

      Frère Oaks mentionne encore d'autres possibilités, comme ignorer le différend (op. cit. p. 201), réserver son jugement à plus tard et attendre (op. cit. p. 202), et prier pour trouver une solution au problème. Il enseigne que nous devrions prier pour le dirigeant qui selon nous est dans l'erreur, en demandant au Seigneur de remédier à la situation si besoin est, et qu'en même temps, nous devrions prier pour nous-mêmes, en demandant au Seigneur de nous éclairer si nous sommes dans l'erreur. Il affirme qu'une personne qui appréhende dans un esprit de prière un différend avec un dirigeant de l'Église reste en accord avec l'Esprit du Seigneur et qu'en agissant ainsi elle s'adresse directement à celui qui peut résoudre le problème. Il ajoute que la solution peut venir sous forme d'inspiration donnée à ce dirigeant ou, pour la personne qui prie, par une compréhension, une force et une patience accrues (op. cit. p. 204-205).

 

      Frère Oaks précise que les cinq possibilités énoncées ci-dessus concernent les membres ayant une divergence d'opinion avec leurs dirigeants ; que le meilleur moyen dépendra des circonstances et de l'inspiration qui guidera ceux qui prient sincèrement. Selon lui, en suivant ces recommandations, les membres peuvent agir pour la correction d'un dirigeant ou un changement de politique. Il ajoute que les membres qui le font avec de bonnes intentions n'affligeront pas l'Esprit du Seigneur, qu'ils ne se couperont pas de leurs dirigeants ou de leurs frères et sœurs dans l'Église (op. cit. p. 205 ; voir aussi Relations entre membres et dirigeants de l'Église sur www.lafeuilledolivier.com/Citations/Dirigeants.htm).

 

 

IX. La critique et l'apostasie

 

      Bien que la critique et l'apostasie soient apparentées, l'une étant souvent la cause ou la conséquence de l'autre, elles n'ont pas la même gravité et sont traitées différemment dans l'Église. L'apostasie est sanctionnée par la discipline de l'Église alors que la critique ne l'est pas, si ce n'est à de rares exceptions dans l'histoire de l'Église. L'apostasie se manifeste de différentes façons, par exemple en s'opposant publiquement à l'Église ou à ses dirigeants de manière répétée, claire, ouverte et délibérée. Malgré ce qui les distingue, il peut nous arriver, en tant que dirigeant, d’être tenté d'assimiler la critique à l'apostasie et d'en appliquer la même sanction.

 

      Dans son livre The Lord's Way, Dallin H. Oaks poursuit en disant qu'en dépit des commandements et des conseils qu'il vient d'énoncer, certains membres continuent à critiquer publiquement les dirigeants de l'Église. Il ajoute que tout au long de son histoire, l'Église et ses dirigeants ont été critiqués par certains membres, mais que l'action disciplinaire de l'Église à l'encontre de tels membres a été rare ou inexistante. Il enseigne que ceux qui persistent dans leurs critiques se punissent eux-mêmes ; qu'en se retranchant délibérément de ceux que le Seigneur a appelés en qualité de dirigeants (locaux ou généraux) de son Église ils se privent des conseils de l'Esprit du Seigneur, s'éloignent progressivement de la prière, des Écritures, de l'assistance aux réunions de l'Église et de l'obéissance aux commandements, perdent inévitablement leur spiritualité et passent à côté des bénédictions. Il ajoute que, comme l'a observé Néphi, ceux qui succombent à l'orgueil et aux « œuvres des ténèbres » sont sur le chemin de la destruction spirituelle, « car l'Esprit du Seigneur ne luttera pas toujours avec l'homme » (2 Néphi 26:10-11) (op. cit. p. 205).

 

      Pour revenir au sujet de l'apostasie et en préciser la définition, Frère Oaks cite Georges Q. Cannon (1827-1901), du collège des Douze (1869), qui concevait qu'un homme puisse avoir un point de vue différent de celui des Autorités de l'Église sans pour autant être un apostat, mais qui ne pouvait concevoir qu'un homme publie ces différences de vue et cherche à diviser l'Église et à lutter contre les Autorités au moyen d'arguments, de sophismes et de plaidoyers présentés sous un mauvais angle sans qu'il soit considéré comme un apostat, car une telle conduite était de l'apostasie, tel qu'il comprenait ce terme (op. cit. pp. 246-247 ; voir George Q. Cannon, Gospel Truth, ed. Jerreld L. Newquist, Deseret Book Co., 1987, p. 493).

 

 

X. Les réunions de dirigeants

 

      Les réunions de dirigeants de l'Église sont, pour la plupart, des réunions de présidence, de comité et de conseil.

 

      Lors de ces réunions, nous pourrions aisément adopter des usages extérieurs à l'Église comme, par exemple, la lecture et le soutien à main levée du procès-verbal de la réunion précédente. Bien qu'en France l'Église soit inscrite en tant qu'association et que la lecture et le soutien à main levée des procès verbaux des assemblées soit une pratique réglementaire des associations, les instructions de l'Église sur les réunions de présidence, de comité et de conseil, qui proposent un ordre du jour type [8], ne mentionnent pas cet usage. Même si, à d'autres moments, les mainlevées font partie des usages de l'Église, le soutien à main levée des procès-verbaux des réunions est une pratique propre au fonctionnement des associations et des diverses instances de notre démocratie comme les conseils d'administration, les conseils d'établissement et les conseils municipaux. Bien que le bureau de l'association de l'Église suive les règles relatives aux assemblées des associations, ces règles ne concernent pas les réunions de l'Église elle-même.

 

      Lorsque, dans une réunion de l'Église, une décision doit être soutenue par une mainlevée, elle l'est sans attendre la réunion suivante. Si le quorum est nécessaire et n'est pas réuni, le soutien a lieu ultérieurement, mais pas dans le cadre d'une lecture de procès-verbal, cette lecture n'étant pas prévue par les instructions de l'Église.

 

      De plus, la politique de l'Église est à la simplification de son programme. Cette politique de simplification, initiée en 1939 (voir Histoire de l'Église dans la plénitude des temps, Religion 341-343, 2002, pp. 519-520 ; 1997, pp. 521-522), relancée en 1960 (op. cit., 2002, pp. 562-563 ; 1997, pp. 565-566) et en 1978 (voir L'Étoile, octobre 1978, pp. 180-181), se poursuit de nos jours (voir Le Liahona, novembre 2002, pp. 56-57).

 

      Un exemple récent de simplification est celui-ci : avant 1999 les instructions spécifiaient que le secrétaire exécutif préparait l'ordre du jour des réunions après avoir consulté l'épiscopat et d'autres dirigeants de la prêtrise ; Les instructions actuelles ne mentionnent plus les autres dirigeants de la prêtrise, seulement l'épiscopat [9]. Ainsi, la procédure a été simplifiée.

 

      En décalage avec cette politique de simplification, peuvent aisément perdurer des pratiques du passé héritées soit des instructions périmées, soit de la tradition orale.

 

      L'Église évolue à une telle rapidité que nous pouvons, sans nous en rendre compte, avoir plusieurs années de retard sur son évolution, voire plusieurs décennies dans certains aspects de cette évolution. Ce retard est très vite pris lorsque nous cessons de nous instruire de notre devoir (voir D&A 107:99) en n'étudiant pas les instructions de l'Église.

 

      Cependant, même informés des dernières instructions, nous pourrions, par nostalgie, rétablir ou perpétuer des usages qui n'y sont pas spécifiés. Par exemple, la diffusion préalable de l'ordre du jour des réunions de présidence, de comité et de conseil auprès de leurs participants, à l'image des conseils d'administration et autres, n'y figure pas. Selon les instructions de l'Église, l'ordre du jour est censé être un outil entre les mains de ceux qui dirigent la réunion pour les aider à se concentrer sur les buts de la réunion et à utiliser le temps efficacement [10]. Bien que sa diffusion préalable puisse avoir quelque utilité et que rien ne l'interdise, elle n'est pas requise par l'Église.

 

      Les instructions de l'Église précisent que l'officier président crée l'ordre du jour ou supervise la personne qui le crée [11], qu'il peut diriger la réunion ou demander à un conseiller ou à quelqu'un d'autre de la diriger sous sa direction [12] et que lors des réunions de conseil et de comité, il donne un aperçu des thèmes à traiter, demande aux participants leurs idées et leurs suggestions, aide chacun à participer pleinement aux discussions, aux décisions et aux plans et examine soigneusement leurs suggestions quand il établit des plans et attribue des tâches [13]. Le Guide des Dirigeants de la Prêtrise et des Auxiliaires ajoute (p. 20) que celui qui prépare l'ordre du jour détermine le temps imparti à chaque point.

 

      La différence principale entre, d'une part, les conseils d'administration, les conseils d'établissement et les conseils municipaux et, d'autre part, les conseils de l'Église, réside dans la forme de gouvernement. Le gouvernement des associations, des établissements et des communes, ainsi que des départements, des régions, de la nation et des organisations intergouvernementales, est démocratique tandis que celui de l'Église est théocratique. Bien que ces deux types de gouvernement comportent des points communs, l'Église n'est pas une démocratie. De même, si le gouvernement de l'Église comporte quelque ressemblance avec la direction d'une entreprise, l'Église n'est pas une entreprise. Ni démocratie ni entreprise, l'Église est gouvernée selon des critères qui lui sont propres.

 

 

XI. Les réunions publiques

 

      Les réunions publiques de l'Église sont les réunions des horaires groupés du dimanche (collèges de prêtrise, organisations auxiliaires, Sainte-Cène) et quelques autres réunions comme les conférences de pieu, les conférences régionales et les conférences générales.

 

      Les instructions de l’Église font mention des réunions publiques dans deux domaines : les réunions de l’Église et l’action disciplinaire de l’Église.

 

      Les instructions sur les réunions de l’Église exposent les principes doctrinaux relatifs à ces réunions. Elles mentionnent D&A 46:3 où le Seigneur dit : « Néanmoins, il vous est commandé de ne jamais chasser qui que ce soit de vos réunions publiques, qui se tiennent devant le monde ». Elles précisent que les réunions ordinaires du dimanche et les conférences de l’Église sont ouvertes aux membres et aux non membres [14].

 

      Les instructions sur l’action disciplinaire de l’Église, jusqu’en 1989, précisaient que les personnes excommuniées pouvaient assister aux réunions des horaires groupés du dimanche et aux sessions des conférences publiques. Depuis 1989, les réunions et sessions auxquelles elles peuvent assister sont les mêmes, mais sont réunies sous l’appellation réunions publiques de l'Église [15]. Notons qu'avant 1976 une personne excommuniée ne pouvait pas assister aux réunions de la prêtrise (voir Spencer W. Kimball, The Miracle of Forgiveness, 1969 ; Le Miracle du Pardon, p. 302 de l'édition actuelle, p. 306 de l'édition de 1974).

 

      Jusqu'en 1989, les instructions relatives à l’action disciplinaire de l’Église faisaient une distinction entre, d'une part, les réunions d'officiers de l'Église (actuelles réunions de dirigeants), pour signifier que les personnes disqualifiées ou excommuniées ne pouvaient pas y assister, et, d'autre part, les réunions publiques de l'Église. Depuis 1989, les instructions ne prennent plus la peine de mentionner les réunions de dirigeants à propos des personnes en question puisqu’elles ne peuvent pas détenir de poste dans l’Église [16] et ne sont par conséquent pas concernées par ces réunions.

 

      Les instructions actuelles mentionnent les réunions publiques de l’Église pour dire que les personnes disqualifiées doivent être encouragées à y assister [17] et que celles qui sont excommuniées peuvent y assister [18]. Dans les deux cas, la condition est qu’elles y aient une bonne conduite. Notons qu’en français cette condition est exprimée en termes différents dans l’un et l’autre cas alors qu’un seul terme est utilisé en anglais. Notons également qu’à propos des réunions, le qualificatif publiques, qui apparaît dans les deux cas en anglais, a été omis en français à propos des personnes disqualifiées. Ces différences de traduction n’affectaient cependant pas les éditions précédentes du Manuel d’Instructions de l’Église (appelé Manuel d’Instructions Générales de 1976 à 1999) où, comme en anglais actuellement, les mêmes termes étaient utilisés dans un cas comme dans l’autre, à la fois sur la nature des réunions et sur la conduite personnelle. Quant à la participation active des personnes en question à ces réunions, les instructions, depuis 1983, donnent les mêmes limites dans les deux cas. Notons l’abandon, en 1989, de l’interdiction de toute part active de ces personnes aux réunions de l’Église, en faveur de la poursuite de 4 points de restriction précisément définis. Ainsi, depuis 1983, à propos des personnes disqualifiées et des personnes excommuniées, en matière d’assistance aux réunions, les règles sont les mêmes pour les unes que pour les autres, les unes jusqu’à leur réintégration, les autres jusqu’à leur réadmission par le baptême.

 

      Dans le chapitre précédent et dans celui-ci nous reprenons cette classification des réunions de l’Église en deux catégories : les réunions de dirigeants et les réunions publiques.

 

      À propos des réunions publiques, une instruction parfois ignorée est celle selon laquelle dans les réunions de l'Église les prières doivent être brèves [19].

 

      Le programme de ces réunions prévoit que les prières (ouverture, Sainte-Cène, clôture) soient précédées d'un cantique [20]. Le cantique nous prépare à ce qui suit et le met en valeur. Ainsi le cantique et la prière forment un tout de sorte qu'il n'est pas prévu d'interruption entre ces deux éléments, que ce soit par une intervention au pupitre ou par un long silence pendant le déplacement du porte-parole de la prière. C'est pourquoi il est d'usage que ce dernier inclue son temps de déplacement dans la phase finale du cantique.

 

      Généralement, ceux qui sont désignés pour faire la prière n'appliquent ces consignes de ponctualité et de brièveté que s'ils en ont été informés.

 

      Toujours dans le respect du caractère sacré de la prière et de sa mise en valeur par le cantique, la prière n'est pas annoncée après que le cantique ait été chanté, mais le cantique et la prière sont annoncés ensemble. Si, lorsque le cantique de Sainte-Cène a été chanté, les frères qui officient à la table de Sainte-Cène n'ont pas terminé de rompre le pain, l'organiste prolonge la musique jusqu'au moment de la prière. S'il n'y a pas d'accompagnement musical du cantique, les frères qui officient à la table de Sainte-Cène prévoient de commencer à rompre le pain suffisamment tôt pendant le cantique. Pour la même raison, si avant la prière de clôture les membres d'un chœur se déplacent pour chanter le cantique de clôture, ce chœur ne se disperse pas avant mais après la prière. De même, si une annonce a été oubliée, elle se fait après la prière plutôt qu'entre le cantique et la prière, que ce soit en ouverture ou en clôture d'une réunion. Et dans les cas où l'on a omis de solliciter quelqu'un pour faire la prière ou que la personne choisie pour la faire oublie qu'elle a été sollicitée, plutôt que de venir au pupitre pour solliciter quelqu'un ou rappeler à l'ordre la personne choisie, l'officier qui dirige la réunion sollicite discrètement quelqu'un assis sur l'estrade ou fait la prière lui-même.

 

      Un usage étranger aux instructions de l'Église consiste, après la prière de clôture et pendant le postlude musical de la réunion de Sainte-Cène, à ne quitter sa place qu'après que l'autorité présidente se soit levée. Il est à remarquer que ceci ne se produit pas même en présence du président de l'Église à l'issue de la conférence générale. Bien qu'une attitude révérencieuse soit nécessaire au caractère sacré d'une cérémonie comme la réunion de Sainte-Cène ou au temple, il n'est pas prévu que le postlude musical de la réunion de Sainte-Cène serve de moment de recueillement avant que l'assistance ne quitte la salle de culte. Le postlude musical est prévu pour être joué pendant que l'assistance quitte la salle dans le calme.

 

      En 1993, les instructions contenues dans Musique dans l’Église : Manuel d’instructions (34574 140), précisaient qu'un postlude musical choisi avec soin peut prolonger l'esprit de la réunion pendant que les membres quittent la salle. Ajoutons que, par conséquent, le postlude musical devrait commencer aussitôt la prière de clôture terminée et se poursuivre le temps que l'assemblée quitte les lieux. C'est pourquoi les instructions actuelles précisent que l'organiste ou le (la) pianiste joue habituellement, pendant cinq à dix minutes avant et après la réunion [21]. Elles précisent également que l'épiscopat et les orateurs doivent être à leur place au moins 5 minutes avant le commencement de la réunion [22], c'est-à-dire pendant le prélude musical.

 

      La prière de clôture, comme on pouvait le lire il y a quelques années dans le Bulletin, marque la fin de la réunion. L'assistance quitte ensuite la salle au son du postlude musical.

 

      Remarquons, dans les instructions de l'Église, que les membres doivent être respectueux (traduit de reverent) avant et pendant la réunion de Sainte-Cène [23], ce qui met l'accent sur la préparation et la participation au culte. Si l'après-réunion n'est pas mentionnée, les instructions attribuent cependant au prélude et au postlude un même rôle, celui de créer une atmosphère qui favorise la présence de l'Esprit [24].

 

      Après la prière de clôture, il est tout naturel que certains d'entre nous restent à leur place pour méditer quelques instants pendant le postlude musical alors que d'autres quittent respectueusement la salle de culte. Ce qui importe est le respect de l'atmosphère créée par la musique de postlude comme de prélude. Aussi, ce n'est pas la musique en elle-même qui compte. Si tel était le cas, rien de moins qu'un silence parfait, par l'immobilité, ne conviendrait à la situation. Ce qui compte, c'est l'atmosphère suscitée par la musique et l'attitude générale qui permet de jouir de cette atmosphère. À ce sujet, il est intéressant de remarquer que moins la musique est forte lorsqu'on entre dans la salle de culte, plus on est incité au calme. C'est le cas dans le temple, lorsqu'on pénètre dans la chapelle, où la musique est particulièrement douce, tout juste perceptible.

 

      Au chapitre XV nous aborderons le sujet de la réunion de prière (micro réunion préalable à la réunion de Sainte-Cène entre ceux qui y prennent une part active) rebaptisée réunion de planification dans les instructions de 1990 et soustraite du programme de l'Église en 1999.

 

 

XII. Les ordonnances de la prêtrise

 

      En général, celui qui accomplit une ordonnance de la prêtrise (appelée sacrement à l'extérieur de l'Église) le fait en énonçant le nom de la personne qui reçoit l’ordonnance. Jusqu'en 1998, les instructions en anglais qui décrivent les ordonnances de la prêtrise utilisaient le terme full name (traduit indifféremment par nom complet, nom entier, prénoms et nom, ou encore nom et prénoms) pour les ordonnances inscrites sur le certificat de membre, à savoir : le baptême, la confirmation et les ordinations à la prêtrise (les ordonnances du temple ne sont, de par leur caractère sacré, pas traitées dans ces instructions). Pour les autres ordonnances, comme la bénédiction des malades (onction et scellement de l'onction), les bénédictions paternelles, les bénédictions de réconfort et de conseil et les mises à part, le terme utilisé dans les instructions en anglais était name (traduit par nom). Dans un cas il était requis de prononcer tous les prénoms de la personne, dans l'autre pas. Le nom complet de la personne, avec tous ses prénoms, devait être prononcé dans les ordonnances directement liées au salut, celles qui restent consignées sur le certificat de membre.

 

      Une erreur s'était toutefois glissée dans les instructions en français à propos des bénédictions paternelles et de