La doctrine de la grâce


Stephen E. Robinson


Article extrait de Croire le Christ, publié en 1992



LE SALUT PAR LA GRÂCE

Je pose souvent cette question à mes étudiants : « Quand vous serez à la barre de Dieu au jour du Jugement dernier, combien parmi vous aimeraient avoir l’assurance que Dieu sera absolument juste avec vous  ?  » En général, toutes les mains se lèvent. C’est à ce moment que je leur tire le tapis sous les pieds. « Vous auriez intérêt à bien réfléchir. Être juste consiste à être jugé selon les lois de la justice et recevoir ce que l’on mérite. Mais des êtres déchus et imparfaits tels que nous ne cherchent pas à avoir ce qu’ils méritent. Ils cherchent mieux. Ils ne veulent pas que Dieu les juge justement, ils veulent qu’il soit miséricordieux. L’expiation du Christ fournit un moyen pour que Dieu soit en même temps juste et miséricordieux. Comme le Christ et moi sommes un dans l’alliance de l’Évangile, et que dans un partenariat, il importe peu de savoir qui fait quoi, le Christ peut satisfaire aux exigences de la justice en ma faveur, et je peux alors recevoir les bénéfices de la miséricorde de Dieu. Voilà un arrangement qui satisfait la justice et la miséricorde.

Il se trouve qu’il y a toujours des gens qui sont si « dépendants » de la loi de la justice qu’ils ont des difficultés à intégrer la loi de la miséricorde ou de la grâce. Certains aspects de l’Évangile et de la miséricorde les agacent et leur semblent injustes (en d’autres mots, miséricorde plutôt que justice) par exemple, ce n’est pas très juste qu’une personne doive souffrir pour les péchés d’autrui. Il n’est pas juste que des gens commettent des crimes horribles et soient ensuite complètement pardonnés et purifiés sans avoir à en souffrir. Il n’est pas juste que celui qui travaille seulement une heure reçoive la même récompense que celui qui travaille toute la journée. (Voir Matt. 20:1-16)

Non, l’Évangile, parfois, n’est pas juste, mais c’est en fait une partie de la bonne nouvelle. Elle n’est pas juste, elle est miséricordieuse, et grâce à Dieu, il en est ainsi, car nul homme ne peut être acquitté vu les exigences de la justice absolue. Du point de vue des êtres imparfaits et mortels que nous sommes, se trouver jugés exclusivement par la justice est notre pire cauchemar. Il n’en reste pas moins que certains d’entre nous ne veulent pas abandonner la loi de la justice. De nombreuses personnes m’ont dit : « Oui, ce que vous dites sur la miséricorde et la justice serait merveilleux si c’était la réalité, mais pour moi, il y a quelque chose qui ne va pas. C’est trop facile, cela ne semble pas juste. » En d’autres termes « Je n’accepte pas la miséricorde parce que ça n’est pas la justice. » Mais c’est justement cela la bonne nouvelle. L’Évangile offre la miséricorde à ceux qui seraient autrement damnés par la justice. Que disent les Écritures :

« Oh !La grandeur de la miséricorde de notre Dieu, le Saint d’Israël ! Car il délivre ses saints de ce monstre affreux, le diable, et de la mort, et de l’enfer, et de l’étang de feu et de soufre, qui est le tourment sans fin ». (2 Né. 9:19)

Maintenant, ce n’est pas un sort injuste que les Saints soient délivrés de l’enfer. Il n’y a rien de mal à ce que les gens aillent en enfer, ils le méritent. Après tout, ils ont des péchés à payer et il n’est que juste qu’ils les assument : « Mais malheur à celui à qui la loi est donnée, oui, qui a tous les commandements de Dieu, comme nous, et qui les transgresse, et qui prodigue les jours de son épreuve, car affreux est son état ! » (2 Né. 9:27). Dans la situation décrite dans ces deux Écritures, le diable, la mort, et l’enfer reçoivent un pouvoir sur les individus limité dans le temps et en intensité permettant de rembourser la dette du péché. L’enfer n’est pas une invention satanique. Il fait partie du plan de Dieu, et cette notion est parfaitement juste. Il est vrai que c’est Satan qui y règne, mais seulement dans la limite permise par Dieu. La menace de l’enfer représente la menace de la justice, et la peur de recevoir ce que l’on mérite et d’avoir à payer ce que l’on doit sans que la miséricorde n’interfère.

D’un autre côté, l’expiation du Christ offre un moyen d’obtenir la miséricorde plutôt que la justice et d’éviter ainsi un juste châtiment en enfer. Mais si on rejette la miséricorde qu’offre le Christ, alors il est juste de souffrir pour ses péchés. La justice ne pourra jamais intervenir pour nous sauver d’un châtiment mérité, seule la miséricorde peut le faire. « Et tandis que le bras de sa miséricorde est étendu vers vous à la lumière du jour, ne vous endurcissez pas le cœur… (Autrement) selon le pouvoir de la justice, car la justice ne peut se voir opposer un refus, vous devrez vous en aller dans l’étang de feu et de soufre, dont les flammes ne s’éteignent pas, et dont la fumée monte pour toujours et à jamais, étang de feu et de soufre qui est le tourment sans fin. » (Jacob 6:5, 10)

Dans cette vie, il n’y a que deux maîtres et deux possibilités. Nous devons choisir à qui nous appartenons : à l’un ou à l’autre. Si nous ne choisissons pas l’un, c’est l’autre que nous aurons par défaut. Il n’y a pas de terrain neutre, pas de troisième choix. La vie est réglée par défaut comme les ordinateurs. Les conditions s’appliquent automatiquement à moins de prendre une décision consciente pour les modifier. Ainsi, si nous refusons que le Christ soit notre Seigneur en remplissant toutes les conditions pour entrer dans son alliance, Satan devient notre seigneur par défaut. C’est le Christ par choix ou Satan par défaut. Il n’y a pas d’autres options.

Le Christ « apportera le salut à tous ceux qui croiront en son nom ; ceci étant le but de ce dernier sacrifice : réaliser les entrailles de miséricorde, ce qui l’emporte sur la justice et fournit aux hommes le moyen d’avoir la foi qui produit le repentir. Et ainsi la miséricorde peut satisfaire aux exigences de la justice et les enserre dans les bras de la sécurité… » (Alma 34:15-16) Le choix qui se présente à nous est la miséricorde ou la justice. On peut se tourner vers l’un de ces deux choix, et l’un et l’autre sont en accord avec la nature et le plan de Dieu. Mais hormis Dieu et Satan, il n’existe pas de troisième voie. De nouveau, la vie a des réglages par défaut, et ces réglages sont définis sur la justice. Nous pouvons choisir la miséricorde offerte par l’alliance de l’Évangile, mais si nous la refusons, c’est la justice que nous subirons.

Cependant, la miséricorde a ceci d’original : par définition elle ne s’obtient qu’à condition de ne pas la mériter. Car si nous méritons quelque chose, alors il est juste que nous la recevions. Et cela cesse d’être la miséricorde. C’est pourquoi dans ce sens, tout au moins, accorder ou bénéficier de la miséricorde a toujours un côté injuste. Mais un des aspects merveilleux de l’Évangile, une des bonnes nouvelles parmi d’autres est que Jésus-Christ ne se soucie pas de cette injustice. Il a la volonté de souffrir injustement et de compenser lui même la justice en payant de sa personne afin d’étendre la miséricorde à des êtres faibles comme nous. Cette volonté qui est la sienne de payer plus que son dû et de porter plus que ce qu’il devrait afin d’accorder la miséricorde à autrui représente la grâce du Christ.

La grâce

Dans la Bible, le mot grâce a plusieurs significations. Les mots hébreux ou grecs habituellement traduits par « grâce » (respectivement hen ou charis) sont aussi traduits par faveur, plaisir, remerciements, gracieuseté ou bienveillance. On utilise aussi le terme pour désigner un cadeau, un bénéfice, ou un geste symbolique. Dans la société contemporaine, le pourboire ou la gratuité (de la même racine latine que grâce) représente la même idée. Un client paie sa note, c’est la justice qui l’exige, mais le pourboire est laissé à la libre appréciation. Il n’y a aucune obligation. La grâce peut aussi signifier la beauté (Jacques 1:11) ou elle peut désigner la faveur ou la situation particulière que l’on accorde à une tierce personne en retour d’un service rendu (voir Gen. 33:8), pour un avantage spirituel (voir 1 Sam. 2:18), ou même pour décrire la beauté physique (voir Esther 2:15-17).

Dans le Nouveau Testament, le mot « grâce » se rapporte plus souvent à la grâce ou à la faveur divine, et l’on comprend habituellement ce terme comme désignant l’attitude bienveillante qui prédispose Dieu à agir positivement envers les êtres humains. Le mot clé ici est ‘prédispose’. En d’autres termes, avant d’avoir fait quoi que soit, avant d’être beau et intelligent ou charmant ou même juste, avant d’avoir pu gagner quelque récompense ou mériter quelques bénédictions, avant tout ceci, Dieu est déjà prédisposé à mon égard. La grâce en ce sens n’est pas une chose que je peux susciter, manipuler, gagner, mériter, ou contrôler, car c’est un aspect préexistant de l’attitude de Dieu à mon égard. Avant que j’aie même pu lui répondre, il m’aimait déjà, il voulait déjà m’aider et il voulait déjà me voir réussir (Cf. 1 Jn 4:19) Par cette prédisposition à mon égard, Dieu m’accorde aussi des dons de temps en temps pour m’aider à réussir. Dans les Écritures ces dons sont quelquefois présentés comme étant la grâce de Dieu, puisque ce sont des symboles de sa prédisposition positive à mon égard.

Tout comme notre Père céleste, la plupart des parents sont prédisposés favorablement envers leurs enfants avant même qu’ils aient fait quoi que ce soit de méritant. Même lorsque tout ce que peut faire un enfant, c’est pleurer et mouiller ses couches, même dans ces circonstances, on peut être sûr que ses parents disposent d’un vaste réservoir d’amour et de soins et qu’ils se soucient de lui. Bien que les enfants consomment plus qu’ils ne produisent, la plupart des parents sont prédisposés à les traiter favorablement, ou en d’autres termes à leur accorder la grâce. C’est pourquoi ils font des choses pour leurs enfants qu’ils ne feraient pas pour des étrangers.

Quand il grandit, le « s’il te plaît » de l’enfant est un appel à la bienveillance et à la grâce de maman et papa. « S’il te plaît » n’est pas un argument, il n’avance aucune preuve que ce qui est demandé est juste ou mérité. Cela n’implique pas que l’objet en question ait été gagné. Il signifie simplement : « Faites le parce que vous m’aimez et que vous êtes prédisposés en ma faveur, ou faites le simplement parce que je le veux ou que j’en ai besoin, et que vous vous souciez de mes besoins et de mes désirs. Faites le en signe de votre grâce, pour exprimer votre affection envers moi. Faites le parce que je suis à vous et que vous êtes à moi ». L’expression espagnole « por favor » qui signifie « s’il te plaît » se traduit littéralement « par grâce » ou « par faveur » et exprime la véritable signification de la supplique « s’il te plaît ».

Théologiquement, la grâce de Dieu représente sa bienveillance à notre égard, sa prédisposition à agir au mieux de nos intérêts avant même d’avoir gagné ou mérité sa considération. Les saints des derniers jours comprennent que Dieu a exprimé de nombreuses façons sa grâce inconditionnelle envers ses enfants. Par exemple, Dieu a fait de nous ses enfants d’esprits dans la vie pré mortelle. Ce fut pour nous une grande bénédiction, alors que nous ne l’avions pas demandé, et qu’il n’y avait aucun moyen de mériter ou de gagner par avance le droit à devenir ses enfants. Dieu l’a fait parce qu’il avait le pouvoir de le faire et nous nous en sommes trouvés mieux après qu’il l’ait eu fait.

Notre naissance en tant qu’enfants d’esprits fut l’expression gratuite de la bienveillance du Père, de son souci et de son amour délibéré et sans exclusive à notre égard. C’est-cela la grâce pure. De plus, tout comme les parents aiment leurs petits enfants avant même qu’ils puissent le leur rendre, Dieu nous aime avant même que nous puissions l’aimer en retour, et encore moins « gagner » cet amour par notre bon comportement.

La grâce divine touche aussi et réclame les enfants morts avant l’âge de responsabilité (voir D&A 29:46 ; 137:10). Tout comme elle réclame les malades handicapés (voir D&A 29:50) et ceux qui sont véritablement ignorants des commandements de Dieu dans la mesure de leur ignorance (voir 2 Né. 9:25-26). Dans tous ces cas, Dieu est prédisposé à agir unilatéralement en leur faveur sans qu’il leur soit nécessaire de se qualifier pour mériter son attention. Ils sont sauvés par la grâce. Les saints des derniers jours croient aussi que c’est par la grâce divine que la postérité d’Adam ne supporte pas le poids du péché d’Adam (le péché originel) et que c’est là un acte unilatéral qui montre la bienveillance de Dieu (voir Moro. 8: 8) Ainsi, tous les hommes ressusciteront par la grâce de Dieu. Ces aspects de la grâce divine sont des dons que nous ne pouvons maîtriser ni mériter.

Néanmoins, on utilise quelques fois le terme de grâce dans un sens différent pour décrire une qualité remarquable et qui concerne le comportement. Quand on en parle dans ce sens, la faveur ou la grâce divine n’est pas une donnée préexistante, mais une chose que l’on doit rechercher, qui peut augmenter ou diminuer, ou même être complètement perdue en raison du comportement de l’individu. Ainsi, Pierre soutient dans 1 Pierre 5:5 que Dieu accorde sa grâce aux humbles (par opposition à ceux qui manquent d’humilité). Il exhorte aussi les croyants à « croître dans la grâce » (voir 2 Pierre 3:18) (Cf. Luc 2:52). Jean explique que les croyants reçoivent grâce sur grâce, ou en d’autres termes, ils reçoivent davantage de faveurs de la part de Dieu à chaque fois qu’ils réagissent positivement (gracieusement) aux grâces déjà obtenues (voir Jean 1:16 ; D&A 93:12, 19-20). Paul avertit même les Galates du danger à se laisser détourner de la grâce de JésusChrist à cause de leur folie (voir Gal. 1:6 ; 5:4).

Cette grâce qui vient en retour peut se développer (1 Pierre 1:2). Elle « abonde » en certaines circonstances, ou elle peut être reçue en « vain » (2 Cor. 6:11). On l’emploie dans le sens d’une récompense dans Luc 6:32, 34 (… quel gré vous en saura-t-on ?) et des remerciements que les hommes doivent à Dieu. Encore aujourd’hui, « dire les grâces » signifie offrir les remerciements dus à Dieu pour ses bénédictions. Ce genre de grâce sensible constitue aussi la nuance qui se trouve derrière la plupart des Écritures dans lesquelles on parle de trouver « grâce aux yeux » d’autrui (voir Gen. 19:19 ; 1 Sam. 20:3). Quand on emploie le terme « grâce » dans ce sens, en tant que grâce sensible, on voit comment on peut dire que quelqu’un a grandi de grâce en grâce pour arriver enfin à une « plénitude de grâce » (D&A 93:12, 19-20).

Nous voyons donc que certains aspects de la faveur ou de la grâce divine sont unilatéraux et sans condition préalable. Ces choses nous ont été accordées par Dieu sans tenir compte de notre comportement personnel. Ce sont des dons totalement désintéressés accordés à tous les humains à cause de son amour préexistant. Cependant, d’autres aspects de la faveur ou de la grâce divine sont soumis à conditions et sont susceptibles d’augmenter ou de diminuer, et même de disparaître totalement de nos vies en fonction de la façon dont nous les recevons. Néanmoins, dans les deux cas, l’amour et la grâce de Dieu sont déversés sur l’homme. L’amour et la grâce proviennent de lui, car c’est sa nature, et il fait le premier pas. Dieu nous aime, non pas parce que nous sommes si aimables qu’il ne peut s’empêcher de nous aimer, il nous aime parce que c’est dans sa nature d’aimer, parce que Dieu est amour (voir 1 Jean 4:8).

Sauvé par la grâce

La plus grande expression de l’amour et la grâce unilatérale et sans condition manifestée par Dieu se manifeste dans le don du Sauveur en faveur des pécheurs. « Car Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, afin que tous ceux qui croient ne périssent pas, mais qu’ils aient la vie éternelle » (Jean 3:16). L’expiation du Christ et le don de sa miséricorde sont pour nous, que nous soyons justes ou pas, que nous les méritions ou pas. Elles sont offertes tant pour le juste que pour le méchant (religieusement parlant). Tout le monde est invité à le recevoir. Cette solution pour résoudre tous les problèmes de l’humanité est offerte gratis (gracieusement). La justice n’exigeait pas que le Père fournisse un Sauveur, non plus que Jésus-Christ s’offre pour être ce Sauveur et souffre à notre place pour nous sauver. Lorsqu’il a vu notre faiblesse, le danger que nous courions, et la nécessité dans laquelle nous étions, son amour et sa compassion l’ont poussé à offrir son intervention, à se porter volontaire.

L’alliance de l’Évangile repose sur la grâce, l’expression de la bienveillance divine. Dieu n’était pas tenu de nous proposer cette nouvelle alliance, et le Christ n’était pas obligé de se porter volontaire. En tant qu’humains, nous n’avons pas mérité nigagné l’offre de la nouvelle alliance. C’est plutôt le contraire : l’alliance de l’Évangile était nécessaire en premier lieu à cause de notre désobéissance et de notre incapacité à garder les commandements. Nous ne l’avons pas gagné, nous en avions besoin. Pas de grâce, pas de volontaire, pas de volontaire, pas de sauveur, pas de sauveur, pas de salut. La conclusion est inévitable : nous sommes sauvés par la grâce.

Pour certaines raisons, les saints des derniers jours ne sont pas à l’aise avec la doctrine de la grâce. Je crois que c’est parce qu’ils ont été trop rebutés par les interprétations provenant de certaines confessions chrétiennes et ils en sont arrivés à rejeter le terme même ; ils ont jeté le bébé avec l’eau du bain. Cependant, étant donné le nombre d’Écritures des livres canoniques qui enseignent la grâce, nous ne pouvons nier la place centrale qu’elle occupe dans l’Évangile. Ainsi, voici ce que dit le Livre de Mormon : « …réconciliez vous avec la volonté de Dieu, et non avec la volonté du diable et de la chair ; et souvenez vous, lorsque vous serez réconciliés avec Dieu, que ce n’est que dans et par la grâce de Dieu que vous êtes sauvés. (2 Né. 10:24)

Car nous travaillons diligemment à écrire ; pour persuader nos enfants, et aussi nos frères, de croire au Christ et d’être réconciliés avec Dieu ; car nous savons que c’est par la grâce que nous sommes sauvés, après tout ce que nous pouvons faire. (2 Né. 25:23)

«Et si les hommes viennent à moi, je leur montrerai leur faiblesse. Je donne aux hommes de la faiblesse afin qu’ils soient humbles ; et ma grâce suffit à tous les hommes qui s’humilient devant moi ; car s’ils s ’humilient devant moi, et ont foi en moi, alors je rendrai fortes pour eux les choses qui sont faibles. » (Éther 12:27)

« Oui, venez au Christ et soyez rendus parfaits en lui, et refusez vous toute impiété ; et si vous vous refusez toute impiété et aimez Dieu de tout votre pouvoir,de toute votre pensée et de toute votre force, alors sa grâce vous suffit, afin que par sa grâce vous soyez parfaits dans le Christ ; et si, par la grâce de Dieu, vous êtes parfaits dans le Christ, vous ne pouvez en aucune façon nier le pouvoir de Dieu.

« Et en outre, si, par la grâce de Dieu, vous êtes parfaits dans le Christ et ne niez pas son pouvoir, alors vous êtes sanctifiés dans le Christ, par la grâce de Dieu, grâce à son effusion du sang du Christ, qui est dans l’alliance du père pour le pardon de vos péchés, afin que vous deveniez saints, sans taches. » (Moro. 10:32-33)

Pour les saints des derniers jours, la doctrine de la grâce n’implique pas que le salut ne vienne que d’elle seule, c’est à dire, sans participation dans une certaine mesure au processus, et cela ne signifie pas que le salut soit octroyé sans aucune condition. S’il en était ainsi, celui ci se résumerait à une chose qui nous tomberait du ciel, comme si l’on était frappé par un éclair ou si l’on gagnait à la loterie. Les saints des derniers jours ne croient pas que la grâce soit accordée d’une façon aléatoire ni qu’elle soit irrésistible, ou que le salut soit accordé unilatéralement de la part de Dieu (prédestination). Dieu peut être prédisposé en notre faveur, il peut placer à notre portée ce qui ne l’était pas, et il peut ôter tous les obstacles obstruant le chemin du salut, mais il ne nous obligera pas, une fois déblayé ,à prendre celui-ci, et il ne nous sauvera pas contre notre gré. L’alliance de l’Évangile est proposée gracieusement, mais c’est par choix librement consenti qu’on l’accepte.

Certains théologiens soutiennent que la grâce soumise à conditions verrait disparaître sa qualité en tant que grâce, mais je ne suis pas d’accord. Supposez qu’un être cher vous ait offert un voyage tous frais payé à Hawaii, et ce gratis (c’est à dire gracieusement) et qu’il vous ait demandé de répondre à l’invitation avant une certaine date. est-ce que la condition consistant à répondre affirmativement avant une certaine date diminue en quoi que ce soit la valeur de cet acte de gentillesse et sa gratuité motivé par l’amour ? Prétendriez vous qu’à partir du moment où vous auriez répondu affirmativement, votre parent vous devrait ce voyage, et que vous l’auriez en fait gagné en remplissant la seule condition exigée : accepter l’offre dans le délai prescrit ? Le fait que l’on admette qu’il s’agisse d’un cadeau et affirmer que l’on veut le recevoir transforme-t-il celui-ci en dû ?

Évidemment non, et de la même façon, Dieu, notre riche Parent céleste, nous offre son royaume gracieusement, en faisant à notre place ce que nous ne pouvons faire pour nous mêmes. Mais il exige aussi que nous reconnaissions et que nous acceptions l’offre par la foi en Christ, le repentir, le baptême, et la réception du Saint-Esprit. Alors, tant que nous gardons l’alliance de l’Évangile, la grâce de Jésus-Christ est suffisante « pour (lui) appartenir, pour (nous) sauver, et pour (nous) justifier ». Les Écritures sont claires : tant que nous respectons l’alliance,la grâce du Christ n’est pas simplement nécessaire, elle est suffisante pour notre salut (Voir Éther 12:27 ; Moro. 10:32-33).

Mais nous devons accepter cet accord. Lorsque nous acceptons le Christ et que nous faisons alliance avec lui, les exigences de la justice, qui représentent les exigences de la perfection dont nous ne jouissons pas, sont satisfaites par la grâce de Dieu, et nous sommes sauvés. C’est ainsi que les principes du salut de l’alliance évangélique nous sont offerts par faveur, gracieusement et avec bienveillance. Mais on peut toujours refuser la grâce. On peut résister à l’amour de Dieu et rejeter son alliance. Le Christ se tient à la porte et il frappe, mais il ne donne jamais de coups de pied dedans. C’est nous qui devons ouvrir la porte.

La foi ou les oeuvres ?

Pendant des siècles les théologiens ont discuté à perte de vue pour savoir si l’on était sauvé par la foi ou par les œuvres. On peut les renvoyer dos à dos, car ni la foi seule (considérée comme une simple croyance passive) ni les œuvres seules ne peuvent nous sauver. Le salut n’est viable que par l’alliance dans laquelle la foi et les œuvres jouent chacune leur rôle. Soutenir que le salut ne vient que par les œuvres seules, que nous pouvons être sauvés sans la grâce divine, insulte à la miséricorde de Dieu et est une moquerie envers le sacrifice que Jésus-Christ a subi en notre faveur. D’un autre côté, soutenir que le salut ne vient que de la croyance seule et que Dieu ne place aucune autre obligation sur le croyant, insulte à la justice divine et fait du Christ le serviteur du péché.

La conception de l’alliance dans les Écritures, accord entre les hommes et Dieu qui établit des obligations pour les deux parties et qui satisfait en même temps la justice et la miséricorde, élimine l’opposition entre la foi et les œuvres. En résumé, voici en quoi consiste l’accord : nous faisons ce que nous pouvons, et Jésus-Christ, l’objet de notre foi, fait ce que nous sommes incapables de faire grâce à son amour, sa miséricorde et sa grâce. Et nous devons croire qu’il le peut, nous devons croire le Christ.

Dans la parabole des talents, il importe peu de savoir que celui qui a cinq talents en a gagné cinq autres, alors que celui qui en a deux n’en gagne que deux de plus. Les efforts de l’un et de l’autre sont acceptés, bien que l’un ait plus de talents et ait donné plus de résultats que l’autre. En fait, celui qui n’avait qu’un talent aurait été accepté si seulement il avait fait ce qu’il avait pu, mais il n’a pas choisi d’essayer.

On trouve en de nombreux endroits dans les Écritures le terme de foi défini en tant qu’« engagement », incluant ainsi dans le seul mot de foi le sens de croyance et de comportement. Dans cette acception, on peut dire que nous sommes sauvés par la foi seule (c’est à dire grâce à un engagement total de notre croyance et de notre comportement)

Il est vrai que nos œuvres ne peuvent nous sauver, mais nous pouvons contribuer dans une certaine mesure aux efforts conjoints de notre partenaire. Nous devons faire quelque chose pour participer au partenariat, pour être dans l’alliance. Même si tous les efforts que nous faisons sont insuffisants pour nous sauver par nous mêmes, ils suffisent comme symbole de notre bonne foi à établir l’alliance avec notre Sauveur. Cette relation a pour finalité de lui appartenir, de (nous) sauver, et de (nous) justifier, cependant Dieu exige encore de nous notre participation. Sans notre accord et notre participation, le salut ne se résumerait qu’à de la prédestination et rien de plus, un accident aléatoire qui surviendrait arbitrairement à certains et pas aux autres.

Non, nous devons participer à notre salut dans la mesure de nos capacités. Après tout, il s’agit d’un partenariat, et l’associé minoritaire se doit de contribuer dans la mesure de ses moyens. Refuser cette participation revient à refuser l’idée même du partenariat. Deux personnes sur un tandem, peuvent ne pas faire les mêmes efforts, mais si le plus faible utilise cela comme excuse pour lever le pied et cesser de pédaler, alors l’arrangement cesse d’être un partenariat et cela devient de l’exploitation. Dans le langage de l’Évangile, cela s’appelle violer l’Alliance.

Essayer de faire de notre mieux pour garder les commandements et être semblables au Christ font partie de nos obligations dans le cadre de l’alliance, non parce que nous pouvons y arriver dans cette vie, mais parce que l’essai, notre engagement à essayer, démontre notre sincérité et notre fidélité envers l’alliance, c’est la déclaration de nos buts et de nos désirs. Nos essais courageux montrent que nous avons véritablement faim et soif de justice, même si nous n’y arrivons pas toujours. La foi consiste à vouloir toujours essayer, encore et toujours. Alors que la réussite ne fait pas partie des exigences de l’alliance de la foi, mes essais les plus sincères, eux, en font partie. L’alliance de l’Évangile exige cet effort de « bonne foi ».

Ainsi le vieux débat entre la foi et les œuvres représente une dichotomie et une alternative fausses. Quel que soit le bord que l’on choisisse, la foi seule ou les œuvres seules, le concept de l’alliance, du partenariat entre l’individu et Dieu est supprimé.

Résister à la grâce

Trop nombreux parmi nous se disent : « Quand j’y serai arrivé, quand je me serai perfectionné moi même, quand j’aurais réussi à devenir complètement juste ; alors je serai digne de l’Expiation. Alors le Christ pourra faire son œuvre et m’exalter. » Mais ceci n’arrivera jamais, car c’est mettre la charrue avant les bœufs. C’est comme si on disait : « Quand ma tumeur sera partie, j’appellerai le médecin. Je serai prêt à le recevoir à ce moment. » Ce n’est pas comme cela que ça marche en médecine ou dans l’Évangile. « Ce ne sont pas ceux qui sont en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais ceux qui sont malades » (Matt. 9:12)

Même un prophète aussi grand que Moïse apprit qu’il ne pouvait résister au pouvoir de Satan ni le rejeter tant qu’il ne fit pas appel au pouvoir de Dieu par le nom du Fils unique (voir Moïse 1:20,21). De même, Jean vit que ceux qui recevront le salut, la force et le royaume vainquent Satan par le sang de l’Agneau plus que par leurs efforts personnels (voir Apoc. 12:10).

J’ai la ferme conviction que dans la plupart des cas la croyance selon laquelle nous devons nous sauver nous mêmes grâce à nos bonnes œuvres n’est pas seulement de la mauvaise information, mais c’est mal. C’est mal tout d’abord parce que ce faisant on charge les gens d’un fardeau impossible à porter, le fardeau de la nécessité d’être parfait. À terme, ils vont se désespérer et vont abandonner. Ensuite, c’est mal parce que cela empêche les gens d’admettre qu’ils ont besoin d’un Sauveur et qu’il leur faut accepter les mérites et la miséricorde du saint Messie. Cela les empêche d’appréhender Jésus-Christ dans son rôle de Sauveur. Finalement, c’est mal parce que certaines personnes sont tout simplement trop arrogantes pour admettre leurs imperfections. Ils refusent de s’accepter comme pécheurs ou d’admettre qu’il existe des choses qu’ils ne peuvent faire tous seuls ; de tels cœurs ne seront jamais brisés, ils sont trop orgueilleux. Ces gens considèrent le Christ et son expiation comme de simples outils pratiques que l’on utilise pour se sauver soi même, comme le menuisier emploierait un marteau et des clés pour construire une maison. Ces sauveteurs amateurs s’attribuent tout le mérite de leur salut alors que c’est le Christ qui devrait en bénéficier. Le menuisier ne remercie pas le marteau.

Celui qui croit travailler à son propre salut n’a pas l’humilité nécessaire pour recevoir la purification par l’expiation du Christ :

« Il s’offre en sacrifice pour le péché, pour satisfaire aux exigences de la loi, pour tous ceux qui ont le cœur brisé et l’esprit contrit ; et il ne peut être satisfait aux exigences de la loi pour personne d’autre. » (2 Né. 2:7).

C’est précisément le point que le Sauveur souligne dans la parabole du pharisien et du péager (voir Luc 18:9-14). Le pharisien faisait partie de ces personnes qui « se persuadaient par elles mêmes d’être justes » (verset 9). Le péager, quant à lui, ne gardait pas les commandements de Dieu aussi bien que le pharisien, mais il le savait, et il en avait le cœur brisé. Beaucoup de personnes qui lisent cette parabole voudraient voir un hypocrite dans le pharisien, mais le texte ne suggère rien de cela. Le pharisien faisait véritablement tout ce qu'il devait faire, il en était fier et en retirait un sentiment de supériorité, alors que le péager n’était pas dans ce cas. Mais là n’est pas le point important.

Cette parabole ne traite pas de l’hypocrisie, elle traite de l’orgueil ; selon des normes humaines objectives, en terme de nombre et de fréquence de règles respectées, le pharisien était vraiment le plus juste des deux. Dans Philippiens 2:12 (« travaillez à votre salut avec crainte et tremblement ») Paul n’a pas enseigné que l’on pouvait se sauver soi-même. Lui plus que tout autre connaissait plus sur ce point. Il veut dire plutôt, comme le verset suivant l’explique clairement, que pendant que nous accomplissons l’œuvre, Dieu est-celui qui opère en nous, avec nous, et par nous pour désirer et accomplir le but commun de notre salut. Nos œuvres et la grâce divine sont également nécessaires ! Cependant, selon le Sauveur : « Je vous le dis, celui ci [le péager] descendit dans sa maison, justifié, plutôt que l’autre [le pharisien] » (verset 14).

Je crains que, tout comme le pharisien de la parabole, certains parmi nous relativement bons à garder les règles ne se persuadent de leur justice. Ces gens sont exagérément fiers de leur propre bonté ; ils s’exaltent eux mêmes. Mais quand nous nous enorgueillissons de notre bonté au lieu de nous humilier devant notre imperfection (cf. 2 Né. 4:17-19), notre cœur n’est pas brisé, et notre esprit n’est pas contrit.

Je me souviens d’un missionnaire que nous avons connu dans l’est des États Unis qui ne pouvait simplement pas être enseigné sur ce sujet. Il a dit une fois : « Il est évident que je peux me rendre parfait. C’est la différence entre les saints des derniers jours et les autres chrétiens. Ils croient qu’ils sont sauvés par la grâce, que Dieu leur présente tout sur un plateau d’argent, et nous, nous savons que nous devons le faire nous mêmes. Je suis déjà très bon dans ce que je fais actuellement, et j’ai confiance que je serais arrivé à la perfection aux environs de trente ans. » Il doit avoir dans les trente ans maintenant. Je me suis souvent demandé comment il allait.

Quel mérite nous permet d’entrer dans le royaume ? Quelles bonnes œuvres nous rendent parfaits ? Ces Écritures propres aux saints des derniers jours sont claires à ce sujet. :

« Et puisque l’homme était déchu, il ne pouvait rien mériter par lui même ; mais les souffrances et la mort du Christ expient ses péchés, par la foi et le repentir, et ainsi de suite. (Alma 22:14)

« Et je remercie aussi mon Dieu, oui, mon grand Dieu, de ce qu’il nous a accordé de nous en repentir, et aussi de ce qu’il nous a pardonné les nombreux péchés et meurtres que nous avons commis, et a ôté la culpabilité de notre cœur par les mérites de son Fils. » (Alma 24:10) « …se reposant uniquement sur les mérites du Christ, qui était l’auteur et le consommateur de leur foi (Moro. 6:4)… « pour qu’ils connaissent les promesses du Seigneur, qu’ils croient en l’Évangile, placent leur confiance dans les mérites de Jésus-Christ, soient glorifiés par la foi en son nom, et sauvés par leur repentir ». (D&A 3:20)

Ceux qui envisagent d’entrer dans le royaume de Dieu par leurs propres mérites ne comprennent pas encore comment on arrive à la perfection et à qui doivent être attribués les mérites. Ils se glorifient de leurs efforts et s’attribuent le rôle de sauveur. Le prophète Zenock nous avertit dans le Livre de Mormon que nous risquons d’encourir la colère de Dieu si nous n’apprécions pas sa grâce et sa miséricorde : « …tu es en colère, ô Seigneur, contre ce peuple, parce qu’il ne veut pas comprendre la miséricorde que tu lui as accordée à cause de ton Fils. » (Alma 33:16)

L’archétype de ceux qui veulent s’exalter et s’accorder tous les mérites pour ce que seul le Sauveur peut accomplir est évidemment Satan. Dans Moïse 4:1 on nous dit que Satan insista : « je le ferais certainement ; c’est pourquoi donne-moi ton honneur ». J’oserais dire que ceux qui ne se rendent pas compte de leur totale dépendance envers le Sauveur et qui insistent à vouloir travailler à leur propre salut sont coupables de cette même attitude satanique. Il vaut mieux être le péager pécheur qui se repose humblement sur la miséricorde de Dieu que d’être le pharisien qui se persuadait de sa justice en s’appuyant sur ses bonnes œuvres pour se sauver, car le précédent a au moins appris qu’il a besoin du Sauveur et qu’il est prêt à l’accepter et à se repentir, alors que le dernier ne l’est pas (évidemment, une autre possibilité serait de combiner le cœur brisé et l’humilité du péager avec l’obéissance du pharisien).

« Mon joug est léger »

Certains rejettent l’idée de la grâce parce qu’elle leur semble trop facile. Ils veulent que le salut soit plus difficile. Il existe un certain confort à se dire : « Le salut est si difficile à atteindre que je ne peux vraiment pas y arriver, alors je n’ai pas vraiment besoin d’essayer. » Cette attitude fournit une excuse facile pour ne pas essayer du tout. Cela me rappelle un peu cette jeune femme qui refusait systématiquement les demandes de rendez vous d’un homme qui tout aussi systématiquement lui démolissait ses excuses les unes après les autres. Finalement, elle fut forcée d’admettre la vérité : « Ecoute, je suis à bout d’argument, alors je vais te le dire carrément. Je ne veux pas sortir avec toi. »

Certains d’entre nous utilisent de semblables tactiques évasives avec le Seigneur lorsqu’il nous invite à entrer dans son royaume. Nous présentons une excuse après l’autre pour expliquer pourquoi nous ne pouvons entrer dans le royaume. Mais la grâce divine, qui a ôté tous les obstacles et déblayé le chemin, élimine toutes nos excuses. Par sa grâce, tous les problèmes peuvent être surmontés, toutes les circonstances peuvent être réglées, tout le monde peut être sauvé, à la seule condition que nous désirions véritablement le royaume. Nous disons :

« Je voudrais vraiment venir avec toi, mais je ne peux observer tel ou tel commandement tout le temps,’ et lui nous répond : « Peux-tu le garder quatre-vingt-dix pour cent du temps (ou quatre-vingts ou soixante-dix) ? Alors, commence à ce niveau, et nous y travaillerons ensemble  !  » Finalement, face à tout ce que Dieu a fait et veut faire pour nous, après avoirdéblayé tous les obstacles et que nous soyons face à une porte ouverte, soit nous disons : « Oui, je veux venir avec toi » ou « Écoute, je suis à bout d’arguments, alors je vais te le dire carrément. Je ne veux pas sortir avec toi. » Personne ne peut se défiler en disant : » je voudrais bien venir, mais je ne peux pas ». La grâce a supprimé toutes les excuses sauf une : » je ne veux simplement pas venir, je préfère mes péchés au royaume ».

Quand j’entends quelqu’un se plaindre que la doctrine de la grâce rend les choses trop faciles, je pense à l’occasion où le Seigneur a essayé de montrer sa grâce, son mérite, et sa miséricorde envers Isra ël lorsque celui ci a péché dans le désert : « Et il les a corrigés dans le désert avec sa verge, parce qu’ils s’endurcissaient le cœur comme vous ;et le Seigneur les a corrigés à cause de leur iniquité. Il a envoyé parmi eux des serpents brûlants qui volaient ; et lorsqu’ils ont été mordus, il a préparé un moyen pour qu’ils soient guéris ; et tout l’effort qu’ils avaient à faire était de regarder ; et à cause de la simplicité du moyen, ou de sa facilité, il y en a eu beaucoup qui ont péri. » (1 Né. 17:41 ; cf. Nom. 21:4 9 ; Alma 33:20)

J’ai peur qu’aujourd’hui dans l’Église nous en ayons de semblables qui vont périr plutôt que d’accepter la grâce de Dieu parce que cela leur semble trop facile. Ils ne vont pas croire le Christ. Mais comme le disait Alma à son fils Helaman : « Ô mon fils, ne soyons pas paresseux à cause de la facilité du chemin ; car il en fut ainsi pour nos pères ; car il était préparé pour eux de telle sorte que, s’ils regardaient, ils pourraient vivre ; de même en est-il pour nous. Le chemin est préparé, et si nous regardons, nous pouvons vivre à jamais. » (Alma 37:46)

L’histoire de Naaman le lépreux dans l’Ancien Testament nous prévient aussi d’éviter de mépriser la simple miséricorde divine. Naaman s’en alla voir le prophète Élisée, voulant être guéri et il s’attendait à ce que les soins fussent difficiles et coûteux. Lorsqu’Élisée lui dit d’aller se baigner dans le Jourdain sept fois, « il s’en retourna en colère » (2 Rois 5:12), se sentant insulté, rejeté et dégoûté par une prescription aussi simple. Heureusement ses serviteurs purent le convaincre d’essayer ce remède « trop facile ». « …Si le prophète t’eût demandé quelque chose de difficile, ne l’aurais tu pas fait ? Combien plus doistu faire ce qu’il t’a dit : lave-toi et tu seras pur. » (2 Rois 5:1-3)

Naaman s’humilia, fit la chose simple qu’on lui demandait et fut guéri. Naaman dans sa colère était-il si différent de ceux qui de nos jours pensent que les eaux du baptême et la grâce de Dieu sont trop faciles pour nous purifier de nos péchés ? Lorsque Pierre a dit : « Éloigne-toi de moi, car je suis un homme pécheur, ô, Seigneur », il disait probablement la vérité. Mais apparemment, Jésus lui a trouvé quelque utilité.

Mon collègue Léon Hartshorn raconte cette histoire poignante sur la façon dont la croyance de son père en Christ a évolué :

Mon père était un brave homme. Il s’était bien occupé de ma mère pendant des années alors qu’elle était malade avant de décéder. Il enseigna à ses enfants à être honnêtes et justes. Il a toujours payé sa dîme, mais il n’allait pas à l’Église. Mon père avait travaillé à la mine pendant une grande partie de sa vie, dans un environnement qui n’invitait en général pas l’Esprit de Dieu, et c’est peut être pour cette raison qu’il pensait qu’il n’aurait pas pu être pleinement pratiquant et jouir de toutes les bénédictions d’une vie active dans l’Évangile.

J’étais marié depuis deux ou trois ans lorsque je retournai le voir chez lui. Alors que nous étions assis ensemble, il me dit : « Fils, j’ai fait un rêve. J’ai rêvé que je me tenais au bord d’une falaise, et que le Sauveur s’approchait de moi à cheval. Il avait une corde attachée à la selle et enroulée autour du pommeau de la selle. Il m’a tendu la corde et m’a dit : « Bob, je veux que tu me descendes avec mon cheval le long de la falaise ». Je lui répondis que c’était impossible ; qu’il était impossible pour un homme de descendre un cheval et son cavalier le long d’une falaise. Il répondit « Bob, descends- moi avec mon cheval le long de la falaise ». Alors, j’ai pris le bout de la corde et je les ai descendus au bas de la falaise. À ma grande surprise, ce n’était pas du tout difficile. Lorsque le cheval et son cavalier furent arrivés au bas de la falaise, il regarda vers le haut et dit : « Bob, envoie la corde. » Je la laissai tomber, et il la réenroula autour du pommeau de la selle. Alors, me regardant du bas de la falaise, il me dit simplement : « Bob, c’est aussi simple que cela de vivre mes commandements si tu veux essayer. » C’était une leçon que mon père pouvait comprendre, une leçon enseignée dans son vocabulaire de chevaux, de cavaliers, de selles et de cordes. À la suite de cela il essaya de faire tout ce qu’on lui demanda dans l’Église et fut très pratiquant durant les vingt-cinq dernières années de sa vie.

Les fruits de la grâce

La grâce du Christ a le pouvoir de convertir les cœurs contrits si l’on reconnaît humblement que l’on dépend d’elle et de la miséricorde. J’ai connu un membre de l’Église dont le sens de la justice était si fort qu’il était dans l’incapacité d’accepter l’expiation du Christ, encore qu’il ne s’en rendait pas compte à l’époque. C‘était un homme vraiment très dur, avec sa femme, ses enfants, dur avec ses amis et ses voisins, et surtout dur avec lui même. Il n’était jamais véritablement injuste, mais il ne pardonnait jamais et n’oubliait jamais. Il luttait pour obtenir la perfection absolue dans tout ce qu’il faisait, et il ne tolérait absolument aucun échec de qui que ce soit. À ses yeux, ‘une honnête tentative’ ou ‘un effort courageux’ n’était que des euphémismes pour le mot échec, et que le ciel vienne en aide à sa femme ou à ses enfants s’ils ne satisfaisaient pas ses attentes ! Il faut dire honnêtement que cet homme n’avait jamais demandé qu’on lui fasse une fleur, et il n’en avait jamais fait lui non plus. Pour lui, l’idée selon laquelle on peut être pardonné de nos péchés à cause de ce que le Christ a fait et par conséquent, échapper totalement au châtiment d’une juste punition lui semblait trop facile. Il définissait sarcastiquement la doctrine du terme de « grâce facile » parce qu’il avait l’impression que celle-ci permettait aux gens qui méritaient d’être punis de se libérer de l’hameçon.

Après plusieurs années d’amitié, je découvris que cet homme cachait un grand secret, un terrible péché qui datait de loin pour lequel il n’arrivait pas à se pardonner. Dans son esprit, ce péché était si horrible que la justice l’empêcherait d’entrer dans le royaume de Dieu pour l’éternité. Il était totalement désespéré, et dans sa résignation absolue envers ce qu’il considérait un juste sort, il était devenu dur, froid et mort. La haine et la rage qu’il ressentait envers son imperfection montaient en spirale pour aspirer tous ceux qu’il connaissait susceptibles de montrer des signes d’imperfection.

Nous parlions un jour de la loi de la justice et je fus d’accord pour admettre qu’il avait sans doute raison : qu’elle lui claquerait probablement la porte du royaume à la figure. Mais je lui fis remarquer que la miséricorde pouvait ouvrir des portes là où la justice en était incapable. C’est alors que je fis un pari et que je lui dis que je ne croyais pas que sa fixation sur la justice fut motivée par la douleur et la culpabilité, comme il le prétendait, mais plutôt par l’orgueil. Il ne pouvait tolérer l’idée qu’il était comme les autres hommes. Il ne pouvait tolérer l’idée qu’il avait besoin d’aide, et qu’il ne pouvait s’abaisser pour en demander. Il était prêt à admettre le fait que d’autres pouvaient être spirituellement en décalage, mais qu’il ne put se sauver lui même, qu’il eut besoin de l’aide d’autrui, c’était tout simplement monstrueux, trop grotesque à considérer. Son orgueil ne pouvait se le permettre.. C’est pourquoi il rejetait la miséricorde, même si il ne pouvait satisfaire la justice. En conséquence, son cœur ne s’était pas brisé sous le poids du péché, il s’était endurci. Il aurait préféré être damné par la justice plutôt que de faire appel à la miséricorde divine.

Au début, il fut scandalisé par ce que je lui dis, et pendant un temps notre amitié fut ébranlée. Mais petit à petit il se rendit compte que son rejet du concept de la miséricorde revenait à rejeter le Christ. Finalement, il me dit un jour : « C’est vraiment cela. Je suis tout simplement trop orgueilleux pour admettre ma faiblesse et demander de l’aide. Je ne veux pas admettre mon imperfection, même à moi même, encore moins à l’évêque ou à Dieu. Mon orgueil me pousserait plutôt à aller en enfer pour m’acquitter de la totalité de la punition plutôt que de m’humilier et de rechercher la miséricorde divine. » Il se décida finalement à aller voir son évêque et, avec un courage immense, confessa un péché soigneusement caché pendant des décennies. Et alors qu’il s’humiliait et recherchait la miséricorde au lieu de la justice, une chose merveilleuse se passa. Quand il vit qu’il était pardonné par la grâce d’une tierce personne, et qu’il réalisa ce qui avait été fait pour lui gratuitement, quand il se rendit compte du soulagement incroyable qu’il lui avait été octroyé gratis, il commença à se comporter avec patience, miséricorde et pardon avec ceux qui l’entouraient. Ce n’était plus un homme dur.

— Mais pourquoi ferais-tu cela pour moi ?
— Parce que je t’aime.
— Mais ce n’est pas juste.
— C’est vrai, ce n’est pas juste du tout, c’est miséricordieux. Après tout, c’est un cadeau.
— Mais comment est-il possible de mériter un tel cadeau ?
— Ne sois pas sot.Tu ne peux le mériter. Tu ne le mérites pas. Je te fais ce don parce que je t’aime et que je veux t’aider, et non parce que je te le dois.
— Mais,comment pourrais-je te rembourser ?
— Ça recommence. Tu ne comprends toujours pas ? Tu ne peux me rembourser, ni toi ni toutes les multitudes de tes semblables. Des dons de cette grandeur ne peuvent être remboursés. Tu ne peux que m’aimer en retour de ce que j’ai fait par amour pour toi, et chercher à devenir ce que je suis : un dispensateur de dons généreux.

Et ça, c’est la bonne nouvelle.


INCOMPRÉHENSION DE LA DOCTRINE DE LA GRÂCE

On peut mal interpréter la doctrine de la grâce et même la déformer de multiples façons. Une des plus graves altérations consiste à prétendre que je n’ai plus besoin de travailler aussi dur puisque le Christ va accomplir tout ce que je ne peux faire dans le cadre de l’alliance. Je peux me détendre et laisser Jésus faire tout pour moi ; je peux me contenter de faire un effort symbolique, continuer à jouir de mes péchés favoris, tout en espérant être « sauvé par la grâce ».

L’apôtre Paul se trouva confronté dans l’Église primitive à ceux qui pensaient que la grâce devait être une autorisation ou une protection permettant de continuer à pécher : « Quoi donc ! Pécherions nous, parce que nous ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce ? Certes non ! Ne savez-vous pas que si vous vous livrez à quelqu’un comme esclaves pour lui obéir, vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du péché qui conduit à la mort, soit de l’obéissance qui conduit à la justice ? » (Rom. 6:15-16)

Cette fausse doctrine du salut par la grâce sans engagement ni loyauté viole les termes de l’alliance évangélique en demandant à Jésus de faire pour moi ce que je pourrais très bien faire tout seul, mais que je ne suis pas disposé à faire. N’importe qui peut affirmer qu’il fait de son mieux et prétendre qu’il est justifié par la foi en Christ et qu’il jouit de la compagnie du Saint-Esprit, alors qu’en fait il reste obstinément engoncé dans ses péchés. Seul Dieu sait qu’il ment. Je voudrais pouvoir proposer un test pour faire la différence entre les honnêtes gens qui font ce qu’ils peuvent et ceux qui voudraient qu’on les porte quand ils pourraient marcher, mais je ne sais pas comment faire. Je suis heureux que Dieu puisse le faire.

Il est sûr que ceux qui disent : « Je fais du mieux que je peux mais qui violent sciemment les commandements ont besoin d’apprendre la différence entre vouloir la justice et souhaiter vouloir la justice. Bien que Dieu accepte les intentions et les désirs justes en lieu et place d’une performance parfaite, il ne veut pas être payé en monnaie de singe. Il n’acceptera pas de simples vœux à la place d’intentions et de désirs justes. Cette attitude n’est pas de l’engagement. Ce n’est pas de la fidélité. Elle ne satisfait pas aux obligations de l’alliance évangélique et ne suscite aucune promesse. Dans ces cas, ces individus n’ont pas réellement faim et soif de justice, mais ils ont faim et soif de péché, et ils s’attendent à ce que Jésus tolère ce comportement ou même éventuellement qu’il le soutienne. Ils ont brisé leur alliance. Doctrine et Alliance 50:7-8 dit : « Voici, en vérité, je vous le dis, il y a parmi vous des hypocrites, et certains ont été trompés par eux… mais les hypocrites seront démasqués et retranchés, soit dans la vie, soit dans la mort, comme je le veux. »

Ceux qui commettent l’erreur doctrinale et morale de ne pas vouloir faire ce qu’ils peuvent cherchent à être sauvés dans leurs péchés plutôt que de leurs péchés. Cela ne se peut. Il y a une grande différence entre considérer mes péchés comme des ennemis desquels j’essaie avec difficulté de m’échapper et les considérer comme de vieux amis sympas que j’ai répugnance à abandonner. Il y a une différence entre être incapable de vaincre mes péchés tout de suite, auquel cas l’alliance me promet de l’espoir, et ne pas vouloir même essayer, auquel cas je reste soumis à la justice. L’alliance offre la grâce et le pardon si l’on montre une attitude de repentance continuelle aussi bien à ceux qui essaient et réussissent qu’à ceux qui essaient, mais faillissent et essaient de nouveau. Mais, il n’y aura pas de pardon pour ceux qui ne veulent pas essayer, ou qui abandonnent après une ou deux tentatives.

La grâce « facile »

Un jour je faisais un discours sur un sujet sur la grâce dans une petite ville du Nevada. J’expliquais que la perfection n’était pas requise de nous immédiatement, mais que nous étions dans l’obligation de faire tout ce que nous pouvions et que le Sauveur avait promis de faire le reste. Après le discours, on est venu me voir pour me dire : « Dr Robinson, savez vous ce que cela signifie ? Cela signifie que je n’ai pas à mettre mes pêches en conserve cette année ! » À ce moment, un rire général éclata, mais quand il se calma, je répondis : « Oh non, mon ami, vous m’avez mal compris. Ce n’est pas du tout ce que cela veut dire. Si vous croyez vraiment que Dieu attend de vous que vous mettiez vos pêches en conserve (et c’est une proposition que l’on peut discuter), alors vous devez faire le maximum qui est en votre pouvoir. Cette doctrine signifie simplement que vous n’avez pas à vous sentir coupable ou vous faire du souci pour les pêches que vous ne pouvez mettre en conserve. »

Ce n’est pas la doctrine de la grâce « facile ». On ne peut concevoir d’abandonner ou de renoncer à une vertu quelconque que l’on possédait avant d’entrer dans l’alliance sans violer celle-ci. L’alliance évangélique n’est pas une excuse pour travailler en deçà de nos capacités. L’alliance exige plus que simplement souhaiter être meilleur ; nous devons véritablement faire tout ce qui est en notre pouvoir. Bien que la perfection ne soit pas requise de nous dans l’immédiat, il est requis que nous fassions tout ce que nous pouvons. La bonne nouvelle c’est que Dieu n’exigera pas de nous plus que ce que nous pouvons faire au mieux de nos compétences ; la mauvaise nouvelle c’est qu’il n’en acceptera pas moins.

En fait, la grâce « facile » n’existe pas parce que le partenariat avec le Christ n’est pas facile, il fait appel au meilleur de nous-mêmes. Il exige notre loyauté, que nous servions Dieu de tout notre cœur, de tout notre pouvoir, de toute notre pensée et de toute notre force. Il exige que nous nous repentions continuellement et que nous soyons toujours engagés. De plus il n’offre aucune preuve ni aucune garantie en dehors du témoignage personnel de l’Esprit qu’il peut faire ce qu’il promet. Au contraire, il nous demande de lui faire confiance, d’accepter ce qu’il dit par la foi.

La loi actuelle du salut temporel (le programme d’entraide) fonctionne selon les mêmes termes que sa contrepartie spirituelle. Il est exigé de ceux qui ont besoin d’aide matérielle qu’ils contribuent selon leurs moyens. Il leur est demandé d’utiliser toutes leurs ressources, importantes ou non. Alors, par l’intermédiaire de l’Église et de ses membres, le Seigneur ajoute tout ce qui est nécessaire. Lorsqu’il est bien géré, le programme d’entraide est un partenariat qui répond aux besoins honnêtes de l’individu tout en lui demandant de faire du mieux qu’il peut. De plus, ce programme prévoit que des progrès soient accomplis, et il vise à terme à ce que l’individu devienne autosuffisant.

Le principe du bien être spirituel n’est pas différent. En démontrant notre bonne foi en faisant tout ce que nous pouvons et en consacrant toutes nos ressources au bien commun, la grâce divine et l’expiation du Christ suffisent à combler tous nos besoins, mais l’alliance exige que nous déployions tous nos efforts, suppose que des progrès soient accomplis, et vise à terme, en ce qui concerne la justice, à ce que nous devenions autosuffisants.

Les superlatifs de l’Évangile

Une autre distorsion de la doctrine de la grâce, peut être moins grave que la grâce « facile » mais, je pense, plus répandue dans l’Église, est de considérer que le Sauveur nous accorde sa grâce seulement après que nous ayons fait tout ce que nous pouvions faire. Il s’en suit qu’étant donné que personne ne fait en réalité tout ce qui, théoriquement, est possible, personne ne peut être véritablement digne de la grâce non plus. Voici comment fonctionne cette fausse logique :

1. La grâce et la miséricorde ne sont accordées qu’à ceux qui en sont dignes, et seulement après avoir prouvé leur dignité.

2. Seuls ceux qui gardent continuellement tous les commandements divins sont véritablement dignes.

3. Comme je ne peux garder continuellement tous les commandements, donc, je ne suis pas véritablement digne et je ne peux m’attendre à recevoir la grâce et la miséricorde.

Ce genre de raisonnement est simplement l’ancienne exigence d’une perfection totale qui essaie de se glisser par la porte de service de l’Église sous un déguisement évangélique, et qui méprise l’expiation du Christ en insistant sur le fait que nous devons nous perfectionner et nous sauver avant que le Christ puisse le faire, que nous devons d’abord nous guérir avant d’appeler le médecin. Cette logique interdit au Christ de ne jamais sauver personne. Malheureusement, quelques fois, même les personnes versées dans les Écritures veulent limiter leur conception de la grâce à ce niveau sans se rendre compte que, sur le long terme, celle-ci transforme la doctrine de la grâce en doctrine du salut par les œuvres. Tout comme la miséricorde n’est pas la miséricorde si elle est méritée, la grâce n’est pas la grâce si nous la gagnons.

Il existe un grand nombre de superlatifs dans les Écritures et l’Église exhorte les saints et décrit leurs obligations : de tout notre cœur, notre plus profond désir, nos efforts les plus sincères, après tout ce que nous pouvons faire, toujours, tous, jamais, etc. Nous devons nous souvenir que ces termes appliqués à des mortels ne sont que des ambitions, c’est à dire, qu’ils définissent nos désirs et déterminent nos buts, que dans chaque cas, les circonstances dans lesquelles se trouve l’individu déterminent ce que « tout » le meilleur ou « le plus grand » signifie et que « jamais» tous ou « toujours » ne sont que des objectifs à atteindre avec l’aide du Christ et par son expiation. « Après tout ce que nous pouvons faire ».

À mon avis, une partie du blâme quant à notre mauvaise application des superlatifs évangéliques et autres raisonnements obsédants vient de la mauvaise compréhension de 2 Néphi 25:23 : « Car nous travaillons diligemment à écrire, pour persuader nos enfants, et aussi nos frères, de croire au Christ et d’être réconciliés avec Dieu ; car nous savons que c’est par la grâce que nous sommes sauvés après tout ce que nous pouvons faire. »

À première vue, on pourrait penser que la grâce nous est accordée chronologiquement après avoir accompli tout ce que nous pouvons faire, mais on peut démontrer que c’est faux, car nous avons déjà reçu de nombreuses manifestations de la grâce de Dieu bien avant que nous en soyons à ce point. C’est par sa grâce que nous respirons. C’est par sa grâce que nos parents célestes nous ont spirituellement engendrés et que nous jouissons d’une espérance divine. C’est par la grâce qu’un plan fut préparé et qu’un Sauveur fut désigné pour racheter l’humanité suite à la chute d’Adam et Ève. C’est par la grâce que la bonne nouvelle de l’Évangile nous est donnée pour nous montrer nos possibilités éternelles. C’est par la grâce que nous avons le libre arbitre qui nous permet d’accepter l’Évangile lorsque nous l’entendons. C’est par la grâce qui vient de la foi en Christ que nous commençons le processus du repentir, et c’est par la grâce que nous sommes justifiés et que nous appartenons au royaume de Dieu bien que ce processus ne soit pas terminé. La grâce de Dieu a fait partie de notre progression spirituelle dès le début et le sera jusqu’à la fin.

C’est pourquoi considérer la grâce divine comme une cerise sur le gâteau qu’on placerait au dernier moment ou comme la simple touche finale à tout ce que nous avons déjà accompli de nous-mêmes sans l’aide de Dieu la déprécierait. Il serait plus juste de considérer l’inverse  : nos efforts sont la cerise sur le gâteau que Dieu nous a déjà donné.

En fait, je considère que la préposition « après » dans 2 Néphi 25:23 est une préposition de séparation plutôt qu’une préposition de temps. Elle indique une séparation logique plutôt qu’une séquence dans le temps. Nous sommes sauvés par la grâce « en dehors de ce que nous pouvons faire » ou « nonobstant tout ce que nous pouvons faire ou encore « sans tenir compte de ce que nous pouvons faire ». Une autre paraphrase de ce verset pourrait être celle-ci : « Ce n’est que par la grâce que nous sommes sauvés, après que tout soit dit et accompli ».

De plus, même l’expression « tout ce que nous pouvons faire » est susceptible d’avoir une interprétation négative qui désignerait toute bonne action isolée que nous aurions pu éventuellement accomplir. C’est absurde. Si la grâce ne fonctionnait que dans ces cas, personne ne pourrait être sauvé, pas même le meilleur d’entre nous. C’est précisément parce que nous ne faisons pas toujours tout ce que nous pourrions faire que nous avons tout d’abord besoin d’un sauveur, et qu’il est évident que nous ne pouvons pas considérer tout ce que nous avons accompli comme une condition suffisante pour obtenir la grâce et être sauvés ! Je crois que nous devons insister dans 2 Néphi 25:23 sur « tout ce que nous pouvons faire » en opposition avec tout ce que lui peut faire ». De plus, « tout ce que nous pouvons faire » ici doit probablement être compris dans le sens de « quoi que nous fassions ».

Ainsi, le sens correct de 2 Néphi 25:23 serait que quels que soient nos efforts, en fin de compte c’est par la grâce que nous serons sauvés. La grâce n’est pas simplement une touche décorative, la finition du couronnement de nos efforts personnels, c’est la participation de Dieu dans le processus de notre salut du début à la fin. Bien que je doive être intimement engagé dans le processus de mon salut, à terme, le succès de cette aventure dépend totalement de la grâce du Christ.

Mais quand en aurai-je fait assez ?

J’ai un ami qui se pose toujours la question à ce propos : « Mais quand est-ce que j’en aurai fait assez ? Comment saurais-je que j’ai réussi ? » Il pose la mauvaise question, ce qui montre qu’il ne comprend pas la doctrine de la grâce. La bonne question c’est : « Quand mon offrande est-elle acceptable aux yeux du Seigneur ? À quel moment mes efforts sont-ils acceptés ? » Voyez-vous, la réponse à la question précédente : « Quand est-ce que j’en aurais fait assez » est : « Jamais dans cette vie ». Puisque la perfection est l’objectif, le Seigneur ne peut jamais approuver sans condition une performance imparfaite. Peu importe ce que nous faisons ici-bas, peu importe la qualité de notre performance, l’exigence pour faire mieux, la pression pour s’améliorer ne cessera jamais. On n’est pas encore arrivé.

Nous ne sommes pas des serviteurs rentables ici bas, ou pour employer un terme plus moderne, nous sommes de mauvais investissements (voir, par exemple, Luc 17:10 ; Mosiah 2:21). Du point de vue du Sauveur, même le plus juste d’entre nous coûte plus cher à sauver et à maintenir en vie que ce qu’il peut rapporter en retour. Alors si nous cherchons à ce que le Seigneur nous dise : « OK, tu en as fait assez, tu as rempli ton contrat, tu as réussi, tu peux te détendre ». Nous risquons d’être déçus. Même si nous déployons tous nos efforts, nous devons accepter le fait que jamais dans cette vie, nous n’atteindrons le point d’équilibre. Nous sommes tous des serviteurs non rentables portés sur le dos du Sauveur parce qu’il le veut bien, par sa grâce.

Cependant, le Seigneur nous dit : « Étant donné les circonstances présentes et ton degré de maturité actuel, tu fais un travail acceptable convenable. Évidemment ce n’est pas parfait, mais tes efforts sont acceptables pour le moment. Je suis satisfait de ce que tu as fait. » Nous pouvons ne pas être des serviteurs rentables au sens strict du terme, mais nous pouvons encore être de bons et fidèles serviteurs dans cette acception limitée. Aussi si nous faisons ce qui peut être raisonnablement attendu d’un disciple loyal dans les circonstances du moment, alors nous pouvons avoir foi que notre offrande est acceptée par la grâce de Dieu. Il est clair que nous ne sommes pas rentables, personne d’entre nous. Mais dans le cadre de l’alliance, nos essais sincères sont acceptables pour le moment.

En fait, il existe une façon de savoir si nos efforts sont acceptables, que notre alliance est reconnue et validée aux yeux de Dieu. Si nous utilisons les dons de l’Esprit ou l’influence du Saint-Esprit, nous pouvons savoir que nous sommes dans le cadre de l’alliance, car les dons et la compagnie du Saint-Esprit sont donnés à nul autre. C’est une des raisons pour lesquelles le Saint-Esprit est donné : comme symbole et garantie de notre statut dans l’alliance et comme paiement comptant des bénédictions et de la gloire à venir si nous sommes fidèles. L’apôtre Paul parle du Saint-Esprit comme « une arrhe de notre héritage » (Éph. 1:14) une référence à « l’acompte » qui, bien que considéré comme symbolique, conclut une affaire lorsque l’argent change de mains. Ainsi « l’arrhe de l’Esprit dans nos cœurs » (2 Cor. 1:22 ; 5:5) nous assure de la validité et de l’efficacité de notre transaction, de notre alliance, avec Dieu.

Ressentez vous l’influence du Saint-Esprit dans votre vie ? Jouissez vous des dons de l’Esprit ? Alors vous pouvez savoir que Dieu accepte votre foi, votre repentir, et votre baptême et qu’il est d’accord « pour que vous ayez toujours son Esprit avec vous » (D&A 20:77). C’est peut-être pour cette raison que le Saint-Esprit est appelé le Consolateur, car si nous prenons plaisir avec ce don, nous savons que nos efforts sont acceptables, dans l’immédiat, et que nous sommes justifiés devant Dieu par notre foi en Christ. Et c’est vraiment consolant.

Tout lui donner

Que signifie tout lui donner ? Certains ont plus de capacités, plus de talents que d’autres. Cependant, selon la parabole, il n’est pas attendu de ceux qui ne possèdent qu’un ou deux talents qu’ils en gagnent cinq. Seul celui qui a cinq talents se doit d’en gagner cinq.

Permettez-moi d’illustrer ceci par un exemple. Il y a de nombreuses années, j’ai connu une femme qui était, tout au moins au début, une des personnes les plus rudes que j’ai jamais connues. Violée dans son enfance, elle s’était enfuie de chez elle et avait vécu dans la rue pendant des années. Jeune fille, elle circulait à travers le pays avec un gang à motos. À l’âge mûr, sa beauté fanée, elle passait la grande partie de son temps au bar, où des missionnaires la rencontrèrent alors qu’ils étaient entrés là pour faire de la monnaie pour téléphoner à l’extérieur. Quand elle fut baptisée, beaucoup de membres doutaient que sa conversion tienne longtemps, et il y avait de bonnes raisons pour le penser.

Longtemps après son baptême, cette sœur jurait comme un palefrenier, même dans l’Église, et ne vécut jamais la Parole de Sagesse à cent pour cent. Une fois, lors de sa première année dans l’Église, elle perdit son sang froid et boxa une des sœurs. Son ex-mari est alcoolique et ses enfants ont tous fait un séjour en prison.

Maintenant la question est de savoir si une personne comme elle peut sérieusement s’attendre à être sauvée. Que peut espérer une personne comme elle, avec tous ses défauts et toutes ses faiblesses ? Avec tout ce qu’elle avait vécu et tous ses problèmes, pourquoi s’embêter à venir à l’Église ?

« Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront blancs comme la neige, s’ils sont rouges comme de la pourpre, ils deviendront comme de la laine ». Dieu ne ment pas. Quiconque veut venir, le peut. Chacun est invité, nul n’est exclu. Même si cette sœur devait revenir de plus loin, la même alliance lui était offerte :

« Fais ce que tu peux. Je ferais le reste pendant que tu apprendras comment. » Et elle fut aussi fidèle qu’elle le put dans ces circonstances. Elle n’a jamais dit : « Non, je ne veux pas » ou « Lâchez-moi » ou «  Pourquoi vous adressez-vous à moi ? Voyez plutôt celui-là qui a commencé ». Elle disait toujours : « Je sais, je suis désolée, j’essaierai de faire mieux ». Et elle essayait de faire mieux. Elle échouait souvent, mais petit à petit au fil des années, elle fit de grands progrès. Elle abandonna le thé, le café, l’alcool. Ensuite elle s’arrêta de jurer. Plus tard elle s’arrêta de fumer et commença à se calmer plus ou moins. Finalement, après avoir été dans l’Église pendant de nombreuses années, elle fut prête à aller au temple. Une personne de cet acabit peut-elle vraiment espérer hériter du royaume de Dieu ? Évidemment oui.

Question plus difficile : à quel moment cette sœur est-elle devenue candidate pour entrer dans le royaume ? Est-ce lorsqu’elle a abandonné la cigarette, ou lorsqu’elle a maîtrisé son langage et son caractère ? Ou est-ce lorsqu’elle s’est finalement qualifiée pour obtenir une recommandation pour le temple ? Non. À aucun de ces moments, bien qu’ils aient tous été des points de repères importants dans sa progression. Elle a été justifiée par sa foi en Jésus-Christ le jour où elle s’est repentie de ses péchés, qu’elle s’est fait baptiser, et qu’elle a reçu le don du Saint-Esprit, car elle est entrée dans cette alliance de bonne foi et en toute sincérité. Elle a cru en Christ, et elle a cru le Christ. Comme la veuve avec son sou, elle a donné tout ce qu’elle avait sans rien retenir. Ce n’était peut être pas beaucoup, mais c’était tout ce qu’elle avait.

Toutes les semaines elle prenait la Sainte-Cène, elle se repentait de ses erreurs et décidait de nouveau de les éliminer. Certaines choses ont pris des années pour être surmontées. D’autres restent encore à faire, mais elle essaie toujours, et elle n’abandonnera pas. Et tant qu’elle n’abandonne pas et endure jusqu’à la fin sous le joug de l’Évangile, en tirant en direction du royaume, sa récompense est assurée. Dieu connaît les circonstances dans lesquelles nous évoluons, et il nous juge en conséquence. Il sait qui est dans un trou et qui est dans un fauteuil, il ne jauge pas seulement la hauteur, il juge aussi la progression.

Chacun d’entre nous fonctionne à des degrés différents de performances dans le cadre de l’alliance. Les pourcentages varient d’une personne à l’autre et même pour une même personne sur une période de temps donnée. Dans mon cas, mes efforts peuvent m’amener à vingt pour cent sur le chemin de la perfection. Le Sauveur couvre les quatre vingts pour cent restants. Dans votre cas, vos efforts peuvent représenter cinquante pour cent, ou deux pour cent, du chemin. Le Sauveur couvre là aussi la différence. Dans tous les cas, la somme de l’effort conjoint est la même : Quel que soit les efforts de chacun, qu’ils soient faibles ou importants additionnés à l’expiation du Christ équivaudront à cent pour cent de ce qui est exigé pour entrer dans le royaume de Dieu.

La fausse perfection

Alors que signifie être parfait ? Et pourquoi nous commande-t-on dans les Écrituresd’être parfaits ?(Voir Matt.5:48 ; 3 Né. 12:48) En fait, je n’aime pas le mot parfait parce qu’il est souvent mal employé. Je tique souvent quand on l’utilise dans les discours ou les leçons, parce qu’on l’emploie le plus souvent dans son sens philosophique qui signifie « qui ne peut être amélioré » et ce n’est presque jamais dans cette acception qu’on le trouve dans les Écritures. Les saints des derniers jours croient à la progression éternelle. Personne ne sera jamais « imperfectible » au sens absolu du terme. La perfection ici-bas consiste plutôt à accepter l’alliance de l’Évangile pour devenir parfait en Christ.

Jusque là, j’ai employé le mot « parfait » pour dire : « sans erreur », « sans faute » ou « sans tache » mais même ce sens est différent du sens scripturaire habituel. Dans le Nouveau Testament le mot grec traduit pour « parfait » est « teleios ». Cela signifie mûr, mature, prêt, complet, tout, etc. Une pomme sur un arbre peut être qualifiée de teleios quand elle est mûre et prête à être cueillie, mais cela ne signifie pas qu’on ne peut pas l’améliorer. Elle contient peut être un vers à l’intérieur.

Voici un autre grand secret : être parfait signifie faire du mieux qu’on peut en fonction des circonstances présentes. Comme Brigham Young l’expliquait :

« Nous occupons tous des places différentes dans le monde et le royaume de Dieu. Sont parfaits ceux qui agissent justement, et recherchent la gloire du Père céleste, que leur connaissance soit grande ou petite, qu’ils accomplissent de grandes choses ou des modestes, et s’ils font au mieux de leurs capacités… « Soyez parfaits autant que vous le pouvez car c’est tout ce que l’on peut faire bien qu’il soit écrit : « Soyez parfaits comme votre Père qui est dans les cieux ». Être aussi parfaits qu’il est possible de l’être, selon notre connaissance, c’est être aussi parfait que notre Père dans les cieux. Il ne peut pas être plus parfait que ce que lui permet sa connaissance, tout comme nous. Lorsque nous agissons selon notre connaissance dans la sphère et la position que nous occupons, alors nous sommes justifiés ».

Brigham Young dit que faire au mieux de notre connaissance c’est être parfait parce que nous accomplissons notre part de l’alliance, et ce faisant, Jésus-Christ accomplit la sienne et nous rend parfaits grâce à son mérite et à sa miséricorde. La perfection dont nous jouissons est une perfection en Christ. C’est aussi la perfection qui nous permet d’entrer dans le royaume céleste. L’autre perfection, la vraie, la personnelle, le genre « je ne fais jamais d’erreur » viendra plus tard, beaucoup plus tard.

On dit qu’un jour quelqu’un a remis en question l’œuvre de Mère Thérésa, cette sainte femme qui sert les plus malheureux à Calcutta aux Indes, au motif qu’elle ne réussira jamais à faire ce qu’elle essaie. Peu importe les efforts qu’elle pouvait faire, disait son contradicteur, il y aurait plus de pauvres et de malades demain qu’il n’y en a aujourd’hui, et tous ses efforts ne pourraient même pas commencer à résoudre le problème. Puisqu’elle ne pourrait jamais espérer réussir, pourquoi gaspillait-elle ses forces dans une cause perdue ? La réponse de Mère Thérésa était un classique : « Dieu n’exige pas que je réussisse disait-elle, « seulement que je fasse ce que je peux ». Et ça, c’est une vérité de l’Évangile.

Pourquoi exiger davantage ?

Malheureusement, on demande fréquemment dans l’Église d’en faire plus que ce que l’on peut réellement. Je me souviens d’un dimanche à la réunion de prêtrise à Durham en Caroline du Nord, qu’on a demandé aux anciens de faire don d’un samedi de ce mois pour chacun des six projets utiles, mais différents. Le problème c’est qu’il n’y a que quatre samedis dans le mois. En résumé, accomplir les six tâches était impossible pour personne, et quand on le fit remarquer, aucune des obligations ne fut annulée. Chacun se devait de faire « du mieux qu’il pouvait ».

Il y a plusieurs années, alors que je lisais dans un cours du Nouveau Testament, Matthieu 11:28-30, qui parle du joug de Jésus qui est doux et son fardeau léger, une étudiante au fond de la classe m’interrompit avec un bruyant « Ah ! ». Lorsque je l’invitai à s’expliquer sur ce que signifiait cette exclamation, elle dit : « Son joug est doux ? Son fardeau léger ? Celui qui croit cela dans l’Église est soit un nouveau converti soit un abruti ».

Cette sœur était divorcée avec plusieurs enfants et elle avait repris ses études pour essayer d’améliorer sa vie et celle de sa famille. Elle continua : « J’ai essayé de faire et d’être tout ce que l’Église voulait, mais finalement j’ai dû abandonner. On me demandait toujours plus que ce que j’avais. Je n’y peux rien si je suis fauchée ou que je suis mère célibataire avec deux jobs et que j’essaie d’aller à l’école à plein temps. Je ne peux faire ce que font les autres membres, et on me demande toujours plus, plus de temps, plus de talents, plus d’argent, plus d’engagement, et je n’ai rien de plus à donner. Les demandes de l’Église dépassent mes ressources.

Pourquoi est-ce que l’Église semble quelquefois exiger plus de moi que ce que je peux donner ? Pourquoi cette pression continuelle que je ressens pour être, pour accomplir et pour donner plus ?» Tout d’abord, nous devons nous souvenir que la perfection est le but à atteindre, un but réel, et nous nous devons d’y travailler en déployant tous nos efforts. Nous devons juste nous souvenir en même temps que notre salut n’est pas en jeu.

Par exemple, lorsque j’étais au lycée, je pratiquais l’haltérophilie. À cette époque, un assistant se tenait toujours prés du banc pour se saisir des haltères en cas de problèmes. Mais invariablement, il y avait un petit échange rituel, familier à ceux qui ont fait de la gymnastique qui se déroulait ainsi : après avoir soulevé les haltères autant que je le pouvais, au bord de l’évanouissement, je disais à l’assistant : « Enlève ! mais il me disait toujours : Non, encore une ! En général, après l’avoir baissée, je réussissais à la remonter et je disais : OK, enlève ! De nouveau l’assistant me disait : Non, encore une. Quelque soit le nombre de levées que par un effort surhumain je réussissai, , encore une, disait le surveillant allez, encore une ! » Et cela continuait jusqu’à ce que mes muscles lâchent vraiment, alors l’assistant saisissait la barre.

À cette époque je n’étais pas naïf au point de dire : « Je suis humilié, embarrassé et offensé. Tu m’as demandé une levée de plus et je n’y suis pas arrivé. Tu exiges trop de moi, tu veux toujours plus que ce que je peux donner. Je ne peux satisfaire tes demandes. Je rentre à la maison pour ne plus revenir. » Je n’étais pas dans ces sentiments parce que dans une salle de gym, celui qui lève et celui qui aide comprennent que la véritable force s’acquiert à la dernière levée, à l’extrême limite entre ce que l’on peut faire et ce que l’on ne peut pas. En m’encourageant à travailler à la limite de mes capacités, l’assistant m’aidait à développer la puissance que je recherchais. Il n’y avait jamais aucune gêne à ce que je ne puisse faire cette dernière levée, et personne ne s’attendait sérieusement à ce qu’il y en ait, mais j’avais la satisfaction de savoir que j’avais travaillé au delà des limites de mes forces et que cela m’avait rendu plus fort.

Je crois qu’on peut appliquer le même principe aux exigences apparemment importantes de l’Église. Un des buts de l’Église est de perfectionner les saints. Puisque nous accomplissons les plus grands progrès en allant aux limites de nos capacités, alors peu importe la quantité ou la qualité de nos actes, le Seigneur, comme l’assistant à la gym, nous demandera toujours plus, cherchera toujours à ce que nous nous améliorions, et nous poussera toujours vers la perfection. Puisque le but même que nous visons est la perfection, les exigences de l’Assistant sont tournées vers l’infini et dépasserons les capacités de chacun. Nous devons seulement nous rappeler que notre salut n’est pas en jeu, car cette question est déjà réglée si nous continuons à garder nos alliances. Nous ne devrions pas être gênés quand nous atteignons nos limites ni nous sentir humiliés quand nous ne faisons pas tout ce qui nous est demandé. Nous devrions plutôt éprouver de la satisfaction en arrivant aux limites de nos capacités (car c’est à ce point que l’on fait de vrais progrès) et laisser Dieu se soucier du reste. Lorsque nous sommes soumis à la pression des exigences de perfection, nous devons nous rappeler que nos efforts les meilleurs seront acceptés comme paiement comptant, au moins maintenant.

La « douceur » du joug du Sauveur ne signifie pas que nous puissions nous attendre à être exemptés des dures tâches de la vie et d’être à l’abri des dures réalités de l’existence (demandez à Job ou aux pionniers mormons). Ce joug est doux (a) parce qu’il rend possible ce qui était impossible auparavant et (b) parce qu’il octroie des bénédictions et des grâces compensatrices pour nous soutenir dans les difficultés. Le joug de la loi de Moïse ne pouvait même pas être soulevé , alors que celui du Christ le peut et il peut aussi être porté parce que son poids est adapté individuellement à nos capacités et à notre force. Dans ce sens « doux » ne veut pas dire « totalement sans effort » mais plutôt « totalement dans les limites de notre capacité ». Mais même en dehors de cette définition, ceux qui supportent son joug en obéissant humblement et lui consacrent leurs efforts apprennent vite qu’une main invisible allège le fardeau dans les moments difficiles et déversent des bénédictions hors de proportion avec les sacrifices demandés.

La perfection personnelle

Mais est-ce que je serais un jour parfait dans le sens d’être sans erreur, sans faute, sans tache ? Je parle de moi, en tant qu’individu, en dehors de ma perfection en Christ dans l’alliance ? Je pense que la réponse est oui. Par exemple, j’imagine une scène dans environ un million d’années, après être resté dans le royaume céleste très, très longtemps. Je m’approcherai du Seigneur et je lui dirai une chose de ce genre : « OK. J’y suis arrivé. J’ai réussi à manger des fruits hors saison (ou n’importe quoi d’autre). Maintenant qu’est-ce que je fais ? » Il me regardera et dira : « Hé ! Ça y est ! Félicitations ! C’était la dernière épreuve. Tu as finalement appris à garder tous les commandements tout le temps ! » Et je suppose que nous inviterons le voisinage à un barbecue en mon honneur.

Mais ce sera dans un million d’années, et bien après la résurrection des justes. Entre temps, mon seul espoir est que le Christ me portera sur ses épaules. Entre temps, mon seul espoir de perfection résidera dans la perfection en Christ, qu’il partage avec ceux qui sont dans l’alliance de l’Évangile, car c’est-cette seule perfection et rien d’autre qui me permettra d’entrer dans le royaume céleste au jour du jugement dernier.

Le réconfort de la connaissance

Il y a longtemps Janet et moi avions une amie que ne comprenait pas comment fonctionnait la grâce et qui disait : « Bon, je pense que je suis à la moitié de mon existence, et je suis à mi-chemin du royaume céleste, donc je suis dans les temps. » Un jour je lui ai demandé : « Judy, qu’est-ce qui arriverait si tu mourais demain, où serais tu dans l’éternité ? » Apparemment, cette pensée ne lui était jamais venue à l’esprit. Elle réfléchit pendant un moment, puis dit : « Voyons voir, à mi-chemin du royaume céleste c’est… mi-terrestre ! Ce n’est pas très bon, n’est-ce pas ? »

Non, ce n’est pas très bon. Ce n’est pas non plus l’Évangile. Nous devons savoir que dans cette alliance passée avec le Sauveur, si nous mourons demain, nous pouvons espérer entrer au royaume céleste. Cet espoir est une des bénédictions promises dans l’alliance : « …faisons de bon gré tout ce qui est en notre pouvoir, alors nous pourrons nous tenir là avec la plus grande assurance pour voir le salut de Dieu, et voir son bras se révéler. » (D&A 123:17, voir aussi D&A 106:8 ; Éph. 3:12).

Quand nous aurons fait ce qui est en notre pouvoir, nous aurons « la plus grande assurance » du salut de Dieu. Une partie du réconfort qui vient du Saint-Esprit c’est de savoir que bien qu’imparfait, si je meurs dans l’alliance, j’hériterai quand même du royaume de Dieu. En fait cela ne peut en être autrement, puisque tout le monde meurt encore imparfait.

Une bonne nouvelle entre toutes c’est que le Christ nous promet que nous ne serons pas tenus comptables de nos erreurs si nous restons dans l’alliance pendant toute notre vie. Celui qui ne ment pas promet que nous recevrons le royaume de Dieu ; « Et il arrivera que quiconque se repent et est baptisé en mon nom sera rassasié ; et s’il persévère jusqu’à la fin, voici, je le tiendrai pour innocent devant mon Père en ce jour où je me tiendrai pour juger le monde. » (3 Né. 27:16) Néphi s’en est aussi porté garant. Il a entendu la voix du Père qui disait : « Oui, les paroles de mon Bien aimé sont vraies et dignes de foi. Celui qui persévère jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé » (2 Né. 31:15).

Le Père et le Fils mentent-ils ? Évidemment non. Si nous avons foi au Christ et que nous nous repentons de nos péchés, si nous sommes baptisés et recevons le don du Saint-Esprit, si nous sommes plein de bonne volonté et respectons nos alliances, alors comment pouvons nous douter que, par le sacrifice expiatoire du Christ, nous hériterons du royaume de Dieu ? Devant de telles promesses, qui oserait douter de cette vérité ?

Lorsque le prophète Enos a entendu la voix du Christ lui déclarer :

« Tes péchés te sont pardonnés, et tu seras béni », il répondit : « Moi, Énos, je savais que Dieu ne pouvait mentir ; c’est pourquoi ma culpabilité était balayée. » (Énos 1:5-6) Il est fréquent que lorsqu’on lutte spirituellement, on souhaite voir les résultats avant de croire que quelque chose est arrivée. On met la charrue avant les bœufs. On veut avoir une confirmation, recevoir les bénédictions de la foi, avant de croire. Remarquez qu’Enos n’a pas « ressenti » subjectivement que sa culpabilité s’évanouissait et qu’ensuite il a cru ; c’est tout le contraire. Il savait que sa culpabilité était effacée parce que le Christ le lui avait dit, et il a cru le Christ.

De plus, « persévérer jusqu’à la fin » ne veut pas dire « persévérer dans la perfection ». Cela signifie persévérer dans l’alliance de la foi et du repentir. C’est ainsi que nous constatons que la foi en Christ, le repentir, et la purification par l’Expiation ne peuvent être des évènements d’un moment dans notre vie. Bien que ceux ci puissent commencer à un moment précis, ils font partie d’un processus continuel nous amenant à rejeter nos fautes, à réaffirmer nos désirs et nos buts, et à recentrer nos vies sur le Christ à chaque fois que nous nous éloignons.

Ayez confiance en moi

Quand nos filles jumelles étaient petites, Janet et moi sommes allés en famille à la piscine pour unesoirée familiale.Nous avions l’intention d’apprendre aux filles à nager. Après nous être installés, j’ai pris Rebekah et nous avons commencé à entrer dans le petit bain de la piscine.Tout en rentrant dansl’eau, je me disais :

« Qu’est-ce que je suis bien comme père. On passe une soirée familiale formidable. » Mais ses pensées à elle en entrant dans l’eau étaient : «  Mon papa va me noyer, je vais mourir. » L’eau était profonde d’un mètre vingt, mais Rebekah mesurait seulement un mètre. Elle était si terrifiée de ce qui était, dans son esprit, de l’eau profonde qu’elle se mit à trépigner à griffer et à hurler. Paniquée comme elle était, on ne pouvait rien lui dire.

Finalement, j’en fus réduit à la prendre et à la serrer dans mes bras et à lui dire : « Becky, tu te calmes ! Je suis ton père, et je t’aime. Je ne vais pas permettre qu’il t’arrive quoi que ce soit. Tu es en sécurité. Maintenant tu te calmes et tu me fais confiance ! » Grâce à Dieu, elle cessa de lutter, se calma et me fit confiance. Ce n’est qu’à ce moment, que j’ai pu placer mes mains sous elle pour la soutenir hors de l’eau. « OK, maintenant, agite tes jambes. Très bien. Allez, accélère. » C’est ainsi qu’elle commença à apprendre à nager.

C’est un peu comme cela que ça se passe avec nous dans le domaine spirituel. Nous sommes tellement paralysés par la peur de nos péchés, que nous ne pouvons apprendre à les surmonter. Nous nous inquiétons tellement de savoir si nous allons vivre ou mourir, ou si nous sommes arrivés dans le royaume, que nous ne faisons pas de réels progrès spirituels. Notre manque de foi en Christ fait que nous nous soucions de notre situation spirituelle et que nous doutons des promesses divines. Je connais des gens qui se flagellent journellement : « Est-ce que j’ai été suffisamment bon aujourd’hui ? est-ce que mes bonnes actions ont surpassé mes péchés ? Est-ce que j’ai passé la barrière ? Suis je dans le royaume, ou non ? » Comme pour l’expérience de Becky avec la nage, leur peur les empêche d’apprendre et de progresser. La panique spirituelle les handicape. À ce moment, lorsque la panique survient et nous paralyse, nous devons croire au Christ. Nous devons écouter sa voix, « Stephen, calme toi ! Je suis ton Père, et je t’aime. Je ne vais pas permettre que quelque chose puisse t’arriver. Je te tiens! Tu es en sécurité. Maintenant détend-toi et fais moi confiance, je vais t’enseigner ce que tu as besoin de savoir. » Alors il nous prend dans ses bras et nous dit : « OK. Maintenant, paie ta dîme. C’est assez bien. Maintenant, paie une dîme entière. » Et c’est ainsi que l’on commence à apprendre la perfection. « Ainsi la miséricorde satisfait aux exigences de la justice, et les enserre dans les bras de la sécurité. » (Alma 34:16).

« Dans les bras de la sécurité » est mon expression favorite dans le Livre de Mormon. Dans l’alliance de l’Évangile, nous sommes enserrés dans les bras de la sécurité, ses bras. « Tout va bien. Tu vas y arriver. Fais moi confiance. »

Et ça, c’est une bonne nouvelle.