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Joseph Smith
et la rédaction de
History of the Church
Dean C. Jessee
Membre de l'Institut Joseph Fielding Smith pour l'Histoire de l'Église
à l'université Brigham Young
Tous les documents historiques reflètent la
personnalité de ceux qui les écrivent, aussi bien que les circonstances dans lesquelles ils ont été écrits et les méthodes et les règles qui en ont gouverné la rédaction à
l'époque.
History of the Church, qui porte comme nom d'auteur Joseph Smith, a été commencée sous sa dictée et sa direction et complétée après sa mort selon ses instructions. Les sources originelles qui ont servi à
compiler History of the Church ont été les journaux intimes du prophète, sa correspondance et autres documents. Ceux qui ont le sentiment que
l'ouvrage ne constitue pas une source fondamentalement historique, parce que le prophète n'en a pas écrit lui-même une grande partie, se trompent.
History of the Church, avec sa collection inestimable de documents primaires, reste la source la plus importante de renseignements historiques sur la vie de Joseph Smith
et des premiers saints des derniers jours.
L'ouvrage présente les enseignements et les
activités du prophète avec un certain degré d'exactitude. Si on examine la façon dont elle a été produite ainsi que les concepts
qui gouvernaient l'histoire écrite à l'époque, on comprendra mieux la nature de l'histoire.
Parmi les difficultés qu'a dû surmonter Joseph Smith,
il y avait son propre manque de formation littéraire. Il a écrit qu'il a fallu les efforts de la famille toute entière pour subvenir à leurs
besoins, « c'est pourquoi nous avons été privés des bienfaits de l'instruction ... On m'a appris tout simplement à lire, à écrire ainsi que des éléments
d'arithmétique, ce qui a constitué tout mon bagage scolaire » [1].
Toute sa vie,
le prophète semble avoir regretté son manque de formation littéraire. Dans sa correspondance, que nous possédons, il se plaint de son « manque de
facilité de parole », de son « défaut de capacité d'exprimer » ses « idées par écrit » et « des imperfections de » son « style »
[2].
Ainsi le prophète a dû compter sur d'autres pour
écrire pour lui. On sait que plus de deux douzaines de secrétaires l'ont servi. Neuf d’entre eux ont quitté l'Église (ce qui est typique de ces années
difficiles), et quatre autres sont décédés alors qu'ils s'acquittaient des travaux littéraires qui leur avaient été confiés.
Un obstacle important à
l'effort de tenir des annales, c'est la persécution subie par le prophète et par l'Église. Au cours des années pendant lesquelles l'histoire a été
écrite, les saints des derniers jours ont dû se déplacer ou ont été chassés à travers les deux tiers du continent nord-américain.
Ces conditions instables ont eu pour résultat la perte de certains documents et ont affecté l'exactitude de beaucoup de ceux qui ont été
conservés. En outre, le prophète a été attaqué en justice et arrêté plusieurs fois, ce qui a
détourné son attention de l'histoire à laquelle il travaillait.
Il a fallu huit ans pour arriver à une structure satisfaisante et pour commencer le manuscrit de l'histoire telle qu'elle est couramment publiée. Lorsque Willard Richards a assumé la charge d'historien de l'Église, en décembre 1842, il y avait d'écrit environ 157 pages de ce qui constitue maintenant un ouvrage de 2000 pages.
Le 1er mars 1842, la publication de l'histoire
en forme de série a commencé dans le journal de Nauvoo, Times and Seasons. Au 27 juin 1844, date de la mort de Joseph Smith, le manuscrit avait
été complété jusqu'au 5 août 1838 seulement et publié jusqu'à décembre 1831.
Cependant, d'importants documents originaux avaient été conservés pour compléter l'histoire. Peu de temps avant sa mort, le prophète a écrit : « Au cours
des trois dernières années, j'ai tenu bonne note de tous mes actes et travaux, car j'ai gardé plusieurs secrétaires, fidèles et efficaces, constamment
occupés à cette besogne. Ils m'ont accompagné partout et ont tenu soigneusement mon histoire ; ils ont enregistré
ce que j'ai fait, où je suis allé et ce que j'ai dit » [3].
Certains ont indiqué qu'avant sa mort le prophète avait passé en revue la plupart des écrits de ses secrétaires.
Tandis qu'il se trouvait dans la prison de
Carthage, peu de temps avant sa mort, Joseph Smith a commandé à l'historien de l'Église, Willard Richards, qui était incarcéré
avec lui, de continuer l'histoire [4]. C'est ce que frère Richards a fait et, pendant les dix années qui
ont suivi, il a été le gardien des documents et l'architecte de l'histoire. Après la mort de Joseph Smith, le travail historique a continué, même alors
que les saints se préparaient à quitter Nauvoo pour se rendre dans les Montagnes Rocheuses. 674 pages ont été ajoutées au manuscrit pendant cette époque, presque autant que ce qui avait été écrit au cours des années précédentes.
À l'époque où les registres
de l'Église ont été empaquetés à Nauvoo en vue de l'exode vers l'ouest en février 1846, Willard
Richards avait compilé l'histoire jusqu'à la date du 1er mars 1843. Mais au cours des années d'interruption qui ont suivi, il n'a
jamais pu terminer ce travail. Après sa mort en 1854, c'est George A. Smith et Wilford Woodruff qui ont continué cette tâche. En vue d'en assurer
l'exactitude, on a tout fait pour réunir des renseignements. Par exemple, vers la fin de 1845, une lettre adressée aux saints encourageait tous ceux qui connaissaient « tout
fait, circonstance, incident événement ou acte » devant figurer dans l'histoire, à bien vouloir les rapporter
[5].
Finalement, en août 1856, dix-huit ans après le
début de l'entreprise, l'histoire a été complétée jusqu'à la mort de Joseph Smith. Le manuscrit tout entier avait été lu en
présence de la Première Présidence et d'autres témoins pour leur évaluation générale.
Étant donné qu'aucun
manuscrit de l'histoire n'est de la main de Joseph Smith et que, selon toute apparence, une petite partie du texte seulement a été dictée par lui,
pourquoi ceux qui y ont travaillé ont-ils employé la première personne, comme si le prophète lui-même
l'avait écrit ? Cette pratique, courante au dix-neuvième siècle, a été choisie par Joseph Smith lui-même, qui a ordonné à ses secrétaires d'écrire, à la première personne, un récit quotidien basé sur le journal privé
tenu par lui et ses secrétaires. En outre, étant donné que le journal de Joseph Smith ne contenait pas le récit ininterrompu de sa vie, les
compilateurs de l'histoire devaient combler les lacunes en se servant d'autres sources (journaux, périodiques de l'Église, procès-verbaux et registres de l'Église et
d'organisations civiques, lettres et documents d’archives, faits divers et nouvelles de l'étranger), et en changeant le discours indirect en discours
direct, comme si Joseph Smith avait écrit lui-même. Pratique assez courante à l'époque, cette méthode de suppléer aux détails manquants avait pour effet
de fournir une narration bien liée et d'un débit aisé.
D'autres ouvrages de l'époque confirment que
c'était là la pratique des historiens de l'époque. Les méthodes américaines d'écrire et d'éditer l'histoire étaient très différentes au dix-neuvième
siècle de ce qu'elles sont aujourd'hui. En 1837, par exemple, Jared Sparks, considéré comme « le premier grand
compilateur des archives nationales » a édité, en douze volumes, les Écrits de George Washington. Quand son ouvrage a été comparé plus tard aux manuscrits originaux, on a trouvé qu'il avait réécrit des portions de lettres, omis ou
modifié les passages choquants, et changé les irrégularités de style ainsi que les expressions
gauches.
Dans sa revue de la littérature historique aux
États-Unis, Lyman E. Butterfield a noté que changer le texte ou créer un texte plus conforme aux idées de l'auteur était plutôt courant à
cette époque [6]. History of the Church
a été écrit dans le climat
général historique et littéraire de son temps.
Une des grandes difficultés qu'ont dû affronter
les compilateurs de l'histoire, c'est la présentation des sermons et des enseignements du prophète. Étant donné qu'aucun des secrétaires du prophète ne
connaissait la sténographie, ses déclarations ont été rapportées en écriture courante. Bon nombre de ces rapports
étaient des résumés bien liés et d'un débit aisé et ont été repris tels quels dans l'histoire. Mais pour certains, il a fallu
reconstruire un sermon d'après des notes brèves et des idées sans suite. George A. Smith a soigneusement édité chaque discours qu'il a lu aux membres de
la Première Présidence et du Collège des douze apôtres, dont certains avaient entendu l'original. Leurs commentaires se sont révélés inestimables. Ce procédé
a, sans aucun doute, garanti l'exactitude doctrinale des discours de Joseph Smith, mais les résultats ne reflètent pas aussi fidèlement sa personnalité et son style
oratoire qu'un rapport mot pour mot l'aurait fait.
L’analyse de History of the Church
révèle ces parties extraites de documents écrits personnellement par Joseph Smith. Elles reflètent clairement son cœur aimant et chaleureux. Par exemple, l'extrait suivant
figure dans History of the Church et provient du journal intime tenu par Joseph lui-même en 1835 :
« Le 23 septembre. J'étais chez moi en train
d'écrire des bénédictions pour mes frères bien-aimés, mais j'ai été interrompu par une foule de visiteurs. Le Seigneur
nous a bénis aujourd'hui, et puisse Dieu continuer à répandre sa grâce sur ma maison ce soir, pour l'amour du Christ. Aujourd'hui j'ai désiré le salut de frère Ezra Thayer. Frère Noah Packard est venu chez moi et a prêté au comité mille dollars pour
aider à construire la maison du Seigneur. Oh ! que Dieu le bénisse au centuple, oui, des choses de ce monde, pour cet acte de droiture. Aujourd'hui mon
cœur est plein du désir d'être béni du Dieu d'Abraham en recevant la prospérité, jusqu'à ce que je puisse payer mes dettes, car l'honnêteté fait les délices de mon âme. Ô Seigneur, toi qui connais ce qui est juste, aide-moi, et je donnerai aux pauvres »
[7].
History of the Church continuera d'être la source d'information la plus importante sur la vie du prophète et l'histoire des premiers saints des derniers jours. Étant
donné que la Première Présidence et le Collège des Douze, dont plusieurs avaient participé à ces événements
historiques, ont passé l'histoire en revue, elle est digne de foi. Il faut aussi savoir que les révélations du prophète Joseph Smith rapportées dans
Doctrine et Alliances sont aussi rapportées dans History of the Church et, bien sûr, elles sont vraies et dignes de foi.
Notes :
[1] Joseph Smith (« Autobiographie », 1832), Kirtland Letter Book, p. 1, manuscrit.
[2] Lettres adressées à Moses Nickerson, le 19 novembre 1833, à Emma Smith, le 6 juin 1832 (original à la Chicago Historical Society, Chicago, Illinois), et à Emma Smith, le 21 mars 1839.
[3] Discours de Joseph Smith, du 26 mai 1844, rapporté par Thomas Bullock ; publié dans History of the Church, vol. 6, p. 409.
[4] George A. Smith à Wilford Woodruff, le 21 avril 1856.
[5] Manuscript History of the Church, le 16 novembre 1845.
[6] L. H. Butterfield and Julian Boyd, Historical Editing in the United States, Worcester, Massachusetts: American Antiquarian Society, 1963, p. 19, 24/25.
[7] History of the Church, vol. 2, p. 281
Source : L'Étoile, avril 1986, pp. 18-20
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