LA MAISON

DU SEIGNEUR


Une Etude des Sanctuaires sacrés

· de l'Antiquité

et des Temps Modernes


par

JAMES E. TALMAGE


·1

PRÉFACE

Pa.rrlli les nombreuses églises et sectes actuelles, les

Saints des Derniers Jours se sont taillé une réputation

de bâtisseurs de Temples. A cet égard, ils sont semblables

à l'antique Israël. Il n'est pas surprenant dès lors que l'on

ma.tiifeste généralement un grand intérêt pour cette caractéristique

de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers

Jours, et que l'on pose continuellement des questions

touchant le but et les raisons qui se cachent derrière

cette oeuvre grandiose ainsi que sur la nature des ordonnances

que l'on administre dans ces Maisons modernes

du Seigneur. C'est pour répondre à certaines de ces

questions et pour mettre à la portée des chercheurs sincères

une documentation authentique concernant l'aspect

doctrinal et l'aspect pratique de l'oeuvre du Temple, que

le présent ouvrage a été écrit. · ·

En vue de permettre une comparaison aisée entre les

réalisations des constructeurs de Temples du passé et ceux

de l'époque actuelle, nous avons inclu une brève notice

sur les sanctuaires des dispensations antérieures. Alors

qu'il est possible de se procurer des renseignements détaillés

sur les Temples antiques et les sanctuaires qui s'y

rattachent en consultant des encyclopédies, des dictionnaires

bibliques et des ouvrages plus spécialisés, il n'y a

guère de publications · distinctes concernant les Temples

d'aujourd'hui et le service sacré que l'on y ~élèbre.

« L'Histoire » officielle de l'Eglise de J ésus-Chnst des

Saints des Derniers Jours renferme d'abondantes indications

sur cette matière, mais ces renseignements sont

répartis dans de .nombreux volumes ~t ne,.so~t _accessibles

qu'à un nombre relativement restremt d mdiv1dus. .

Parmi les publications spéciales parues dans ce domame,

dont la plupart sont consacrées avant tout à l'~istoire e~

à la description du Temple de Salt Lake City, mentionnons:

.

« Temples: Descriptive and historical sketches of

ancient and modem sacred edifices», brochure de 28

pages, due à J. M. Sjodahl, Salt Lake City, _18?2. ~lie

renferme l'histoire du Temple de Salt Lake City JUsqu au

moment de la pose de la dernière pierre, en avril 1892.

La brochure renferme quelques esquisses. .

«The Salt Lake Temple», article écrit par James

H. Anderson, publié dans « The Contributor », vol. XIV,

no 6, avril 1893, 60 pages accompagnées de nombreuses

illustrations montrant le Temple à différents stades de sa

construction, ainsi que des détails de celle-ci, des portraits

de dirigeants de l'Eglise et d'autres personnes en

rapport avec l'édification de ce bâtiment grandiose.

« Historical and descriptive sketch of the Salt Lake

Temple», brochure illustrée de 36 pages, publiée par

le Deseret News à Salt Lake City, en avril 1893.

« A Description of the Great Temple, Salt Lake City,

and a statement concerning the purposes for which it has

been built », brochure de 40 pages, écrite par D. M.

McAlister, Salt Lake City, 1912. Celle-ci renferme des

illustrations en similigravure représentant des vues tant

extérieures qu'intérieures.

En rédigeant le présent ouvrage, l'auteur a bénéficié

de nombreuses autorisations et reçu beaucoup d'aide de

la part des dirigeants de tous les Temples, de l'Historien

de l'Eglise et de ses assistants, des autorités générales

de l'Eglise, et de beaucoup d'autres personnes. C'est avec

respect qu'il se reconnaît l'obligé de tous ceux qui l'ont

assisté dans cette tâche agréable.

Salt Lake City, Utah.

21 septembre 1912.

JAMES E. TALMAGE.

·1

TABLE DES MATIÈRES

CHAPITRE 1. - PRÉAMBULE

Vue générale des sanctuaires des temps anciens et modernes.

CHAPITRE II. - LES SANCTUAIRES DES DISPENSATIONS

ANTÉRIEURES

Le « Témoignage ». - Le Tabernacle provisoire. - La Tente

d'Assignation. - Le. troisième Tabernacle. - Le Temple de

Salomon. - Le Temple de la Vision d'Ezéchiel. - Le Temple

de Zorobabel. - Le Temple d'Hérode.

CHAPITRE III. - NÉCESSITÉ DES TEMPLES DANS

Pages

18

LA DISPENSATION ACTUELLE . 63

Nécessité de l'obéissance aux lois et ordonnances de l'Evangile.

- Ministère vicarial des vivants pour les morts. - Autorité

de travailler au bénéfice des morts. - Les Temples sont nécessaires

au service vicarial.

CHAPITRE IV. ORDONNANCES MODERNES DU

TEMPLE

Le baptême pour les morts. - Ordination et Dotation. - Salut

et Exaltation. - Degrés dé Gloire. - La Dotation du

Temple. - Le scellement dans le mariage. - Autres ordonnances

de scellement.

90

VIII TABLE DES MATIÈRES

Pages

CHAPITRE V. · TEMPLES MODERNES. LES

TEMPLES DE KIRTLAND ET DE NAUVOO . 111

Emplacement du Temple à lndependence (Missouri). - Le

Temple de Kirtland. - Emplacement du Temple à Far-West

(Missouri). -.Le Temple de ·Nauvoo ..

CHAPITRE VI. - LE GRAND TEMPLE DE SALT

LAKE CITY, UTAH. HISTORIQUE ....

Début du travail. - Première description. - Pose de la dernière

pierre. - Achèvement du bâtiment, sa dédicace. - Prière de

Dédicace.

CHAPITRE VII. - LE GRAND TEMPLE DE SALT

LAKE CITY. EXTÉRIEUR . . . . .

Style architectural. ,..-- Description générale. - Pierres portant

un emblème.

1

CHAPITRE VIII. - LE GRAND TEMPLE DE SALT.

LAKE CITY. INTÉRIEUR . . . . . .

L'Annexe. - Le Passage de l'Annexe. - Le Corridor inférieur.

- Le Baptistère. - La Salle de Conférence inférieure. -

La Salle du Jardin. - Le grand Escalier. - La Salle du

Monde. - La Salle Terrestre. - La Salle Céleste. - La Salle

du Scellement pour les Morts. - La Salle du Dôme. - La Salle

des Anciens. - La Salle du Conseil des Douze Apôtres. - La

Salle du Conseil des Soixante-Dix .. - La Salle du Conseil de la

Première Présidence et des Douze Apôtres. - La Salle du

Grand Conseil. - La grande Salle de Réunion. - Les étages

supérieurs. - Les quatre escaliers de granit.

CHAPITRE IX. - CONCLUSION . . .

La Prêtrise inférieure ou Prêtrise d'Aaron à l'oeuvre dans les

Temples antiques. - La prêtrise supérieure ou Prêtrise de

Melchisédek à l'oeuvre dans ·les Temples d'aujourd'hui.

ILLUSTRATIONS

138

187

197

218

225

CHAPITRE 1

PRÉAMBULE

Le terme « temple » a: un sens restreint et bien particulier

quand il est utilisé littéralement, tant en dérivation

que dans l'usage courant. L'idée essentielle exprimée par

le mot « temple » est et a toujours été celle d'un LIEU

réservé spécialement à un service considéré comme sacré,

et d'une sainteté réelle ou supposée ; dans un sens plus

restreint, un temple est un BATIMENT édifié et exclusivement

consacré à des rites et des cérémonies sacrés.

Le latin TEMPLUM était l'équivalent de l'hébreu

BETH ELOHIM, et signifiait la demeure de la Divinité ;

dès lors, associé qu'il était avec le culte de la Divinité,

il signifiait littéralement la Maison du Seigneur."

Des édifices considérés dans leur entièreté comme des

sanctuaires, ou comprenant des locaux ainsi désignés, on

en a construit à de nombreuses époque différentes. Les

auteurs en étaient aussi bien des idolâtres que des disciples

du vrai Dieu vivant. Les temples païens de l'antiquité

étaient regardés comme la demeure des dieux et des

déesses de la mythologie dont ils portaient le nom, et

au service desquels ils étaient _dédiés. Tandis que les

abords de ces temples servaient de lieu de rassemblement

général pour les cérémonies publiques, il y avait toujours

des enceintes intérieures où seuls les prêtres consacrés

2 LA MAISON DU SEIGNEUR

étaient autorisés à pénétrer et où, prétendait-on, se manifestait

la présence de la divinité. Les temples antiques,

même ceux d'origine païenne, étaient exclusifs: nous en

voyons une preuve dans le fait que l'autel pour le culte

païen ne se trouvait pas à l'intérieur du temple proprement

dit, mais en face de l'entrée. Les temples n'ont

jamais été considérés comme des lieux ordinaires de réunion

publique, mais bien comme des enceintes sacrées,

réservées aux cérémonies les plus solennelles du genre

particulier de culte - divin ou idolâtre - dont le

temple constituait le symbole visible et le type matériel.

Dans l'ancien temps, le peuple d'Israël avait la réputation

parmi les nations, d'être un constructeur de sanctuaires

au nom du Dieu vivant. Ce service lui était spécialement

demandé par Jéhovah, qu'il professait servir.

L'histoire d'Israël en tant que nation date de l'exode.

Au cours des deux siècles de leur esclavage en Egypte,

les enfants de J a((ob étaient devenus tm peuple nombreux

et puissant ; néanmoins, ils étaient en esclavage. En temps

voulu, cependant, leurs larmes et· leurs supplications montèrent

jusqu'au Seigneur et Il les emmena par la puissance

de Son bras étendu. Ils avaient à peine échappé au

milieu idolâtre des Egyptiens, qu'il leur fut demandé de

préparer un sanctuaire où Jéhovah manifesterait Sa présence

et ferait connaître Sa volonté en Sa qualité de

Seigneur et de Roi reconnu.

Le Tabernacle, qu'Israël révéra toujours comme le

sanctuaire de Jéhovah, depuis le moment où il fut construit

dans le désert, pendant toute la période de ses

pérégrinations et pendant de longs siècles encore, avait été

construit selon un plan et des spécifications obtenues par

révélation. C'était un meuble de dimensions réduites et

transportable comme l'exigeaient les nécessités d'une vie

PRÉAMBULE

nomade. Bien que ce Tabernacle ne fût qu'une tente,

U était fait des matériaux les meilleurs, les plus prisés èt

les plus coûteux que ces gens possédaient. Cette excellence

même de la réalisation était justifiée, car ce meuble, une

fois terminé, constituait l'offrande de toute une nation au

Seigneur. La construction en fut déterminée jusque dans

le plus infime détail, tant pour la forme que pour les

matériaux; c'était à .tous égards ce que le peuple pouvait

donner de meilleur, et Jéhovah sanctifia l'offrande

qu'on Lui présentait par son acceptation divine. Souvenons-

nous, en passant, du fait que si une très bonne

chose est offerte, que ce soit par un homme ou par

une nation, cette chose est toujours excellente aux yeux

de Dieu si .elle est offerte de bon gré et avec des intentions

pures, quelque pauvre qu'elle puisse paraître par

comparaison avec d'autres.

Lorsqu'on fit appel au peuple pour fournir les matériaux

destinés à la construction du Tabernacle, l'élan fut

si sincère et si généreux que les besoins furent· largement

couverts : « Les objets préparés suffisaient, et au-delà,

pour tous les ouvrages à faire. » (Exode 36:7 .) En conséquence,

une proclamation fut faite, empêchant le peuple

d'en apporter davantage. Les artisans et les ouvriers

engagés pour la construction du Tabernacle furent désignés

par révélation directe, ou bien choisis par ceux que

Dieu avait investis de Son autorité, en tenant compte particulièrement

de leur habileté et de leur piété. Le Tabernacle

terminé, si on le rapproche de son décor et si l'on

tient compte des circonstances de sa création, était un

meuble imposant. Les planches en étaient de bois rares,

les draperies intérieures de toile fine, ornées de broderies

compliquées avec des motifs imposés de couleur bleue,

pourpre ou écarlate ; les rideaux intermédiaires et exté4.

LA MAISON. DU SEIGNEUR

rieurs étaient faits de peaux choisies ; les parties métalliques

étaient d'airain, d'argent et d'or.

A l'extérieur du Tabernacle, mais à l'intérieur du parvis,

se trouvaient l'autel des holocaustes et la cuve d'ablutions.

La première pièce du Tabernacle proprement dit était

une pièce extérieure appelée le « Saint » ; au-delà, dérobé

aux regards par le second voile, se trouvait le sanctuaire

intérieur, l'endroit le plus Saint, !lésigné expressément

sous le nom de Saint des Saints. Selon les directives

reçues, seuls les prêtres étaient autorisés à pénétrer dans

la pièce extérieure ; tandis que dans la pièce intérieure,

«la plus sainte de toutes », seul le grand-prêtre avait le

droit de pénétrer, et ce, une fois l'an seulement, et

encore, devait-il d'abord passer par un long rituel de

purification et de sanctification.

Parmi les dépendances les plus sacrées du Tabernacle

figurait l'Arche d'Alliance. C'était un coffret - ou un

coffre - fait du meilleur bois que l'ùn pût se procurer,

doublé et recouvert d'or pur, et équipé de quatre anneaux

d'or pour recevoir les barres servant à transporter l'Arche

au cours du voyage. L'Arche renfermait certains objets

sacrés par destination, tel un vase en or contenant de

la manne que l'on conservait en souvenir ; on y ajouta

plus tard le bâton d'Aaron qui avait bourgeonné, ainsi

que les tablettes de pierre gravées par la main du Seigneur.

Quand le Tabernacle était dressé dans le camp

d'Israël, l'Arche était déposée derrière le voile intérieur,

dans le Saint des Saints. Posé sur l'Arche se trouvait le

propitiatoire, surmonté d'un couple de chérubins en or

battu. C'est de ce siège que le Seigneur manifestait Sa

présence, ainsi qu'il l'avait promis avant que l'Arche ni

le Tabernacle ne fussent construits : « C'est là que je me

rencontrerai avec toi ; du haut du propitiatoire, entre les

PRÉAMBULE 5

deux chérubins placés sur l'arche du témoignage, je te

donnerai tous mes ordres pour les enfants <;l'Israël. »

(Exode 25:22.)

Nous ,n'avons pas l'intention de donner ici une descrip-:

tion détaillée du Tabernacle, de ses ,dépendances ni de

son mobilier ; -il nous suffit de savoir pour l'instant que

le camp d'Israël possédait un tel sanctuaire ; qu'il avait

été construit selon un plan révélé ; qu'il représentait ce

que le peuple pouvait donner de. meilleur, tant en matériaux

qu'en main-d'oeuvre ; que c'était l'offrande d'un

peuple à son Dieu, et qu'il avait été dûment accepté par

Celui-ci. Enfin, et nous le démontrerons plus tard, le

Tabernacle était un prototype du Temple, plus stable et

plus magnifique, par lequel il fut remplacé dans la suite

(Exode 40:34-38). .

Après qu'Israël se fut établi dans la terre promise,

lorsque, après quarante années de pérégrinations dans le

désert, le peuple de l'alliance eut enfin Canaan bien à

lui, le Tabernacle et son contenu sacré trouvèrent le repos

à Silo ; et c'est en ce lieu que les tribus vinrent apprendre

la volonté et la parole de Dieu. b Plus tard, il fut transféré

à Gabaon, c et enfin à la Cité de David, Sion. d

David, deuxième roi d'Israël, désirait construire une

maison au Seigneur et il en conçut le projet, car, déclarait-

il, il était inconvenant que lui, le roi, habitât un palais

en cèdre alors que le sanctuaire de Dieu n'était qu'une

tente (II Samuel 7:2). Mais le Seigneur parla par la

bouche du prophète Nathan, déclinant l'offrande proposée

et établissant nettement le fait que, pour être acceptable

à Ses yeux, il ne suffisait pas que le don fût approprié,

il fallait aussi que le donateur fût digne. David, roi d'Israël,

qui était à beaucoup d'égards un homme selon le coeur

de Dieu, avait péché ; et son péché n'avait pas encore

6 LA MAISON DU SEIGNEUR

été expié. Ainsi parla le roi: «J'avais l'intention de bâtir

une maison de repos pour l'arche de l'alliance de l'Eternel

et pour le marchepied de notre Dieu, et je me préparais

à bâtir. Mais Dieu m'a dit: Tu ne bâtiras pas une maison

à mon nom, car tu es un homme de ·guerre et tu as

versé du sang. » • Néanmoins, David fut autorisé à rassembler

les matériaux pour la Maison du Seigneur. Quant

à l'édifice, ce n'est pas lui, mais son fils Salomon qui

devait le construire.

Peu après son accession au trône, Salomon se mit à

la grande oeuvre qui lui était échue en même temps que

sa couronne, comme un héritage et un honneur. Il en

posa les fondations dans la quatrième année de son règne,

et le bâtiment fut terminé en moins de sept ans et demi.

Grâce aux grandes richesses accumulées par son royal

père et spécialement affectées à la construction du Temple,

Salomon put mettre à contribution tout le monde connu

et associer les autres nations à sa grandiose entreprise.

Les ouvriers du temple se comptaient par dizaines dé

milliers et chaque secteur de l'entreprise se trouvait placé

sous la responsabilité d'un maître artisan. Etre employé

sur ce chantier à quelque titre que ce fût était un honneur

; et le travail en retira une dignité qu'on ne lui avait

jamais reconnue auparavant. La maçonnerie devint une

profession et la hiérarchie qui s'y établit a survécu jusqu'à

nos jours. L'érection du Temple de Salomon fit époque,

non seulement dans l'histoire d'Israël, mais dans celle

du monde.

Selon la chronologie généralement admise, le Temple

fut achevé vers l'an 1005 avant J.-C. Pour son architecture

et sa construction, sa décoration et son prix de revient,

il est considéré comme un des bâtiments les plus remarquables

de l'histoire. Les rites de la dédicace durèrent

PRÉAMBULE 7

sept jours - une semaine de réjouissances sacrées pour

Israël. Avec un cérémonial approprié, le Tabernacle de

la Congrégation et l'Arche sacrée de_ l'Alliance furent

introduits dans le Temple ; et l'Arche fut déposée dans le

sanctuaire intérieur, le Saint des Saints. Le Seigneur accepta

gracieusement cette offrande et le manifesta par une nuée

qui emplit les lieux sacrés au moment où les prêtres se

retiraient : « Les sacrificateurs ne purent y rester pour

faire le service, à cause de la nuée ; car la gloire de l'Eternel

remplissait la maison de Dieu. »' C'est ainsi que le

Temple remplaça, tout en l'incluant, ce Tabernacle dont

il était, en fait, le fastueux successeur.

Si nous comparons le plan du Temple de Salomon avec

celui de l'ancien Tabernacle, nous voyons qu'ils étaient

pratiquement identiques dans tous les traits essentiels

de la disposition et des proportions. Il est vrai que le

Tabernacle n'avait qu'une seule enceinte, alors que le

Temple était entouré de cours, mais le bâtiinent intérieur,

le Temple proprement dit, se confdrmait étroitement au

plan primitif. Les dimensions du Saint des Saints, du

Saint, et du Portique, étaient, dans le Temple, exactement

le double des parties correspondantes du Tabernacle.

La glorieuse prééminence de cette magnifique construction

fut de brève durée. Lé déclin en commença trentequatre

ans après la dédicace, cinq ans seulement après

la mort de Salomon ; et ce déclin s'amplifia bientôt en

une spoliation générale qui devint finalement une véritable

profanation. Salomon, ce roi, cet homme sage, ce maîtreconstructeur,

s'était laissé égarer par les artifices de femmes

idolâtres, et ses manières- dépravées avaient suscité l'iniquité

en Israël. La nation n'était plus unie; il s'y trouvait

des factions et des sectes, des partis et des croyances

particulières, certains adoraient au ·sommet des collines et

8 LA MAISON DU SEIGNEUR

d'autres sous les arbres verts, chaque groupe proclamant

l'excellence de son sanctuaire particulier. Le Temple perdit

bientôt son caractère de sainteté. Le don fut déprécié par

la perfidie du donateur, et Jéhovah retira Sa présence

tutélaire de ce lieu profané.

Les Egyptiens, qui avaient tenu le peuple en esclavage

jusqu'à ce qu'il en fût délivré par Dieu, furent de nouveau

autorisés à opprimer Israël. Schischak, roi d'Egypte,

s'empara de Jérusalem - cité de David et siège du

Temple - « et il prit les trésors de la maison de l'Eternel

» (I Roi 14:25-26 ; II Chron. 12:9). Une partie du

mobilier jadis sacré, que les Egyptiens avaient laissé, fut

pris par d'autres et affecté à des idoles (II Chron. 24:7).

L'oeuvre de profanation se poursuivit pendant des siècles.

Deux cent seize ans après la: spoliation des Egyptiens,

Achaz, roi de Juda, vola au Temple les quelques trésors

qui lui restaie~t et envoya une partie de cet or et de cet

argent en présent à un roi païen dont il cherchait à gagner

la faveur. En outre, il enleva l'autel et la cuve et ne laissa

qu'une maison là où jadis un Temple s'était élevé (II Rois

16:7-9; 17:18; cf. aussi II·Chron. 28:24-25). Plus tard,

Nebucadnetsar, roi de Babylone, consomma le dépouillement

du Temple et emporta les maigres trésors restants.

Quant au bâtiment lui-même, il le détruisit par le feu

(II Chron. 36:18-19; cf. aussi II Rois 24:13; 25:9).

Ainsi donc, six cents ans avant l'avènement sur terre

de notre Seigneur, Israël restait dépourvu de Temple. Le

peuple s'ét~it divisé ; il y avait deux royaumes - Israël

et Juda - enneniis l'un de l'autre ; ils étaient devenus

idolâtres et pervertis ; le Seigneur les avait rejetés, eux

et leur sanctuaire. Le Royaume d'Israël, qui comprenait

à peu près dix des douze tribus, avait été asservi par

l'Assyrie vers 721 avant J.-C., et un siècle plus tard, le

PRÉAMBULE 9

Royaume de Juda fut soumis par les Babyloniens. Pendant

soixante~dix ans, le peuple de Juda- celui qu'on appela

désormais « les Juifs » - fut gardé en captivité, ainsi

qu'il avait été prédit (Jérémie 25:11-12; 29:10). Puis,

sous la tutelle amicale de Cyrus (Esdras · 1 et 2) et de

Darius (Esdras 6), ils reçurent l'autorisation de retourner

à Jérusalem et d'y édifier une fois de plus un Temple en

accord avec leur foi. En souvenir de celui qui dirigea les

travaux, le Temple restauré est connu en ·histoire sous

le nom de Temple de Zorobabel. Les fondations en furent

jetées lors d'une cérémonie solennelle ; et à cette occasion,

les vétérans encore en vie qui se rappelaient le Temple

ancien, versèrent des larmes de joie (Esdras 3:12-13). En

dépit de tracasseries légales (Esdras 4:4-24) et d'autres

obstacles, le travail se poursuivit et moins de vingt ans

après leur retour, les Juifs eurent un Temple prêt à être

dédié. Le Temple de Zorobabel fut terminé en 515 avant

J.-C., exactement le troisième jour du mois d'Adar, la

sixième année du règne du roi Darius. La cérémonie de

dédkace suivit immédiatement (Esdras 6:15-22). Bien que

ce Temple fût de loin inférieur au splendide Temple de

· Salomon, si on les compare sous le rapport de la richesse

de la présentation et du mobilier, il était néanmoins tout

ce que le peuple pouvait construire de mieux, et le Seigneur

l'accepta comme une offrande concrétisant l'amour

et la dévotion de Ses enfants de l'alliance. Voyez, pour

preuve de son acceptation divine, comment des prophètes

tels que Zacharie, Aggée et Malachie exercèrent leur

ministère dans ses murs.

Environ seize ans avant la naissance du Christ,

Hérode Jer, roi de Judée, entreprit la reconstruction du

Temple de Zorobabel qui, à cette époque, était délabré au

point de tomber en ruines. Cet édifice avait tenu bon

!

1'

!

/'

10 LA MAISON DU SEIGNEUR

pendant cinq siècles ; sa ruiné était sans aucun doute

principalement l'effet du temps. De nombreux incidents

de la vie terrestre du Sauveur sont associés au Temple

d'Hérode. Il ressort avee évidence des écritures que tout

en s'opposant à la dégradation et aux usages commerciaux

auxquels le Temple avait été ravalé, le Christ reconnaissait

et cautionnait le caractère sacré des locaux du Temple.

Le Temple d'Hérode était un édifice sacré ; quel que fût

le nom sous lequel on le connaissait, c'était bien à Ses

yeux la Maison du Seigneur. Puis, lorsque le rideau de

ténèbres descendit sur la grande tragédie du Calvaire,

lorsqu'enfin le cri d'agonie « Tout est accompli » s'éleva

de la croix, le voile du Temple se déchira, et le Saint des

Saints de jadis se trouva mis à nu. La destruction absolue

du Temple avait été prédite par notre Seigneur, tandis qu'Il

vivait encore dans la chair (Matt. 24:2; Marc 13:2; Luc

21:6). En l'an 70 après J.-C., le Temple fut détruit de

fond en comble par le feu lorsque les Romains de Titus

se furent emparés de Jérusalem.

Le Temple d'Hérode fut le dernier temple édifié ·dans

l'hémisphère oriental. Depuis la destruction de ce grand

édifice jusqu'à l'époque de rétablissement de l'Eglise de

Jésus-Christ au dix-neuvième siècle, le seul récit que nous

possédions de la construction d'un temple, c'est la mention

que nous en trouvons dans les chroniques néphites.

Les écritures du Livre de Mormon affirment que des

temples furent érigés par les colons néphites sur ce que

l'on appelle maintenant le continent américain; mais nous

ne possédons que peu de détails sur la construction et

moins encore de faits concernant l'administration des

ordonnances effectuées dans ces temples occidentaux. Le

peuple construisit un Temple vers 570 avant J .-C., ce

temple étant conçu sur le modèle du Temple de Salomon,

,;<"t

PRÉAMBULÈ il

bien qu'il fût très· inférieur à ·cet édifice somptueux sous

le rapport de la grandeur et de la richesse. (Livre de ·

Mormon, II Néphi 5:16). Il est intéressant de lire que

quand le Seigneur ressuscité se manifesta aux Néphites sur

le continent occidental, Il les trouva assemblés aux abords

du Temple (Livre de Mormon, III Néphi 11:1). Le Livre

de Mormon, toutefois, ne fait plus mention de temples,

même à l'époque de la destruction de Jérusalem; en

outre la nation néphite vint à s'éteindre dans les quatre

siècles qui suivirent le Christ. Il est donc évident que,

dans les deux hémisphères, les temples cessèrent d'exister

au début de la période d'apostasie, et que le concept même

de Temple dans cette acception particulière disparut de

parmi les hommes. ·

Pendant de nombreux siècles, on ne fit plus au Seigneur

l'offrande d'un· sanctuaire ; le fait est, semble-t-il, que le

besoin ne s'en était point fait sentir. L'église apostate

déclara que les communications directes venant de Dieu

avaient ·cessé ; en remplacement de cette administration

divine, un gouvernement se constitua de son propre chef

et s'arrogea le pouvoir suprême. Il est bien évident qu'en

ce . qui concerne l'Eglise, la voix du Seigneur avait été

étouffée ; que les hommes n'étaient plus disposés à écouter

la voix de la révélation et que le gouvernement de l'Eglise

avait été abrogé par des agents humains 01 oyez, du même

auteur «La Grande Apostasie», chapitre IX).

Lorsque, sous le règne de Constantin, un christianisme

perverti fut devenu religion d'état, le besoin d'un lieu où

Dieu pourrait Se révéler ne se faisait pas encore sentir,

ou bien était ignoré. Il est vrai que l'on érigea nombre

d'édifices, dont la plupart étaient coûteux et grandioses.

Parmi ceux-ci, certains furent dédiés à Pierre et à Paul,

à Jacques et à Jean; d'autres à Marie-Madeleine et à la

\'

12 L~ MAISON DU SEIGNEUR

Vierge; mais pas un ne fut ~levé nommément par l'autorité

en l'honneur de Jésus, le Christ. Parmi cette mu1-

titude de chapelles et de sanctuaires, d'églises et de cathédrales,

le Fils de l'Homme ne possède pas un lieu qu'li

puisse appeler le Sien. Il fut déclaré que le Pape, qui

siégeait à Rome, était le vicaire du. Christ et qu'il avait le

pouvoir, sans révélation, de proclamer la volonté de Dieu

(Voyez du même auteur «La Grande Apostasie», chapitre

X).

Ce n'est que lorsque l'Evangile eut été rétabli au dixneuvième

siècle, avec ses anciens pouvoirs et privilèges,

que la Sainte Prêtrise se manifesta de nouveau parmi les

hommes. Il ne faut pas oublier que l'autorité de parler

et d'agir au nom de la divinité est essentielle pour un

Temple, et un Temple est vide sans l'autorité sacrée de'

la Sainte Prêtrise. En l'an 1820 de notre Seigneur, Joseph

Smith, le prophète de la: dernière dispensation, qui était

alors un adolescent dans sa quinzième année, reçut une

manifestation divine, dans laquelle le Père Eternel et

Son Fils, Jésus-Christ, lui apparurent et lui donnèrent des

instructions. (Cf. « Les Articles de Foi » du même auteur,

chapitre premier et les références qui s'y rapportent.) C'est

par l'intermédiaire de Joseph Smith que l'Evangile de jadis

fut rétabli sur terre et que l'ancienne loi fut remise en

vigueur. En temps voulu, et toujours par le ministère du

prophète, l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers

Jours fut organisée et sa fondation fut marquée par des

manifestations de la puissance divine. (Cf. « Les Articles

de Foi», surtout le chapitre premier et les notes qui s'y

rapportent.)

Il est un fait significatif : c'est que cette Eglise, fidèle

à la distinction qu'elle proclame - celle d'être l'Eglise

du Dieu vivant, CO!Dme son nom l'indique - commença,

PRÉAMBULE 13

dès les premiers jours de. son histoire, à prendre des dispositions

pour l'érection d'un Temple (Doctrine et Alliance~

36:8 ; 42:36 ; 133:2). L'Eglise fut organisée sous la form~

d'une association de personnes le 6 avril 1830 ; et, l'année

suivante, en juillet, elle recevait une· révélation désignant

le site d'un temple à èonstruire près d'Independence,

Missouri. La construction d'un temple en ce lieu d'élection

a été ajournée, de même que celle d'un autre temple à

Far-West, Missouri, dont la première pierre a été posée

en 1838 (Doctrine et Alliances 115:7-16). L'Eglise considère

comme une mission sacr~ cette responsabilité d'édifier

des temples à ces endroits, mais, jusqu'à présent elle n'a

pas eu la voie libre pour exécuter son projet. Entre-temps,

des temples ont été élevés en d'autres lieux, et déjà la

dispensation moderne est marquée par l'éreCtion de six de

ces édifices sacrés (Quinze en 1965).

Le premier jour du mois de juin 1833, dans une révélation

faite au prophète Joseph Smith, le Seigneur enjoignit

de construire immédiatement une maison sainte dans

laquelle, promit-Il, Il doterait Ses serviteurs élus de pouvoir

et d'autorité (Doctrine et Alliances section 95). Le

peuple répondit à cet appel dans un grand élan de- dévotion.

Malgré leur pauvreté insigne et les persécutions qu'ils enduraient\

sans relâche, l'oeuvre fut menée à bien et, en

mars 1836, le premier Temple des temps modernes fut

dédié à Kirtland, Ohio (Doctrine et Alliances, section 109).

La cérémonie de dédicace fut marquée de manifestations

divines comparables à celles qui accompagnèrent l'offrande

du premier Temple de jadis ; dans la suite, à différentes

occasions,1des êtres célestes apparurent dans ce lieu sacré,

porteurs de révélations de la volonté divine aux hommes.

C'est en ce lieu encore que l'on a revu et entendu Jésus

(Doctrine et Alliances 110:1-10). Moins de deux ans à

14 LA MAISON DU SEIGNEUR

dater de sa dédicace, le Temple de Kirtlaiid fut abandonné

par le peuple qui l'avait construit; ils furent contraints de

fuir à cause des persécutions, et, du fait de leur départ,

le Temple sacré devint un bâtiment ordinaire, renié par

le Seigneur au nom de qui il avait été édifié. Ce bâtiment

est toujours debout et sert de lieu de réunion à une petite

secte, relativement peu connue.

La migration des Saints des Derniers Jours s'effectua

vers l'ouest; et ils s'établirent tout d'abord dans le Missouri,

puis dans l'Illinois, avec N auvoo comme siège

central de l'Eglise. A peine s'étaient-ils installés dans ce

nouveau domicile, que la voix de la révélation se fit

entendre, demandant au peuple de construire à nouveau

une maison consacrée au nom du Seigneur.

La première pierre du Temple de N auvoo fut posée lè

6 avril1841, la dernière fut mise en place le 24 mai 1845 ;

chacùn de ces événements fut célébré par une réunion solennelle

et un service sacré. Bien qu'il fût évident pour tous

qu'ils seraient forcés de fuir de nouveau et bien qu'ils

.sussent que le Temple devrait être abandonné peu de temps

après avoir été achevé, ils apportèrent toute leur énergie et

toute leur diligence à terminer le bâtiment et 'à le meubler

convenablement. Il fut dédié le 30 avril 1846, bien que

certaines parties, telles que le baptistère, eussent été dédiées

antérieurement et utilisées pour l'oeuvre des ordonnances.

Nombre de Saints reçurent leur bénédiction et leur dotation

sainte dans le Temple de Nauvoo, bien que l'exode du

peuple eût recommencé, même avant le complet achèvement

de l'édifice. Le Temple fut abandonné par ceux qui

l'avaient édifié dans la pauvreté et le sacrifice. En novembre

1848, il devint la proie d'un incendie, et en mai 1850,

une tornade détruisit ce qui restait des murs noircis.

Le 24 juillet 1847, les pionniers <<Mormons'> péné-

PRÉAMBULE 15

trèrent dans les vallées de l'Utah, alors que cette région

était encore territoire mexicain, et y fondèrent une colonie

là où se dresse maintenant Salt Lake City. Quatre jours

plus tard, Brigham Young, prophète et chef, indiqua un

emplacement dans le désert et,. frappant de son bâton le sol

aride, proclama: ~C'est ici que sera le Temple de notre

Dieu». Cet emplacement, c'est maintenant le magnifique

bloc du Temple, autour duquel la ville s'est développée.

En février 1853, le lieu fut dédié par un service sacré, et

le 6 avril suivant, la première pierre du bâtiment fut posée

à l'occasion d'une cérémonie solennelle et imposante. La

construction du Temple de Salt Lake City dura quarante

ans ; la dernière pierre en fut posée le 6 avril 1892, et le

Temple, complètement achevé, fut dédié un an plus tard.

Des quatre Temples déjà construits en Utah, celui de

Salt Lake City fut le premier commencé et le dernier

achevé. Pendant qu'il était en voie de construction, trois

autres Temples furent édifiés par les .Saints des Derniers

Jours, un à St. George, un à Logan et un à Man ti, Utah.

Ajoutez à ces quatre temples les deux premiers construits,

à Kirtland, Ohio, et à Nauvoo, Illinois, et voilà six de ces

édifices sacrés déjà construits au cours de la présente et

dernière dispensation de la Prêtrise, la dispensation de la

plénitude des temps. •

Nous n'avons pas l'intention, dans le présent chapitre,

de considérer en détail aucun Temple particulier, ni ancien

ni moderne ; mais plutôt de faire ressortir les traits essen- .·

tiels et caractéristiques des Temples,. et d'établir nettement

le fait que, aussi bien dans l'Antiquité que dans les temps

modernes, le peuple de l'alliance a toujours considéré la .

construction des Temples comme étant une oeuvre spécifiquement

exigée de lui. De ce qui précède, il ressort bien

qu'un Temple est plus qu'une chapelle ou une église, plus

16 LA MAISON DU SEIGNEUR

qu'une synagogue ou une cathédrale ; c'est un bâtiment

édifié en vue d'être la Maison du Seigneur, consacré à la

communion la plus intime êntre le Seigneur Lui~même et la

Sainte Prêtrise, et réservé aux ordonnances les plus hautes

et les plus sacrées, caractéristiques de l'époque, ou dispensation,

à laquelle ce Temple particulier appartient. En

outre, pour être vraiment un Temple saint - accepté par

Dieu et reconnu par Lui comme Sa maison - l'offrande

doit avoir été demandée, et le don aussi bien que le donateur

doivent être dignes.

L'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours

proclame qu'elle détient la Sainte Prêtrise à nouveau réta'

blie sur la terre, et qu'elle est investie de la divine mission

d'édifier et d'entretenir des Temples dédiés au nom et au

service du véritable Dieu vivant, ainsi que d'administrer,

dans ces édifices sacrés, les ordonnances de la Prêtrise, qui

ont pour effet de lier aussi bien sur la terre qu'au-delà du

tombeau.

NOTES DU CHAPITRE 1

1

Il est intéressant et instructif à cet égard de considérer l'importance du

nom Béthel, contraction de Beth Elohim, donné par Jacob au lieu où le Seigneur

se manifesta à lui. Il dit : « Certainement, l'Eternel est en ce lieu, et moi,

je ne le savais pas ! Il eut peur, et dit : Que ce lieu est redoutable ! Et Jacob

se leva de bon matin ; il prit la pierre dont il avait fait son chevet, il la dressa

pour monument, et il versa de l'huile sur son sommet. Il donna à ce lieu le

nom de Béthel. » (Genèse 28:16-19 ; lisez les versets 10-22.)

Josué 18:1; aussi 19:51; 21:2; Juges 18:31; I Samuel 1:3, 24; 4:3-4.

c I Chron. 21:29; II Chron. 1:3.

II Samuel 6:12 ; Il Chron. 5:2.

I Chron. 28:2-3 ; Il Samuel 7:1-13.

NOTES 17

t II Chron. 5:14; voyez aussi 7:1-2 et Exode 40:35.

u Il convient d'y ajouter à l'heure actuelle les Temples de LAIE, Oahu,

Hawaï; CARDSTON, Alberta, Canada; MESA, Arizona; IDAHO FALLS,

Idaho ; LOS ANGELES et OAKLAND, Californie ; BERNE, Suisse ;

HAMILTON, Nouvelle-Zélande; LONDRES, Angleterre.

CHAPITRE II

LES SANCTUAIRES

DES DISPENSATIONS ANTÉRIEURES

Tel que nous le comprenons et l'utilisons ici, le terme

« temple » a le sens restreint de « bâtiment réel, édifié par

l'homme,. sanctifié et consacré au service particulier de la

Divinité, ce service comprenant l'administration par l'autorité

voulue, des ordonnances qui sont du ressort de la Sainte

Prêtrise» et non pas le sens large d'endroit, quelque sacré

qu'il ait pu devenir. Si les lieux sacrés devaient être classés

av~ les bâtiments sacrés dans la catégorie des temples,

celle-ci renfermerait pas mal de Bethe! sacrés que l'on

considère rarement comme des temples. Au sens le plus

large du terme, c'est le Jardin d'Eden qui fut le premier

sanctuaire de la terre, car c'est là que le Seigneur parla à

l'homme pour la première fois et lui fit connaître la loi

divine; De même, le Sinaï devint un sanctuaire, car cette

montagne fut consacrée afin de devenir la résidence spéciale

du Seigneur pendant qu'il communiquait avec le prophète

et qu'il promulguait ses décrets. La sainteté de ces

lieux est encore comparable à celle du mont Horeb, où

Dieu s'adressa à Moïse du milieu d'une flamme, et où

l'homme qui s'approchait fut arrêté par cet ordre:

«N'approche pas d'ici; ôte tes souliers de tes pieds, car

le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. »

LES SANCTUAIRES 19

(Exode 3:5.) Mais un temple se caractérise non pas seulement

comme le lieu où Dieu se révèle à l'homme, mais

aussi comme la Maison où }es ordonnances obligatoires de

la Prêtrise sont administrées solennellement.

LE « TÉMOIGNAGE »

Antérieurement à la construction du Tabernacle dans le

désert, c'est-à-dire, en fait, au cours des premières étapes

de sa mémorable sortie d'Egypte, le peuple d'Israël possédait

pour ses objets sacrés un lieu de dépôt appelé le

«témoignage». Une mention nette en est faite à l'occasion

de l'incident que voici : Selon les instructions divines, un

vase rempli de manne devait être conservé, de peur que le

peuple n'oubliât la puissance et la bonté de Dieu, par

lesquelles il avait été nourri :

« Moïse dit : Voici ce que l'Eternel a ordonné : Qu'un

omer rempli de manne soit conservé pour vos descendants,

afin qu'ils voient le pain que je vous ai fait manger

dans le désert, après vous avoir fait sortir du pays

d'Egypte. Et Moïse dit à Aaron : Prends un vase, mets-y

de la manne plein un omer, et dépose-le devant l'Eternel,

afin qu'il soit conservé pour vos descendants. Suivant

l'ordre donné par l'Eternel à Moïse, Aaron le déposa

devant le témoignage, afin qu'il fût conservé. » (Exode

16:32-34.)

Il semble peu douteux que le « témoignage » en question

fût une construction matérielle et que le nom en suggérât

un témoignage divin quant à son caractère sacré. Du fait

que le récit de l'Exode ne mentionne pas la réalisation

d'une construction de cette sorte et, en outre, puisque

l'existence et l'usage en étaient formellement connus avant

que le peuple eût eu le temps ou la possibilité de le confectionner

dans le désert, il semble bien que ce « témoignage »

20 LA MAISON, DU SEIGNEUR

sacré a dû venir avec eux d'Egypte. Cet incident est plein

d'intérêt et d'importance en ce qu'il démontre l'existence

d'un sanctuaire sacré pendant qu'Israël se développait pour

former une nation et alors que ce peuple était assujetti à •

des maîtres idolâtres. Cette application du terme « témoignage

» ne doit pas être confondue avec cette autre qu'on

en fit plus tard, en désignant ainsi les tables de pierre portant

le Décalogue inscrit par Dieu. (Exode 31:18 ; 25:16 ;

32:15 ; 34:28-29.) Il est à noter encore que le Tabernacle

qui abritait l'Arche de l'Alliance contenant les tables de

pierre sacrées, est nettement dénommé Tabernacle du

Témoignage. Les différents usages de ce terme n'entraînent

aucune ambiguïté si l'on considère soigneusement le contexte

dans chaque cas.

LE TABERNACLE PROVISOIRE

Tandis que Moïse était en communion avec le Seigneur ·

sur le Sinaï, le peuple, laissé un moment à lui-même, érigea

un Veau d'Or à l'imitation du Boeuf Apis, une idole

égyptienne ; en conséquence de leurs orgies idolâtres, la

colère du Seigneur s'alluma contre eux. Du;rant la période

d'éloignement qui s'ensuivit, et avant qu'une réconciliation

fût intervenue entre Jéhovah et Son peuple, les manifestations

divines cessèrent, et c'est seulement à l'écart du camp

que l'on pouvait trouver le Seigneur. Nous lisons, relativement

à cet état de choses, qu'un lieu temporaire de réunion

fut établi, peut-être la tente de Moïse, qui fut sanctifiée

par la présence divine. En voici le récit :

« Moïse prit la tente et la dressa hors du camp, à

quelque distance ; il l'appela tente d'assignation; et tous

ceux qui consultaient l'Eternel allaient vers la tente d'assignation,

qui était hors du camp.

LES · SANCTUAIRES 21

Lorsque Moïse se rendait à la tente, tout le peuple

se levait, chacun se tenait à l'entrée de sa tente, et _suivait

des yeux Moïse, jusqu'à ce qu'il fût entré dans la

tente. ·

Et lorsque Moïse était entré dans la tente, la colonne

de nuée descendait et s'arrêtait à l'entrée de la tente, et

l'Eternel parlait avec Moïse. Tout le peuple voyait la

colonne de nuée qui s'arrêtait à l'entrée de la tente, tout

le peuple se levait et se prosternait à l'entrée de sa tente.

L'Eternel parlait avec Moïse face à face, comme un

homme parle à son ami. Puis Moïse retournait au camp ;

mais son jeune serviteur, Josué, fils de Nun, ne sortait

pas du milieu de la tente.>> (Exode 33:7-11.)

La tente appelée ici tente (tabernacle) d'assignation,

n'est pas la construction compliquée et coûteuse réalisée

spécialement selon les directives du Seigneur ; cela ressort

avec évidence du fait que ce tabernacle plus grandiose et

plus résistant n'avait pas encore été construit au moment

dont il est question dans l'écriture que nous venons de

citer. Contrairement au Tabernacle ultérieur, qui fut dressé

au centre du camp tandis que les tribus se massaient tout

autour dans un ordre imposé, le Tabernade provisoire fut

planté en dehors du camp, à l'écart, peut-être en signe de

l'éloignement du Seigneur consécutif à la trahison idolâtre

d'Israël. Mais ce Tabernacle provisoire fut néanmoins un

sanctuaire sacré, ainsi qu'en témoignent les rapports personnels

qu'y entretinrent Jéhovah et Son serviteur Moïse.

LA TENTE D'ASSIGNATION

C'est au milieu des nuées, dans un grand accompagnement

de tonnerre et d'éclairs, que le Seigneur, sur le Sinaï,

confia à Moïse la loi et le témoignage. Moïse ne fut pas le

seul à converser là avec le Seigneur en personne : par ordre

1

;:1

22 LA MAISON DU SEIGNEUR

divin, Aaron et ses fils N adah et Abihu, ainsi que soixantedix

anciens d'Israël, firent l'ascension de la montagne et

virent effectivement le Dieu d'Israël. Au-dessus du Sinaï,

la gloire du Seigneur demeura pendant de longs jours :

« Moïse entra au milieu de la nuée, et il monta sur la .

montagne. Moïse demeura sur la montagne quarante jours

et quarante nuits. » (Exode 24:9, 10, 18 ; lire le chapitre

entier.)

Lorsqu'il redescendit, Moïse avait reçu mission de faire

appel aux enfants d'Israël afin qu'ils apportent en contribution

et en offrande· une partie de leurs biens et de tous

leurs objets précieux, tout ce qui pourrait servir à la construction

d'un sanctuaire pouvant être utilisé dans le désert.

« L'Eternel parla à Moïse, et dit : Parle aux enfants

d'Israël. Qu'ils m'apportent une offrande ; vous la recevrez

pour moi de tout homme qui la fera de bon coeur.

Voici ce que vous recevrez d'eux en offrande: de l'or,

de l'argent et de l'airain; des étoffes teintes en bleu, en

pourpre, en cramoisi, du fin lin et du poil de chèvre ; des

peaux de béliers teintes en rouge et des peaux de dauphins

; du bois d'acacia ; de l'huile pour le chandelier, des

aromates pour l'huile d'onction et pour le parfum odoriférant

; des pierres d'onyx et d'autres pierres pour la garniture

de l'éphod et du pectoral. ·

Ils me feront un sanctuaire et j'habiterai au milieu

d'eux.

Vous ferez le tabernacle et tous ses ustensiles d'après

le modèle que je vais te montrer. »a -

Le peuple répondit si libéralement et si promptement à

cet appel qu~on eut bientôt réuni plus que les matériaux

nécessaires.

« Et ils vinrent dire à Moïse : Le peuple apporte beaucoup

plus qu'il ne faut pour exécuter les ouvrages que

l'Eternel a ordonné de faire.

Moïse fit publier dans le camp que personne, homme

ou femme, ne s'occupât plus d'offrandes pour le sanc-

LES SANCTUAIRES 23

tuaire. On empêcha ainsi le peuple d'eh apporter; les

objets préparés suffisaient, et au-delà, pour tous les

ouvrages à faire.» (Exode 36:5-7.)

La direction diville se m3nifesta dans ·la désignation des

hommes qui devaient être chargés du travail. Betsaléel,

fils d'Uri et Oholiab, fils d'Ahisamac, furent désignés par

révélation comme devant être des maîtres-artisans sous la

direction de quiJes autres ouvriers devaient travailler, jusqu'à

ce que tout fût achevé conformément au modèle et

au plad révélés. Et lorsque ce fut ainsi mené à bien, cela

représentait ce qu'il y avait de mieux sous le rapport des

matériaux et de la main-d'oeuvre. '

Le Tabernacle .se dressait dans une enceinte extérieure,

ou parvis, masqué par des écrans de toile, avec aux entrées

des rideaux finement brodés. Les tentures qui formaient les

murs du parvis étaient suspendues à des colonnes qui se

dressaient à intervalles tout au long de l'enceinte de forme

oblongue. Les murs les plus longs ·étaient orientés estouest,

et l'entrée principale de l'enceinte se trouvait du

côté est. Des deux carrés délimités par les tentures, celui

de l'est était réservé aux assemblées du peuple, tandis que

celui de l'ouest constituait le terrain sacré réservé au Tabernacle

lui-même.

L'espace total ainsi enclos mesurait cent. coudées de

long sur cinquante de large, soit approximativement quarante-

cinq mètres sur vingt-deux mètres cinquante.b Dans

la partie est, et par conséquent à l'écart du Tabernacle, se

trouvait l'autel des holocaustes. Entre l'autel et le Tabernacle

se trouvait la cuve: c'était un grand bassin d'airain,

monté sur un piédestal et contenant l'eau destinée aux ablutions

rituelles, à la purification des mains et des pieds des

prêtres. Il est intéressant de noter que la cuve et son pié24

LA MAISON DU SEIGNEUR

destal ont été fabriqués par une contribution spéciale des

femmes, qui donnèrent dans ce but leurs miroirs d'airain.

Le Tabernacle avait son grand axe orienté est-ouest et

.son entrée du côté est. Cette construction n'avait que

trente coudées de long sur dix de large, soit treize mètres

cinquante sur quatre mètres cinquante ; ce sont là les

dimensions fournies par Josèphe et elles sont pratiquement

en accord avec la description qu'en· donne l'Exode, selon

laquelle les murs étaient faits de vingt planche!> d'un côté,

chaque planche ayant une coudée et demie de large ; du

côté ouest, il y avait six planches; chacune d'une coudée

et demie, soit neuf coudées en tout, si f'on ajoute à ceci les

poteaux d'angle, cela nous donne une largeur totale égale à

celle mentionnée par Josèphe, dix coudées. Les planches

des murs étaient assemblées par des tenons ayant des bases

d'argent, deux pour chaque planche ; les planches ellesmêmes

étaient recouvertes d'or et pourvues d'anneaux de

même métal pour recevoir lès barres qui étaient aussi

recouvertes d'or.

On remarquera que le Tabernacle n'était qu'une construction

modeste, ne se prêtant absolument pas à recevoir

de grandes assemblées, mais il faut se rappeler qu'il n'avait

jamais été conçu dans ce but. A l'intérieur du Tabernacle,

il n'y avait que les détenteurs attitrés de la Prêtrise qui

officiaient ; et parmi eux, seuls ceux qui participaient effectivement

au service de la journée pouvaient être admis.

Le Tabernacle était divisé, par un rideau appelé le V <;>ile,

en deux compartiments : le compartiment extérieur s'appelait

le Saint, et le compartiment intérieur était le Très Saint

Lieu, ou Saint des Saints. Josèphe et quelques autres

affirment que le Tabernacle se composait de trois parties ;

mais la troisième subdivision se trouvait en réalité en dehors

de. la tente principale et se présentait comme un portique à

LES SANCTUAIRES 25

l'extrémité orientale, profond de cinq coudées et s'étendant

sur toute la largeur de la façade. Le Voile, qui séparait le

Saint du Saint des Saints était un fin travail « de fil bleu,

pourpre et cramoisi, et de fin lin retors, artistement travaillé

» ; on y avait brodé des chérubins. Il était suspendu à

quatre colonnes de bois recouvertes d'or ; les crochets

étaient d'or et les bases d'argent. Le bois utilisé pour ces

colonnes, ainsi d'ailleurs que dans d'autres parties de la

construction, était ce bois rare, précieux et résistant, le

shittim ou acacia, que l'on appelle parfois bois d'épine.

Au-delà du Voile, l'enceinte était des plus sacrées et c'est

là que fut placée l'Arche d'Alliance avec son propitiatoire

supportant les chérubins sacrés, dont une description nous

est donnée en ces termes :

« Betsalaléel fit l'arche de bois d'acacia ; sa longueur

était de deux coudées et demie, sa largeur d'une coudée

et demie, et sa hauteur d'une coudée et demie.

Il la couvrit d'or pur en dedans et en dehors, et il y fit

une bordure d'or tout autour.

Il fondit pour elle quatre anneaux d'or, qu'il mit à

ses quatre coins, deux anneaux d'un côté et deux anneaux

de l'autre côté.

Il fit des barres de bois d'acacia et les couvrit d'or.

Il passa 'les barres dans les anneaux sur les côtés de

l'arche, pour porter l'arche. Il fit un propitiatoire d'or

pur ; sa longueur était de deux coudées et demie, et sa

largeur d'une coudée et demie. Il fit deux chérubins d'or ;

il les fit d'or battu, aux deux extrémités du propitiatoire.

Un chérubin à l'une des extrémités, et un chérubin à

l'autre extrémité ; il fit les deux chérubins sortant du

propitiatoire à ses deux extrémités.

Les chérubins étendaient les ailes par-dessus, couvrant

de leurs ailes le propitiatoire, et se regardant l'un l'autre ;

les chérubins avaient la face tournée vers le propitiatoire. »

(Exode 37:1-9 ; 25:10-22.)

26 LA MAISON DU SEIGNEUR

A l'extérieur du Voile, mais toujours à l'intérieur du

Tabernacle, se trouvait le Saint; c'est ici qu'étaient placés

la table des pains de proposition, l'autel des parfums et le

chandelier d'or à sept branches. (Exode 37:10-29,

25:23·AO.)

Les riches tissus de travail délicat qui formaient les murs

et le toit du Tabernacle étaient protégés par des tentures

plus grossières en poil de chèvre ; celles-ci, à leur tour

' . ' etru.ent recouvertes de peaux. L'édifice tout entier porte

dans les écritures tantôt le nom de Tente d'assignation et

tantôt celui de Tabernaclè d'assignation ; la première

expression apparaît treize fois, la seconde, cent trente-trois

fois ; pourtant, nonobstant cette différence, l'original en

était dans chaque cas « Ohel Moed », dont la traduction

la plus sûre est « Tente de Réunion ». Il ne faut pas supposer

cependant que ceci doit être pris au sens courant de

lieu de réunion, car la réunion dont il est question ici n'est

pas un rassemblement d'adorateurs, mais le lieu de commu~

ion entre Dieu et Sa Prêtrise. La Tente de Réunion, ou

Tabernacle d'assignation, chez Israël, était la tente du

Seigneur, celle où Il rencontrait les représentants accrédités

de Son peuple.

Le premier jour de la seconde année qui suivit la sortie

d'Israël <l'Egypte, le Tabernacle fut monté pour la première

fois, et tout le mobilier sacré fut disposé selon les

~rdres exprès du Seigneur. Le voile fut suspendu, et ce

lieu consacré comme un lieu très saint, ineffablement sacré,

comme étant la résidence de Jéhovah. A ce moment, tout

COlpllle sur le Sinaï une nuée avait enveloppé le séjour

provisoire de Dieu, il en fut de même pour le Tabernacle :

«Alors la nuée couvrit la tente d'assignation et la

gloire de l'Eternel remplit le Tabernacle. '

Moïse ne pouvait pas entrer dans la tente d'assignation,

LES SANCTUAIRES 27

parce que la nuée restait dessus, et que la gloire de

l'Eternel remplissait le ,Tabernacle,

Aussi longtemps que durèrent leurs marches, les enfants

d'Israël partaient quand la nuée s'élevait de dessus le

Tabernacle. ·

Et quand la nuée ne s'élevait pas, ils ne partaient pas,

jusqu'à ce qu'elle s'élevât.

La nuée de l'Eternel était de jour sur le tabernacle ;

et de nuit, il y avait un· feu, aux yeux de toute la maison

d'Israël, pendant toutes leurs marches. » (Exode

40:34-38.) .

L'idée dir~ctrice, la pensée sous-jacente dans l'édification

de ce sanctuaire transportable, était qu'il fallait exprimer

l'étroite association entre Jéhovah et Son peuple. Le peuple

devait se considérer comme essentiellement le peuple de

Dieu, et c'est parmi eux qu'il devait établir Sa demeure,

surpassant ainsi de façon transcendante la présence des

dieux de bois et de pierre qu'abritaient les nations idolâtres

avec lesquelles Israël devait se mesurer. Cette pensée fut

exprimée dans le tout premier commandement ayant trait

à la construction du tabernacle : « Ils me feront un sanctuaire

et j'habiterai au milieu d'eux. » (Exode 25:8.) .

II y avait un autre élément, plus indispensable en vérité

que le Tabernacle ou le Temple pour l'entretien de relations

étroites avec la Divinité : c'était la Prêtrise. Il fallait

donc s'attendre, puisqu'un sanctuaire sacré avait été établi,

à ce que l'on procédât à des désignations et des ordinations

afin de mettre des hommes vraiment à part en vue

des offices sacrés de la Prêtrise. Moïse était le premier

grand-prêtre d'Israël ; il était à l'origine d'une dispensation

distincte de l'autorité et de la puissance divines ; mais il y

avait beaucoup d'autres fonctions de la Prêtrise, d'un ordre

moins élevé, et c'est en vue de pourvoir à celles-ci que

furent mis à part Aaron et ses quatre fils, Nadab, Abihu,

28 LA MAISON DU SEIGNEUR

Eléazar et !thamar. De même que le Tabernacle avait été

construit selon des directives expresses portant jusque sur

le moindre détail ; les fonctions de la Prêtrise furent arrêtées

et l'ordre du culte établi de manière à ce que le peuple

se souvînt que parmi eux habitait Jéhovah et qu'ils ne

devaient lui préférer aucun autre dieu. (Exode, chapitre

28.)

Le Tabernacle avait été préparé essentiellement en vue

d'un service itinérant ; aussi les parties constituantes

furent-elles achevées séparément et conçues de manière à

permettre un montage et un démontage aisés. Lorsqu'il se

dressait au milieu de son parvis, le Tabernacle occupait la

place d'honneur au centre du camp.

A l'est, et par conséquent immédiatement devant l'entrée

du parvis, se trouvaient les tentes des prêtres ; tandis que

les Lévites campaient le long des trois autres côtés. Se

trouvant ainsi les serviteurs les plus proches, on les a comparés

aux gardes-du-corps du Grand Roi • dont le trône se

trouvait à l'intérieur du sanctuaire ; au-delà de leurs tentes,

les autres tribus étaient installées selon l'ordre de préséance

établi. Quand il était démonté et en cours de transport,

lorsque le peuple était en marche, le Tabernacle occupait

toujours la place centrale; ses porteurs, c'étaient les Lévites,

et toute l'armée d'Israël était sa garde.

Jusqu'à ce qu'Israël se fût établi de façon permanente

dans la terre promise, le Tabernacle d'assignation n'eut

que des sièges temporaires. Tant que le peuple se déplaça,

le . sanctuaire fut transporté, jusqu'à ce qu'il trouvât un

siège un peu plus permanent à Silo. C'est en ce lieu, à la

porte du Tabernacle, que la répartition définitive de Canaan

entre les tribus fut effectuée." C'est là que le Tabernacle

demeura durant la période des Juges et jusqu'après le

moment où Dieu permit que l'Arche d'Alliance passât de

LES SANCTUAIRES 29

la garde d'Israël à celle des Philistins, parce qu'~sraël av~t

péché. (I Samuel 4:10-18.) .La gloire du s~c~ua~~e ~ ferdr

beaucoup et bien que le Tabernacle contmuat. eXIs er,, e

service sacré se mit à décliner. C'est avec. tnstesse qu on

proclama la vérité : « La gloire est bannie d'Israël, ~ar

l'arche de Dieu est prise. » (I Samuel 4:22.) On possede

la preuve que pendant une brève période sous ~e règne de

Saül le Tabernacle fut établi à Nob, car c'est la que nous

trou~ons le prêtre Achinlélec continuant le . s~rvi7e des

pains de proposition (I Samuel 21:1-6), mais 1 Arche

d'Alliance n'était certainement pas là (I Samuel 7:1-2).

Nous apprenons ensuite que le Tabernacle a été dressé à

Gabaon, quoique la situation q?i motiva so? tran~port en

cet endroit ne nous apparrusse pas tres clrurement.

(I Chron. 21:28-30; II Chron. 1:3-6.) L'Arche fut mise à

l'abri dans une autre tente, et finalement toutes deux ~urent

transférées dans le splendide Temple de Salomon qm supplanta

tous les sanctuaires antérieurs.

LE TROISIÈME TABERNACLE

Une autre tente-sanctuaire fut encore montée et utilisée

par Israël antérieurement à la ~~~struction, du grand

Temple. Celle-ci, pour plu~ de fa,ct~It~, nous 1 ap~ellero.ns

le troisième Tabernacle ; Il fut edifie par le rm J?avid,

dans sa propre ville, pour servir d'abri à l'Arche d'A}iu~nce.

Comme nous l'avons déjà mentionné, le récit de l'ecnture

parle de la capture de l'Arche par les Philistins et de son

retour en Israël. Cet incident se produisit durant la fin d~

règne des Juges, avant qu'Israël se fût incliné devant un roi

en Canaan. (I Samuel 4:10-22; aussi Chapitres 5 et 6;

ainsi que 7:1-2.)

Durant tout le règne de Saül, l'Arche demeura sous le

toit d'une demeure privée ; en ce lieu, toutefois, il y avait

:'J'

30 , LA MAISON DU SEIGNEUR

u~ prêtre chargé d~ l'ent:etien et du service. L'un des pre~

Iers actes de David apres son accession au trône fut d'étudier

le transfert de l'Arche en un lieu plus convenable. Au

cou~s ~e ce .~an~fert, Uz.za fut frappé, parce que sans en

avOir 1 autonte, il essayrut de retenir le meuble sacré · et

cette manifestation du mécontentement divin affect; si

fort David qu'il remit à plus tard son projet d'runener

l' A~che dans sa propre ville, et il la plaça dans une autre

mruson: particulière, celle d'Obed-Edom, de Gath.

(II Srunuel 6:1-12 ; aussi I Chron, chapitre 13.) Tant que

l' :Uche demeura, sous ce. toit, la famille fut bénie et prospera:

A~ bout ? un certam temps, le plan originel fut mis

a execut~on :t 1 _Arche fut déposée dans une tente spécialem~

nt preparee ~ c;t effet d~s la Cité de David : « Après

qu on. ~ut amene 1 arche de 1 Eternel, on la mit à sa place

au milieu de la tente que David avait dressée pour elle ·

et David offrit devant l'Eternel des holocaustes et des sacri~

fiees d'actions de grâces. » (II Srun. 6:17; aussi I Chron.

15:1, et 16:1.)

~n~i,, durant le règne de David, il y eut deux endroits

consideres comme sanctuaires ; et le culte du peuple en

fut divisé. II semble que Salomon reconnut la saintèté des

deux endroits : le lieu où reposait l'Arche à Jérusalem et

l'emp~acement du Tabernacle d'assignation à Gab;on.

(I ROis 3:15 et II Chron. 1:3-4.) C'est par ses soins que les

deux sanctuaires furent réunis. (I Rois 8:1-4.)

LE TEMPLE DE SALOMON

A ~eine l'Arche d'Alliance avait-elle été déposée dans

la capitale d~ ~oya~m.e - !a Cité .de David - que le roi

conçut le desir d edifier a son Intention un abri plus

durable que la tente dans laquelle on l'avait installée en

grande pompe. Il semble que la conscience du roi fut

LES SANCTUAIRES 31

troublée par la pensée qu'il était mieux logé que le sanctuaire

du Seigneur : « Lorsque David fut établi dans sa

maison, il dit à Nathan le prophète: Voici, j'habite dans

une maison de cèdre, et l'arche de l'alliance de l'Eternel est

sous une tente.» (I Chron. 17:1 ; aussi II 'Samuel 7:1-2.)

Le désir de David était de construire pour le Seigneur une

Maison convenable et, tout d'abord, le prophète Nathan

encouragea l'entreprise. Mais le Seigneur parla à Nathan

et le chargea de décliner l'offre que lui faisait le roi. Bien

que Jéhovah eût été dépourvu d'un sanctuaire que le

peuple aurait reconnu comme Sien, bien que, comme Il le

fit remarquer, il ne fût pas. demeuré dans une maison en

Israël, mais fût passé d'une tente dans une autre et d'un

tabernacle dans un autre (l Chron. 17:4-5) bien que, ainsi

que le texte le laisse entendre, le Seigneur eût été négligé

au cours du long délai qui précéda l'érection d'une Maison

à Son nom, David, néanmoins, ne pouvait pas avoir

l'honneur d'être chargé, ni même d'être autorisé à construire

une telle maison, car on le tenait pour un homme de

sang. (I Chron. 22:8 ; comparez avec 28:3, et I Rois. 5:3.)

Nous n'avons pas à juger ici de l'importance de l'offense

de David, ce serait usurper une prérogative divine ; qu'il ·

nous suffise de savoir que même un don royal peut être

refusé s'il y a quoi que ce soit qui nécessite une réconciliation

entre le mortel et son Dieu. David fut toutefois

autorisé à fournir les moyens et à rassembler les matériaux

qui seraient. utilisés plus tard· pour l'érection du Temple ;

(I Chron. 22:1-5) en outre,· c'est par son entremise que

fut choisi et sanctifié le site sur lequel lé grandiose édifice

devait s'élever dans la suite. Une grande peste. s'était

abattue sur Israël et l'Ange du Seigneur, envoyé avec un

mandat de destruction, fut apérçu par David alors qu'il se

tenait, le glaive à la main, sur le mont Morija, sur l'aire

1

1.

32 LA MAISON DU SEIGNEUR

d'Aravna le Jébusien. (II Samuel 24:15-25; aussi 1 Chron.

21:15-17; et II Chron. 3:1.) Ce lieu, sanctifié par la présence

d'un messager céleste, même si ce messager était

l'Ange de la Mort, fut marqué par l'érection d'un autel,

ainsi que le Seigneur l'ordonna par l'intermédiaire du

prophète Gàd. (1 Chron. 21:18-20-30; comparez avec II

Samuel 24:18-25.)

Lorsque David se rendit compte que ses années étaient

comptées, il reporta sur Salomon, son fils et successeur

désigné, la mission solennelle de construire cette maison

qu'il lui· avait été interdit de construire. Le roi s'appesantit

pathétiquement sur sa propre disgrâce, puis répéta

la promesse qu'avait faite le Seigneur d'accepter cette

offrande de la main de Salomon. Voici ce que dit le récit

biblique:

« Et David fit beaucoup de préparatifs avant sa mort.

David appela Salomon, son fils, et lui ordonna de bâtir

une maison à l'Eternel, le Dieu d'Israël.

David dit à Salomon : Mon fils, j'avais l'intention de

bâtir une maison au nom de l'Eternel, mon Dieu.

Mais la parole de l'Eternel m'a été ainsi adressée:

Tu as versé beaucoup de sang, et tu as fait de grandes

guerres ; tu ne bâtiras pas une maison à mon nom, car

tu as versé devant moi beaucoup de sang sur la terre.

Voici, il te naîtra un fils, qui sera un homme de

repos, et à qui je donnerai du repos en le délivrant de

tous ses ennemis d'alentour ; car Salomon sera son

nom, et je ferai venir sur Israël la paix et la tranquillité

pendant sa vie. ·

Ce sera lui qui bâtira une maison à mon nom. Il sera

pour moi un fils, et je serai pour lui un père ; et j'affermirai

pour toujours le trône de son royaume en Israël.

Maintenant, mon fils, que l'Eternel soit avec toi, afin

que tu prospères et que tu bâtisses la maison de l'Eternel,

ton Dieu, comme il l'a déclaré à ton égard !

Veuille seulement l'Eternel t'accorder de la sagesse et

LES SANCTUAIRES 33

de l'intelligence, et te faire régner. sur Israël dans l'observation

de la loi de l'Eternel, ton Dieu !

Alors tu prospérer~, si tu as soin de mettre en ~ratique

les lois· et les ordonnances que l'Eternel a presentes

à Moïse pour Israël. Fortifie-toi et prends courage, ne

crains point et ne t'effraie point.

Voici, par mes efforts, j'ai préparé po~r. la maison de

l'Eternel cent miile talents d'or, un mdhon de talents

d'argent, et une quantité d'airain et de fer qu'il ~·~st Pru:

possible de peser, car il y en a en abond.ance; J at aussi

préparé du bois et des pierres, et tu en aJo~teras. encore.

Tu as auprès de toi un grand nombre d ouvners, des

taiiieurs de pierre, et des charpentiers, et des hommes

habiles dans toute espèce d'ouvrages.

L'or, l'argent, l'airain et le fer, sont saJ?-S nombre.

Lève-toi et agis, et que l'Eternel soit avec tot !

David ordonna à tous les chefs d'Israël de venir en

aide à Salomon, son fils.

L'Eternel votre Dieu, n'est-il pas avec vous, et ne vous·

a-t-il pas d~nné du repos de tous côtés ? Car il a livré

entre mes mains les habitants du pays, et le pays est

assujetti devant l'Eternel et devant son peuple.

Appliquez maintenant votre coeur et votre âme à chercher

l'Eternel votre Dieu ; levez-vous et bâtissez le sanctuaire

de l'Et~rnel Dieu, afin d'amener l'arche de l'alliance

de l'Eternel et les ustensiles consacrés à Dieu dans la

maison qui sera bâtie au nom de l'Eternel. » (I Chron.

22:5-19 ; voyez aussi 28:1-8 ; 29:1-7.)

David donna à Salomon des instructions détaillées concernant

la disposition et les mesures de la maison et de ses

dépendances, le plan du portique ainsi que celui du bâtiment

principal et des constructions annexes « et c'est pa.r

l'Esprit qu'il avait le modèle de tout ce~a .. »,En outr~, _il

lui donna des directives concernant le mtmstere des differents

ordres de Prêtres et de Lévites, et « tout ce qui concernait

le service de la maison de l'Eternel, et tous les

34 LA MAISON DU SEIGNEUR

ustensiles pour le service de la maison de l'Eternel. »

(I Chron. 28:11-13.)

Le travail _de construction proprement dit commença

pendant la quatrième année du règne de Salomon, et le

Temple fut prêt pour la dédicace penda,nt la douzième,

c'est-à-dire, vers 1005 avant J.-C. Dès le début de

l'ouvrage, Salomon conclut avec Hiram, un roi voisin, un

accord aux termes duquel les ressources de Tyr et de

Sidon étaient réservées pour cette grande entreprise. Par

cette alliance~ il fut possible de profiter des splendides

forêts du Liban ; des cèdres, des sapins et d'autres arbres

furent abattus par milliers et acheminés par eau jusqu'au

point le mieux situé pour achever par la route le transport

jusqu'à Jérusalem. Il avait été préalablement expliqué à

Hiram que les besoins seraient grands, car, selon les paroles

. mêmes de Salomon : « La maison que je vais bâtir est

grande, car notre Dieu est plus grand que tous les dieux. »

(II Chron. 2:5; voyez le chapitre entier.) On mit au travail

des bûcherons Sidoniens, c'étaient les travailleurs de

bois les plus habiles que l'on connût alors ; et le bois du

Liban fut fourni en abondance .. On peut juger de l'importance

des besoins d'après la somme énorme promise et

effectivement payée par Salomon. (I Rois 5:11 ; et II

Chron. 2:10, 15.)

Des ouvriers Israélites furent employés en grand

nombre; tant en collaboration avec les Sidoniens qu'en

Israël. Nous lisons :

« Le roi Salomon leva sur tout Israël des hommes de

corvée ; ils étaient .au nombre de trente. mille.

Il les envoya au Liban, dix mille par mois alternativement

; ils étaient un mois au Liban, et deux mois chez eux.

Adoniram était préposé sur les hommes de corvée.

Salomon avàit encore soixante-dix mille hommes qui

LES. SANCTUAIRES 35

portaient les fardeaux et quatre-vingt mille qui taillaient

les pierres dans la montagn!'!. . . .

Sans compter les chefs, au nombre de trms mille tro!s

cents, préposés par ~alomon sur les travaux et charges

de surveiller les ouvners. . . 'fi

Le roi ordonna d'extrmre de grandes et m~gm ques

. d taille pour les fondements de la marson. . pre.;:~s ou~riers de Salomon, ceux de Hiram, et. les Gmbliens

les taillèrent et ils préparèr_ent les bms et les

pierre~ pour bâtir la maison,» (1 Rms 5:13-18.)

Pour employer avec succès de si grand~ ~ombres

d'ouvriers, il était nécessaire d'avoir une o~gams~~on e~cace.

Nous ne sommes donc pas surpris ~elire, qu 11 Y. ~vait

trois mille trois cents surveillants en serviCe. L efficacite du

système est prouvée par le su~c.ès qui couronna cette

gigantesque entreprise. Les Israelites et les hommes de

Tyr . et de Sidon travaillaient de conc,ert; et une gr~nde

partie des matériaux de construction et,_aient façonn~~ e~

mis aux dimensions voulues çlans la foret ou la carri~re ,

en conséquence « lorsqu'on bâtit la mais?n, on se s~rvit de

pierres toutes taillées, et ni marteau, m hache, m a~cun

instrument de fer, ne furent entendu~ dans la maison

pendant qu'on la ·construisait.» (I Rms 6:7; comparez

avec le Deutéronome 27:5-6.) . ,,

Notre sourct: première d'inf?~ati~n concernant 1 erection

du grand Temple est le recit scnptural contenu dans

I . Rois, chapitres. 6 et 7 ; un récit u_ltérieu~ ~e ~ou~e ~ans

II Chroniques, chapitres 3 et 4, mais ce recit, ainsi que !a

description fournie par Josèphe • remontent, semble-t-il,

au premier texte cité. , .

Dans l'ensemble, le plan du Temple de Salo~on ~tait

celui du Tabernacle d'assignation quoique les dimensiOns

du Temple fussent le double de celles du Tab~rn~cle. On

se souvient. que le portique du Tabernacle avait cmq coui

1 ,'

36 LA MAISON DU SEIGNEUR

dées de profondeur ; celui du Temple mesurait dix coudées

en profondeur ; dans les deux cas, ce portique s'étendait sur

toute la largeur de la maison. Le Saint, c'est-à-dire la première

pièce enclose de murailles, avait vingt coudées de

long, dix coudées de large et dix de haut dans le Tabernacle

; celui du Temple mesurait quarante coudées sur

vingt, et vingt coudées de haut. Le sanctuaire intérieur,

l'Oracle, ou Saint des Saints, était cubique dans le Tabernacle

et mesurait dix coudées dans chaque sens ; dans le

Temple, cette salle sacrée était un cube de vingt coudées.

Ainsi donc, le Tabernacle couvrait en surface trente-cinq

coudées sur vingt, et le Temple, soixante-dix coudées sur

quarante. Ces mesures ne tiennent pas compte des pièces

latérales qui, dans le Tabernacle, mesuraient cinq coudées

de large ; celles qui flanquaient le Temple mesuraient dix

coudées dans leur plus grande largeur ; si nous les ajoutons

au reste, la surface totale du Tabernacle était de quarante

coudées sur vingt, et celle du Temple, quatre-vingts sur

quarante, soit, dix-huit mètres sur neuf pour le Tabernacle

et trente-six mètres sur dix-huit pour le Temple, selon

l'équivalence métrique généralement acceptée pour la coudée.

Eii hauteur, la même proportion se vérifiait : le

Tabernacle s'élevait de quinze coudées et le Temple de

trente coudées. Il semble que le portique du Temple dominait

en hauteur le bâtiment principal. (II Chron. 3 :4.)

Dans le portique, semblant monter la garde au seuil du

Temple, se dressaient deux colonnes "d'airain, d'un dessin

compliqué et sans doute de signification symbolique. Elles

étaient considérées comme si importantes qu'elles méritèrent

une description détaillée et que le nom de leur réalisateur

fut inscrit dans les archives du Temple. Elles furent

travaillées par Hiram de Tyr - non pas le roi du même

nom, mais un maître-artisan, habile à travailler l'airain.

LES SANCTUAIRES 37

Hiram confectionna les colonnes : elles avaient chacune

douze coudées. de. circonférence et dix-huit coudées de

hauteur, san~ compter les chapiteaux massifs qui étaient

ornés d'un motif de grenades et de lis. La colonne à

droite de l'entrée fut appelée Jakin, ce qui signifie «Elle

tiendra » et celle de gauche fut appelée Boaz, ce qui veut

dire «Elle est solide». (l Rois 7:13-22.) Peut-être une

signification plus profonde s'attachait-elle à ces colonnes

massives ; quoi qu'il en soit, leur symbolisme suggestif de

force et de solidité apparaît avec évidence. Quant à savoir

si elles supportaient vraiment le toit du portique, ou si

elles étaient libres et ne servaient que d'ornement et de

symboles, le texte de l'écriture ne le précise pas.

Les murs du grand Temple étaient de pierre de taille ;

toutefois, aucune pierre n'était visible de l'intérieur, car les

murs étaient lambrissés du haut en bas de cèdre richement

décoré de sculptures de fleurs, d'arbres et autres dessins,

et le parquet était en sapin. (1 Rois 6:15-18, 29.) En

outre, l'intérieur était richement ornementé de motifs plaqués

d'or pur. La séparation qui distinguait l'Oracle ou

Saint des Saints, et qui correspondait au voile du ':fabernacle,

était recouverte de semblable manière et était suspendue

par des chaînes d'or (versets 19-22). Les chérubins

qui se dressaient comme des gardiens symboliques de

l'Oracle, étaient de bois d'olivier recouvert d'or, le précieùx

métal ayant été ajusté sur le bois sculpté (verset 35).

Le vestibule ou portique se trouvait à l'extrémité est ;

il constituait le seul accès au Temple proprement dit. Le

long des trois autres faces, donc entourant le Saint et

l'Oracle, il y avait de nombreuses petites pièces réparties

en trois étages. La largeur de ces pièces était de cinq coudées

à l'étage inférieur, de six coudées à l'étage intermédiaire,

et de sept coudées à l'étage supérieur; cette parti-

,l'

38 LA MAISON DU SEIGNEUR

cularité que constituait l'augmentation de la largeur proportionnellement

à l'élévation, était due à une diminution

de l'épaisseur des murs. Grâce à cet amincissement des

murs, les pièces de cèdres étaient bien soutenues, tout en

ne faisant pas partie du bâtiment principal ; il était conçu

de telle manière ·que « les poutres ne fussent pas fixées

dans les murs de la maison» (versets 5-6). Ces petites

pièces étaient donc « des retraites tout autour, contre les

·murs de la maison» et pourtant, de construction indépendante.

Par la mention qu'en fait Ezéchiel (Ez. 41:6-7), on

suppose que ces pièces étaient au nombre de trente, bien

qu'aucune précision ne soit apportée. Elles étaient probablement

utilisées pour le service que devaient remplir les

prêtres à côté des cérémonies . constituant le rituel général.

L'accès à ces pièces se trouvait du côté droit du bâtiment:

un escalier to:urnant menait aux pièces supérieures. Au-dessus

du niveau des pièces supérieures, il y avait des fenêtres

par lesquelles le Saint recevait la lumière du jour ; quant au

Saint des Saints, il ne connaissait pas la lumière naturelle.

Le mobilier du Temple ne comprenait qu'un petit

nombre d'objets ; cependant, chaque pièce était de conception

particulière et destinée à un usage exclusif. Dans le

Saint se trouvait une table, ou plutôt une série de tables

destinées à porter les pains ·de proposition .sacrés. On y

mentionne aussi un autel d'or, et dix chandeliers d'or pur,

disposés en face de l'entrée de l'Oracle, cinq de chaque

côté ; en outre il y avait des pincettes en or, des vases, des

éteignoirs, des bassins et des cuillères. L'Oracle était préparé

pour recevoir l'Arche d'Alliance, et pour abriter ce

meuble sacré, on avait préparé les deux grands chérubins,

hauts chacun de dix coudées : ils étaient de bois d'olivier

recouvert d'or.'

Le Temple se dressait dans des enceintes de murailles

LES SANCTUAIRES 39

que l'on appelle généralement cour extérieure et cour

intérieure. Selon la description qui nous en est faite, le mur

de la cour intérieure se composait de trois assises de pierre

de taille et d'une rangée de poutres de cèdre. Ceci correspondait

au parvis unique de l'ancien Tabernacle. Du fait

que toutes les dimensions attestées nous montrent que le

Temple était le double du Tabernacle, il est possible que ce

parvis ait été de proportions correspondantes: c'est pourquoi

on croit généralement qu'il s'étendait sur cent coudées

du nord au sud et sur deux cents coudées d'est en

ouest.'

A l'intérieur du parvis « devant le portique du Seigneur

» se trouvait l'autel des sacrifices. C'était une masse

carrée d'airain, de vingt coudées de côté et de dix coudées

de haut. Appartenant· au service de cet autel il y avait de

nombreux ustensiles, tels que bassins, pots et pelles, fabriqués

spécialement sous la direction du maître-artisan

Hiram de Tyr. Autre objet remarquable dans ce parvis:

la mer de fonte, dite aussi la mer d'airain." Cette grande

cuve mesurait trente coudées de circonférence et cinq coudées

de hauteur ; elle était richement ornée. Les parois

avaient une palme d'épaisseur et le bord en était embelli

de motifs floraux. Elle était posée sur douze boeufs d'airain,

disposés par groupes de trois, les groupes faisant face aux

quatre points cardinaux. Cette grande cuve se trouvait entre

l'autel et le portique, « du côté droit de la maison, au sudest

». (1 Rois 7:39.) Du même ordre que la mer de fonte, il

y avait dix bassins, montés sur des bases de construction

spéciale et pourvues de roues pour en faciliter le transport.

(1 Rois 7:27-39 ; II Chron. 4:6.) Les bassins étaient utilisés

en rapport avec le service de l'autel, pour le lavage des

offrandes, mais la cuve principale, la mer de fonte était

réservée aux ablutions rituelles des prêtres.

40 LA MAISON DU SEIGNEUR

· Lorsque la Maison du Seigneur fut achevée on fit des

préparatifs compliqués en vue de sa dédicace. Tout d'abord

vint l'installation de l'Arche d'Alliance et de ses dépendances,

le Tabernacle d'assignation et les vases sacrés

c:e~t en_ grande ~ompe et avec accompagnement d'un~

ce:emome ~e s~crifice que I'~rche fut apportée par les

pretres et deposee dans le Samt des Saints sous les ailes

des chérubins. A cette époque, l'Arche ne contenait que

les deux tables de pierre « que Moïse y avait mises ». Les

barres par lesquelles on portait l'Arche furent tirées de

manière à être visibles du Saint, et alors « au moment

QÙ les sacrificateurs sortirent du lieu saint la nuée remplit

la maison de l'Eternel. Les sacrificat;urs ne purent

pas Y res~er pour faire le service, à cause de la nuée ;

car la glorre de l'Eternel remplissait la maison de l'Eternel.

» (I Rois 8:10-11.)

. Puis Salomon s'adressa à la multitude assemblée pour

l~I rappeler les circonstances dans lesquelles la construction

du Temple avait été conçue par David son père et

exécutée par lui-même, et pour proclamer ia miséric;rde

et la bonté du Dieu d'Israël. Debout devant l'autel du

Seigneur dans le parvis du Temple, le roi éleva les mains

vers le ciel et offrit la prière de dédicace. Puis, le roi bénit

le peuple en ces termes : « Béni soit l'Eternel qui a donné

du repos à son peuple d'Israël, selon toutes s:s promesses !

De tout~s les bonnes paroles qu'il fit prononcer par Moïse

son serviteur, aucune n'est restée sans effet. Que l'Eternel

no~~e Dieu, soit avec nous, ~omme il a été avec nos pères ;

qu Il ~e nous abandonne pomt et ne nous délaisse point. »

(I R?Js 8:5~-~7 ; pour la description complète de la cérémome

de dedicace, voyez le chapitre entier.)

Lês servi~es princip~ux ainsi que les festivités s'y rapportant

durerent sept Jours, et « le huitième jour, il ren-

LES SANCTUAIRES 41

voya le peuple. Et ils bénirent le roi, et s'en allèrent dans

leurs tentes, joyeux et le coeur content pour tout le bien

que l'Eternel avait fait à David, son serviteur, et à Israël,

son peuple» (verset 66).

Élles ne durèrent qu'un tiers de siècle, la suprématie et la

gloire de ce splendide édifice. Dans les dernières années de

son règne, Salomon s'était mal conduit aux yeux de Dieu

et le peuple n'avait pas tardé à suivre son roi dans la voie

du mal. Israël avait laissé s'affaiblir son obéissance envers

Jéhovah et avait suivi des dieux étrangers. Après la mort

de Salomon, la nation fut disloquée. Au cours de la cinquième

année du règne de Roboam, Schischak, roi

d'Egypte, assiégea la Cité de David et alla jusqu'à dépouiller

· le Temple d'une partie de ses trésors sacrés. Ensuite,

Joas, qui régnait sur une des moitiés de la nation divisée

emporta de la Maison du Seigneur l'or, l'argent, et les

vases sacrés et les emmena en Samarie. (II Rois 14:13-14.)

Il apparaît donc que la violation du Temple ne fut pas

entièrement le fait des ennemis d'Israël; le peuple même

pour qui cette Maison avait été jadis consacrée, contribua

à sa profanation. Achaz, ce mauvais roi de Juda, enleva

de sa place l'autel des sacrifices et le remplaça par un autre

qui avait été façonné sur son ordre sur le modèle des autels

païens ; en outre, il déposa la mer de fonte et démonta les

bassins. (II Rois 16:1-10-18; aussi II Chron. 28:34.)

Manassé, autre méchant roi de Juda, se fit le disciple de

Baal et éleva des autels aux idoles à l'intérieur même du

Temple. (II Rois 21:1-7; aussi II Chron. 33:1-7.) Les

objets précieux de la Maison du Seigneur servirent de monnaie

d'échange entre rois. C'est ainsi qu'Asa, roi de Juda,

acheta le soutien de Ben-Hadad pour lutter contre Israël ;

(I Rois 15: 18) de la mê~e manière, Joas acheta la paix à

1 ·,

i

42 LA MAISON DU SEIGNEUR

Ha.zaël, roi de Syrie; (II Rois 12:18) et c'est ainsi encore

qu'Ezéchias dépouilla la Maison du Seigneur afin de pouvoir

payer tribut aux Assyriens. (II Rois 18:15-16.)

Des tentatives furent faites pour réparer les ravages les

plus graves, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du Temple

(li Rois 12:2-14; comparez avec II Chron. 24:7-14; aussi

II Rois 22:3-7 ; comparez avec II Chron. 34:8-13) mais il

semblait que la Maison eût été abandonnée à son triste sort.

En l'an 586 avant J.-C., Nebucadnetsar, roi de Babylone,

consomma la destruction du Temple lorsqu'il conquit le

royaume de Juda. Ce qui pouvait encore y présenter

quelque valeur fut emporté, et le bâtiment fut détruit par

le feu.~>

Il est encore fait mention une fois dans la suite de c~rtains

des vases qui avaient été fabriqués en vue du service

de Jéhovah - c'est quand on les so·rtit pour couronner

le triomphe de Balthazar au cours de son festin païen.

Alors se manifesta le mécontentement du Seigneur, et le

roi, tremblant, apprit son destin des lèvres de Daniel - car

il n'avait pas pris garde au sort qui avait été celui de son

père, et il s'était élevé contre le Seigneur du Ciel; et

il avait enlevé les vases sacrés de la maison de Dieu afin

que lui-même, ses seigneurs, ses épouses et ses concubines

pussent y boire leur vin; et il avait fait l'éloge des·

dieux, d'or et d'argent, d'airain, de fer, de bois, et de

pierre, qui ne voient point ni n'entendent, et qui ne savent

pas ; mais le Dieu dans la main de qui était sa vie, et à

qui appartenaient toutes ses actions, il ne l'avait pas glorifié.

II avait été pesé dans les balances et il n'avait pas

fait le poids ; et son royaume lui .fut enlevé. Cette nuit-là,

le roi Balthazar fut tué (Daniel chapitre 5).

LES SANCTUAIRES 43

LE TEMPLE DE LA VISION D'ÉZÉCHIEL

Au cours de la vingt-cinquième année de la captivité

de Babylone, alors que le peuple d'Israël se trouvait encore

en exil dans un pays étranger, la parole du Seigneur fut

adressée au prophète Ezéchiel ; la puissance de D~eu r:p?s.a

sur lui, et il eut la vision d'un Temple dont il decnvlt

minutieusement le plan (Ezéchiel, chapitres ~0 à 43). ~

prophète ne s'est pas prononcé sur la quest10n de savorr

si le projet qui lui avait été montré devait être réalisé

dans la suite ou si ce n'était qu'un idéal grandiose, mais

inaccessible. Ce qui est certain, c'est que ce Temple, dont

il eut ia vision, n'a pas encore été construit. ,

Dans la plupart de ses traits essentiels, l'idéal d'_E~éc~el

suivait de près le plan du Temple de Salomon ; s1 ~t~01~e,

en effet, est cette ressemblance, que nombre de details

spécifiés par Ezéchiel ont été retenus comme étant ceux

du splendide édifice détruit par Nebucadnetsar. La caractéristique

prédominante du Temple décrit par Ezéchiel,

c'était l'ampleur de ses proportions et la symétrie, tant

de la Maison Sainte que de ses dépendances. L'enceinte

devait être un carré de cinq cents coudées, entouré de

murailles et pourvu d'une porte et d'arcades sur trois

côtés · du côté ouest le mur n'était rompu par aucune

porte.' A chacune des portes, il y avait de ~etites p~èces

considérées comme des loges et pourvues d un portique,

Dans le parvis extérieur il y avait d'autres pièces. Toute

cette enceinte devait être surélevée et une volée de marches

menait à chaque porte. Dans le parvis intérieur, on voyait

le grand autel, dressé devant la Maison et occupant le

centre d'un carré de cent coudées (Ezéchiel 40:47). On

avait pourvu amplement à toutes les variétés de sacrifices

et d'offrandes, ainsi qu'au logement des prêtres, des chan44

LA MAISON. DU SEIGNEUR

teurs, et de tous ceux qui participaient au rituel sacré

(ver~ets 44-46) .. Le bâtiment principal comprenait un

portique, un Samt et un sanctuaire intérieur ou Très

Saint !-ieu, ce dernier, surélevé par rapport au reste et

a~c~ssi?le par des marches. Ce plan prévoyait une spéCialisation

plus grande éncore que celle qui caractérisait

le complexe sacré du Temple de Salomon. Le service du

Temple était fixé dans le détail ; les ordonnances de

l'autel, les devoirs des prêtres, le ministère des Lévites

le règlement régissant les oblations et les fêtes, tout étai~

exposé (Ezéchiel, chapitres 44-48).

Le b~t. immédiat de cette révélation faite par le moyen

de la ViSion du prophète semble avoir été d'éveiller le

peuple d'Israël à la conscience de sa déchéance et à une

concep~i~n de sa gloire disparue. Le prophète reçut l'ordre

que VOlCi:

' « ~?i, ms .. de l'homme, montre ce temple à la maison

d Israel ; .q'! il~ ~n mesurent le plan, et qu'ils rougissent

de leurs tmqmtes. .

.« S'ils rougissent de toute leur conduite, fais-leur connattre

la fo:me de cette maison, sa disposition, ses issues

et ses e!ltrees, tous ses dessins et ses ordonnances tous

ses dessms et tout~. ses lois ; mets-en la descriptio~ sous

leurs yeux, afin qu Ils gardent tous ces dessins et toutes

ces ordonnances; et qu'ils s'y conforment dans l'exécution.

Telle est· la loi de la maison. Sur le sommet de la

montagne, tout l'espace qu'elle doit occuper est très

saint. Voilà donc la loi de la maison.» (Ezéchiel43:10-12.)

LE TEMPLE DE ZOROBABEL

Pendant soixante-dix longues années, les Juifs avaient

pleu:é et gémi sous le joug babylonien. La plus grande

partie de ce royaume de Juda jadis si fier avait été emmenée

en captivité, et ceux qui étaient restés au pays de leurs

j.

LES SANCTUAIRES 45

ancêtres avaient perdu leur statut de nation et s'étaient largement

mêlés aux Gentils. Avec quelle terrible exactitude

s'était accomplie la cruelle prédiction de Jérémie. Par son

intermédiaire, le Seigneur avait dit :

«C'est pourquoi ainsi parle l'Eternel des armées: Parce

que vous n'avez point écouté mes paroles ;

J'enverrai chercher tous les peuples du septentrion,

dit l'Eternel, et j'enverrai auprès de Nebucadnetsar, roi

de Babylone, mon serviteur ; je le ·ferai venir contre ce

pays et ses habitants, et contre toutes ces nations à

l'entour, afin de les dévouer par interdit, et d'en faire

un objet de désolation et de moquerie, des ruines éternelles.

Je ferai cesser parmi eux les cris de réjouissance et

les cris d'allégresse, les chants du fiancé et les chants de

la fiancée, le bruit de la meule et la lumière de la lampe.

Tout ce pays deviendra une ruine, et ces nations seront

asservies au roi de Babylone pendant soixante-dix ans. ~

(Jérémie 25:8-11 ; aussi 29: 10.)

Cependant, les ténèbres de cette affiigeante prophétie

avaient été éclairées d'un rayon d'espoir, d'une promesse :

l'assurance que quand les soixante-dix années du châtiment

du Seigneur seraient accomplies, le peuple retournerait

au pays de son héritage et serait de nouveau reconnu

comme étant le peuple du Seigneur.' C'est encouragé par

cet espoir que le peuple avait vécu ; inspirés par lui, les

prophètes, bien que captifs, avaient recherché le Seigneur

et avaient fait connaître au peuplé Sa volonté ; c'est à

cette lumière qu'Ezéchiel, le voyant, avait eu la vision

du rétablissement de son peuple et la possibilité d'un

Temple plus vaste et plus grandiose que le premier. En

temps voulu, le Dieu d'Israël tint Sa parole et affirma à

nouveau Sa puissance de Roi des rois ; il gouverna et

dirigea les passions des nations et des dirigeants terrestres

et ramena une fois encore Son peuple de son pays

tl: r

46 LA MAISON DU SEIGNEUR

d'esclavage. La Perse était devenue une puissance prédominante

parmi les nations et c'est par un décret du roi

de Perse que Juda fut émancipé. Voyez comment la

puissance de Dieu s'impose à ceux qui gouvernent les

mortels:

« La première année de Cyrus, roi dè Perse, afin que

s'accomplît la parole de l'Eternel prononcée par la bouche

de Jérémie, l'Eternel réveilla l'esprit de Cyrus, roi de

Perse, qui fit faire de vive voix et par écrit cette publication

dans tout son royaume :

Ainsi parle Cyrus, roi des Pèrses : L'Eternel, Dieu

des cieux, m'a donné tous les royaumes de la terre; et

il m'a commandé de lui bâtir une maison à Jérusalem

en Juda.

Qui d'entre vous est de son peuple ?

Que son Dieu soit avec lui, et qu'il monte à Jérusalem

en Juda et bâtisse la maison de l'Eternel, le Dieu d'Israël !

C'est le Dieu qui est à Jérusalem.

Dans tout lieu où séjournent des restes du peuple de

l'Eternel, les gens du lieu leur donneront de l'argent, de

l'or, des· effets, et du bétail, avec des offrandes volontaires

pour la maison du Dieu qui est à Jérusalem. »

(Esdras 1:1-4.)

C'est avec cette gracieuse permiSSion que le peuple

retourna au pays de ses pères et se mit en mesure de

reconstruire une Maison au. Seigneur. Cyrus avait passé

son décret à l'effet que la construction fût digne du grand

Nom auquel elle devait être consacrée: elle devait avoir

de solides fondements ; la hauteur devait être de soixante

coudées, ainsi que la largeur ; on devait poser trois rangées

de pierre de taille et une rangée de bois neuf ; . en

outre, les frais devaient être couverts par le trésor royal

(Esdras 6:3-4). Le roi restitua au peuple tous les vases

qui avaient été emportés par Nebucadnetsar du premier

LES SANCTUAIRES 47

T mple · il y en avait plusieurs milliers et ils furent remis o~cielle~ent par le trésorier du roi (Esdr~s 1:7-11)., .

Si grand était l'enthousiasme du peuple, si fort son de~rr

de prendre part personnellement à, ~a ~a~te entrepnse

que beaucoup de gens qui avaient et~ ,neglige~ts ~e le?r

héritage réclamaient à présent la qualite, ~e pretre , , mrus,

comme leur généalogie n'avait pas ete conserv~e: 1~

prêtrise leur fut refusée, bien qu'ils fussent autonses a

retourner avec les autres. Les· prérogatives du sa:erdoce

leur furent refusées jusqu'à ce qu'un prêtre se levat av_ec

puissance pour rétablir leur généalogie au moyen de l'Unm

et du Thummin (Esdras 2:61-63).

Zorobabel et Josué avaient la charge ?e l'~uv~~· et

sans. délai ils reconstruisirent l'autel du D1eu d Israel et

réinstaurèrent le rituel du sacrifice et l'observance des

fêtes sacrées (Esdras 3:1-6). Des maçons et des, charpentiers

des ouvriers et des artisans de toute espece et de

tout' rang furent engagés ; Tyr et Sidon fur~nt de nouveau

soumises à un tribut amical et une f01s de plus la

richesse des forêts du Liban fut amenée à J érusal~m .. Les

Prêtres et les Lévites furent réorganisés co~e, Jadis ~t

le bruit des trompettes et des cymbales se melrut a la voiX

des chanteurs. y a-t-il lieu de s'étonner qu'au mon:ent

où on posa les fondations, des vieillard~ qui ~e . souvenatent

de la première Maison et de sa glorre pnruent et versaient

des larmes de joie? (Esdras 3:8_-13.) . ,

Mais il s'éleva des adversaires qm susc1terent des

obstacles aux constructeurs. Le peuple de Canaan - ~es

Israélites qui avaient oublié l;ur allé~eance pour Dieu

et s'étaient mêlés à des idolatres, pnrent _om~rag~ de

l'activité des Juifs revenus. Tout d'abord, il~ s offnre~t

à les aider . dans leur oeuvre, mais voyant qu on refusrut

de les reconnaître à cause de leurs relations avec les

48 LA MAISON DU SEIGNEUR

ido~âtres, ils se _mirent à faire de l'obstruction, «ils décou~

ragerent 1: peupl~ de Ju~a; ils !~intimidèrent pour l'empêcher

de batlr, ·et Ils gagnerent à prix d'argent des conseillers

pour faire échouer son entreprise. II en fut ainsi

P,endant toute_ la vi~ de Cyrus, roi de Perse; et jusqu'au

regne de Danus, rot de Perse.» (Esdras 4:1-6 7-24 · et

le chapitre 5.) On protesta en disant que depuis touj~urs

le peuple de Juda avait causé des ennuis aux autres

nations, et que leur Temple une fois restauré ils redeviendra!

ent sé~i~eux. Finalement, les protestations et les

accusatiOns ~mverent aux oreilles de. Darius, le monarque

ré~ant _; mais lorsqu'il eut fait une enquête sur toute cette

affarre? il passa m;t décret au terme duquel, non seulement

les J_uifs ne devaient pas être interrompus dans la construction

de leur Temple, mais encore une partie du tribut

du roi, c'est-à-dire les impôts officiels du pays serait

consacrée à cette oeuvre ; et, selon les paroles du roi :

« Et voici l'ordre que je donne touchant quiconque

transg.r:_essera c~tte parole : on arrachera de sa maison

une ptece de bms, on la dressera pour qu'il y soit attaché

et l'on fera ~e sa maison un tas d'immondices. '

Que le Dteu . qui fait résider en ce lieu son nom

renverse tout roi et tout peuple qui étendrait la main

pour _tra~sgr~sser ma parole, pour détruire cette maison

de pte~ a Jerusalem ! Moi, Darius, j'ai donné cet ordre.

Qui! soit ponctuellement exécuté.» (Esdras 6:11-12 ·aussi

les versets 7-10.) '

Ainsi soutenu, le peuple acheva rapidement· la construction.

Quoique presque vingt ans ·se fussent écoulés

entr~ la pose ~es fondations et l'achèvement, la majeure

p~e du ~avail fut effectuée au cours des quatre derrueres

annees. Les cérémonies de dédicace furent solen.:.

nelles et édifiantes. Pendant sept jours on observa la fête

LES SANCTUAIRES 49

des pains sans levain ; la Pâque fut mangée par ceux qui

étaient revenus de captivité et par tous ceux «qui s'étaient

éloignés de l'impureté des nations du pays pour chercher

L'Eternel, le Dieu d'Israël» (Esdras 6:21).

Ce second Temple fut terminé en l'an 515 avant J.-C. ;

il est connu des historiens sous le nom de Temple de

Zorobabel. Dans ses grandes lignes, il suivait le modèle

du Temple de Salomon, bien qu'en plusieurs de ses dimensions,

il excédât son prototype. Le parvis était divisé en

deux sections : une réservée aux prêtres et une autre pour

le public ; selon Josèphe, cette division était matérialisée

par une clôture en bois (Josèphe : Antiquités juives XIII,

13:5). Un autel de pierre brute fut érigé au lieu du graild

autel d'airain de jadis (Exode 20:25, Deut. 27:5 ; Josué

8:31). Le Saint ne fut orné que d'un seul chandelier au

lieu de dix ; et d'une seule table pour les pains de proposition

au lieu des dix tables recouvertes d'or qui se

dressaient dans le premier temple. On nous parle aussi

d'un autel d'or pour l'encens et de quelques meubles de

moindre import~ce. Le Saint des Saints était vide, car

on ne savait pas ce que l'Arche d'Alliance était devenue

lorsque le peuple était parti en captivité.

A de nombreux égards, le Temple de Zorobabel avait

l'air pauvre en comparaison de son splendide prédécesseur

et, dans certains détails, il apparaissait effectivement inférieur

à l'ancien Tabernacle d'assignation - le sanctuaire

des tribus nomades. Des critiques savants précisent que

les caractéristiques suivantes du Temple de Salomon manquaient

au Temple de Zorobabel: 1) l'Arche d'Alliance;

2) le feu sacré; 3) le Shekinah ou gloire du Seigneur,

qui se manifestait jadis par la Présence Divine ; 4) l'Urim

et le Thummin, par lesquels Jéhovah expliquait Sa volonté

aux prêtres de l'ordre d'Aaron ; 5) le génie ou esprit

50 LA MAISON DU SEIGNEUR

de prophétie, marquant la communion intime existant

entre les mortels et leur Dieu. Nonobstant ces différences,

le Temple de Zorobabel fut reconnu par Dieu et fut sans

aucun doute le lieu· ou le siège de la révélation divine

aux prophètes dûment institués.

Cette infériorité du second Temple comparé au premier

est généralement reconnue ; cependant, cette différence

était plutôt une question de splendeur que de dimensions

(Aggée 2:1-4; comparez avec Zacharie 4:10). Mais même

cette moindre splendeur, il ne la conserva pas longtemps.

De nouveau le peuple se détourna de son Dieu et n'écouta

plus la voix des prophètes. De nouveau Jéhovah· permit

aux païens d'opprimer Juda. Quant au reste de l'histoire

de ce Temple, le récit biblique ne nous en donne que

peu ?~ ~étails ; mais ~'autres sources nous parlent de

ses VICISsitudes. La Mruson du Seigneur fut profanée au

moment de la persécution des Macchabées. Un roi syrien,

Antiochus Epiphane, s'empara de Jérusalem (168 à 165

avant J.-C.) et blasphéma outrageusement la religion du

peuple. Il piiia le Temple et en emporta le chandelier

d'or, l'autel d'or pour l'encens, la table des pains de

prpposition et il aiia jusqu'à arracher les voiles sacrés

qui étaient-faits de fine toile et d'écarlate. II poussa 1~

malignité jusqu'à profaner sciemment l'autel du sacrifice

en Y offrant du porc et à ériger un autel païen dans

J'enceinte sacrée. Non content de ·violer le Temple, ce

méchant monarque fit ériger des autels dans les viiies et

ordànna d'y offrir des animaux impurs. Le rite de la

circoncision fut interdit sous peine de mort et le culte

de _Jé~o~~ _fut considéré comme un crime (Josèphe,

Antlqmtes JUives, XII, 5:3-5). Suite à cette persécution,

de nombreux Juifs apostasièrent et déclarèrent qu'ils étaient

LES SANCTUAIRES 51

Mèdes ou Perses - nations dont ils avaient secoué le

joug par hi puissance de Dieu.

Parmi cèux qui restèrent fidèles à la religion de leurs

pères se trouvait Mattathias~ qu~ était pr~t~e et p~~sonnage

en vue. On lui demanda d offrrr un sacrifice pmen ; non

seulement il refusa, mais dans sa juste indignation, il tua

ceux qui essayaient de commettre ce sacrilège. Cet acte

entraîna d'autres émeutes et pendant trois ans, la lutte

se poursuivit. Judas, fils de Mattathias, se distingua, et

on l'appelle maintenant Judas Macchabée - le premier

des Macchabées. Sous sa direction, le peuple retourna à

Jérusalem et trouva le Temple désert, tel qu'il avait été

laissé par l'armée d'Antiochus. Les portes en avaient été

arrachées et brûlées, et les mauvaises herbes poussaient

à l'intérieur des murailles. Judas tenta de purifier et de

réhabiliter la Maison ; il y apporta de nouveaux vases

et remplaça le chandelier, l'autel pour l'~ncens, 1~ ~able

des pains de proposition, et les vOiles et il construisit un

nouvel autel pour les holocaustes. Puis, en l'an 163 avant

J.-C., la Maison fut dédiée à nouveau; cet événement fut

commémoré dans la suite par une festivité annuelle

appelée la Fête de la Dédicace.' .

Pour des raisons de sécurité personnelle, les Juifs conclurent

une alliance avec les Romains qui ·devinrent plus

tard leurs maîtres. Durant le règne des Macchabées, le

Te~ple tomba en décadence, et lorsque le dernier représentant

de cette dynastie fut suivi ·par Hérode le Grand,

la Maison n'était guère plus qu'une ruine. Néanmoins,

l'ordre sacerdotal avait été préservé, et un semblant de

cérémonial cultuel avait continué. L'histoire du Temple

de Zorobabel rejoint celle du Temple d'Hérode.

52 LA MAISON DU SEIGNEUR

LE TEMPLE D'HÉRODE

En l'an 37 avant J.-C., Hérode Jer, connu en histoire

sous le nom d'Hérode le Grand, fut installé sur le trône

des rois de Juda. Il avait déjà servi successivement en

9~alit~ de procurateur et de tétrarque et, au fond, avait

ete rot de nom pendant quelque temps avant de monter

sur le trône, et durant cette période, il avait été en lutte

avec le peuple dont un décret du . Sénat romain l'avait

fait gouverneur. Lorsqu'il monta sur le trône, il était

connu pour son arrogance et sa cruauté ; et son règne

fut un règne tyrannique, au cours duquel même les liens

de famille et les liens les plus étroits du sang s'avérèrent

insuffisants à protéger les victimes de son déplaisir. Au

début de son règne, il mit à mort presque tous les membres

du Sanhédrin, le Grand Conseil juif, et. il ne cessa de

régner avec une sévérité croissante. Néanmoins, il réussit

.à maintenir la paix avec d'autres gouvernements, et ses

maîtres romains le considéraient comme un gouverneur

compétent. Parmi ses actes de cruauté, on compte le

massacre des nouveau-nés de Bethléhem, meurtre qui fut

conçu et exécuté dans l'espoir d'inclure l'Enfant Jésus

parmi les victimes. •

Tel est le caractère de l'homme qui se proposa de

remplacer le Temple de Zorobabel, miné par l'âge, par

~ne .construction nouvelle et plus magnifique. Peut-on

Imagmer que l'offrande d'un tel donateur puisse être

acceptable aux yeux du Seigneur ? Jadis, David avait offert

.de construire une Maison au Seigneur, mais il en avait

été dissuadé, parce que c'était un homme de sang. Le but

que p~ur.suivait Hérode en entreprenant cette grande

oeuvre etait de se grandir lui-même et dë grandir la nation

plutôt que de rendre hommage à Jéhovah. Sa propositio~

LES SANCTUAIRES 53

de reconstruire ou de restaurer le Temple sur une échelle

plus grande et plus magnifique fut considérée comme

suspecte et accueillie avec méfi.ance par les Juifs : quand

l'ancien édifice serait démoli, ce monarque arbitraire était

bien capable d'abandonner son projet et de laisser le peuple

dépourvu de Temple. Pour dissiper ces craintes, le

roi se mit en devoir de reconstruire et de restaurer le

vieil édifice, partie par partie, en dirigeant le travail· de

telle manière qu'à aucun moment le service du Temple

ne fût sérieusement perturbé. On ne conserva cependant

que si peu de l'ancienne construction, que le Temple

d'Hérode doit être regardé comme une création nouvelle.

L'oeuvre fut entreprise environ seize ans avant la naissance

du Christ ; et, alors que la Maison Sainte proprement

dite était pratiquement achevée en un an et demi

- cette partie de l'ouvrage ayant été exécutée par un

millier de prêtres spécialement entraînés dans ce but -

l'emplacement du temple fut témoin de travaux ininterrompus

de construction jusqu'en 63 après J.-C. Nous

apprenons qu'à l'époque du ministère du Christ, le Temple

était en reconstruction depuis quarante-six ans ; (Jean

2:20) et à ce mom_ent il n'était pas encore achevé.

Le texte biblique ne nous donne guère de renseignements

concernant ce dernier temple, le plus grand de

l'antiquité ; ce que nous en savons, nous le devons principalement

à Josèphe, avec à l'appui quelques témoignages

trouvés dans le Talmud. Dans tous ses traits essentiels,

la Maison Sainte, ou Temple proprement dit, était sem.:.

blable aux deux maisons ou sanctuaires antérieurs, quoiqu'il

fût, extérieurement, bien plus compliqué et plus

imposant qu'eux ; le Temple d'Hérode, en effet, les surclassait

de loin sur le chapitre des cours· d'enceinte et

des bâtiments annexes. Si l'on s'avançait du mur exté54

LA l\;1AISON DU SEIGNEUR

rieur vers l'enceinte intérieure occupée par la Maison

Sainte, on traversait des cours successives, chacune située ~

à un _ni~eau plus élevé que la précédente, disposition que '

favonsruent les pentes du mont Moriah. Ces cours s'étendaient

sous la forme d'énormes plates-formes en terrasse;

soutenues, par des fondations de maçonnerie massive, qui

s'élevaient à la verticale et atteignaient en certains endroits

deux cents mètres à partir du pied de la colline.

Le mur extérieur qui enfermait tout le complexe du

temple et qui .présentait approximativement la forme

d'un carré, mesurait quatre cents coudées, ou un stade

(environ cent quatre-vingts mètres) de côté. La muraille

est, qui constituait la principale défense de la cité de ce

côté, n'était percée d'aucune porte; chacun des trois

autres côtés était pourvu d'un ou plusieurs portails magnifiques

permettap.t de franchir ce mur digne d'une forteresse.

Les quatre côtés de cette grande enceinte immédiatement

à l'intérieur du mur extérieur, étaient 'occupés

par une série de portiques magnifiques, à la grecque, formant

une colonnade couverte, dont chaque pilier était

un monolithe massif de marbre blanc. Cette colonnade

était interrompue à l'angle nord-ouest par la Tour

d'Antonia, véritable château fortifié, d'où un passage

souterrain conduisait jusqu'à l'enceinte intérieure où se

dressait la Maison Sainte. La colonnade ou rangée . de

portiques qui longeait le côté sud, était particulièrement

travaillée et portait le nom de Portique Royal. Il y avait

ici quatre rangs de colonnes énormes, et par conséquent

trois corridors dont celui de l'intérieur mesurait quinze

mètres de large et trente mètres de haut, tandis que les

deux corridors latéraux mesuraient chacun neuf mètres

de large et dix-huit mètres de haut. Cet effet imposant

produit par le Portique Royal, Josèphe s'y étend longue-

LES SANCTUAIRES 55

m~nt, disant que la beauté en . était incroyable pour ceux

qui ne l'avaient pas vu, et stupéfiante pour ceux qui le

contemplaient.

La colonnade est portait le nom de Portique de Salomon

(Jean 10:23 ; Actes 3:11 ; 5:12) par allusion à une

tradition selon laquelle le portique recouvrait et englobait

une partie du mur original élevé par le constructeur du

premier Temple. A l'intérieur de ce portique, il y avait

un espace assez vaste dont l'accès était autorisé au public:

c'était la Cour des Gentils. C'est dans cette cqur que les

changeurs et les marchands d'animaux utilisés pour les

sacrifices avaient établi leurs échoppes à l'époque du

ministère de notre Seigneur, et d'où ils furent chassés

par Sa juste colère, lorsqu'Il déclara : « Il est écrit : Ma

maison sera appelée une · maison de prière. Mais vous,

vous en faites une .caverne de voleurs.» (Matt. 21:12-13;

voyez aussi Marc 11:15; Luc 19:45; Jean 2:14.)

Entre la Cour des Gentils et les cours intérieures se

dressait un mur haut de vingt-cinq coudées ; ceci marquait

la limite des lieux plus s.acrés dans lesquels on ne

pouvait légalement admettre aucun Gentil. A intervalles

le long du mur, il y avait des tablettes, prévenant tous

çeux qui n'étaient pas d'Israël qu'il était défendu d'entrer

sous peine de mort. La traduction littérale de ces avis

est : Qu'aucun étranger ne pénètre à l'intérieur ·de la

balustrade et du parvis entourant le sanctuafre. Quiconque

y est pris est lui-même responsable de sa mise à mort

qui s'ensuivra.

Les cours intérieures étaient accessibles de la Cour

des Gentils par neuf portes, dont une était à l'est, quatre

au nord et quatre au sud ; tout comme dans les Temples

antérieurs, le mur ouest était dépourvu de porte. De ces

portails, le principal était celui de l'est; c'était une cons56

LA MAISON DU SEIGNEUR

truction compliquée en précieux airain corinthien, et portant

le nom de Porte Corinthienne, ou parfois celui de

son donateur, Nicanor ; beaucoup d'autorités estiment en

outre que c'est là la Belle Porte devant laquelle était

assis le paralytique qui fut guéri par le ministère de

Pierre et de Jean (Actes 3:2, 10).

Une partie de l'espace compris dans les parvis intérieurs

était accessible aux Israélites des deux sexes, et portait

le nom de Cour des Femmes. C'était une enceinte pourvue

d'une colonnade, où se tenaient les assemblées générales

selon le rituel prescrit pour le culte public. Des pièces utilisées

pour certaines cérémonies occupaient les quatre coins

de cette cour ; et, entre celles-ci et les loges qui flanquaient

les portes, il y avait d'autres constructions, dont

une série constituait le Trésor ; on y plaçait des réceptacles

en forme de trompette pour recevoir les dons (Marc

12:41-44).

Au-delà de la Cour des Femmes, dont elle était la

suite, se trouvait une section que son nom seul suffit à

décrire : la Cour des Hommes ; ces deux cours sont parfois

désignées conjointement du nom de Cour d'Israël.

Dans cette cour, il y avait de nombreux bâtiments destinés

au rangement d'objèts sacrés ou à des assemblées spéciales.

Au milieu de la Cour d'Israël et la dominant, se

trouvait la Cour des Prêtres où se dressait le grand autel

des sacrifices et où l'on n'admettait que les prêtres

dûment ordonnés et les laïques qui venaient offrir des

sacrifices. L'autel était une grande construction carrée de

pierres brutes, mesurant quatorze mètres de côté à la

base et allant en diminuant vers le foyer qui en avait

onze. Un plan incliné y donnait accès du côté sud

(Exode 20:26). Une cuve, réservée aux ablutions pres-

LES. SANCTUAIRES 57

cri tes aux . prêtres officiants, se trouvait à proximité du

côté ouest. ·

A l'intérieur de la Cour des Prêtres, surélevée de douze

marches, se dressait la Maison Sainte, le Templ~ lui-~êine.

En comparaison avec ses nombreuses et· m~ss1ves dependances

ce n'était qu'un édifice modeste, mats sur le plan

de l'ar~hitecture, on en avait fait le plus impres~io?Dant,

sinon le plus imposant de l'ensemble. On l'a decnt fort

justement comme « une masse étincelante d: ~~rbre bl~nc

et d'or » (Encyclopedia Britannica, 11 e edttion, artlcle

« Temple » ). Comme les Temples antéri.eurs, celui~ci comprenait

un Portique, le Saint, et le Samt des Samts. ~

Portique mesurait cent coudees, tant en ~argeur q~ en

hauteur. Le Saint mesurait quarante coudees sur vmgt,

comme dans le Temple de Zorobabel, mais la hauteur en

avait été portée à quarante coudées. En aj?~tant des. pi~ces

latérales avec un passage les séparant ~u batlment p~mctpal,

Hérode rendit ce Temple plus grandtose, plus maJestueux

qu'aucun de ses prédécesseurs. Le Saint des Sai.nts co~servait

sa ·forme et ses dimensions originales qm en faisaient

un cube de vingt coudées dans tous les sens. Entre

celui-ci et le Saint, était suspendu un double voile d'un

tissu très fin, orné d'une broderie compliquée. Le voile

extérieur s'ouvrait du côté nord, le voile intérieur s'ouvrait

du côté sud, de sorte que le grand-prêtre qui y pénétrait

une fois l'an pouvait passer entre les voiles sans exposer

le Saint des Saints. Le local sacré était vide à l'exception

d'une grande pierre que le grand-prêtre aspergeait du ~ang

du sacrifice le· jour de l'Expiation : cette pierre occuprut la

place de l'Arche et de son propitiatoire. A l'extérieur du

voile, dans le Saint, se trouvaient l'autel de l'enc~ns, le

chandelier à sept branches et la table des pruns de

proposition.

58 LA MAISON DU SEIGNEUR

Le Temple d'Hérode était de loin le· bâtiment le plus

grandiose que l'on eût jamais construit pour être un

Temple : c?est ce qu'on admet généralement ; et pourtant,

sa beauté, sa grandeur, résidaient plutôt dans sa perfection

architecturale que dans la sainteté du culte. ou daiis

la manifestation de la Présence Divine à l'intérieur de

ses murs. Le rituel; les cérémonies étaient surtout d'inspi~

ration humaine, car, tandis que l'on se targuait d'observer

la lettre de la Loi: de Moïse, cette loi avait été complétée

et sur de nombreux points remplacée par la tradition et

les prescriptions sacerdotales. Les Juifs affectaient de le

considérer comme saint, · et ce sont eux. qui le proclamaient

« Maison du . Seigneur ». Quoiqu'il fût dépourvu

des manifestations divines qui avaient accompagné. les

autres sanctuaires acceptés par Dieu, et quoiqu'il fût

souillé par l'arrogance des prêtres usurpateurs aussi bien

que par des intérêts mercenaires égoïstes, il fut cependant

reconnu, même par notre Seigneur Jésus-Christ,

comme la Maison 'de Son Père (Matt. 21:22 ; comparez

avec Marc 11:15 et Luc 19:45). C'est là que Jésus enfant

fut présenté comme l'exigeait la Loi (Luc 2:22-38) ; c'est

là qu'Il vint avec ses parents à l'époque de la Pâque

(Luc 2:42.,.50; aussi Jean 2:13-23 ; 5:1 ; 12:12-20); c'est

dans cette enceinte qu'Il se proclama, ainsi que le Père qui

l'envoyait (Luc 19:47 ; Jean 10:22-39). Quand, finalement,

rejeté par les siens et cloué. par eux sur la croix,

Il accomplit le sacrifice qui rendait possible le salut de

l'homme, le voile du Teinple fut déchiré par une puissance

invisible èt le dernier vestige de la sainteté suprême

quitta ce lieu (Matt. 27:51 ; Marc 15:38 ; Luc 23:45).

Aussi longtemps qu'il fut debout, cependant, ce Temple

fut tenu par les Juifs en grande vénération. Une déclaration

du Sauveur, que les esprits obtus interprétèrent

. LES SANCTUAIRES 59

comme une menace contre le Temple, fut utilisée contre

Lui comme un des principaux chefs d'accusation pour

lesquels on exigeait sa condamnation à mo~.~ Quand , l~s

Juifs réclamaient une preuve de Son autonte, Il predit

Sa propre mort et sa résurrection par ces mots :. « Détruisez

ce temple et, en trois jours, je le relèverai. » (Jean

2:19-22 ; voyez aussi Matt. 26:61 ; 27:40 ; Marc 14:58 ;

15:29.) Dans leur aveuglement, ils considérèrent cette

remarque comme une allusion irrespectueuse à . leur

Temple, un bâtiment construit de main d'homme, et ,11~ se

refusèrent à l'oublier ou à la pardonner. Cette veneration

se poursuivit après la crucifixion de notre Seigneur ;

cela ressort avec évidence des accusations portées contre

Etienne, et. plus tard contre Paul. Dans leur rage meurtrière,

ces gens . accusèrent Etienne de manque de respect

pour le· Temple et produisirent de faux témoins qui se

parjurèrent en déclarant : « Cet homme ne cesse d~ p~oférer

des paroles contre le lieu saint et contre la lot. »

(Actes 6:13 .) Là-dessus, Etienne fut rangé au nombre

des martyrs.· Quand on proclama que Paul avait introduit

avec lui un Gentil dans les locaux du temple, toute la

ville fut ameutée et une population furieuse arracha

Paul de ce lieu et chercha à le tuer (Actes 21:26-40).

Pendant encore trente ans ou davantage après la mort

du Christ, les Juifs continuèrent d'aménager et d'embellit

les bâtiments du temple. Le plan · complexe conçu et

projeté par Hérode avait été pratiquement mené ~ bien ;.

le Temple était pour ainsi dire achevé et, comme_ll apparut

bientôt après, il était prêt pour la. destruction. So~

destin avait été nettement prédit par le· Sauveur Lmmême.

Commentant une remarque d'un des disciples.

concernant les grandes pierres et les bâtiments splendides.

de la colline du Temple, Jésus avait dit : « Vois-tu ces.

60 LA MAISON DU SEIGNEUR

grandes constructions ?. II ne restera pas pierre sur pierre

qui ne soit renversée. » (Marc 13:1-2 ; aussi Matt..24:1-2 ;

Luc 21:5-6.)

Cette amère prédiction .fut bientôt littéralement accomplie.

Dans le grand conflit qui. les opposa aux légions

romaines sous Titus, beaucoup de Juifs avaient cherché

;un refuge dans .les. cours du temple, apparemment dans

l'espoir que le Seigneur mènerait à nouveau la lutte pour

Son peuple et lui donnerait la victoire. Mais la présence

protectrice de Jéhovah s'en était éloignée depuis long-.

temps et Israël fut abandonné en proie à ses ennemis.

Quoique Titus eût voulu épargner le ·Temple, ses légionnaires,

ivres de carnage, déclenchèrent l'incendie et tout

ce qui pouvait brûler fut brûlé, Le massacre des Juifs

fut épouvantable ; des milliers d'hommes, de femmes et

d'.enfants furent égorgés sans merci à l'intérieur des murs,

et les ·cours du temple furent littéralement inondées de

sang . humain. Cet événement se passa en l'an 70 après

J;-C., et, selon Josèphe, le même mois et le même jour

du mois où le jadis glorieux_ temple de Salomon était

devenu . la proie des flammes allumées par le roi de

Babylone.' Le chandelier d'or et la table des pains de

proposition qui faisaient partie du mobilier du temple,

furent enlevés du Saint et rapportés à Rome . par Titus

en guise . de trophées de guerre ; on peut les voir représentés

sur l'arc de triomphe élevé au nom de ce général

victorieux.

Depuis la destruction du splendide Temple d'Hérode,

aucune construction .. de cette espèce, aucun Temple,

aucune Maison du Seigneur :.___ puisque ces termes ont

un .sens distinct ~ 'n'a plus été consacré dans l'hémisphère

occidental. A un moment quelconque entre 3 61 et 3 63

après J.-C.," l'empereur romain Julien,. surnommé, du

LES SANCTUAIRES 61

fait de sa reconversion du ch rI.S ti" am•s m e. au paganis,m e'

Julien l'Apostat, tenta de reconstruire le Templ~ d~ Jerusalem

Son but n'était pas defaire preuve de devotiOn -~u

d' . . our Dieu mais bien de contredire la prophetie

et amd'éotuarb lpir ainsi la' fausseté de la fm. ch r'f m Ainsi ~ Ienne. d

se termine la série des Temples consacres ~u. nom u

Dieu vivant avant la dispensation de la plemtude des

temps.

NOTES DU CHAPITRE ll

, il de la construction et de la décoration du

B Exode 25:1-9,. Pour les d~ta s

25

à

31

et plus particulièrement le chatabernacle,

voyez Exode chapitre~ , , ' .

pitre 25, dont le texte est en partie répete en 36.8-38.

. re de longueur, dont la valeur différait

La coudée est une ancienne mesu 'il •t dans la Bible ce terme

1 , ques Tel qu apparal •

selon les pays et es ep~ . n accord avec les encyclopédies modernes,

désigne des longueurs vanables. E d té ici la longueur de quarante-

. . b'bl' s etc nous avons a op

dict10nna1res 1 1que • ., . B •t . Smith's Bible Dictionary, etc.

cinq centimètres. Voyez l'Encyclopedia n anmca,

o Smith's Dl.c t!.O nary o f the B1'b le - édit. Barnum - article « Tabernacle ».

1 s 1 1•3 . 24 . 4:3-4. d Josué 18:1-3 ; 19:51 ; aussi 21:2; Juges 18:31 ; aroue . • '

Josèphe : Antiquités juives, Livre VIII : chapitres 2, 3, 4.

f Pour plus de détails concernant 1e s parvi.s , v.o ir. 1 R·5o is 6:36 ; comparez

avec 7:12; voyez aussi II Rois 23:12 ;_ Il Chron. 4.9' 33 ..

u I Rois 7:23-26 ; II Chron. 4:2 ; voyez aussi. 11 R o is 25·.1 3 ·' Jérémie 52:17.

36 7 19 . comparez avec Esaïe 64:11 ;

h 11 Rois 24:13 ; 25:9-17; II .Chro;;

23

: Lam~ntations 2:7; 4:1 ; et Esdras

Jérémie 27:16, 19-22; 28:3; 52. 13• - '

1:7.

' Voyez auss1. d u même auteur « Les Articles de Foi », chapitre 17 • « La

Dispersion d'Israël ».

1 Josèphe, Antiquités juives, XII, chapitres 6 et 7 ; et Il Macch. 2:19 ;

10:1-8 ; aussi Jean 10:22.

62 LA MAISON DU SEIGNEUR

~ Matt. 2:1-10, 16-18. «Un p~tit enfant fit trembler le grand Hérode sur son

trône. Quand il apprit que les mages étaient venus saluer leur Roi et Seigneur,

et ne· s'étaient pas arrêtés à son palais, mais avaient poursuivi leur chemin

jusqu'à un toit plus humble, et quand il découvrit qu'ils ne reviendraient pas

trahir' cet enfant, il mit à mort tous les enfants de Bethléem âgés de moins. de

deux ans. Le crime était grand, mais le nombre des victimes, dans une petite

bourgade comme Bethléem, était trop réduit pour que Josèphe ou d'autres

historiens en fissent une mention spéciale parmi les autres actes de cruauté

d'Hérode, car il était dépourvu d'intérêt politique. » Smith's Comprehensive

Dictionary of the Bible, article « Jésus Christ », page 466.

' Josèphe, Guerres des Juifs, livre VI, 4:5-8. On trouve une description

détaillée de la destruction du Temple dans les chapitres 4 et 5.

m « Il commença effectivement à creuser les fondations, mais ses ouvriers

s'enfuirent en proie à une panique causée par des explosions et des jets de

flammes terrifiants. Les chrétiens considérèrent cette manifestation comme

miraculeuse ; et il est certain que Julien lui-même en fut si frappé qu'il

renonça à l' enl!eprise. » P. V. N. Mey ers, General His tory, page 334.

CHAPITRE III

NÉCESSITÉ DES TEMPLES

DANS LA DISPENSATION ACTUELLE

Parmi les . nombreuses sectes. et confessions qui se

réclament du christianisme, l'Eglise de Jésus-Christ des

Saints des Derniers Jours est la seule qui enseigne et pratique

un lninistère exercé dans un temple. L'ardeur avec

laquelle ces gens se dévouent à l'oeuvre sacrée de construire

des temples et à y administrer les ordonnances de l'Evangile

pour le salut, ne cesse d'attirer l'attention et de susciter

l'étonnement, aussi bien des philosophes que des profanes.

Il ne suffit pas de tenter d'expliquer ce sacrifice singulier et

stupéfiant en l'assignant à quelque fanatisme supposé et non

encore prouvé ; l'investigateur consciencieux, l'observateur

soigneux, et même le lecteur superficiel - s'il se trouve ·

être honnête- admettent·qu'au-dessous de cette dévotion

il y. a une foi profondément enracinée et durable. On ne

peut affirmer que les Saints des Derniers Jours construisent

des temples comme signe de la richesse de leur communauté

ou pour s'enorgueillir d'une grandeur humaine ; car nous les

trouvons déjà opiniâtrement engagés dans cette oeuvre à un

moment où le pain et les vêtements étaient rares chez eux ;

et tout au long de leur histoire, ces gens ont considéré leurs

temples comme des édifices appartenant au Seigneur, euxmêmes

étant les intendants à qui était confiée la garde de ces .

,,1

64 LA MAISON DU SEIGNEUR

biens sacrés. On ne peut dire non plus que cette Eglise

construit des templès comme d'autres sectes érigent des chapelles,

des églises, des cathédrales, et des synagogues ; car

l'Eglise possède l'équivalent de celles-ci, et le fait est que les

lieux de réunion et de culte publics tenus par les Saints des

Derniers Jours sont proportionnellement plus nombreux que

ceux des autres dénominations. En outre, comme nous

l'avons déjà dit, leurs temples ne sont pas utilisés comme

lieux de réunion commune, ni comme des maisons destinées

à un culte général et communautaire.

Pourquoi, dès lors,'l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des

Derniers Jours construit-elle et entretient-elle des temples?

En guise de réponse, considérons les faits que voici, qui qnt

trait à cette matière :

Il est nécessaire d'obeir aux lois et aux ordonnances

de l'évangile.

Dans ses articles de· foi, l'Eglise proclame :

« Nous croyons que, par le sacrifice expiatoire du

Christ, tout le genre humain peut être sauvé, en obéissant

aux lois et aux ordonnanc~s de l'évangile. ~a

Tout en professant croire en la possibilité d'un salut

universel, l'Eglise affirme que le salut n'est assuré qu'à

la condition que l'individu satisfasse aux exigences posées

par le Rédempteur, sans le sacrifice expiatoire de qui personne

ne pourrait être sauvé. L'expiation réalisée par le

Christ au Calvaire était une offrande vicariale, et toute

l'humanité participe à ses conséquences bénéfiques. En ce

qui concerne le rachat de cet esclavage qu'est la mortalité

consécutive à la transgression en Eden, le sacrifice que

le Christ a fait de Sa vie satisfait entièrement aux exigences

que pose l'infraction à la loi ; et personne à part Adam

ne sera tenu pour responsable de la désobéissance d'Adam

NÉCESSITÉ DES TEMPLES 65

ni d'aucune de ses conséquences. Au juste jugement auquel

tout mortel devra comparaître, tout .sera dûment pesé et

considéré : l'état de faiblesse reçu en héritage, les tentations

dues aux circonstances, l'aptitude à choisir et à agir,

la mesure de la connaissance atteinte par le sujet, la quantité

de vérité qu'il a acceptée ou rejetée, les occasions

qu'il a utilisées judicieusement ou dédaignées à tort, la

fidélité avec laquelle il a marché dans la lumière, ou la

dépravation qui lui a fait emprunter les sentiers interdits

des ténèbres, en un mot, chaque fait, chaque circonstance

constituant sa vie individuelle. Au tribunal de Dieu, le

trait distinctif de la miséricorde divine sera, tout comme

il l'est actuellement dans la vie mortelle, non pas un pardon

arbitraire du péché ni une remise imméritée de la dette

du coupable, mais le fait de fournir au pécheur un moyen

de se mettre en règle avec les exigences de l'Evangile et

passer ainsi en temps voulu de la prison du péché à la

glorieuse liberté d'une vie juste.

Un seul prix est exigé pour le pardon des transgressions

de l'individu, et il est le même pour tous, pour les pauvres

comme pour les savants ; il ne connaît pas de fluctuations,

il ne change pas avec le temps ; il était le même hier

qu'aujourd'hui, et il le restera à jamais, et ce prix, qui

est celui d'une perle sans prix, c'est l'obéissance aux lois

et aux ordonnances de l'Evangile.

Ecoutez cette autre déclaration de foi enseignée par

l'Eglise rétablie :

« Nous croyons que les premiers pnnctpes et ordonnances

de l'Evangile sont: 1) La foi au Seigneur JésusChrist;

2) La repentance; 3) Le baptême par immersion

pour la rémission des péchés; 4) L'imposition des mains ·

pour le don du Saint-Esprit. »b

! 1

66 LA. MAISON DU SEIGNEUR

La foi dans le Seigneur Jésus-Christ est le principe fondamental

de l'Evangile, la première lettre de l'alphabet

· du salut, dans lequel s'écrivent les paroles de vie éternelle.

Or, qui peut avoir foi en quelque chose dont il ne sait

rien ? La connaissance est essentielle à la foi et la foi

incite celui qui la possède à rechercher davantage de connaissance

et de transformer cette connaissance en sagesse,

qui n'est que la connaissance appliquée, utilisée. Prêcher

le Christ crucifié (1 Cor. 1:23, 2:2), c'est absolument la

seule façon d'enseigner la foi en Lui par le moyen du

précepte et de l'exemple. Bien que connaissance et foi

soient ainsi étroitement associées, elles ne sont pas identiques,

l'une n'est pas le prolongement assuré de l'autre.

II se peut qu'un homme ait appris la vérité et pourtant

l'ignore. Sa connaissance, loin de développer en son âme

la foi qui dirige les actions justes, ne peut qu'aggraver sa

condamnation, car il pèche sans même avoir l'excuse de

l'ignorance. Les mauvais esprits ont témoigné de leur

connaissance que Jésus est le Christ, néanmoins ils restent

les disciples déchus de Satan (Marc 1:24; 3:11 ; 5:1-18;

et Matt. 8:28-34). A mesure qu'une foi vivante se développe

dans l'âme de l'homme, elle entraîne son possesseur

à chercher le moyen de s'élever au-dessus de la

servitude du péché ; et la pensée même de cette émancipation

inspire un dégoût pour la contamination passée

du mal. Le fruit naturel de cette glorieuse croissance,

c'est la repentance. ,

La repentance, qui est exigée de tous les hommes,

constitue le deuxième principe de l'Evangile du Christ.

II comprend un regret sincère des péchés passés et leur

abandon résolu, avec la détermination solennelle de s'efforcer

- Dieu aidant - de n'y jamais revenir. La repentance

vient de Dieu comme un don à celui qui a accu-

NÉCESSITÉ DES TEMPLES 67

roulé et développé en soi ce premier don qu'est la foi.

On ne l'obtient pas en la demandant négligemment ; elle

ne se trouve pas au milieu de la grand-route ; elle n'est

pas de la terre, c'est un trésor du ciel ; elle ne se donne

qu'à bon escient; et pourtant avec une ·libéralité sans

bornes à ceux dont les oeuvres en garantissent l'attribution.

C'est-à-dire que tous ceux qui se préparent à la repentance

seront amenés par l'influence toute de douceur et

d'humilité du Saint-Esprit à la possession effective de ce

grand don. Lorque 'Pierre fut accusé par ses coreligion

·naires d'avoir enfreint la loi en fréquentant des Gentils,

il parla à ses auditeurs des manifestations divines qu'il

venait de recevoir ; ils crurent et déclarèrent : « Dieu a

donc accordé la repentance aussi aux païens, afin qu'ils

aient la vie. » Paul également, dans son épître aux Romains,

enseigne que la repentance procède de la bonté de Dieu. •

Le fait de persister volontairement dans le péché peut

amener la perte de l'aptitude à se repentir·; si l'homme

remet à plus tard le moment de la repentance, il encourt

cette perte et la rend de plus en plus certaine. La parole

divine, rapportée par la bouche d'un prophète moderne,

est très explicite :

« Car moi, le Seigneur, je ne puis considérer le péché

avec le moindre degré d'indulgem;e ;

Néanmoins, celui qui se repent et obéit aux commandements

du Seigneur sera pardonné ;

Et à celui qui ne se repent pas, on ôtera même la

lumière qu'il a reçue ; car mon Esprit ne luttera pas toujours

avec l'homme, dit le Seigneur des armées. » (Doctrine

et Alliances 1:31-33.)

Les Saints des Derniers Jours croient et enseignent que

la repentance sera possible et effectivement exigée de la

68 LA MAISON DU SEIGNEUR

part de ceux qui ne se seront pas encore repentis, même

après la mort ; et ils affirment que cette doctrine est

appuyée par les écritures, tant anciennes que modernes.

Nous lisons que, pendant que le corps de notre Seigneur

était couché dans le tombeau entre le soir du jour de la

crucifixion et l'aube glorieuse de sa résurrection, Luimême

exerçait un ministère dans le monde des esprits

désincarnés. Pierre déclare expressément que notre Seigneur

« est allé prêcher aux esprits en prison, qui autrefois

avaient été incrédules, lorsque la patience de Dieu

se prolongeait, aux jours de Noé » (l Pierre 3:19-20 ;comparez

avec 4:6). Le contexte dans lequel apparaissent

ces paroles de l'apôtre inspiré montre que l'événement

auquel il est fait allusion se produisit avant la résurrection

du Sauveur. En outre, on se souviendra que l'un des larrons

dont la croix se dressait à côté de celle de Jésus manifesta

sa foi et même un certain degré de repentance et reçut

du Christ souffrant une bénédiction avec cette assurance :

« Aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis. » (Luc

23:39-43.) On ne peut soutenir que cette promesse signifiait

que le pécheur repentant allait passer directement de

la croix au Ciel - lieu où les rachetés seulement demeurent

en la présence de Dieu - car assurément ce pénitent

souffrant n'avait eu aucune occasion de témoigner effectivement

sa repentance en se conformant aux lois et

ordonnances de l'Evangile, et faute de s'être conformé

- fût-ce seulement à l'exigence du baptême d'eau -

cet hon;tme ne pouvait pénétrer dans le Royaume de Dieu,

ni le voir, sinon la parole du Christ se serait avérée

fausse. (Voyez la déclaration de notre Seigneur à Nicodème

: Jean 3:1-5 .) De 'plus, pour achever de prouver

qu'entre le moment de la mort et de la résurrection du

Christ, ni Lui ni le pécheur repentant n'étaient allés dans

NÉCESSITÉ DES TEMPLES 69

la demeure de Dieu, nous avons les paroles du Seigneur

ressuscité à Madeleine en pleurs : « Je ne suis pas encore

monté vers mon Père.» (Jean 20:17.)

Mis en face de cette affirmation scripturale selon laquelle

le Christ désincarné visita et exerça son ministère parmi

les esprits qui avaient été désobéissants et qui étaient

retenus en captivité parce que leurs péchés n'étaient pas

pardonnés, il convient de nous renseigner sur la portée

et l'objet du ministère de notre Sauveur parÏni eux. Sa

prédication a dft être riche de sens· et positive ; en outre,

on ne peut supposer que Son message ait apporté autre

chose que du soulagement et de la miséricorde. Ceux vers

qui Il allait étaient déjà en prison et ils s'y trouvaient

depuis longtemps. Si le Rédempteur est allé vers eux

c'est pour leur prêcher, non pour les condamner davantage,

pour ouvrir la route qui menait à la lumière et

non pour renforcer les ténèbres du désespoir dans lequel

ils languissaient. Cette visite libératrice n'avait-elle pas

été prédite depuis longtemps ? Plusieurs siècles avant cette

époque fatale, Esaïe avait prophétisé, parlant d'esprits

fiers et méchants : « Ils seront assemblés captifs dans une

prison, ils seront enfermés dans des cachots et, après un

grand nombre de jours, ils seront visités. » (Esaïe 24:22.)

Ailleurs, parlant du ministère dévolu au Christ, la même

voix prophétique inspirée déclarait qu'une partie de cette

oeuvre était « pour être la lumière des nations, pour

ouvrir les yeux des aveugles, pour faire sortir de prison

le captif, et de leur cachot ceux qui habitent dans les

ténèbres » (Esaïe 42:6-7). David, débordant d'émotion,

de contrition et d'espoir chantait dans des vers où se

mêlaient joie et tristesse : << Aussi mon coeur est dans

la joie, mon esprit dans l'allégresse, et mon corps repose

1

il

' ·:1 1.:

:'''

70 LA MAISON DU SEIGNEUR

en sécurité. Car tu ne livreras pas mon âme au séjour

des morts. » (Psaumes 16:9-10.) ·

Ces écritures ainsi que d'autres nous apprennent que

le ministère du. Christ ne se limitait pas au petit nombre

de ceux qui vivaient leur existence mortelle pendant l:;t

brève période de Sa vie terrestre, ni même aux personnes

de cette génération-là et des générations futures, mais

qu'il s'adressait à tous, les morts, les vivants, et ceux

qui n'étaient pas encore nés. On ne peut nier. que des

millions de gens avaient vécu et étaient morts avapt le

midi des • temps, et que, parmi ces multitudes comme

parmi tous ceux qui sont nés depuis lors, innombrables

sont ceüx qui . sont morts sans avoir connaissance de

l'Evangile et ·du plan de salut qu'il prescrit. Quelle est

leur situation ? Et, en somme, quelle sera la situation

des habitants actuels de la terre et des multitudes encore

à venir qui mourront dans l'ignorance et sans avoir la

foi qui sauve ? Dernimdons-nous encore une fois, comment

ceux qui ne connaissent pas le Christ peuvent-ils avoir

foi en Lui, ~t comment, ne possédant ni la connaissance

ni la foi, peuvent-ils profiter des dispositions prévues

pour leur salut ?

L'Egli~e cie Jésus-Christ des Saints· des Deiniers Jours

affirme que le plan de salut n'est pas limité par la tombe,

que l'Evangile ne tient pas compte de la mort, et qu'il

est éternel depuis les âges écoulés jusqu'aux éternités

à venir. Il ne fait pas de doute · que le ministère du Sauveur

parmi les morts· comportait la révélation de sa propre

mort expiatoire, la prédication de la foi en Lui-même

et dans le plan de conception divine qu'Il représentait;

ainsi que la · nécessité d'une repentance acceptable aux

yeux de Dieu. Il est raisonnable de àoire que les autres

·exigences essentielles comprises dans les « lois et ordan-

NÉCESSITÉ DES TEMPLES 71

nances de l'Evangile » furent portées à leur connaissance.

Il peut sembler, à un lecteur moins réfléchi, qu'enseigner

la possibilité de se repentir au-delà du tombeau, cela peut

tendre à affaiblir la croyance en l'absolue nécessité' d'un

repentir. et d'une réforme dans cette vie. Toutefois, après

avoir considéré soigneusement la question, il apparaîtra

que cette doctrin:e ne justifie pas urie telle objection. Rejeter

ou ignorer à quelque degré que ce soit un don de Dieu,

c'est renoncer dans une mesure proportionnelle aux droits

que l'on peut faire valoir sur ce don. Pour l'âme qui aura

négligé volontairement les occasions de se repentir qui

se seront offertes ici"'-bas, la repentance dans l'au-delà peut

être - et on peut effectivement croire avec raison qu'elle

sera - si difficile qu'elle n'y atteindra pas avant longtemps.

Cette conception est justifiée par l'écriture ainsi

qu'en témoignent les paroles d'Amulek, un prophète

néphite qui admonesta en ces termes l'Eglise sur le continent

occidental quatre-vingts ans avant la naissance du

Christ:

« Car voici, cette vie est le moment où les hommes

doivent se préparer à rencontrer Dieu ; ... pour cette raison,

je vous supplie de ne pas différer le jour de votre repentànce

jusqu'à la fin; ... Vous ne pourrez pas dire, quand

vous en arriverez à cette crise terrible : Je veux me

repentir, je veux retourner à mon Dieu. Non, vous ne

pourrez pas le dire ; car ce même esprit qui possède votre

corps au moment où vous quittez cette vie, ce même

esprit aura le pouvoir de posséder votre corps dans le

monde éternel. .Car voici, si vous avez différé le jour de

votre repentance, jusqu'à la mort, voici, vous vous êtes

assujettis à l'esprit du diable, et il vous scelle à lui comme

siens. » (Livre de Mormon, Alma 34:32-35.)

Le baptême d'eau est enseigné par l'Eglise en cette

dispensation comme étant une ordonnance essentielle de

72 LA MAISON DU SEIGNEUR

l'Evangile. Le baptême est la porte qui mène à la bergerie

du Christ, lè .portail de l'Eglise, le rite prescrit de

naturalisation dans le royaume de Dieu. Celui qui présentè

sa candidature à l'admission dans l'Eglise, ayant

obtenu · et professé sa foi dans le Seigneur Jésus-Christ,

et s'étant sincèrement repenti de ses péchés, est requis,

comme il convient, de fournir la preuve de sa sanctification

spirituelle par quelque ordonnance extérieure, prescrite

par l'autorité comme le signe ou le symbole de cette nouvelle

profession. Cette ordonnance initiatrice, c'est le baptême

d'eau, qui doit être suivi d'un baptême plus élevé,

celui du Saint-Esprit; et, suite à cet acte d'obéissance, la

rémission des péchés est accordée. • ·

Que le baptême soit essentiel au salut, cela est attesté

par un grand nombre d'écritures traitant de ce sujet ; et

pourtant, même sans s'appuyer sur celles-ci, le caractère

essentiel apparaît comme conséquence de cette exigence

inconditionnelle de la repentance et de ce fait

évident que pour être valable et effective, la repentance

doit supposer l'obéissance aux exigences divines, lesquelles

comprennent le baptême d'eau. Il faut se rappeler que

Jés~s, le Christ, bien qu'exempt de la souillure du-péché, se

soumit en personne à cette ordonnance qui lui fut administrée

par Jean-Baptiste dans les eaux du Jourdain. L'essentiel

de l'enseignement de Jean était: «Repentez-vous, car

le royaume des cieux est proche », et à ceux qui venaient

vers lui et professaient leur repentance, il administrait le

baptême par immersion. C'est alors que Jésus vint vers

Jean, pour être baptisé par lui; et Jean-Baptiste, qui Le

considérait comme sans péChé, protesta en disant :

« C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, . et tu

viens à moi 1 •

Jésus répondit: Laisse faire maintenant, car il est con-

NÉCESSITÉ DES TEMPLES 73

. venable que nous accomplissions , ainsi tout ce qui est

juste. Et Jean ne lui résista plus.

Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l'eau. Et voici,

lès cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de ·Dieu descendre

comme une colombe et venir sur lui.

Et voici, une voix fit entendre des cieùx ces paroles :

Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute

mon affection.» (Matt. 3:13-17.)

II ressort de ce qui précède que le baptême de Jésus

était acceptable pour le Père et que celui-ci lui donnait

le caractère d'un acte d'humilité et d'obéissance de la

part du Fils, acte dont Il était pleinement satisfait. Quelque

temps après son propre baptême, Jésus affirma, en des

termes à la fois énergiques et sans équivoque, que le

baptême est requis de tous les hommes comme une des

conditions de leur entrée dans le royaume de Dieu.

A Nicodème, un dirigeant juif qui vint le voir de nuit

et montrait quelque foi, Jésus déclara : « En vérité, en

vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit,

il ne peut entrer dans le royaume de Dieu.» (Jean 3:1-7.)

Quand II se manifesta aux apôtres dans son état ressuscité,

il leur donna ces dernières instructions comme

mission spéciale : « Allez, faites de toutes les nations des

disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils, et du

Sa~t-Esprit. » (Matt. 28:19.) La nécessité et le but de

cette ordonnance apparaissent dans la suite des paroles

qu'Il prononça en cette même occasion solennelle : « Celui

qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui

ne croira pas sera condamné. » (Marc 16: 16.)

Les apôtres, inspirés par cette mission divine, ne cessèrent

d'enseigner la nécessité du baptême aussi longtemps

que dura leur ministère parmi les mortels (Actes 2:38 ;

9:1-18; 10:30-48; 22:1-16; I Pierre 3:21).

Les anciens de l'Eglise, dans la dispensation actuelle,

1

1

1 !

74 LA MAISON DU SEIGNEUR

ont reçu les mêmes directives, ont été revêtus de la

même autorité, et presque dans les mêmes termes : « Allez

dans le monde entier, prêchez l'évangile à toute créature,

agissant avec l'autorité que je vous ai donnée, baptisant

au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et celui qui

croira sera sauvé, et celui qui ne croira pas sera damné. »

(Doctrine et Alliances 68:8-9.) En une autre occasion,

le Seigneur ajouta, dans une révélation donnée par l'intermédiaire

du prophète moderne, Joseph Smith : «C'est

pourquoi ce que j'ai dit à mes apôtres, je vous ·le dis de

nouveau : toute âme qui croira à vos paroles et sera

baptisée d'eau pour la rémission des péchés, recevra le

Saint-Esprit. » Et plus loin: «En vérité, en vérité, je vous

le dis, ceux qui ne croiront pas à vos paroles, et qui ne

seront pas· baptisés d'eau en mon nom pour la rémission

de leurs péchés, afin de recevoir le Saint-Esprit, seront

damnés et ne viendront pas dans le royaume de mon Père,

là où mon Père et moi sommes. » (Doctrine et Alliances

84:64, 74; voyez aussi 112:28-29.)

Le don du Saint-Esprit suit le baptême d'eau et son

attribution par l'autorité voulue constitue une autre ordonnance

essentielle de l'Evangile («Les Articles de Foi»,

chapitre 8). Tant dans l'antiquité que dans nos temps

modernes, cette dotation a été considérée comme un

baptême supérieur, sans lequel le. baptême d'eau est inéomplet.

Jean, mieux connu sous le nom de Jean-Baptiste,

l'a enseigné à la veille même du ministère personnel du

Sauveur. Considérez bien ses paroles : « Moi, je vous

baptise d'eau, pour vous amener à la repentance; mais

celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et

je ne suis pas digne de porter ses souliers. Lui, il vous

baptisera du Saint-Esprit et de fèu. » (Matt. 3:11 ; comparez

avec· Marc 1:7-8; et Luè · 3:16.) Jean témoigne

. NÉCESSITÉ DES TEMPLES 75

encore que celui qui inaugurera ce baptême supérieur

sera Jésus Lui-même. Ce n'est qu'après lui avoir administré

l'ordonnance du baptême d'eau que Jean reconnut

Jésus pour le Christ ; mais,· immédiatement ·après cette

reconnaissance, Jean-Baptiste proClama sans crainte son

témoignage: «Voici l'Agneau de Dieu .. : C'est celui dont

j'ai dit : Après moi vient un homme qui m'a précédé ...

Je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser

d'eau, celui-là m'a dit : Celui sur qui tu verras l'Esprit

descendre et s'arrêter, c'est celui qui baptise du SaintEsprit.

» (Jean 1:29-33.)

Jésus promit à plusieurs reprises aux apôtres que le

« Consolateur » ou « Esprit de Vérité » leur serait donné,

et cette assurance leur fut définitivement confirmée avant

l'ascension. (Jean 14:16, 17, 26; 15:26; 16:7, 13.)

Il «leur recommanda de ne pas s'éloigner de Jérusalem,

mais d'attendre ce que le Père avait promis, ce que je vous

ai ànnoncé, leur dit-il ; car Jean a baptisé d'eau, mais vous,

dans peu de jours, vous serez baptisés du Saint-Esprit ...

Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant

sur vous et vous serez mes témoins. »(Actes 1:4, 5, 8.) Cette

promesse fut remplie à la Pentecôte suivante, lorsque les

apôtres reçurent un pouvoir qui leur était inconnu jusqu'alors,

cette attribution se manifestant extérieurement

par des langues de feu. (Actes 2:1-4.) Dans la suite, les

apôtres promirent le Saint-Esprit à ceux qui .cherchaient le

salut. L'exhortation que Pierre adressa à la foule ce même

jour mémorable de la Pentecôte, est particulièrement explicite

et énergique. En réponse à la demande. « Hommes,

frères, que ferons-nous ? » le chef des apôtres ,répondit :

« Repentez-vous et que chacun dé vous soit baptisé au

nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés; et

vous recevrez le don du Saint-Esprit. » (Actes 2:37-38.)

1:

1

i:

76 LA MAISON DU SEIGNEUR

Une semblable assurance quant à l'attribution supérieure

du Saint-Esprit consécutive à l'ordonnance du baptême

d'eau fut donnée par les prophètes néphites, (Livre de

Mormon, II Néphi 31:8, 12-14, 17) ainsi que par le Christ

ressuscité lors de Sa visite au peuple du continent occidental.

(Ill Néphi 11:35 ; 12:2.) Plus tard encore, ceci a

été répété par l'intermédiaire de l'Eglise dans notre dispensation

actuelle, celle de la plénitude des temps. «Je vous le

dis à nouyeau ~ déclara le Seigneur dans une révélation

adressée à certains anciens de l'Eglise, « toute âme qui

croira à vos paroles et sera baptisée d'eau pour la rémission

des péchés, recevra le Saint-Esprit. ~ (Doctrine et

Alliances 84:64.)

Répétons-le en résumé: L'Eglise de Jésus-Christ des

Saints des Derniers Jours tient pour doctrine essentielle,

attestée et prouvée par les écritures, tant anciennes que

modernes, que l'obéissance aux lois et ordonnances de

l'Evangile est une exigence absolue et irrévocable pour

l'admission au Royaume de Dieu, ou, en d'autres mots,

pour assurer le salut individuel aux âmes des hommes, et

que cette exigence est universelle, s'appliquant de même

façon à toute âme arrivée à l'âge et à l'exercice de la responsabilité

dans la chair, quelle que soit l'époque ou la

dispensation où cette âme a vécu dans la mortalité.

ll s'ensuit comme conséquence nécessaire que si une âme

a, par ignorance ou par négligence, omis de se conformer

à ces exigences, l'obligation n'est pas annulée par la mort.

MINISTÈRE VICARIAL DES VIVANTS POUR LES MORTS

La question se pose maintenant de savoir comment il est

possible aux morts de se conformer aux conditions de

l'Evangile et de faire en esprit ce qu'ils ont omis de faire

NÉCESSITÉ DES TEMPLES 77

dans la chair. Il se peut que l'exercice de la foi et la manifestation

de la repentance par des esprits désincarnés ne

présentent pas de grandes difficultés pour une intelligence

humaine ; mais que les morts doivent obéir aux ordonnances

de l'Evangile qui exigent le baptême d'eau et le

baptême d'Esprit par imposition des mains de quelqu'u~

en ayant l'autorité, cela paraît à beaucoup tout ausst

impossible qu'une nouvelle naissance le paraissait à Nicodème.

Il écoutait avec stupeur les paroles du Sauveur :

« A moins qu'un homme ne naisse de nouveau, il ne peut

voir 1~ royaume de Dieu ~, et demanda : « Comment un

homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer

une seconde fois dans le sein de sa mère, et naître ? ~

Il apprit finalement que cette. nouvelle naissance à laquelle

il était fait allusion, c'était le baptême d'eau et le baptême

d'Esprit. C'est avec une égale pertinence qu!! l'on peut

demander maintenant : Comment peut-on baptiser un

homme quand il est mort ? Peut-il entrer une seconde fois

dans son corps de chair et être immergé dans l'eau par

l'action d'un homme? La réponse est que les ordonnances

nécessaires peuvent être exécutées au bénéfice des morts

par leurs représentants vivants, le sujet mortel agissant par

procuration pour le disparu. Ainsi, de même qu'un homme

peut être baptisé en personne lui-même, il peut être baptisé

au bénéfice d'un mort.

La validité d'un service vicarial, dans lequel une personne

agit au bénéfice d'une autre, est généralement reconnue

comme faisant partie intégrante des institutions

humaines ; et ce genre de service est acceptable aux yeux

de Dieu : cela est attesté par l'Ecriture. Les écritures

anciennes et modernes, les annales d'histoire profane, les

. traditions de tribus et de nations, les rites des sacrifices

sanglants, et même les sacrifices abominables de l'idolâtrie

I,,l

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1

1

! Il

78 LA MAISON DU SEIGNEUR

païenne impliquent cette· conception fondamentale de propitiation

vicariale et de service rendu par procuration. Le

bouc-émissaire (Lév. 16:20-22) et la victime de l'autel

(Lév., chapitre 4) de la dispensation de Moïse, à condition

d'être offerts par l'autorité constituée et dûment accompagnés

de confession et de repentance, étaient acceptés par

le Seigneur comme des sacrifices destinés à racheter les

péchés de Son peùple.

Le sacrifice le plus chargé de sens, la plus grande

oeuvre jamais accomplie dans l'humanité, l'événement central

de l'histoire humaine, la réalisation suprême, à la fois

glorieuse consommation et commencement béni, c'est

l'Expiation du Christ, et c'était au plus haut titre une

offrande vicariale. Aucune personne qui croit que Jésus

mourut pour l'homme ne peut douter de la validité et de

l'efficacité de l'administration vicariale. Il donna Sa vie en

sacrifice pré-ordonné, offert volontairement et dûment

accepté comme rachetant l'infraction à la loi, et comme

étant le moyen par lequel le salut était mis à la portée de

l'homme. Le fait que Sa mort fut littéralement une offrande

acceptée au bénéfice du genre humain nous est exposé .en

ces termes par le Christ ressuscité - c'est la révélation

moderne qui nous les rapporte :

« Car voici, moi, Dieu, j'ai souffert ces choses pour

tous afin qu'ils ne souffrent pas s'ils se repentent. Mais

s'ils ne veulent pas se repentir, ils doivent souffrir tout

comme moi. Et ces souffrances m'ont fait trembler moimême,

moi, Dieu, le plus grand de tous, à cause de la

douleur, et elles m'ont fait saigner à chaque pore, m'ont

torturé à la fois le corps et l'esprit, m'ont fait souhaiter

ne pas devoir boire à la coupe amère et m'ont fait reculer

d'effroi. Néanmoins, gloire soit au Père, j'ai bu à la

coupe et j'ai terminé tout ce que j'avais préparé pour les

enfants des hommes. » (Doctrine et Alliances 19:16-19.)

NÉCE~SITÉ DES TEMPLES 79

L'effet vicarial de l'expiation du Christ est double:

Il a racheté tous les hommes de la mort de la chair, consécutive

à la transgression d'Adam, et Il a procuré un moyen

de propitiation pour les péchés individuels, grâce auquel le

. pécheur peut arriver au salut par l'obéissance. C'est par

Sa vie mortelle et le sacrifice de Sa mort au bénéfice

d'autrui - c'est-à-dire tous ceux qui ont vécu ou qui

vivront jamais - que Jésus-Christ a conquis Son titre de

Sauveur et de Rédempteur de l'humanité. Et de même que

Lui, par ses efforts, ses sacrifices et ses souffrances, a fait

pour les hommes ce qu'ils n'auraient jamais pu accomplir

pour eux-mêmes et est devenu en vérité le seul et unique

Sauveur et Rédempteur de la race, de même chacun

d'entre nous, en ouvrant à ses disparus la voie par laquelle

ils peuvent arriver à la loi de salut de l'Evangile, devient

dans une mesure réduite, le sauveur de ces personnes qui,

autrement, seraient restées dans les ténèbres. (Abdias 21 ;

1 Timothée 4:16; Jacques 5:20.)

Dans chaque cas d'administration vicariale, il est absolument

indispensable que l'intermédiaire soit digne et

acceptable ; et, de toute nécessité, il doit lui-même s'être

conformé aux lois et ordonnances de l'Evangile avant de

pouvoir officier au bénéfice d'autrui. En outre, le ministère

du représentant vivant doit être en accord avec la désignation

divine et n'être en aucune façon simple présomption

humaine. Les sacrifices acceptables de l'antique Israël

étaient en tous points conformes à des spécifications précises

et · des prescriptions minutieuses ; et les sacrifices

rituels ne pouvaient être célébrés que par les prêtres autorisés.

Le sacrifice suprême qu'impliquait la mort expiatoire

du Christ était tout aussi véritablement prévu et préordonné.

Tout au long des siècles ayant précédé l'ère chrétienne,

des prophètes prédirent la naissance, la vie et la

''

1

i'

1

80 LA. MAISON DU SEIGNEUR

mortde notre Seigneur: tout était déjà prévu (Deut. 18:15,

17-19; Job 19:25,.27; Psaumes 2:1-12; Zach. 9:9; 12:10;

13:6; Esaïe 7:14; Michée 5:2) ; et ces prophéties furent

confirmées par Jésus lui-même. (Luc 24:27, 45, 46.) Considérez

aussi le témoignage des apôtres sur le même sujet. -

Pierre désigne spécifiquement le Christ comme « un Agneau

sans défaut et sans tache, prédestiné avant la fondation du

monde». (I Pierre 1:19-20.) Cette appellation d'« Agneau»

désigne la victime d'un sacrifice. Paul, . écrivant aux

Romains, dépeint notre Seigneur comme celui « que Dieu

a destiné à être un instrument de propitiation par son

propre sang, moyennant la foi, pour montrer sa justice pour

la rémission des péchés commis jadis. » (Romains 3:25 ;

aussi Romains 16:25-26; Eph. 3:9 ; Col. 1:24-26; II Tim.

1:8-10; Tite 1:2-3; Apoc. 13:8.)

Les Saints des Derniers Jours affirment que cette oeuvre

vicariale au bénéfice des morts leur a été demandée par un

appel du Seigneur reçu par révélation directe ; et que tout

individu qui accepte l'évangile et entre dans l'Eglise

acquiert le privilège - et le devoir - de travailler au salut

de ses morts. Il est attendu et requis de lui, par les obligations

et la responsabilité qu'il a assumées en tant que

membre de l'Eglise de Jésus-Christ, qu'il vive de manière

à être, dans ces saintes ordonnances, le digne représentant

de ses ancêtres disparus, et aussi qu'il mène une vie pure,

afin de ne pas s'aliéner le droit de pénétrer dans l'enceinte

sacrée de la Maison du Seigneur, seul lieu où il puisse

officier en cette qualité privilégiée.

Cette doctrine de l'oeuvre vicariale pour les morts

n'implique, en rien, que l'administration des ordonnances

au bénéfice des esprits des disparus gêne en quelque

manière le droit de choisir de ceux-ci et l'exercice de leur

libre arbitre. Ils ont toute liberté d'accepter ou de rejeter

NÉCESSITÉ DES TEMPLES 81

ce ministère exercé en leur faveur; ils l'accepteront ou le

rejetteront conformément à leur état - converti ou

endurci - exactement comm~ il en va des mortels à qui

parvient le message de l'Evangile. Bien que le baptême

soit dûment administré à un homme vivant au bénéfice

d'un ancêtre défunt, cet esprit n'en retirera aucun avantage

immédiat, aucun bénéfice, s'il n'est pas encore arrivé à la

foi au Seigneur Jésus-Christ ou s'il ne s'est pas encore

repenti; De même que le Christ a offert le salut à tous,

bien que peu nombreux soient ceux qui l'acceptent dans la

chair, de même les ordonnances du temple peuvent être

administrées pour beaucoup d'esprits se trouvant au

royaume des disparus et qui ne sont pas encore préparés à

en · profiter.

Il est donc évident que l'oeuvre au bénéfice des morts

est double : ce qui est accompli sur terre resterait incomplet

et inutile s'il n'y avait un complément, une contrepartie

au-delà du voile de la mort. L'oeuvre missionnaire

est en progrès là-bas - oeuvre à côté de laquelle le travail

missionnaire sur terre n'est qu'une mince entreprise. Il y a

des prédicateurs et des instructeurs, des· ministres investis

de la Sainte Prêtrise, tous occupés à annqncer la bonne

nouvelle de l'Evangile aux esprits qui n'ont pas encore

trouvé la lumière. Ainsi que nous l'avons déjà montré,

cette grande oeuvre parmi les morts a été inaugurée par

Jésus-Christ au cours de sa brève désincarnation. Le ministère

salvateur ainsi inauguré fut laissé à d'autres, dûment

autorisés et chargés de la mission de le poursuivre, tout

comme l'oeuvre de prédication de l'Evangile et d'administration

de ses ordonnances parmi les vivants fut confiée aux

apôtres de l'Eglise de jadis.

82 LA MAISON DU SEIGNEUR

AUTORITÉ DE TRAVAILLER AU BÉNÉFICE DES MORTS

Dans le chapitre final de ce recueil d'écritures que l'on

appelle Ancien Testament, le prophète Malachie décrit en

ces termes une situation inhérente aux derniers jours, immédiatement

avant la seconde venue du Christ :

« Car voici, le· jour vient, ardent comme une fournaise.

Tous les habitants et tous les méchants seront

comme du chaume; le jour· qui vient les embrasera, dit

l'Eternel des armées, il ne leur laissera ni racine ni rameau.

« Mais pour vous qui craignez mon nom se lèvera le

soleil de la justice, et la guérison sera sous ses . ailes. »

Cette prophétie lourde de èonséquences se termine sur

la promesse bénie que voici, dont la portée est longue :

«Voici, je vous enverrai Elie le prophète, avant que

le jour de l'Eternel arrive, ce jour grand et redoutable.

Il ramènera le coeur des pères à leurs enfants, et le coeur

des enfants à leurs pères, de peur que je ne vienne frapper

le pays d'interdit. » (Malachie 4:1-2, 5-6.)

Il a été soutenu par certains théologiens et commentateurs

bibliques que cette prédication avait trait à la naissance

et au ministère de Jean-Baptiste (Matt. 11:14;

17:11; Marc 9:11; Luc 1:17) sur qui reposaient l'esprit

et la puissance d'Elie (Elias). Toutefois, il n'est rapporté

nulle part qu'Elie ait conféré son ministère à Jean-Baptiste,

et en outre, le ministère de celui-ci, si glorieux qu'il fût, ne

justifie en rien la conclusion selon laquelle c'est en lui que

la prophétie trouve son accomplissement total. De plus, il

faut se souvenir que la déclaration faite par le Seigneur par

la voie de .Malachie, concernant le jour de l'embrasement

où les méchants seront détruits comme du chaume, attend

encore d'être accomplie. Il est donc évident que l'interprétation

communément acceptée est en défaut et que

NÉCESSITÉ DES TEMPLES 83

nous devons chercher plus loin que l'époque de JeanBaptiste

l'accomplissement de la prophétie de Malachie.

Cette occasion plus tardive est venue ; elle appartient à la

présente dispensation et marque l'inaugt!Iation d'une

oeùvre spécialement réservée à l'Eglise de . ces derniers

jours. Au cours d'une manifestation glorieuse à Jo~eph

Smith et Olivier Cowdery au Temple de Kirtland en

Ohio, le 3 avril 183 6, le prophète de jadis, Elie, leur apparut,

lui qui avait été enlevé de la terre alors qu'il était

encore dans la chair. Il leur déclara :

« Voici, le temps est pleinement arrivé; ce temps dont

il a été parlé par Malachie, lorsqu'il témoigna qu'il (Elie)

serait envoyé avant que le jour de l'Eternel arrive, ce jour

grand et redoutable. Pour tourner le coeur des pères vers

les enfants, et le coeur des enfants vers les pères, de peur

que la terre tout entière ne soit frappée de malédiction.

C'est pourquoi les clefs de cette dispensation sont remises

entre vos mains, et vous saurez par là que le jour de

l'Eternel, jour grand et redoutable est proche, et même à

la porte.» (Doctrine et Alliances 110: 13-16.)

Un des principes fondamentaux sous-jacents à cette

doctrine du salut pour les morts est celui de l'interdépendance

des pères et des enfants. Les ramifications généalogiques

d'une famille et la suite des générations dans chaque

lignée particulière sont.des faits qui ne peuvent être changés

par la mort; et d'autre part, il ressort avec évidence des

écritures anciennes déjà citées et corroborées par les paroles

également nettes de la révélation moderne, que les rapports

familiaux terrestres sont reconnus dans le monde des

esprits. Ni les enfants ni les pères, ni les progéniteurs ni

les descendants ne peuvent seuls atteindre la perfection, et

la coopération nécessaire est réalisée par le baptême et

84 LA MAISON DU SEIGNEUR

les ordonnances qui s'y rattachent, administrés aux vivants

au bénéfice de~ morts.

C'est de cette manière et par cette oeuvre que les coeurs

des pères et ceux des enfants se tournent les uns vers les

autres. A mesure que les enfants vivants apprennent que

sans leurs ancêtres ils ne peuvent atteindre un état de

perfection dans le monde éternel, leur propre foi se renforce

et ils se trouvent disposés à travailler à la rédemption

et au salut de leurs morts. Et les morts, apprenant par

la prédication de l'Evangile dans leur monde qu'ils dépendent

de leurs descendants pour être sauvés par procuration,

se tournent avec amour, foi et prière, vers leurs

enfants encore en vie.

Cette fusion de l'intérêt des pères et des enfants fait

partie de la pr~paration nécessaire à la future venue du

Christ en tant que Roi et Seigneur de la terre. Joseph

Smith nous l'a enseigné en ces termes :

« Le pays sera frappé d'interdit à moins qu'il n'y ait un

chaînon d'une sorte ou d'une autre entre les pères et les

enfants dans un domaine ou dans l'autre et voici, quel

est ce domaine? C'est le baptême pour les morts. Car

sans eux nous ne pouvons pas être rendus parfaits, et sans

nous ils ne peuvent pas non plus être rendus parfaits. »

(Doctrine et Alliances 128:18.)

L'Eglise d'aujourd'hui s'appuie sur une autorité pour

administrer les ordonnances au bénéfice des morts : l'attribution

spéciale de ce pouvoir et de cet office par le

ministère d'Elie ; en outre, l'Eglise soutient que la remise

de ce pouvoir marquait l'accomplissement de l'importante

prédiction de Malachie. Il semble qu'un élément soit particulièrement

bien à sa place : le fait que le ministre par qui

cette grande oeuvre a été inaugurée n'était autre qu'Elie

NÉCESSITÉ ·DES . TEMPLES 85

qui, n'ayant pas franchi les portes de la mort, se trouve

lié de façon spéciale tant_ avec les morts qu'avec les

vivants. Quant à la fidélité avec laquelle l'Eglise n'a cessé

de s'acquitter de cette mission spéciale, les temples qu'elle

a consacrés au prix de tant de sacrifices et d'abnégation de

la part de ses dévoués adhérents, ainsi que l'oeuvre des

ordonnances déjà accomplie eii ces temples, en sont une

preuve suffisante.

L'importance que les Saints des Derniers Jours assignent

à l'oeuvre du temple en faveur des morts détermine naturellement

chez eux un vif intérêt pour les documents

généalogiques de leurs familles respectives. L'oeuvre des

ordonnances dans les temples au bénéfice d'un disparu ne

peut être accomplie que dans la mesure où cette personne

peut être identifiée par des documents, quant à son nom,

sa filiation, la date et le lieu de sa naissance et de· sa

mott, etc., tous éléments qui permettent de l'isoler et de

l'identifier complètement et avec certitude. (Doctrine et

Alliances 128:5-8.) C'est un fait bien connu que l'intérêt

pour la recherche généalogique s'est grandement accru

aux Etats-Unis et en Europe au cours des sept ou huit

dernières décennies. Des sociétés de généalogie se sont

constituées et des ·chercheurs isolés ont consacré énormément

de temps et d'argent à compiler des documents

étab!issant de nombreuses lignées familiales et les multiples

ramifications de parentés compliquées. Dans toute cette

entreprise, les Saints des Derniers ·Jours affirment voir à

l'oeuvre une autorité toute-puissante qui leur facilite le

service pour les morts.

1!

86 LA MAISON DU SEIGNEUR

LES TEMPLES SONT NÉCESSAIRES AU SERVICE VICARIAL

Alors que les ordonnances du baptême, de l'imposition

des mains pour le don du Saint-Esprit, et autres, telle que

l'ordination à la Prêtrise, peuvent être accomplies en

n'importe quel lieu qui s'y prête, les ordonnances correspondantes

accomplies au bénéfice des morts ne sont acceptables

aux yeux du Seigneur, et par conséquent valides,

que si ·elles sont administrées dans des lieux préparés tout

exprès, mis à part et consacrés en vue de ce but ou

d'autres du même genre; c'est-à-dire que ces ordonnances

appartiennent exclusivement à la Maison du Seigneur. Ce

n'est que pendant une période très brève, tàut au début de

l'histoire de l'Eglise moderne, avant que le peuple n'eût

eu l'occasion d'ériger des temples, que le Seigneur accepta

gracieusement un sanctuaire temporaire, de même qu'Il

avait accepté le. Tabernacle de jadis comme temple temporaire

à l'époque des pérégrinations d'Israël. ·

Dans une révélation donnée au prophète Joseph Smith

à Nauvoo, Illinois, le 19 janvier 1841, le Seigneur fit

appel à Son peuple afin qu'il construisît une maison à

Son nom «pour que le Très-Haut y habite», et Il ajouta

en guise d'explication et d'instructions :

« Car il ne se trouve pas de lieu sur la terre où il puisse

venir restaurer ce qui a été perdu pour vous, ou qu'il a

enlevé, à savoir la plénitude de la prêtrise.

Car il n'y a pas sur la terre de fonts baptismaux dans

lesquels mes saints puissent être baptisés pour ceux qui

sont morts. ·

Car cette ordonnance appartient à ma maison et ne peut

être acceptable devant moi, si ce n'est dans les jours de

votre pauvreté, si vous n'êtes pas capables de m'édifier

une maison.

Mais je vous commande à vous tous, mes saints, de me

bâtir une maison, et je vous accorde suffisamment de

NÉCESSITÉ DES TEMPLES 87

temps pour me construire une maison ; èt durant ce temps

vos baptêmes sont acceptables devant moi. '

Mais voici, à la fin de ce temps, vos baptêmes pour vos

m?rts ne seront pas acceptables devant moi ; et si vous ne

faites pas ces choses pour la fin du temps fixé vous serez

vous, l'Eglise, rejetés avec vos morts, dit le S;igneur votr~

Dieu.

Car en vérité, je vous le dis, lorsque vous aurez eu suffisamment

de temps pour me bâtir une maison à laquelle

appartient l'ordonnance du baptême pour les m~rts et pour

lesquels celui-ci fut institué dès avant la fondation du

monde, vos baptêmes pour vos morts ne pourront être

acceptables devant moi.

Car c'est là que sont conférées les clefs de la Sainte

Prêtrise, afin que vous receviez de l'honneur et de la

gloire. ·

Et après ce temps-là, vos baptêmes pour les morts par

ceux qui sont dispersés au loin ne seront pas acceptables

devant moi, dit le Seigneur.

Car il est décrété qu'en Sion et dans ses pieux, et à

Jérusalem, ces endroits que j'ai désignés pour être des

refuges, seront les lieux pour vos baptêmes pour vos

morts.

Et de plus, en vérité, je vous le dis, comment vos ablutions

seront-elles acceptables devant moi, si vous ne les

accomplissez pas dans une maison que vous aurez bâtie à

mon nom?

Car c'est pour cette raison que j'ai commandé à Moïse

qu'il construise un tabernacle, afin qu'ils le portassent

avec eux dans le désert, et me bâtissent une maison dans

le pays de promission, afin que ces ordonnances qui

avaient été cachées avant que le monde fût, fussent révélées.

C'est pourquoi, en vérité, je vous dis que vos onctions

vos ablutions, vos baptêmes pour les morts, vos assem~

blées solenn,el!es et vos souvenirs pour vos sacrifices par

les fils de Lévi, et pour vos oracles dans vos lieux les plus

saints où vous recevez des conversations, et vos statuts et

vos jugements pour le commencement des révélations et

de la fondation de Sion, et pour la gloire, l'honneur et la

1

88 LA MAISON DU SEIGNEUR

dotation de tous ses habitants, sont ordonnés par l'ordonnance

de ma sainte maison que je commande toujours à

mon peuple de construire à mon saint nom.

Et en vérité, je vous le dis, que cette maison soit bâtie

à mon nom, afin que je puisse y révéler mes ordonnances

à mon peuple.

Car je daigne révéler à mon Eglise des choses qui ont

été cachées dès avant la fondation du monde, des choses

qui appartiennent à la dispensation de la plénitude des

temps.·» (Doctrine et Alliances 124: 28-41 ; lisez toute la

section.)

Voilà donc une réponse suffisante à la question de

savoir pourquoi les Saints des Derniers Jours construisent

et entretiennent des temples. Ils ont reçu instructions et

ordres à cet effet du Seigneur des Armées. Ils ont appris

que beaucoup d'ordonnances essentielles de l'Eglise ne

sont acceptables que si elles sont administrées dans des

temples spécialement érigés et réservés à cet effet. Ils

savent que dans ces enceintes sacrées, le Seigneur a révélé

beaucoup de choses grandes et importantes relatives au

Royaume de Dieu ; et qu'Il a promis de révéler encore

davantage à l'homme dans des maisons consacrées à Son

nom. Ils ont appris qu'une grande partie de la mission et du

ministère de l'Eglise rétablie est constituée par l'administration

des ordonnances vicariales au bénéfice des innombraples

morts qui n'ont jamais entendu la bonne nouvelle

de l'Evangile, et, pour un service aussi sacré et aussi

salvateur, ·

LES TEMPLES SONT UNE NÉCESSITÉ.

NÉCESSITÉ DES TEMPLES 89

NOTES DU CHAPITRE m

o Voyez du même auteur « Les Articles de Foi », chapitre 4, ainsi que les

références qui y sont citées.

~ Voyez du même auteur « Les Articles de Foi », chapitres 5 à 8, ainsi que

les références qui y sont citées.

Actes 11:18 ; Romains 2:4 ; voyez aussi « Les Articles de Foi », chapitre

5:19-30, ainsi que les références qui y sont citées.

d « Les Articles de Foi », chapitre 6:1. L'ensemble de la question du

baptême est traité dans les chapitres 6 et 7.

CHAPITRE IV

ORDONNANCES MODERNES DU TEMPLE

C'est un examen plus détaillé des ordonnances modernes

du Temple qui va maintenant retenir notre attention. Ce

rituel comprend :

1. Le baptême, plus exactement le baptême pour les

morts.

2. L'ordination et les dotations de la Prêtrise qui s'y

rattachent.

3. Les mariages.

4. D'autres ordonnances de scellement.

Ainsi qu'on a pu le déduire de nos précédents propos,

chacune de ces cérémonies ou ordonnances peut être

accomplie soit pour un vivant, présent en personne, ou pour

un mort, représenté alors par un individu vivant agissant

par procuration. Les vivants sont bien peu nombreux

comparés aux morts; il s'ensuit que l'oeuvre des ordonnances

pour les morts dépasse de beaucoup celle qui

s'accomplit pour les vivants. Les temples d'aujourd'hui

sont surtout entretenus au bénéfice et pour le salut des

innombrables défunts.

ORDONNANCES MODERNES DU TEMPLE 91

LE BAPTÊME POUR LES MORTS

Comme nou,s l'avons montré dans les pages qui precedent,

la loi du baptême est universelle dans son application,

c'est-à-dire que le baptême est exigé de toüs ceux qui ont

atteint l'âge de responsabilité. Seuls ceux qui meurent en

bas âge en sont dispensés. Les enfant~, n'ayant pas de

péchés à expier, et n'étant pas capables de comprendre la

nature. de l'obligation baptismale, ne doivent pas être baptisés

de leur vivant, et l'ordonnance ne doit pas être

accomplie pour eux au cas où ils viendraient à mourir

avant d'atteindre l'âge de responsabilité. Quant à la part

qu'a l'enfant à l'héritage de mortalité découlant de la

transgression d'Adam, l'expiation du Christ la compense

entièrement et la rédemption de l'enfant est assurée.a Quant

à la loi qui prescrit le .baptême comme essentiel au salut,

son applicabilité est générale, les écritures ne font aucune

distinction entre les vivants et les morts. Le sacrifice

expiatoire du Christ a été offert, non seulement pour le

petit· nombre de ceux qui vivaient sur terre pendant qu'Il

s'y trouvait dans la chair, non seulement pour ceux qui

sont nés à l'état mortel après Sa mort, mais pour tous les

habitants de la terre, passés, présents et à venir. Il fut

ordonné par le Père pour être le juge tant des vivants que

des morts. (Actes 10:42; II Tim. 4:1 ; 1 Pierre 4:5.) Il est

le Seigneur des vivants aussi bien que des morts (Romains

14:9) du fait que les hommes parlent de vivants et de

morts, bien que tous vivent en Lui (Luc 20:36, 38).

Parmi les dogmes pernicieux qu'enseigne un christianisme

perverti et bien mal nommé, se trouve cette doctrine

atroce selon laquelle un châtiment sans fin ou une

félicité interminable sera le sort de toute âme, la récompense.

dépendant de la condition de l'âme au moment de la

92 LA MAISON DU SEIGNEUR

mort corporelle ; une vie de péché étant effacée par un

repentir au lit de mort, et une vie honorable qui ne serait

pas jalonnée par les cérémonies des sectes établies étant

suivie par les tortures de l'enfer sans aucune possibilité de

soulagement. Un tel dogme est à mettre sur le même pied

que la terrible hérésie qui proclame la condamnation de

petits enfants innocents qui n'ont pas subi une aspersion

sous une autorité que l'homme s'est attribuée. Dans la

justice de Dieu, aucune âme ne sera définitivement condamnée

au nom d'une loi qu'elle n'a eu aucune occasion

de connaître. ll est vrai que le châtiment éternel a été

décrété comme devant être le sort des méchants, mais la

véritable signification du châtiment ainsi décrété, le Seigneur

Lui-même nous l'a fait connaître. (Doctrine et

Alliances 19:10-12) : le châtiment éternel, c'est le châtiment

de Dieu ; le châtiment infini, c'est le châtiment de

Dieu, car « Infini » et « Eternel » sont deux de Ses noms . . '

ce sont des termes qui décrivent Ses attributs. Aucune âme

ne sera punie pour ses péchés plus longtemps que ne

l'exigent le travail nécessaire à sa réforme et la satisfaction

de la justice, car c'est dans ces seuls buts qu'un châtiment

est imposé. Et aucune ne sera admise à pénétrer dans un

royaume de gloire au séjour des élus si elle n'en a conquis

le droit par son obéissance à la loi.

ll s'ensuit de toute nécessité que l'Evangile doit être

proclamé dans le monde des esprits, et qu'un tel ministère

soit prévu, les écritures le prouvent abondamment. Pierre,

définissant la mission du Rédempteur, déclare cette vérité

solennelle : « Car l'Evangile a été aussi annoncé aux morts,

afin. que, après avoir été jugés comme les hommes quant à

la chair, ils vivent selon Dieu quant à l'esprit. » (1 Pierre

4:6.) Comme nous l'avons déjà montré, c'est le Christ qui

ORDONNANCES ~ODERNES DU TEMPLE 93

a inauguré cette oeuvre parmi les morts dans l'intervalle

séparant Sa mort de Sa résurrection.

Dans sa première épître . aux Saints de Corinthe, Paul

présente un traité bref, mais complet, de la doctrine de la

résurrection - sujet qui avait donné lieù àcette époque

et parmi les destinataires de son épître à beaucoup de

débats et disputes; (1 Cor. chapitre 15 ; voyez surtout le

verset 29) et, ayant montré que par l'entremise du Christ

la r~surrection des morts a été rendue possible et que, en

temps voulu, toute l'humanité sera rachetée de la mort du

corps, l'apôtre demande: «Autrement, que feraient ceux

qui se font baptiser pour les morts ? Si les morts ne ressuscitent

absolument pas,· pourquoi se font-ils baptiser pour

eux ? » b Puisque cette question est posée comme un argument

définitif, écrasant, il est évident que le sujet ainsi

présenté n'était pas une doctrine nouvelle ou étrange, mais

au contraire, une doctrine qui ·devait être familière· aux

gens à qui il s'adressait et qui ne nécessitait aucune

démonstration. Donc, le baptême pour les morts était connu

dans son principe et mis en pratique en tant qu'ordonnance

à l'époque apostolique. Le fiüt que cette pratique

se poursuivit sous une forme quelconque pendant un siècle

ou davantage après que les apôtres eurent disparu de la

terre, est prouvé par de nombreux passages des écrits des

premiers Pères de l'Eglise et plus tard par d'autres autorités

en matière d'histoire ecclésiastique.

L'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours

proclame que la présente dispensation est la dispensation

de la plénitude des temps au cours de laquelle seront ras.:.

semblés et rétablis tous les principes du salut, toutes les

ordonnances essentielles des dispensations antérieures, et où

le grand plan de la rédemption universelle sera totalement

révélé. C'est pourquoi l'Eglise s'acquitte de l'cèuvre proi

1

1

94 LA MAISON DU SEIGNEUR .

prement dite •. du baptême pour les morts, et c'est dans les

temples d'aujourd'hui que cette .oeuvre sacrée se poursuit

sans interruption. Comme on le verra, chacun des tetl1ples

est pourvu des. fonts. baptismaux et de .. tout ce qui est

nécessaire ~ l'administration de cette ordonnance. (Doctrine

et Alliances 1.28:12,.13.)

Le rite du . baptême d'eau au bénéfice des morts est

suivi de celui de l'imposition des mains pour le don du

Saint-Esprit et, en cette ordonnance comme dans la précédente,

·la personne morte est représentée par procuration

par un vivant. L'imposition des mains en vue de. conférer

le don du Saint-Esprit constitue un baptême supérieur,

un baptême d'esprit qui est exigé de tous sans distinction,

et ii . inclu.t le rite de la c.onfitmation, par laquelle la personne

devient membre ·de l'Eglise . du Christ. Dans tous

leurs traits e'ssentièls; les ordo'llllances du baptême et de la

confirmation sont: identiques, qu'elles soient administrées

aux vivants pot;n: eu.~-,m.êmes .ou par procuration pour les

morts. Lors de l'administration de ces ordonnances dans

les temples actuels, outre le secrétaire et l'ancien qui officie,

il faut que deux témoins soient présents afin d'attester que

la cérémonie a été dûment accomplie.

. ORDINATION ·ET DOTATION

Le baptême d'eau et le baptê)lie supérieur d'esprit par

l'imposition des mains ·en vue de conférer le Saint-Esprit

constituent les deux ordonnances. fondamentales de l'Evangile.

L'âme repentante qui a de cette manière pénétré dans

l'Eglise du Christ peut dans la. suite arriver à occuper un

poste .. et revetir une certaine autorité dans la . Sainte

Prêtrise, .non pas que ce· soit un honnel!r. terrestre, ni un

titre de gloire personnelle, ni un symbole de puissance et

ORDONNANCES MODERNES DU TEMPLE 95

peut-être d'oppression, mais c'est une dotation comportant

·une certaine autorité et en même· temps la responsabilité

expresse. d'utiliser cette autorité au service ·.de ses

frères et pour la gloire de Dieu. Dans le service du temple,

l'homme qui agit par procuration pour ses parents défunts

doit être ordonné à la Prêtrise avant de pouvoir aller

au-delà des fonts baptismaux.

C'est un précepte de l'Eglise que les femmes membres

de l'Eglise partagent avec leur mari, actuel ou futur, l'autorité

de la Prêtrise, et par conséquent, qu'elles reçoivent une

dotation pour elles-mêmes t>u pour des morts, elles ne sont

pas ordonnées à un rang particulier de la Prêtrise. Néan.,.

moins, il n'existe pas de grade, de rang, où de phase dans

la dotation du· temple auquel les fémmes ne soient pas

admises sur un pied d'égalité avec les hommes. Il est vrai

que certaines ordonnances supérieures ne peuvent être

conférées à une femme non mariée, mais la règle est

également valable pour ·un célibataire. L'état· de mariage

est considéré comme sacré, sanctifié, et saint dans toute la

procédure du temple, et dans la Maison du Seigneur, la

femme est l'égale et la compagne de l'homme. En ce qui

concerne les privilèges et les bénédictions de ce saint lieu,

la déclaration de Paul est considérée comme un décret

scriptural dans toute sa force et tous ses effets : « Toutefois,

dans le Seigneur, la femme n'est point sans l'homme,

ni l'homme sans la femme.» (l Cor. 11:11.)

La foi et une repentance sincère, suivies d'abord du

baptême d'eau, puis de l'imposition des mains pour le don

du Saint-Esprit, tels sont les moyens prescrits pour arriver

au salut dans le Royaume de Dieu. Màis une distinction

doit être établi,e entre salut et exaltation. Au point .où nous

en sommes arrivés, il serait bon d'exatpiner cette distinc96

LA MAISON DU SEIGNEUR

tion et d'exposer les doctrines de l'Eglise rétablie concerna~

t les différents degrés. d'exaltation au-delà du tombeau.•

Salut et exaltation : Un certain degré de !;ialut sera attribué

à tous ceux qui n'auront pas aliéné leur droit à cette

récompense ; l'exaltation est donnée uniquement à ceux

qui, par des efforts positifs, ont conquis un droit à cette

miséricordieuse libéralité de Dieu par laquelle elle est

attribuée. Parmi les sauvés, tous ne seront pas exaltés aux

gloires supérieures ; des récompenses ne sont pas attribuées

au mépris de la justice ; des châtiments ne sont pas imposés

sans miséricorde. Personne ne peut être admis à un ordre

de gloire, bref, personne ne peut être sauvé tant que la

justice n'a pas eu satisfaction pour les violations de la loi.

Cette vieille idée selon laquelle, dans l'au-delà il n'y aura

que deux places pour les âmes de l'humanité, un ciel et un

enfer, avec la même gloire dans tous les recoins du premier

et les mêmes terreurs partout dans le secqnd, cette

idée est tout à' fait insoutenable à la lumière de la révélation

divine.

Degrés de gloire : Le fait que les privilèges et gloires

du ciel sont gradués pour correspondre aux différents

mérites des élus, est indiqué dans les enseignements du

Christ : A Ses apôtres, Il déclara : « Il y a plusieurs

demeures dans la maison de mon Père : Si cela n'était pas,

je vous l'aurais dit. Je vais vous préparer une place. Et

lorsque je m'en serai allé, et que je vous aurai préparé

une place, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, afin

que là où je suis, vous soyez aussi. » (Jean 14:1-3.) Cette

déclaration est complétée par celle de Paul, qui parle en

ces termes des degrés de gloire de la résurrection :

« Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres ;

mais autre est l'éclat des corps célestes, autre celui des

corps terrestres.

ORDONNANCES MODERNES DU TEMPLE 97

Autre est l'éclat du soleil, autre l'éclat de la lune, et

autre l'éclat des étoiles ; même une étoile diffère en éclat

d'une autre étoile.

Ainsi en est-il de la résurrection des morts.» (I Cor.

15: 40-42.) .

La présente dispensation a reçu ùne connaissance plus

complète de ce sujet par une révélation faite en 1832

(Doctrine et Alliances, section 7 6) : Il y a trois grands

royaumes ou degrés de gloire organisés en vue d'y héberger

la race humaine ; on les appelle Céleste, Terrestre et

Téleste. Bien en dessous de ce dernier, qui est aussi le

moindre, se trouve l'état de châtiment éternel préparé pour

les fils de perdition.

La gloire céleste est prévue pour ceux qui méritent les

plus hauts honneurs des cieux ; dans la révélation déjà

mentionnée, nous lisons à leur sujet :

« Ce sont ceux qui ont reçu le témoignage de Jésus,

ont cru en son nom, ont été baptisés à la manière de sa

sépulture, ayant été ensevelis dans l'eau, en son nom, selon

le commandement qu'il a donné, afin qu'en gardant les

commandements, ils puissent être lavés et purifiés de tous

les péchés et recevoir le Saint-Esprit par l'imposition des

mains de celui qui est ordonné et scellé à ce pouvoir ; qui

vainquent par .la foi et qui sont scellés par le Saint-Esprit

de promesse, que le Père répand sur tous ceux qui sont

justes et fidèles. Ce sont ceux qui sont l'Eglise du PremierNé.

Ce sont ceux entre les mains desquels le Père a remis

toutes choses. Ce sont ceux qui sont prêtres et rois, qui ont

reçu de sa plénit11:de et de sa gloire ; et sont prêtres du

Très-Haut, selon l'ordre du Fils unique. C'est pourquoi,

comme il est écrit, ils sont dieux, oui, les fils de Dieu ;

c'est pourquoi tout est à eux, .que ce soit la .vie ou la mort,

le présent ou l'avenir, tout est à eux, et ils sont au Christ,

et le Christ est à Dieu ... Ceux-là demeureront dans la présence

de Dieu et de son Christ, pour toujours et à jamais.

Ce sont ceux qu'il amènera avec lui, lorsqu'il viendra

98 LA MAISON DU SEIGNEUR

dans les nuées du ciel pour régner sur la terre sur son

peuple. Ce sont ceux qui auront part à la première résur~

rection. Ce sont ceux qui se lèveront lors de la résurrection

des justes·... Çe sont les justes rendus parfaits par

l'intermédiaire' de Jésus, le médiateur de la nouvelle

alliance, qui accomplit cette expiation parfaite par l'effusion

de son . propre sang. Ce sont ceux dont les corps

sont célestes, dont la gloire est celle du soleil, même la

gloire de Dieu, la plus haute de toutes, gloire dont il est

écrit que le soleil du firmament en est le type. » (Doctrine

et Alliances 76:51-70.)

La gloire terrestre : Ce degré, le suivant en importance,

sera attribué à beaucoùp dont les oeuvres ne méritent pas

la récompense supérieure. Nous lisons à leur sujet:

« Ce sont ceux qui sont du terrestre, dont la gloire

diffère de celle d.e l'Eglise du Premier-Né qui a reçu la

plénitude du Père, de même que la gloire de la lune diffère

de celle du· soleil dans le firmament. Voici, ce sont

ceux qui sont morts sans loi. Et aussi, ceux qui sont les

esprits des hommes gardés en prison, que le Fils visita et

à qui il prêcha l'évangile, afin qu'ils puissent être jugés

selon les hommes dans la chair; qui n'ont pas accepté le

témoignage de Jésus dans la chair, mais l'ont accepté

ensuite. ·ce sont les hommes honorables de la terre qui ont

été aveuglés pa,r les supercheries des holl\mes. Ce sont

·ceux qui reçoivent de sa gloire, mais pas de sa plénitude.

Ce sont ceux qui reçoivent de la présence du Fils, mais

pas de la plénitude dû 'Père. C'est pourquoi, ils sont des

corps terrestres et non pas des corps célestes, et ils diffèrent

en gloire comme la lune diffère du soleil. Ce sont

ceux qui ne sont pas vaillants dans le témoignage de

Jésus; c'est pourquoi ils n'obtiennent pas la couronne du

royaume de notre Dieu. » (id. 76:71-79.)

La gloire té/este : La révélation poursuit :

« Et ensuite, nous vîmes la gloire des télestes, qui est

la moindre, de mêi!le que la gloire de la lune. dans le firmament.

Ce sont ceux qui n'ont pas accepté l'évangile du

ORDONNANCES MODERNES DU TEMPLE 99

Christ, ni le témoignage de Jésus. Ce sont èéux qui ne

renient pas le Sàint-Esprit. Ce sont ceux qui sont précipités

dans l'enfer. Ce sor;tt ceux qui ne seront délivrés des

mains du diable qu'à la dernière· résurrection, que quand

le Seigneur, c'est-à-dire le Christ, l'Agneau, aura terminé

son oeuvre.» (Doctrine et Alliances 76:81-85.)

Nous apprenons plus loin que les habitants de ce

royaume occupent des degrés divers, et qu'ils comprennent

les membres des diverses seètes qui sont restés dans les

ténèbres, ainsi que des pécheurs de différents types, dont

le péché ne signifie pas la perdition totale :

. ' '

«Car, comme une .étoile diff~re eri gloire d'une autre

étoile, ainsi dans le monde· té leste, l'un diffère en gloire de

l'autre. Car ce sont ceux qui sont de Paul, d'Apollos et de

Céphas. Ce sont cèux qui se disent de celui-ci ou de

celui-là, les. uns du Christ, les autres de Jean, d'autres de

Moïse, d'autres d'Elie, d'<!-utres d'Esaïas, d'autres d'Esaïe

et d'autres d'Enoch, mais qui n'ont pas accepté l'évangile,

ni le témoignage de Jésus, ni 'les prophètes, ni l'alliance

éternelle. » (Doctrine et Alliances 76:98-101.)

Les trois royaumes de ces trois . gloires si différentès

sont organisés selon un plan bien · ordonné et gradué.

Nous avons vu que le royaume· téleste comprend plu.:

sieurs subdivisions ; il en est de même,· Iious · dit-on, du

céleste (Doctrine et Alliances 131 : 1 ; aussi Il Cor~ 12:1 '-4) ;

et, par analogie, nous concluons que des conditions semblables

existent dans le terrestre. Ainsi donc les innombrables

degrés de mérite que l'on trouve parmi les hommes

seront récompensés par une infinité· de gloires graduées.

Le royaume céleste a le suprême honneur d'être administré

personnellement par le Père et le Fils: Le royaume ter-:

restre sera administré par l'intermédiaire du précédent,

sans recevoir une plénitude de gloire. Le téleste est gouverné

par l'intermédiaire du terrestre, ·par « des anges qui

100 LA MAISON DU SEIGNEUR

sont chargés de les servir » / (Doctrine et Alliances

76:86-88).

L'exaltation dans le royaume de Dieu suppose que

l'on a atteint les degrés supérieurs de la Sainte Prêtrise,

et c'est à ceux-ci que les cérémonies de la dotation sont

directement associées.

La Dotation du Temple, telle qu'elle est administrée

dans les temples m<;>demes, comprend une instruction

relative à la signification de la suite des dispensations

passées et à l'importance de la dispensation présente, qui

est l'ère la plus grandiose de l'histoire humaine. Cette instruction

comporte un récit des événements les plus :marquants

de la période de la création, la condition de nos

premiers parents dans le Jardin d'Eden, leur désobéissance

et leur expulsion subséquente de ce séjour de délices, leur

condition dans le monde aride et désolé, alors qu'ils étaient

condamnés à vivre de leur travail, à la sueur de leur

front, le plan de rédemption par lequel cette grave transgression

peut être expiée, la période de la grande apostasie,

le rétablissement de 'l'Evangile avec tous ses anciens pouvoirs

et privilèges, la condition absolue et indispensable

de pureté personnelle et de dévouement au bien dans la

vie actuelle, complétée par la conformité aux exigences de

l'Evangile. .

Comme on le montrera, les temples érigés par les Saints

des. Derniers Jours prévoient des salles séparées pour

l'enseignement de ces matières, chacune d'entre elles étant

consacrée à une matière spéciale ; grâce à ce système,

il est possible d'avoir plusieurs groupes recevant· une

instruction simultanément.

Les ordonnances de dotation comportent certaines obligations.

de la part de l'individu, telles que l'engagement

ORDONNANCES MODERNES DU TEMPLE 101

et la promesse d'observer la loi de la vertu la plus stricte

et de la chasteté, d'être charitable, bienveillant, tolérant ·

et pur ; de consacrer ses talents et ses moyens matériels

à la propagation de la vérité et au progrès de la race,

de rester dévoué à la cause de la vérité; et de chercher

à contribuer de toutes les manières possibles aux grands

préparatifs faits en vue que la terre puisse recevoir son

Roi, le Seigneur Jésus-Christ. Au moment de prendre

chaque engagement, et d'assumer chaque obligation, une

bénédiction est prononcée, impliquant une promesse dont

la réalisation dépend de la fidèle observance des conditions.

Il n'y a pas une virgule, pas un iota, pas un détail des

rites du temple qui ne soit édifiant et sanctifiant. Par

chaque détail, la cérémonie de dotation contribue à déterminer

des. engagements touchant la moralité de la vie,

la consécration de l'individu à des idéaux élevés, le dévouement

à la vérité, la fidélité au service de la nation, et

l'allégeance envers Dieu. Les bénédictions de la Maison

du Seigneur ne sont pas réservées à une classe privilégiée ;

tout membre de l'Eglise peut être admis au temple avec

le droit de participer aux ordonnances qui s'y administrent,

s'il est dûment confirmé qu'il a une vie et une conduite

dignes.

LE SCELLEMENT DANS LE MARIAGE

Les Saints des Derniers Jours considèrent que la cérémonie

de mariage accomplie exclusivement dans l'enceinte

du temple est le seul et unique contrat de mariage parfait.d

Ils reconnaissent l'entière validité légale et l'obligation

morale résultant d'un mariage conclu sous la .loi civile,

mais le mariage civil et en somme tous les mariages conclus

sans l'autorité de la Sainte Prêtrise, ils les consi-

1!

1 j

1

1

'i

102 LA MAISON DU SEIGNEUR

dèrent comme des contrats valables uniquement pour

-cette vie et par conséquent dépourvus de ces éléments

supérieurs qui rendent une union complète et perpétuelle.

Ils soutiennent que les rapports de famille sur terre peuvent

être rendus durables et contraignants au-delà du voile de

la mort. Ils disent qu'aux yeux de la loi en vigueur dans

les mondes célestes, les rapports terrestres d'époux à

épouse, qe parent à enfant continueront à revêtir toute

leur force, à sortir tous leurs effets à condition que · ces

rapports aient été scellés sur la terre par le pouvoir et

l'autorité de la Sainte Prêtrise. Le rite ordinaire du

mariage tel qu'il est prescrit par la loi civile ou par les

dénominations religieuses n'unit l'homme et la femme que

pour c~ monde uniquement ; la loi supérieure de mariage

telle qu'elle nous a été révélée par Dieu unit les deux

parties pour le temps et pour l'éternité.

« Mariage céleste » est un terme d'usage courant parmi

les Saints des Derniers Jours, bien qu'il n'apparaisse dans

aucune révélation contenue dans les ouvrages canoniques

de l'Eglise. L'Eglise · adopte et . valide les écritures des

dispensations antérieures en matière de mariage. Elle soutient

que le mariage est honorable (Hébreux 13:4) et

ordonné de Dieu (Genèse 2:18, 24; 1:27; 5:2; 9:1-7;

Lev. 26:9). Selon les enseignements de l'Eglise, le mariage

est obligatoire pour tous ceux qu'une incapacité physique

ou autre n'empêche pas d'assumer les responsabilités de

la vie matrimoniale. Les Saints des Derniers Jours déclarent

que c'est le droit de tout homme digné que de se trouver

à la tête d'une' famille en qualité d'époux et de père ;

tout aussi strict est le droit de toute femme digne d'être

une épouse et une mère honorée.

L'Eglise dénonce comme faux et pernicieux les enseignements

d'hommes dévoyés et morbides qui prétendent

1 ••

ORDONNANCES MODERNES DU TEMPLE 103

que l'union .des sexes n'est qu'une nécessité charnelle

héritée par l'homme en conséquence de sa dégradation ;

et elle repousse l'idée que le célibat est une condition

supérieure plus agréable à Dieu. Concernant ces· faux

docteurs, le Seigneur a déclaré à notre époque :

« Quiconque interdit le mariage n'est pas ordonné de

Dieu, car le mariage est un commandement de Dieu à

l'homme ... afin que la terre puisse répondre au but de sa

création, et qu'elle soit remplie de sa mesure d'hommes,

selon leur création avant que le monde ne fût fait. »

(Doctrine et Alliances 49:15-17.)

Les Saints des Derniers Jours affirment que le mariage

parfait prévoit une union éternelle des sexes. Pour ces

gens, le mariage n'est pas simplement un contrat temporaire

valable seulement tant que les deux parties seront

en vie sur terre, mais un engagement solennel à une union

qui durera au-delà de la tombe. Dans la cérémonie complète

du mariage telle qu'elle est prescrite par l'Eglise et

administrée uniquement dans l'enceinte du temple, l'homme

et la femme sont unis par un engagement de fidélité

mutuelle, non pas jusqu'à ce que la mort les sépare, mais

pour le temps et toute l'éternité.

Un contrat de portée aussi longue que celui-ci, un engagement

dont la validité couvre non seulement la période

de vie mortelle, mais encore celle du royaume de l'au-delà,

nécessite de toute évidence pour être validé une autorité

bien supérieure à toute autorité d'origine humaine. Nous

admettons sans discussion le fait que les hommes ont

le droit de constituer entre eux des associations et des

communautés, d'organiser des sectes, groupements, compagnies,

églises, clubs ou toute autre union qu'il leur

plaise de créer, pour autant, évidemment, que ces groupements

ne soient pas ennemis de la loi et de l'ordre. Nous

104 LA MAISON DU SEIGNEUR

admettons aussi que toute association fondée par les

hommes peut promulguer des lois et fixer des règlements

pour gouverner ses membres, pour autant que les droits

de la liberté individuelle ne s'en trouvent pas restreints.

Par conséquent l'église comme l'état peuvent formuler,

prescrire et ordonner une réglementation légale concernant

le mariage ou toute autre forme de contrat, et ces

réglementations sont reconnues comme pleinement effectives

dans les limites des juridictions. Donc, les mariages

peuvent être justement et légalement autorisés par l'état

ou la nation, et les contrats de mariage ainsi conclus produisent

leurs effets durant la vie des parties engagées.

Mais peut-on dire qu'aucune association humaine puisse

créer et soutenir une autorité qui soit effective après la

mort ? Y a-t-il aucun pouvoir qui puisse légiférër au-delà

des limites de sa juridiction ? Un homme dans son foyer

peut-il prescrire un règlement familial pour le ménage de

son voisin? Notre nation peut-elle promulguer des lois ·

qui soient valides dans un royaume étranger ? L'homme

peut-il formuler des lois pour réglementer les affaires du

Royaume de Dieu ?

Ce n'est qu'au cas où Dieu délègue une autorité à

l'homme, avec l'assurance que ce qui est administré par

cette autorité sera reconnu dans les cieux, que l'on peut

conclure un contrat sur terre dont l'effet soit assuré après

la mort des parties intéressées. Cette autorité d'agir au

nom du Seigneur est la caractéristique distinctive de la

Sainte Prêtrise. Comme l'a dit le Seigneur :

« Tous contrats, alliances, liens, obligations, serments,

voeux, actes, unions, associations ou promesses qui ne se

font pas et qui ne sont pas scellés par le Saint-Esprit de

promesse, de la main de celui qui oint, à la fois pour le

temps et pour toute l'éternité, de la façon la plus sacrée,

ORDONNANCES MODERNES DU TEMPLE 105

par révélation et par commandement, par l'intermédiaire

de celui que j'ai oint et que j'ai choisi sur terre pour détenir

ce pouvoir ... n'ont aucune validité, vertu ou force dans

et après la résurrection des morts ; car tous les contrats

qui ne sont pas faits de la sorte prennent fin quand les

hommes sont morts.» (Doctrine et Alliances 132:7.)

Appliquant ce principe aux alliances du mariage, la

révélation poursuit :

«C'est pourquoi, si un homme épouse une femme en

ce monde, mais ne l'épouse pas par moi ni par ma parole,

et fait alliance avèc elle aussi longtemps qu'il est dans le

monde, et elle avec lui, leur alliance et mariage ne sont pas

valables lorsqu'ils sont morts et hors du monde ; ils ne

sont donc liés par aucune loi. lorsqu'ils sont hors du

monde. Cest pourquoi, lorsqu'ils sont hors du monde, ils

ne peuvent se marier ni être donnés en mariage, mais ils

deviennent des anges dans les cieux ; lesquels anges sont

des serviteurs au service de ceux qui sont dignes d'un

poids de gloire beaucoup plus grand, extrême et éternel.

Car ces anges ne se sont pas conformés à ma loi ; c'est

pourquoi ils ne peuvent s'accroître, mais restent séparés

et célibataires, sans exaltation, dans leur état sauvé, à toute

éternité. Et dès lors, ils ne sont pas dieux, mais anges de

Dieu, pour toujours et à jamais. » (Doctrine et Alliances

132:15-17.)

Ce genre de mariage saint, comprenant dès engagements

pour le temps et l'éternité, est connu sous le nom spécial

de Mariage Céleste, et il est entendu que c'est un mariage

de l'ordre de ce qui existe dans les mondes célestes. Cette

ordonnance sacrée n'est administrée par l'Eglise qu'à

ceux que l'on estime mener une vie digne et être aptes à

être admis dans la Maison du Seigneur, car ce rite sacré,

ainsi que d'autres dont la validité est éternelle, ne peut

être célébré que dans les temples cônsacrés et dédiés à

ce service élevé (Doctrine et-Alliances 124:30-34). Les

1

1!

1

106 LA MAISON DU SEIGNEUR

enfants qui naissent de. parents mariés selon la loi· céleste

sont héritiers de la Prêtrise ; ils sont appelés « enfants

de l'alliance» ; il n'est besoin d'aucune ordonnance d'adoption

ou de scellement pour leur donner place dans la

postérité bénie de la promesse. ·· ...

L'Eglise, cependant, sanctionne et reconnaît le mariage

légal pour le temps uniquement et célèbre effectivement

de telles unions entre parties qui ne peuvent être admises

dans la Maison du Seigneur, ou qui choisissent volontairement

l'ordre inférieur du mariage temporel.

C'est dans le temple et non ailleurs rque sont célébrés

les mariages au bénéfice de parties décédées. Les maris et

les femmes qui ont vécu ensemble dans la condition mortelle

et sont maintenant défunts peuvent être scellés par

l'autorité de la Prêtrise, à condition, naturellement, que

les ordonnances préliminaires du temple aient été administrées

en leur faveur. Dans ce rituel du mariage pour

les morts, comme dans les autres . ordonnances, les parties

sont représentées par leurs descendants vivants agissant

par procuration.

Cette ordonnance du mariage céleste, par lequel les

parties, qu'elles soient vivantes ou mortes, sont unies par

l'autorité de la Sainte Prêtrise pour le temps et pour

l'éternité, est désignée spécialement comme la cérémonie

du scellement du mariage. On dit que le mari et la femme

ainsi unis sont scellés, alors que s'ils ne sont unis que

par la loi inférieure, que ce soit par une autorité séculi~re

ou ecclésiastique, ils ne sont que mariés.

Le mari et la femme qui n'ont été mariés que pour le

temps, que ce soit par une cérémonie séculière ou ecclésiastique,

peuvent être ultérieurement scellés pour le temps

et pour l'éternité, à condition qu'ils se ~oient faits membres

de l'Eglise et qu'ils soient jugés dignes de pénétrer dans

ORDONNANCES MODÉRNES DU TEMPLE 107

le temple dans ce but ; par contre, il n'est pas possible

de confirmer une union existante ni de sceller des personnes

mariées si les parties n'apportent pas la preuve

qu'elles sont dûment et légalement mariées .. Aucun mariage

de personnes vivantes ne peut être accompli dans aucun

temple sinon sous le couvert d'une licence régulièrement

délivrée conformément aux lois du pays; Cette ordonnance

du scellement s'étend à d'autres unions que celle

du mariage, ainsi qu'on va le voir.

La pertinence de l'ordonnance du scellement du mariage

trouve une illustration dans les enseignements personnels

du Sauveur. Un beau jour, quelques Saduccéens vinrent

Le trouver (Matt. 22:23-33 ; Marc 12:18-27 ; Luc

20:27-40) ; ceux-ci, on s'en souvient, niaient la possibilité

de la résurrection des morts. Ils cherchaient à Lui tendre

un piège en posant une question difficile. Voici comment

ils présentèrent leur cas :

. « Maître Moïse a dit : Si quelqu'un meurt sans enfants,

son frère épousera sa veuve, et suscitera une postérité à

son frère.

Or il y avait parmi nous sept frères. Le premier se

maria, et mourut; et, comme il n'avait pas d'enfants, il

laissa sa femme à son frère.

Il en fut de même du second, puis du troisième, jusqu'au

septième.

Après eux tous, la femme mourut aussi.

A la résurrection, duquel des sept sera-t-elle donc la

femme ? Car tous l'ont eue. »

Notez bien la suite:

«Jésus leur répondit: Vous êtes dans l'erreur, parce

que vous ne comprenez ni les Ecritures ni la puissance de

Dieu. Car, à la résurrection, les hommes ne prendront

point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront

comme les anges de Dieu dans le ciel. »

: i

1

108 LA MAISON DU SEIGNEUR

Il est bien évident que dans l'état ressuscité, il ne pouvait

y avoir de contestation entre les sept frères, quant à

celui dont cette femme était l'épouse, car, après la mort

on ne pouvait ni prendre ni donner en mariage. La question

du mariage entre individus devait et doit encore être

résolue avant ce moment. La femme ne pouvait être

l'épouse que d'un seul dans le monde éternel : celui à

qui elle avait été donnée par l'autorité de la Sainte Prêtrise

sur terre, pour être sa conjointe pour le temps et

pour l'éternité. Bref, cette femme devait être l'épouse de

l'homme avec qui elle s'était engagée pour l'éternité sous

le sceau de l'autorité divine, et aucun contrat, aucun

accord temporel n'est valide dans la résurrection.

Il semble que cet exposé ait été convaincant : la foule

fut étonnée et les Saduccéens réduits au silence (Matt.

22:33-34) ; eQ outre, un des Scribes déclara: « Maître,

tu as bien parlé.» (Luc 20:39.) Notre Seigneur ajouta

ce qui nous semble avoir ·été une question complémentaire,

assortie d'une instruction de la plus grande

importance :

« Pour ce qui est de la résurrection des morts, n'avezvous

pas dit :

Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, et le Dieu

de Jacob. Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des

vivants. » (Matt. 22:31-32.)

AUTRES ORDONNANCES DE SCELLEMENT

Les enfants nés en dehors du mariage céleste, mais

cependant lors d'une union légalement établie sont les

héritiers légaux et légitimes de leurs parents dans toutes

les affaires terrestres. lis sont les rejetons d'une union

terrestre qui est à tous égards un état légal, moral et

.[

ORDONNANCES MODERNES DU TEMPLE 109

convenable selon les lois humaines. Mais il n'est pas plus

certain que ces enfants appartiendront à leurs parents

dans l'au-delà que leurs parents ne s'appartiendront

. mutuellement. Les parents n'ont été mariés que temporellement

et temporairement, et leurs réjetons ne leur

appartiennent que pour la période de validité de leur

contrat. De même que le mari et la femme, bien que

légalement unis par la loi séculière, doivent être scellés

par l'autorité de la Sainte Prêtrise s'ils veulent que leur

union soit valide pour l'éternité, de même les enfants nés de

parents mariés pour le temps seulement doivent être scellés

à leurs parents après que leur père et leur mère ont été

scellés l'un à l'autre selon l'ordre du mariage céleste.

L'Eglise affirme la perpétuation éternelle de tous les

liens de famille existant sur terre sous le sceau et l'autorité

de la Prêtrise, et déclare qu'aucun autre lien ne sera

valide après la mort. Les enfants nés de parents qui ne

sont pas unis par le mariage céleste seront donc scellés

ou adoptés par leurs parents en qualité de membres de

l'organisation familiale qui existera durant toute l'éternité ;

ainsi, les maris et les femmes qui sont morts sont mariés

ou scellés l'un à l'autre par procuration, et leurs enfants

sont scellés à eux de semblable façon pour rétablir

l'unité familiale.

On verra donc que l'oeuvre vicariale des vivants pour

les morts telle qu'elle s'effectue dans les temples actuels,

comprend plus que le baptême et la confirmation. L'oeuvre

n'est achevée sur terre que quand les parties, représentées

par leurs parents vivants, ont été baptisées, confirmées,

dotées et scellées tant au nom du lien qui les unissait

jadis comme mari et femme que de celui qui les unissait

en tant que parents à leurs enfants.

110 LA MAISON DU SEIGNEUR

NOTES DU CHAPITRE IV

··a Lé baptême des enfants est traité brièvement dans «Les Articles de Foi»

du même auteur, chapitre 6, 13-17; quant au baptême pour les morts, voy~

le chapitre 7, 18-33.

b Ce passage a été sujet à beaucoup de controverses. Le Dr Adam Clarke,

dans son magistral Commentaire des Ecritures, dit: «Voici certainement le

verset le plus difficile du Nouveau Testament, car, nonobstant le fait que les

plus grands sages se sont efforcés de l'expliquer, il en existe à ce jour presque

autant d'interprétations différentes qu'il y a d'interprètes. » Pourtant, malgré sa

signification énigmatique, ce passage des écritures fait partie du service funèbre

officiel de i'Eglise Episcopale, et est dûment répété par les prêtres à toutes les

funérailles. Mais où réside la difficulté de compréhension ? Le passage est

<\'une portée fort nette, et c'est seulement quand on tente de le prendre au

figuré que les difficultés surgissent. Il est dair que dû temps de Paul, cette

ordonnance du baptême pour les morts était comprise et pratiquée et l'argument

de l'apôtre en vue d'appuyer la doctrine de la résurrection littérale est

valable : « Si les morts ne ressuscitent absolument pas, pourquoi se font-ils

baptiser pour eux ? »

·c Voyez du même auteur « Les Articles de Foi», chapitres 4 et 12, do;,t

nous avons repris ici certaines parties.

o Voyez ce que .l'auteur dit du mariage dans «Les Articles de Foi»,

chapitre 24.

CHAPITRE V

TEMPLES MODERNES

LES TEMPLES DE KIRTLAND ET DE NAUVOO

En ce qui concerne la conception générale et même

ies détails du plan et de· la construction des sanctuaires

a11ciens, nous en savons beaucoup, qui nous a été rapporté

par l'intermédiaire des écritures saintes. Rien qu'en se

basant sur le récit biblique, il serait possible de pratiquement

reproduire le Tabernacle d'assignation et le Temple de

Salomon qui lui est postérieur ; cependant, si nous n'avio11s

aucun renseignement pour compléter ce récit biblique, nous

ne saurions pas grand-chose de la procédure nécessaire à

l'administration des ordonnances appartenant spécialement

aux temples.

Touchant le plan de construction et la conception de

la structure des temples, nous ne trouvons pas de similitude

étroite, encore moins une identité si approximative

soit-élie, entre les maisons saintes édifiées dans des dispensations

différentes ; au contraire, nous pouvons affirmer

qu'il est nécessaire d'obtenir par révélation les plans du

temple lors de chaque période distincte du ministère de

la Prêtrise, c'est-à-dire de chaque dispensation de l'autorité

divine. Bien que la destination générale des temples soit

la même en tous temps, la disposition particulière de ces

112 LA MAISON DU SEIGNEUR

édifices est déterminée par les besoins de la dispensation

particulière à laquelle ils appartiennent chacun.

Il existe un esprit de suite bien défini dans le développement

des relations entre Dieu et l'homme au cours

des siècles, et c'est cette unité d'ordre et de finalité qui

constitue l'éternelle immuabilité de l'Etre Suprême. Aujourd'hui

n'est pas simplement Ia répétition d'hier; au contraire,

chaque aujourd'hui est la somme de tout ce qui

le précède, de sorte qu'à chaque âge successif, le plan de

Dieu est en progrès et le grandiose finale de ce grand

drame qu'est le salut de l'homme devient plus proche.

Depuis l'époque de l'ancien Tabernacle d'assignation

et jusqu'au midi des temps, les sacrifices d'animaux étaient

prescrits comme rite de propitiation et d'adoration ; en

tant que tels, ils préfiguraient la mort expiatoire qui, selon

les prophètes, faisait partie de la mission du Fils de

l'Homme. Les temples des -Hébreux qui vivaient sous la

loi mosaïque, étaient donc conçus pour que l'on pût

abattre les animaux, découper rituellement les carcasses

et dûment recueillir le sang, immoler les offrandes de

façon commode et en vue de nombreux autres détails.

du rituel prévu pour le culte par la loi de MoÏse.

Les Saints des Derniers Jours, en accord avec les autres

sectes chrétiennes, acceptent sans réserve la doctrine selon

laquelle la mort expiatoire du Christ mettait fin aux cérémonies

mosaïques des sacrifices comportant une effusion

de sang rituelle, puisqu'en vérité, leur préfiguration était

accomplie dans la réalité. Les temples d'aujourd'hui ne

sont pas pourvus d'autels pour le sacrifice, ni de cours

pour l'abattage, ni de charniers rouges du sang des

animaux, ni bûchers pour y brûler les carcasses, ni d'encensoirs

dont l'encens est destiné à masquer l'odeur de chair

brûlée.

TEMPLES MODERNES 113

Même parmi les temples de la dispensation présente,

il y a de la variété, une gradation dans les détails de

cons~ruction. Le premier temple des temps modernes

était dans une certaine mesure incomplet si on le compare

aux maisons saintes construites ultérieurement. Ce fait

était sans aucun doute connu du Seigneur bien que, dans

sa sagesse, il l'eût dissimulé ari commun des mortels :

le temple de Kirtland ne devait servir que pour le début

du rétablissement des ordonnances particulières pour

lesquelles les temples sont indispensables. Tout comme

le Tabernacle de jadis n'était qu'un modèle inférieur de

ce qui allait suivre, conçu en vue d'être utilisé dans des

conditions spéciales, les premiers temples de la dispensatien

des derniers jours, c'est-à-dire ceux de Kirtland et

de Nauvoo, n'étaient que des Maisons temporaires du

Seigneur, destinées à ne servir de sanctuaire que pendant

de brèves périodes.

A peine l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers

Jours eut-elle été organisée que le Seigneur montra

la nécessité d'un temple où Il pût révéler à l'homme Son

intention et Sa volonté, et où les ordonnances sanctifiantes

de l'Evangile pussent être administrées. Dans une révélation

donnée dès décembre 1830, le Seigneur dit: «Je

suis Jésus-Christ, le Fils de Dieu; c'est pourquoi ceignezvous

les reins et je viendrai soudain dans mon temple. »

(Doctrine et Alliances 36:8; Malachie 3:1.) En février 1831,

le Seigneur précisa Son intention en ces termes : « Afin

que le· peuple de mon alliance soit rassemblé en un seul

groupe le jour où je viendrai dans mon temple. Et je fais

cela pour le salut de mon peuple. » (Doctrine et Alliances

42:36.) Des instructions plus précises concernant les travaux

pratiques qu'entraînent l'achat d'un terrain et l'édification

d'un temple suivirent bientôt.

114 LA MAISON DU SEIGNEUR

EMPLACEMENT DU TEMPLE À INDEPENDENCE

(MISSOURI)

Le siège principal de l'Eglise avait été temporairement

établi à Kirtland, Ohio ; néanmoins, le prophète avait

appris par nne révélation précoce que Sion serait établie

loin dans l'ouest. En juin 1831, une conférence d'anciens

se tint à Kirtland, et à cette occasion, ils reçurent une

révélation enjoignant à certains anciens de partir vers

l'ouest, en voyageant par deux et en prêchant en cours

de route (Doctrine et Alliances, section 52 ; aussi 54).

Au cours du mois suivant, ces anciens se rassemblèrent

en un lieu désigné, dans le. Missouri occidental, tout

heureux de leur ministère et avides ~'apprendre les autres

désirs du Seigneur. Le thème de leur prière et de leur

chant est ainsi exprimé par le prophète : « Quand le désert

fleurira-t-il comme le jasmin ? Quand Sion sera-t-elle cons- '

truite dans sa gloire et où se dressera ton temple, auquel

doivent venir toutes les nations dans les derniers jours ? »a

En réponse à leurs supplications, le Seigneur parla par la

bouche de Son prophète, désignant l'ouest du Missouri

comme étant le pays de Sion, et l'emplacement occupé

par la ville d'Independence comme étant «le lieu central» ;

un endroit était spécifié comme étant celui où il faudrait

construire un temple (Doctrine et Alliances 57:1-4).

Le 3 août 1831, le prophète Joseph Smith et sept autres

anciens. de l'Eglise se réunirent sur la parcelle de terrain

du temple et la dédièrent en vue de son but sacré. Bien

que le groupe fût réduit, l'instant était fort solennel et

impressionnant. Le prophète lui-même offrit la prière .de

dédicace. b Le temple ainsi projeté reste encore à construire.

Bien que les Saints des Derniers Jours eussent

acquis légalement le titre de possession de cette parcelle

TEMPLES MODERNES 115

de terrain du temple, ils furent plus tard contraints par

la violence, d'abandonner leurs biens légitimes.

LE TEMPLE DE KIRTLAND

La construction d'un temple en Missouri était considérée,

même par le prophète et ceux qui l'assistèrent lors

de la dédicace du site, comme un événement appartenant

à l'avenir, peut-être même à un avenir assez lointain. Le

centre d'activité, le siège de l'Eglise se trouvait à cette

époque en Ohio, et Kirtland était un lieu de rassemblement

temporaire. C'est à Kirtland aussi que devait être érigé

le premier temple des temps modernes.

Dans une révélation donnée le 27 décembre 1832, le

Seigneur ordonna la fondation d'une maison sainte (Doctrine

et Alliances, section 88:119-120). Peut-être du fait

que les yeux étaient trop fixement tournés vers le « lieu

central», et parce que le peuple était enclin à s'absorber

dans la contemplation de la gloire future au point de

négliger les obligations présentes, il n'y eut guère d'empressement

à se plier à l'ordre de se mettre immédiatement à

la construction d'un temple, et le Seigneur réprimanda le

peuple pour sa lenteur et sa négligence tout en réitérant

Sa volonté de voir une maison consacrée à Son nom et

promettant le succès à condition que l'effort consenti fût

soutenu (Doctrine et Alliances seètion 95).

Les Saints firent preuve tout à coup d'une grande

activité, maintenant qu'il s'agissait de la construction d'un

temple à usage immédiat. On constitua un comité de con~truction,

et un appel fut lancé à toutes les branches de

l'Eglise. • Le deux août 1833, la voix du Seigneur se fit

à nouveau entendre au sujet de la construction du temple,

et bien que ces instructions spéciales parussent s'appliquer

116 LA MAISON DU SEIGNEUR

au temple futur du comté de Jackson, Missouri, la révélation

n'en eut pas moins un effet immédiat en suscitant

un plus grand effort pour la construction du temple de

Kirtland (Doctrine et Alliances 97: 1 0-1 7).

Le temple de Kirtland fut construit conformément aux

projets et aux plans, bien que le travail fût marqué par

un esprit de sacrifice extrême de la part de ce peuple

écrasé de pauvreté. Considérez ces paroles d'un contemporain,

une personne qui a aidé et souffert, et qui parle

d'expérience, en rappelant de vifs souvenirs. Eliza R. Snow,

poétesse de talent et . historienne de l'Israël moderne, . a

écrit :

«Il (le Temple) fut commencé en juin 1833, sous la

direction immédiate du Tout-Puissant, par l'intermédiaire

de son serviteur, Joseph Smith, qu'il avait appelé dans

sa jeunesse, comme jadis Samuel, pour introduire la plénitude

de l'évangile éternel.

« A cette époque, les· Saints étaient en nombre restreint,

et la plupart d'entre eux étaient très pauvres ; et n'eût été

la certitude que c'était Dieu qui avait parlé et qui avait

commandé qu'une maison fût construite à Son nom, dont

Il avait non seulement révélé la forme, mais aussi fixé

les dimensions, cette tentative de construire un Temple

dans les circonstances qui prévalaient alors, eût été qualifiée

d'absurde par tous les intéressés.

« Il mesure vingt-quatre mètres sur dix-huit ; les murs

ont quinze mètres de haut, et la tour trente-deux mètres.

Les deux salles principales mesurent seize mètres sur vingt

à l'intérieur. Le bâtiment renferme quatre petites salles

en façade, et cinq pièces mansardées qui étaient consacrées

à la littérature et aux réunions des différents collèges de

la Prêtrise.

<< La disposition du grand hall présentait une parti-

TEMPLES MODERNES 117

cularité qui impressionnait plus qu'il n'est habituel : à tel

point qu'un sentiment de crainte sacrée semblait peser

sur tous ceux qui y pénétraient. Non seulement les Saints,

mais les étrangers également manifestaient leur profond

respect. Quatre chaires se dressaient l'une auprès de

l'autre, au centre du bâtiment, alignées nord-sud, du côté

est et du côté ouest... En face de ces deux rangées de

chaires se trouvait une table de Sainte-Cène, pour l'administration

de cette ordonnance sacrée. Dans chaque coin

du hall se trouvait une estrade surélevée pour les chanteurs,

le choeur étant réparti en quatre groupes. En· plus

des rideaux de la chaire, il y en avait d'autres, se coupant

à angle droit, qui subdivisaient le grand hall du rez-dechaussée

en quatre sections égales, attribuant à chacune

la moitié d'une série de chaires.

« Depuis le jour où fut donné le premier coup de pioche

pour la pose des fondations du Temple jusqu'à sa dédicace,

le 27 mars 1836, le travail fut poursuivi avec vigueur.

« Avec très peu de capital à part leur cerveau, leurs

bras et leurs muscles, combinés avec une foi inébranlable

en Dieu, hommes, femmes et enfants même, travaillèrent

de toutes leurs forces. Tandis que les frères

oeuvraient, chacun dans sa spécialité, les soeurs s'employaient

activement à nourrir et à vêtir les ouvriers qui

ne recevaient pas d'autre aide, et tous vivaient aussi économiquement

que possible, de manière que le moindre sou

pût être affecté à la grande oeuvre, tandis que leur énergie

était stimulée par la perspective de participer à la bénédiction

que constitue une maison construite sous la direction

du Très-Haut et acceptée par Lui. »a

Les pierres angulaires avaient été posées le 23 juillet

1833, juste au moment où l'antagonisme et les persécutions

étaient les plus· générales dans les branches occi118

LA MAISON DU SEIGNEUR

dentales de l'Eglise, et le jour même où une populace

sans loi signifiait un déèret d'expulsion aux Saints du

Missouri: Néannioins, le travail au Temple de Kirtland

se poursuivit sans interruption, bien que les progrès

parussent lents au gré des Saints. Le 7 mars 1835, une

réunion solennelle se tint à Kirtland « convoquée dans le

but de bénir au nom du Seigneur ceux qui ont jusqu'ici

apporté leur aide à la construction, par le travail de leurs

mains ou autrement, de la Maison du Seigneur err cet

endroit. » Le texte donne le nom de ceux qui avaient

consacré leur temps, leurs forces et leurs moyens à cette

oeuvre.' Bien avant quele Temple ne fût achevé, certaines

parties du bâtiment étaient utilisées pour des réunions de

conseil et autres rassemblements de la prêtrise. En

janvier 1836 fut adopté un code de règles << à observer

dans la Maison du Seigneur à Kirtland »." Le 21 de ce

dernier mois, une réunion de la Prêtrise se tint dans le

Temple inachevé, et à cette occasion, le Patriarche Président

et les trois Grands-Prêtres qui composaient la Première

Présidence de l'Eglise se rassemblèrent seuls dans

une pièce et se plongèrent dans une prière solennelle.

Le Patriarche, Joseph Smith père, fut oint et béni successivement

par chaque membre de la Première Présidence,

après quoi, en vertu de son office, il les oignit et les bénit.

Parlant des glorieuses manifestations qui suivirent, le

prophète écrit ce qui suit :

«Les cieux s'ouvrirent sur nous et j~ vis le céleste

royaume de Dieu, et sa gloire ; je ne saurais dire si j'étais

dans mon corps ou hots de mon corps. Je vis la beauté

transcendante de la porte par laquelle pénétreront les

héritiers de ce royaume : elle était semblable à un cercle

de flammes. Je vis aussi le trône ardent de Dieu, sur lequel

étaient assis le Père et le Fils. Je vis les magnifiques rues

TEMPLES MODERNES 119

de ce royaume que l'on aurait dit pavées d'or ... Je vis les

Douze Apôtres de l'Agneau qui se trouvent maintenant

sur terre, qui détiennent le.s clés de cet ultime ministère

dans les pays étrangers, se tenant réunis en cercle, recrus

de fatigue, les vêtements en lambeaux et les pieds gonflés,

et les yeux baissés vers le sol; et Jésus se tenait

au milieu d'eux et ils ne le voyaient pas. Le Sauveur

les considérait et pleurait.

« Bèaucoup de mes frères qui reçurent l'ordonnance avec

moi virent aussi de glorieuses visions. Des anges leur

apportèrent leur ministère tout comme à moi-même, et

la puissance du Très-Haut reposa sur nous; la maison

était remplie de la gloire de Dieu et nous chantâmes

« Hosanna à Dieu et à l'Agneau ». Mon secrétaire aussi

reçut l'onction en même temps que nous et vit, dans une

vision, les armées célestes protégeant les Saints dans leur

retour à Sion, et beaucoup de choses que je vis moi-même.

« L'évêque de Kirtland et ses conseillers, ainsi qqe

l'évêque de Sion et ses conseillers étaient présents à nos

côtés et reçurent leur onction des mains de Joseph Smith

père, et ceci fut confirmé par la Présidence, et les gloires

du ciel leur furent dévoilées aussi.

Nous invitâmes alors les membres du Grand Conseil

de Kirtland et de Sion à entrer dans notre salle.

La vision des cieux leur fut aussi donnée. Certains

d'entre eux virent le visage du Sauveur, et d'autres reçurent

le ministère d'anges, et l'esprit de prophétie et de révélation

fut répandu en force sur eux ; de vibrants hosannas et

gloire à Dieu au plus haut des cieux saluèrent les cieux,

car nous étions tous en communion avec les armées

célestes. » h

La dédicace du Temple de Kirtland eut lieu le dimanche

27 mars 1836. Une heure matinale, 8 heures, avait été

.j

120 LA MAISON DU SEIGNEUR

fixée pour l'ouverture des portes ; mais si intense était

l'intérêt, et si grande l'attente, que des centaines de gens

s'étaient rassemblés près des portes bien longtemps avant

l'heure. Neuf cents à mille personnes assistèrent au service.

La congrégation siégeait en assemblée solennelle,

chacun des corps constitués de la Prêtrise occupant une

place désignée avec ses officiers présidents. L'hymne, la

lecture des écritures, et une prière implorant la grâce

divine furent suivis de brefs discours ; après quoi, les autorités

de l'Eglise telle qu'elle était constituée alors furent

présentées au peuple pour être acceptées ou rejetées et

le vote à main levée garantit un soutien unanime dans

chaque cas. Les autorités de la Prêtrise ainsi soutenues

comprenaient tous les officiers présidents, depuis la Première

Présidence jusqu'aux présidences de diacres. La

prière de dédicace fut offerte par Joseph Smith qui affirme

que cette prière lui fut donnée par révélation (Doctrine et

Alliances, section 109).

La question de savoir si la Maison du Seigneur était

acceptée comme dûment dédiée fut posée séparément aux .

différents collèges de la Prêtrise, et à la congrégation dans

son ensemble ; le vote donna oui à l'unanimité. Ensuite,

la Sainte-Cène fut administrée et beaucoup d'anciens rendirent

un témoignage solennel de la divinité de l'Evangile··

tel qu'il était rétabli. Le journal du prophète continue en

disant :

« Le président Frédéric G. Williams se leva et témoigna

que, pendant que le président Rigdon disait sa première

prière, un ange entra par la fenêtre, s'installa entre Joseph

Smith père et lui-même et y resta durant la prière. Le

président David Whitmer vit aussi des anges dans la maison.

Le président Hyrum Smith fit quelques commentaires

appropriés, félicitant ceux qui avaient enduré tant de

TEMPLES MODERNES 121

difficultés et de privations pour construire cette maison.

Le président Rigdon fit ensuite quelques remarques pour

terminer et. prononça une courte prière, au terme de

laquelle nous scellâmes les· cérémonies de la journée en

criant «Hosanna, Hosanna, Hosanna à Dieu et à l'Agneau»

trois fois, en le scellant chaque fois par « Amen, Amen,

et Amen.»'

Le soir du jour de la dédicace, se tint une autre réunion ;

à celle-ci, toutefois, n'assistèrent que les officiers de l'Eglise.

Le rapport qu'en fit le prophète est conçu en ces termes :

«J'ai rencontré les collèges dans la soirée et leur ai

donné des instructions concernant l'ordonnance du lavement

des pieds, à laquelle ils devaient assister le mercredi

suivant ; je leur ai donné aussi des instructions concernant

l'esprit de prophétie.

«Frère George A. Smith se leva et se mit à prophétiser,

lorsqu'on entendit comme le bruit d'un vent violent, impétueux,

qui remplit le Temple, et toute la congrégation se·

dressa en même temps, comme mue par un pouvoir

invisible ; beaucoup se mirent à parler en langues et à

prophétiser ; d'autres virent de glorieuses visions ; moi,

je vis que le Temple était rempli d'anges, et je le déclarai

à la congrégation. Les gens du voisinage accoururent

(entendant un bruit inhabituel à l'intérieur et voyant une

lumière brillante semblable à une colonne de feu reposer

sur le Temple) et furent frappés d'étonnement en voyant

ce qui se passait. Ceci dura jusqu'à ce que la réunion fût

terminée, à 11 heures du soir. »'

Le jeudi suivant ce sabbat mouvementé, une autre

réunion solennelle se tint dans le Temple, comprenant,

comme précédemment, les autorités générales de l'Eglise

122 LA MAISON DU SEIGNEUR

et, en outre, les membres qui n'avaient pas réussi à y

entrer la fois précédente. Les cérémonies furent dans une

certaine mesure la répétition de celles du premier jour ;

on lut la prière de dédicace, on joua une musique' de circonstance,

et on prononça des discours.

Le fait que ce bâtiment était véritablement un Temple,

un édifice sacré, accepté par Celui au nom de qui il avait

été consacré, que c'était vraiment une Maison du Seigneur,

avait été attesté par la visitation d'êtres célestes et par

des manifestations divines surpassant toute attente, comme

on put le constater le soir du jour de la dédicace. Le

sabbat suivant, le 3 avril 1836, se produisirent des visitations

et des manifestations de plus grande ampleur

encore. Durant le service de l'après-midi, on administra

la Sainte-Cène, après quoi le prophète et son conseiller,

Olivier Cowdery, se retirèrent dans le local réservé aux

officiers présidents de la Prêtrise de Melchisédek, qui

était fermé de rideaux, ou de yoiles baissés pour la circonstance.

Ils témoignèrent solennellement qu'en cet endroit

même le Seigneur Jésus-Christ se révéla à eux. Ensuite,

d'autres personnages célestes exercèrent leur ministère

auprès d'eux, chacun d'eux remettant ou conférant l'autorité

particulière dont il était spécialement investi. Voici

le témoignage de Joseph Smith et Olivier Cowdery :

« Le voile fut enlevé de notre esprit, et les yeux de

notre entendement furent ouverts.

Nous. vîmes le Seigneur debout sur la balustrade de

la chaire devant nous. Sous ses pieds il y avait un pavement

d'or pur, d'une couleur semblable à l'ambre.

Ses yeux étaient de flamme, ses cheveux étaient blancs

comme la neige immaculée, son visage était plus brillant

que l'éclat du soleil et sa voix était comme le bruit du

TEMPLES MODERNES 123

déferlement des grandes eaux, ·savoir la voix de Jéhovah

disant : ·

Je suis le premier et le .. demier; je suis celui qui vit,

je suis celui qui a été immolé ; je suis votre avocat auprès

du Père.

Voici, vos péchés vous sont pardonnés ; vous êtes purs

devant moi ; levez donc la tête et réjouissez-vous.

Que le coeur de vos frères se réjouisse et que tout mon

peuple se réjouisse en son coeur,. oui, mon peuple qui a

bâti de toutes ses forces une mruson en mon nom.

Car voici, j'ai accepté cette maison, et mon nom sera

ici ; et je me manifesterai avec miséricorde à mon peuple

dans cette maison.

Oui, j'apparaîtrai à mes serviteurs et je leur parlerai

de ma propre voix si mon peuple veut ~arder m~s commandements

et ne souille pas cette ma1son sacree.

Oui des milliers et des dizaines de milliers se réjouiront

grand:ment en leur coeur à cause des bénédictions qui

seront déversées sur mon peuple. J'ai dit. Amen.

Lorsque cette vision se fut refermée, les cieux s'ouvrirent

de nouveau à nous; ·Moïse apparut devant nous et n~us

remit les clefs pour rassembler Israël des quatre coms

de la terre et pour ramener les tribus du pays du nord.

Après cela, Elias apparut et remit la dispensation de

l'évangile d'Abraham, disant qu'en nous et. en ~~tre

postérité toutes les générations après nous serment b~~1es.

Lorsque cette vision se fut refermée, une autre VlSl~n,

grande et glorieuse, se déploya devant nasA yeux: Elie,

le prophète qui fut enlevé au ciel sans gouter la mort,

se tint devant nous et dit :

Voici le temps est pleinement arrivé, ce temps dont

il a été 'parlé par Malachie, lorsqu'il témoigna qu'il (Elie)

124 LA MAISON DU SEIGNEUR

serait envoyé avant que le jour de l'Eternel arrive, ce

jour grand et redoutable. ·

Pour tourner le coeur des pères vers les enfants, et le

coeur des enfants vers les pères, de peur que la terre tout

entière ne soit frappée de malédiction.

C'est pourquoi les clefs de cette dispensation sont

remises entre vos mains, et vous saurez par là que lé

jour de. l'Eternel, ce jour grand et redoutable, est proche,

et même à la porte. » •

L'édification du Temple de Kirtland sembla accroître

l'antagonisme hostile que l'Eglise subissait depuis son

organisation et la persécution devint bientôt si violente,

que tous les Saints qui purent disposer de leurs biens

et s'en aller le firent et allèrent rejoindre leurs coreligionnaires

dans le Missouri. En moins de deux ans après la

dédicace, un exode général des Saints s'était produit, et

le Temple tomba bientôt aux mains des persécuteurs. Le

bâtiment est toujours debout, et est utilisé comme lieu

de réunion ordinaire par une secte obscure qui ne manifeste

pas d'activité particulière en matière de construction de

temples ni de croyance apparente dans les ordonnances

sacrées en vue desquelles les temples sont construits. Le

peuple dont les sacrifices et les souffrances édifièrent cette

construction ne prétend plus en être le propriétaire. Ce

qui fut jadis le Temple de Dieu, où le Seigneur Jésus

apparut ·en personne, n'est plus qu'une maison, un bâtiment

dont la seu1e prétention à se distinguer des constructions

innombrables faites de main d'homme, réside dans

son passé merveilleux.

EMPLACEMENT DU TEMPLE À FAR WEST, MISSOURI

En quittant l'Ohio, l'Eglise émigra à l'ouest, et des

lieux de ralliement furent établis en Missouri, principa-

TEMPLES MODERNES 125

lement dans les comtés de Jackson, de Clay et de Caldwell.

On ne perdit pas de temps à regretter vainement

l'abandon forcé du Temple de Kirtland. Même en ces

premiers temps de l'Eglise, sept ans seulement après son

organisation, le peuple en était arrivé· à considérer la

persécution comme une conséquence inévitable de sa

religion, et la spoliation comme son héritage. Résolument

ils se mirent à l'oeuvre pour préparer un autre temple,

et un emplacement fut choisi à Far West, comté de Caldwell,

en Missouri. Le 5 août 1837, «la Présidence, le

grand conseil et toutes les autorités de l'Eglise dans le

Missouri se réunirent en conseil à Far West et résolurent ·

à l'unanimité de progresser avec modération et de construire

une maison au nom du Seigneur à Far West, à

mesure qu'ils en auraient les moyens. »' Le 26 avril 183 8,

ils reçurent une révélation fixant le moment et la manière

de commencer le travail :

« Que la ville, Far West, soit un pays saint et consacré

à moi ; et il sera appelé très saint, car la terre sur laquelle

vous vous tenez est sainte. C'est pourquoi, je vous commande

de me bâtir une maison pour le rassemblement des

saints, afin qu'ils m'adorent. Que le commencement de ce

travail, les' fondations et le travail préparatoire se fassent

l'été prochain. Que l'on commence le quatrième jour du

prochain mois de juillet ; et que mon peuple travaille dès

lors diligemment à bâtir une maison à mon nom. Et que

dans un an, à partir de ce jour, on recommence à poser les

fondations de ma maison. » (Doctrine et Alliances

115:7-11.) Le 4 juillet 1838, les pierres d'angle furent

posées avec accompagnement d'une parade militaire et

d'une procession solennelle. m Il apparaît nettement de la

révélation du 26 avril 183 8, que même la pose des fondations

du temple projeté ne se ferait pas sans interruption.

126 LA MAISON DU SEIGNEUR

·Les pierres d'angle furent posées le 4 juillet comme il avait

été ordonné, et, le 8, il est à nouveau fait mention de

l'emplacement en rappot:t avec une demande spéciale

concernant le futur travail des apôtres : « Qu'ils prennent

congé de mes saints dans la ville de Far West le vingtsixième

jour d'avril prochain à l'endroit où sera construite

ma maison, dit le Seigneur. » (Doctrine et Alliances 118:5.)

Les mois qui suivirent furent marqués par des persécutions

et des violences ; une opposition hostile déclara que la

mission ne serait jamais remplie. Cependant, l'histoire

atteste que le vingt-sixième jour d'avril 1839, les apôtres,

· plusieurs autres officiers de l'Eglise et un certain nombre

de membres se rassemblèrent aux premières heures de la

matinée, chantèrent leurs hymnes, adressèrent ·leurs exhortations

et se mirent en devoir de poser les pierres de la

fondation. A cette occasion, deux vacances dans le Conseil

des Douze furent remplies par l'ordination de Wilford

Woodruff et de George A. Smith, dont la nomination avait

été acceptée · antérieurement. Ensuite les apôtres prirent

congé des autres personnes présentes et poursuivirent leur

mission. Presque immédiatement après l'événement rapporté

en dernier lieu, les Saints furent contraints d'ahan- ·

donner leurs foyers du Missouri.

Les Saints des Derniers Jours considèrent le long retard

subi par l'érection des temples sur les emplacements dédiés

à cet effet dans le Missouri, comme étant principalement

la conséquence de leur propre défection, de leur négligence

et de leur désobéissance à la parole du Seigneur, en sorte

qu'il fut permis à leurs ennemis de se montrer les plus

forts. Quand, en 1834, les Saints du Missouri furent

l'objet de cruelles persécutions, leur cqreligionnaires des

branches orientales de l'Eglise reçurent pour instruction

d'aller à lëur aide, et d'envoyer des hommes avec de

TEMPLES MODERNES 127

l'argent acheter les terrains adjacents aux emplacements

choisis et en outre consacrer tout ce qu'ils possédaient à la

rédemption de Sion. Deyalit ces dernières exigences, la

réaction fut peu satisfaisante, et même au Camp de Sion,

ainsi que l'on appelait le corps de cent cinquante à deux

cents hommes qui quittèrent l'Ohio pour le Missouri· selon

les instructions reçues, il y avait fort peu d'enthousiasme,

on murmurait, on manquait de foi. Le 22 juin 1834, le

Seigneur déclara par l'intermédiaire de Joseph le prophète :

«Voici, je vous le dis, n'étaient les trangressions de mon

peuple, et je parle de l'Eglise et non d'individus, il aurait

pu être racheté dès maintenant. » (Doctrine et Alliances

105:2; voyez aussi 103:23 et comparez avec 105:8-9 ; il

faudrait lire les deux sections en entier.)

Ainsi, à cause de leurs propres transgressions, les Saints

furent gênés dans le travail qui était attendu d'eux, et la

moisson de bénédictions que devait apporter ce travail

particulier, n'a pas encore mûri.

LE TEMPLE DE NAUVOO

Après leur expulsion du Missouri, les réfugiés « Mormons

» tournèrent leurs regards vers l'est, traversèrent le

Mississippi et s'établirent dans l'obscure localité de Commerce,

comté de Hancock, Illinois, et dans ses environs.

Le peuple fit encore une fois preuve de son étonnante

capacité de récupération et se mit sans délai ni hésitation

à établir de nouveaux foyers et un nouveau temple. Au

début de juin 1839, les habitations étaient en voie de

construction, et bientôt ce hameau se transforma en ville.

A ce nouveau lieu de résidence, les Saints donnèrent le

nom de Nauvoo, qui signifiait pour eux tout ce que pouvait

impliquer «Cité magnifique». Elle n'était qu'à quel-·

128 LA MAISON DU SEIGNEUR

ques milles de Quincy, dans une courbe du fleuve majestueux,

ce qui permettait d'y accoster de trois côtés. Elle

semblait se nicher là comme si le Père des Eaux l'entourait

de son bras puissant."

Le meilleur· emplacement, celui qui convenait le mieux

dans les limites de la ville fut, selon le plan, choisi, acheté

et dûment mis à part comme terrain pour le temple. Les

pierres d'angles furent posées le 6 avril 1841, le jour où

l'Eglise entrait dans la douzième année de sa carrière

troublée et pourtant en progrès. La Légion de Nauvoo,

corps de milice levé conformément aux lois de l'Illinois,

prit une part importante aux cérémonies organisées ce

jour-là, et deux compagnies de volontaires du Territoire

d'Iowa y participèrent également. • La pierre angulaire

sud-est fut posée sous la direction immédiate de la Première

Présidence, et le Président prononça sur elle la

bénédiction suivante :

« Cette principale pierre d'angle, symbole de la Première

Présidence, nous la posons officiellement en l'honneur

du Grand Dieu ; puisse-t-elle rester là jusqu'à ce

que tout le bâtiment soit achevé ; et puisse celui-ci être

terminé rapidement ; de manière que les Saints aient un

lieu pour y adorer Dieu, et le Fils de l'Homme un endroit

où poser Sa tête. »

Sidney Rigdon, de la Première Présidence, prononça

~nsuite . ces paroles :

«Puissent les personnes employées à l'édification de

cette maison être préservées de tout mal aussi longtemps

qu'elles seront occupées à sa construction et jusqu'à ce

que le tout soit achevé, au nom du Père, et du Fils et du

Saint-Esprit. J'ai dit. Amen. »p

Après s'être retirée pendant une heure, l'assemblée se

réunit de nouveau, et. les pierres d'angle restantes furent

TEMPLES MODERNES 129

posées dans l'ordre indiqué. La pierre sud-ouest fut posée

sous la direction de l'organisation des Grands-Prêtres, et

son président prononça ce. qui suit :

« La deuxième pierre d'angle du temple que construit

maintenant l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers

Jours en l'honneur du Grand Dieu est officiellement

posée; puisse la même unanimité qui s'est manifestée en

cette occasion durer jusqu'à ce que le tout soit achevé;

que la paix y règne jusqu'à ce que la pierre du faîte soit

posée et la clé tournée ; afin que les Saints puissent avoir

part aux bénédictions du Dieu d'Israël dans l'enceinte de

ses murs et que la gloire de Dieu repose sur ceux-ci.

Amen.»

Ensuite, c'est la pierre d'angle nord-ouest qui fut mise

en place sous la surintendance du Grand Conseil, avec une

bénédiction dite par Elias Higbee en ces termes :

«La troisième pierre d'angle est à présent officiellement

posée ; puisse cette pierre être un soutien ferme pour le

bâtiment, de manière que le tout puisse être achevé tel

qu'il a été conçu. »

La pierre d'angle nord-est fut posée par les évêques, et

l'évêque Whitney prononça ce qui suit :

« Cette quatrième et dernière pierre d'angle, symbole de

la Prêtrise inférieure, est maintenant posée officiellement ;

puissent toutes les bénédictions prononcées jusqu'ici, ainsi

que toutes les autres bénédictions désirables, reposer sur

elle à jamais. Amen. » •

A propos de la pose des pierres angulaires de Nauvoo,

le prophète Joseph Smith écrivit ce qui suit touchant le

processus qu'il convient de suivre en matière de construction

de temples :

« Si l'on veut exécuter strictement l'ordre de la Prêtrise

dans la construction des temples, la première pierre doit

130 LA MAISON DU SEIGNEUR

être posée à l'angle sud-est, par la Première Présidence de

l'Eglise. Ensuite l'angle sud-ouest; puis l'angle nord-ouest,

et enfin l'angle nord-est. La Première Présidence doit poser

la pierre d'angle sud-est et désigner les personnes habilitées

· à poser les autres pierres d'angle.

Si l'on construit un temple éloigné, et que la Première

Présidence ne soit pas présente, c'est le Collège des Douze

Apôtres qui doit désigner l'ordre pour ce temple; et en

l'absence des Douze Apôtres, c'est la Présidence du Pieu

qui posera la pierre d'angle sud-est; la Prêtrise de Melchisédek

posera les pierres angulaires du côté est du temple,

et la Prêtrise inférieure, celles du côté ouest. » •

Le Temple de Nauvoo fut édifié par le peuple qui

apporta une contribution libérale, tant en dîmes qu'en

offrandes volontaires d'argent et de main-d'oeuvre. Le plus

gros du travail fut effectué par des hommes qui donnaient

la dîme de leur temps et consacraient ainsi - au moins

un jour sur dix - leur énergie au chantier du Temple.·

Le travail progressait lentement, mais sans interruption

notable, ce qui s'avère surprenant lorsqu'on se met à

cûnsidérer les nombreuses conditions défavorables. Les

Saints ne profitèrent que d'un répit passager dans la persécution,

et à mesure que le Temple s'élevait, l'opposition

s'accrut.'

L'intérêt avàit été avivé et les énergies stimulées en

matière de temple par une révélation dans laquelle le

Seigneur faisait connaître Sa volonté et ce que prévoyaient

les lois célestes touchant l'ordonnance sacrée du baptême

pour les morts. On se souvient que rien n'avait été prévu

pour ce rite dans le Temple de Kirtland, car à l'époque où

fut édifié ce bâtiment, la révélation moderne n'avait rien

apporté à ce sujet. Le 19 janvier 1841, le Seigneur avait

parlé par l'intermédiaire du prophète, expliquant la néces-

TEMPLES MODERNES 131

sité d'avoir une maison sainte pourvue d'un baptistère,

principalement et tout particulièrement au bénéfice des

morts. (Doctrine et Alliances 124:28-31.) Si grand était

le désir des Saints de rèndre à leurs morts ce service

vicarial, qu'avant que les murs eussent· dépassé le niveau

du sol, la construction des fonts était déjà bien avancée.

Le 8 novembre 1841, les fonts étaient prêts pour la dédicace

et la cérémonie fut célébrée par le prophète lui-même.

Ainsi, longtemps avant que le Temple fût achevé, l'oeuvre

des ordonnances progressa sur son emplacement, les fonts

étant entourés de murs provisoires. En voici une description

rédigée par Joseph Smith :

« Les fonts baptismaux sont situés au centre du sous-sol,

sous le hall principal du temple ; ils sont construits en bois

de pin, et les chevrons sont assemblés par tenons et mortaises

; leur forme est ovale, seize pieds (quatre mètres

quatre-vingts) de long d'est en ouest, douze pieds (trois

mètres soixante) de large, sept pieds (deux mètres dix) de

haut à partir de la base, la cuve a quatre pieds (un mètre

vingt) de profondeur ; la moulure des pourtours inférieur

et supérieur est constituée par un magnifique travail de

sculpture· de style antique.

Les côtés sont lambrissés. Une volée de marches du

côté nord et du côté sud permettent de franchir le bord

et de descendre dans la cuve ; elles sont bordées de

rampes.

Les fonts se dressent sur douze boeufs, quatre de chaque

côté et deux à chaque bout, la tête, les épaules et les pattes

de devant ressortent de dessous les fonts ; ils sont sculptés

dans du pin massif, et collés ensemble ; ils ont été copiés

sur les plus beaux taureaux de cinq ans que l'on ait pu

trouver dans le pays, et leur ressemblance avec les originaux

est vraiment frappçmte ; les cornes ont été façonnées

d'après .les cornes les plus parfaites que l'on ait pu se

procur~r.

Les boeufs et les moulures ornementales des fonts ont

été sculptés par l'ancien Elijah Fordham, de New York, et

132 LA MAISON DU SEIGNEUR

cela lui a pris huit mois. Les fonts ont été enfermés dans

une construction provisoire de bardeaux, avec un toit du

même matériau, si bas que les planchers du rez-de-chaussée

du temple furent posés par-dessus. L'eau était fournie

par un puits profond de trente pieds (dix mètres) situé à

l'extrémité est des fondations. »"

Outre le baptistère, d'autres parties du Temple furent

préparées pour servir provisoirement pendant que la construction

des murs progressait, et, le dimanche 30 octobre

1842, une assemblée générale s'y réunit. Les rapports la

mentionnent comme étant la première réunion qui se soit

tenue au Temple." A d'autres dates dans la suite, d'autres

réunions se tinrent dans le bâtiment inachevé, et nonobstant

une violente opposition de la part de l'ennemi du

dehors et les obstacles encore plus réels causés par l'esprit

d'apostasie qui se manifestait chez un petit nombre de

membres de l'Eglise, le travail fut poursuivi avec énergie.

Il ne fut pas permis à Joseph Smith, le prophète, ni

à Hyrum Smith, qui fut jadis conseiller à la Première Présidence

et plus tard Patriarche de l'Eglise, de vivre assez

longtemps pour voir le bâtiment achevé. Le 27juin 1844,

ces hommes de Dieu tombèrent victimes des balles de

leurs assassins à Carthage, Illinois."' Bien que le coup

porté aux Saints par le martyre de leurs dirigeants fût dur,

et cruelle leur affliction, le travail de l'Eglise n'en fut

guère ralenti. Moins de deux semaines après l'horrible

événement, la construction du Temple fut reprise, et depuis

ce moment jusqu'à l'achèvement de l'oeuvre, le travail fut

poursuivi avec une énergie et une détermination accrues.

Quelques mois avant son martyre, le Patriarche Hyrum

Smith, agissant en qualité de membre du Comité du

Temple, avait lancé un appel aux femmes de l'Eglise,. leur

demandant de . souscrire hebdomadairement un · « cent »

TEMPLES MODERNES 133

par personne (0,05 FF ; 0,50 FB ; 0,04 FS), cet argent

étant destiné à l'achat de matériel, surtout du verre et

des clous, pour le Temple. On rapporte que « on vit bientôt

se manifester parmi h~s soeurs un vif désir de payer

leur part, et presque toutes payèrent un ·an de souscription

d'avance. » oe

Les archives de l'Eglise pour 1844 et 1845 renferment

de nombreuses références au sujet de l'état d'avancement

des travaux. Le 24 mai 1845, la dernière pierre fut posée

avec un cérémonial impressionnant, sous la direction du

président Brigham Young et d'autres membres du Conseil

des Douze Apôtres, aux côtés desquels se trouvaient de

nombreuses autorités générales et locales de l'Eglise. Après

que la pierre eut été dûment posée, le Président déclara :

« Void que la dernière pierre est posée sur le Temple,

et je prie le Tout-Puissant, au nom de Jésus, de nous

défendre en ce lieu et de nous soutenir jusqu'à ce que le

Temple soit terminé et que nous ayons tous reçu nos

dotations. » v

Puis vint le cri solennel et sacré : « Hosanna ! Hosanna !

Hosanna ! à Dieu et à l'Agneau ! Amen ! Amen ! et

Amen ! » Il fut répété une seconde puis une troisième fois ;

et pour terminer le président dit : « Qu'il en soit ainsi,

Seigneur Tout-Puissant ! » (Rapport Historique, vol. VII,

p. 870.)

Les sombres nuages de la persécution s'amassaient et

s'épaississaient sur ce peuple dévoué. Sur le conseil de

leurs dirigeants, ils se préparèrent une fois encore à quitter

leurs foyers, et cette fois, ils résolurent d'aller au-delà des

frontières du monde civilisé. Un exode général se préparait,

et dès février 1846, il avait commencé. La plupart

des Saints, cependant, demeurèrent encore un peu de

temps, et pour ceux-ci, l'achèvement du Temple était le but,

134 LA MAISON DU SEIGNEUR

l'objectif principal de la vie. Bien qu'ils sussent que l'édifice

sacré dût. être bientôt abandonné, ils oeuvrèrent diligemment

pour le terminer, jusque dans les moindres

détails.

Dès octobre 1845, le bâtiment était si avancé qu'il était

possible d'y tenir de grandes assemblées. La conférence

générale d'automne de l'Eglise se tint cette année-là à

l'intérieur des murs, et l'assemblée présente le 5 octobre

comptait plus de cinq mille âmes. Au cours de décembre

1845 et des premiers mois de 1846, beaucoup de Saints

reçurent leur bénédiction et leur dotation dans le Temple,

car des parties du bâtiment avaient été dûment consacrées

à cet effet, mais ce n'est que fin avril que l'ensemble fut

prêt pour la dédicace.

Le Temple de N auvoo était construit en majeure partie

en un calcaire à grain fin, gris clair, matériau à la fois

résistant et durable, et pourtant facile à travailler, et· se

prêtant donc bien aux finitions ornementales. Le bâtiment

entier mesurait trente-neuf mètres sur vingt-six et vingt

mètres de haut. La pointe de la flèche se trouvait à

quarante-huit mètres au-dessus .du sol et supportait la

statue d'un héraut ailé sonnant de la trompette. D'aspect

général, la construction était un solide quadrilatère haut

de deux étages et demi avec, à l'avant, une tour hexagonale

s'élevant en quatre terrasses et surmontée d'un dôme.

Au-dessus de la porte centrale, dans la façade et immédiatement

en dessous de la base de la tour, figurait l'inscription

suivante :

La Maison du Seigneur

Edifiée par l'Eglise ·de Jésus-Christ des

Saints des Derniers Jours

Sainteté au Seigneur

TEMPLES MODERNES 135

A l'extérieur ressortaient trente pilastres, neuf de chaque

côté et six à chaque bout. Chaque pilastre portait en

relief sur sa base une lune à son premier quartier et se

terminait vers le haut par un chapiteau de pierre sculptée

représentant la face du soleil sous une forme allégorique,

avec deux mains tenant des cornes. Au-dessus des chapiteaux,

il y avait une frise ou corniche ornée de trente

étoiles de pierre. Vers la fin de la journée du 30 avril 1846,

le Temple fut dédicacé dans l'intimité, quoique officiellement,

en présence des autorités générales que l'on put

réunir. Le président Joseph Young, du Premier Conseil

des Soixante-Dix, offrit la prière de dédicace. Le caractère

semi-privé de cette dédicace était dû à la pensée qu'une

cérémonie publique .serait troublée, tant était actif l'esprit

d'intolérance et de persécution. Le jour suivant, c'est-àdire

le 1er mai 1846, des services d'une nature générale

et publique se tinrent dans le Temple sous la direction des

anciens Orson Hyde et Wilford Woodruff du Conseil des

Douze Apôtres. ·

, Les Saints avaient satisfait à l'exigence posée par le

Seigneur de construire une autre Maison à Son nom.

L'oeuvre des ordonnances se poursuivit pendant encore

quelques mois, en dépit du fait que l'exode des membres

s'accentuait. En septembre 1846, le Temple de Nauvoo

tomba aux mains de la populace, et ce~ gens dont l'énergie

et la substance, dont la sueur et le sang avaient contribué

à son édification, furent chassés dans le désert ou tués.

Pendant deux ans, le bâtiment jadis sacré ressembla à

un bâtiment abandonné ; puis, le 19 novembre 1948, il fut

la proie d'un incendie allumé par un fou. Après le sinistre,

il ne demeura plus que des murs noircis, là où jadis s'était·

élevé un sanctuaire si majestueux. Chose étrange à dire,

une organisation locale, les Icariens, "fit une tentative pour

136 LA MAISON DU SEIGNEUR

relever les ruines, dans l'intention avouée d'y tenir une ·

école, mais alors que le travail en était encore à ses débuts,

une tornade démolit la plus grande partie des murs. Ceci

se produisit le 27 mai 1850. Ce qui restait encore du

Temple a été emporté par les chasseurs de souvenirs ou

utilisé comme matériau de construction pour d'autres.

bâtiments. Les pierres du Temple ont été emportées dans

la plupart des états de l'Union et au-delà des mers, mais

sur l'emplacement où se dressait jadis la Maison du Seigneur,

il ne reste pas pierre sur pierre. Avant même que

la démolition du Temple de Nauvoo ne fût complète, les

Saints des Derniers Jours s'étaient établis dans les vallées

de l'Utah et se préparaient déjà à construire un autre·

sanctuaire, plus grandiose, au nom de leur Dieu et pour

Son service.

NOTES DU CHAPITRE V

a Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, vol. I,

p. 189.

b Voyez «Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours»,

vol. I, p. 199 ; également la «Vie de Joseph Smith», par George Q. Cannon,

p. 119; voyez encore «Histoire de l'Utah», par Orson F. Whitney, vol. I,

p. 91.

«Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours »,

vol. I, pages 349, 350.

«Vie de Joseph le Prophète », par Edward W. Tullidge, pages 187-189.

«Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours»,

vol. I, page 400.

r «Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ dès Samts des Derniers Jours»,

vol. II, pages 205-206.

u «Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours »,

vol. II, pages 368-369.

-.\

NOTES 137

h «Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours»,

vol. II, pages 380-382.

' «Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours»,

vol. II, pages 427-428.

J « Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours»,

vol. II, page 428.

~ Doctrine et Alliances, section 11 O. Voyez aussi « Histoire de l'Eglise de

Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours», vol. II, pages 434-436.

1 «Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours>>,

vol. II, page 505.

·m «Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours»,

vol. III, pages 41-42.

n «Histoire du Mormonisme», par le même auteur, page 35. Edit. anglaise.

Journal de Joseph Smith, 6 avril 1841 ; voyez «Histoire de l'Eglise de

Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours», vol. IV, pages 327-329.

v «Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours»,

vol. IV, page 329.

« Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours»,

vol. IV, page 330.

r «Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours»,

vol. IV, page 331.

s «Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours »,

vol. IV, page 517.

Dans « Times and Seasons >> du 2 mai 1842 parut un éditorial traitant des

progrès des travaux du Temple, et ce texte a été repris dans le. journal du

prophète. «Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Dermers Jours»,

vol. V, pages 608-610.

u « Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours>>,

vol. IV, pages 446-447.

« Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours»,

vol. V, page 182 •

.. «Histoire de l'Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours»,

vol. VI, pages 612-631 ; également Doctrine et Alliances, section 135.

"' Rapport Historique, Salt Lake City, juin 1889, vol. VIII, pages 865-866.

v Rapport Historique, Salt Lake City, juin 1889, vol. VII, page 870.

. CHAPITRE VI

LE GRAND TEMPLE DE SALT LAKE CITY, UTAH

HISTORIQUE

Là où en 1847, il n'y avait qu'un désert d'hélianthes et

d'armoise s'étendant à l'ouest de la chaîne des Wasatch

jusqu'aux rives du Grand Lac Salé, se dresse maintenant une

cité majestueuse, ainsi qu'il était apparu dans une vision

prophétique. Sur l'emplacement choisi quatre jours seulement

après l'arrivée de la troupe des pionniers des colons

« Mormons », se dresse une construction massive, • dédiée

au nom du Très-Haut. Elle est à la fois un objet d'émerveillement

et d'admiration pour le visiteur et un sujet de

joie sanctifiante et d'orgueil ~égitime pour ces gens dont

les sacrifices et les efforts l'ont appelé à l'existence.

Sur la tour centrale du côté est figure une inscription

dont ·les lettres . sont profondément taillées dans la pierre

et rehaussées d'or :

Sainteté au Seigneur

La Maison du Seigneur

Edifiée par l'Eglise de Jésus-Christ des

Saints des Derniers Jours

Commencée le 6 avril 1853

Achevée le 6 avril 1893

LE GRAND TEMPLE - HISTORIQUE 139

Dans l'une des salles supérieures un splendide vitrail

offre une excellente reproduction du bâtiment achevé et

présente deux inscriptions . latérales ainsi conçues :

Pierre d'angle posée le 6 avril 1853

par le Président Brigham Young

assisté de ses Conseillers

Heber C. Kimball, Willard Richards

Dédié le 6 avril 1893

par le Président Wilford Woodruff

assisté de ses Conseillers

George Q. Cannon, Joseph F. Smith

Ces tablettes commémoratives de pierre et de verre

travaillés fournissent les dates essentielles de l'histoire du

grand Temple ; mais quelques autres éléments pourraient

peut-être intéresser le lecteur.

Le bloc du Temple, un terrain de dix acres (quatre

hectares) fut réservé en 184 7 et est actuellement un des

meilleurs emplacements de la cité. A la Conférence Générale

de l'Eglise qui se tint en avril 1851, on procéda. à un

vote officiel autorisant l'érection du Temple. Il faut se

souvenir que ceci était le fait d'un peuple pauvre, dénué de

tout, en lutte avec un désert indompté et constamment

menacé par des indigènes hostiles, et qu'à cette époque, la

population totale de l'Utah ne dépassait pas trente mille

âmes, dont moins de cinq mille habitaient sur le territoire

de la future cité. Une lettre ouverte émanant de la Première

Présidence de l'Eglise, en date du 7 avril 1851 est fort

instructive à cet égard :

· « Il a été projeté d'établir une voie ferrée depuis le bloc

du Temple dans cette ville jusqu'à la carrière de pierre

·dans la montagne à l'est, en vue du transport des matériaux

140 LA MAISON DU SEIGNEUR

de construction ; la construction commencera immédiatement.

... Nous envisageons d'entourer le Bloc du Temple

d'un mur cette saison-ci, afin· d'être prêts à poser les fondations

d'un Temple l'année prochaine; nous sommes

certains de le faire si tous les Saints se montrent prêts à

payer leur dîme, à sacrifier une partie de leurs biens et à

les consacrer à cette oeuvre aussi libéralement que nous le

ferons nous-mêmes ; et si les Saints ne paient pas leur

dîme, nous ne pourrons ni construire ni nous préparer à

construire ; et s'il n'y a pas de Temple construit, les

Saints ne pourront avoir de dotation, et s'ils ne reçoivent

pas leur dotation, ils ne pourront jamais arriver à ce salut

qu'ils espèrent si ardemment. » G

Il avait été décidé d'entourer tout le bloc d'un mur

solide. Le début du travail fut ajourné au 3 août 1852

faute de matériaux et d'hommes, mais à partir de cette

date, il progressa assez rapidement, et le 23 mai 1857, le

mur était terminé, pratiquement tel qu'il est maintenant.

II a les dimensions d'un bloc de la ville : deux cents mètres

dans chacune des quatre directions, et, fait intéressant à

noter, ces dimensions sont pratiquement les mêmes que

celles de l'enceinte des terrains sur lesquels s'élevait le

Temple d'Hérode. b Ce mur a un soubassement en pierre

de taille, un grès rouge provenant des montagnes à l'est;

ce soubassement a un mètre vingt de haut et supporte des

rangées de briques s'élevant à trois mètres plus haut ;

vient enfin un couronnement de grès rouge de trente centimètres

d'épaisseur, ce qui donne au mur une hauteur totale

de quatre mètres cinquante. Les briques sont masquées par

un revêtement durable en ciment. L'accès de cette enceinte

est assuré par quatre grandes grilles situées au milieu de

chacun des quatre côtés. Quand ce mur fut construit, le

City Creek traversait le bloc du Temple ; actuellement, ce

LE GRAND TEMPLE - HISTORIQUE 141

ruisseau . est enfermé dans un canal rectiligne au nord du

bloc ; les arches sous lesquelles ce ruisseau passait jadis,

sont encore visibles dans le soubassement du mur, tant à

l'est qu'à l'ouest.

La construction du mur, qui était en soi une entreprise

vaste et coûteuse pour des gens qui se trouvaient dans cette

situation, n'était qu'une affaire secondaire, comparée à la

grande oeuvre que représentait l'érection du Temple. L'intérêt

pour ce travail n'eut jamais l'occasion de baisser ;

poètes et prédicateurs en faisaient leur thème favori et cette

obligation de première urgence était constamment rappelée

au public. On faisait comprendre au peuple que la mission

de construire le Temple leur incombait à eux, et non pas

seulement à leurs dirigeants.

L'emplacement fut dédié et le premier coup de pioche

donné le 14 février 1853. Cet événement était mémorable

et fut célébré par les Saints comme un jour de réjouissance

publique. Entre la date du premier coup de pioche et celle

de la Conférence- de l'Eglise suivante, les préparatifs pour

la pose des pierres angulaires furent poussés avec vigueur

et décision. Cet heureux événement se produisit le 6 avril

18 53, vingt -troisième anniversaire de l'organisation de

l'Eglise, et fut célébré par le peuple avec des marques de

reconnaissance et de joie réelle qui faisaient bien augurer

de leur dévouement à une oeuvre si favorablement commencée.

Des sociétés civiques et militaires y participèrent ;

il y eut des cortèges avec fanfares et des cérémonies

solennelles avec prières. Le maire de la ville étaif le roi

du jour ; la police municipale servait de garde d'honneur

et la milice territoriale défilait avec la congrégation des

Saints. La pose des pierres d'angle fut célébrée comme un

accomplissement triomphal bien qu'elle ne fût qu'un début.

Que l'on n'imagine pas que le travail se soit poursuivi

142 LA MAISON DU SEIGNEUR

sans obstacles et sans contretemps. La fondation fut commencée

à l'angle sud-est le 16 juin 1853, et fut achevée le

23 juillet 1855. Une couche de moellons fut posée sur la

fondation proprement dite et recouverte de dalles. Le travail

n'avait progressé que lentement lorsque, en 1857, une

grave interruption se produisit. A cette époque, les gens

se préparèrent à quitter leurs foyers, temporairement du

moins, pour chercher ùn domicile autre part dans le

désert. La cause de cet exode imminent, était l'approche

d'une f~rce armée envoyée par le gouvernement des EtatsUnis

afin de juguler une prétendue rébellion en Utah. Le

mouvement de troupes avait été ordonné suite à une

interprétation complètement erronée des faits, due à de

faux renseignements. L'arrivée de la garnison avait été

annoncée comme s'accompagnant de terribles actes de

violence ; les gens avaient beau se savoir innocents de tout

acte déloyal envers le gouvernement ou ses représentants,

ils n'avaient pas oublié les pénibles scènes de la persécution

. organisée en Missouri et en Illinois suite à des malentendus,

et ils préféraient les incertitudes du désert à la possibilité

d'une répétition des terreurs du passé. Tout en faisant

tristement leurs préparatifs de départ, ils recouvrirent

soigneusement les fondations exécutées sur l'emplacement

du Temple ; les excavations furent comblées et tout vestige

de maçonnerie fut dissimulé. A cette époque, aucune

partie des fondations ne dépassait le niveau du sol. Quand

on eut terminé les travaux de camouflage, l'emplacement

n'était guère plus attrayant que la surface déserte d'un

champ grossièrement labouré.

Nous nous plaisons à faire remarquer qu'un accord à

l'amiable intervint entre l'armée et la population. Les

Saints regagnèrent leurs foyers, et les soldats établirent un

LE GRAND TEMPLE - HISTORIQUE 143

camp, qui devait devenir plus tard un poste, à une distance

de soixante-cinq kilomètres de la ville. •

L'interruption ainsi causée dai1s les travaux de construction

fut suivie d'une brève période d'inactivité relative,

après le retour de la population. Les fondations furent

ramenées au jour, mais avant de reprendre les travaux

d'empierrement, on s'aperçut que les moellons recouvrant

les fondations proprement dites et se trouvant immédiatement

sous les dalles paraissaient ne pas présenter la stabilité

requise ; sans hésiter on enleva les dalles et les moellons.

On y substitua de la pierre de première qualité et le vrai

travail de construction fut poursuivi avec une énergie

renouvelée. L'oeuvre de construction dura des années.

L'enceinte du temple fut pendant une courte période le

centre municipal de l'industrie mécanique, l'unique grand

atelier de l'empire des montagnes. L'Eglise avait installé

là ses ateliers publics, qui comprenaient une- centrale

génératrice où l'énergie du City Creek était attelée à la

roue, un équipement à air comprimé; une fonderie de fer

et des ateliers mécanisés pour le travail du bois et du

métal! tine grande partie du tràvail effectué ici n'avait

aucun ·rapport avec les grands travaux entrepris dans le

bloc du Temple.

· Outre les interruptions et les retards déjà signalés,

d'autres obstacles ne purent être évités, et dans les meilleures

conditions, les progrès ne pouvaient être que lents.

Ce n'est que des années après l'incident de «l'exode:.

provoqué par l'arrivée des troupes fédérales que l'on prit

wie décision au sujet des matériaux pour le gros du

bâtiment. Déjà à la Conférence d'octobre 1852 on avait

envisagé la question des matériaux. On avait suggéré de

l'oolithe provenant. des carrières· de Sanpete County, du

grès rouge provenant des· collines proches, . des briques

144 LA MAISON DU SEIGNEUR

faites d'argile mêlée de gravier; la question fut mise au

vote, bien que, il faut le reconnaître, la formule proposée

fût assez imprécise. A la session du matin, le 9 octobre

1852, le Président Heber C. Kimball soumit cette question

: « Ferons-nous construire le Temple en grès de

Red Butte, en briques, en oolithe, ou avec la meilleure

pierre que les montagnes renferment ? » En réponse, on

adopta à l'unanimité une résolution au terme de laquelle

on « construirait un Temple avec les meilleurs matériaux

que l'on puisse obtenir dans les montagnes d'Amérique

du Nord, et la Présidence dicterait où il faudrait se procurer

la pierre et les autres matériaux. » Cette réaction est

significative et montre la foi, la confiance et la détermination

de ces gens. Le Temple qu'ils se . disposaient à édifier

serait le meilleur qu'ils fussent capables de produire. Cette

moderne Maison du Seigneur ne devait pas être une construction

temporaire, ni de proportions exiguës, ni en matériaux

peu coûteux, ni conçue de façon mesquine ou

inadéquate. On savait dès le début que la construction ne

serait pas achevée avant de longues années, des dizaines

d'années, peut-être, et qu'à ce moment-là, la colonie serait

devenue un empire, cette poignée d'hommes serait devenue

une multitude d'âmes. Le Temple devait être digne de ce

grand avenir. Le grès, l'oolithe, les briques, tout cela fut

dûment envisagé et rejeté tour à tour. La décision fut

prise dans ce sens : les murs seraient de granit compact.

Un énorme gisement ·de cette pierre résistante avait

été découvert dans les canyons de Cottonwood, à trente

kilomètres au sud-est, et pour ces gens animés par la foi,

il suffisait de savoir que les matériaux convenables étaient

disponibles. Quelque grand que pût être l'effort et le sacrifice,

quelle que fût la somme d'abnégation et de souffrances

nécessaires, .on se les procurerait.

LE GRAND TEMPLE - HISTORIQUE 145

Ce qu'on appelle le « granit du temple » est en réalité

une syénite et se présente sous la forme d'une immense

laccolithe dans la sectiou de Cottonwood des monts

Wasatch. Urie érosion millénaire a creusé de profonds

canyons dans la masse éruptive, et de~ glaciers, descendant

avec une force irrésistible, ont délogé de leur place et

charrié d'innombrables rochers, la plupart de dimensions

colossales. Ces blocs isolés, que l'on appelle erratiques,

fournirent la quantité voulue de pierres de construction ;

on ne jugea pas nécessaire de creuser une carrière dans la

masse granitique de la montagne. Dans les canyons, on

découpa les blocs erratiques en se servant surtout de forets

à main eJ de coins, bien qu'on utilisât aussi à l'occasion

des explosifs de faible puissance. Les blocs bruts furent

acheminés tout d'abord par des attelages de boeufs: il

fallait quatre paires de boeufs pour chaque bloc, et chaque

trajet représentait un pénible voyage de trois ou quatre

jours. On projeta de creuser un canal pour transporter la

pierre par eau, et le travail fut effectivement commencé,

mais le projet fut abandonné au moment où la perspective

du transport par chemin de fer devint une certitude.

Le plan de la construction fut fourni par Brigham

Young, Président de l'Eglise, et les détails architecturaux

furent mis au point sous sa direction par l'architecte de

l'Eglise, Truman O. Angell. La description que ce dernier

en fit fut publiée dès 1854, tant en Utah ( « Deseret News»,

Salt Lake City, 17 août 1854) qu'à l'étranger." Pour que

l'on puisse aisément comparer les détails de la construction

réelle telle qu'elle nous apparaît maintenant, nous reproduisons

ici cette description anticipée de ce que devait

être Ie Temple :

« Le Bloc du Temple est un carré de deux cents mètres

de côté, orienté nord-sud et est-ouest ; il contient donc

1.

146 LA MAISON DU SEIGNEUR

quatre hectares. Le centre du Temple est situé à quarantesept

mètres à l'ouest du centre du bord est du bloc. La

longueur de ladite Maison, d'est en ouest, est de cinquantesix

mètres, y compris les tours, et la largeur est de trente

mètres. A l'extrémité est, il y a trois tours, ainsi que du

côté ouest. Tirez du nord au sud une ligne de trente-cinq

mètres cinquante passant par le centre des tours, et vous

aurez l'extension nord-sud du plan horizontal, piédestal

compris.

Nous descendons en terre à une profondeur de quatre

mètres quatre-vingts à l'extrémité est et dépassons la ligne

des murs de quatre-vingt-dix centimètres tout autour pour

le soubassement. '

Les murs nord et sud ont deux mètres quinze d'épaisseur,

au-dessus du piédestal; ils sont assis sur une fondation

de quatre mètres quatre-vingts à la base qui se rétrécit

graduellement de quatre,.vingt-dix centimètres de chaque

côté à la hauteur de deux mètres vingt-cinq. La fondation

des tours s'élève jusqu'à la même hauteur que celle des

côtés et est constituée par un solide bloc de maçonnerie de

moellons bruts liés par un bon mortier à la chaux.

Le sous-sol du bâtiment principal est (livisé en de nombreux

compartiments par des murs reposant tous sur une

fondation. Le niveau du parquet du sous-sol se trouve à

quinze centimètres au-dessus du sommet de la fondation.

De la tour de l'est à celle de l'ouest, la surface du sol

descend de un mètre quatre-vingts ; à dix centimètres

au-dessus du sol du côté est, part un trottoir dont la largeur

varie de trois mètres trente à six mètres soixante ;

il fait le tour de tout le bâtiment et on y accède de tous

côtés par des marches de pierre.

Il y a quatre tours aux quatre coins du bâtiment, chacune

d'elles s'élevant sur une fondation de sept mètres

LE GRAND TEMPLE - HISTORIQUE 147

carrés quatre-vingts ; elles s'élèvent de cinq mètres pour

arriver au niveau du cordon du soubassement qui se

trouve à deux mètres quar~te au-dessus du trottoir. A ce

niveau, les tours sont ramenées à sept mètres carrés cinquante

; puis elles s'élèvent jusqu'à onze ·mètres quarante,

c'est-à-dire la hauteur du second cordon ; là elles sont

ramenées de nouveau à six mètres carrés quatre-vingt-dix;

elles s'élèvent encore de onze mètres quarante et atteignent

le troisième cordon. Les cordons font le tour du bâtiment,

sauf là où ils sont interrompus par des contreforts. Ces

cordons sont des moulures massives constituées par de

solides blocs de pierre.

Les deux tours est s'élèvent encore de sept mètres cinquante

jusqu'à un cordon ou corniche. Les. deux tours ouest

s'élèvent de cinq mètres soixante-dix pour arriver à leur

cordon ou corniche. Les quatre tours s'élèvent encore de

deux mètres soixante-dix jusqu'au sommet des créneaux.

Ces tours sont cylindriques et ont cinq mètres dix de diamètre

intérieur ; elles renferment un escalier tournant

autour d'une solide colonne de un mètre vingt de diamètre,

ménageant des paliers aux différents étages du bâtiment.

Ces tours possèdent chacune cinq fenêtres ornementales sur

deux côtés, au-dessus du soubassement. Ces deux tours

centrales occupent le centre des extrémités est et ouest du

bâtiment ; elles mesurent neuf mètres carrés trente au-dessus

de leurs fondations et sont divisées en étages au même

niveau que les tours d'angle jusqu'à hauteur du troisième

cordon. Ensuite, la tour centrale est s'élève de douze

mètres jusqu'au sommet-de ses créneaux; la tour centrale

ouest s'élève de dix mètres vingt jusqu'au sommet de ses

créneaux. Toutes les tours ont une flèche dont le détail

n'est pas encore arrêté.

Toutes ces tours ont à chaque coin une tourelle octogo148

LA MAISON DU SEIGNEUR

nale, terminée par un 'pinacle octogonal également, d'un

mètre cinquante de diamètre à la base, d'un mètre vingt au

premier étage et de quatre-vingt-dix centimètres au-dessus.

Il y a aussi deux contreforts sur chaque côté des tours,

excepté là où elles sont en contact avec le corps du bâtiment

principal. Ces contreforts dont le sommet dépasse

les · murs sont au nombre de quarante-huit et reposent

chacun sur un piédestal. L'espace qui sépare les contreforts

des tourelles est de soixante centimètres au premier

étage. Les deux tours centrales présentent en façade deux

grandes fenêtres, hautes de neuf mètres soixante chacune,

situées l'une au-dessus de l'autre et soigneusement prévues

pour cet emplacement.

Sur les deux tours d'angle ouest et sur la face ouest du

temple, un peu en dessous des créneaux, on peut voir en

haut relief une reproduction de la Grande Ourse, avec ses

deux étoiles arrière indiquant presque exactement l'étoile

Polaire. (Moralité : ceux qui sont perdus peuvent se retrouver

grâce à la Prêtrise.)

Je vais maintenant jeter un coup d'oeil au corps principal

de la Maison. J'ai déjà dit plus haut que le sous-sol était

divisé en de nombreuses pièces. La- pièce centrale est

arrangée en fonts baptismaux et mesure dix-sept mètres

sur dix mètres cinquante ; elle est séparée du mur principal

par quatre pièces, deux de chaque côté, mesurant cinq

mètres soixante-dix de long sur trois mètres soixante de

large. Du côté est et du côté ouest de ces pièces se

trouvent quatre passages de trois mètres soixante de large :

ils permettent d'accéder à ces pièces par des portes extérieures,

deux au nord et deux au sud. De l'autre côté de

ces passages, à l'est et à l'ouest, se trouvent quatre autres

pièces, deux à chaque bout, larges de huit mètres quarante

et longues de onze mètres cinquante. Ces pièces et leurs

LE GRAND TEMPLE - HISTORIQUE 149

murs occupent le sous-sol. Tous les murs s'élèvent de cinq

mètres au-dessus de leurs fondations et s'arrêtent au niveau

du rez-de-chaussée.

Nous sommes maintenant à deux mètres quarante au-dessus

du trottoir et des marches menant au Temple; au niveau

du cordon inférieur, qui couronne le piédestal, et au niveau

du rez-de-chaussée de ladite Maison. Celui-ci communique

avec les cours extérieures, ces cours étant constituées par

l'espace séparant les tours, quatre mètres quatre-vingts

sur deux mètres soixante-dix hors tout. On accède au niveau

de ces cours (qui sont de plain-pied avec le rez-de-chaussée

du bâtiment principal) par quatre volées de marches de

pierre de deux mètres quatre-vingt-cinq de large, ménagées

dans le soubassement; la première marche est dans l'alignement

de la ligne extérieure des tours. De ces cours, des

portes permettent d'accéder à n'importe quelle partie du

bâtiment.

La première grande salle mesure trente-six mètres de

long sur vingt-quatre de large ; en hauteur ·elle atteint

presque le second cordon de pierre. En son centre, cette

salle est voûtée selon une courbe elliptique dont la flèche

mesure trois mètres, et dont la portée est de vingt-deux

mètres quatre-vingts. Les plafonds latéraux ont la forme

d'un quart d'ellipse partant des murs latéraux du bâtiment

principal à la hauteur de quatre mètres quatre-vingts et

s'appuyant sur le chapiteau des colonnes de sept mètres

vingt qui supportent la base de la voûte centrale. Ces

colonnes reposent directement sur les fondations de ladite

maison ; elles se continuent vers le haut pour soutenir

l'étage supérieur.

Les murs extérieurs de cet étage ont deux mètres dix

d'épaisseur. L'espace qui s'étend entre le pied de la voûte

centrale et le mur extérieur est divisé en seize comparti150

LA MAISON DU SEIGNEUR .

ments, huit de ch~que côté, ce qui ménage des pièces de

quatre mètres carrés vingt, sans compter les cloisons, et de

trois mètres de haut, tout en laissant un passage d'un mètre

quatre-vingts de lar,ge du côté du flanc de la voûte centrale

; on peut ainsi accéder aux deux extrémités de celle-ci.

Les seize pièces sont éclairées chacune par une fenêtre

elliptique ou ovale, dont le grand axe est vertical.

La seconde grande salle est trente centimètres plus large

que la salle d'en dessous ; ceci résulte du fait que le mur

n'a qu'un mètre quatre-vingts d'épaisseur ; il est en retrait

de quinze centimètres à l'extérieur. Ceci est souligné à

l'extérieur par le second cordon. Les pièces de cet étage

sont semblables à celles de l'étage inférieur. Les murs

latéraux ont neu~ contreforts de chaque côté et huit séries

verticales de fenêtres : cinq fenêtres dans chaque série.

Le pied des fenêtres du sous-sol se trouve à vingt centimètres

au-dessus du trottoir ; elles ont quatre-vingt-dix

centimètres de haut et s'achèvent en plein cintre. Les

fenêtres du rez-de-chaussée ont trois mètres soixante de

longueur de châssis et se terminent en plein cintre. Les

fenêtres ovales ont deux mètres de haut. Les fenêtres du

permier étage sont les mêmes que celles d'en dessous. Les

dormants de toutes ces fenêtres ont un mètre trente-cinq

de largeur.

Les piédestaux de tous les contreforts font une saillie

de soixante centimètres à la base ; au-dessus de la base,

qui mesure trente-huit centimètres sur un mètre trentecinq

de large, la face extérieure porte l'image d'un globe

d'un mètre dix-huit de diamètre, dont l'axe correspond à

l'axe de la terre.

Le cordon de base constitue un chaperon pour ces piédestaux.

Au-dessus du chaperon, les contreforts mesurent

un mètre cinq et s'élèvent jusqu'à la hauteur de trente

LE GRAND TEMPLE - HISTORIQUE 151

mètres. Au-dessus du trottoir, juste en dessous du second

cordon, il y a sur chacun des contreforts une image de la

lune représentée dans ses différentes phases. Juste en

dessous du troisième cordon, ou corniche, il y a une image

du soleil. Immédiatement au-dessus, on· voit Saturne avec

ses anneaux. Les contreforts se terminent par un chaperon

en saillie. ·

La seule différence entre les contreforts des tours et

ceux que nous venons de décrire, est qu'au lieu d'avoir une

représentation de Saturne, ils ont des nuages et des rayons

de lumière se projetant vers le bàs.

Tous ces symboles doivent être sculptés en bas-relief

sur de la pierre dure. Les murs latéraux s'élèvent de deux

mètres. cinquante-cinq au-dessus du cordon ou corniche ' ce qm porte la hauteur des murs à vingt-huit mètres

quatre-vingts ; ils se terminent en créneaux parsemés

d'étoiles.

Le toit est tout à fait plat, car il ne s'élève que de deux ·

mètres quarante, et il doit être recouvert de fer galvanisé

ou de quelque autre métal. Le bâtiment doit recevoir encore

d'autres ornements en plusieurs endroits. La construction

tout entière est conçue pour symboliser une partie de la

grande oeuvre architecturale ci-dessus.

L~s !enêtres du sous-sol sont en retrait de quarante-cinq

centimetres par rapport à la surface du mur extérieur et

mises en valeur par une évasement. Les fenêtres se trouv~

t au~de~sus du sous-sol sont en retrait de quatre-vingtdiX

cen~etres ; elles sont entourées de jambages de pierre

mo~lures et surmontées d'un larmier qui s'arrête à leur

hor~on, sauf pour les fenêtres ovales, dont le larmier se

termm.e sur des. colonnes qui s'élèvent d'un cordon supplémentarre,

au pted de chaque fenêtre, jusqu'au centre du

grand axe.

152 LA MAISON DU SEIGNEUR

Mon principal objectif, dans ce dernier paragraphe, est

de montrer à quiconque se sentirait déconcerté, comment

on peut accéder à ces fenêtres, etc. Toutes les fenêtres des

tours sont moulurées et pourvues de jambages de pierre ;

toutes sont couronnées de larmiers moulurés.

Si vous désirez de plus amples détails, attendez que la

Maison soit terminée, puis venez la voir.

La superficie totale de la Maison est de dix-neuf cent

soixante-huit mètres carrés. »

Lorsque la ligne de chemin de fer de l'Union Pacifie

arriva en Utah, en 1868, cela eut pour conséquence temporaire

de retarder le travail du Temple, car l'affectation

des ouvriers à la grande ligne transcontinentale se faisait

par priorité. Avec le temps, toutefois, le travail de construction

de la voie ferrée apporta une grande aide à

l'entreprise, car, après la ligne principale ce fut le tour des

dérivations et, en 1873, une ligne secondaire arrivait aux

carrières de granit. De la gare de la ville une ligne fut

établie qui remontait South Temple Street et pénétrait

dans le bloc du Temple.

Le travail de construction progressait si lentement qu'il

suscitait un sentiment voisin de l'impatience dans le coeur

des Saints surexcités et on dut les rappeler gentiment

au calme. A d'autres moments, il était nécessaire de les

presser quelque peu. Le travail était réparti entre les

habitants du Territoire (le Territoire d'Utah comportait,

outre l'Etat actuel d'Utah, la quasi-totalité du Nevada,

un coin du Wyoming et une partie du Colorado. N.d.T.),

lequel, pour plus de facilité, fut divisé en districts pour le

temple. Les pieux, les paroisses et les collèges de la

Prêtrise eurent chacun leur rôle à jouer, et on élabora

un système efficace de division du travail et des responsabilités.'

LE GRAND TEMPLE - HISTORIQUE

Le Président Brigham Young mourut en 1877, et à

cette époque les murs de granit du Temple étaient arrivés

à une hauteur d'environ six mètres au-dessus du sol.

Durant l'administration de son successeur, le Président

John Taylor, le travail se poursuivit sans interruption

notable pendant une autre décennie, pour être poussé

ensuite avec plus de vigueur encore sous la direction de

Wilford Woodruff, le président suivant. De même que

dans une course les derniers tours de piste sont généralement

marqués par un redoublement d'énergie déterminé

par le sprint final - suprême effort pour atteindre le but

en triomphateur glorieux, de même que dans un drame

puissant, l'intérêt devient plus intense et l'action plus concentrée

à l'approche du dénouement, de même, dans cette

grande entreprise, le fait que la fin se profilait à l'horizon

décuplait l'énergie du peuple. Quand le cube de granit

fut achevé et que les flèches se dessinèrent en place, un

sentiment d'anxiété quasi fiévreuse était perceptible dans

toute l'Eglise.

POSE DE LA DERNIÈRE PIERRE

Le 6 avril 1892 fut la date fixée pour la mise en place

de la dernière pierre du Temple, et cette annonce fut

accueillie avec joie dans toutes les paroisses et les branches

de l'Eglise, et dans tous les ménages des Saints.

Cette journée marquait la clôture de la Conférence

annuelle et fut sanctifiée par tous les rites des réunions

solennelles. En guise de préliminaire à la cérémonie principale,

une nombreuse assemblée se réunit dans le Tabernacle

à une heure matinale ; au cours de celui-ci les

qifférentes organisation:s de la Prêtrise occupèrent des

emplacements distincts au parterre, tandis que les galeries

154 LA MAISON DU SEIGNEUR

étaient réservées au grand public. A l'issue d'un service

impressionnant, la foule se dirigea en procession vers

l'espace libre situé du côté sud du Temple, où une estrade

provisoire avait été érigée et surmontée du drapeau national.

Une plate-forme adjâcente était destinée au .choeur,

qui comptait plus de deux cents chanteurs. li y avait une

fanfare de premier ordre et on avait prévu tous les éléments

essentiels d'un culte fervent combiné à une joyeuse

festivité.

Il y avait plus de quarante mille personnes rassemblées

dans l'enceinte du bloc du Temple, et d'autres milliers,

incapables de trouver place à l'intérieur, se tenaient dans

les rues ou regardaient des toits et des fenêtres des bâtiments

adjacents. De mémoire d'homme, c'était la plus

vaste assemblée qui se fût jamais tenue en Utah. A midi

débuta le service spécial. La musique tant de la fanfare

que du choeur, les marches, les hymnes, les cantiques

avaient été spécialement composés ·pour cette joyeuse

cérémonie. La prière fut offerte par le Président Joseph

F. Smith, de la Première Présidence, et le grand «Amen»

fut repris par quarante mille voix. Un cantique suivit, puis

le vénérable président de l'Eglise, Wilford Woodruff,

s'avança et annonça que le grand moment, si longtemps

attendu, était arrivé. Voici ses vibrantes paroles :

« Attention, vous tous, la maison d'Israël, et vous

toutes, les nations de la terre ! Nous allons maintenant

poser la pierre faîtière du Temple de notre Dieu, dont

la fondation a été posée et dédiée par le prophète voyant

et révélateur, Brigham Young. »

A ce moment solennel, le président ferma un circuit

électrique, et la demi-sphère de granit qui constituait le

bloc le plus élevé du grand Temple, descendit lentement

en place. Vint ensuite une scène qui n'a pas sa pareille

LE GRAND TEMPLE - HISTORIQUE 155

chez ce peuple, sauf dans des .occasiçns extraordinairement

solennelles, je veux dire le grand cri . sacré de

l'Hosanna. Sous la direction de Lorenzo Snow, président

du Conseil des Douze Apôtres, les quarante mille Saints

s'écrièrent comme un seul homme :

« Hosanna ! Hosanna ! Hosanna ! à Dieu et à l'Agneau !

Amen ! Amen ! Amen ! » ·

Ceci fut répété trois fois, et à chaque fois, on agitait

des mouchoirs blancs.

Du toit de. l'édifice vint la voix de l'architecte responsable,

J. Don Carlos Young, décl;rrant que la pierre faîtière

était dûment posée, et le choeur et l'assemblée éclatèrent

en un chant de triomphe :

« L'Esprit du Dieu Saint brûle comme une flamme

Déjà paraît la gloire des derniers jours

Les dons d'autrefois réjouissent notre âme

Les anges reviennent à notre secours

Chantons à la gloire du Très-Haut dans les cieux

Hosanna ! car l'homme retrouve l'Eden

Honneur et grandeur au Dieu Saint dans

les hauts lieux

Toujours et à jamais, amen et amen; »

L'ancien Francis M. Lyinan du Conseil des Douze

proposa ensuite d'adopter la proposition suivante:

<< Puisque nous croyons que les instructions du Président

Woodruff concernant le prompt achèvement du Temple

de Salt Lake sont pour .nous la parole du Seigneur,

je propose que cette assemblée s'engage, collectivement

et individuellement, à procurer aussi vite qu'il sera nécessaire,

tout l'argent que pourra exiger l'achèvement du

156 LA MAISON DU SEIGNEUR

Temple dans le plus bref délai,. de manière que la dédicace

puisse avoir lieu le. 6 avril 1893. »

· La multitude assemblée manifesta son accord en pous:

sant Un. cri assourdissant et en levant la main. L'hymne

de clôture fut le glorieux « Song of the Redeemed » (Chant

des rachetés) - particulièrement bien approprié à la

circonstance, et la bénédiction fut prononcée par le Président

George Q. Cannon.

La pierre du faîte et le bloc de granit sur lequel elle

repose immédiatement forment une sphère. Dans la moitié

inférieure, une cavité avait été ménagée : on y plaça certains

livres et autres objets, de manière que la pierre

faîtière posée forme un couvercle sûr et massif pour ce

réceptacle de pierre. Cette pierre renferme un exemplaire

de la Sainte Bible, du Livre de Mormon, de Doctrine

et Alliances, de la Voix d'Avertissement, des Lettres de

Spencer, de la Clé de la Théologie, du Compendium, de

la Perle de Grand Prix, et quelques autres livres ; en

outre, des photographies de Joseph et Hyrum Smith,

Brigham Young, John Taylor, Wilford Woodruff, George

Q. Cannon et Joseph F. Smith, une photographie du

Temple tel qu'il apparaissait à l'époque, et, de plus, une

tablette de cuivre gravé exposant les dates principales de

l'histoire de la construction et portant le nom des autorités

générales de l'Eglise telles qu'elles étaient constituées

le jour où fut posée la pierre faîtière, le 6 avril 1892.

Plus tard le même jour, la pierre faîtière fut surmontée

de la grande statue, conçue pour représenter Moroni, le

messager. céleste qui exerça son ministère auprès du jeune

prophète Joseph Smith en 1823. Cette statue, qui mesure

plus de trois mètres soixante, est en cuivre recouvert d'une

forte couche d'or. Elle représente un héraut portant une

trompette à· ses lèvres/

·.;~

LE GRAND TEMPLE - HISTORIQUE 157

ACHÈVEMENT DU BÂTIMENT; SA DÉDICACE

Adopter un projet, soumettre une résolution au vote,

sont choses faciles, à côté desquelles l'exécution de ce

projet, la réalisation de ce qui a été résolu par le vote,

peuvent constituer une tâche gigantesque. C'est là le contraste

qui existait entre la décision de la multitude réunie

le 6 avril 1892 et le travail accompli dans le courant de

l'année qui suivit.

Lorsque la pierre faîtière du Temple fut posée, tout,

à l'intérieur des murs, n'était que chaos et confusion.

Terminer l'intérieur en un an paraissait une impossibilité

matérielle. La tâche dont le peuple s'était chargé était

presque surhumaine. Néanmoins, ils considéraient l'ordre

de terminer le bâtiment dans les délais prescrits comme

étant véritablement la parole que leur avait adressée le

Seigneur, et ils se souvenaient de la déclaration du prophète

antique : « Je sais que le Seigneur ne donne

aucun commandement aux enfants des hommes sans leur

préparer la voie pour qu'ils puissent accomplir ce qu'il

leur commande.» (Livre de Mormon, 1 Néphi 3:7.) Les

Saints estimaient que leur vote équivalait à apposer leur

signature individuelle sur un billet à ordre. Quant à la

façon dont ils :s'acquittèrent de leur obligation et tinrent

leur promesse, laissons parler les réalisations de l'année.

Le ·peuple s'était. engagé « collectivement et individuellement,

à procurer aussi vite qu'il serait nécessaire, tout

l'argent que pourrait exiger l'achèvement du Temple dans

le plus bref délai, de manière que la dédicace pût avoir

lieu le 6 avril 1893 ». L'engagement fut pleinement tenu.

A la date du 21 avril 1892, la Première Présidence publia

une lettre circulaire adressée aux Saints des Derniers Jours

en Sion et dans le monde entier, ordonnant au peuple

158 LA MAISON DU SEIGNEUR

de se rassembler dans les lieux de culte le dimanche

1er mai, et de consacrer cette journée à un jeûne soler;m.el

et à la ·prière. A cet appel, le peuple répondit fidèlement.

·Mêlées aux actions de grâces pour les multiples bénédictions

du passé, montèrent de ferventes prières, demandant

que le travail d'achèvement de la Maison du Seigneur

fût mené à bien dans les délais prescrits.• ·

Pour cette phase terminale du travail du Temple, il était

de la plus haute importance de pouvoir s'en remettre à

un homme compétent, responsable, investi du pouvoir

exécutif dans les différents départements de l'oeuvre. La

Première Présidence et le Conseil des Douze, tout en

gardant en main le pouvoir directeur, avaient besoin

d'un agent exécutif digne de confiance qui sût agir avec

promptitude, décision et autorité dans toutes les questions

qui pourraient se présenter. Le choix des autorités

présidentes tomba sur John R. Winder, qui était à cette

époque Second Conseiller de l'Episcopat Président, et qui

devint plus tard Premier Conseiller de la Première Présidence

de l'Eglise. A l'époque où il fut désigné pour ce

poste important de Surintendant Général du Travail du

Temple, le 16 avril 1892, le président Winder se trouvait

dans sa soixante-douzième année, et pourtant il possédait

l'énergie et l'activité d'un jeune homme, combinées à la

sagesse et au jugement que seul l'âge peut apporter. Sous

sa direction efficace, le travail à l'intérieur du Temple

progressa à une cadence qui surprit même les ouvriers.

Des travailleurs de toutes catégories furent appelés, décorateurs,

artisans de tout genre. Le peuple croyait véritablement

qu'une puissance supérieure à l'homme était à

l'oeuvre pour les aider dans, cette grandiose entreprise.

Des matériaux, dont une grande partie avait été spéciale-

LE GRAND TEMPLE - HISTORIQUE' 159

ment manufaçturée, arrivèrent de l'orient et de l'occident

sans guère subir de ces retards habituels . au transit.

Le chauffage et l'éclairage furent installés, et cette installation

nécessita la construction d'une chaufferie avec tous

ses accessoires. En outre, l'Annexe devait être construite.

Ici, il convient d'expliquer que chacun des Temples d'Utah

est relié à un bâtiment séparé, dénommé l'Annexe - une

sorte d'avant-corps - où se tenaient les services préliminaires

et où l'on enregistre le travail des ordonnances

à exécuter par les parties présentes, avant qu'elles ne

soient autorisées à pénétrer dans le Temple le jour du

service. L'Annexe du Temple de Salt Lake City se trouve

à environ trente mètres au nord du bâtiment principal.

Jusqu'à un mois avant la date fixée pour la dédicace,

il restait encore tant à faire que l'on avait le sentiment

que pour 'une fois du moins, le peuple s'était trompé en

croyant que le Seigneur avait parlé, et que, terminer le

travail dans les délais impartis était une impossibilité matérielle.

Le 18 mars 1893, la Première Présidence publia la

lettre suivante :

«Aux Officiers et aux Membres de l'Eglise de JésusChrist

des Saints des Derniers Jours » :

La proximité de la date fixée pour la dédicace du

Temple de notre Dieu nous pousse à exprimer avec une

grande franchise les sentiments que nous portons à nos

frères, les officiers de l'Eglise qui détiennent avec nous

la Prêtrise du Fils de Dieu, et à tous les Saints des

Derniers Jours en général, afin qu'au moment de pénétrer

dans ce bâtiment sacré, nous puissions tous être jugés

acceptables, nous et nos familles, et pour que le bâtiment

que nous dédierons puisse aussi être acceptable aux yeux

du Seigneur.

160 LA MAISON DU SEIGNEUR

Les Saints des Derniers Jours ont usé libéralement de

leurs moyens pour ériger d'autres Temples dans ces vallées

et notre Père nous a bénis dans nos efforts. Aujourd'hui

nous jouissons du grand bonheur de posséder trois de ces

bâtiments sacrés terminés, dédiés et acceptés par le Seigneur,

et les Saints peuvent y pénétrer et satisfaire aux

ordonnances qu'Il a révélées dans Sa bonté et Sa générosité

infinies. Mais voici quarante ans que les espoirs, les désirs

anticipés de toute l'Eglise se concentrent sur l'achèvement

de cet édifice dans la principale cité de Sion. Les fondements

en ont été posés dans les premiers jours de notre

installation dans ces montagnes, et depuis. cette époque

jusqu'à présent, les yeux des membres de l'Eglise dans

tous les pays sont dirigés avec amour vers lui. Le considérant

comme le Temple des temples, le peuple, durant

toutes ces années, n'a cessé de travailler, au prix d'efforts

incessants, avec une patience inlassable et en y consacrant

de bonne grâce tous les moyens nécessaires pour l'amener

à son présént état d'achèvement; et maintenant que les

labeurs et les sacrifices de quarante années se voient si

heureusement couronnés de succès, maintenant que ce

grandiose édifice est enfin terminé et prêt à être utilisé

pour ses fins divines, est-il besoin de dire que nous approchons

d'un événement dont la célébration revêt pour notre

peuple la plus haute signification ? Grande en sera la

portée, cela est certain, qu'ajouterions-nous encore pour

en faire comprendre à l'Eglise entière la formidable

importance ?

Sur ce point, rien assurément ; cependant nous pouvons

dire quelques mots d'une phase qui y touche directement.

Aucun membre de l'Eglise qui voudrait être jugé

digne de pénétrer dans cette sainte maison ne peut être

considéré comme ignorant les principes de l'Evangile.

LE GRAND TEMPLE - HISTORIQUE 161