À la manière du Seigneur



Dallin H. Oaks



Titre de l'édition d'origine : The Lord's Way

©1991 Dallin H. Oaks

Édition papier en vente aux Éditions Françaises LDS  







Préface
Introduction : Les voies de Dieu et les voies de l’homme
Chapitre 1 : L'apprentissage
Chapitre 2 : La raison et la révélation
Chapitre 3 : Les signes et la science
Chapitre 4 : Prendre soin des pauvres
Chapitre 5 : La querelle
Chapitre 6 : Les procès
Chapitre 7 : La critique
Chapitre 8 : L'action disciplinaire de l'Église







PRÉFACE

Certains croient que la fin justifie les moyens. Si le résultat semble bon, les moyens par lesquels il a été obtenu ne leur importent guère. Cette mentalité est la répétition d'un modèle ancien qui apparaît dans le tout premier conflit décrit dans les Écritures.

Il vint un temps où les enfants d'esprit de Dieu le Père eurent besoin de faire l'expérience de la condition mortelle pour progresser vers leur destinée ultime. Dieu fournit un plan. À l’opposé, Lucifer (Satan) fit une proposition radicalement différente. La différence entre le plan de Dieu et la proposition de Satan perdure dans les nombreuses alternatives que nous rencontrons dans la condition mortelle.

Le but du plan du Père était de « réaliser l'immortalité et la vie éternelle » (quelquefois appelée le salut) de tous ses enfants d'esprit (Moïse 1:39). Il créerait un monde dans lequel ses enfants deviendraient mortels et exerceraient le libre arbitre (le pouvoir de choisir) qu'il leur avait donné (Moïse 4:3). Ils seraient mis à l'épreuve pour voir s'ils feraient tout ce que le Seigneur, leur Dieu, leur commanderait (voir Abraham 3:25).

Les choix des enfants de Dieu dans l'exercice de leur libre arbitre seraient faits en dépit de l'opposition (2 Néphi 2:16 ; D&A 29:39). Certains feraient de mauvais choix et seraient entachés par le péché. L'éventualité de les perdre en raison de leurs mauvais choix serait le prix de la progression.

Le plan de Dieu était coûteux et lent, mais il offrait vraiment la possibilité à ses enfants d'esprit d'accomplir ce qu'il désirait pour eux - l'immortalité et la vie éternelle. Pour assurer l'immortalité et offrir la possibilité de se qualifier pour la vie éternelle, le plan de Dieu comportait un Sauveur qui nous rachèterait tous de la mort et qui paierait le prix nécessaire pour que tous soient purifiés du péché selon les conditions qu'il prescrirait (voir 2 Néphi 9:19-24).

Dans l'alternative qu'il proposait, Lucifer prétendait atteindre le même résultat, mais avec des moyens différents (Lucifer prétendait atteindre le même résultat. Contrairement à Jésus-Christ [le Fils Bien-aimé prémortel, qui cherchait à accomplir l'oeuvre pour la gloire de Dieu], Lucifer cherchait à s'approprier le pouvoir du Père pour sa propre gloire [Moise 4:1-3 ; D&A 29:36]). En éliminant la possibilité du péché, il sauverait tous les enfants d'esprit de Dieu. C'est en leur ôtant la possibilité de choisir qu'il s'assurerait de ce résultat (voir Moïse 4:3).

La proposition de Lucifer ne pouvait pas être acceptée car les moyens proposés pour atteindre son but étaient répugnants. Les fins sont inexorablement façonnées par les moyens. Pour les enfants de Dieu, la vie éternelle ne pourrait être obtenue que par les méthodes que Dieu approuverait. Comme il l'a dit dans un autre cas : « Il faut que cela se fasse à ma façon » (D&A 104:16).

La méthode de Lucifer ne permettrait pas d'atteindre l'objectif de Dieu. Elle le corromprait. Sauver tout le monde au prix du libre arbitre de chacun empêcherait la progression des enfants de Dieu vers la vie éternelle – que depuis la création du monde ils étaient supposés recevoir – ainsi que leur voyage dans la condition mortelle. L'adversaire, Satan, est encore actif. À l'image du conflit dans le monde prémortel, son action prétend souvent rechercher une fin honorable, mais il utilise un moyen autre pour l'atteindre. Et la plupart du temps, comme dans le monde prémortel, la méthode de Satan corromprait l'objectif plutôt qu'elle ne permettrait de l'atteindre A moins que nous ne soyons vigilants, nous sommes facilement trompés par ceux qui mettent en avant un but honorable et prétendent le poursuivre, mais qui restent vagues quant aux moyens de l'atteindre. Quand il s'agit de l'oeuvre du Seigneur et de la réalisation de ses objectifs, le fait d'obtenir un bon résultat n'est pas suffisant - il doit être obtenu de la bonne manière.

Cet ouvrage présente quelques exemples où la manière du Seigneur, telle qu'elle est révélée dans les Écritures et dans les enseignements des prophètes modernes, diffère de la manière du monde, du moins telle que cette dernière est vécue dans les nations occidentales que je connais. Cet ouvrage est centré sur les moyens – les procédures ou les méthodes – spécifiés par le Seigneur pour que nous parvenions à la destination qu'il a indiquée à ses enfants. Quelques-uns des concepts présentés dans les chapitres 1 et 2 ont été brièvement exposés dans la deuxième moitié de mon discours de la conférence générale publiée dans l'édition de juillet 1989 du magazine de l’Église L’Étoile. La partie du chapitre 1 décrivant les formes et les fonctions de la révélation a été publiée précédemment dans l’édition de décembre 1983 de L’Étoile. Le chapitre 7, « La critique », est une version plus complète d'un discours publié dans l'édition de février 1987 du magazine de l’Église Ensign. Je suis reconnaissant aux éditeurs de m'avoir permis d'utiliser ces documents et de citer les auteurs des diverses publications présentées en fin de chapitre. Je suis également reconnaissant pour l'autorisation officielle ou tacite des auteurs des diverses lettres citées. J'ai choisi d'omettre leur nom, la plupart du temps pour protéger leur vie privée.

Je suis reconnaissant envers mes amis qui ont relu les différents chapitres de ce livre et qui ont émis des suggestions judicieuses. Je remercie particulièrement ma secrétaire, Virginia Archer, qui a tapé avec précision et bonne humeur les brouillons sans fin de ces chapitres. Enfin et surtout, j'exprime mon appréciation à mon épouse pour l'éternité, June, pour son soutien et sa patience pendant le long processus de création de ce livre. Bien que j'apprécie toute l'aide précieuse que j'ai reçue, je dois, bien entendu, assumer la responsabilité de tout ce que j'ai écrit. Ce livre est l'expression de mon point de vue et n'est pas une déclaration officielle des doctrines ou des procédures de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours.


INTRODUCTION : LES VOIES DE DIEU ET LES VOIES DE L’HOMME

Il y a quelques années, un ancien président de mission me fit un aveu instructif. Il était éducateur de profession. Quand il quitta son poste et prit en charge ses devoirs de président de mission, il amena une grande quantité de documents professionnels sur la formation et sur l'art de diriger. Il avait l'intention de les utiliser pour aider ses missionnaires. Lors de la première réunion des dirigeants de la mission, il demanda à plusieurs dirigeants de zone de présenter quelques-uns de ces outils aux missionnaires présents.

Alors que la réunion suivait son cours, le président de mission sentit que quelque chose d'important manquait. Il réalisa, me dit-il plus tard, qu'il essayait de former les dirigeants de sa mission en suivant un modèle professionnel au lieu de le faire à la manière du Seigneur. Il interrompit un missionnaire au milieu de sa présentation, s'excusa auprès de lui et auprès du groupe pour leur avoir donné des tâches inappropriées, et demanda à un missionnaire de rendre son témoignage. Alors qu'ils poursuivaient dans cette nouvelle voie, ils ressentirent fortement l'Esprit du Seigneur. Les témoignages et les résolutions étaient fortifiés, et la formation nécessaire dans l'art de diriger était donnée. Le président de mission avait appris l'importance d'accomplir l'oeuvre du Seigneur à la manière du Seigneur. Chacun d'entre nous devrait apprendre cette leçon.

Les Écritures déclarent et démontrent que les pensées de Dieu ne sont pas les pensées de l’homme et que les voies de Dieu ne sont pas les voies de l’homme. Le Seigneur enseigna ce principe par l'intermédiaire du prophète Ésaïe : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit l'Éternel. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées. » (Ésaïe 55:8-9)

Par l'intermédiaire du roi-prophète Benjamin, le Seigneur a commandé à son peuple de croire en Dieu et de croire « qu'il est souverainement sage... que l'homme ne comprend pas toutes les choses que le Seigneur peut comprendre » (Mosiah 4:9). De même, l'apôtre Paul s'exclama : « Ô la profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont insondables, et ses voies incompréhensibles ! » (Romains 11:33 ; voir aussi D&A 76:2)

Joseph Smith, le prophète, nous a rappelé que « Dieu habite dans l'éternité, et ne voit pas les choses comme nous les voyons » (Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 288). Cette idée nous aide à comprendre pourquoi le Seigneur fait référence à sa grande oeuvre des derniers jours en ces termes « [faire] mon oeuvre, mon oeuvre étrange et [exécuter] mon oeuvre, mon oeuvre étrange » (D&A 101:95). Cela nous aide aussi à comprendre ce que le Seigneur a dit à propos de la construction de Sion : « Sion ne peut être édifiée que sur les principes de la loi du royaume céleste ; autrement je ne puis la recevoir en moi. » (D&A 105:5)

En précisant comment les saints devaient prendre soin des pauvres, le Seigneur a averti : « Mais il faut que cela se fasse à ma façon » (D&A 104:16). Une autre révélation nous assure que les promesses de Dieu s'accompliront mais « ce sera au moment qu'il a choisi, à sa façon, et selon sa volonté » (D&A 88:68).

Le Seigneur a appliqué ce principe dans une instruction donnée au prophète après la perte des 116 pages manuscrites traduites à partir du Livre de Mormon: « On ne peut faire échouer les oeuvres, les desseins, et les intentions de Dieu, ni les réduire à néant... souviens-toi, souviens-toi que ce n'est pas l'oeuvre de Dieu qui échoue, mais celle des hommes. » (D&A 3:1, 3)

Ces principes sont éternels et prescrivent la manière dont l'oeuvre de Dieu doit s'accomplir.

Ceux qui croient en Dieu ne devraient pas avoir de difficultés à accepter ces concepts – que ses pensées sont plus élevées que nos pensées, qu'il comprend les choses que nous ne comprenons pas, que ses voies sont plus élevées que nos voies, et que son oeuvre se fera « au moment qu'il a choisi et à sa façon ». Mais, dans la pratique, ces concepts deviennent des concessions apparemment difficiles à faire pour certains et des principes difficiles à appliquer pour d'autres.

Beaucoup ont une vue très limitée des pouvoirs et de la position de Dieu. Comme le frère de Jared l'a observé, le grand pouvoir même de Dieu « paraît petit à l'entendement des hommes » (Éther 3:5). En vérité, beaucoup de personnes – et même quelques membres de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours – ont une vue si réduite qu'elles prétendent juger ce qui se rapporte à Dieu par leur propre raisonnement. Comme Neal A. Maxwell l'a observé : « Oui, nous pouvons reconnaître son plan en général mais critiquer son style, parce qu'il fait les choses à sa manière... Nous préférerions que les choses se fassent à notre manière, même si nos voies sont beaucoup moins élevées que les siennes. » (Neal A. Maxwell, A Wonderful Flood of Light, Salt Lake City, Bookcraft, 1990, p. 67)

Un jour, j'aidais ma femme à laver la vaisselle (elle dirait une des rares fois) ; elle avait fait du pain aux noix ; quand nous en sommes arrivés aux casseroles, elle a dit : « N'essaie pas de laver ces casseroles avant de les faire tremper. Les restes sont collés ». Beaucoup de nos idées erronées sur ce qui se rapporte à Dieu et sur les procédures que nous devrions suivre pour atteindre ses objectifs sont « collées » par la chaleur et la pression des traditions du monde et par les usages professionnels. Ces idées ne céderont pas tant qu'elles n'auront pas été immergées dans l'eau vive des principes de l'Évangile.

Certaines personnes supposent que Dieu est sujet aux limites humaines. Une telle supposition limite leur compréhension. Les hommes peuvent modifier leur horloge ou leur calendrier, mais ils ne peuvent pas altérer les mouvements du système solaire. Ils peuvent changer le langage par lequel ils décrivent Dieu ou s'adressent à lui, mais ils n'ont pas le pouvoir d'altérer la nature ou les objectifs de Dieu. Ils peuvent essayer d'imposer leur propre calendrier aux actions divines, mais ce sera en vain. Comme cela fut expliqué à Abraham, le Seigneur Dieu d'Israël a sa propre méthode d'estimation du temps (Abraham 3:4, 9 ; 5:13 ; voir aussi Alma 40:8). Les promesses de Dieu et ses paroles « sont certaines et ne périront pas » (D&A 64:31), mais toutes choses doivent venir en leur temps (D&A 24:16 ; 64:32).

Certains s'attendent à ce que les pratiques et les procédures de l'Église se conforment aux usages et aux procédures de leur profession (voir Boyd K. Packer, The Mantel is Far, Far Greater Than the Intellect, dans Let Not Your Heart Be Troubled, Salt Lake City, Bookcraft, 1991, p. 101-122). D'autres s'attendent à ce que les pratiques de l'Église suivent les coutumes du monde. D'autres cherchent même à rapprocher l'Église et le monde en assimilant les doctrines et les pratiques de l'Église aux croyances et aux pratiques du monde.

Les premiers membres de l'Église rétablie reçurent des instructions à ce sujet. Après que les émeutes avaient chassé les saints de leurs maisons dans le comté de Jackson, le Seigneur révéla qu'il avait permis que ces afflictions tombent sur son peuple « à cause de leurs transgressions » (D&A 101:2). Il leur dit, par l'intermédiaire de Joseph Smith, le prophète, qu'à cause de ces transgressions ils devaient être châtiés, ajoutant, « Celui qui s'exalte sera abaissé, celui qui s'abaisse sera exalté » (D&A 101:42).

Ensuite le Seigneur leur donna une parabole pour les aider à comprendre sa volonté « concernant la rédemption de Sion. » Il leur parla d'un noble qui donna à ses serviteurs certains commandements puis qui les laissa en charge d'une vigne. Pendant un temps, ils suivirent ses instructions, mais ensuite ils commencèrent à mettre en cause les commandements du Seigneur, et finalement ils leur substituèrent leur propre jugement à propos de ce qui serait le mieux pour le Seigneur et sa vigne. En conséquence, un ennemi fit irruption et dévasta la vigne. Après cela, le Seigneur de la vigne appela ses serviteurs et dit : « Eh bien ! Quelle est la cause de ce grand mal ? N'auriez-vous pas dû faire ce que je vous avais commandé de faire ? » Le noble enseigna ensuite à ses serviteurs comment, en suivant ses commandements, ils auraient pu éviter la destruction de la vigne. Il conclut par un nouveau commandement : « Va directement faire tout ce que je t'ai commandé » (D&A 101:43-60).

Après avoir donné cette parabole, le Seigneur dit : « De plus, en vérité, je vous le dis, je vous montrerai ma sagesse concernant toutes les églises [branches], si elles sont disposées à se laisser guider d'une manière correcte et convenable pour leur salut. Afin que l'oeuvre du rassemblement de mes saints continue, que je leur édifie en mon nom des lieux saints, car le moment de la moisson est venu et ma parole doit s'accomplir » (D&A 101:63-64). En bref, les serviteurs du Seigneur doivent s’occuper des affaires du Seigneur à la manière du Seigneur, sinon leurs efforts seront réduits à néant.

De même qu'il existe une différence entre la manière d'agir des hommes et la manière d'agir du Seigneur, les êtres humains doivent procéder à des changements significatifs dans leur manière d'agir quand ils passent des occupations terrestres à leurs responsabilités dans l'Église. J'ai vécu cela quand j'ai été appelé à servir à plein temps dans l'Église.

L'appel vint alors que j'étais juge à la cour suprême d'Utah. En tant que fonctionnaire chargé de responsabilités publiques permanentes, je ne pouvais pas quitter mes responsabilités judiciaires immédiatement après avoir été appelé. Sensible à cela, la Première Présidence dit que je pourrais prendre le temps de régler mes responsabilités publiques avant de commencer à remplir mes devoirs d'apôtre. Il me fallut environ trois semaines pour traiter les dossiers qui m'avaient été confiés et pour participer aux décisions sur d'autres cas en attente. Pendant ce temps, avant que je ne prétende à des responsabilités dans l'Église, j'avais amplement le temps de faire la différence entre mon travail qui se terminait et le travail que je ferais le restant de ma vie.

Mes trois années à la faculté de droit incluses, j'avais été membre du corps judiciaire pendant trente ans. Pendant ce temps, j'avais travaillé dans presque tous les domaines de la profession: en tant que libéral, en tant qu'avocat du gouvernement, en tant que professeur, en tant qu'administrateur, et en tant que juge. J'avais une expérience étendue dans l'apprentissage, les systèmes de pensée et les procédures de ma profession. Tout au long de mon parcours, j'avais aussi travaillé à la direction générale de grandes sociétés (à but lucratif ou non) et, pendant cinq ans, j'avais travaillé en qualité de président du conseil d'administration du Public Broadcasting Service. En conséquence, je m'étais familiarisé avec les fonctions nécessaires dans les grandes organisations : finances, gestion de propriétés, personnel, planification, communication, etc.

De par mes nombreux contacts avec les Autorités générales de l'Église pendant les neuf ans où j'ai travaillé en qualité de président de l'université Brigham Young, je savais que les membres du Collège des douze apôtres avaient pour mission d'aider à l'administration de l'Église en accomplissant de nombreuses tâches avec lesquelles je m'étais déjà familiarisé - le genre de fonctions que remplissent les dirigeants de grandes sociétés. Et je savais qu'il me serait peut-être demandé de remplir des tâches de nature juridique. Mais je savais aussi que ces tâches étaient seulement occasionnelles dans le ministère d'apôtre. Les responsabilités uniques et vitales de ce ministère – être un témoin spécial du Seigneur Jésus-Christ, détenir et exercer l'autorité de la prêtrise sacrée, et être dirigeant dans les activités ecclésiastiques de l'Église – étaient des domaines dans lesquels je n'avais pas d'expérience particulière, ni de qualification.

Pendant cette période d'introspection, considérant la manière dont je passerais le reste de ma vie, je me suis demandé quel genre d'apôtre je serais. Serais-je un avocat qui avait été appelé à être apôtre, ou serais-je un apôtre qui avait été avocat ? Je conclus que la réponse à cette question dépendait du choix suivant : essayer d'adapter mon ministère à mes qualifications personnelles et à mon expérience, ou entreprendre le processus pénible d'essayer de m'adapter à mon ministère.

Est-ce que j'essaierais d'accomplir mes tâches à la manière du monde, ou est-ce que je tenterais d'identifier et d'adopter les voies du Seigneur ?

Je décidai que j'essaierais de changer pour m'adapter à mon ministère et d'être à la hauteur des qualifications et de la stature spirituelle d'un apôtre, ce qui est le défi du reste de ma vie.

Ce principe s'applique à nous tous. Partout dans l'Église, des hommes et des femmes merveilleux luttent pour s'adapter aux dimensions de l'appel à servir qu'ils ont reçu dans l’Église, effectuant les changements nécessaires pour être à la hauteur des responsabilités qui sont les leurs dans le royaume de notre Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ.

À l’opposé, nous connaissons tous des exemples de personnes qui n'ont pas voulu s'adapter à leur nouvel appel à servir dans l’Église mais qui ont persisté à essayer de le rendre conforme à leur expérience, à leurs préférences, ou à leur confort. Nous avons vu des instructeurs dans les classes de l'Église qui n'ont pas enseigné les sujets désignés, mais qui y ont substitué ce à quoi ils étaient le plus familiarisés dans leur profession ou leurs lectures récentes. Nous avons observé des officiers dans diverses organisations de l'Église qui ont persisté à agir dans leurs responsabilités en appliquant les procédures de leur profession. Nous avons vu des orateurs ou d'autres membres ayant des tâches dans l'Église qui ont utilisé leur poste pour servir leur intérêt personnel (comme se faire valoir) plutôt que d'agir en serviteurs du bon Berger, qui nous a appelés à nourrir le troupeau de Dieu.

« Je ne changerai pas. Vous devrez vous adapter à moi » : il s'agit là d'une idéologie qui s'impose partout. C'est une manière de faire qui est familière du monde. Elle ne résiste pas seulement au changement, elle résiste à l'apprentissage, à la réforme et au repentir. Elle représente « l'auto-indulgence », voire l'adoration de soi. Elle démontre de l'indifférence envers les autres et peut mener à l'oppression. En effet, elle est à l'opposé des qualités que sont l'humilité, la soumission, la patience, la tempérance, la longanimité, la bonté fraternelle, la foi, l'espérance, la charité et l'amour qui nous qualifient pour l'oeuvre du Seigneur (voir Alma 7:23-24 ; D&A 4:5-6).

Le président Ezra Taft Benson a donné une autre explication puissante de la différence entre la manière du Seigneur et la manière du monde : « Le monde travaille de l'extérieur vers l'intérieur. Le monde voudrait sortir les gens des taudis. Le Christ fait sortir ce qu'il y a de sordide chez les gens, et ensuite ils se sortent eux-mêmes des taudis. Le monde façonne les gens en changeant ce qui les entoure. L'Évangile change les hommes, qui à leur tour changent ce qui les entoure. Le monde veut modifier le comportement humain, mais le Christ peut changer la nature humaine. » (Ezra Taft Benson, A Witness and a Warning, Salt Lake City, Deseret Book, 1988, p 64 ; voir aussi L’Étoile, 1986, n° 2, p. 4)

Jésus enseigna à ses disciples que leurs voies devaient être différentes de celles du monde. « Vous êtes le sel de la terre... » leur dit-il, « Vous êtes la lumière du monde... » (Matthieu 5:13, 14). Sans cesse il enseigna à ses disciples qu'ils devaient être différents.

Dans un État vassal tenu en esclavage par le pouvoir militaire de l'empire romain, le Seigneur enseigna que les débonnaires hériteraient la terre (voir Matthieu 5:5).

À un peuple qui était habitué à voir les « princes des Gentils exercer de la domination sur eux, et ceux qui sont grands exercer de l'autorité sur eux », Jésus enseigna : « Il n'en sera pas de même au milieu de vous. Mais quiconque veut être grand parmi vous, qu'il soit votre serviteur ; et quiconque veut être le premier parmi vous, qu'il soit votre esclave. C'est ainsi que le Fils de l'homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie comme la rançon de plusieurs. » (Matthieu 20:26-28)

Afin que ce concept soit bien compris, le Christ leur rappela à une autre occasion que « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. » (Matthieu 23:11 ; Marc 10:42-45 ; Luc 22:25-26)

Dans les derniers jours de son ministère, il dit à ses apôtres : « Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n'êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela le monde vous hait » (Jean 15:19). Et encore « Je leur ai donné ta parole ; et le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. » (Jean 17:14)

Aux disciples qui rechercheraient les louanges du peuple, Jésus déclara : « Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous, car c'est ainsi qu'agissaient leurs pères à l'égard des faux prophètes » (Luc 6:26).

Moins d'un an après que six membres ont organisé l'Église de Jésus-Christ, le Seigneur déclara par l'intermédiaire de son prophète : « C'est pourquoi je fais appel aux choses faibles du monde, à ceux qui ne sont pas instruits et qui sont méprisés, pour qu'ils châtient les nations par le pouvoir de mon Esprit. » (D&A 35:13)

Quelle différence avec la manière du monde qui consiste à procéder par pouvoir, prééminence, professionnalisme et prestige !

Il y a de nombreuses différences entre la manière d'agir du monde et les instructions que le Seigneur a données à l'Église rétablie et à ses membres.

La plupart des saints des derniers jours vivent dans des pays où ceux qui gouvernent sont élus démocratiquement et qui agissent grâce à des coalitions politiques et à des compromis. À l’opposé, le Seigneur a commandé à son Église de rester « indépendante par-dessus toutes les autres créations en dessous du monde céleste. » (D&A 78:14)

Quand il commanda aux saints des derniers jours de construire un temple, le Seigneur déclara qu'il ne devait pas être construit « à la manière du monde, car je ne vous donne pas de vivre à la manière du monde. » (D&A 95:13)

Juste quelques générations après que la souveraineté populaire et la règle de la majorité avaient été établies dans une constitution de gouvernement civil divinement inspirée (la constitution des États-Unis), le Seigneur décréta que les décisions des collèges gouvernants de son Église devaient être prises en droiture et à l'unanimité (voir D&A 107:27-30). Le gouvernement de l'Église est théocratique, pas démocratique. Comme James E. Faust l'a expliqué : « Cette condition d'unanimité... assure que Dieu dirige par l'Esprit, et non pas l'homme par la majorité ou le compromis. » (L’Étoile, janvier 1990, p. 9)

Aux saints des derniers jours préoccupés par les biens matériels, le Seigneur a dit : « Qu'ils se repentent... de tous leurs désirs cupides devant moi, dit le Seigneur, car que sont les biens pour moi ? » (D&A 117:4)

À un Joseph Smith souffrant, retenu dans une prison répugnante par le pouvoir sauvage de ses ennemis, le Seigneur donna ces conseils apparemment incongrus sur l'exercice du pouvoir : « Aucun pouvoir, aucune influence ne peuvent ou ne devraient être exercés en vertu de la prêtrise autrement que par la persuasion, la longanimité, la gentillesse, l'humilité et l'amour sincère ; par la bonté et la connaissance pure qui élèveront considérablement l'âme sans hypocrisie et sans fausseté. » (D&A 121:41-42)

Plus tard, le Seigneur réaffirma que son pouvoir doit être obtenu et exercé d'une manière différente du pouvoir terrestre : « Et si quelqu'un cherche à s'agrandir et ne recherche pas mon bon conseil, il n'aura aucun pouvoir, et sa folie sera manifestée. » (D&A 136:19)

De dispensation en dispensation, le Seigneur a choisi ses propres porte-parole et a établi ses propres méthodes pour accomplir son oeuvre. Un commentateur des Écritures a dit : « Le Seigneur préfère les prophètes aux érudits, la docilité à la richesse, et la simplicité à la magnificence et à la splendeur du monde. Le Christ est né dans une étable, pas dans un palais romain ; ses apôtres, à l'exception de Judas, étaient des pêcheurs peu instruits de la Galilée, leurs lieux de dévotion les collines et les plaines de Palestine. » (Joseph Fielding McConkie et Robert L. Millett, Doctrinal Commentary on the Book of Mormon vol. 1, Salt Lake City, 1987, p. 208)

L'apôtre Jacques a conclu : « Ne savez-vous pas que l'amour du monde est l'inimitié contre Dieu ? Celui donc qui veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. » (Jacques 4:4)

Les idées opposées sur le pouvoir illustrent les différences entre ce qui relève de l'humain et ce qui relève du divin. L'homme a tendance à penser au pouvoir en terme de ce qui peut affecter les choses terrestres, comme transférer les titres d'un terrain, abattre des arbres ou tracer des pistes dans la nature. Le pouvoir de Dieu peut faire tout cela, mais il contrôle aussi les choses souvent invisibles mais toujours durables de l'éternité. Rudyard Kipling a saisi la différence entre la nature temporaire du pouvoir de l'homme et la nature pérenne du pouvoir de Dieu dans ces mots prophétiques, adressés à l'empire britannique :

Appelée au loin, notre marine s'est désintégrée ;
Sur la dune et le cap se meurt le feu.
Voyez, toute notre splendeur d'hier
Ne fait plus qu'une avec Ninive et Tyr !
Juge des nations, épargne nous malgré tout,
De peur que nous n'oubliions, de peur que nous n'oubliions.

(Rudyard Kypling, God of Our Fathers, Known of Old, Hymns of the Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, Salt Lake City, The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, 1985, n° 80, 3ème couplet)

Les chapitres de ce livre illustrent la volonté du Seigneur que son travail soit fait à sa manière. Ils opposent les voies ou les méthodes du Seigneur et de son Église aux voies ou aux méthodes du monde.

Les chapitres 1 et 2 traitent de l'apprentissage par l'étude (la raison) et par la foi (la révélation) qui toutes deux, sont nécessaires. La raison venant en premier, elle peut servir de critère de contrôle de l'authenticité. La révélation authentique a le dernier mot à propos de ce qui se rapporte à Dieu, car « nul ne connaît [les] voies [de Dieu] si cela ne lui est révélé » (Jacob 4:8). La révélation revêt plusieurs formes et remplit de nombreuses fonctions. Les principes de l'apprentissage par la révélation sont la foi, l'humilité, la recherche par la prière, l'obéissance aux commandements, le repentir, les bonnes oeuvres et l'étude des Écritures.

Le chapitre 3 oppose les preuves scientifiques aux signes que le Seigneur nous a demandé de ne pas rechercher. Bien que les signes et les miracles ne doivent pas être utilisés pour convertir un incroyant, ils sont appropriés pour fortifier un converti. « Les signes suivent ceux qui croient. » (D&A 63:9)

Le Seigneur a commandé que nous prenions soin des pauvres et des nécessiteux à sa manière (voir D&A 104:16). Le chapitre 4 explique les voies du Seigneur en matière d'entraide et décrit comment ces principes ont été appliqués dans l'Église depuis son rétablissement.

Le chapitre 5 présente les avertissements du Seigneur à propos des querelles. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui a l'esprit de querelle n'est pas de moi, mais il est du diable qui est le père des querelles. » (3 Néphi 11:29) Les hommes sont souvent procéduriers. Les saints des derniers jours devraient éviter la querelle parce qu'elle les éloigne du Seigneur et de son Esprit. Les voies du Seigneur sont l'harmonie et l'unité.

Dans le chapitre 6 sont présentés les principes directeurs de la participation légitime d'un disciple de Jésus-Christ à un litige. Ces principes mettent l'accent sur les responsabilités plutôt que sur les droits. Ils incluent le fait de pardonner, de régler les différends, d'éviter la vengeance et de tenir compte des effets du litige envisagé sur ceux qui pourraient en être affectés.

Le chapitre 7 passe en revue les enseignements de l'Évangile contre la critique. En opposition à l'esprit de chicane couramment répandu dans la vie moderne, le Seigneur a commandé aux fidèles de toutes les époques de s'abstenir de rechercher les défauts et de médire. Ce commandement inclut la critique des dirigeants de l'Église, mais cela ne signifie pas que les saints des derniers jours n'ont pas la possibilité de présenter leur différence de point de vue aux dirigeants de l'Église ; cinq façons correctes de le faire sont décrites.

Le chapitre 8 explique l'action disciplinaire de l'Église, en opposant les différents principes et les procédures qui la régissent aux poursuites et aux procédures judiciaires avec lesquelles on la confond parfois. L'action disciplinaire de l'Église est fondée sur les doctrines et les principes de l'Évangile, y compris le repentir qui est nécessaire pour se qualifier afin d'obtenir la miséricorde rendue possible par l'expiation. L'action disciplinaire de l'Église aide au repentir et aux changements dans la vie qui sont essentiels au salut.

La différence entre les voies du Seigneur et celles du monde qui apparaît dans un épisode rapporté dans l'évangile de Jean est symbolique de toutes les autres. Alors qu'il traversait la Samarie, Jésus se reposait au puits de Jacob. Une Samaritaine vint pour puiser de l'eau, à qui il demanda à boire. Alors qu'elle s'étonnait qu'un Juif lui adressa la parole, il lui répondit que si elle savait qui il était, elle lui demanderait de l'eau vive. Voyant qu'il n'avait aucun ustensile pour tirer de l'eau du puits profond, elle lui demanda comment il pourrait lui en donner.

Avant de rappeler la réponse du Christ, voyons de quelle manière cette situation est semblable à celle de ses disciples fidèles dans le monde. Le Sauveur est avec nous, parfois personnellement, fréquemment par l'intermédiaire de ses serviteurs, et toujours par son Esprit. Son pouvoir est tel qu'il pourrait obtenir toute chose sur cette terre. Il n'a pas besoin de l'eau du puits, de la dîme et des offrandes de l'Église ou des services individuels dans les autres oeuvres de son royaume. Il nous les demande, comme il demanda à boire à la Samaritaine au puits de Jacob, afin qu'il puisse nous donner en bénédiction beaucoup plus que ce que nous lui donnons. Voilà la manière de faire du Seigneur.

En réponse à la question de savoir comment il pourrait donner de l'eau vive à la Samaritaine sans aucun moyen pour en tirer du puits, Jésus répondit : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source jaillissante jusque dans la vie éternelle. » (Jean 4:13-14)

Nous pouvons comparer les diverses méthodes du monde aux instruments qui permettent de tirer de l'eau d'un puits. Nous avons besoin de ces instruments. Nous pouvons les utiliser et nous les utilisons pour notre cheminement terrestre.

Mais en même temps dans nos activités, dans nos responsabilités civiques, et dans notre participation au sein d'autres organisations, nous ne devons jamais oublier les paroles du Sauveur, « Quiconque boit de cette eau aura encore soif ». C'est seulement par l'intermédiaire de Jésus-Christ, le Seigneur et le Sauveur de ce monde, que nous pouvons obtenir l'eau vive grâce à laquelle ceux qui en prennent n'auront plus jamais soif, et pour lesquels elle sera « une source jaillissante jusque dans la vie éternelle ». Nous ne pouvons obtenir cette eau par des moyens terrestres.

Jésus nous enseigna comment obtenir l'eau vive. La leçon qu'il donna à la Samaritaine nous rappelle ceci : quelle que soit notre maîtrise des talents, des connaissances et des méthodes de ce monde pour puiser l'eau, ce que nous obtenons du puits de Jacob apporte seulement un secours temporaire. L'eau du puits de Jacob, bien qu'essentielle dans la satisfaction des besoins temporaires, a une valeur insignifiante à côté de ce que nous pouvons puiser dans les paroles de Jésus et recevoir de son sacrifice expiatoire. Et quand nous cherchons à obtenir ou à partager cette eau vive, nous devons le faire à la manière du Seigneur.


CHAPITRE 1 : L'APPRENTISSAGE

L'exemple le plus simple à propos des différences entre les voies du Seigneur et les voies du monde se trouve dans notre façon d'apprendre. Dans la condition mortelle nous avons à apprendre des choses concernant la terre et ses créatures. Nous devrions aussi en apprendre sur Dieu : sa nature, son Évangile et les commandements donnés à ses enfants.

Dans la révélation moderne, le Seigneur nous a dit de « [chercher] la science par l'étude mais aussi par la foi » (D&A 109:7). En cherchant la science par l'étude, nous utilisons la raison. En cherchant la science par la foi, nous devons nous appuyer sur la révélation. Pour obéir à la loi céleste, nous devrions chercher la science par le raisonnement et par la révélation.

Tout d'abord, je vais définir ce que j'entends par raisonnement et par révélation. Le raisonnement est un processus de pensée utilisant les faits et la logique qui peuvent être communiqués à une autre personne et vérifiés grâce à des critères objectifs (c'est à dire mesurables). La révélation est une communication de Dieu à l'homme. Elle ne peut pas être définie ni vérifiée comme l'est le raisonnement. Ce dernier implique la pensée et la démonstration. La révélation implique l'écoute, la vision, la compréhension ou le sentiment. Le raisonnement peut être collectif. La révélation est toujours individuelle. Le raisonnement est un processus. La révélation est un moment vécu.

Tels que définis ici, le raisonnement et la révélation ne représentent pas toutes les façons d'acquérir la connaissance. Par exemple, je sais que j'aime ma femme et je sais que je préfère certaines couleurs et certains sons. Je n'attribue cette connaissance ni au raisonnement ni à la révélation tels que je les définis.

Je ne définirai pas ces autres moyens de connaissance ni ne décrirai leur relation avec les deux méthodes que je présente. Certains pourraient trouver à redire sur des définitions incomplètes, mais elles servent mon propos qui n'est pas de donner une liste exhaustive des divers processus ou méthodes d'acquisition de la connaissance, mais seulement de mettre en évidence la différence qui existe entre une méthode humaine répandue et un précieux don céleste.

Dans ce chapitre et dans le suivant je vais décrire la nature du raisonnement et de la révélation et la relation entre eux, en mettant l'accent sur leur utilisation pour acquérir de la connaissance spirituelle.

L'apprentissage par l'étude et par le raisonnement

Ma connaissance des processus d'apprentissage par l'étude et par le raisonnement vient de mon expérience personnelle d'étudiant dans deux universités, de professeur dans trois facultés de droit, de directeur d'une fondation interdisciplinaire sur la recherche juridique, de président de l'université Brigham Young, et de juge à la Cour Suprême d'Utah.

En recherchant la connaissance par l'étude et par le raisonnement, nous examinons la sagesse accumulée dans divers domaines, nous employons des techniques empiriques pour rassembler de nouveaux indices et nous utilisons le pouvoir de la raison mis en nous par notre Créateur. Il s'agit là de moyens courants pour acquérir des connaissances. Des millions d'hommes et de femmes sont engagés dans cette recherche de la connaissance dans tous les domaines imaginables, de la pratique de l'agriculture et de l'hygiène personnelle de base aux techniques actuelles les plus avancées de la science médicale et de l'exploration de l'espace, pour ne citer que quelques exemples. La civilisation moderne a une dette incalculable à l'égard de la recherche par l'étude et par le raisonnement.

L'étude et le raisonnement sont également essentiels pour acquérir des connaissances à propos de Dieu et de son Évangile. L'expérience du jeune Joseph Smith illustre cela. De la même manière que Joseph étudia la Bible et comprit par le raisonnement la manière dont ses promesses s'appliquaient à lui, chacun d'entre nous peut utiliser cette méthode pour commencer sa recherche de la connaissance sacrée. Ensuite, comme ce garçon croyant, nous devons prier et chercher à recevoir une communication divine (la signification de cette séquence – étude et raisonnement suivis de la révélation – est présentée dans le chapitre 2).

Le raisonnement est aussi utilisé dans la communication aux autres de ce que nous avons appris dans le domaine spirituel. L'apôtre Pierre enseigna : « Sanctifiez le Seigneur Dieu dans votre cœur ; et soyez prêts à toujours donner une réponse avec douceur et respect à tout homme qui vous demande raison de l'espérance qui est en vous. » (1 Pierre 3:15, traduction de Joseph Smith) En d'autres termes, les croyants devraient s'efforcer de donner aux incroyants une raison de leur foi, en essayant de communiquer la connaissance sacrée en des termes compréhensibles pour ceux qui semblent s'appuyer exclusivement sur le raisonnement. C'est peut-être ce que signifient d'autres Écritures sur le raisonnement entre les hommes à propos du divin (Voir, par exemple, D&A 49:4 ; 66:7 ; 68:1).

Finalement, la majeure partie de la connaissance sacrée - ce que nous appelons quelquefois « les vérités de l'Évangile » - peut être approchée, expliquée et comprise grâce au raisonnement. Ainsi, nous lisons dans Ésaïe : « Venez et plaidons, dit l'Éternel » (Ésaïe 1:18) ; s'ensuit une explication des conséquences du sacrifice expiatoire. Dans la révélation moderne cette même invitation à « raisonner ensemble... comme un homme raisonne avec un autre » est suivie d'un exposé logique sur l'opposition entre les méthodes et les effets de la proclamation de l'Évangile « par l'Esprit de vérité » et par « quelque autre moyen » (D&A 50:10-11, 17).

En dépit de l'importance de l'étude et du raisonnement, si nous cherchons à connaître Dieu par cette seule méthode, nous sommes certains de ne pas atteindre notre but. Nous pourrons même prendre une mauvaise direction. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que Dieu a prescrit une autre méthode. Pour connaître Dieu, nous n'avons pas besoin de plus d'étude ou de raisonnement, de plus de technologie ou d'éducation, mais davantage de foi et de révélation.

L'apprentissage par la foi et par la révélation

Les saints des derniers jours proclament la réalité et l'efficacité de l'apprentissage par la foi et par la révélation.

La manière du Seigneur de se révéler et de communiquer la compréhension des doctrines et des ordonnances de son Évangile est la révélation par le Saint-Esprit, l'Esprit de Dieu. En effet, le prophète Jacob a déclaré qu'il est impossible à un homme non inspiré de comprendre Dieu : « Et nul ne connaît ses voies, si cela ne lui est révélé ; c'est pourquoi, mes frères, ne méprisez pas les révélations de Dieu » (Jacob 4:8). De même, l'apôtre Paul enseigna : « Aucun homme ne connaît les choses de Dieu, si ce n'est celui qui a l'Esprit de Dieu » (1 Corinthiens 2:11, traduction de Joseph Smith).

Gordon B. Hinckley, président de l'Église, explique : « Bien sûr, nous croyons à l'importance de se ultiver, mais l'intellect n'est pas la seule source de connaissance. Nous avons une promesse, donnée sous l'inspiration du Tout-Puissant, présentée en ces nobles termes : 'Dieu vous donnera la connaissance par son Saint-Esprit, oui, par le don indicible du Saint-Esprit' (D&A 121:26) » (Gordon B. Hinckley, Faith, the Essence of True Religion, Salt Lake City, Deseret Book, 1989, p. 78).

Se référant aux révélations reçues dans les plus hauts conseils de l'Église, James E. Faust dit que « ces lumière et vérité dépassent l'intelligence et le raisonnement humains » (James E. Faust, Reach Up for the Light, Salt Lake City, Deseret Book, 1990, p. 115).

Toute personne ayant reçu le don du Saint-Esprit est en droit de recevoir cette même lumière et vérité.

Le Sauveur a souligné l'importance de l'acquisition de la connaissance par la révélation et a décrit comment cela se passe. Il a demandé à ses disciples : « Qui dites-vous que je suis ? » Simon Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Jésus répondit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. » (Matthieu 16:15-17)

D'autres passages du Nouveau Testament enseignent que la révélation est le moyen d'acquérir de la connaissance à propos de Dieu et des vérités de son Évangile.

L'apôtre Jean enseigna aux humbles disciples du Christ que, ayant « reçu l'onction de la part de celui qui est saint » (le Saint-Esprit), « vous n'avez pas besoin qu'on vous enseigne » puisque « son onction [que vous avez reçue de lui] vous enseigne toutes choses, et qu'elle est véritable » (1 Jean 2:20, 27).

L'apôtre Paul rappela aux Corinthiens qu'il ne les avait pas enseignés par les « discours persuasifs de la sagesse ». Ses enseignements reposaient « sur une démonstration d'Esprit et de puissance » afin que leur foi « fût fondée, non sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu ». Il avait enseigné « la sagesse de Dieu », que Dieu avait révélée « par l'Esprit. » Il expliqua que l'homme n’acquiert pas la connaissance spirituelle si ce n'est par l'Esprit de Dieu, et il affirma : « nous... avons reçu... l'Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par sa grâce ».

Concluant son enseignement, Paul dit qu'il parlait « non avec des discours qu'enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu'enseigne l'Esprit ». Il opposa cette méthode d'acquisition de la connaissance (ce qu'un apôtre contemporain a appelé « la méthodologie de l'Esprit » ; voir Neal A. Maxwell, A Wonderful Flood of Light, Salt Lake City, Bookcraft, 1990, p. 75) aux attentes et aux attitudes du monde : « Mais l'homme animal ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c'est spirituellement qu'on en juge. » (1 Corinthiens 2:4-14).

Les révélations de cette dispensation contiennent de nombreux avertissements sur l'importance de s'appuyer sur Dieu quand nous cherchons à apprendre ce qui le concerne. Dans la préface à ses révélations le Seigneur dénonça « ceux qui ne veulent pas écouter sa voix, ni celle de ses serviteurs... chacun suit sa propre voie selon l'image de son Dieu, dont l'image est à la ressemblance du monde et dont la substance est celle d'une idole ». « C'est pourquoi », continue la révélation, Joseph Smith, le prophète, a été appelé et le Seigneur a parlé des cieux, et « les choses faibles du monde s'avanceront pour abattre les puissantes et les fortes, afin que l'homme ne conseille pas son semblable et ne place pas sa confiance dans le bras de la chair. » (D&A 1:14, 16, 19)

Cette révélation fait écho à l'avertissement d'Ésaïe cité dans le Livre de Mormon (Ésaïe 8:10 ; 2 Néphi 18:10). Le prophète Néphi enseigna l'importance de se fier à la révélation plutôt qu'aux « préceptes des hommes » : « Maudit celui qui met sa confiance en l'homme, ou qui fait de la chair son bras, ou écoute les préceptes des hommes, à moins que leurs préceptes ne soient donnés par le pouvoir du Saint-Esprit. » (2 Néphi 28:31)

Les premiers dirigeants de l'Église rétablie ont dû apprendre que la valeur du raisonnement humain venait en second après les révélations de Dieu. À plusieurs reprises, le Seigneur a réprimandé Joseph Smith, David Whitmer et d'autres pour ne pas s'être souciés de ce qui le concerne, pour avoir cédé « aux persuasions des hommes » (D&A 3:6 ; 5:21), et pour s'être « laissé persuader par ceux à qui [le Seigneur n'avait] pas donné de commandements » (D&A 30:2). Comme certains membres de l'Église aujourd'hui, ces premiers dirigeants ont dû apprendre que l'Évangile englobe « beaucoup de grandes choses, difficiles à comprendre si l'on n'a point recours au Seigneur. » (1 Néphi 15:3)

Dans l'acquisition de la connaissance sacrée, la raison doit céder le pas à la révélation. Je crois que c'est ce que le Seigneur a enseigné quand il parla de sa seconde venue et de l'accomplissement de la parabole des dix vierges : « Ceux qui sont sages, ont accepté la vérité, ont pris le Saint-Esprit pour guide et n'ont pas été séduits – en vérité, je vous le dis, ils ne seront pas abattus et jetés au feu, mais supporteront le jour. » (D&A 45:57)

Bruce R. McConkie a toujours affirmé la prédominance de la foi et de la révélation dans l'étude de l'Évangile. Par exemple : « La vraie religion vient de Dieu par révélation. Elle est manifestée à ceux qui ont un talent pour la spiritualité et qui la comprennent. Elle est cachée, inconnue et mystérieuse pour tous les autres. Pour comprendre les choses du monde, on doit être éclairé intellectuellement ; pour appréhender et comprendre ce qui se rapporte à Dieu, on doit être éclairé spirituellement. Une des grandes erreurs de la chrétienté moderne est de s'en remettre à ceux qui sont particulièrement doués intellectuellement pour être guidé en matière de religion, plutôt que de se tourner vers ceux qui comprennent les choses de l'Esprit, qui reçoivent la révélation personnelle du Saint-Esprit. » (Bruce R. McConkie, Doctrinal New Testament Commentary, Salt Lake City, Bookcraft, 1973, 3:83-84)

J'en dirai davantage à ce sujet dans le chapitre 2.

Les formes et les fonctions de la révélation

Pour comprendre comment nous pouvons apprendre par la révélation, il est nécessaire de connaître les différentes formes et les diverses fonctions de la révélation.

L'expérience que nous appelons révélation peut revêtir différentes formes. Quelques prophètes, comme Moïse et Joseph Smith, ont parlé avec Dieu face à face. Quelques personnes ont eu des communications face à face avec des anges. D'autres révélations sont venues, comme James E. Talmage l'a décrit, « par les songes du sommeil ou par des visions de l'esprit à l'état de veille » (James E. Talmage, Articles de foi, Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, 1983, p. 280).

Dans ses formes les plus familières, la révélation vient par des paroles, des pensées ou des sentiments communiqués à l'esprit. « Voici », dit le Seigneur à Oliver Cowdery, « je parlerai à ton esprit et à ton coeur par le Saint-Esprit » (D&A 8:2). C'est l'expérience décrite par Énos quand il dit : « la voix du Seigneur se fit entendre dans mon [esprit] » (Énos 1:10). C'est l'expérience décrite par Néphi quand il rappela à ses frères égarés que le Seigneur leur avait souvent parlé d'une petite voix douce, mais qu'ils avaient perdu toute sensibilité de sorte qu'ils ne pouvaient pas ressentir ses paroles (voir 1 Néphi 17:45).

Nous appelons souvent inspiration ces formes les plus familières de la révélation. Les incitations et les pensées inspirées peuvent se manifester de différentes façons : notre intelligence est éclairée (D&A 6:15), nous recevons des sentiments positifs ou négatifs au sujet de plans d'action proposés, ou même nous sommes édifiés par des émotions suscitées par des réalisations inspirantes, dans le domaine artistique par exemple. Boyd K. Packer a expliqué : « L'inspiration vient davantage sous la forme d'un sentiment que sous la forme d'un son. » (L’Étoile, mai 1980, n° 5, p. 34)

Toutes ces formes de révélation sont réelles, et toutes répondent au désir d'apprendre de la personne qui les reçoit.

L'expérience de la révélation est accessible à tout le monde. Le président Lorenzo Snow a déclaré que c'est « le grand avantage de tout saint des derniers jours... d'avoir accès à des manifestations quotidiennes de l'Esprit » (Lorenzo Snow, Conference Report, avril 1899, p. 52). Le président Harold B. Lee a enseigné : « Chaque homme a le droit d'exercer ces dons et ces droits dans la conduite de ses propres affaires, en élevant ses enfants dans la bonne voie, dans la pratique de son métier ou dans tout autre domaine. C'est son droit de jouir de l'esprit de révélation et d'inspiration pour être sage et prévoyant, juste et bon en tout ce qu'il fait. » (Harold B. Lee, Stand Ye in Holy Places, Salt Lake City, Deseret Book, 1974, p. 141-142)

Quelle qu'en soit la forme, la révélation peut remplir diverses fonctions. J'en décrirai huit : témoigner, prophétiser, réconforter, inspirer, informer, retenir, confirmer et déterminer.

1. Le témoignage du Saint-Esprit que Jésus est le Christ et que l'Évangile est la vérité est une révélation de Dieu. De même que la révélation donnée à l'apôtre Pierre (voir Matthieu 16:17), cette connaissance peut faire partie de l'expérience personnelle de chacun de ceux qui recherchent la vérité. Une fois reçue, cette révélation devient un principe directeur pour nous guider dans toutes les activités de la vie.

2. La prophétie est une autre fonction de la révélation. Sous l'influence du Saint-Esprit, un membre fidèle de l'Église peut être inspiré à pressentir un événement le concernant, tel qu'un appel à servir dans l'Église. Après la naissance de notre cinquième enfant, ma femme a cessé d'avoir des enfants. Après plus de dix ans, nous conclûmes que notre famille ne s'agrandirait plus, ce qui nous chagrina. Puis un jour où ma femme était au temple, l'Esprit lui murmura qu'elle aurait un autre enfant. Cette révélation prophétique s'est accomplie un an et demi plus tard avec la naissance de notre sixième enfant que nous avions attendu pendant treize ans.

3. Une autre fonction de la révélation est de réconforter. C'est cette sorte de révélation que reçut Joseph Smith, le prophète, quand il était dans la prison de Liberty. Après de nombreux mois dans des conditions déplorables, il en appela au Seigneur, de douleur et de solitude, le suppliant de se souvenir de lui et de ses saints persécutés. La réponse de réconfort fut la suivante : « Mon fils, que la paix soit en ton âme ! Ton adversité et ton affliction ne seront que pour un peu de temps ; Et alors, si tu les supportes bien, Dieu t'exaltera en haut ; tu triompheras de tous tes ennemis » (D&A 121:7-8). Dans une révélation suivante, le Seigneur déclara que quelles que soient les tragédies ou les injustices qui arriveraient au prophète, « sache, mon fils, que tout cela te donnera de l'expérience et sera pour ton bien » (D&A 122:7-8).

Chacun d'entre nous connaît d'autres exemples de révélations de réconfort. Certains ont été réconfortés parce qu'ils ont vu des personnes qu'ils aimaient et qui étaient parties ou parce qu'ils ont senti leur présence. La veuve d'un de mes amis m'a dit qu'elle avait ressenti la présence de son mari décédé qui l'assurait de son amour et de son intérêt pour elle. D'autres ont été réconfortés en s'adaptant à la perte d'un emploi, à une promotion en affaires ou même à un mariage brisé. Une révélation de réconfort peut aussi venir en relation avec une bénédiction de la prêtrise, soit par des paroles ou simplement par le sentiment éprouvé en relation avec la bénédiction.

Une autre sorte de révélation de réconfort, c'est l'assurance qu'un péché peut être pardonné. Après avoir prié avec ferveur pendant un jour et une nuit, un prophète du Livre de Mormon, Énos, écrit qu'il entendit une voix qui lui disait : « tes péchés te sont [pardonnés] et tu seras béni ». Ainsi, écrit Énos « ma culpabilité était balayée » (Énos 1:5-6). Cette assurance, qui vient quand quelqu'un a rempli toutes les étapes du repentir, confirme que le pécheur repentant a été pardonné. Alma a dit que dès lors il ne fut « plus torturé du souvenir » de ses péchés. « Et ô, quelle joie, quelle lumière merveilleuse je vis ; oui, mon âme était remplie [de] joie... il ne peut rien y avoir d'aussi exquis et d'aussi doux que ma joie. » (Alma 36:19-21)

4. En relation étroite avec le sentiment de réconfort, le quatrième objectif ou la quatrième fonction de la révélation est d'élever. À certains moments de notre vie, nous avons tous besoin d'être tirés de la dépression, d'un sentiment de peur ou d'incapacité ou simplement d'un état de médiocrité spirituelle. Parce que cela nous ennoblit l'esprit et nous aide à résister au mal et à chercher le bien, je crois que le sentiment d'être édifié qui nous est donné par la lecture des Écritures ou par la bonne musique, l'art ou la littérature de qualité est un objectif distinct de la révélation.

5. Le cinquième objectif de la révélation est d'informer. Cela peut consister en une inspiration qui donne à quelqu'un les mots à dire en une certaine occasion, telle la bénédiction patriarcale ou les discours ou autres paroles prononcées sous l'influence du Saint-Esprit. Le Seigneur a commandé à Joseph Smith et à Sidney Rigdon d'élever la voix et de prononcer les pensées mises dans leur coeur : « Car ce que vous devrez dire vous sera donné sur l'heure, oui, au moment même » (D&A 100:5-6 ; voir aussi D&A 84:85).

En certaines occasions sacrées, les renseignements ont été donnés dans des conversations face à face avec des personnages célestes, comme dans les visions rapportées dans les Écritures anciennes et modernes. En d'autres circonstances, les renseignements nécessaires sont communiqués par le murmure tranquille de l'Esprit. Un enfant perd quelque chose qu'il aimait, prie pour avoir de l'aide et reçoit l'inspiration nécessaire pour le trouver ; un adulte rencontre un problème professionnel, familial, ou dans ses recherches généalogiques, il prie et est conduit vers le renseignement nécessaire pour le résoudre ; en suivant fidèlement le conseil inspiré d'un dirigeant de l'Église, un membre obtient la réponse à ses prières pour être guidé ; un dirigeant dans l'Église prie pour savoir qui le Seigneur voudrait qu'il appelle pour remplir un poste, et l'Esprit lui murmure un nom ; un membre étudie les Écritures dans un esprit de prière et reçoit une nouvelle compréhension des doctrines de l'Évangile éternel.

Dans ces exemples que nous connaissons tous, le Saint-Esprit agit en sa qualité de pédagogue et de révélateur en communiquant les renseignements et les vérités nécessaires à l'édification et à la direction de celui qui les reçoit.

6. La sixième fonction de la révélation consiste à nous retenir de faire quelque chose. Ainsi, au milieu d'un grand discours sur la puissance du Saint-Esprit, Néphi déclare soudain : « Et maintenant... je ne puis en dire davantage ; l'Esprit arrête ma parole. » (2 Néphi 32:7)

La révélation qui retient est l'une des formes les plus fréquentes de la révélation. Elle vient souvent par surprise, quand nous n'avons pas demandé de révélation ni de directives sur un sujet particulier. Mais si nous gardons les commandements de Dieu et si nous vivons en accord avec l'Esprit, une force nous retiendra et nous écartera de ce que nous ne devrions pas faire. Bien que n'étant pas liée de façon évidente aux processus conventionnels de l'étude, cette fonction de la révélation donne un message qui fait partie des leçons les plus importantes que nous puissions apprendre.

L'une des premières fois où j'ai été retenu par l'Esprit est arrivée peu de temps après avoir été appelé conseiller dans une présidence de Pieu à Chicago. Lors de l'une de nos premières réunions de présidence de pieu, notre président de pieu proposa que notre nouveau centre de pieu fût construit à un certain endroit. Je vis aussitôt quatre ou cinq bonnes raisons pour dire que ce n'était pas le bon endroit. Quand on me demanda mon avis, je refusai la proposition, en donnant chacune de ces bonnes raisons. Le président de pieu nous proposa avec sagesse de prier chacun à ce sujet pendant une semaine et d'en discuter plus tard dans notre prochaine réunion. Presque avec indifférence je priai à ce propos et j'eus immédiatement la forte impression que j'avais tort, que je faisais obstacle à la volonté du Seigneur et que je devais cesser de m'opposer à ce projet. Inutile de dire que j'étais retenu et que j'ai rapidement donné mon accord pour la construction projetée. D'ailleurs, il ne tarda pas à devenir évident qu'il était sage de construire le centre de pieu à cet endroit, même à mes yeux. Les raisons pour lesquelles j'avais fait obstruction s'avérèrent manquer de portée et je fus bientôt reconnaissant d'avoir été retenu de m'y fier.

Quelques années plus tard, j'écrivis un livre de droit. Cette publication consistait à réunir plusieurs centaines d'arrêts de cour ainsi que de la documentation explicative rédigée par le rédacteur. Mon assistant et moi avions presque fini le travail sur ce livre, y compris les recherches nécessaires pour nous assurer que ces arrêts de cour n'avaient pas été abrogés ni cassés. Juste avant de l'envoyer à l'éditeur, je feuilletai le manuscrit et un arrêt de cour en particulier attira mon attention. En me penchant dessus, je ressentis quelque chose de très désagréable. J'ai demandé à mon assistant de vérifier à nouveau cet arrêt pour voir si tout était en ordre. Il me dit que oui. À la révision suivante du manuscrit complet, je fus à nouveau arrêté par ce cas, encore avec une forte sensation de malaise. Cette fois-là, je me rendis moi-même à la bibliothèque de droit. Dans certaines publications récentes, je découvris que ce cas venait juste d'être cassé en appel. Si cet arrêt avait été publié dans mon livre, cela aurait causé une grande gêne professionnelle. J'en avais été épargné grâce à la faculté de l'Esprit à nous freiner.

7. Un moyen courant de rechercher la révélation consiste à proposer un certain mode d'action puis de prier pour recevoir une confirmation par l'inspiration. Le Seigneur a expliqué ce genre de révélation quand Oliver Cowdery ne réussissait pas à traduire le Livre de Mormon malgré ses efforts : « Mais voici, tu n'as pas compris ; tu as pensé que je te le donnerais, tandis que ton seul souci, c'était de me le demander. Mais voici, je te dis que tu dois l'étudier dans ton esprit ; alors tu dois me demander si c'est juste, et si c'est juste, je ferai en sorte que ton sein brûle au-dedans de toi ; c'est ainsi que tu sentiras que c'est juste. » (D&A 9:7-8)

De même, le prophète Alma compare la parole de Dieu à une semence et dit aux personnes qui étudient l'Évangile que si elles veulent faire la place à la semence pour qu'elle puisse être plantée dans leur coeur, la semence leur épanouira l'âme et leur éclairera l'intelligence et commencera à leur être délicieuse (voir Alma 32). Ce sentiment est la confirmation par le Saint-Esprit de la vérité de la parole.

Dans un discours sur le libre arbitre et l'inspiration, Bruce R. McConkie a mis l'accent sur notre responsabilité de faire tout notre possible avant de rechercher la révélation. Il a donné un exemple très personnel: Quand il décida de choisir son épouse éternelle, il n'alla pas trouver le Seigneur pour lui demander qui il devait épouser. « Je suis allé trouver la jeune fille que je voulais, » a-t-il dit. « Elle me plaisait ;... on aurait dit que cela devait être. Puis tout ce que j'ai fait, a été de prier le Seigneur et de lui demander qu'il me guide et me dirige à propos de la décision que j'avais prise. » (L’Étoile, mai 1978, p. 17-24)

Bruce R. McConkie résuma son conseil sur l'équilibre entre le libre arbitre et l'inspiration de la manière suivante : « Nous sommes censés utiliser les dons, les talents, les capacités, le bon sens, le jugement et le libre arbitre que nous avons reçus... Si nous demandons avec foi, il est implicite et indispensable que nous fassions auparavant tout en notre pouvoir pour atteindre le but que nous recherchons... Nous sommes censés faire tout notre possible, puis rechercher une réponse du Seigneur, un signe confirmant que nous sommes arrivés à la bonne conclusion. » (op. cit.)

C'est la méthode que les autorités générales suivent habituellement lorsqu'elles cherchent la révélation pour l'appel d'un président de pieu. Elles ont une entrevue avec les personnes résidant dans le pieu qui ont acquis une certaine expérience dans l'administration de l'Église, leur posant des questions et écoutant leurs réponses. Pendant ces entretiens, elles prient à propos de chaque personne qui a eu un entretien avec elles et qui a été mentionnée. Enfin, elles proposent une décision à propos du nouveau président de pieu. Cette proposition est ensuite soumise au Seigneur dans une prière. Si le choix est alors confirmé, l'appel est fait. S'il n'est pas confirmé ou si les autorités générales sont retenues, la proposition est ajournée et le processus continue jusqu'à ce qu'une nouvelle proposition prenne forme et qu'une révélation vienne la confirmer.

Il arrive parfois que ce soient des révélations de confirmation et de retenue ensemble. Par exemple, pendant que je travaillais à l'université Brigham Young, j'avais été invité à faire un discours devant l'association nationale des juges. Comme cela demandait des jours de préparation, c'était le genre de tâche que je déclinais habituellement. Mais quand j'ai commencé à dicter une lettre pour refuser l'invitation particulière, je me suis senti retenu. Je me suis interrompu et j'ai reconsidéré la chose. J'ai ensuite envisagé comment je pourrais accepter cette invitation. Vu sous cet angle, j'ai ressenti l'assurance de l'Esprit et j'ai su que c'était ce que je devais faire.

Le discours que je donnai et les contacts noués à cette occasion furent à l'origine de nombreuses invitations importantes pour l'université Brigham Young. Le discours a eu pour résultat que l'université s'est fait des amis qui ont contribué à susciter une coalition importante pour s'opposer à une ingérence illégale ou excessive du gouvernement envers les universités. Je ne doute pas, rétrospectivement, que cette invitation à parler que j'ai failli décliner fut l'une des occasions où un acte apparemment insignifiant fit une grande différence. C'est à ces occasions qu'il nous est indispensable de recevoir la direction du Seigneur, et c'est à ces occasions que la révélation viendra pour nous aider si nous voulons l'écouter ou y prêter attention.

8. La huitième fonction de la révélation regroupe les cas où l'Esprit pousse quelqu'un à l'action. Dans ce cas, la personne concernée ne propose pas une action en particulier que l'Esprit confirme ou restreint. La révélation vient quand on ne la recherche pas et pousse à une action qui n'a pas été proposée. Ce genre de révélation est évidemment moins commun que les autres types, mais sa rareté ne lui en donne que plus d'importance.

On en trouve un exemple dans les Écritures dans le premier livre de Néphi. Quand Néphi eut obtenu les précieuses annales à Jérusalem, l'Esprit du Seigneur lui commanda de tuer Laban alors qu'il était étendu, ivre, dans la rue. Cet acte répugnait tant à Néphi qu'il hésita et lutta contre l'Esprit mais il reçut à nouveau le commandement de tuer Laban et il finit par obéir à la révélation (voir 1 Néphi 4).

Les étudiants de l'histoire de l'Église se rappelleront le récit de Wilford Woodruff : une nuit, il se sentit poussé à déplacer son chariot et ses mules loin d'un grande arbre. Il le fit, et sa famille et ses animaux furent sauvés quand l'arbre fut abattu par une tornade qui se déchaîna trente minutes plus tard (voir Matthias F. Cowley, Wilford Woodruff : History of His Life and Labors, Salt Lake City, Bookcraft, 1964, p. 331-332).

Lorsqu'elle était jeune, ma grand-mère, Chasty Olsen, vécut une expérience semblable. Elle s'occupait d'enfants qui jouaient dans le lit d'une rivière à sec près de chez eux à Castle Dale, en Utah. Soudain, elle entendit une voix qui l'appelait par son nom et qui lui demandait de sortir les enfants du lit de la rivière et de regagner les rives. C'était une journée ensoleillée, et il n'y avait aucun signe de pluie. Elle ne vit pas la raison de faire attention à la voix et continua à jouer. La voix lui reparla avec urgence. Cette fois, elle fit attention à l'avertissement. Rassemblant rapidement les enfants, elle se précipita vers la rive. Juste au moment où elle l'atteignait, une énorme vague qui avait été causée par une averse dans la montagne à de nombreux kilomètres de distance dévala le canyon en mugissant, passant par l'endroit où jouaient les enfants. Sans cette révélation compulsive, elle et les enfants auraient été perdus.

J'ai vécu une expérience précieuse de révélation de persuasion quelques mois après avoir commencé à travailler à l'université Brigham Young. En tant que nouveau président sans expérience, j'avais de nombreux problèmes, de nombreuses décisions à prendre. Je dépendais beaucoup du Seigneur. Un jour d'octobre 1971, je me rendis en voiture dans un endroit retiré du Canyon de Provo pour méditer sur un problème particulier. Bien que je fusse seul et à l'abri des interruptions, je me trouvai incapable de penser au problème à résoudre. Une autre question en suspens que je n'étais pas encore prêt à considérer me venait constamment à l'esprit : Devrions-nous modifier le calendrier académique de l'université Brigham Young pour terminer le trimestre d'automne avant Noël ?

Après dix ou quinze minutes d'efforts infructueux pour exclure ce sujet de mes pensées, je compris ce qui se passait. Le problème du calendrier ne me semblait pas de circonstance et je ne cherchais certainement pas la direction de l'Esprit à ce propos, mais l'Esprit essayait de communiquer avec moi à ce sujet. Immédiatement, j'accordai toute mon attention à cette question et je commençai à noter mes pensées sur un morceau de papier. En quelques minutes j'avais noté les détails d'un calendrier de trois trimestres, avec tous ses avantages de taille. Je suis retourné à toute allure vers le campus, j'ai revu cela avec mes collègues et j'ai trouvé qu'ils étaient enthousiastes. Quelques jours plus tard, le comité directeur approuva notre proposition de nouveau calendrier et nous publiâmes ses dates, juste à temps pour qu'elles puissent entrer en vigueur pour l'automne 1972.

Depuis ce temps j'ai relu ces paroles de Joseph Smith, le prophète et j'ai compris que j'avais vécu l'expérience qu'il décrivait : « Une personne peut profiter beaucoup en faisant attention au premier appel de l'Esprit de révélation. Par exemple, lorsque vous sentez l'intelligence pure couler en vous, elle peut vous donner des inspirations soudaines... et ainsi, en apprenant à connaître et à comprendre l'Esprit de Dieu, vous pourrez progresser dans le principe de révélation. » (Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 118)

Dans toutes ses formes et ses fonctions, la révélation se distingue de l'étude et du raisonnement. La révélation est une expérience et le plus souvent elle est communiquée par un sentiment. C'est la manière par laquelle Dieu communique avec ses enfants. C'est un moyen essentiel pour acquérir de la connaissance de Dieu et sur Dieu.

Conditions nécessaires pour recevoir la révélation

Les Écritures indiquent sept conditions nécessaires pour recevoir la révélation divine. Ces conditions sont spécifiques de la manière prescrite par le Seigneur pour l'acquisition de la connaissance par la révélation. Elles n'ont pas d'équivalent dans la façon d'apprendre à la manière du monde, par l'étude et par le raisonnement.

1. Avoir la foi

Comme dans l'Évangile, le premier principe en est la foi. Le frère de Jared nous sert de modèle. À cause de sa grande foi, il vit le Dieu d'Israël en personne et « il ne pouvait lui être interdit de regarder au-dedans du voile » (Éther 3:9, 19).

Néphi enseigna à ses frères la nécessité de la foi, leur rappelant la promesse de l'Éternel : « Ne vous souvenez-vous pas de ce que le Seigneur a dit ? - Si vous ne vous endurcissez point le coeur, si vous demandez avec foi, croyant que vous recevrez, et si vous gardez mes commandements avec diligence, assurément, ces choses vous seront dévoilées. » (1 Néphi 15:11)

En mentionnant les nombreuses révélations reçues par les justes de son temps, Jarom fit ce commentaire : « Et tous ceux qui ne sont pas obstinés et qui ont la foi sont en communion avec le Saint-Esprit, qui se manifeste aux enfants des hommes selon leur foi. » (Jarom 1:4)

2. Être humble

Pour recevoir la révélation - pour être enseignée par le Saint-Esprit - une personne doit être humble. Un des meilleurs enseignements des Écritures à ce sujet figure dans la seule révélation donnée au prophète Brigham Young qui ait été publiée dans Doctrine et Alliances : « Que celui qui est ignorant apprenne la sagesse en s'humiliant et en invoquant le Seigneur son Dieu, afin que ses yeux soient ouverts pour qu'il voie et que ses oreilles soient ouvertes pour qu'il entende. Car mon esprit est envoyé dans le monde pour éclairer ceux qui sont humbles et contrits et pour la condamnation des impies. » (D&A 136:32-33 ; voir aussi Éther 12:27 ; D&A 1:28 ; 112:10)

À l’opposé, si nous luttons « contre la parole du Seigneur », le Seigneur nous a avertis qu'il ne nous montrera pas « de plus grandes choses » (Éther 4:8).

3. Demander

Comme le jeune Joseph Smith l'a appris, ce sont ceux qui prient Dieu pour être éclairés qui reçoivent des conseils personnels et des connaissances évangéliques. « C'est pourquoi » dit le Seigneur, « si vous voulez me demander, vous recevrez ; si vous voulez frapper, l'on vous ouvrira » (D&A 6:5 ; voir aussi D&A 88:63). Recherchez la sagesse, dit le Seigneur, « et voici, les mystères de Dieu vous seront dévoilés, et alors vous deviendrez riches » (D&A 6:7). « Et si tu veux m'interroger, tu connaîtras des mystères grands et merveilleux » (D&A 6:11).

L'expérience du président Joseph F. Smith nous sert d'exemple. Il lisait et méditait le sens des Écritures relatives au monde des esprits lorsque le Seigneur lui ouvrit le voile et révéla les grandes vérités maintenant publiées dans la section 138 de Doctrine et Alliances. De la même manière, chacun de nous devrait prier pour que le Seigneur dévoile les Écritures à son entendement (D&A 32:4). Dieu a promis que si nous le lui demandons, nous recevrons « révélation sur révélation, connaissance sur connaissance, afin que [nous connaissions] les mystères et les choses paisibles – ce qui apporte la joie, ce qui apporte la vie éternelle. » (D&A 42:61)

4. Garder les commandements

Il n'y a pas de révélation sans droiture. S'émerveillant des enseignements du Maître, ses ennemis demandèrent : « Comment connaît-il les Écritures, lui qui n'a point étudié ? Jésus leur répondit : Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé. Si quelqu'un veut faire sa volonté, il connaîtra si ma doctrine est de Dieu, ou si je parle de mon propre chef. » (Jean 7:15-17)

Par ailleurs, Jean dit : « Si nous gardons ses commandements, par là nous savons que nous l'avons connu. Celui qui dit : Je l'ai connu et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur, et la vérité n'est point en lui. » (1 Jean 2:3-4)

Après avoir enseigné que nous devrions avoir la vertu, la tempérance, la patience, la piété, la bonté fraternelle et la charité, l'apôtre Pierre ajouta cette promesse à propos des effets de telles vertus : « Car si ces choses sont en vous, et y sont en abondance, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ. » (2 Pierre 1:7)

De nos jours, le Seigneur a promis : « Mais je donnerai à celui qui garde mes commandements les mystères de mon royaume, et ils seront en lui une source d'eau vivante, jaillissant jusque dans la vie éternelle. » (D&A 63:23 ; voir aussi 1 Néphi 15:1 ; D&A 93:23).

5, 6. Le repentir et les bonnes oeuvres

Deux autres conditions pour acquérir la connaissance de l'Évangile par la révélation du Saint-Esprit sont exprimées avec une clarté exemplaire dans le Livre de Mormon : « Oui, celui qui se repent, fait preuve de foi, produit de bonnes oeuvres et prie sans cesse - à celui-là, il est donné de connaître les mystères de Dieu » (Alma 26:22). De la même manière, un chapitre précédent d'Alma enseigne que « le plan de rédemption » a été révélé aux hommes « selon leur foi, leur repentir et leurs saintes oeuvres » (Alma 12:30).

7. Lire les Écritures

Bruce R. McConkie a dit un jour : « Quelquefois, je pense qu'un des secrets du royaume le mieux gardé est que les Écritures ouvrent la porte à la révélation » (Bruce R. McConkie, Doctrines of the Restoration, éd. et arr. Mark L. McConkie, Salt Lake City, Bookcraft, 1989, p. 243). Ceci est vrai particulièrement en ce qui concerne la promesse de recevoir le témoignage que le Livre de Mormon est la vérité et l'aide que nous cherchons et que nous recevons de l'Esprit pour interpréter les Écritures. Cela s'applique aussi aux révélations dans d'autres domaines. Bruce R. McConkie a expliqué :

« Nous avons tous droit à l'esprit de prophétie et de révélation dans notre vie, à la fois dans nos affaires personnelles et dans le ministère. L'étude dans un esprit de prière et la méditation des saintes Écritures feront autant sinon plus que toute autre chose pour amener cet esprit, l'esprit de prophétie et l'esprit de révélation, dans notre vie. » (op. cit., p. 244)

« Quels que soient les talents d'un homme dans les questions administratives, quelle que soit son éloquence pour exprimer son point de vue, quelle que soit l'étendue de ses connaissances profanes, les doux murmures de l'Esprit qu'il aurait pu recevoir lui seront refusés à moins qu'il n'en paie le prix en étudiant, en méditant et en priant à propos des Écritures. » (op. cit., p. 238)

Quand on ne reçoit pas de révélation

Que dire de ces moments où nous recherchons une révélation et où nous n'en recevons pas ? Nous ne recevons pas toujours l'inspiration ou la révélation quand nous la demandons. Parfois la révélation se fait attendre et parfois nous sommes laissés libres de juger et de comprendre sur la base de notre étude et de notre raisonnement. Nous ne pouvons pas forcer ce qui est spirituel. Il en est ainsi. L'objectif de notre vie qui est d'obtenir de l'expérience et de développer notre foi ne serait pas atteint si notre Père céleste nous éclairait immédiatement à chaque question que nous lui posons ou s'il nous dirigeait dans chacun de nos actes. Nous devons arriver à nos propres conclusions, prendre des décisions et en vivre les conséquences de sorte que nous développions notre autonomie et notre foi.

Même pour des décisions que nous jugeons très importantes, nous ne recevons pas toujours de réponse à nos prières. Cela ne signifie pas que nos prières n'ont pas été entendues mais que nous avons prié à propos d'une décision que, pour une raison ou une autre, nous devons prendre sans l'aide de la révélation.

Peut-être avons-nous demandé d'être guidés dans le choix entre plusieurs possibilités qui sont tout aussi valables les unes que les autres. Il n'y a pas qu'une seule bonne ou qu'une seule mauvaise réponse à chaque question. Dans de nombreux cas, il peut y avoir deux bonnes ou deux mauvaises réponses. Ainsi, il est peu probable que ceux qui cherchent les conseils divins sur la manière de réagir contre ceux qui les ont offensés, soient guidés par la révélation. Il en est de même pour ceux qui cherchent à être conseillés dans des choix qu'ils n'auront pas à faire à cause d'un événement futur, par exemple une troisième solution qui s'avère de loin préférable.

À une certaine occasion, ma femme et moi priâmes sincèrement pour être guidés dans un choix qui nous semblait très important. Aucune réponse ne vint. Nous fûmes laissés à notre propre jugement. Nous ne pouvions pas comprendre pourquoi le Seigneur ne nous avait pas fait ressentir son approbation ou sa désapprobation. Mais peu de temps après, nous comprîmes que nous n'avions pas de décision à prendre à ce sujet car quelque chose survint qui rendait cette décision inutile. Le Seigneur ne nous guiderait pas dans un choix qui ne ferait aucune différence.

Il est probable que la personne qui demande à être guidée entre deux possibilités tout aussi acceptables l'une que l'autre pour le Seigneur ne recevra aucune réponse. Ainsi il y a des moments où nous pouvons agir efficacement dans l'une ou l'autre possibilité. Chacune de ces réponses est bonne. De même, il est peu probable que l'Esprit du Seigneur nous accorde des révélations sur des sujets insignifiants. J'ai entendu, pendant une réunion de témoignage, une jeune femme louer la spiritualité de son mari, en disant qu'il soumettait toutes les questions au Seigneur. Elle expliqua qu'il allait avec elle faire ses courses et qu'il ne voulait même pas choisir entre deux marques différentes de conserves de légumes sans prier auparavant. Cela me paraît incorrect. Je crois que le Seigneur attend de nous que nous utilisions l'intelligence et l'expérience qu'il nous a données pour faire ce genre de choix. Quand quelqu'un demanda à Joseph Smith, le prophète, des conseils sur un sujet particulier, le prophète déclara : « C'est une chose très sérieuse que d'interroger Dieu ou de venir en sa présence, et nous craignons de l'interroger sur des sujets de peu d'importance. » (Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 15)

Bien sûr, nous ne pouvons pas toujours juger ce qui est sans importance. Si quelque chose semble n'avoir que peu ou pas d'importance, nous devons agir d'après notre jugement. Si le choix est important pour des raisons qui nous sont inconnues, comme les invitations à parler que j'ai mentionnées plus tôt ou comme un choix entre deux conserves de légumes quand l'une contient un poison caché, le Seigneur interviendra et nous dirigera. Nous pouvons avoir l'assurance que là où un choix fera une réelle différence dans notre vie, d'une manière évidente ou pas, et si nous vivons en accord avec l'Esprit et recherchons ses directives, nous recevrons la direction dont nous avons besoin pour atteindre notre but. Le Seigneur ne nous laissera pas sans aide quand un choix est important pour notre bien-être éternel. Et quand nous prions pour être éclairés, quand nous cherchons à apprendre par la foi et par la révélation, il nous donnera la connaissance par son Saint-Esprit, à sa manière et au moment qu'il aura choisi.

Les fruits de la révélation

À la fin de son ministère terrestre, le Sauveur a promis à ses disciples que Dieu le Père leur donnerait « un autre consolateur » qui « vous enseignera toutes choses » (Jean 14:16, 26). Des siècles plus tard, le prophète Moroni parlait de ce même instructeur quand il promit que « par le pouvoir du Saint-Esprit, vous pouvez connaître la vérité de toutes choses » (Moroni 10:5). Cette promesse d'être enseigné par l'Esprit s'applique à tous ceux qui recherchent la vérité divine, qui ont reçu le don du Saint-Esprit et qui sont réceptifs à ses instructions.

Le principe sur lequel repose cette promesse s'applique aussi à l'enseignement de l'Évangile. Le président John Taylor donna cette explication sur la manière dont le Seigneur enseigne l'Évangile : « Il n'y a pas d'homme au monde, et il n'y en a jamais eu, qui soit capable d'enseigner les choses de Dieu à moins qu'il ne le fasse de la manière dont il a été lui-même enseigné, instruit et dirigé, à savoir par l'esprit de révélation venant du Tout-Puissant. » (John Taylor, Journal of Discourses, vol. 17, p. 369)

Quand nous essayons d'enseigner les vérités de l'Évangile qui nous ont été révélées par le Saint-Esprit, c'est sous l'influence de cet Esprit que nous devons les enseigner et que les autres doivent les apprendre.

Au début du Rétablissement, le Seigneur instruisit ses serviteurs : « Et l'Esprit vous sera donné par la prière de la foi ; et si vous ne recevez pas l'Esprit, vous n'enseignerez pas. » (D&A 42:14) Le président Harold B. Lee a déclaré que « l'enseignement par l'Esprit » est une des quatre « qualités essentielles pour le service dans le royaume de Dieu ». Ce faisant, il nous rappela le principe scripturaire que « lorsqu'un homme parle par la puissance du Saint-Esprit, la puissance du Saint-Esprit porte ses paroles au coeur des enfants des hommes » (2 Néphi 33:1). (Harold B. Lee, Stand Ye in Holy Places, Salt Lake City, Deseret Book, 1974, p. 202)

Bruce R. McConkie a donné cette illustration mémorable de l'importance d'enseigner par l'Esprit. Dans la section 50 des Doctrine et Alliances, le Seigneur enseigna aux anciens de son Église qu'ils avaient été ordonnés à prêcher l'Évangile « par l'Esprit, à savoir le Consolateur qui a été envoyé pour enseigner la vérité » (D&A 50:14). Ensuite il leur demanda s'ils « [prêchaient] par l'Esprit de vérité, ... ou de quelque autre façon ».

Il ajouta : « Si c'est d'une autre façon, ce n'est pas de Dieu. » (D&A 50:17-18)

Dans un discours au personnel du séminaire et de l'institut de religion, Bruce R. McConkie expliqua la signification de cette révélation :

« Si vous enseignez les paroles de vérité – notez bien qu'il s'agit de quelque chose de vrai, que tout ce que vous dites est exact et vrai – par un autre moyen que l'Esprit, ce n'est pas de Dieu. Quelle est donc l'autre manière d'enseigner si ce n'est pas par l'Esprit ? C'est par le pouvoir de l'intellect.

« Supposez que je vienne ce soir vous faire un grand discours sur l'enseignement, et que je le fasse par le pouvoir de l'intellect, sans l'Esprit de Dieu. Supposez que chaque mot que je prononce soit juste, sans aucune erreur, mais que ce soit une démonstration intellectuelle. La révélation dit : « Si c'est d'une autre façon, ce n'est pas de Dieu. » (D&A 50:18)

« Cela signifie que parce que j'ai utilisé le pouvoir de l'intellect au lieu du pouvoir de l'Esprit, Dieu n'a pas présenté le message par mon intermédiaire. Ce qui touche à l'intellect - le raisonnement et la logique - peut apporter du bon et nous préparer à recevoir l'Esprit sous certaines conditions. Mais la conversion se produit et la vérité se répand dans le coeur des gens quand celle-ci est enseignée par le pouvoir de l'Esprit. » (Bruce R. McConkie, Doctrines of the Restoration, éd. et arr. Mark L. McConkie, Salt Lake City, Bookcraft, 1989, p. 332)

Nous apprenons ici que même si c'est la vérité qui est enseignée, à moins que ce ne soit fait à la manière du Seigneur, cela ne vient pas de Dieu. Les grandes vérités de l'Évangile ne doivent pas être enseignées dans des endroits inappropriés, par des personnes indignes, accompagnées par une musique inappropriée, ou enseignées avec d'autres moyens qui ne sont pas en accord avec l'esprit des vérités de l'Évangile. Nous devons être dignes pour que se réalise la promesse que « celui qui prêche et celui qui écoute se comprennent l'un l'autre et tous deux sont édifiés et se réjouissent ensemble », seulement quand « la parole de vérité » est enseignée et reçue « par l'Esprit de vérité » (D&A 50:19, 22). C'est là la manière prescrite par le Seigneur pour enseigner et pour apprendre l'Évangile.

La révélation moderne promet que le Saint-Esprit manifestera « tout ce qui est nécessaire » (D&A 18:18). « [Mettez votre] confiance en cet Esprit », dit le Seigneur, qui promet : « Je [vous] donnerai de mon Esprit, ce qui éclairera [votre] intelligence et remplira [votre] âme de joie ; et alors [vous connaîtrez], ou par là [vous connaîtrez] tout ce que [vous] désirez de moi, qui est juste, croyant avec foi en moi que [vous recevrez]. » (D&A 11:12-14)

Les Écritures traitant de l'Évangile et de Dieu utilisent souvent le mot mystères. Le président Harold B. Lee a expliqué : « Un mystère peut être défini comme une vérité qui ne peut être comprise que par la révélation. » (Harold B. Lee, Ye are the Light of the World, Salt Lake City, Deseret Book 1974, p. 211) Quelques-uns de ces mystères sont ce que les Écritures appellent « des choses ineffables qu'il est interdit d'écrire » (3 Néphi 26:18). Mais beaucoup d'Écritures sur les mystères ont trait à ce qui n'est ni secret, ni incompréhensible, mais se rapportent simplement aux précieuses vérités doctrinales révélées par Dieu pour expliquer le plan de l'Évangile. L'apôtre Paul utilisa ce terme dans ce sens-là quand il dit qu'il enseignait « le mystère de l'Évangile » (Éphésiens 6:19). Obéissant au commandement du Sauveur « ne jetez pas vos perles devant les pourceaux » (Matthieu 7:6), nous ne devons pas essayer d'expliquer ces mystères à ceux qui ne sont pas prêts spirituellement à les recevoir (voir Matthieu 7:9-11, traduction de Joseph Smith). Mais nous sommes désireux de partager ces vérités avec tous ceux qui cherchent sincèrement à connaître la doctrine. Ainsi, Joseph Smith et Sidney Rigdon reçurent le commandement d'interpréter « les mystères [de l'Évangile] dans les Écritures » (D&A 71:1). Le Livre de Mormon enseigne à ceux qui cherchent diligemment que « les mystères de Dieu [leur] seront dévoilés, par la puissance du Saint-Esprit. » (1 Néphi 10:19 ; voir aussi 1 Corinthiens 2:4-16 ; Alma 18:35)

En réponse aux questions d'un sceptique à propos de la résurrection, le prophète Alma donna ce grand enseignement sur les mystères de Dieu :

« Il est donné à beaucoup de connaître les mystères de Dieu ; cependant ce leur est un ordre strict de ne dévoiler que la portion de sa parole qu'il donne aux enfants des hommes selon l'attention et la diligence qu'ils lui apportent.

« Par conséquent, celui qui s'endurcit le coeur reçoit la plus petite part de la parole ; quant à celui qui ne s'endurcit point le coeur, il lui est donné la plus grande part de la parole, jusqu'à ce qu'il lui soit donné de connaître les mystères de Dieu dans leur plénitude.

« Et ceux qui s'endurcissent le coeur, la plus petite part de la parole leur est donnée jusqu'à ce qu'ils ne sachent rien de ses mystères ; alors ils sont emmenés captifs par le diable et conduits, selon sa volonté, à la perdition. Voilà ce qu'on entend par les chaînes de l'enfer. » (Alma 12:9-11)

Nous enseignons et nous apprenons les mystères de Dieu par la révélation de son Saint-Esprit. Si nous nous endurcissons le coeur à la révélation et si nous limitons notre compréhension à ce que nous pouvons obtenir par l'étude et par la raison, nous sommes restreints à ce qu'Alma appelait « la plus petite part de la parole ».

Apprendre les mystères de Dieu et atteindre ce que l'apôtre Paul appelait « la mesure de la stature parfaite de Christ » (Éphésiens 4:13) nécessite beaucoup plus que d'acquérir la connaissance d'un ensemble de faits précis. Cela nécessite que nous apprenions certains faits, que nous pratiquions ce que nous avons appris, et en fin de compte que nous devenions ce que, en tant qu'enfants de Dieu, nous sommes appelés à devenir. Le professeur Robert L. Millett commente la première partie de ce processus :

« Nous sommes sûrement mis sur terre pour apprendre autant que nous le pouvons dans les sciences, les arts, les langues, l'histoire, la géographie, etc. Et plus nous maîtrisons certaines de ces matières, plus nous sommes capables de présenter les vérités de l'Évangile de manière à ce que davantage de gens l'acceptent (voir D&A 88:78-80). Mais il y a une hiérarchie dans ces vérités. Quelques-unes ont plus d'importance que d'autres. S'il est important de connaître les lois de la gravité et du mouvement, il est vital de connaître la réalité d'un Rédempteur. Si cela nous aide de connaître les lois de la thermodynamique, il est essentiel que nous sachions comment nous repentir et nous adresser à Dieu au nom de son Fils pour obtenir le pardon. » (Robert L. Millet, An Eye Single to the Glory of God, Salt Lake City, Deseret Book, 1991, p. 113)

Joseph Smith, le prophète, enseigna en des termes inspirés qui font à présent partie des Écritures des saints des derniers jours : « Quel que soit le principe d'intelligence que nous atteignions dans cette vie, il se lèvera avec nous dans la résurrection. » (D&A 130:18) L'intelligence ne signifie pas seulement la connaissance acquise par n'importe quel moyen. Ceci est mis en évidence dans la phrase suivante : « Et si, par sa diligence et son obéissance, une personne acquiert plus de connaissance et d'intelligence qu'une autre, elle en sera avantagée d'autant dans le monde à venir. » (D&A 130:19)

Notez que l'intelligence est plus que la connaissance. Et notez aussi l'implication que la connaissance est obtenue par la diligence et que l'intelligence est obtenue par l'obéissance. Il faut admettre que les deux méthodes ne s'excluent pas mutuellement. Mais nous touchons à un mystère important de l'Évangile quand nous comprenons que l'intelligence que Dieu désire que nous obtenions est beaucoup plus que de la connaissance et qu'elle ne peut être obtenue sans l'obéissance et la révélation. Telles sont les voies du Seigneur ; elles sont bien au-dessus des voies du monde.



CHAPITRE 2 : LA RAISON ET LA RÉVÉLATION

Les connaissances à propos de la terre et de ses différentes formes de vie progressent si rapidement qu'on a du mal à les répertorier. Mais le monde en général ne connaît pas une progression comparable dans la connaissance de Dieu et de son plan pour ses enfants. Pour obtenir ce genre de connaissance, nous devons comprendre et suivre les voies que Dieu a prescrites pour y parvenir. Nous parvenons à la connaissance de Dieu et des vérités de son Évangile par l'étude et la raison ainsi que (toujours pour ce genre de connaissance) par la foi et la révélation.

La raison et la révélation sont des méthodes d'apprentissage accessibles à ceux qui recherchent la connaissance dans n'importe quel domaine. L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours a toujours encouragé ses membres à poursuivre des études dans tous les domaines et à y exceller, en acquérant de la connaissance par l'étude et la raison ainsi que par la foi et la révélation. Le président Harold B. Lee a exprimé ce conseil en ces termes : « Le système éducatif de l'Église a été créé afin que toute connaissance pure soit obtenue par notrepeuple, transmise à notre postérité et donnée à tous les hommes. Nous donnons la responsabilité à nos professeurs de stimuler constamment nos jeunes scientifiques et nos chercheurs dans tous les domaines et de les inciter à avancer toujours plus loin dans le royaume de l'inconnu. » (Harold B. Lee, Ye Are the Light of the World, Salt Lake City, Deseret Book, 1974, p. 117)

Ceux qui recherchent la connaissance profane et qui en ont payé le prix par un effort personnel sont souvent éclairés ou élevés par ce que quelques-uns appellent l'intuition et ce que d'autres appellent la révélation. Je crois que beaucoup de grandes découvertes et de grandes réussites dans les sciences et les arts sont le résultat d'illuminations données par Dieu.

Malheureusement, certains des partisans de l'étude et de la raison sont méprisants, voire hostiles à l'égard de la religion et de la révélation, soutenant que la vérité peut être découverte et l'apprentissage se faire seulement par les méthodes auxquelles ils sont habitués. Ils ne peuvent pas concevoir l'existence d'un processus d'acquisition de la connaissance qui admette l'existence de Dieu et la réalité de la communication par son Esprit. La seule et unique autorité qu'ils peuvent concevoir est la raison, la parole de ce dieu étant la rationalité, telle qu'ils la définissent. Ils ne peuvent pas accepter l'existence d'un Dieu au-dessus d'eux et de leur propre faculté de raisonnement. Brigham Young a noté cette attitude lorsqu'il s'est exclamé : « Combien il est difficile d'instruire l'homme naturel, qui ne comprend rien de plus que ce qu'il voit de ses yeux naturels ! » (Brigham Young, Journal of Discourses, vol. 1, p. 2)

Le Livre de Mormon décrit cette attitude chez un peuple qui se reposait uniquement sur sa propre force et sa propre sagesse et sur ce qu'il pouvait voir de ses « propres yeux » (Hélaman 16:15, 20). Sur le fondement de la raison, ce peuple a rejeté les prophéties, disant : « Il n'est pas raisonnable qu'il vienne un être tel que le Christ » (verset 18). Ayant la même attitude, un éminent professeur a rejeté le Livre de Mormon en prétendant : « On ne reçoit pas de livre par des anges. C'est aussi simple que cela ». Ceux qui recherchent la connaissance de l'Évangile uniquement par l'étude et par la raison sont particulièrement susceptibles d'adopter une attitude de suffisance et d'égocentrisme que l'on observe parfois chez ceux qui font des études supérieures. Comme l'apôtre Paul l'observa pendant son ministère : « La connaissance enfle, mais la charité édifie ». Il mit en garde les érudits : « Prenez garde, toutefois, que votre liberté [connaissance] ne devienne une pierre d'achoppement pour les faibles... Et ainsi, le faible périra par ta connaissance, le frère pour lequel Christ est mort ! » (1 Corinthiens 8:1, 9, 11)

L'apôtre Pierre prédit cette mentalité à notre époque : « Dans les derniers jours, il viendra des moqueurs avec leurs railleries, marchant selon leur propre convoitise et disant : Où est la promesse de ton avènement ? Car, depuis que nos pères sont morts, tout demeure comme dès le commencement de la création. » (2 Pierre 3:3-4)

Un prophète du Livre de Mormon a décrit l'origine et les conséquences de cette attitude : « Ô le subtil plan du malin ! Ô la vanité et la folie des hommes ! Quand ils sont instruits, ils se croient sages, et ils n'écoutent pas les conseils de Dieu, ils les laissent de côté, s'imaginant tout savoir par eux-mêmes. C'est pourquoi leur sagesse est folie, et elle ne leur sert de rien, et ils périront. » (2 Néphi 9:28).

L'accomplissement de ces prophéties est évident de nos jours.

La raison face à la révélation dans l'Histoire

Beaucoup d'écrivains ont analysé ce que le professeur Hugh Nibley appelle « la vieille lutte entre le réalisme entêté et la sainte tradition ». Il oppose ce qu'il appelle le sophisme, « les actions de l'esprit humain laissé à lui-même », à la mantique, « les oracles prophétiques ou inspirés, venant de l'autre monde ». Il date l'arrivée du sophisme au début du sixième siècle avant Jésus-Christ et accorde à Saint Augustin « l'accomplissement du processus d'éradication de la mantique de la culture antique » (Hugh Nibley, Three Shrines: Mantic, Sophic and Sophistic, The Ancient State, Salt Lake City, Deseret Book et Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1991, p. 315, 333, 354)

Moins d'un siècle après Jésus-Christ, l'influence de la philosophie grecque amena dans les doctrines et les pratiques quelques compromis qu'un expert a caractérisés comme étant la « négation du principe de la révélation au profit de l'intelligence humaine » (Stephen E. Robinson, Ensign, janvier 1988, p. 39). Le professeur Nibley cite la conclusion de Leclerq : « À partir du cinquième siècle, l'Église devint une 'entité intellectuelle' et depuis on voit dans l'Église un être de raison. » (Hugh Nibley, Paths That Stray, Some Notes on Sophic and Mantic, The Ancient State, p. 443)

Goethe soutint que « le plus profond, le seul thème de l'histoire humaine, qui rend tous les autres futiles, est le conflit entre le scepticisme et la foi. » (cité par H. Curtis Wright dans Scholar and Educator, automne 1988, p. 52)

Pour certains, ce conflit fut résolu pendant le « grand débat médiéval » que Richard M. Weaver a qualifié d' « événement crucial dans l'histoire de la culture occidentale ». Ce débat incluait une question, celle de savoir si les vérités éternelles étaient réelles. Weaver explique : « Le fond de la question, en fin de compte, est de savoir s'il existe une source de vérité plus grande que l'homme et indépendante de lui ; et la réponse à cette question est décisive pour notre façon de percevoir la nature et la destinée de l'humanité. Le résultat pratique de la philosophie nominaliste est de bannir la réalité qui est perçue par l'intelligence [je dirais, « par la révélation »] et de poser comme réalité [seulement] ce qui est perçu par les sens. Avec ce changement dans l'affirmation de ce qui est vrai, toute l'orientation des connaissances change et nous sommes sur la route de l'empirisme moderne. » (Richard M. Weaver, Ideas Have Consequences, Chicago et Londres, University of Chicago Press, 1948, p. 3)

Dans un discours à un public universitaire, Bruce L. Christensen, président du Public Broadcasting Service, a décrit les conséquences de cette philosophie : « En d'autres termes, il n'y avait pas de bien absolu. Il n'y avait pas de mal absolu, en fait, rien n'était absolu. Tous les absolus étaient seulement une convenance de l'esprit - ils existaient seulement de nom (nominativement) mais pas réellement. « Le premier principe du nominalisme était qu'il n'y a pas de source de vérité plus élevée que l'homme, ou indépendante de lui. Ce qui en découlait était de nier le fait que la connaissance pouvait être obtenue par un autre moyen que par la perception raisonnée des sens de l'homme. La révélation n'était plus un moyen acceptable d'accéder à la vérité. » (Bruce L. Christensen, First Principles First, Forum Address at Ricks College, Rexburg, Idaho, 19 novembre 1987)

L'écrivain russe et prix Nobel Alexandre Soljenitsyne a exprimé la même idée :

« L'erreur [dans la pensée occidentale] doit être à la racine, à la base véritable de la pensée humaine des siècles passés. Je fais référence à la façon occidentale prédominante de voir le monde qui est née pendant la Renaissance et qui a trouvé son expression politique à partir du siècle des Lumières. Elle devint la base du gouvernement et des sciences sociales et pourrait être définie comme de l'humanisme rationnel ou de l'autonomie humaniste : l'autonomie proclamée et renforcée de l'homme face à toute autre force au-dessus de lui... Cette nouvelle façon de penser, qui nous a imposé son influence, n'admettait pas l'existence intrinsèque du mal dans l'homme et ne voyait pas de plus grand dessein que de parvenir au bonheur sur terre. Elle a basé la civilisation occidentale moderne sur la dangereuse tendance à adorer l'homme et ses besoins matériels... Nous avons placé trop d'espoirs dans les réformes politiques et sociales, pour réaliser qu'en fin de compte, nous étions privés de notre possession la plus précieuse : notre vie spirituelle. » (Alexandre Soljenitsyne, Commencement Address, Harvard University Gazette, 8 juin 1978)

Malgré le conflit apparent entre la raison et la révélation, les points de vue rationnels et religieux du monde ne sont pas opposés. Le point de vue de la religion (du moins de la religion qui n'est pas édulcorée par l'apostasie) inclut les méthodes de raisonnement et les vérités déterminées par elles. En revanche, la perspective rationnelle exclut ce qui est surnaturel. Cette exclusion a été réalisée par la fusion de la religion et de la philosophie. Hugh Nibley explique que la nécessité perçue de cette fusion était « de surmonter les objections de la raison face à la révélation. C'est la fameuse réconciliation de Saint Augustin entre la recherche classique et la recherche chrétienne de la connaissance ». Il continue en décrivant les effets de cette fusion : « Mais comment pouvez-vous l'appeler réconciliation quand c'est toujours l'Église qui fait des concessions ? C'est toujours la raison qui doit être satisfaite et la révélation qui doit être manipulée de manière à apporter satisfaction ; il n'y a pas de compromis, mais une soumission totale. » (Hugh Nibley Three Shrines: Mantic, Sophic and Sophistic, The Ancient State, Salt Lake City, Deseret Book et Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1991, p. 367)

Le professeur H. Curtis Wright décrit les effets d'une longue interaction entre la religion et les sciences rationnelles : « La tendance générale de leur interaction est toujours à sens unique – vers la naturalisation de la religion, et non pas vers la surnaturalisation des sciences ou de l'éducation » (Scholar and Educator, automne 1988, p. 53). Ce qui est appelé ici la « naturalisation de la religion » a pour effet de nier l'existence de toute vérité ou valeur qui ne peut pas être démontrée par lesdites méthodes scientifiques ou naturelles. L'attachement fondamental et exclusif à la raison qui résulte de cette négation est à l'origine de nombreux débats publics. Ceux-ci comprennent la controverse actuelle des valeurs de l'enseignement dans les écoles publiques et la vieille controverse toujours d'actualité de savoir si les universités peuvent être simplement engagées dans la diffusion de la connaissance ou si elles doivent prendre part à la responsabilité d'une utilisation possible de cette connaissance (par exemple les armes atomiques).

La source du conflit traditionnel entre (1) la raison ou l'intelligence et (2) la foi ou la révélation est le rejet de la révélation par l'enseignant, et non pas le rejet de la raison par le prophète. La réalité et une meilleure compréhension de l'expérience religieuse devraient empêcher son rejet par les hommes raisonnables, mais de par sa nature, la révélation est difficilement acceptable dans le cadre des catégories proposées par les partisans de la raison. Le professeur Obert C. Tanner explique : « Nous parlons d'un fait établi qui cependant défie l'analyse intellectuelle. C'est une chose étrange qu'une expérience si décisive qui influence l'engagement et toute la vie d'une personne puisse être décrite comme ineffable, indescriptible et inexprimable. Il n'est pas étonnant que les universités... soient incapables d'aborder la religion si ce n'est par une approche superficielle - les idées sur la religion, et non pas l'expérience privée et personnelle de la religion. Il n'y a pas de doute que les Églises et les universités privées sont respectueuses mais réservées les unes vis à vis des autres. » (Obert C. Tanner, One Man's Search, Salt Lake City, University of Utah Press, 1989, p. 151)

Dans un discours adressé récemment à l'université Brigham Young, Boyd K. Packer a fait une différenciation pertinente entre la raison et la révélation appliquées au contexte universitaire :

« Il y a deux postulats opposés dans l'environnement universitaire. D'un côté, 'voir c'est croire' ; d'un autre côté 'croire c'est voir'. Les deux sont vrais ! Chacun à sa place. La combinaison des deux, individuellement ou en tant qu'institution, est le défi de la vie...

« Chacun de nous doit s'accommoder de l'association de la raison et de la révélation dans sa vie. Non seulement l'Évangile le permet mais il le requiert. Un individu qui se concentre sur un de ces aspects seulement perdra à la fois l'équilibre et la perspective. L'Histoire confirme le fait que le contexte universitaire favorise toujours la raison, au détriment du travail de l'Esprit, ce qui crée un malaise. Je ne connais pas d'exemple du contraire. »

Frère Packer a ensuite plaidé pour « la fusion de la raison et de la révélation [qui] produira un homme ou une femme de valeur éternelle. » (Boyd K. Packer, I Say unto You, Be One, Devotional Address at Brigham Young University, 12 février 1991)

La raison seule ?

Quand des personnes tentent de comprendre ou commencent à critiquer l'Évangile de Jésus-Christ ou les doctrines et les pratiques de son Église par le raisonnement seul, le résultat est connu d'avance. Personne ne peut trouver Dieu ou comprendre ses doctrines ou ses ordonnances sans utiliser les moyens qu'il a prescrits pour recevoir les vérités de son Évangile. C'est la raison pour laquelle les vérités de l'Évangile ont été corrompues et que les sacrements ont été transformés lorsque leur signification et leur mise en application ont été laissées à l'interprétation et à l'enseignement d'érudits qui ont rejeté les révélations et n'avaient pas l'autorité divine.

Je crois que c'est la raison pour laquelle le Seigneur a souvent appelé ses porte-parole - ses prophètes - parmi les gens peu instruits, ceux qui n'étaient pas affectés par le raisonnement des hommes et qui par conséquent étaient réceptifs aux révélations de Dieu. Le président Spencer W. Kimball a expliqué : « Le Seigneur semble n'avoir jamais encouragé l'ignorance, et pourtant, dans de nombreux cas, les plus érudits se sont révélés hermétiques à la spiritualité, et il a dû se servir de géants spirituels moins instruits pour mener à bien son oeuvre. » (The Teachings of Spencer W. Kimball, éd. Edward L. Kimball, Salt Lake City, Bookcraft, 1982, p. 388-389)

L'apôtre Paul expliqua cela aux saints de Corinthe. Il leur dit qu'il n'allait pas prêcher l'Évangile « avec la sagesse des mots », parce que « la prédication de la croix » était « une folie » pour les sages de ce monde (1 Corinthiens 1:17-18). Mais les sages de ce monde seraient détruits car il a été écrit que le Seigneur détruira « la sagesse des sages, et [anéantira] l'intelligence des intelligents » (1 Corinthiens 1:19). À l’opposé, ceux qui placeraient leur foi dans ce que Paul appela crûment « la folie de la prédication » seraient sauvés (1 Corinthiens 1:21). Il expliqua :

« Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés il n'y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages ; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu'on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu » (1 Corinthiens 1:25-29 ; voir aussi 1 Corinthiens 3:18-20).

Ceux qui s'appuient exclusivement sur l'étude et la raison rejettent tous les absolus qui ne peuvent être établis par les cinq sens ou restent soupçonneux à leur égard, y compris à l'égard du bien et du mal et de l'existence et de l'omniscience de Dieu. Ils rejettent aussi toutes les autres méthodes pour acquérir la connaissance, y compris la révélation. Ils ont tendance à être suffisants et imbus d'eux-mêmes et de leurs opinions. La raison est leur dieu et l'intellectualisation est leur credo. Ils sont dans « le vaste et spacieux édifice » qui, dans la vision d'un ancien prophète, représente la « sagesse » et « l'orgueil du monde » (1 Néphi 11:35-36). On peut dire d'eux, comme Etienne dit des enfants d'Israël qui avaient fabriqué un veau d'or à l'époque d'Aaron : « ils se réjouirent de l'oeuvre de leurs mains » (Actes 7:41). Cette adoration de soi et cette autosuffisance sont sûrement condamnées par le commandement éternel : « Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. » (Exode 20:3)

La dépendance exclusive de l'apprentissage par l'étude et la raison a exercé une influence au-delà des domaines temporels. Elle a aussi affecté la théologie chrétienne. Le professeur baptiste Dr. Ben C. Fisher a écrit :

« Pendant plus de cent ans, la théologie moderne a dévié à un rythme accru vers le temporel. La vue surnaturelle traditionnelle de l'homme a été supplantée par une vision entièrement rationnelle de son comportement, de sa place et de ses activités dans le monde... L'Évangile centré sur le Christ et ses exigences éthiques simples mais sans compromis a été affaibli, jusqu'au nom même du Christ, qui, à quelques exceptions près, a disparu du centre des écrits et des pensées théologiques... Le retour de l'autorité des Écritures ne requiert pas le renoncement à l'éducation, mais il requiert la réaffirmation de la primauté de la révélation. » (Ben C. Fisher, The Idea of a Christian University in Today's World, Macon, Georgia, Mercer University Press, 1989, p. ix-x)

Ceux qui rejettent la révélation et qui approchent Dieu et l'étude de son Évangile seulement par les méthodes de la recherche, de la délibération et du débat d'experts sont comme les dirigeants qui ont persécuté Jésus pour avoir accompli une guérison le jour du Sabbat. En réponse à leurs attaques, le Sauveur enseigna cette leçon à propos des méthodes de Dieu et de celles du monde : « Je suis venu au nom de mon Père, et vous ne me recevez pas ; si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez. Comment pouvez-vous croire, vous qui tirez votre gloire les uns des autres, et qui ne cherchez point la gloire qui vient de Dieu seul ? » (Jean 5:43-44)

Jésus enseigna cette même leçon à Pierre. Lorsque le Sauveur dit à ses disciples qu'il devait aller à Jérusalem pour souffrir beaucoup de choses, être mis à mort et ressusciter, le chef des apôtres déclara que ces choses n'arriveraient pas. Jésus le réprimanda, en disant : « Arrière de moi, Satan ! tu m'es en scandale ; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu mais celles des hommes. » (Matthieu 16:23)

Dans chacun de ces exemples le Sauveur a proclamé la suprématie des affaires de Dieu sur celles des hommes. En une autre occasion il a appliqué ce principe pour enseigner à ses critiques endurcis la prééminence du prophète sur l'érudit. Jésus faisait face à un groupe d'hypocrites qui avaient érigé des monuments à la mémoire des prophètes que leurs prédécesseurs avaient assassinés, alors qu'eux-mêmes rejetaient les prophètes que Dieu leur envoyait. Dans ce que je comprends comme étant une condamnation de leur rejet de la compréhension de la plénitude de l'Évangile par la révélation, le Seigneur maudit les docteurs de la loi : « Car vous avez enlevé la clef de la connaissance, la plénitude des Écritures ; vous n'entrez pas vous-mêmes dans le royaume, et ceux qui y entraient, vous les avez empêchés. » (Luc 11:47-49, 53 ; traduction de la Bible par Joseph Smith)

Jésus enseigna aussi la prééminence des méthodes du Seigneur sur celles des hommes en donnant un avertissement contre les intérêts personnels de ces érudits qui proclament leur propre connaissance : « Celui qui parle de son chef recherche sa propre gloire ; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l'a envoyé, celui-là est vrai, et il n'y a point d'injustice en lui. » (Jean 7:18)

Ce même thème revint quand Jésus expliqua pourquoi quelques dirigeants convertis ne voulaient pas avouer qu'ils croyaient en lui de crainte d'être chassés de la synagogue : « Car ils aim[ent] la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu. » (Jean 12:43)

La manifestation moderne de l'éducation « à la carte » fut prophétisée par Néphi : « Les Gentils ont édifié de nombreuses Églises. Cependant, ils nient le pouvoir et les miracles de Dieu, et ils se prêchent leur propre sagesse et leur propre science pour en obtenir du gain et pour écraser les pauvres. » (2 Néphi 26:20)

La prophétie de Néphi vise certainement ceux qui utilisent les études supérieures comme leur Église, qui vivent leur dévotion « religieuse » dans les bibliothèques et les laboratoires, et qui avancent une explication rationnelle à tous les miracles de Dieu. Comme Néphi l'expliqua :

« Car il arrivera en ce temps-là, que... les Églises qui se sont établies, et qui ne le sont point dans le Seigneur... se disputeront l'une avec l'autre ; et leurs prêtres se disputeront les uns avec les autres et ils enseigneront avec leur science et renieront le Saint-Esprit qui donne le pouvoir de s'exprimer.

« Et ils nient la puissance de Dieu, le Très-Saint d'Israël ; et ils disent au peuple : Ecoutez-nous, et entendez notre précepte ; car voici, il n'y a point de Dieu aujourd'hui ; le Seigneur et le Rédempteur a fini son oeuvre, et il a donné son pouvoir aux hommes ; écoutez donc mon précepte ; s'ils vous disent : Un miracle a été fait par la main du Seigneur, ne le croyez pas ; car aujourd'hui il n'est plus un Dieu de miracles ; il a fini son oeuvre. » (2 Néphi 28:3-6)

Cette erreur a pour conséquence ce que Néphi a défini en disant : « Ils s'égarent en bien des cas, parce qu'ils sont instruits par les préceptes des hommes. » (2 Néphi 28:14)

De tels enseignements nous montrent l'authenticité et la valeur du Livre de Mormon. Ecrit sous l'inspiration, il est un antidote infaillible face à la confusion doctrinale et aux attitudes excessives d'aujourd'hui. Néphi en donna la raison lorsqu'il exposa le but de ses écrits qui devinrent la première partie du Livre de Mormon : « C'est pourquoi, je n'écris point les choses qui plaisent au monde, mais celles qui plaisent à Dieu et à ceux qui ne sont point du monde. » (1 Néphi 6:5)

À notre époque, le conseil nous mettant en garde contre le fait d'acquérir la connaissance spirituelle à la façon des hommes nous a été répété : « Ne nie pas l'esprit de révélation, ni l'esprit de prophétie car malheur à celui qui les nie » (D&A 11:25 ; voir aussi 1 Thessaloniciens 5:19-20). Bruce R. McConkie expliqua ce principe et nous donna des exemples : « Un degré particulier de jugement est requis pour prouver quoi que ce soit dans le domaine spirituel. Aucune recherche scientifique ou intellectuelle, aucun processus d'enquête connu de l'homme ne peut démontrer que Dieu est une personne, que tous les hommes se lèveront dans l'immortalité, et que les âmes pénitentes sont nées de l'Esprit... Les vérités spirituelles ne peuvent être prouvées que par des moyens spirituels. » (Bruce R. McConkie, The Millennial Messiah, Salt Lake City, Deseret Book, 1982, p. 175)

Il est impossible d'acquérir des connaissances spirituelles uniquement par l'étude et le raisonnement. Pour s'approcher de Dieu et comprendre les doctrines de son Évangile, l'étude et le raisonnement sont insuffisants malgré leur valeur essentielle et bénéfique. Nous ne pouvons arriver à la connaissance du divin alors que nous rejetons ou n'utilisons pas la méthode indispensable que Dieu a prescrite pour y parvenir. Les connaissances spirituelles doivent être acquises à sa manière, c'est à dire par la foi en Dieu et la révélation du Saint-Esprit.

Au cours des années, les intellectuels ont publié des revues et organisé des conférences et des symposiums pour étudier l'histoire de l'Église, la raison d'être des principes de l'Évangile, et pour partager des points de vue sur la façon d'appliquer les principes de l'Évangile aux problèmes contemporains. Il m'a quelquefois été demandé : « Qu'est-ce qui ne convient pas dans de telles démarches ? » À mon avis, tant que ces démarches sont privées et individuelles et qu'elles n'impliquent pas l'aide ou l'approbation de l'Église, il n'y rien à redire, dans la mesure où ceux qui y participent comprennent et acceptent les limites de l'étude et du raisonnement dans une telle entreprise. Malheureusement, beaucoup ne le font pas.

Le défaut que j'ai observé dans de telles activités est que pour certains participants, ces démarches ne sont pas une introduction ou un complément à la foi et à la révélation mais en sont (ou en deviennent) des substituts. Ceci n'est pas à la manière du Seigneur.

Il existe un danger et un principe qui, tels que je les vois, peuvent être exprimés en comparant la révélation (qui est vitale pour la connaissance de l'Évangile et la continuation de la vie spirituelle) à l'action de l'oxygène. Pour les besoins de cette analogie, nous allons comparer le raisonnement à l'action du méthane. Dosé correctement, le méthane fournit la lumière et le combustible pour des tâches utiles. Mais si le méthane vient à envahir l'atmosphère, il chasse l'oxygène. Ceux qui se trouvent dans une pièce envahie par le méthane peuvent mourir par manque d'oxygène, et ceci sans signe avant-coureur pour les victimes.

Comme le méthane dans cette analogie, les discussions savantes à propos de l'Évangile peuvent être utiles, mais elles ne peuvent pas à elles seules, fournir la nourriture nécessaire à la vie spirituelle. De plus, elles ont tendance, si elles ne sont pas attentivement encadrées et contrôlées, à devenir à un tel point prépondérantes dans l'atmosphère qu'elles peuvent détruire la vie spirituelle.

En résumé, mon souci pour ceux qui dirigent les revues, les conférences et les symposiums, n'est pas l'excès de discussions ou de raisonnement, mais le manque de révélation dans la mesure où ils auront négligé (ou en viendront à négliger) la prière, l'étude des Écritures, l'humilité et la foi. Et, comme Neal A. Maxwell l'a remarqué : « Sans la foi réelle et la soumission qui en découle, tôt ou tard les gens trébucheront sur une chose ou une autre. » (Neal A. Maxwell, Not My Will, But Thine, Salt Lake City, Bookcraft, 1988, p. 32)

Les membres de L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours devraient respecter la différence entre la manière d'acquérir et de comprendre ce qui est spirituel et la manière d'acquérir et de comprendre ce qui est temporel. L'instruction, les conférences, les symposiums et la confrontation de points de vue opposés dans un débat contradictoire sont des moyens acceptables pour acquérir davantage de connaissance et de compréhension, mais ils ne sont pas appropriés pour acquérir et comprendre ce qu'il y a de plus sacré, la connaissance de Dieu et des mystères de son Évangile. Les vérités et le témoignage de l'Évangile sont donnés par le Saint-Esprit grâce à la recherche dans un esprit de prière, à la foi, à l'étude des Écritures, à une vie de justice, à l'écoute des indications et des conseils inspirés, à des conversations édifiantes avec ceux qui ont la foi, à une étude personnelle dans un esprit d'humilité et à une méditation sereine.

La relation entre la raison et la révélation

Ceux qui font des recherches dans le domaine spirituel par l'étude et le raisonnement, ainsi que par la foi et la révélation, rencontreront toujours la difficulté d'établir une relation entre ces deux méthodes. Ce sujet a intrigué les hommes de raison et les hommes de foi depuis les temps les plus anciens. Je vais présenter trois des nombreux exemples d'application de cette relation dans l'acquisition de la connaissance du divin.

1. Partenaires égaux

Après avoir donné un discours sur l'importance de la révélation dans l'étude de l'Évangile, un ami m'a fait part de son analyse sur la relation entre le raisonnement et la révélation (qu'il appelait l' « Esprit »). Il avançait l'idée qu'ils étaient des partenaires égaux, chacun permettant de contrôler l'autre. Avec son autorisation, je le cite :

« Les deux peuvent ou devraient agir pour se compléter l'un l'autre, être un contrôle et s'équilibrer mutuellement. Les propositions honnêtes de l'un sont soumises à l'examen de l'autre. S'appuyer exclusivement sur l'un des deux conduit à un excès destructeur. L'Histoire a démontré que trop s'appuyer sur l'Esprit à l'exclusion de la raison mène au fanatisme, à l'intolérance et à l'effusion de sang, et, en général, à d'autres manifestations d'une subjectivité extrême. De même, trop s'appuyer sur la raison ou l'intelligence a souvent détruit la foi et conduit à un cynisme stérile...

« Votre thèse implique-t-elle que le mode de contrôle ou d'équilibre entre la raison et l'Esprit dont j'ai parlé est mal conçu ? L'Esprit et la raison ne peuvent-ils pas travailler comme des partenaires égaux, ou, du moins, ne pouvons-nous pas les faire travailler ensemble harmonieusement, et en fait n'est-ce pas ce que nous devrions rechercher ? Et quand ils ne s'harmonisent pas ou ne semblent pas pouvoir le faire (pour moi, habituellement, ils le font), ne sommes-nous pas justifiés en mettant de côté notre jugement ? en ne déclarant pas l'un juste et l'autre faux ? en attendant patiemment ou en recherchant une meilleure explication ? » (Lettre à l'auteur en date du 19 avril 1989)

J'ai répondu :

« Bien que je croie que chacun se réfère au raisonnement et à l'Esprit (et, évidemment, que certains utilisent mieux le raisonnement que d'autres et que certains entendent [ressentent] mieux l'Esprit que d'autres), je ne crois pas qu'ils sont des « partenaires égaux » et que là où ils « ne s'harmonisent pas », nous sommes « justifiés de mettre de côté notre jugement ». La raison pour laquelle je ne crois pas cela, c'est que je ne connais pas de moyen de prouver par le raisonnement quelques-unes des réalités fondamentales, telles que l'existence de Dieu et le pouvoir de l'expiation. C'est pourquoi, à moins que nous ne donnions la priorité à l'Esprit (dans l'exercice de la foi qui est le premier principe de l'Évangile), nous deviendrons agnostiques pour toujours.

« J'ai vécu de nombreuses expériences où la raison me conduisait à une conclusion, tandis que l'Esprit et la foi me montraient un autre chemin. À mon avis, la mesure dans laquelle quelqu'un peut entendre [ressentir] l'Esprit et a la foi de suivre ses incitations dans le cadre des sujets dont je parlais dans mon discours, est un des meilleurs indicateurs de foi et de spiritualité. Ceci laisse évidemment beaucoup de place à la raison pour intervenir, mais ne lui confère pas un rôle équivalent dans le domaine de la connaissance de Dieu, dans l'étude de ses commandements, et dans la compréhension de la doctrine du Royaume. » (Lettre de l'auteur en date du 27 avril 1989)

Si ma conviction est correcte, à savoir que le raisonnement et la révélation ne sont pas des partenaires égaux, la question se pose de savoir si l'un domine toujours l'autre ? Quelques-uns ont suggéré que la raison est toujours dominante. De ceci résulte que nous perdons foi en tout ce qui ne peut être prouvé par la raison. D'autres ont insisté sur le fait que ce qu'on appelle « révélation » doit toujours prévaloir, quoi que dicte le raisonnement. Personnellement, je n'aime pas ces deux extrêmes. Il y a certainement une meilleure explication de la relation entre le raisonnement et la révélation, plus proche de la vérité.

2. Une souveraineté partagée

Une autre approche consisterait à dire que dans certains sujets le raisonnement est la manière la plus plausible d'acquérir de la connaissance et que d'en d'autres, c'est la révélation. Cette idée suppose une ligne de séparation dans le monde de la connaissance. D'un côté la priorité est donnée au raisonnement, de l'autre, à la révélation. Cette conception a été adoptée à la fois par les hommes d'Église et les philosophes, bien qu'ils ne soient pas nécessairement d'accord quand il s'agit de situer cette ligne.

Les propos suivants du philosophe Mortimer J. Adler, parus dans un article récent, illustrent cette idée. En décrivant la religion comme « un acte pur de foi, qui ne peut être soutenu ou défié par l'analyse rationnelle ou la connaissance empirique du monde », il conclut : « Dans toute l'étendue de notre compréhension scientifique du monde telle qu'elle est acceptée actuellement, je ne trouve rien qui amène une seule difficulté nouvelle dans notre pensée à l'égard de Dieu, ou qui présente un obstacle intellectuel à notre affirmation de l'existence de Dieu. En résumé, ... rien que je puisse apprendre par la science n'a d'incidence sur ma manière de penser lorsque je me pose la question de savoir si Dieu, tel qu'il est conçu, existe ou non. » (Mortimer J. Adler Concerning God, Modern Man and Religion, Aspen Quarterly, hiver 1990, p. 100, 110)

Sa définition de la religion reposant sur sa foi permet à Adler de rendre hommage à la religion tout en rejetant comme simples « superstitions » des croyances et des pratiques religieuses qui vont à l'encontre de ce qu'il considère comme des faits scientifiquement prouvés. Son analyse est un défi pertinent pour ceux dont la conviction religieuse est principalement fondée sur l'héritage ou sur les affinités culturelles. Il explique :

« En voyant la croissance apparente de la laïcité ou de l'irréligion dans notre société occidentale, je suggère l'idée que les hommes et les femmes qui ont abandonné la religion à cause de l'influence sur leur esprit de la science et de la philosophie modernes n'étaient pas, initialement, vraiment croyants, mais seulement superstitieux. La prédominance de la science dans notre culture a remplacé un grand nombre de croyances superstitieuses qui faisaient partie de leur conviction religieuse... La progression de la laïcité et de l'irréligion dans notre société n'est pas le reflet de la diminution du nombre de personnes vraiment pieuses, mais de celles qui sont faussement pieuses, c'est-à-dire qui sont tout simplement superstitieuses. » (op. cit., p. 112)

De nombreux croyants font aussi une distinction entre le domaine de la foi et celui des sciences, mais quelques uns seraient sûrement en désaccord sur l'emplacement et la manière dont Adler trace la ligne de séparation entre ces deux domaines. Par exemple, Robert J. Matthews, ancien doyen de l'Enseignement Religieux à l'université Brigham Young, fait une distinction très nette « entre ce que nous appelons la vérité naturelle ou profane et la vérité spirituelle ». Il explique :

« Jacob dénonce vigoureusement le fait de placer sa confiance dans la sagesse et les sciences du monde, en particulier lorsque ces dernières empêchent quelqu'un de parvenir à une connaissance de l'Évangile et de l'accepter, ou en détournent ceux qui l'ont déjà. Le Livre de Mormon traite fréquemment de l'antagonisme entre les sciences du monde et ce qui vient de Dieu (voir, par exemple 2 Néphi 26-29 ; Jacob 4:14)... Le Livre de Mormon fait donc une distinction importante entre le profane et le spirituel. » (Robert J. Matthews, A Bible ! A Bible !, Salt Lake City, Bookcraft, 1990, p. 165, 162)

Bien qu'ils reconnaissent l'existence d'une séparation entre les domaines profane et spirituel, le professeur Matthews et le philosophe Adler ne s'entendraient sûrement pas sur l'emplacement de la ligne qui les sépare. Adler part de ce que la science a prouvé selon lui et il ne concède la suprématie à la religion, que dans ce qui reste. Adler insiste :

« Les vérités de la religion doivent être compatibles avec les vérités de la science et de la philosophie. Au fur et à mesure que la connaissance scientifique progresse et que l'analyse philosophique s'affine, la religion est progressivement débarrassée des superstitions qui se sont accumulées au gré des circonstances. Ceci étant, il est donc aujourd'hui plus facile que jamais de croire en une religion plus pure, précisément en raison des progrès qui ont été faits par la science et la philosophie. Autrement dit, c'est plus facile pour ceux qui veulent avoir une vision claire et une pratique pure de la religion, mais pas pour ceux dont la dépendance envers la religion n'est guère plus qu'une adhésion servile à une tradition superstitieuse. Depuis les origines, un petit nombre seulement est parvenu à une religion pure. La vaste majorité de ceux qui donnèrent à leur époque et à leur société l'apparence d'être religieux, étaient principalement et essentiellement superstitieux. » (Mortimer J. Adler Concerning God, Modern Man and Religion Aspen Quarterly, hiver 1990, p. 112-113)

En revanche, le professeur Matthews attribue la suprématie du raisonnement ou celle de la révélation en fonction du domaine traité : « Des vérités différentes sont perçues de différentes manières par l'esprit de l'homme. Nous percevons la plupart des vérités auxquelles nous sommes soumis dans la condition mortelle par nos sens naturels, mais nous percevons certaines des vérités nécessaires à la rédemption de notre âme par la révélation, par l'intermédiaire du Saint-Esprit. Nous comprenons ces vérités non seulement par nos facultés intellectuelles mais grâce au discernement spirituel. » (Robert J. Matthews, A Bible ! A Bible !, Salt Lake City, Bookcraft, 1990, p. 162)

En accord avec le professeur Matthews, je rejette bien sûr la suggestion émise par Adler que chaque croyance ou pratique religieuse allant à l'encontre de ce qu'il appelle « les vérités de la science » est une superstition qui doit être rejetée. Le monde des religions a manifestement ses superstitions, mais, de la même manière, le monde de la science a ses théories non valides et ses preuves erronées. De même que la superstition peut se déguiser en vérité religieuse, les théories scientifiques et les preuves erronées peuvent se déguiser en fait scientifique. Comme un commentateur saint des derniers jours a remarqué :

« La science est merveilleuse, mais reste limitée. Les théories scientifiques changent, portant presque toujours la marque des querelles entre factions. C'est la nature même de la théorisation scientifique, à laquelle on ne peut échapper. Il me semble essentiel que nous ne perdions pas de vue cette limite, de crainte que la science n'en arrive à 'tromper même les élus'. À propos des étudiants de l'université Brigham Young qui ont perdu leur témoignage à cause de la théorie habile sur 'l'évolution de l'homme' (répandue il y a une vingtaine d'années et maintenant en complet désarroi, comme le montre la controverse Leakey-Johanson), Nibley déplore : 'Il est triste de constater combien de ces assertions qui ont éloigné de l'Évangile quelques-uns de nos meilleurs étudiants se sont avérées être complètement fausses ! » (Charles L. Boyd, Forever Tentative, Dialogue, 22, hiver 1989, p. 149, citant Hugh Nibley, Old Testament and Related Studies, Salt Lake City, Deseret Book et Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1986, p. 57)

Beaucoup parmi ceux qui se sont égarés faute d'avoir su discerner entre la science et la religion ont été influencés par l'un ou l'autre des protagonistes qui essaie d'occuper et de contrôler le terrain au-delà des limites de sa spécialité : les hommes d'Église qui se prononcent sur la science et vice versa. À mon avis, ces deux genres d'extraterritorialité sont inappropriés.

Je me souviens très bien du ressentiment que j'ai éprouvé lorsqu'un acteur de renom, invité à l'université Brigham Young pour faire part de ses idées à propos des arts, fit un sermon sur la pollution de l'air causée par le chauffage au charbon de l'université. Je ressens la même chose chaque fois que quelqu'un utilise sa réussite ou son expérience dans un domaine de connaissance pour donner de l'ampleur et du poids à ses déclarations dans un tout autre domaine.

Tous les experts sont tentés de revendiquer leur savoir dans un domaine qui n'est pas le leur, tel ce professeur de droit que quelqu'un a décrit comme un expert en droit britannique quand il était aux États-Unis et un expert en droit des États-Unis quand il était en Grande Bretagne. Quiconque prétend utiliser le savoir acquis dans un domaine pour émettre des déclarations qui font autorité dans un autre domaine, laisse supposer l'existence d'une unité de principes entre ces domaines qu'il est facile d'avancer mais pas de démontrer.

La manière de faire la distinction entre l'acquisition des connaissances profanes et l'acquisition des connaissances spirituelles m'est familière. Elle est à la base de mes références fréquentes au caractère essentiel de la révélation dans l'acquisition de la connaissance spirituelle. Bien sûr, ces domaines ne sont pas mutuellement exclusifs, la révélation étant possible dans l'acquisition de la connaissance profane, et le raisonnement étant essentiel dans l'acquisition de la connaissance spirituelle. S'il est vrai que nous comprenons les vérités profanes essentiellement par l'étude et par le raisonnement, dans l'acquisition de la connaissance spirituelle c'est la révélation qui a le dernier mot.

3. La chronologie

Une autre relation entre le raisonnement et la révélation dans l'acquisition de la connaissance sacrée a été décrite par la révélation moderne. Cette relation est chronologique. L'étude et le raisonnement viennent en premier. La révélation en second.

Nous voyons cela dans la tentative d'Oliver Cowdery de traduire les annales anciennes. Après qu'il ait échoué, le Seigneur lui dit quelle en était la raison : il avait eu « pour seul souci » de demander à Dieu. Il aurait dû l'étudier dans son esprit et demander ensuite si c'était juste. Ce n'est qu'après s'être appliqué à étudier et à raisonner que le Seigneur aurait confirmé ou infirmé la justesse de la traduction qu'il proposait. Le texte n'aurait pu être rédigé qu'après qu'il eut reçu cette révélation, parce que, dit le Seigneur : « tu ne peux écrire ce qui est sacré que si cela t'est donné de moi » (D&A 9:7-9).

Cette révélation enseigne que dans l'acquisition de la connaissance spirituelle, le raisonnement n'est pas une alternative à la révélation. L'étude et le raisonnement peuvent permettre de trouver la vérité dans de nombreux domaines, mais seule la révélation peut la confirmer. L'étude et le raisonnement sont un moyen en vue d'une fin, et cette fin est la révélation venant de Dieu.

Cette relation chronologique est quelque peu comparable à la procédure scientifique que j'ai apprise étant jeune. Je travaillais en tant que technicien dans une petite station de radio. Je possédais une licence de transmetteur-radio. Je savais que le démarrage des amplificateurs était délicat. D'abord, nous faisions préchauffer les filaments des lampes. Ces filaments, semblables à ceux des ampoules électriques, atteignaient la température requise au bout de trente secondes. Alors seulement nous pouvions tourner l'interrupteur pour passer en alimentation à haute tension, ce qui plaçait le signal du transmetteur amplifié en « passage à l'antenne ». Chaque étape était essentielle, et chacune devait se faire dans un ordre correct. Autrement, il n'y aurait pas de signal radio, et les lampes pourraient même être sérieusement endommagées.

Cette analogie avec la radio peut être appliquée au dispositif de réception dont le Créateur a doté chacun d'entre nous. D'abord, nous préchauffons le mécanisme par l'étude et par le raisonnement. Puis nous sollicitons le pouvoir de la révélation de façon à recevoir la communication désirée.

La relation chronologique entre le raisonnement et la révélation

Dans la relation chronologique entre le raisonnement et la révélation, il est important que le raisonnement ait le « premier mot » et que la révélation ait le « dernier mot ».

Dans cette chronologie, le raisonnement peut fonctionner au maximum et proposer une solution. De plus, alors que nous recherchons une certitude ou d'autres conseils par la révélation, le raisonnement peut servir d'étalon pour filtrer les contrefaçons de la révélation et pour authentifier la révélation véritable. Cette recherche est nécessaire car, de même qu'il y a de mauvais raisonnements, il y a également de fausses révélations.

Les premiers membres de l'Église rétablie furent mis en garde à propos des dons spirituels, afin qu'ils ne soient pas trompés (D&A 46:8). Le Seigneur définit les sources de la tromperie par ces mots : « ...afin de ne pas être séduits par des esprits mauvais, par des doctrines de démons ou par les commandements des hommes, car certains viennent des hommes et d'autres des démons. » (D&A 46:7)

Boyd K. Packer explique : « Toutes les inspirations ne viennent pas de Dieu (voir D&A 46:7). Le malin a le pouvoir d'interférer dans les canaux de la révélation et d'envoyer des signaux conflictuels qui peuvent nous égarer et apporter de la confusion. Il y a des incitations qui proviennent des sources du mal et qui sont si parfaitement contrefaites qu'elles trompent même les élus (voir Matthieu 24:24) » (Boyd K. Packer, Let Not Your Heart Be Troubled, Salt Lake City, Bookcraft, 1991, p. 212)

Le résultat est que nous avons besoin du raisonnement pour établir l'authenticité de la révélation. Ensuite, une fois qu'elle est authentifiée, la vraie révélation peut être communiquée sous ses diverses formes et remplir ses diverses fonctions.

Par ce moyen et dans cette chronologie, le raisonnement filtre la révélation, puis la révélation confirme ou rejette le raisonnement. En ce qui concerne la connaissance sacrée, le fait que le raisonnement ait le premier mot a autant d'importance que le fait que la révélation ait le dernier mot. Je crois que ceci est une des significations du commandement du Seigneur à son peuple de chercher « la science par l'étude mais aussi par la foi » (D&A 88:118).

La raison authentifie la révélation

Il y a au moins trois tests que la raison peut utiliser comme étalon pour vérifier l'authenticité de la révélation. La vraie révélation passera avec succès les trois tests et la fausse révélation (dont la source provient « des hommes » et « du diable ») échouera au moins à l'un d'entre eux.

1. La vraie révélation édifie celui qui la reçoit. En conséquence elle doit être formulée par des mots qui sont cohérents ou par un sentiment dont le message peut être compris par celui qui est spirituellement réceptif.

L'apôtre Paul enseigna ce principe à ceux qui comparaient le don des langues au don de prophétie. « Puisque vous aspirez aux dons spirituels, que ce soit pour l'édification de l'Église que vous cherchiez à en posséder abondamment... Que tout se fasse pour l'édification » (1 Corinthiens 14:12, 26).

Dans une révélation moderne donnée pour instruire les saints sur la manière de faire la distinction entre les révélations du Seigneur et celles des « faux esprits qui s'en sont allés parcourir la terre pour séduire le monde » (D&A 50:2), le Seigneur déclara : « Ce qui n'édifie pas n'est pas de Dieu et est ténèbres » (D&A 50:23). De même, Joseph Smith, le prophète, enseigna aux membres : « Ne parlez pas en langues s'il n'y a pas d'interprète présent » (Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 199). Les glossolalies et autres communications incohérentes ne peuvent pas être des révélations de Dieu.

Le test de l'édification comme moyen de filtrer les révélations fausses et trompeuses de Satan a été réaffirmé à Joseph Smith, le prophète, dans une révélation ultérieure. Cette révélation précise également d'autres tests qui ont un lien entre eux : la prière, l'esprit contrit, le langage doux, le respect des ordonnances de l'Évangile et le contrôle de soi.

« De plus, je vais vous donner un exemple en toutes choses afin que vous ne soyez pas séduits ; car Satan est en liberté dans le pays et il s'en va, séduisant les nations – C'est pourquoi, celui qui prie, dont l'esprit est contrit, celui-là est accepté de moi, s'il obéit à mes ordonnances.

« Celui qui parle, dont l'esprit est contrit, dont le langage est humble et édifiant, celui-là est de Dieu, s'il obéit à mes ordonnances. Et de plus, celui qui tremble sous mon pouvoir sera rendu fort et produira des fruits de louange et de sagesse, selon les révélations et les vérités que je vous ai données. Et de plus, celui qui est vaincu et ne porte pas de fruits, à savoir selon cet exemple, n'est pas de moi. » (D&A 52:14-18)

L'application de ces tests pour évaluer et authentifier la révélation ou l'inspiration implique bien sûr que la personne qui reçoit la révélation doit utiliser les techniques de l'étude et du raisonnement.

2. Le contenu d'une vraie révélation doit être en fonction du poste occupé dans l'Église et des responsabilités de la personne qui la reçoit. Le Seigneur enseigna ce principe à l'Église au début du rétablissement par une révélation qui expliquait à Oliver Cowdery que personne n'était nommé pour recevoir des révélations et des commandements pour l'Église entière excepté Joseph Smith, le prophète : « Car tout doit se faire avec ordre. » Les révélations reçues par un membre de l'Église, Hiram Page, étaient des tromperies de Satan. « Car, voici, il n'a pas été chargé de faire cela. » (D&A 28:13, 12)

Quelques mois plus tard, une autre révélation réaffirma aux anciens de l'Église que « les révélations et les commandements » seraient reçus uniquement par le prophète que le Seigneur avait nommé, et que « nul autre ne sera nommé à ce don si ce n'est par son intermédiaire ». Ceux qui seraient choisis par le Seigneur pour exercer ce don « entrer[ont] par la porte et ser[ont] ordonné[s] comme je vous l'ai dit précédemment » - excluant ainsi la possibilité de nominations ou d'appels secrets pour recevoir la révélation. « Et ceci sera une loi pour vous, pour que vous n'acceptiez pas comme révélations et commandements les enseignements de quiconque viendra devant vous. Et ceci, je vous le donne, afin que vous ne soyez pas séduits afin que vous sachiez qu'ils ne sont pas de moi. » (D&A 43:2-7)

Selon ces principes, les révélations pour une paroisse viennent à l'évêque ; celles pour une famille viennent à son chef ; et celles destinées à une personne lui viennent directement. Quelqu'un ne reçoit pas de révélation pour son voisin, et celui qui n'a pas été publiquement appelé et mis à part selon le gouvernement et les procédures de l'Église ne reçoit pas de révélations pour commander ou guider l'Église ou un groupe de ses membres. Un des indices les plus sûrs pour identifier les fausses révélations (celles émanant d'hommes ou du diable) est que leur contenu, analysé par le raisonnement, est transmis par des canaux autres que ceux prescrits par le Seigneur.

3. La vraie révélation doit être en accord avec les principes de l'Évangile tels qu'ils sont révélés dans les Écritures et dans les enseignements des prophètes. Le Seigneur ne donnera pas de révélation en contradiction avec les principes de l'Évangile. Sa maison est une maison d'ordre.

Des révélations peuvent s'ajouter à l'ensemble de la connaissance de l'Évangile déjà reçu (« ligne sur ligne, précepte sur précepte », D&A 98:12), guider les dirigeants dans l'exercice de leur responsabilité dans l'Église, ou aider les membres de l'Église à mettre en pratique les principes de l'Évangile dans des situations particulières. Le Seigneur peut, de lui-même, ou par l'intermédiaire de son porte-parole désigné, changer les ordonnances et les pratiques de son Église. Le Sauveur révoqua personnellement la loi des offrandes et des sacrifices par effusion de sang (3 Néphi 15:3-9), et commanda à son peuple d'offrir le sacrifice d'un coeur brisé et d'un esprit contrit (3 Néphi 9:19-20 ; D&A 59:8). Pierre reçut une révélation l'informant que l'Évangile devrait dorénavant être prêché aux Gentils (Actes 10). Joseph Smith et Brigham Young furent guidés pour introduire et mettre en pratique le principe du mariage plural, puis Wilford Woodruff fut guidé pour le retirer. Mais le Seigneur ne donnera jamais aux membres individuels de révélations qui contrediront les doctrines de son Église ou les instructions données par l'intermédiaire de ses dirigeants. Le président Spencer W. Kimball a déclaré : « Si quelqu'un reçoit des révélations, ce à quoi chacun peut s'attendre s'il en est digne, elles seront toujours en plein accord avec le programme de l'Église ; elles n'iront jamais à son encontre. » (The Teachings of Spencer W. Kimball, éd. Edward L. Kimball, Salt Lake City, Bookcraft, 1982, p. 458)

Les limites de l'évaluation par le raisonnement

Bien que le raisonnement puisse, de manière appropriée, évaluer certains aspects de la révélation, sa fonction devrait se limiter à établir la véracité ou l'authenticité (la source) d'une révélation. Si le test du raisonnement va au-delà, il peut devenir un frein à l'acceptation des commandements de Dieu. Ainsi, quand l'apôtre Paul enseigna la résurrection aux Athéniens, certains se moquèrent de lui, visiblement parce qu'ils croyaient que les conclusions du raisonnement ne pouvaient pas être remises en question (Actes 17:32). De ce point de vue, qu'il n'est pas rare de trouver parmi les intellectuels, la philosophie a le pas sur la prophétie et le raisonnement sur la révélation.

Tout comme nous devons mettre des limites à l'utilisation du raisonnement pour contrôler l'authenticité de la révélation, nous devons aussi être conscients de ces limites dans l'évaluation du comportement des personnes suite à une révélation. Comme Boyd K. Packer l'a observé : « On ne peut pas parler de façon précise et objective de l'histoire de l'Église, sans tenir compte des pouvoirs spirituels qui soutiennent cette oeuvre » (Packer, Let Not your Heart Be Troubled, p. 104). Si nous essayons d'évaluer un comportement motivé par la foi uniquement en termes rationnels, nous déformons la réalité. On constate cette erreur dans quelques écrits sur l'histoire du mormonisme.

Le président Gordon B. Hinckley parla de cette erreur lorsqu'il répondit à la critique qui dit que l'Église est opposée au raisonnement et au rationalisme dans les récits de son histoire : « Ils n'ont pas compris que la religion concerne le coeur tout autant que l'intelligence. Ceux qui nous critiquent ont perdu de vue la gloire et le miracle de cette oeuvre. Dans leur recherche de la moindre erreur, ils ne voient pas la majesté du grand déroulement de cette cause. Ils ont perdu de vue l'étincelle qui fut allumée à Palmyra et qui maintenant anime la foi à travers le monde, dans de nombreux pays et dans de nombreuses langues. Regardant à travers les lunettes de l'humanisme, ils ne comprennent pas que les émotions spirituelles, renforcées par la connaissance qu'elles viennent du Saint-Esprit, avaient influencé tout autant les actions de nos prédécesseurs que leurs facultés intellectuelles. » (Gordon B. Hinckley, Faith, the Essence of True Religion, Salt Lake City, Deseret Book, 1989, p. 76)

En résumé, les dirigeants de l'Église ne se sont pas opposés à l'utilisation du raisonnement dans les récits de l'histoire de l'Église mais à l'omission de la révélation.

La révélation surpasse le raisonnement

Tout comme le raisonnement a le premier mot en matière de connaissance sacrée, c'est la révélation qui a le dernier mot. Nous ne pouvons pas recevoir la connaissance de Dieu sans l'Esprit de Dieu (1 Corinthiens 2:11).

Comme le président Harold B. Lee l'a dit : « Les révélations divines sont les critères par lesquels nous mesurons toute connaissance, et si quelque chose n'est pas conforme aux révélations nous pouvons être certains qu'il ne s'agit pas de la vérité » (Harold B. Lee, Stand Ye in Holy Places, Salt Lake City, Deseret Book, 1974, p. 143). Je crois que c'est ce que le prophète du Livre de Mormon voulait dire quand il déclara : « Être instruit est une bonne chose si on écoute les conseils de Dieu. » (2 Néphi 9:29)

Ceux qui s'appliquent à l'étude et au raisonnement dans le domaine du sacré, mais qui ensuite ignorent ou rejettent la conclusion de l'étape primordiale qu'est la révélation, peuvent être comme les prêtres que le prophète Abinadi dénonça pour « avoir perverti les voies du Seigneur » parce qu'ils ne s'appliquaient point le « coeur à comprendre » (Mosiah 12:26, 27). En parlant de telles personnes le Seigneur a dit : « Ils ne voient pas la lumière et détournent leur coeur de moi à cause des préceptes des hommes. » (D&A 45:29)

Conclusion

Il nous est commandé de rechercher la connaissance par l'étude, c'est à dire le raisonnement, et par la foi, c'est à dire en s'appuyant sur la révélation. Les deux méthodes sont approuvées par Dieu. Il utilise ces deux méthodes pour révéler la lumière et la connaissance à ses enfants. Mais quand on en vient à la connaissance de Dieu et des principes de son Évangile, nous devons donner la priorité à la révélation car cela est la voie divine.

Les saints des derniers jours aiment à citer la déclaration de Joseph Smith, le prophète : « L'homme n'est pas sauvé plus vite qu'il n'acquiert de la connaissance. » (Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 175) Cette citation est quelquefois utilisée pour suggérer que l'acquisition de la connaissance est, par elle-même une activité qui sauve, et que tous les hommes doivent apprendre toutes choses pour être sauvés. Ce n'est pas ce que le prophète a dit. Dans le contexte de cette déclaration, elle faisait référence à une connaissance précise, obtenue d'une manière précise.

Dans la suite de sa phrase, le prophète explique que sans la connaissance, un homme sera « conduit en captivité » par quelque mauvais esprit qui aura « plus de connaissance et par conséquent plus de pouvoir ». La phrase suivante résume la pensée du prophète : « Il faut par conséquent la révélation pour nous aider et nous donner la connaissance des choses de Dieu. » (op. cit. ; voir aussi D&A 130:19) Cette déclaration nous éclaire sur le genre de connaissance qui sauve et sur la méthode par excellence que nous devons utiliser pour l'obtenir.

L'étude et le raisonnement jouent aussi un rôle important dans l'acquisition des connaissances spirituelles. Ceux qui recherchent la vérité commencent par étudier la parole de Dieu et les enseignements de ses serviteurs et essaient de les comprendre par le raisonnement. Le raisonnement peut établir l'authenticité de la révélation et de l'inspiration en les évaluant par les questions tests : est-ce qu'elles édifient, rentrent-elles dans le cadre du poste détenu dans l'Église et sont-elles conformes aux principes de l'Évangile ? Mais le raisonnement n'a pas sa place dans le fait d'évaluer, selon certains critères supposés raisonnables, le contenu de la révélation en vue de l'accepter ou de le rejeter. La révélation a le dernier mot.

Malheureusement, certains partisans de l'acquisition de la connaissance par le raisonnement rejettent la méthode de la révélation. Quand les hommes apprirent qu'ils pouvaient acquérir la connaissance par le raisonnement, c'est-à-dire par l'observation et l'expérimentation, certains en tirèrent la conclusion logique mais erronée que la connaissance ne pouvait être acquise que par ce moyen. Leurs disciples persistent encore aujourd'hui dans cette idée, rejetant la réalité de tout ce qu'ils ne peuvent mesurer par leurs méthodes.

À l’opposé, le Seigneur a déclaré que « nul ne connaît [les voies de Dieu] si cela ne lui est révélé » (Jacob 4:8). Puis il a exposé dans les grandes lignes les conditions de l'apprentissage par la révélation : avoir la foi, être humble, chercher par la prière, garder les commandements, se repentir de ses péchés, faire de bonnes oeuvres et lire les Écritures. Ceux qui sont capables d'apprendre par cette méthode peuvent se qualifier pour ce qui peut être appelé la révélation par excellence.

Dans la révélation moderne, le Seigneur a promis que « les clefs du mystère de ces choses qui ont été scellées... depuis la fondation du monde » (la plénitude de l'Évangile) seront données « par le Consolateur, le Saint-Esprit qui connaît toutes choses » (D&A 35:18-19). Il s'agit de la révélation par excellence. Elle viendra par le Saint-Esprit, et non par l'étude intellectuelle ni par le raisonnement humain. Quand elle viendra, elle révélera à ceux qui craignent Dieu et qui le servent « tous les mystères, oui, toutes les choses de mon royaume tenues secrètes depuis les temps anciens, et, pendant les âges à venir » (D&A 76:7). « Oui, en vérité, je vous le dis, ce jour où le Seigneur viendra, il révélera tout » (D&A 101:32). Ce jour-là, tel que l'a prédit Ésaïe, « la terre sera pleine de la connaissance du Seigneur. » (Ésaïe 11:9 ; 2 Néphi 21:9 ; voir aussi D&A 84:98)

Ceux qui reçoivent cette révélation sont ainsi décrits : « Leur sagesse sera grande et leur intelligence atteindra les cieux ; et devant eux la sagesse des sages périra, et l'intelligence des hommes intelligents disparaîtra. Car je les éclairerai de mon Esprit et je leur ferai connaître par ma puissance les secrets de ma volonté, oui, même ce que l'oeil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu, et qui n'est pas encore entré au coeur de l'homme. » (D&A 76:9-10)

Après avoir reçu la grande révélation sur les trois degrés de gloire, Joseph Smith et Sidney Rigdon écrivirent ces paroles inspirées : « Grandes et merveilleuses sont les oeuvres du Seigneur et les mystères de son royaume qu'il nous a montrés et qui surpassent tout entendement en gloire, en puissance et en domination ; Qu'il nous a commandé de ne pas écrire pendant que nous étions encore dans l'Esprit et qu'il n'est pas permis à l'homme d'exprimer. Et l'homme n'est pas à même de les faire connaître ; car ils ne peuvent être vus et compris que par le pouvoir du Saint-Esprit que Dieu accorde à ceux qui l'aiment et se purifient devant lui. » (D&A 76: 114-116)

En des termes inspirés, Joseph Smith, le prophète, décrivit le Seigneur déversant « la connaissance des cieux sur la tête des saints des derniers jours » (D&A 121:33). Tel est le fruit de la révélation : l'enseignement du Saint-Esprit. Tel est l'héritage du fidèle qui cherche « la science par l'étude et aussi par la foi » (D&A 88:118).



CHAPITRE 3 : LES SIGNES ET LA SCIENCE

Pour avancer dans la connaissance, la science utilise les méthodes de l’expérimentation et de la constatation, telles que l’observation, la mesure et l’analyse. À l’opposé, les Écritures donnent un avertissement à ceux qui recherchent des signes pour déterminer la vérité religieuse. Ceci est un autre exemple des différences significatives qui existent entre les voies du Seigneur et celles du monde.

Les signes dont il s’agit dans ce chapitre sont ceux recherchés ou donnés comme preuve de l’existence de Dieu, de l’autorité de ses serviteurs ou des vérités de son Évangile (les Écritures utilisent aussi le mot signe dans d’autres sens, comme le sabbat, signe de l’alliance entre Dieu et Israël, [Exode 31:13, 17 ; Ézéchiel 20:12, 20], les signes de la naissance et de la mort du Messie [Luc 2:12 ; 1 Néphi 19:10 ; Hélaman 14:20], les signes les signes de la Seconde Venue [D&A 45:16, 39] et les signes des temps [Matthieu 16:3 ; D&A 68:11]).

Vues dans leur ensemble, les Écritures contiennent des enseignements et des exemples apparemment opposés à propos des signes qui peuvent être utilisés comme preuve. Mais les instructions données à l’Israël moderne sont simples : les signes ne sont pas acceptables pour convertir ; ils sont acceptables – et même promis – pour apporter une confirmation aux convertis.

Les signes dans la Bible

L’Ancien Testament contient des exemples mémorables de miracles qui sont considérés comme des signes. C’est le cas des divers fléaux que le Seigneur a infligés aux Égyptiens par l’intermédiaire du prophète Moïse (voir Exode 7-10). Ces signes et ces miracles furent rappelés plus tard aux enfants d’Israël pour augmenter leur foi (Deutéronome 6:22 ; 26:8). Gédéon demanda et reçut un signe lui prouvant qu’il était choisi pour délivrer Israël (Juges 6:17).

Un autre exemple de miracle bien visible donné sous la forme d’un signe fut l’affrontement entre Élie et les 450 prêtres de Baal. L’évidence de ce signe est manifeste dans le défi d’Elie : « Invoquez le nom de votre Dieu ; et moi, j’invoquerai le nom de l’Éternel. Le dieu qui répondra par le feu, c’est lui qui sera Dieu. Et tout le peuple répondit disant : C’est bien ! » (1 Rois 18:24). Le feu céleste qui consuma le sacrifice vint en réponse à la prière d’Élie. Les prêtres de Baal défaits, non seulement échouèrent dans leur défi, mais perdirent aussi la vie.

Les signes semblent être considérés différemment dans le Nouveau Testament. Malgré les nombreux miracles que Jésus accomplit pendant son ministère, dans la plupart des cas les récits sacrés ne présentent pas les miracles comme des signes prouvant l’autorité ou la vérité religieuse.

À deux reprises, au début de son ministère, le Sauveur fut tenté par Satan qui le défia de faire un miracle pour prouver qu’il était le Fils de Dieu. Les deux fois, Jésus refusa (Matthieu 4:1-11 ; Luc 4:1-13).

Pendant le ministère du Sauveur, les scribes et les Pharisiens lui dirent : « Maître, nous voudrions te voir faire un miracle » (Matthieu 12:38 ; voir aussi 1 Corinthiens 1:22). Les Pharisiens et les Sadducéens « lui demandèrent de leur faire voir un signe venant du ciel » (Matthieu 16:1). À chaque fois, il refusa de leur donner un signe, déclarant que c'était une génération méchante et adultère qui « demande un miracle » (Matthieu 12:39 ; 16:4 ; voir aussi Marc 8:11,12 ; Luc 11:29).

La plupart des auteurs des évangiles, même lorsqu'ils décrivent les miracles de Jésus, rapportent ses instructions ou ses actions qui ont pour objet d’empêcher que ses miracles ne soient utilisés comme preuve de son appel divin, de son autorité ou de la véracité de son message. Quand Jésus guérit le lépreux, il lui ordonna : « Garde-toi d'en parler à personne » (Matthieu 8:4 ; Marc 1:44; Luc 5:14). Quand il guérit les foules de Galilée, il « leur recommanda sévèrement de ne pas le faire connaître » (Matthieu 12:16 ; Marc 3:12). Quand il ramena à la vie la fille du chef de la synagogue, « il ne permit à personne d'entrer avec lui, sauf à Pierre, à Jacques et à Jean, et au père et à la mère de l'enfant », et « il leur recommanda de ne dire à personne ce qui était arrivé » (Marc 5:37-43 ; voir aussi Luc 8:51-56).

Lorsque Jésus guérit le sourd, il « le prit à part loin de la foule », et ensuite « il leur recommanda de n'en parler à personne » (Marc 7:33-36). Avant que Jésus ne guérisse l'aveugle, « il le conduisit hors du village », et après avoir rendu la vue à l'homme, il lui dit : « N'entre pas au village » (Marc 8:23-26).

À l’opposé, lorsque dans le pays des Gadaréniens Jésus chassa la légion de démons hors de l'homme, il lui dit de raconter à ses amis les grandes choses que le Seigneur avait faites pour lui (Marc 5:19 ; Luc 8:39). Peut-être était-ce suite à la demande de la foule que Jésus quitte leur pays (Matthieu 8:34 ; Marc 5:17 ; Luc 8:37).

Mais lorsque les évangiles synoptiques ne présentent pas les miracles du Maître comme étant accomplis pour convaincre l'incroyant, ils notent que le peuple qui les avait vus était saisi de crainte, s'émerveillait, glorifiait ou louait Dieu (voir par exemple Matthieu 9:8, 32-33 ; 12:22-23 ; Marc 1:26-27 ; 2:12 ; Luc 4:36-37 ; 5:26 ; 7:16 ; 9:43 ; 18:43).

Les auteurs des synoptiques rapportent qu'à une certaine occasion le Seigneur fit référence aux miracles passés, mais apparemment il les présenta comme un signe pour fortifier la foi vacillante de ceux qui croyaient déjà. Les disciples de Jean-Baptiste demandèrent à Jésus s'il était bien celui qui devait venir. Il leur dit de retourner vers Jean et de lui rapporter comment ils avaient vu les aveugles voir à nouveau, les boiteux marcher, les lépreux être purifiés, les sourds entendre et les morts ressusciter (Matthieu 11:2-6 ; Luc 7:18-23).

Vers la fin de son ministère, alors que le Sauveur était sur la croix du Calvaire, les grands prêtres et les autres demandèrent à nouveau un signe, se moquant de lui en lançant ce défi : « S'il est roi d'Israël, qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui » (Matthieu 27:42 ; voir aussi Marc 15:29-32 ; Luc 23:35-37). Ce défi moqueur, comme beaucoup d'autres, resta sans réponse.

À l’opposé des évangiles synoptiques, l'évangile de Jean présente parfois les miracles de Jésus comme des signes pour les incroyants. Peut-être s'agit-il d'une présentation différente pour un autre auditoire. Les évangiles de Matthieu, Marc et Luc semblent avoir été écrits pour les incroyants, comme un livre missionnaire adressé respectivement aux Juifs, aux Romains et aux Grecs (voir C. Wilfred Griggs, The Testimony of John, dans Studies in Scripture, Ed. Kent P. Jackson et Robert L. Millet, 5, Salt Lake City, Deseret Book, 1986, p. 111 ; Bruce R. McConkie, Doctrinal New Testament Commentary, vol. 1, Salt Lake City, Bookcraft, 1973, p. 65). Il aurait été inapproprié de présenter à cet auditoire les miracles comme des signes destinés à convertir l'incroyant. L'évangile de Jean, au contraire, a été écrit pour les saints (op. cit.), c'est-à-dire des croyants dont la foi pouvait être fortifiée de façon appropriée, à savoir en présentant les miracles comme des signes.

Le livre de Jean rapporte plusieurs exemples où le Sauveur a dit que les oeuvres qu'il accomplissait témoignaient de lui (Jean 5:36; 10:25). À la dernière de ces occasions, il dit : « Quand même vous ne me croiriez pas, croyez à ces oeuvres. » (Jean 10:38)

Jean identifie le changement de l'eau en vin à Cana comme étant « le premier des miracles [qui manifestèrent] la gloire de [Jésus] ; et ses disciples crurent en lui » (Jean 2:11) Peu après, quand Jésus était à Jérusalem « à la fête de la Pâques, plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait » (Jean 2:23).

Quand il vint voir Jésus, Nicodème dit : “Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n'est avec lui. » (Jean 3:2) À Capernaüm, Jésus dit à l'officier qui lui demandait de guérir son fils malade : « Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne croyez point ». Ensuite, il guérit le fils, et l'officier et toute sa maison crurent (Jean 4:48-53). À l'inverse, quand Jésus guérit l'aveugle de naissance, les Pharisiens constatèrent la preuve et ne crurent toujours pas (Jean 9:1-34).

Le livre de Jean décrit un miracle que le Sauveur accomplit sachant qu'il persuaderait le peuple de croire. En présence d'une grande foule, il ramena Lazare à la vie. « Des Juifs qui étaient venus vers Marie, et qui virent ce que fit Jésus, crurent en lui » (Jean 11:40-45).

À la fin de son récit, Jean écrit, apparemment aux croyants, « Jésus a fait encore, en présence de ses disciples, beaucoup d'autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie éternelle. » (Jean 20:30-31)

Il y a de nombreux exemples dans le reste du Nouveau Testament où les apôtres cherchèrent à renforcer la foi des croyants ou à convertir les incroyants en faisant référence aux signes et aux prodiges précédemment accomplis par le Sauveur ou par son autorité.

Dans son sermon, le jour de la Pentecôte, Pierre rappela au peuple que Jésus était « un homme à qui Dieu avait rendu témoignage... par les miracles, les prodiges et les signes qu'il a opérés par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. » (Actes 2:22 ; voir aussi Jean 2:19-22)

Paul rappela aux Corinthiens que « les preuves de mon apostolat ont éclaté au milieu de vous par une patience à toute épreuve, par des signes, des prodiges et des miracles » (2 Corinthiens 12:12). Selon l'épître aux Hébreux, Dieu appuya le témoignage des apôtres « par des signes, des prodiges et divers miracles, et par les dons du Saint-Esprit, selon sa volonté. » (Hébreux 2:4)

Le Livre de Mormon aussi rapporte des cas où les prophètes utilisèrent les signes ou les miracles dans le processus de la conversion. Parmi la génération précédant le Christ, il y eut beaucoup de grands miracles et de grandes manifestations qui convertirent la plupart des Lamanites « par la force des preuves qu'ils avaient reçues » (Hélaman 5:50). Néphi parla à la foule du meurtre de leur grand juge et de l'identité du meurtrier et les présenta comme un signe pour les convaincre qu'il était « un honnête homme… envoyé par Dieu » (Hélaman 8:27 ; 9:24-36). Plus tard, il « [montra] des signes et des prodiges ; faisant des miracles parmi le peuple, afin qu'il sût que le Christ viendrait bientôt. » (Hélaman 16:4)

Les signes dans la révélation moderne

Dans son ensemble, la Bible semble quelque peu ambiguë pour savoir si les signes devaient être utilisés pour convertir l'incroyant. À l’opposé, les révélations modernes interdisent cela parce que les signes ne devraient pas être recherchés ni utilisés dans ce but.

Le Seigneur déclara aux membres de son Église rétablie : « Il en est parmi vous qui recherchent des signes, et il y a eu des gens comme cela dès le commencement » (D&A 63:8). Mais l'acquisition de la foi au moyen de signes n'est pas la voie divine, parce que « la foi ne vient pas par les signes mais les signes suivent ceux qui croient ». Le Seigneur continue : « Oui, les signes viennent par la foi, pour l'accomplissement de grandes oeuvres, car sans la foi, nul n'est agréable à Dieu ; et ceux contre qui Dieu est irrité ne lui sont pas agréables ; c'est pourquoi à ceux-là il ne montre aucun signe, si ce n'est dans sa colère pour leur condamnation. C'est pourquoi, moi, le Seigneur, je ne suis pas satisfait de ceux d'entre vous qui ont cherché des signes et des prodiges pour avoir la foi et non pour le bien des hommes en vue de ma gloire. » (D&A 63:9, 11-12)

Le Livre de Mormon contient nombre d'enseignements sur cette méthode impropre qui consiste à chercher ou à utiliser des signes pour obtenir la foi ou pour susciter une conversion.

Pendant qu'il enseignait les Zoramites, Alma se référa aux nombreuses personnes qui disaient : « Si tu nous montres un signe du ciel, alors nous saurons assurément, alors nous croirons ». Se désolant de cette demande, il fit la remarque qu’elle montrait un manque total de foi (Alma 32:17-18).

« Ne disputez pas parce que vous ne voyez pas » a dit le prophète Moroni dans un autre passage, « car vous ne recevrez de témoignage que lorsque votre toi aura été mise à l'épreuve » (Éther 12:6). En parlant de cette instruction des Écritures, le président Spencer W. Kimball a dit : « Adam, le père, comprenait ce principe fondamental : 'Un ange du Seigneur apparut à Adam, et lui dit : Pourquoi offres-tu des sacrifices au Seigneur ? Et Adam lui dit : Je ne le sais, si ce n'est que le Seigneur me l'a commandé' (Moïse 5:6). Les hommes ont souvent mal compris et renversé le processus. Ils voudraient la récolte avant les semailles, la récompense avant le service, le miracle avant la foi. » (The Teachings of Spencer W. Kimball, éd. Edward L. Kimball, Salt Lake City, Bookcraft, 1982, p. 458)

Jésus enseigna (et ses prophètes l'enseignèrent par la suite) que « les signes suivent ceux qui croient » (Marc 16:17 ; Mormon 9:24 ; D&A 84:65). Le Livre de Mormon enseigne le principe en ces termes : « Et jamais personne n'a, en aucun temps, fait de miracles qu'après avoir eu la toi ; c'est pourquoi, ils croyaient tout d'abord au Fils de Dieu. » (Éther 12:18)

Les signes sont lourds de conséquences

Le Seigneur a donné des avertissements significatifs à ceux qui, sans la foi, recherchent des signes. À ces derniers, « il ne montre aucun signe, si ce n'est dans sa colère pour leur condamnation » (D&A 63:11). Le Livre de Mormon contient deux exemples de ce principe et une explication mémorable de la manière dont les hommes sont condamnés lorsqu'ils recherchent un signe.

En débattant avec Jacob, Shérem, l'érudit, demanda : « Montre-moi un signe par ce pouvoir du Saint-Esprit, grâce auquel tu connais tant de choses ». Dans ce cas, un signe fut donné. Il fut frappé par le pouvoir de Dieu, confessa son erreur et mourut (Jacob 7:13-20).

De même, Korihor dit à Alma : « Si tu veux me montrer un signe pour que je sois convaincu qu'il y a un Dieu, oui, montre-moi qu'il a du pouvoir, et alors je serai convaincu de la véracité de tes paroles ». Alma refusa, rappelant à l'incrédule que les témoignages des prophètes et des croyants constituaient déjà des signes. Korihor insista, arguant du fait qu'il ne croirait pas « si vous ne me montrez pas un signe », et reçut un signe : il devint muet, fut chassé et piétiné à mort (Alma 30:43-59).

En enseignant les Zoramites, Alma expliqua comment le fait de rechercher un signe peut mener à la condamnation. Celui qui s'humilie « sans être obligé d'être humble » est davantage béni que celui qui est obligé d'être humble. Il compara celui qui est volontairement humble à une personne croyante et baptisée « sans avoir le coeur obstiné, oui, sans avoir été amenée à connaître la parole, ou même forcée de la connaître avant de vouloir croire ». Puis il donna cet exemple :

« Oui, il y en a beaucoup qui disent : Si tu nous montres un signe du ciel alors nous saurons assurément ; alors nous croirons. Maintenant, je vous le demande : Est-ce là de la foi ? Je vous dis que non ; car si un homme connaît une chose, il n'a pas lieu de croire, car il sait. Or, combien plus est maudit celui qui connaît la volonté de Dieu et ne la fait pas, que celui qui croit seulement ou a seulement lieu de croire et qui tombe en transgression ? » (Alma 32:15-19).

On peut tirer deux enseignements de ceci. Premièrement, ceux qui acquièrent la connaissance par les signes se privent de la possibilité de développer leur foi. Sans ce développement spirituel (présenté plus loin) et sans le soutien de la foi, ils sont arrêtés dans leur progression et restent sujets à la transgression et à la chute. Deuxièmement, ceux qui acquièrent la connaissance puis chutent sont plus maudits que ceux qui, suivant le chemin de la foi, sont parvenus seulement à la croyance avant de chuter.

Ainsi, les signes peuvent amener la condamnation sur ceux qui, par ce moyen, parviennent à la connaissance. Ils se privent de la possibilité de développer leur foi, et se soumettent à une punition plus sévère que ceux dont la progression spirituelle suit le chemin normal du développement de la foi.

Il existe d'autres « condamnations » pour ceux qui recherchent des signes sans développer premièrement la foi que Dieu requiert.

Une de ces condamnations est d'être induit en erreur. Dieu a averti l'Israël ancien contre le fait de suivre des prophètes qui accomplissaient des signes et des prodiges et qui, ensuite, cherchaient à les détourner pour adorer des dieux étrangers (Deutéronome 13:1-3). Le Sauveur enseigna à ses apôtres que, dans les derniers jours, « il s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes, et ils montreront de grands signes et de grands prodiges, au point de séduire, s'il était possible même les élus, qui sont les élus selon l'alliance » (Matthieu 24:23, traduction de Joseph Smith ; voir aussi Matthieu 24:24 ; Marc 13:22). L'apôtre Paul a averti que le Sauveur ne reviendrait pas « jusqu'à ce que vienne un déchu, par les oeuvres de Satan avec tout pouvoir, et les signes et les prodiges mensongers, et avec toutes les séductions de l'iniquité pour ceux qui périssent » (2 Thessaloniciens 2:9-10, traduction de Joseph Smith).

Dans la grande révélation sur les signes, le Seigneur dit : « Celui qui cherche des signes verra des signes mais pas pour le salut » (D&A 63:7). Le président Spencer W. Kimball expliqua : « il est certain que nous ne devrions pas rechercher les signes. Les signes existent et je crois que tous ceux qui le veulent, peuvent en obtenir. Je crois que si quelqu'un veut des révélations au point de les solliciter au-delà de ce qui est juste, il obtiendra, finalement, ces révélations, mais elles ne viendront peut-être pas de Dieu. Je suis sûr que beaucoup de choses spectaculaires peuvent être accomplies, parce que le diable est très actif. Il écoute et est impatient d'agir. Et ainsi il donne des expériences étranges. » (Spencer W. Kimball, Faith Precedes the Miracle, Salt Lake City, Deseret Book, 1972, p. 4)

De même, le professeur Hugh Nibley a écrit : « Les miracles utilisés à des fins de démonstration ne peuvent jamais être [infaillibles], car les miracles ne sont pas exclusivement chrétiens... Comme la philosophie et le mysticisme, les miracles (les vrais miracles) sont présents dans le monde entier et sont utilisés partout par les professionnels de la religion pour étonner et convaincre les incrédules. » (Hugh Nibley, The World and the Prophets, Salt Lake City, Deseret Book et Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1987, p. 139)

Manifestement, l'accomplissement de miracles et l'apparition de signes et de prodiges ne sont pas des preuves que ceux qui les accomplissent sont des serviteurs de Dieu ou des ministres de la vérité. De nos jours, Dieu n'utilise pas les miracles ou les signes comme moyen d'enseigner ou de convaincre l'incroyant. En conséquence, nous ne devrions pas demander de signes dans ce but, et nous devrions être très prudents vis à vis de ces soi-disant preuves spirituelles.

La conversion par les signes

Être témoin de signes et de miracles n'est pas une fondation sûre pour une conversion. L'histoire scripturaire atteste que ceux qui ont été convertis par les signes et les prodiges les oublient rapidement et deviennent à nouveau la proie des mensonges et des distorsions de Satan et de ses serviteurs (Hélaman 16:23 ; 3 Néphi 1:22 ; 2:1 ; 8:4). Le Seigneur dit à Moïse : « Jusques à quand ce peuple me méprisera-t-il ? Jusques à quand ne croira-t-il pas en moi, malgré tous les prodiges que j'ai faits au milieu de lui ? » (Nombres 14:11)

Jean raconte avec tristesse J'entrée triomphale que fit Jésus dans Jérusalem : « Malgré tant de miracles qu'il avait faits en leur présence, ils ne croyaient pas en lui. » (Jean 12:37)

À l’opposé du témoignage de l'Esprit, qui peut se renouveler de temps en temps selon les besoins de celui qui en est digne, être témoin d'un signe ou vivre un miracle est un événement qui s'estompera dans la mémoire de celui qui l'aura vécu et dont l'impact s'effacera (voir Joseph Fielding Smith, Doctrine du Salut, vol. 1, 1977, p. 50). Par exemple, comme le président Spencer W. Kimball l'a fait remarquer : « Oliver Cowdery a vu beaucoup de signes. Il a eu les plaques sacrées en main, il a vu Jean-Baptiste ; il a reçu la haute prêtrise des mains de Pierre, Jacques et Jean et a vécu de nombreux grands miracles, et néanmoins toutes ces choses ne purent le garder dans la foi. » (Spencer W. Kimball, Faith Precedes the Miracle, Salt Lake City, Deseret Book, 1972, p. 5)

Le président George Q. Cannon a résumé cette expérience en ces termes : « Je ne crois pas que les hommes puissent être convaincus comme ils le devraient par de telles manifestations. Il a été observé par ceux qui avaient de l'expérience dans cette Église, que lorsque des hommes ont été convertis par de telles manifestations, une succession constante de ces dernières était nécessaire pour les garder dans l'Église ; leur foi devait être constamment fortifiée par le témoignage de telles manifestations ; mais lorsque leur conviction provenait du débordement de l'Esprit de Dieu, que leur jugement était convaincu, qu'ils avaient jugé par eux-mêmes et obtenu satisfaction par le témoignage de Jésus en réponse à leurs prières et à leur quête fidèle de la connaissance auprès de Dieu, lorsque cela a été le cas, ils ont été plus forts pour rester fermes, pour endurer les persécutions et les épreuves que ceux qui ont été convaincus grâce à quelque manifestation surnaturelle du genre auquel j'ai fait allusion. » (Journal of Discourses, vol. 22, p. 361-362)

La véritable Église ne convertit pas par les signes et les prodiges, mais par le témoignage du Saint-Esprit. La façon du Seigneur d'enseigner les vérités religieuses n'est pas de faire un miracle ou un signe spectaculaire mais par un témoignage personnel.

De cette manière, la véritable Église protège l'intégrité de la conversion de ses membres. Là où l'expérience de la conversion est individuelle et personnelle, les convertis potentiels n'ont pas de raison de rivaliser pour obtenir la plus grande. La pression de l'entourage et la psychologie de groupe qui peuvent accompagner les expériences de conversion en masse sont ainsi éliminées. Une vraie conversion est une expérience personnelle fondée sur la communication individuelle de l'Esprit, et non pas sur un signe ou un miracle.

Les preuves scientifiques et la foi

Les méthodes scientifiques qui ont si bien servi l'avancée des connaissances séculières, s'appuient fortement sur les observations. Les scientifiques étudient et mesurent les événements physiques, les expériences attentivement préparées et les phénomènes naturels. Leurs méthodes diffèrent entre elles, mais pour tous les scientifiques, la preuve de l'exactitude des réponses qu'ils recherchent se trouve dans leurs observations et dans leurs mesures détaillées. Nous pouvons donc avancer que les scientifiques cherchent à progresser dans la connaissance et à apprendre la vérité par l'observation physique et la mesure des signes. Ceci sans vouloir nier le fait que les efforts des scientifiques ont été guidés par des choses non mesurables comme l'intuition et l'inspiration.

La religion des saints des derniers jours n'est pas hostile à toute vérité trouvée par quelque moyen que ce soit. Les saints des derniers jours ont été parmi les utilisateurs les plus efficaces des méthodes scientifiques et, par ce moyen (et par la révélation, quand ils étaient qualifiés pour la recevoir), ont beaucoup contribué à la connaissance du monde dans lequel nous vivons. Mais les saints des derniers jours fidèles savent que les méthodes scientifiques ne sont pas appropriées pour connaître Dieu ou déterminer les vérités de son Évangile.

Un membre de l'Église qui comptait parmi les scientifiques les plus renommés au monde, Henry Eyring, maîtrisait parfaitement les méthodes scientifiques qui permettent d’obtenir de la connaissance mais il savait aussi que ces méthodes ont leurs limites et qu'il existe une autre manière de trouver des réponses aux questions qui importent le plus. Son attitude a été décrite par son fils, Henry B. Eyring :

« Maintenant, quand quelqu'un vous dit que les questions qui importent relèvent seulement d'une analyse rationnelle quelconque, souvenez-vous que les réussites étonnantes de la raison ces trois cents dernières années sont sorties de ce qu'on appelle la 'méthode scientifique'. J'espère que vous vous souviendrez, comme je me souviendrai toujours, du scientifique Henry Eyring à genoux, quand les questions qui importaient le plus relevaient de la méthode pour trouver la vérité qu'il avait apprise sur les genoux de sa mère alors qu'il était un petit garçon à Old Mexico. C'était longtemps avant qu'il ne prenne le train pour Tucson, puis Berkeley, puis Madison, et ensuite pour Berlin et Princeton pour appliquer la méthode scientifique dans la création de théories qui ont changé le monde de la science. Ce qu'il apprit à genoux lui apporta la paix et changea ma vie. » (Henry B. Eyring, Going Home, dans Brigham Young University 1986-87 Devotional and Firesides Speeches, Provo, Utah, University Publications, 1987, p. 76-77)

Le cardinal Joseph Ratzinger, théologien catholique éminent, décrit la relation qui existe entre les méthodes divergentes utilisées par la science et par la religion :

« Il ne peut y avoir de confusion entre la théologie – l'étude de Dieu et des relations de Dieu avec l'humanité – et les sciences naturelles. Car la théologie, selon ses propres termes, considère que Dieu est surnaturel. Il est fondamental dans toute connaissance humaine de reconnaître que l'objet de l'étude indique et détermine la méthode correcte à suivre pour le comprendre. On n'approche pas la chirurgie comme la politique ou les arts, ou l'art comme la chimie… Parce que nous croyons en Dieu, nous reconnaissons dès l'abord que la science n'est pas adaptée pour étudier la divinité. Le vrai scientifique, qui est croyant, connaît suffisamment les limites de sa méthodologie pour savoir que par elle seule, personne ne peut voir Dieu… Nous ne saurions nier à l'humanité la capacité d'être réceptive au-delà des limites de la raison pure. » (cité dans Paul T. Stallsworth, The Story of an encounter, dans Biblical Interpretation in Crisis : The Ratzinger Conference on Bible and Church, éd. Richard J. Neuhaus, Grand Rapids, Mich. Wm B. Eerdmans, 1989, p. 106-107)

Le professeur Joseph F. McConkie explique cette relation de cette manière : « Toute vraie re1igion doit être fondée sur le surnaturel ou le miraculeux. La vraie religion requiert nécessairement la foi pour l'accepter et pour la vivre. Sans un Dieu omnipotent, un Dieu au-delà du raisonnement et des pouvoirs de l'homme, il ne peut y avoir de vraie religion. La vraie religion trouve des réponses dans l'omnipotence de Dieu. Cette dernière n'est pas terrestre et ne cherche pas non plus de vérifications auprès des mortels. La vraie religion ne cherchera pas des réponses dans la science ou par toute autre discipline créée par l'homme. Ses principes et ses pratiques doivent professer être enracinés dans les cieux. » (Joseph Fielding McConkie, Prophets and Prophecy, Salt Lake City Bookcraft, 1988, p. 156)

Les Écritures rejettent l'idée que les hommes peuvent utiliser les méthodes scientifiques ou les signes pour acquérir la foi : une expérience mise en scène ou suscitée par la volonté de l'homme et au moment choisi par lui. Le Seigneur décrète que quand des signes seront donnés, ils le seront selon ses conditions : par la volonté de Dieu et au moment et dans les conditions qu'il aura choisis ; « Oui, les signes viennent par la foi, non pas par la volonté des hommes, ni selon leur bon plaisir, mais par la volonté de Dieu. » (D&A 63:10)

Pourquoi en est-il ainsi ? La réponse se trouve dans le but de la vie. Nous, les mortels, ne sommes pas envoyés sur terre pour prouver l'existence de Dieu. Nous sommes ici pour être mis à l'épreuve. Pour réaliser notre destinée éternelle, nous devons développer notre foi.

Comme l'apôtre Paul l'enseigna : « Or, sans la toi, il est impossible [d'être] agréable [à Dieu] ; car il faut que celui qui l'approche croie que Dieu existe, et qu'il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. » (Hébreux 11:6)

Pour nous permettre de développer cette foi, les paramètres de la condition mortelle furent, comme Bruce C. Hafen l'a dit, « attentivement et délibérément prévus pour ne pas obliger à croire » (Bruce C. Hafen, The Believing Heart, Salt Lake City, Deseret Book, 1986, p. 6). Par exemple, après que le texte du Livre de Mormon a été rédigé, les plaques d'or furent enlevées afin de ne plus être accessibles pour servir de preuve au Livre de Mormon. La foi ne vient pas des preuves scientifiques ou des signes miraculeux. Si c'était le cas, l'ordre prescrit par Dieu serait renversé et la progression spirituelle qui vient du développement et de l'exercice de la foi serait empêchée. (op. cit. p. 46-48)

La foi vient comme le Seigneur l’a prévu : par le désir, les tâtonnements et la confiance, par la prière et le service. Dieu nous a placés dans un contexte terrestre où nous pouvons acquérir la foi de la façon qu'il a prévue. Les preuves et les signes viennent plus tard, selon d’autres critères. Comme le président George Q. Cannon a dit : « Le témoignage fiable doit venir de l'intérieur; c'est à dire que les saints doivent avoir le témoignage du Saint-Esprit en eux. Les signes extérieurs et les preuves vont confirmer et fortifier le témoignage intérieur. » (George Q. Cannon, Gospel Truth, éd. Jerreld L. Newquist, Salt Lake City, Deseret Book, 1987, p. 152)

Ceci nous aide à comprendre pourquoi les méthodes scientifiques ne s'appliquent pas pour établir la véracité de l'Évangile, la réalité du rétablissement ou l'origine et l'authenticité du Livre de Mormon. Le président Ezra Taft Benson a déclaré : « La véracité du Livre de Mormon n'a jamais été prouvée, hier comme aujourd'hui, par des études d'experts. L'origine, la préparation, la traduction et la vérification de la véracité du Livre de Mormon ont toutes été conservées entre les mains du Seigneur. » (Ezra Taft Benson, A Witness and a Warning, Salt Lake City, Deseret Book, 1988, p. 31)

Quelques saints des derniers jours n'ont pas accepté cette réalité et sont préoccupés par les preuves confirmant le Livre de Mormon. À ce sujet, je suis d'accord avec les professeurs de religion de l'université Brigham Young, Joseph Fielding McConkie et Robert L. Millett qui ont dit : « Dans de telles preuves, nous pouvons trouver du carburant pour alimenter le témoignage, mais seulement si le feu du témoignage brûle déjà fortement. De telles choses peuvent alimenter un feu qui brûle déjà mais n'ont pas le pouvoir d'allumer ce feu. Elles ne sont pas la source du témoignage et ainsi n'ont pas leur place dans l’œuvre de prosély1isme. Les preuves, qu'elles soient internes ou extérieures, ne convertissent ni le Juif, ni le Gentil. De telles choses peuvent affermir le converti mais elles ne convertissent pas. Il est dans l'ordre céleste que les signes suivent la croyance ; ils ne la précèdent pas. » (Joseph Fielding McConkie et Robert L. Millet, Doctrinal Commentary on the Book of Mormon, vol. 2, Salt Lake City, Bookcraft, 1987, p. xiii)

Le manque de preuves scientifiques décisives des vérités scripturaires n'empêche pas les défenseurs de l'Évangile d'avoir accès à des contre-arguments de même nature. Quand des opposants attaquent l'Église ou ses doctrines en présentant des soi-disant preuves, les défenseurs loyaux les contrent avec des arguments d'une nature similaire. Comme Neal A. Maxwell a dit : « Nous pouvons être assurés que suffisamment de données et de preuves extérieures plausibles apparaîtront pour empêcher les moqueurs de s'amuser avec les Écritures, mais ne seront pas suffisantes pour enlever la nécessité de la foi. » (Neal A. Maxwell, But for a Small Moment, Salt Lake City, Bookcraft, 1986, p. 35)

Tout comme la science ne prouvera pas la vérité religieuse, elle ne pourra pas la réfuter. Les vérités éternelles de la religion ne seront pas réfutées, même par les toutes dernières preuves ou les lois les plus solides de la science. La science est trop expérimentale pour cela.

Au cours du siècle dernier, de grandes avancées ont été faites dans la compréhension humaine en ce qui concerne la nature de l'univers physique et de ses éléments vivants. Des scientifiques parmi mes amis me disent que les lois de Newton ne sont actuellement applicables que sous un nombre restreint de conditions ; par exemple, elles ne correspondent pas au comportement des micro-particules à grande vitesse. La nature atomique de la matière était loin d'être acceptée il y a cent ans. De nos jours, la description la plus précise d'un atome correspond à une équation mathématique complexe. Des avancées comparables ont été faites dans notre compréhension de la photosynthèse, un processus de base utilisé par le monde végétal qui permet la continuation de toute vie sur la planète. Il y a seulement quelques décennies, les scientifiques croyaient que l'oxygène produit par ce processus venait du dioxyde de carbone ; aujourd'hui, ils sont sûrs qu'il vient de l'eau. Il y a moins d'un demi siècle, les scientifiques croyaient que les protéines présentes dans une cellule étaient le composant génétique de la cellule. Les manipulations d'ADN rendues possibles, les scientifiques furent rapidement convaincus que le composant génétique des cellules était l'ADN, et non pas les protéines.

Dans les efforts passionnants des scientifiques, les anciennes explications sont présentées comme moins exactes que les plus récentes. Les anciennes explications admises sur des relations diverses, s'avèrent fausses ou d'une application limitée. Le processus dynamique se poursuit, et comme nous l'avons dit, la connaissance s'accroît. Mais la connaissance obtenue par la méthode scientifique est toujours expérimentale et n'est pas une fondation suffisante pour réfuter l'existence ou l'oeuvre de Dieu. Le professeur Hugh Nibley donne cette conclusion :

« Les paroles des prophètes ne peuvent être soumises aux essais expérimentaux et imparfaits que les hommes ont préparés pour les mettre à l'épreuve. La science, la philosophie et le bon sens sont tous utilisés par les tribunaux. Mais ils n'ont pas le dernier mot. Chaque fois que les hommes, dans leur sagesse, ont eu le dernier mot, d'autres derniers mots ont rapidement suivi. Le dernier mot est le témoignage de l'Évangile qui ne vient que par la révélation directe. Notre Père céleste le prononce. S'il était en accord parfait avec la science d'aujourd'hui, il serait sûrement en désaccord avec la science de demain. En conséquence, ne cherchons pas à comparer Dieu aux avis éclairés du moment alors qu'il parle le langage de l'éternité. » (Hugh Nibley, The World and the Prophets, Salt Lake City, Deseret Book et Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1987, p. 134)

Le rôle des signes et leur diffusion

Quel est donc le rôle légitime des signes et des miracles ? Ce n'est sûrement pas de prêcher l'Évangile. Comme George Q. Cannon l'a observé :

« L'Évangile de Jésus n'est pas et n'a jamais été dépendant des seuls miracles pour prouver sa véracité… Par une lecture attentive des Écritures, nous constatons que ni Jésus ni ses apôtres n'usaient de miracles pour convaincre de la vérité de leur enseignement. S'ils avaient considéré les miracles comme étant la manière correcte de convertir les gens, ils l'auraient sûrement adoptée; et un homme n'aurait pas pu être condamné pour ne pas avoir embrassé leur doctrine s'il n'avait pas été témoin d'une démonstration de pouvoir surnaturel (tel que nous le connaissons). Quoi qu'il en soit, avant son ascension, en parlant à ses disciples, il dit explicitement que ces signes ou démonstrations de pouvoir suivraient ceux qui croiraient ; ils devaient être la conséquence de la foi et non pas l'unique fondement sur lequel la foi repose. » (George Q. Cannon, Gospel Truth, éd. Jerreld L. Newquist, Salt Lake City, Deseret Book, 1987, p. 151-152 ; une Écriture précise que les langues sont un signe pour l'incroyant : 1 Corinthiens 14:22 ; peut-être que ceci décrit simplement la fonction du don des langues dans la prédication aux incroyants)

Les signes permettent de fortifier la foi et sont une bénédiction pour les croyants. Le Nouveau Testament rapporte la promesse du Sauveur : « les miracles accompagneront ceux qui auront cru » (Marc 16:17). Il est rapporté plus loin que lorsque ses serviteurs s'en allèrent prêcher, le Seigneur « confirmait la parole par les miracles qui l'accompagnaient » (Marc 16:20).

La promesse que les signes suivraient et confirmeraient la parole a été réaffirmée par les prophètes dans beaucoup d'autres Écritures (voir, par exemple, Mormon 9:24 ; Éther 4:18 ; D&A 58:64 ; 68:10 ; 84:65). Néphi enseigna que les Gentils doivent être convaincus que Jésus-Christ, « par la puissance du Saint-Esprit, se manifeste à tous ceux qui croient en lui… faisant, selon leur foi, des miracles, des signes et des prodiges puissants parmi les enfants des hommes » (2 Néphi 26:13).

Ceux qui ont écrit l'histoire de l'Église primitive ont noté que les apôtres accomplissaient « beaucoup de prodiges et de miracles » (Actes 2:43 ; 5:11-14 ; 9:33-35, 40-42 ; 13:9-12). De même, dans les temps modernes, le Seigneur a promis : « Je montrerai des miracles, des signes et des prodiges à tous ceux qui croient en mon nom » (D&A 35:8). À la même époque, il a mis en garde les détenteurs de sa prêtrise en disant : « Ne demandez des miracles que si je vous le commande » (D&A 24:13).

Le principe selon lequel les signes sont montrés à ceux qui croient est bien illustré par l'expérience de Néphi qui désirait voir et connaître les choses que son père avait vues en vision (1 Néphi 10:7). Après avoir, par la prière, diligemment cherché à recevoir cette manifestation, et après avoir fait preuve de foi, il reçut une vision (1 Néphi 11:1). L'Esprit lui indiqua que cette vision lui était donnée comme un signe, à cause de sa foi : « Et toi, Néphi, tu es béni, parce que tu crois au Fils du Dieu très haut; c'est pourquoi tu verras les choses que tu as désirées. Et voici ceci te sera un signe : Lorsque tu auras vu... tu rendras témoignage. » (1 Néphi 11:6-7)

De même, dans la révélation moderne, le Seigneur a rappelé que les dons spirituels sont donnés non comme un signe pour l'incroyant mais comme une aide pour le croyant : « Car en vérité, je vous le dis, ils sont donnés pour le bénéfice de ceux qui m'aiment et qui gardent tous mes commandements, et de celui qui s'efforce de faire ainsi ; afin que puissent en bénéficier tous ceux qui cherchent ou qui me demandent, mais non ceux qui me demandent un signe pour le consommer dans leur convoitise. » (D&A 46:9)

II y a une autre différence entre les preuves scientifiques et les signes ou miracles que Dieu donne pour confirmer la parole au fidèle. C'est la mesure dans laquelle de telles expériences sont partagées avec les autres. Pour remplir sa fonction, la preuve scientifique doit être rendue publique. À l’opposé, les signes et les miracles ne doivent pas être montrés au monde.

En renouvelant sa promesse que les signes suivraient ceux qui croient, le Seigneur a commandé aux membres de son Église « de ne pas se vanter de cela ni d'en parler devant le monde, car cela vous est donné pour votre profit et pour le salut » (D&A 84:73). Deux ans plus tard, il répéta ces directives aux saints égarés du Missouri, les conseillant ainsi : « Ne vous vantez pas de votre foi ni de vos oeuvres puissantes » (D&A 105:24). Plus tard, Joseph Smith, le prophète, recommanda : « Soyons fidèles et silencieux, frères, et si Dieu vous donne un signe, gardez-le pour vous-mêmes. » (Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 69)

En règle générale, les saints des derniers jours suivent ce conseil. Ils ne parlent pas publiquement de leurs expériences les plus sacrées. Ils mentionnent rarement les miracles en rendant leur témoignage, et ils prêchent rarement au pupitre que, grâce aux signes, l'Évangile est vrai. Habituellement, dans leur témoignage, ils affirment la véracité de l'Évangile rétabli en présentant le dénouement de leur expérience mais sans en révéler toutes les étapes.

Cette réticence à parler de miracles ou d'expériences sacrées est quelquefois mal perçue par ceux qui ne comprennent pas les saints des derniers jours, y compris par d'autres chrétiens fervents. Il y a quelques années, je donnais une conférence sur un thème juridique dans une célèbre université protestante. À l'issue de la conférence, plusieurs membres de la faculté de théologie m'invitèrent à déjeuner. Ils me dirent : “Nous connaissons la grande importance que revêt la vie familiale chez les mormons. Nous respectons la manière dont les mormons fidèles paient un dixième de leurs revenus en dîme. Nous savons que de nombreux mormons ont réussi dans divers domaines. Mais nous ne savons rien de votre vie spirituelle individuelle. Nous n'avons jamais entendu nos amis mormons nous en parler. Les mormons vivent-ils des expériences religieuses ?" »

J'ai compris que la question de ces pasteurs fervents était : « Comment pouvez-vous être sauvés si vous n'avez pas eu un témoignage de l'Esprit ? Si les mormons ont de telles expériences, pourquoi n'en parlent-ils pas, comme nous, lorsque nous racontons le moment où nous avons été 'sauvés' ? » Je les assurai que les mormons ont des expériences spirituelles, mais j'expliquai que nous considérons ces expériences comme étant si sacrées que nous en parlons rarement. Je pensai en moi-même que nous, les saints des derniers jours, pourrions voir plus loin que la lettre du commandement de ne pas nous vanter des miracles ou de ne pas les montrer au monde. En omettant de faire part de la richesse de notre vie religieuse lors de conversations privées avec des membres réceptifs d'autres Églises, nous perdons des occasions de glorifier Dieu et de témoigner du Christ et des bénédictions de son Évangile. Nous pouvons même induire en erreur certaines personnes lorsque nous en disons trop à propos des fruits visibles du mormonisme et des réalisations louables d'éminents saints des derniers jours, et que nous en disons trop peu sur les expériences spirituelles personnelles édifiantes des saints des derniers jours ordinaires.

Conclusion

Le Seigneur a commandé que les signes ne soient pas utilisés pour convertir l'incroyant. Les signes suivent ceux qui croient et ont la foi et sont une confirmation et une force pour eux. À ce sujet, les méthodes de la science, bien qu'elles aient abouti à tant d'avancées dans la connaissance du monde, diffèrent nettement de la méthode du Seigneur. Certains confondent les méthodes de la science et celles du Seigneur (y compris l'utilisation correcte ou incorrecte des signes) et ne comprennent pas l'utilisation appropriée de chacune d'elles. Il se peut que certaines de ces confusions soient imputables à l'utilisation du mot preuve dans le domaine spirituel.

L'apôtre Paul a dit : « Mais examinez toutes choses et retenez ce qui est bon » (1 Thessaloniciens 5:21). De même, en réaffirmant le commandement de la dîme par l'intermédiaire du prophète Malachie, le Seigneur dit : « Mettez-moi de la sorte à l'épreuve, dit l'Éternel des armées. Et vous verrez si je n'ouvre pas pour vous les écluses des cieux, si je ne répands pas sur vous la bénédiction au-delà de toute mesure. » (Malachie 3:10)

Par la bouche de Malachie, le Seigneur a donné des promesses spécifiques à ceux qui apporteraient leur dîme (par exemple : « Pour vous je menacerai celui qui dévore »). Ces passages scripturaires invitent le fidèle à mettre le Seigneur à l'épreuve en gardant ses commandements et en recherchant la bénédiction promise. Cette « expérience » ne fait pas partie du genre de signes qu'il nous est commandé d'éviter.

Puisque le genre de preuve qui provient de l'obéissance aux commandements et de la recherche de la bénédiction promise est le résultat de l'exercice de la foi, les signes qui suivent ceux qui croient ne sont pas des signes interdits mais appropriés. Ceci est évident dans ce qui est peut-être la plus puissante invitation, parmi toutes les Écritures, à rechercher une preuve : « Et quand vous recevrez ces choses, je vous exhorte à demander à Dieu, le Père éternel, au nom du Christ, si ces choses ne sont pas vraies ; et si vous le demandez avec un coeur sincère et avec une intention réelle, ayant foi au Christ, il vous en manifestera la vérité, par le pouvoir du Saint-Esprit. » (Moroni 10:4)

Moroni fait la promesse explicite d'une manifestation spirituelle à celui qui cherche à connaître la véracité du Livre de Mormon. Mais, il faut le noter, cette promesse est faite seulement à la personne qui demande « avec un coeur sincère et avec une intention réelle, ayant foi au Christ ». La manifestation qui est donnée en réponse, suite à cette promesse, n'est pas un signe donné pour convertir l'incroyant, mais un signe qui suit la foi et l'engagement de l'individu.

Lors d'une récente conférence générale, le président Howard W. Hunter, réaffirmant l'avertissement de James E. Talmage concernant l'arrogance de ceux qui rejettent la véracité des miracles et des signes dont ils n'ont pas fait l'expérience, et qu'ils ne peuvent comprendre, a dit : « La science et l'intelligence humaine n'ont pas encore fait suffisamment de progrès pour analyser et expliquer ces prodiges. Frère Talmage a averti qu'il est de toute évidence arrogant d'affirmer que les miracles n'existent pas, que les résultats et les manifestations ne peuvent être qu’imaginaires puisque nous ne pouvons comprendre les moyens par lesquels ils se produisent... En fait, ceux qui ont été les bénéficiaires de ces miracles en sont les témoins les plus convaincants. » (L’Étoile, juillet 1989, p. 14)

Ce conseil s'applique particulièrement au témoignage sacré que le Saint-Esprit rend à celui qui recherche la vérité. Ceux qui ne sont pas prêts spirituellement à recevoir ce témoignage devraient prendre garde à ne pas affirmer que, parce qu'ils n'en ont pas fait l'expérience, il n'existe pas.

Dans une revue d'histoire moderne, un spécialiste saint des derniers jours a fait cette analyse de la croyance mormone à propos des miracles et du témoignage de l'Esprit :

« La caractéristique la plus anachronique du mormonisme pourrait être son ouverture constante au miraculeux. [Richard] Bushman fait la remarque que depuis le 18ème siècle la plupart des dénominations chrétiennes ont rejeté la possibilité d'événements surnaturels non mentionnés dans la Bible. En parlant d'anges, de guérisons, de prophéties et de la révélation à notre époque, les mormons offensent les fondamentalistes et les agnostiques en enfreignant cette règle qui est une synthèse chrétienne du Siècle des Lumières. Se souciant peu de l'authenticité contemporaine du doute existentiel, les mormons affirment individuellement que leur foi a été miraculeusement confirmée par un témoignage du Saint-Esprit reçu en réponse à leur prière. Même les spécialistes mormons tels que Bushman et [Leonard J.] Arrington expliqueraient que ces expériences de révélation sont aussi essentielles à leur foi que la recherche documentaire, la preuve empirique ou la logique herméneutique... Au seuil du Jugement Dernier, il semble que tout le monde soit d'accord sur un point : les mormons vont à l'encontre de l'esprit de notre temps. » (Bryce Christensen, Mormons and Modernism, Chronicles of Culture, juillet 1985, p. 10)

Le professeur Hugh Nibley a noté une tendance naturelle, dans le domaine de la religion, « à osciller entre deux pôles opposés : le pôle de l'intellect et le pôle de la superstition et de la vulgarité » (Hugh Nibley, The World and the Prophets, Salt Lake City, Deseret Book et Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1987, p. 142). En d'autres termes, ce qui relève de la religion est susceptible d'être corrompu d'un côté par l'intellectualisme et de l'autre par la superstition. Cette tendance est évidente dans l'opposition entre les signes et la science.

L'approche purement intellectuelle de la religion rejette les miracles modernes et suspecte toute vérité religieuse qui ne peut être prouvée par des méthodes scientifiques. À l'autre extrême se situent les superstitieux, ceux qui rejettent la possibilité de connaître Dieu par quelque moyen que ce soit, scientifique ou religieux. La science se considère comme étant maître des signes. La superstition apparaît comme la servante des signes.

La vraie religion n'est ni intellectuelle ni superstitieuse. Le rôle exact des signes illustre le juste milieu de la vérité. Les signes ne servent pas à prouver la vérité religieuse, comme certains pensent que les méthodes scientifiques le peuvent. Les signes ne sont pas non plus un substitut à la connaissance, comme le voudrait la superstition. La connaissance de la vérité à propos de Dieu et de ses commandements à ses enfants vient par la foi et la révélation du Saint-Esprit, ce qui est une méthode inacceptable pour la superstition et qui ne peut être prouvée par la science. Quand la foi est obtenue et exercée, les signes suivent ceux qui croient.


CHAPITRE 4 : PRENDRE SOIN DES PAUVRES

Un des exemples les plus frappants de la différence entre les voies du Seigneur et celles de l’homme se trouve dans la façon dont l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours et ses membres cherchent à résoudre le problème des personnes âgées et à obéir au commandement éternel de prendre soin des pauvres.

Le commandement de prendre soin des pauvres

Les Écritures anciennes et modernes sont explicites quant aux instructions qu'elles donnent sur l'aide à apporter aux pauvres et aux nécessiteux. Les passages scripturaires qui s'y rapportent sont trop nombreux pour pouvoir les citer tous, et trop connus pour que cela soit nécessaire. Quelques exemples suffiront.

Frère Russell M. Nelson a observé que « lorsque le Seigneur envoyait des prophètes pour sortir Israël de l'apostasie, dans presque chaque cas, un des premiers griefs qui lui était imputé était que les pauvres avaient été négligés » (L’Étoile, juillet 1986, p. 22). Ainsi, le message de Jean-Baptiste incluait : « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a point, et que celui qui a de quoi manger agisse de même. » (Luc 3:11)

Les prophètes du Livre de Mormon enseignèrent que prendre soin des pauvres était la seule manière d'obtenir certaines bénédictions essentielles. Le roi-prophète Benjamin déclara que nous devons donner de notre substance aux pauvres, « de manière à nourrir ceux qui ont faim, vêtir ceux qui sont nus, visiter et soulager les malades tant spirituellement que temporellement » pour « [nous] conserver de jour en jour la rémission de [nos] péchés et pour marcher purs devant Dieu » (Mosiah 4:26).

Après avoir enseigné les principes fondamentaux de l'Évangile (y compris l'expiation et la nécessité de la foi, du repentir et de la prière), Amulek ajouta : « Et maintenant... ne pensez pas que ce soit là tout ; car, lorsque vous avez fait tout cela, si vous renvoyez les indigents et ceux qui sont nus ; si vous ne visitez pas les malades et les affligés ; si vous ne donnez pas de vos biens, si vous en avez, à ceux qui sont dans le besoin, je vous le dis, si vous ne faites aucune de ces choses, voici, votre prière est vaine et ne vous sert de rien, et vous êtes comme des hypocrites qui nient la foi. » (Alma 34:28)

Dans les temps modernes, le Seigneur a donné l'ordre à son peuple de « visiter les pauvres et les affligés et les soulager » (D&A 44:6), et a ajouté : « celui qui ne fait pas cela n'est pas mon disciple » (D&A 52:40). Le Seigneur commanda à ses saints d'apprendre « à donner les uns aux autres comme l'Évangile l'exige » (D&A 88:123). Frère Marion G. Romney a expliqué l'importance de ces commandements en les rapprochant de la déclaration du Sauveur qui dit que quand il viendra dans sa gloire, il séparera son peuple « comme le berger sépare les brebis d'avec les boucs » (Matthieu 25:32). Il a dit : « Le critère en fonction duquel cette séparation [se fera] en ce grand jour [sera] l'attention qui aura été donnée aux pauvres et aux nécessiteux. » (Ensign, janvier 1973, p. 97)

Aussi important soit-il, ce devoir à l'égard des pauvres ne vient qu'en seconde position après un autre devoir. Le plan du Seigneur pour s'occuper des pauvres et des nécessiteux requiert et présuppose que chacun d'entre nous subvienne à ses propres besoins et à ceux de sa famille, dans la mesure de ses possibilités. Ceci inclut de s'occuper des membres de notre propre famille - les parents s'occupant des enfants, et les enfants des parents (L’Étoile, juillet 1986, p. 24). Après quoi, nous nous occupons des membres nécessiteux de l'Église, et ensuite nous apportons notre aide aux autres dans la mesure où nos moyens nous le permettent (Joseph F. Smith, Doctrine de l’Évangile, ch. 13). Nous faisons ceci, premièrement, en payant notre dîme ; deuxièmement, en donnant libéralement aux fonds de jeûne ; et ensuite, en faisant d'autres dons sous forme de travail et d'argent dans la mesure de nos moyens (voir Marion G. Romney, Caring for the Poor and the Needy, Ensign, janvier 1973, p. 99). C'est la responsabilité que le Seigneur a placée sur chaque membre de son Église.

Traditionnellement, les religions ont enseigné aux hommes d'adorer un Dieu qui leur donne le commandement de s'aimer et de se servir les uns les autres. Mais aujourd'hui il y a une foule de pseudo-religions qui enseignent aux hommes de s'adorer eux-mêmes et de célébrer le culte d'eux-mêmes par des rites de complaisance. La vraie religion prêche le principe de la responsabilité, nous enseigne à donner. Les contrefaçons modernes de la vraie religion prêchent les droits plutôt que les devoirs, et nous enseignent à prendre plutôt qu'à donner. La vraie religion produit des citoyens formés à servir, ses contrefaçons modernes produisent des citoyens habitués à réclamer de l'aide.

Les efforts du gouvernement

Ce n'est pas l’objet de cet ouvrage de donner une description complète ou d’évaluer les efforts de l’État dans l’aide aux nécessiteux. Un bref résumé suffira pour comparer les voies de l’homme à celles de Dieu.

En ce qui concerne les programmes d'entraide gouvernementaux, on constate une insatisfaction générale. Les critiques viennent non seulement des contribuables qui financent l'aide et qui supportent mal le fait qu'elle semble ne pas atteindre ses buts, mais aussi des personnes qui ne sont pas satisfaites de l'étendue et de la nature de l'aide reçue et des contrôles administratifs qui l'accompagnent. Certains experts et hommes politiques se joignent aux critiques.

Les accusations les plus sévères affirment que les programmes d'entraide de l’État n’ont pas réussi à réduire la pauvreté, qu’ils l'ont probablement accrue en favorisant une série de problèmes sociaux connexes (voir, par exemple, Charles Murray, Losing Ground, New York City Basic Books Inc., 1984). John Goodman, président du National Center for Political Analysis, a dit : « Le système d'entraide des États-Unis est un désastre. Il crée la pauvreté au lieu de l'éliminer. Il subventionne le divorce, les grossesses juvéniles, l'abandon des parents âgés par leurs enfants, ainsi que la désagrégation générale de la famille. Pourquoi ? Nous donnons de l’argent aux gens pour qu’ils restent pauvres. Les associations caritatives ont toujours mieux répondu aux besoins là où ils sont réellement nécessaires. » (cité dans Thomas S. Monson, Un plan prévoyant, une promesse précieuse, L'Étoile, juillet 1986, p. 65)

Que sont devenus les énormes fonds publics attribués au secours des pauvres ? Robert L. Woodson, président du National Center for Neighborhood Enterprise et président du Council for Black Economic Agenda, a écrit : « Depuis 1964, le gouvernement fédéral [des États-Unis] a engagé des milliards de dollars dans des programmes pour l'emploi, l'habitat, la solidarité et le développement économique conçus pour aider les nécessiteux. Le principal bénéficiaire de cet important effort est, à l’évidence, 'l'industrie du service social', parachutée dans la collectivité pour gérer les programmes d'aide, moyennant des salaires et des coûts de fonctionnement qui se taillent la part du lion dans les budgets alloués. » (Robert L. Woodson, Race and Economic Opportunity, Vanderbilt Law Review 42, mai 1989, p. 1025)

Certains ne seront pas d'accord avec ces accusations sévères. Dans le cadre de ce livre, il suffit de souligner qu'il existe une insatisfaction générale en ce qui concerne l'aide apportée aux pauvres par l’État. Il convient également de remarquer que la gestion de cette aide nécessite la rémunération d’un personnel nombreux et des dépenses de fonctionnement qui font que l'aide aux pauvres est devenue un gros marché dont beaucoup de « non-pauvres » tirent un gain financier conséquent.

L’arrangement qui permet d'obtenir des dégrèvements fiscaux en échange d’une aide financière apportée aux pauvres, ce que quelqu'un a appelé « se faire du bien en faisant du bien », est une formule bien connue. Au midi des temps, Judas se plaignit que le parfum utilisé pour oindre les pieds de Jésus n'ait pas été vendu au bénéfice des pauvres. L'évangile de Jean explique la motivation réelle de Judas : « Il disait cela, non qu'il se mît en peine des pauvres, mais parce qu'il était voleur, et que tenant la bourse, il prenait ce qu'on y mettait. » (Jean 12:6)

Dans la promotion et la gestion de l'aide de l’État aux nécessiteux on retrouve les mêmes motivations. Certains programmes contre la pauvreté ne sont pas conçus en faveur des pauvres mais parce que leurs promoteurs « tiennent la bourse », et que les programmes proposés favoriseront leur enrichissement personnel, leur renom ou leur pouvoir.

Une autre caractéristique de la gestion actuelle de l'aide de l’État aux pauvres est critiquée par Robert L. Woodson : « Ces vastes empires bureaucratiques et professionnels, qui ont le monopole des services sociaux régis par l'État, exigeaient aussi un coût humain et social. Ceux qui reçoivent de l’aide perdent leur autonomie en tant qu'êtres humains en devenant des 'clients' (ce qui, dans la terminologie juridique latine, signifie un individu dépendant). Cette dépendance psychologique a perverti à la fois la moralité publique et la moralité individuelle, générant un climat d'impuissance, d'irresponsabilité et de ressentiment. En tant que 'clients' passifs, les pauvres et les démunis ont été conduits dans une impasse où une somme d'argent à peine suffisante entretient leur pauvreté et sape l'initiative individuelle, les rendant complètement dépendants. » (op. cit., p. 1026) En résumé, même si les intentions étaient probablement bonnes, les moyens employés étaient inefficaces.

À l'opposé, le président Spencer W. Kimball a observé : « Enseignez-leur la vérité, donnez-leur l'Évangile et l'ambition est née, la fierté est entretenue, l'indépendance remplace la paresse, les hommes apprennent comment construire leur foyer, l'équiper et le peindre, et ensuite comment construire pour les autres. » (Teachings of Spencer W. Kimball, éd. Edward L. Kimball, Salt Lake City, Bookcraft, 1982, p. 370)

L'entraide à la manière du Seigneur

Une écriture-clé sur la manière du Seigneur de répondre aux besoins des pauvres et des nécessiteux est donnée par cette révélation tirée des Doctrine et Alliances :

« Et j'ai l'intention de pourvoir aux besoins de mes saints, car tout est à moi. Mais il faut que cela se fasse à ma façon, et voici quelle est la façon que moi, le Seigneur, j'ai décidé d'employer afin de pourvoir aux besoins de mes saints : les pauvres seront élevés en ce que les riches seront abaissés.

« Car la terre est pleine, et il y a assez, et même en réserve ; oui, j'ai tout préparé et j'ai donné aux enfants des hommes qu'ils aient leur libre arbitre. C'est pourquoi si quelqu'un prend de l'abondance que j'ai faite et ne donne pas de sa part, selon la loi de mon Évangile, aux pauvres et aux nécessiteux, il élèvera avec les méchants les yeux en enfer, étant dans les tourments. » (D&A 104:15-18)

Pour résumer : (1) Le Seigneur désire répondre aux besoins temporels aussi bien qu'aux besoins spirituels de ses saints. (2) Néanmoins, cela doit être fait à sa manière. (3) Sa manière de faire exaltera le pauvre (ce qui signifie, aider les pauvres spirituellement aussi bien que temporellement et ainsi les faire avancer vers l'exaltation). (4) Sa manière de faire abaissera le riche (c'est à dire, les riches s'humilieront et ainsi s'approcheront aussi d'une plus grande spiritualité et de l'exaltation). (5) La terre contient plus que le nécessaire pour le soutien de chacun. (6) Les hommes sont moralement responsables d'utiliser de leur abondance pour pourvoir aux besoins des pauvres et des nécessiteux. (7) Ceux qui ne le font pas iront avec les méchants en enfer.

La manière du Seigneur de pourvoir aux besoins des pauvres et des nécessiteux a été révélée à Adam et à sa postérité, en même temps que les autres principes de l'Évangile. Ces principes furent enseignés et illustrés par les prophètes du temps de l'Ancien Testament et du Livre de Mormon et par le Sauveur et ses apôtres à leur époque. Ils furent révélés au prophète Joseph Smith dans les premiers temps de l'Église rétablie.

La manière du Seigneur de s'occuper des pauvres fut mise en pratique lors de la traversée des plaines. Dans une révélation donnée au prophète Brigham Young le Seigneur commanda : « Que chaque compagnie prenne en charge, en proportion de sa part de biens, les pauvres, les veuves et les orphelins et les familles de ceux qui sont partis à l'armée, afin que les cris de la veuve et des orphelins ne montent pas aux oreilles du Seigneur contre ce peuple » (D&A 136:8). Ces mêmes principes furent appliqués dans le peuplement des montagnes de l'Ouest par les saints. Ensuite, au fur et à mesure que les conditions changèrent, quelques-uns des moyens de mise en oeuvre de ces principes tombèrent en désuétude et on en oublia même ou on en négligea les raisons profondes.

Pour répondre aux cruels défis économiques de la Grande Dépression, les dirigeants de l'Église mirent de nouveau l'accent sur les principes fondamentaux du souci des pauvres et des nécessiteux et établirent ce que certains considérèrent comme de nouveaux moyens pour les mettre en action. Certains, et surtout des gens qui n'étaient pas membres de l'Église, pensèrent même que ce que nous appelons maintenant le programme d'entraide de l'Église fut fondé en 1936. Mais il s'agissait seulement de la manifestation la plus récente d’un principe aussi vieux que l'Évangile lui-même.

L'explication de la Première Présidence sur la raison pour laquelle ils établirent le programme d'entraide moderne contient deux buts : l'un est décrit comme « l'objectif annoncé » et l'autre est identifié comme « notre but principal » :

« L'objectif annoncé, fixé à l'Église dans le cadre de ce programme, était de fournir pour le 1er octobre 1936, par un système entièrement bénévole de dons en argent ou en nature, suffisamment de nourriture, de combustible, de vêtements et de literie pour répondre aux besoins, tout au long de l'hiver à venir, de chaque famille nécessiteuse et digne, membre de l'Église, incapable de se procurer cela par elle-même, de façon à ce qu’aucun membre de l'Église ne souffre dans ces temps d'agitation et de crise.

« Dans la mesure du possible, nous avons eu comme but principal l’établissement d’un système grâce auquel on se débarrasserait de la malédiction de l’oisiveté, on abolirait les maux des indemnités de chômage, et où l’indépendance, le labeur, l’épargne et le respect de soi seraient rétablis parmi notre peuple. L’Église entend aider ses membres à s’aider eux-mêmes. Le travail doit être remis à l’honneur en tant que principe directeur de la vie des membres de l’Église. » (L’Étoile, octobre 1980, p. 141)

L'objectif annoncé était de pourvoir aux besoins des pauvres pour qu'ils ne souffrent pas du manque de nourriture, de vêtements et d'un abri. Mais le but principal, qui est une expression du principe éternel de s'occuper des pauvres, était de fournir l'assistance nécessaire de la manière qui permet de corriger les déficiences spirituelles : chasser l'oisiveté et les maux de l'allocation chômage et aider les membres de l'Église en leur donnant l'occasion de travailler afin qu'ils jouissent de l'indépendance et du respect de soi.

En décrivant la raison de l'effort concentré lancé en 1936, la Première Présidence expliqua que « le véritable but du plan [d'entraide] de l'Église est d'aider chaque individu à acquérir son indépendance, à l'aider à pourvoir à ses propres besoins, à remplacer l'oisiveté par l'épargne et la productivité » (Improvement Era, janvier 1938, p. 7). De même, il y a presque cent ans, le président Joseph F. Smith a dit : « C'est l’objectif de Dieu dans le rétablissement de l'Évangile et de la Sainte Prêtrise, non seulement pour le bénéfice spirituel de l'humanité, mais aussi pour son bénéfice temporel. » (Joseph F. Smith, Doctrine de l'Évangile, p. 172)

Utilisés dans ce contexte, les termes temporel et spirituel nécessitent une clarification. Temporel qualifie tout ce qui appartient à la vie mortelle, y compris la nourriture, l'abri, l'emploi et la propriété. Spirituel qualifie tout ce qui appartient à l'éternité, y compris la foi, le repentir, la sanctification, les alliances et les sacrements. Etant donné que les choix temporels ont des conséquences spirituelles et vice versa, le temporel et le spirituel sont étroitement liés à long terme. Pour Dieu toute chose est spirituelle et aucun de ses commandements n'est temporel (D&A 29:34-35). Toutefois, dans le court passage de la condition mortelle, il est quelquefois utile d'identifier les choses temporaires ou terrestres comme temporelles et les choses moins terrestres et plus célestes (les choses de l'éternité) comme spirituelles. C'est le sens dans lequel Joseph F. Smith utilisa ces termes, et c'est le sens dans lequel ils seront utilisés dans le reste de ce chapitre.

Dans le plan du Seigneur, les objectifs temporels et spirituels vont toujours de pair, mais le spirituel doit toujours avoir la priorité dans les programmes gérés par l'Église. Les actes charitables individuels et les diverses organisations caritatives peuvent répondre aux besoins temporels des pauvres, mais seules les activités d'entraide parrainées par l'Église ou dirigées par la Prêtrise peuvent répondre aux besoins spirituels de ceux qui reçoivent et de ceux qui apportent l’aide. Frère Marion G. Romney enseigna ce principe succinctement quand il dit : « Le devoir fondamental de l'Église d'aider les pauvres n'est pas d'apporter un secours temporel à leurs besoins, mais de sauver leur âme. » (L'Étoile, avril 1978, p. 124)

Le Sauveur enseigna la supériorité du spirituel sur le temporel. Quand Marie eut oint les pieds de Jésus avec un parfum coûteux, Judas demanda : « Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers pour les donner aux pauvres ? » La réponse de Jésus révéla un grand principe à ses disciples : « Laisse-la garder ce parfum pour ma sépulture. Vous avez toujours les pauvres avec vous, mais moi, vous ne m'avez pas toujours » (Jean 12:5, 7-8). Ainsi, bien que le fait de s'occuper des pauvres soit essentiel, son importance devait être vue dans un contexte spirituel. Dans cet exemple, il y avait quelque chose de plus important à faire de ce parfum que de donner sa valeur aux pauvres. Ce qui concernait l'éternité, y compris ce que Jésus pouvait enseigner à ses disciples pour le salut de leur âme et ce qu'il pourrait faire pour eux par sa mort et sa résurrection, était plus important que le souci temporel en faveur des pauvres. En vérité, une des raisons pour lesquelles nous avons « toujours les pauvres avec [nous] » est que ceux qui ne le sont pas subissent l’épreuve et reçoivent la croissance spirituelle qui sont liées à notre réponse à leurs besoins.

La supériorité du spirituel sur le temporel, que Jésus enseigna, a beaucoup d'applications de nos jours. Par exemple, elle explique pourquoi l'Église dépense de grosses sommes d'argent dans la prédication de l'Évangile rétabli et dans la construction de temples pour accomplir les sacrements de l’éternité plutôt que (comme quelques-uns le recommandent) de dévouer ces mêmes ressources aux problèmes temporels dont d'autres s'occupent déjà, tels que la protection de l'environnement, la recherche de traitements contre les maladies, ou la réponse à d'autres besoins physiques qui peut être apportée sans le pouvoir ni la direction de la prêtrise.

Tous les prophètes modernes qui ont eu la responsabilité principale d'expliquer les voies du Seigneur dans le secours aux pauvres ont mis l'accent sur la priorité des buts spirituels sur les buts temporels. On compte parmi eux David O. McKay, Spencer W. Kimball, Ezra Taft Benson, J. Reuben Clark, Henry D. Moyle, Marion G. Romney, Gordon B. Hinckley et Thomas S. Monson. Tous ont mis l'accent sur l'importance des méthodes qui permettent d’édifier l'esprit aussi bien que de nourrir le corps.

En tant que président de l'Église, Spencer W. Kimball, dans un message important sur l'entraide, a dressé la liste des six « principes spécifiques qui sont la fondation de cette oeuvre ». Il déclara : « Nous pouvons approcher l'idéal de Sion seulement en appliquant ces vérités... Cet ordre le plus élevé de la société de la prêtrise est fondé sur les doctrines [1] de l'amour, [2] du service, [3] du travail, [4] de l'autonomie, [5] de l'intendance, qui sont tous couverts par [6] l'alliance de la consécration » (L’Étoile, avril 1978, p. 115-120). Il est à noter que la plupart de ces principes sont d'ordre spirituel et que leur signification matérielle ou temporelle est implicite. D'autres enseignements mettent l'accent sur le fait que la manière du Seigneur de prendre soin des pauvres et des nécessiteux sanctifie ceux qui donnent parce qu'ils agissent volontairement, et exalte ceux qui reçoivent dans la mesure où il leur est enseigné qu’ils ont l’honneur de participer à une entreprise céleste en y contribuant selon leurs capacités (D&A 104:16). Le président Kimball expliqua : « La voie du Seigneur édifie l'estime de soi, redonne et accroît la dignité des individus, tandis que la voie du monde déprécie l’image de soi et provoque un profond mécontentement » (Teachings of Spencer W. Kimball, éd Edward L. Kimball, Salt Lake City, Bookcraft, 1982, p. 369). « Vu sous cet angle, nous pouvons constater que les services d'entraide ne sont pas un programme, mais l'essence même de l’Évangile. C'est l'Évangile en action. C'est le principe suprême d'une vie chrétienne. » (op. cit., p. 365)

Quand la Première Présidence institua ce que nous appelons le programme d'entraide de l'Église dans les années 1930, elle mit l'accent sur trois principes de gestion.

1. Le plan est fondé sur des principes religieux. Ces principes sont ceux présentés plus haut, ainsi que celui de l'autonomie.

2. Le plan est mené à bien entièrement par les agences de l'Église et principalement par des bénévoles qui n'ont pas d'intérêt personnel dans la gestion de l'aide.

L'officier de l'Église le plus important dans le programme du Seigneur pour s'occuper des pauvres est l'évêque. Dans la révélation moderne cette responsabilité lui est confiée (voir par exemple, D&A 38:34-36 ; 42:30-31 ; 72:9-10, 12). Sa responsabilité a été réaffirmée lorsque le programme d'entraide a été de nouveau institué. La Première Présidence a dit : « La responsabilité de s'assurer que personne n'est affamé ou a froid ou est insuffisamment vêtu repose sur les épaules des évêques, chacun pour les membres de sa propre paroisse. » (Improvement Era, janvier 1937, p. 3 ; réimprimé dans Messages of the First Presidency, James R. Clark, vol. 6, Salt Lake City, Bookcraft, 1975, p. 22, 24)

Les évêques accomplissent la tâche de « cherch[er] les pauvres pour subvenir à leurs besoins en rendant humbles les riches et les orgueilleux » (D&A 84:112). Frère J. Reuben Clark fils, a décrit cette responsabilité : « Selon la parole du Seigneur, le seul mandat pour prendre soin des pauvres de l'Église et la seule autorité pour s'occuper d'eux sont placés sur l'évêque... À lui seul revient le devoir de déterminer qui, quand, comment et combien sera donné à tout membre de sa paroisse sur les fonds de l'Église au titre de l’aide de la paroisse. » (cité par Marion G. Romney dans Ensign, janvier 1974, p. 91-92)

Les collèges de la prêtrise ont une responsabilité importante mais différente dans la gestion de l'entraide de l’Église. Leur tâche est de mettre les membres du collège dans la situation où ils deviennent autonomes. Dans un discours remarquable donné lors du lancement du programme d’entraide, frère J. Reuben Clark expliqua cette responsabilité : « Cette aide peut se concrétiser sous la forme d'une assistance pour le frère nécessiteux, dans ses besoins ou son problème proprement dit, pour construire sa maison ou à se lancer dans une petite entreprise, ou, si c'est un artisan, lui procurer un jeu d'outils ou, si c'est un fermier, lui procurer des semences, l'aider à planter ou à moissonner, ou à satisfaire un besoin urgent de crédit. » (James R. Clark, Messages of the First Presidency, 676 ; voir aussi Gordon B. Hinckley, Responsabilités des collèges de la prêtrise en matière d'entraide, L'Étoile, avril 1978, p. 131)

La Société de secours joue aussi un rôle essentiel dans la gestion de l'entraide. Frère Clark l'a décrit comme suit :

« La Société de secours des femmes porte la charge de tout ce qui est lié à la fourniture de vêtements, à la préparation et à la conservation de nourriture, aux soins apportés aux malades, aux funérailles, tout ce qui est lié à l'infinité des petites attentions et à la gentillesse, tout ce qui est lié, même de loin, à l'amour et au rituel de la maternité. L'évêque est le père de la paroisse, la Société de secours en est la mère. Le plan d'entraide de l'Église ne peut être mené à bien sans les soeurs. C’est là où elles sont les plus actives qu’il est le plus efficace. Elles créent des ateliers de couture et de cuisine, elles aident à établir des budgets, elles encouragent les personnes particulièrement éprouvées et découragées, elles redonnent courage aux timorés, elles chassent le désespoir des coeurs affligés ; elles sèment l'espoir, la foi et la droiture dans chaque foyer. La féminité, épanouie dans une maternité légitime, est la démarche la plus proche de la divinité que des mortels puissent connaître. Les mères sont les membres éminents de la Société de secours. » (James R. Clark, Messages of the First Presidency, Salt Lake City, Bookcraft, 1975, vol. 6, p. 77)

Comme les collèges de la prêtrise, la Société de secours participe à la gestion de l'entraide en aidant ses membres à acquérir la connaissance et les techniques nécessaires pour remplir leurs responsabilités familiales et sociales. La connaissance et les techniques dont ses membres ont besoin peuvent varier selon l'époque et l'endroit. Ainsi, le savoir-faire des femmes dans les arts ménagers il y a cinquante ans doit aujourd'hui faire l'objet d'un enseignement spécifique. Pour citer un autre exemple, le plus grand besoin de formation de certains membres de l'Église à travers le monde est l'alphabétisation. La Société de secours peut aider dans ce domaine ainsi que dans de nombreux autres.

3. Les mesures du plan visent à accorder une aide temporaire, telle que de la nourriture, un abri et des vêtements pour subvenir aux besoins vitaux et au bien-être, plutôt que de remédier aux désordres financiers et sociaux qui sont la cause des besoins de l'individu. (voir Conference Report, octobre 1936, p. 2-6 ; J. Reuben Clark, fils, Church Welfare Plan, dans Messages of the First Presidency, vol. 6, p. 63-88, discours donné lors d'une conférence à Estes Park, Colorado, 1939)

Le but premier de l'aide de l'Église aux pauvres et aux nécessiteux a toujours été de soulager la détresse de façon temporaire. En accord avec cette mission, l'aide apportée à chaque bénéficiaire est adaptée à ses besoins. À la différence de la plupart des programmes d'assistance publique, il n'y a pas de montant ou de droit fixes ni de durée déterminée à l'aide.

En résumé, en accord avec les principes de l'Évangile, l'évêque accorde une aide adaptée à l'individu pour ses besoins physiques immédiats, tels que de la nourriture, des vêtements et du chauffage. La Société de secours aide de multiples façons par des services et de la compassion. Quant aux collèges de la prêtrise, ils répondent aux besoins permanents, tels que l'instruction ou d'autres besoins nécessaires pour aider les membres du collège à devenir autonomes.

Le principe et la mise en pratique de l'autonomie

Afin d'atteindre ses buts spirituels, l'aide temporelle donnée par l'intermédiaire de l'entraide de l'Église doit être soumise au principe fondamental de l'Évangile qu'est l'autonomie. Aucune idée ne peut mieux exprimer la différence entre le gouvernement et l'Église dans l'aide apportée aux nécessiteux que les mots travail et autonomie.

L'autonomie signifie de travailler pour soi-même au maximum de ses capacités. « C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain » (Genèse 3:19). Notre responsabilité de subvenir à nos propres besoins et à ceux de notre famille est un principe vital dans notre relation à Dieu, aux autres et à la société. Les saints des derniers jours s'attendent à devoir travailler pour ce qu'ils reçoivent, que ce soit pour leur salut ou pour leur nourriture. La seule aide qu'ils attendent est l'occasion de travailler.

Dans notre relation à Dieu, ce principe est exprimé dans le dicton : « Aide-toi et le ciel t'aidera ». Knute Rockne appliqua ce principe au football américain quand il dit : « Les prières sont plus efficaces quand les joueurs sont costauds » (Andrew J. Malkovich, éd., Sport Quotations, Jefferson, N.C., McFarland & Co., 1984, p. 90). La biographie de Lincoln par Carl Sandburg donne un exemple de cette attitude au dix-neuvième siècle quand il parle d'un fermier de la Nouvelle-Angleterre qui demanda à son pasteur de prier pour que sa ferme produise de meilleures récoltes. Après avoir regardé le sol pierreux et inculte, le pasteur dit : « Cette ferme n'a pas besoin de prières mais de fumier ! » (CarI Sandburg, Abraham Lincoln : The Prairie Years, 1, New York, Harcourt, Brace 1 World, 1926, p. 125)

Certains peuvent trouver cette attitude sacrilège ; d'autres la considéreront comme dépassée. Pour les saints des derniers jours, elle est l'illustration d'une loi de la vie. Elle montre également la bonté de Dieu qui attend de nous non seulement d'avoir foi en lui mais aussi d'avoir foi en nous-mêmes et de montrer notre foi et notre reconnaissance par des efforts personnels soutenus pour faire fructifier les talents et les occasions qu'il nous a donnés. En résumé, nous cherchons à appliquer le vieux proverbe : prier comme si tout dépendait de Dieu et ensuite travailler comme si tout dépendait de nous.

Le travail et l'autonomie sont des principes anciens dans la foi chrétienne. L'apôtre Paul enseigna : « Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus » (2 Thessaloniciens 3:10). Il a écrit également : « Si quelqu'un n'a pas soin des siens, et principalement de ceux de sa famille, il a renié la foi, et il est pire qu'un infidèle » (1 Timothée 5:8).

Ces mêmes principes furent réaffirmés par la révélation dans la dernière dispensation : « Tu ne seras pas paresseux, car le paresseux ne mangera pas et ne portera pas les vêtements du travailleur » (D&A 42:42). « Tout homme qui est obligé de pourvoir aux besoins de sa famille, qu'il le fasse, et il ne perdra aucunement sa couronne ; et qu'il travaille dans l'Église. Que chacun soit diligent en tout. Le paresseux n'aura pas de place dans l'Église, à moins qu'il ne se repente et ne s'amende » (D&A 75:28, 29).

Le président Brigham Young a expliqué : « L'expérience m'a enseigné, et c'est devenu un principe pour moi, qu'il n'y a pas d'avantage à donner continuellement, à un homme ou à une femme, de l'argent, de la nourriture, des vêtements ou quoi que ce soit d'autre, s'ils sont aptes physiquement et peuvent travailler et gagner ce dont ils ont besoin... C'est mon principe, et j'essaie d'agir en conséquence. Suivre un chemin contraire conduirait à la ruine de toute société dans le monde et rendrait ses membres paresseux. » (cité par Marion G. Romney dans Ensign, janvier 1974, p. 89)

Le président Joseph F. Smith enseigna le même principe pour l'appliquer à l'individu : « Les hommes et les femmes ne devraient pas chercher à recevoir la charité à moins qu'ils n'y soient obligés pour éviter de souffrir. Chaque homme et chaque femme devrait posséder l'esprit d'indépendance et d'autonomie qui les inciterait à dire, quand ils sont dans le besoin, 'je veux donner mon travail en échange de ce que vous me donnez'. Aucun homme ne devrait être heureux de recevoir et de ne rien faire en contrepartie. » (Doctrine de l'Évangile, p. 195)

Bien sûr, la doctrine de l'autonomie n'impose aucune obligation de travail aux personnes âgées, aux handicapés, aux malades ou à tous ceux qui sont incapables de travailler pour subvenir à leur besoins (voir Marion G. Romney, La nature céleste de l'indépendance, L'Étoile, avril 1983, p. 183-188).

Le travail et l'autonomie ont une importance évidente dans notre relation avec l'État. Par exemple, le travail et l'autonomie furent inhérents à la distribution des terres la plus importante effectuée par le gouvernement des États-Unis au dix-neuvième siècle. En accord avec le Homestead Act de 1862, le gouvernement des États-Unis offrait un titre de propriété pour 65 hectares de terre publique au « chef de famille, ou [tout autre personne] atteignant l'âge de vingt et un ans » qui améliorerait cette terre en y résidant et en la cultivant pendant une période de cinq ans (voir United State Statute at Large 12, 1862, p. 392). Les colons qui obtinrent les titres de propriété par ce moyen, y compris de nombreux pionniers mormons, travaillèrent pour ce qu'ils reçurent. Leur gouvernement leur offrait une occasion et non pas la charité. Ils fortifièrent la nation en affermissant ses frontières, en colonisant ses terres, en payant ses impôts, et en produisant de la nourriture pour son peuple.

Un exemple plus récent est le G.I. bill, par lequel le gouvernement reconnaissant a offert une formation aux militaires qui avaient interrompu leurs activités pour servir leur pays.

À l'opposé de l'idéal traditionnel de l'autonomie, les programmes d'entraide du gouvernement de ce siècle ont rarement inclus l'obligation que le bénéficiaire travaille pour ce qu'il ou elle reçoit.

L'adoption du Social Security Act en 1935 a marqué un tournant dans le développement de l'entraide sociale moderne aux États-Unis. Les avantages sociaux acquis grâce à cette loi n'avaient que peu ou pas de rapport avec les cotisations que les bénéficiaires avaient versées à ce qu'on appelait le fonds d'assurance. Quant aux travailleurs, ils n'étaient pas intéressés par un fonds à part.

Ceci est toujours vrai après plus d'un demi siècle. Les sommes colossales que les bénéficiaires potentiels et leurs employeurs paient en cotisations sociales sont à peine dissociées des impôts sur le revenu et les remboursements versés par la sécurité sociale n'ont que peu de rapport avec le montant des cotisations versées. Certains paient beaucoup plus qu'ils ne reçoivent en retour, d'autres paient beaucoup moins. En conséquence, on peut dire que pour l'État les sommes déboursées par la sécurité sociale sont difficiles à différencier des sommes versées au titre de l'aide sociale (voir Louis Kohlmeier, Social Security and Welfare on an Historic Convergence Course, Financier 1, septembre 1977, p. 6).

Quoi qu'il en soit, il y a une grande différence en terme de motivation. Etant donné que tous les bénéficiaires de l'aide sociale ont cotisé pour l'aide qu'ils reçoivent (et certains ont payé plus qu'ils ne recevront), pour des raisons de motivation du bénéficiaire il est possible de comparer la sécurité sociale à l'achat d'une rente viagère. De toute façon, il est virtuellement impossible aux employés et aux employeurs d'éviter les impôts destinés au soutien des bénéficiaires de l'aide sociale. Dans ces conditions, les membres de l'Église et les sociétés appartenant à l'Église (en tant qu'employeurs) n'ont pas d'autre alternative que de participer au système de sécurité sociale, même s'il laisse beaucoup à désirer quand on le compare au principe de l'autonomie.


Aucun dirigeant n'a autant parlé de l'importance de l'autonomie que frère Marion G. Romney. Son discours lors de la conférence d'octobre 1982 est caractéristique de son plaidoyer à ce propos :

« Des gens bien intentionnés ont créé de nombreux programmes pour aider ceux qui sont dans le besoin. Cependant, un grand nombre de ces programmes sont motivés par l'objectif à court terme 'd'aider les gens', en opposition à 'aider les gens à s'en sortir'. Nous devons toujours diriger nos efforts pour rendre indépendants les gens qui en sont capables physiquement...

« L'habitude d'aspirer à des avantages non mérités et de les recevoir est maintenant tellement établie dans notre société que même les riches ayant les moyens de produire davantage de richesses attendent de l'État la garantie d'un bénéfice...

« Tous nos actes dans le cadre de l'Église et de la famille doivent avoir pour but de rendre indépendants nos enfants et nos membres. Nous ne pouvons pas toujours contrôler les programmes de l'État, mais nous pouvons avoir le contrôle de nos propres foyers et de nos assemblées. En enseignant ces principes et en les vivant, nous ferons beaucoup pour contrer les effets pervers des programmes gouvernementaux de tout pays. » (L'Étoile, avril 1983, p. 184-185)

Beaucoup de spécialistes, de législateurs et d'administrateurs de l'aide de l'État ont plaidé pour imposer le travail en compensation de l'aide publique. La théorie est appréciée, mais dans la pratique, le but est souvent irréalisable. Un programme de travail compensatoire est sans doute plus coûteux à administrer que d'y renoncer. Comme le coût total est le critère le plus important appliqué à l'aide publique, les obligations de travail n'ont pas abouti ou ont été de courte durée.

Le président Ezra Taft Benson a défini le mal que l'autonomie permet d'éviter. Il a expliqué pourquoi l'Église a persisté dans l'obligation d'un travail compensatoire alors que les programmes de l'État y ont renoncé en considérant qu'ils étaient impossibles à mettre en pratique ou inutiles : « Les bénéficiaires de l'entraide doivent travailler dans la mesure de leurs capacités à gagner les denrées ou l'aide du don de jeûne. Si on ne fournit pas de travail compensatoire utile, si on n'encourage pas les gens à travailler, on créera une déprimante 'allocation chômage' de l'Église et le but dans lequel le programme d'entraide a été établi sera manqué. Il est une loi céleste, une loi que nous n'avons pas pleinement apprise ici-bas, qui fait qu'on ne peut pas aider en permanence les autres en faisant pour eux ce qu'ils peuvent faire eux-mêmes. » (L'Étoile, octobre 1977, p. 95)

Il y a un vieux conflit entre l'autonomie individuelle d'un côté et la responsabilité de groupe et les efforts communs pour s'occuper des pauvres de l'autre. Comment promouvoir l'un sans affaiblir l'autre ?

Un observateur averti à rendu hommage à la solution des saints des derniers jours pour résoudre ce conflit. William Rees-Mogg, rédacteur en chef du London Times, a observé :

« Quelquefois, aux États-Unis, on sent que l'attitude politique conservatrice est poussée à un point extrême, là où l'individualisme devient antisocial...

« Les résultats de l'individualisme extrême qui a permis l'enlaidissement de quelques États américains, n'existent pas en Utah. Je pense que c'est parce que l'Utah équilibre les principes pionniers de l'indépendance et de l'autonomie avec ceux de la responsabilité sociale volontaire inspirés à la fois des enseignements et de l'histoire des mormons. Comme tous les pionniers, les mormons ont dû compter sur eux-mêmes ; comme tous les pionniers ils ont dû aussi dépendre les uns des autres. Brigham Young, un des plus grands dirigeants pionniers américains, a choisi la ruche comme symbole du nouvel État, la ruche étant un symbole à la fois de travail et de coopération...

« L'Utah connaît, par conséquent, un conservatisme dans lequel la liberté individuelle est équilibrée avec la coopération sociale et la stabilité qui provient d'une foi religieuse majoritaire et d'une vie familiale solide. » (William Rees-Mogg, Conservatism Shines Its Brightness in Utah, Deseret News, 31 mars 1980, p. A1, A3)

Le but du don et la manière de donner

Le président Marion G. Romney expliqua le but éternel du commandement d'aider les pauvres et les nécessiteux : « Dans ce monde moderne, empoisonné de contrefaçons du plan du Seigneur, nous ne devons pas nous égarer en supposant que nous pouvons nous décharger de notre obligation envers les pauvres et les nécessiteux en laissant cette responsabilité à la charge de quelque organisme public ou gouvernemental. C'est seulement en donnant en abondance de l'amour à notre prochain que nous pouvons développer cette charité caractérisée par Mormon comme étant 'l'amour pur du Christ' (Moroni 7:47). Nous devons développer cette qualité si nous voulons obtenir la vie éternelle. » (Ensign, janvier 1973, p. 98)

L'obligation individuelle de prendre soin des pauvres inclut-elle l'obligation d'aider ceux qui peuvent subvenir à leurs besoins mais qui refusent ou négligent de le faire ? C'est un vieux problème parmi les chrétiens.

Comment réconcilier l'obligation individuelle de s'occuper de soi avec celles (individuelles et collectives) de s'occuper des pauvres ? Alfred P. Doolittle, la canaille adorable de My Fair Lady, parle de ce problème quand il déclare : « Je fais partie des pauvres peu méritants. Cela veut dire que je me heurte à la moralité de la bourgeoisie tous les jours de ma vie » (My Fair Lady, acte 1, scène 5). L'aspect de la moralité des classes moyennes dont Doolittle se plaint est la réticence des gens qui travaillent à aider les personnes physiquement capables qui pourraient travailler pour subvenir à leurs propres besoins.

Dans le plan du Seigneur pour secourir les pauvres et les nécessiteux, les saints des derniers jours évitent ce dilemme en faisant des dons à l'Église. Ils paient leurs offrandes de jeûne, et le Seigneur, par l'intermédiaire de son serviteur l'évêque, décide qui devrait les recevoir et à quelles conditions.

La mise en pratique des principes d'entraide

Ceux qui agissent conformément au principe selon lequel le secours aux pauvres et aux nécessiteux devrait être apporté à la manière du Seigneur rencontrent de nombreuses difficultés. Les philosophies contraires et les méthodes de nombreux programmes d'entraide de l'État sont persuasives et très connues et elles exercent une influence constante sur les employés de l'Église qui accordent de l'aide et sur les attentes des nécessiteux qui la reçoivent.

Sur un plan doctrinal et théorique, il est fort probable qu'il régnera de la confusion sur le principe de l'autonomie. Par exemple, certains n'ont pas compris clairement la manière dont le principe de l'autonomie s'applique au double but du bien-être temporel et du salut spirituel. Le principe véritable est l'autonomie pour ce qui relève du temporel et la dépendance finale et totale envers notre Sauveur, Jésus-Christ, pour ce qui est du spirituel. Comme Néphi l'enseigna : « C'est par la grâce que nous sommes sauvés après tout ce que nous pouvons faire. » (2 Néphi 25:32)

Comme C. S. Lewis, auteur éclairé de The Screwtape Letters, je crois qu'une des techniques les plus efficaces de Satan est de faire semblant d'accepter un principe vrai puis d'agir en le corrompant. Ainsi, Satan aimerait certainement corrompre la pratique de l'autonomie afin de nous rendre autonomes dans les choses spirituelles (en nous laissant penser que nous pouvons « résoudre le problème de notre salut ») et largement dépendants des autres dans les choses temporelles. Il souhaite cette corruption car l'incompréhension d'un des deux rôles de l'autonomie entrave une part importante de la progression personnelle que le plan du Père prévoit pour nous. L'incompréhension de ces deux rôles a un effet doublement dévastateur.

Il existe des forces puissantes qui travaillent pour nous duper en ce qui concerne l'autonomie spirituelle et pour nous attirer vers la dépendance temporelle. Il est facile aux saints des derniers jours de devenir la proie de ces forces.

Par exemple, puisque la plupart des programmes de l'État n'ont pas de contrepartie similaire à l'obligation de travail compensatoire à laquelle ceux qui reçoivent l'aide de l'Église sont soumis dans la mesure de leurs possibilités, il est facile pour les bénéficiaires et tentant pour les évêques de considérer cette obligation comme malvenue. En répondant aux besoins des membres, les dirigeants de l'Église sont peut-être plus efficaces dans l'apport de l'aide nécessaire pour pourvoir aux besoins temporels que dans la gestion de l'obligation de travail qui est nécessaire pour répondre aux besoins spirituels. Il est quelquefois peu commode pour un évêque ou un autre dirigeant qui sont très occupés, d'imposer ou de gérer l'obligation de travail dans un environnement urbain où il y a moins d'occasions de travail manuel que dans une société rurale. Mais si un évêque n'accorde pas suffisamment d'importance au fait de donner un travail compensatoire, il se peut que l'aide temporaire qu'il accorde encourage le bénéficiaire à une dépendance permanente.

L'expérience a montré que plus une organisation est importante, plus il est difficile de gérer le travail compensatoire et de l'adapter à chaque personne. Ainsi, il est souvent beaucoup plus facile de produire un sac de pommes de terre et de le livrer à chacune des nombreuses personnes nécessiteuses qu'il ne l'est de définir et de gérer un programme de travail individualisé pour chaque bénéficiaire. C'est une des raisons pour lesquelles l'aide de l'État s'effectue généralement en espèces, à partir de formules de calcul imposées, sans obligation de travail individuel en contrepartie.

Une autre difficulté pour gérer l'aide à la manière du Seigneur plutôt qu'à la manière de l'État, réside dans le choix de la nature et de l'étendue de l'aide apportée. En matière d'entraide, l'Église a toujours préféré la distribution de denrées produites par d'autres membres sur les propriétés agricoles du programme d'entraide de l'Église. Mais cette méthode est évidemment beaucoup plus exigeante et parfois même plus coûteuse que la méthode adoptée par l'État qui consiste à distribuer de l'argent en espèces. De plus, beaucoup de bénéficiaires préfèrent recevoir de l'argent.

Enfin, l'aide de l'Église est prévue pour assurer le nécessaire plutôt que de permettre au bénéficiaire de conserver son niveau de vie. Ces restrictions peuvent être très difficiles à gérer dans la mesure où elles exigent de l'évêque qu'il étudie attentivement les besoins d'un membre précédemment autonome et souffrant des conséquences de la réduction de son niveau de vie.

Les gens de passage qui cherchent à récupérer autant d'aide que possible avant de partir pour une nouvelle destination représentent également une difficulté dans ce programme fondé sur la confiance et destiné à aider les nécessiteux tout en protégeant des profiteurs les ressources dont il dispose.

Quel que soit le pays où vivent les saints des derniers jours, s'ils ne sont pas correctement enseignés et dirigés, ils peuvent lentement devenir dépendants de l'Église pour leurs besoins temporels. Cette dépendance peut être bien plus que le besoin temporaire de nourriture ou d'un abri. La plupart des autorités générales ont reçu des lettres de saints de divers endroits leur demandant : « Pourquoi l'Église ne fait-elle rien au sujet de...? » Selon les régions du monde, cette question peut porter sur le chômage ou sur d'autres conditions économiques, sur les possibilités éducatives locales, ou même sur la politique du pays.

Dans de nombreux pays, l'attitude de dépendance des saints des derniers jours vis à vis des initiatives ou de l'aide financière de l'Église à leur égard est difficile à combattre parce qu'elle est courante dans l'environnement politique et social du pays où ils vivent. Mais la dépendance vis à vis de l'Église pour ce qui est temporel ne doit pas être encouragée ni admise car elle est contraire aux voies du Seigneur qui nous enseignent à soutenir son Église, et non pas à attendre d'elle qu'elle nous soutienne. Le Seigneur nous enseigne à considérer l'Évangile comme une invitation à aider les autres, et non pas comme le commandement adressé aux autres de nous aider.

Les méthodes changent

Les principes que Dieu a révélés à propos de l'aide aux pauvres sont éternels et ne changent pas. Les méthodes utilisées pour mettre ces principes en action diffèrent de temps en temps et même selon les nations.

Le président Spencer W. Kimball a mis l'accent sur la différence entre les principes et les méthodes dans un discours magistral intitulé : « Les services d'entraide : l'Évangile en action ». Dans ce discours, il passa d'abord en revue ce qu'il appelait les « vérités fondamentales » ou les « principes d'entraide » caractéristiques de la manière du Seigneur d'aider les pauvres : l'amour, le service, le travail, l'autonomie, la consécration et l'intendance. Ensuite, il présenta ce qu'il appelait « quelques activités et programmes qui sont représentatifs de la façon de vivre ces principes » (L'Étoile, avril 1978, p. 115-120). Cette distinction faite entre les principes et les méthodes nous rappelle que lorsque les lois et les conditions sociales d'un pays changent, les dirigeants de l'Église sont inspirés à modifier les activités et les programmes d'entraide. La révélation est nécessaire non seulement dans l'enseignement des principes éternels, mais également pour faire appliquer ces principes où et quand cela est requis.

Les magasins

Quand la manière du Seigneur de prendre soin des pauvres et des nécessiteux fut révélée lors du rétablissement de l'Évangile, ces révélations aboutirent à l'établissement d'un magasin (D&A 51:13 ; 72:10, 12 ; 78:3). Dans la plupart des premières révélations, le magasin et la loi de consécration étaient étroitement liés. Les membres fidèles consacraient et apportaient tous leurs biens à l'Église. Ils recevaient en retour suffisamment pour couvrir leurs propres besoins et le reste était entreposé dans le magasin pour que l'évêque le distribue aux pauvres et aux nécessiteux (D&A 43:33-34 ; 51:1-13 ; 78:1-14 ; 83:5-6).

Quelques années plus tard, lorsque les dons de tous les biens des membres à l'Église cessèrent, le magasin de l'évêque continua à remplir sa fonction essentielle dans la collecte des dîmes (la loi financière du Seigneur qui a suivi la loi de consécration, D&A 119) et dans l'aide aux pauvres. Le magasin était nécessaire dans la gestion de la dîme à l'époque où la plupart des dîmes étaient payées en nature. Lorsque l'utilisation de l'argent se généralisa dans les régions où la plupart des membres vivaient et que la dîme fut de moins en moins payée en nature, les magasins de l'évêque tombèrent en désuétude.

Quand les coopératives qui sont connues maintenant sous le nom de programme d'entraide de l'Église furent mises en place pendant la Grande Dépression des années 1930, l'Église rétablit l'ancien système des magasins de l'évêque. Ils servaient pour la collecte, le stockage et la distribution de nourriture, de combustible et de vêtements produits et donnés par les membres pour venir en aide aux pauvres et aux nécessiteux. (James R. Clark, Messages of the First Presidency, Salt Lake City, Bookcraft, 1975, vol. 6, p. 74)

Les projets d'entraide

En accord avec le principe fondamental de l'autonomie, le plan d'entraide qui fut remis à l'ordre du jour prévoyait que les personnes aidées travailleraient en compensation de ce qu'elles recevaient. En fait, le travail des bénéficiaires était étroitement lié à la nature de l'aide fournie. Les unités locales de l'Église étaient encouragées à développer des projets de travail qui avaient deux buts : « produire des marchandises et fournir du travail aux sans emploi » (Priesthood and Church Welfare, Salt Lake City, Deseret Book, 1938, p. 33). Pour atteindre les principaux buts spirituels du programme d'entraide, ces projets fournissaient aussi des occasions à tous les membres de travailler ensemble pour aider les autres.

Dans une société où la plupart des membres de l’Église vivaient dans des fermes ou dans des zones urbaines assez proches de la campagne, ce programme fonctionnait bien. Une personne dans le besoin pouvait être nourrie avec des denrées provenant de la ferme où elle travaillait. Différents projets permettaient de produire diverses marchandises et le magasin pouvait être utilisé comme entrepôt et lieu d’échange. Ce programme fut expérimenté à Welfare Square à Salt Lake City, un complexe dont le bâtiment principal avait été construit en grande partie grâce au travail des saints des derniers jours en échange de marchandises qui y étaient entreposées et mises en conserve. » (Henry D. Taylor, The Church Welfare Plan, 1984, manuscrit relié, History Library-Archives, The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, Salt Lake City, Utah, p. 57)

Les projets de production et le fonctionnement des magasins

Immédiatement après la seconde guerre mondiale, les projets de production et les magasins bien remplis rendirent possible le remarquable effort de l’Église pour soulager la souffrance de ses membres européens. Dans un délai relativement court, un convoi de 133 camions remplis de denrées et de produits de première nécessité fut envoyé en Europe. La bénédiction matérielle qu’a représenté ce secours opportun fut significative, mais les bénédictions spirituelles que reçurent à la fois les donateurs et les bénéficiaires furent tout aussi importantes (voir Ezra Taft Benson, Conference Report, avril 1947, p.152 ; Alfred W. Uhrhan, Welfare in the Church, lmprovement Era, novembre 1956, p. 852 ; Henry D. Taylor, The Church Welfare Plan, p. 58-59 ; Ezra Taft Benson, Labor of Love, Salt Lake City, Deseret Book, 1989).

La nature et l’étendue de cette opération d’entraide, fondée sur le programme des magasins et de la production de marchandises, apparaissent dans les rapports publiés pour l’année 1955. Il y eut 689 projets de production (la plupart étaient des projets agricoles, mais quelques-uns étaient industriels) et 140 magasins de l’évêque. Environ 50.000 personnes furent aidées financièrement ou en nature et plus de 92.000 personnes offrirent environ 790.000 heures de travail aux projets d’entraide (voir Henry D. Taylor, The Church Welfare Plan, p. 59). Les membres de l’Église travaillaient gratuitement à des projets tels que l’élevage de bovins, la production de lait ou la culture d’agrumes pour que les membres nécessiteux puissent recevoir par exemple de la viande de bœuf, du lait et des oranges. Vingt ans plus tard, en 1975, 73 pour cent des paroisses et des pieux américains et canadiens de l'Église étaient engagés dans des projets de production, et il était toujours vivement conseillé aux autres de faire de même (voir Marion G. Romney, Welfare Services, Ensign, novembre 1975, p. 127).

Les changements récents

Alors que le cinquantième anniversaire du rétablissement du plan d'entraide approchait, il était évident que les conditions changeaient et que les coopératives de l'Église qui s'occupaient des pauvres et des nécessiteux devaient évoluer. La population de l'Église n'était plus concentrée dans quelques États de l'Ouest américain mais dans les villes de tous les États-Unis ainsi que dans de nombreuses parties du monde. En 1935, l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours comptait 746.000 membres, dont les deux tiers vivaient en Utah, en Idaho et en Arizona. En 1983, on comptait 5,3 millions de membres, dont un peu moins d'un tiers vivaient dans ces trois États et 1,6 millions en-dehors des États-Unis.

Dans les années 1980 on trouvait des saints des derniers jours dans des pays sous différents régimes politiques. Même aux États-Unis, les lois de ce qui était appelé « l'État providence » et son environnement affectaient les projets d'entraide privés (comme les écoles, les hôpitaux et l'aide aux nécessiteux), et les lois fiscales des comtés, des États et de la nation créaient des problèmes importants aux coopératives et aux projets de production de l'Église.

Lors d'une réunion tenue pendant la conférence générale d'avril 1983, l'Église annonça ce que ses dirigeants appelèrent les modifications « les plus significatives et les plus lourdes de conséquences » en matière d'entraide depuis que le président Grant en avait annoncé les objectifs en 1936 (voir Ensign, mai 1983, p. 84). Frère Gordon B. Hinckley, au nom de la Première Présidence, « [réaffirma] les principes fondamentaux du programme d'entraide » et assura « qu'il n'y aurait pas de divergence par rapport à ces principes. » (cité dans Henry D. Taylor, The Church Welfare Plan, 1984, p. 122)

Lors de cette même réunion, frère Thomas S. Monson mit l'accent sur la différence entre les principes fondamentaux non changeants sur lesquels repose le soin des pauvres et les méthodes susceptibles d'évoluer par lesquelles cela s'accomplit. Il cita la déclaration du président Harold B. Lee que « personne ne change les principes et les doctrines de l'Église si ce n'est le Seigneur par la révélation. Mais les méthodes changent lorsque la direction inspirée vient à ceux qui président à un moment donné » (Ensign, janvier 1971, p. 10). Alors qu'il rappelait l'historique du programme d'entraide, frère Monson observa que « les procédures avaient été révélées pour convenir à une certaine époque » et il affirma que les changements nouvellement annoncés étaient « dans la droite ligne d'une série de changements. » (Thomas S. Monson, cité dans Henry D. Taylor, The Church Welfare Plan, p. 124-125)

Frère Monson donna un aperçu de l'évolution de la société qui nécessitait les modifications annoncées des méthodes du programme d'entraide de l'Église :

« Aujourd'hui, nous sommes devenus une société urbaine. Le recensement de fin 1980 montre que la population rurale est tombée à 2,5 pour cent aux États-Unis. Avec 97,5 pour cent de la population vivant dans les villes, il est devenu de plus en plus difficile d'avoir des projets de production qui répondent aux objectifs pour lesquels ils sont mis en place. Les membres habitent de plus en plus loin des fermes de l'Église. De plus, grâce à une technologie moderne, l'agriculture est devenue une question d'investissement financier, et non plus une question de travail manuel intensif. Aussi, la croissance mondiale de l'Église nous a amenés à beaucoup réfléchir sur la manière dont le programme d'entraide devait être modifié pour répondre aux demandes du monde entier. Ceci pour ne citer que quelques-unes des conditions actuelles qui ont été prises en considération. » (op. cit., p. 125)

Les modifications apportées au programme ou à la méthode furent importantes. Les évaluations annuelles du budget des marchandises du magasin (payées par chaque pieu grâce à des projets de production ou en espèces) furent abandonnées. Les programmes pour les marchandises seraient maintenant financés par les contributions volontaires au fonds de jeûne (en espèces). Le financement des magasins et des projets de production serait pris en charge dorénavant par le fonds général de l'Église, sans contribution locale. Les projets de production existants seraient évalués en vue de les regrouper, de les revendre ou de les transformer afin qu'ils deviennent plus efficaces. Seules les propriétés qui produiraient des biens nécessaires au système d'entraide seraient retenues en tant que projets de production. Les autres seraient vendues ou gérées en fermage (voir Ensign, mai 1983, p. 83 ; Henry D. Taylor, The Church Welfare Plan, p. 124-125).

À l'occasion de ce changement de méthode, le nombre des projets de production fut réduit de manière significative, en particulier dans les régions où il n'y avait pas de grandes concentrations de membres de l'Église. De nombreux projets de production et la plupart des magasins demeurèrent, mais leurs fonctions étaient ramenées au but initial de produire et de distribuer des marchandises directement pour secourir les pauvres et de fournir des occasions de travail aux personnes aidées et à un nombre important de membres. Quand on ne pouvait pas atteindre ces objectifs par un projet de production, l'aide aux pauvres et aux nécessiteux devait être gérée avec des liquidités.

Ces changements réduisirent ou éliminèrent la concurrence entre les projets de production et les fermiers ou les hommes d'affaires qui gagnaient leur vie en produisant des produits comparables. Ils éliminaient aussi de nombreuses controverses sur les exemptions d'impôts fonciers et d'impôts sur le revenu pour les propriétés qui servaient aux projets de production de l'entraide.

En 1989 l'Église publia un livret intitulé Basic Self Reliance (Principes d’autonomie). Dans une lettre aux dirigeants de l'Église datée du 16 novembre 1989, frère Howard W. Hunter expliquait que ce livret était destiné à être utilisé « comme une aide pour l'amélioration de la santé et du bien-être des membres de l'Église dans les régions en voie de développement ». Ce livret contient une formation de base sur la prévention des maladies, la nutrition, l'hygiène et les installations sanitaires, les soins au foyer et le jardinage. Ces sujets doivent être enseignés sous la direction du comité d'entraide de paroisse, selon les besoins des membres. Les présidences inter-régionales ont reçu la responsabilité « de gérer la formation sur l'autonomie de base ».

Les conséquences des changements annoncés en 1983 sont mis en évidence dans un rapport rendu public tout juste quatre ans après. Devant le House Ways and Means Subcommittee on Public Assistance, Keith B. McMullin, directeur général des Services d'Entraide de l'Église, a donné une description complète du programme de l'Église et a à peine fait état des projets de production. Quelques projets de production demeurent, mais ils sont l'exception plutôt que la règle.

Après avoir passé en revue les principes religieux qui sous-tendent le programme d'entraide de l'Église, frère McMullin parla des méthodes : « Nous cherchons premièrement, et avant tout, à encourager l'autonomie et la prévoyance », à acquérir des connaissances et un bon métier, à vivre selon ses moyens et à éviter les dettes inutiles. Les saints des derniers jours sont encouragés à faire « des réserves en nourriture [et en] vêtements », à avoir de « bonnes habitudes d'hygiène », et à cultiver « des principes qui assurent le bien-être social, émotionnel et spirituel ». Il expliqua que quand les individus ont fait tout ce qu'ils ont pu pour subvenir à leurs propres besoins, la famille proche ou éloignée est supposée venir en aide tout d'abord, et lorsque les ressources familiales ne sont pas suffisantes, l'Église apporte alors l'aide nécessaire. Cette aide « peut consister en de la nourriture ou des vêtements, des conseils, une formation professionnelle, des paiements de factures ou des services compatissants de voisins ou d'amis. » (Keith B. McMuIlin, témoignage lu devant le House Ways and Means Subcommittee on Public Assistance, tel que cité dans un communiqué de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours à la presse, 11 mars 1987)

En résumé, dans les années 1980, les principes de l'entraide de l'Église perdurèrent, mais les méthodes avaient subi des changements significatifs. L'accent était mis à nouveau sur la prévention, comme on peut le voir dans le livret Basic Self-Reliance. L'attention portée à l'aide temporaire continuait, mais l'étendue de l'aide apportée allait dorénavant bien au-delà de la fourniture de nourriture, de chauffage, de vêtements et de literie des années 1930. Les projets de production furent réduits et les évêques reçurent la possibilité d'apporter une aide plus variée que celle qui consistait à distribuer des produits entreposés dans leur magasin. La liste des produits du magasin fut élargie et on y ajouta la gamme complète des produits alimentaires, des vêtements, des talents, et autres ressources fournies par des membres de l'Église. Cette définition modifiée apparaît dans Pourvoir aux besoins à la façon du Seigneur – Guide d'entraide pour les dirigeants, publié en 1990 :

« Le magasin reçoit, garde en dépôt et distribue les offrandes faites par les saints. Dans sa forme et son fonctionnement, le magasin est aussi simple ou aussi complexe que l'exigent les circonstances. Ce peut être une liste de services disponibles, de l'argent sur un compte, de la nourriture dans un garde-manger ou des denrées entreposées. Un magasin est fondé dès l'instant où des membres fidèles donnent à l'évêque leur temps, leurs talents, leur savoir-faire et leur compassion, du matériel et des moyens financiers pour s'occuper des pauvres et édifier le royaume de Dieu sur la terre. » (p. 11)

Bien entendu, ces nouvelles méthodes répondaient mieux aux lois et aux modes de vie actuels, aux États-Unis et dans les autres parties du monde.

L'aide de l'État

En même temps qu'évoluaient les méthodes de l'Église pour administrer son aide aux pauvres et aux nécessiteux, d'autres changements survenaient pour ceux qui recevaient de l'aide de l'État.

À ses débuts, l'entraide de l'Église était une alternative à l'entraide de l'État et les membres de l'Église avaient reçu le conseil d'éviter de recevoir toute aide sociale. Cette méthode était réalisable aux États-Unis dans les années 1930 et 1940, mais elle était difficilement applicable dans les pays socialistes où le nombre des membres a augmenté de façon conséquente dans les années 1950, ou même dans l'environnement social de l'entraide aux États-Unis des années 1970.

En 1977, le président Ezra Taft Benson expliqua les principes fondamentaux pour aider les saints des derniers jours à savoir s'ils devaient accepter ou non l'aide de l'État : « On nous demande parfois s'il est convenable que les membres de l'Église reçoivent l'aide de l'État plutôt que celle de l'Église. Je tiens à répéter ce qui est un principe fondamental. Dans toute la mesure du possible chacun doit pourvoir à ses propres besoins. Quand une personne n'est pas capable de prendre soin d'elle-même, c'est sa famille qui doit l'aider. Lorsque la famille n'est pas capable de pourvoir au nécessaire, c'est l'Église qui doit aider, pas le gouvernement. Nous acceptons le principe fondamental que 'bien que le peuple soutienne l'État, l'État ne doit pas soutenir le peuple'. » (L'Étoile, octobre 1977, p. 95-96)

Ensuite il parla d'une différence importante entre l'aide « méritée » et l'aide « non méritée », en expliquant son importance en terme d'impact spirituel sur le bénéficiaire : « Les saints des derniers jours ne doivent pas recevoir de la part d'organisations locales ou nationales une aide qu'ils n'ont pas méritée. Ceci s'applique aussi aux bons alimentaires. Les dirigeants de la prêtrise et de la Société de secours doivent vivement conseiller aux membres de l'Église d'accepter le programme d'entraide et de gagner ce dont ils ont besoin grâce à ce programme, même s'ils reçoivent moins d'argent et de nourriture. Ce faisant, les membres seront fortifiés spirituellement et conserveront leur dignité et le respect d'eux-mêmes. » (L'Étoile, octobre 1977, p. 96)

Dans les années 1980, les saints des derniers jours, dans le monde entier, payaient des impôts pour soutenir quantité de services sociaux dont les pauvres n'étaient pas les seuls bénéficiaires : des repas chauds gratuits dans les écoles primaires, des cours de rattrapage dans les collèges et des services d'orientation, pour n'en citer que quelques-uns. Devaient-ils se refuser l'accès à des programmes sociaux pour lesquels ils cotisaient et se tourner seulement vers l'Église pour obtenir de l'aide ?

Comme dans le message du président Benson cité plus haut, l'Église a continué à conseiller à ses membres de ne pas accepter le soutien traditionnel de l'État aux pauvres, tel que les bons alimentaires. Mais lorsqu'un programme subventionné par le gouvernement est accessible à tous les citoyens de façon générale et dans la mesure où il est en accord avec le principe de l'autonomie et les autres principes de l'entraide de l'Église, les dirigeants de l'Église ne s'opposent pas de nos jours à ce que ses membres en bénéficient. Par exemple, il n'y a pas d'objection à ce qu'un membre fasse une contribution personnelle importante pour bénéficier d'un programme (par exemple un étudiant qui doit étudier afin de réaliser le bénéfice de la subvention d'impôt dans un collège proposant un droit d'instruction à tarif réduit).

Le principe de l'autonomie et sa relation avec l'aide de l'État sont décrits dans ce passage clé du Guide de l'entraide pour les dirigeants :

« Les saints des derniers jours ont la responsabilité de pourvoir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Toutefois certains membres peuvent nécessiter une aide plus importante que celle que la famille peut apporter et dans ce cas, ils peuvent demander l'aide de l'Église. Dans certains cas, des membres peuvent décider de recevoir de l'aide en provenance d'autres sources, y compris de l'État. Dans tous ces cas, ils doivent éviter de devenir dépendants de ces sources et s'efforcer de devenir autonomes. Dans la mesure du possible ils devraient travailler en échange de l'aide reçue. » (Pourvoir aux besoins à la façon du Seigneur, Guide de l'entraide pour les dirigeants, 1990, p. 15)

Dans son témoignage devant la Commission Parlementaire (la Chambre des Représentants des États-Unis, ndt), frère McMullin, directeur général de l'entraide de l'Église, s'est exprimé publiquement sur cette nouvelle conception : « Lorsque les ressources disponibles de la collectivité sont compatibles avec nos principes, nous les utilisons volontiers. Cependant, notre objectif premier sera toujours d'aider les gens à s'aider eux-mêmes. » (Keith B. McMullin, communiqué à la presse, 11 mars 1987)

Il existe un fossé, qui va peut-être en s'élargissant, entre la manière de l'État et la manière de l'Église de prendre soin des pauvres et des nécessiteux. Ce fossé est inévitable dans la mesure où les objectifs de l'Église, dictés par les commandements divins, sont spirituels aussi bien que temporels.

Le développement de l'urbanisation et la diversité des situations rencontrées dans une Église mondiale présentent de nombreux défis à ceux qui ont la responsabilité d'utiliser les ressources du Seigneur au bénéfice des pauvres et des nécessiteux. Les changements récents dans l'organisation et les procédures de l'Église facilitent cette mission sacrée, mais les paramètres variables les plus importants demeurent l'attitude du bénéficiaire potentiel et l'inspiration de l'évêque. Aucun de ces critères n'a changé. Les voies du Seigneur en matière d'entraide ne changeront pas tant que les membres seront déterminés à pourvoir à leurs propres besoins du mieux qu'ils le pourront et à participer ensuite à l'aide apportée aux moins favorisés, et tant que les évêques continueront à gérer l'entraide à la manière du Seigneur.



CHAPITRE 5 : LA QUERELLE

Le Seigneur a indiqué une « manière particulière » d'agir en ce qui concerne un autre sujet que les Écritures nomment la querelle. Puisque ce mot et ses synonymes (tels que affrontement) ont plusieurs sens dans les Écritures, il est nécessaire de préciser que le genre de controverse présentée dans ce chapitre est synonyme de colère, de conflit, de discussions enflammées et de disputes (à l'opposé, affronter implique parfois un conflit physique, comme dans le cas où « les Néphites étaient contraints de se battre contre leurs frères, même jusqu'à l'effusion du sang », Alma 43:14. Affronter et querelle sont aussi utilisés pour désigner une argumentation rigoureuse d'un point, comme dans la déclaration de l'apôtre Paul « nous primes de l'assurance… pour vous annoncer l'Évangile de Dieu, au milieu de bien des combats », 1 Thessaloniciens 2:2. De même, Jude nous conseilla de « combattre pour la foi », Jude 1:3 ; voir aussi D&A 18:20; 112:5). C'est le sens que l'on retrouve dans disputer, quereller (voir par exemple Alma 9:1-4 ; 19:25-28). Avoir des points de vue différents ou s'entretenir de points de désaccord ne constitue pas ce genre de querelle. Il en est de même pour une discussion ou un débat, si (et seulement si) ils se déroulent dans un bon état d'esprit et selon une méthode en accord avec cet esprit. En résumé, le genre de querelle traité ici consiste en des désaccords dans un esprit de colère ou engendrés par une méthode de débat favorisant la querelle.

Exemples de querelles

En tant que magistrat ayant l'expérience des procès civils et des procédures criminelles, ayant approfondi les connaissances juridiques et ayant été conseiller juridique, j'ai été en contact très proche avec les débats inhérents aux procédures contradictoires. Dans leurs moments les plus enflammés, de telles discussions entre professionnels peuvent être considérées comme étant de la querelle. En tant que magistrat, mon expérience m'a démontré que des adversaires peuvent aussi avoir des échanges sur des points de désaccord sans se quereller.

Dans ma vie et même dans mon travail pour l'Église, je me suis parfois rendu coupable de franchir la limite entre la discussion raisonnée et la querelle. Par exemple, en tant qu'étudiant en droit tout nouvellement formé dans les procédures d'une cour de justice, je cherchais à utiliser les techniques de la controverse pour présenter les sujets de l'Évangile que j'enseignais à un groupe d'anciens. J'encourageais parfois le débat et la controverse, et je jouais occasionnellement le rôle de l'avocat du diable (si bien nommé). Chacune de ces techniques invitait à la querelle ou la frôlait. Je me rappelle ces erreurs de jeunesse lorsque je vois d'autres personnes utiliser les techniques de la controverse pour essayer d'enseigner les sujets de l'Évangile. Ce n'est pas la voie divine.

Joseph Smith fut témoin de telles situations dans les premiers jours de l'Église et fut amené à donner quelques conseils pour y remédier. À Kirtland, en Ohio, le 18 novembre 1835, un soir de semaine, il rendit visite à une famille et trouva « quelques-uns des jeunes anciens s'engageant dans un débat » sur la question de savoir si le Christ avait l'intention d'établir son Évangile par des miracles. Le journal du prophète poursuit :

« Après un débat intéressant de trois heures ou plus, au cours duquel un grand talent oratoire fut démontré, les présidents du débat conclurent par la négative, ce qui était une bonne réponse. Je trouvais que dans ce débat, on faisait preuve de beaucoup d'ardeur, de beaucoup trop de zèle pour maîtriser le sujet, de beaucoup trop de cet enthousiasme qui caractérise l'avocat à la barre, déterminé à défendre sa cause, qu'elle soit juste ou non. Pour ma part, j'ai profité de cette occasion favorable pour dire quelques mots à ce sujet sous forme de conseil, afin qu'ils puissent élever leur pensée et cultiver leur intelligence dans le bon sens, afin qu'ils n'encourent pas le déplaisir des cieux, afin qu'ils traitent les choses très sacrées de façon appropriée, dans le respect des opinions des autres et dans le seul souci de la gloire de Dieu. » (Dean C. Jessee, comp.-éd., The Personal Writings of Joseph Smith, Salt Lake City, Deseret Book, 1984, p. 90)

Ici, le prophète nous enseigne comment éviter le « déplaisir des cieux » lors de discussions sur des choses sacrées. Nous devons les tenir pour « très sacrées dans le respect des opinions des autres ». Le but de notre discussion devrait être sage et ne devrait pas être caractérisé par le zèle à « maîtriser le sujet », mais par « le seul souci de la gloire de Dieu ».

Un demi siècle plus tard, George Q. Cannon donna le même conseil à propos des débats contradictoires : « Est-il juste pour un saint des derniers jours de se quereller et d'avoir des disputes ? Non ; ce n'est pas selon l'Esprit et la volonté de Dieu. Quand deux anciens se querellent et se disputent, ils devraient savoir et tout le monde devrait savoir que l'Esprit de Dieu n'est pas présent comme il devrait l'être, car là où l'Esprit de Dieu règne, il n'y a pas de querelle, ni de controverse. Les hommes peuvent avoir des points de vue différents, mais après avoir exprimé ces différences, la querelle devrait cesser ; en fait, elle ne devrait pas avoir lieu. » (George Q. Cannon, Gospel Truth, éd. Jerreld L. Newquist, Salt Lake City, Deseret Book, 1987, p. 160, discours donné le 3 août 1890)

Il expliqua aussi pourquoi les saints des derniers jours devraient éviter la querelle : « Toutes nos idées sur les cieux nous poussent à croire que la dissension et la division, les conflits, les discordes et les querelles sur tout sujet important sont exclus de cette demeure céleste... En conséquence, dans la mesure où le but de la religion est de nous préparer pleinement à habiter éternellement avec Dieu notre Père éternel, nous pouvons nous attendre à ce que la religion ait pour effet de donner à l'humanité un avant-goût de cette béatitude, de cette union, de cet amour et de cette paix de la plénitude des bénédictions des cieux. » (op. cit., p. 159)

Si la confrontation et d'autres techniques contradictoires sont des manières acceptées pour acquérir de la connaissance dans de nombreux domaines, à l'opposé, dans les Écritures anciennes et modernes, le Seigneur enseigne à ses disciples de ne pas se quereller sur les points de sa doctrine et d'éviter les disputes et la querelle.

Les enseignements des Écritures sur la querelle

L'enseignement le plus explicite du Sauveur à propos des maux de la querelle est donné dans le Livre de Mormon. Quand le Seigneur ressuscité donna à ses disciples du continent américain le pouvoir de baptiser, il leur fit remarquer qu'il y avait eu des querelles parmi eux sur la manière de baptiser. Après avoir donné des conseils précis sur la manière dont ce sacrement devait être administré, le Sauveur ajouta ce grand enseignement au sujet des disputes et des querelles :

« Et il n'y aura plus de disputes parmi vous, comme il y en a eu jusqu'à présent ; et il n'y aura plus de disputes parmi vous sur les points de ma doctrine, comme il en a été jusqu'à présent. Car, en vérité, en vérité, je vous le dis : Celui qui a l'esprit de controverse n'est pas de moi, mais il est du diable qui est le père de la controverse ; et il pousse le coeur des hommes à lutter les uns contre les autres avec colère. Voici, ce n'est pas ma doctrine d'exciter les cœurs des hommes à la colère l'un contre l'autre ; mais c'est ma doctrine que de telles choses soient abandonnées. » (3 Néphi 11:28-30)

Il est intéressant de constater que l'enseignement du Sauveur à propos des disputes et des querelles ne se limitait pas à ceux qui avaient des idées fausses sur la doctrine ou la façon de baptiser. Il interdit les disputes et la querelle à tout le monde en disant : « Celui qui a l'esprit de controverse n'est pas de moi ». Les hommes ne devraient pas être enclins à la colère « les uns contre les autres ».

Le commandement d'éviter la querelle s'applique aussi bien à ceux qui ont raison qu'à ceux qui ont tort. Il n'est pas suffisant pour les disciples du Sauveur d'avoir une compréhension correcte de la doctrine et de son application. Ils doivent aussi vivre en harmonie les uns avec les autres en cherchant à servir le Seigneur.

Dans les années qui suivirent le ministère du Sauveur sur le continent américain, tout le peuple fut converti et vécut dans la vertu, dans la paix et la prospérité. Pour moi il est significatif que, dans les Écritures, la description de cette période commence par le fait qu'il « n'y avait ni querelles, ni disputes parmi eux » (4 Néphi 1:2 ; voir aussi le verset 15), ce qui suggère que l'absence de querelle est en tête de liste des bienfaits de la vertu.

Dans le Sermon sur la Montagne, le Sauveur aborda un autre aspect de ce principe : la nécessité de résoudre nos différends personnels avant d'approcher Dieu pour lui présenter nos offrandes. « Si donc tu présentes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère, puis, viens présenter ton offrande » (Matthieu 5:23-24). Apparemment, ce commandement ne tient pas compte de la raison du différend (qui a raison et qui a tort). Nous devons « [nous] réconcilier avec [notre] frère » même s'il a tort et que nous sommes la victime. Dans les buts recherchés par le commandement de se réconcilier, le fait de savoir qui a tort est sans importance. L'objectif recherché est la réconciliation, pas le jugement ; la paix, pas la justice. La réconciliation tente de rétablir les relations, pas de juger les différends.

Si nous pouvons éviter de ressasser les causes et de tenter de juger les responsables, et si nous pouvons diriger nos efforts seulement vers le rétablissement des relations, nous pouvons nous réconcilier avec nos frères et sœurs. Combien de mariages pourraient être sauvés, combien de familles pourraient être de nouveau unies, combien d'amitiés pourraient être retrouvées, si seulement les personnes pouvaient oublier la querelle et appliquer le principe de la réconciliation !

Tout au long du Sermon sur la Montagne, le Sauveur a mis et remis l'accent sur le refus de la querelle : « Vous avez appris qu'il a été dit : Oeil pour oeil et dent pour dent. Mais moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre. » (Matthieu 5:38-39)

Dans un commentaire très intéressant sur l'application actuelle de ce commandement, Leonard E. Read, rédacteur en chef de vieille date de The Freeman, conclut que cela signifiait « de ne pas se disputer avec qui que ce soit... En un mot, éloignez-vous de la confrontation ! » Il donna cet exemple : « De temps en temps nous sommes victimes d'une escroquerie : une promesse non tenue, un prix excessif, une mauvaise qualité, une tentative de 'soutirer le maximum'. Ne vous opposez pas à cette malhonnêteté ; n'y prêtez pas attention ; ne prononcez pas une parole de réprimande ; éloignez-vous simplement et n'y retournez plus. Si notre opposition renforce le malfaiteur dans ses péchés quand il prépare sa défense, notre passivité le laisse seul avec sa conscience, son magasin et son trafic, dans une situation que même un malfaiteur pourra méditer et comprendre. » (The Freeman, septembre 1970, p. 530-534)

On évite aussi la querelle en appliquant un autre enseignement du Sermon sur la Montagne : « Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent » (Matthieu 5:43, 44). Ce grand commandement est considéré par beaucoup comme le test suprême du comportement chrétien.

Dans le Sermon sur la Montagne (rapporté dans le sixième chapitre de Luc), le Sauveur mit en relation son commandement d'aimer nos ennemis avec le fait de refuser la querelle :

« Si quelqu'un te frappe sur la joue, présente-lui aussi l'autre, il est préférable d'offrir l'autre joue, que d'injurier aussi. Et si quelqu'un te prend ta cape, ne lui interdis pas de prendre aussi ton manteau. Car il est préférable que tu souffres que ton ennemi prenne ces choses, que de l'affronter. En vérité, je te le dis, ton Père céleste qui voit dans le secret, amènera ce méchant en jugement » (Luc 6:29-30, traduction de Joseph Smith).

En commentant ces versets, George Q. Cannon écrivit : « Quand nous sommes poursuivis en justice, nous ne devons pas nous laisser tenter par ce même esprit. Nous ne devons pas injurier si nous sommes injuriés. Nous ne devons pas rendre le mal pour le mal. Mais nous devons constamment chercher à rendre le bien pour le mal... Nous devons aimer nos ennemis... Tant que nous ne surmontons pas tous la tendance qui pousse les hommes à prendre ce mauvais chemin [rendre le mal pour le mal], nous ne pouvons pas prétendre aux bénédictions que le Seigneur a promises. » (Juvenile Instructor, vol. 26, 1981, p. 572-573)

Le Nouveau Testament contient beaucoup d'autres enseignements sur le refus de la querelle.

Il n'est pas d'auteur dans les Saintes Écritures qui n'ait plus fréquemment donné d'avertissement contre la querelle que l'apôtre Paul. Son enseignement le plus détaillé sur ce sujet se trouve dans son épître aux Romains. Il expose sa préoccupation à propos de la querelle en constatant que dans « le jugement de Dieu... qui rendra à chacun selon ses oeuvres », les personnes qui se complaisent dans la querelle récolteront « tribulations et angoisse » (Romains 2:2, 6, 8-9).

Plus loin dans son épître, Paul donne une illustration frappante de la raison pour laquelle nous devons éviter la querelle et de la manière dont cela peut être fait. Il exprime son souci pour « celui qui est faible dans la foi » et conseille qu'une telle personne soit acceptée telle qu'elle est et qu'on ne discute pas « sur les opinions » (Romains 14:1). Pour illustrer cela, il rappelle aux Romains les avis divergents concernant ce qu'un chrétien devrait manger, ce qui apparemment était source de querelles parmi eux. Ensuite il supplie que ceux qui suivent des régimes alimentaires différents ne « méprise[nt] » pas ou ne se « juge[nt] pas l'un l'autre : « Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas ; et que celui qui ne mange pas ne juge point celui qui mange, car Dieu l'a accueilli. » (Romains 14:3)

En résumé, nous devons nous aimer les uns les autres et laisser le jugement à Dieu : « Ne nous jugeons donc plus les uns les autres ; mais pensez plutôt à ne rien faire qui soit pour votre frère une pierre d'achoppement ou une occasion de chute. » (Romains 14:13)

Paul donne ensuite cet exemple mémorable. À propos des aliments, il dit qu'il était « persuadé... que rien n'est impur en soi ». Néanmoins, il y avait quelque chose de plus important que son avis à ce sujet. D'autres membres considéraient certaines nourritures comme impures. À cette occasion, en vertu du principe de l'amour et par souci des autres, Paul mit un frein à une conduite qui pourrait détruire, affaiblir ou offenser les autres.

« Mais si, pour un aliment, ton frère est attristé, tu ne marches plus selon l'amour : ne cause pas par ton aliment la perte de celui pour lequel le Christ est mort... Recherchons ce qui contribue à la paix et à l'édification mutuelle. Pour un aliment, ne détruis pas l'oeuvre de Dieu. À la vérité, toutes choses sont pures ; mais il est mal à l'homme, quand il mange, de devenir une pierre d'achoppement. Il est bien de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, et de s'abstenir de ce qui peut être pour ton frère une occasion de chute, de scandale ou de faiblesse. » (Romains 14:14-21)

Plus tard, alors qu'il concluait son épître aux Romains, Paul plaida une dernière fois pour éviter les divisions parmi les saints :

« Je vous exhorte, frères, à prendre garde à ceux qui causent des divisions et des scandales, au préjudice de l'enseignement que vous avez reçu. Eloignez-vous d'eux. Car de tels hommes ne servent point Christ, notre Seigneur, mais leur propre ventre ; et, par des paroles douces et flatteuses, ils séduisent les coeurs des simples. » (Romains 16:17-18)

En bref, ne créez pas de divisions parmi les saints par une attitude que certains pourraient considérer comme mauvaise. Ne mettez pas de pierre d'achoppement sur le chemin d'un frère ou d'une soeur. Servez le Seigneur en « recherch[ant] ce qui contribue à la paix. » (Romains 14:19)

Les Actes des Apôtres rapportent que Paul « se disputait » (version du roi Jacques, ndt) dans la synagogue (voir Actes 17:17 ; 19:8). À la lumière de son propre enseignement sur la querelle, ces récits se réfèrent sûrement à des discussions raisonnées, et non à des confrontations violentes.

Dans sa première épître aux Corinthiens, Paul donna le même conseil : « Si quelqu'un se plaît à contester, nous n'avons pas cette habitude, non plus que les Églises de Dieu » (1 Corinthiens 11:16). Dans sa seconde épître, il écrivit qu'il craignait de trouver « des querelles, de la jalousie, des animosités, des cabales, des médisances, des calomnies, de l'orgueil, des troubles » (2 Corinthiens 12:20) quand il viendrait chez eux.

De même, Paul conseilla à Tite d'éviter « les discussions folles... les querelles, les disputes relatives à la foi ; car elles sont inutiles et vaines » (Tite 3:9). Il donna pour instruction à Timothée : « Repousse les discussions folles et inutiles » parce qu'elles « font naître les querelles ». Il poursuit : « Or, il ne faut pas qu'un serviteur du Seigneur ait des querelles ; il doit, au contraire, avoir de la condescendance pour tous, être propre à enseigner, doué de patience ; il doit redresser avec douceur les adversaires » (2 Timothée 2:24-25).

L'apôtre Jacques a aussi enseigné le fait d'éviter la querelle et ses causes : « Sachez-le, mes frères bien-aimés. Ainsi que tout homme soit prompt à écouter, lent à parler et à se mettre en colère ; car la colère de l'homme n'accomplit pas la justice de Dieu » (Jacques 1:19, 20). Plus tard, il développa cet enseignement en ces termes : « Car là où il y a un zèle amer et un esprit de dispute, il y a du désordre et toutes sortes de mauvaises actions. La sagesse d'en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité et d'hypocrisie. » (Jacques 3:16-17)

Les prophètes du Livre de Mormon ont aussi mis leur peuple en garde contre la querelle. Le roi Benjamin enseigna : « Mais, ô mon peuple, soyez sur vos gardes de peur que des querelles ne s'élèvent parmi vous, et que vous choisissiez d'obéir à l'esprit malin » (Mosiah 2:32). Alma commanda à son peuple « de ne point avoir de querelles entre eux » (Mosiah 18:21, voir aussi 23:15). Auparavant, Néphi avait prophétisé que ceux qui construiront de fausses églises « enseigneront avec leur science et renieront le Saint-Esprit, qui donne le pouvoir de s'exprimer se disputeront l'un [...] avec l'autre » (2 Néphi 28:4).

Comme cité plus haut, le Seigneur ressuscité commanda aux disciples néphites : « Il n'y aura plus de disputes parmi vous » (3 Néphi 11:28 ; voir aussi 11:22). Plus tard, il dit : « Et bénis serez-vous s'il n'y a pas de disputes parmi vous. » (3 Néphi 18:34)

Les avertissements modernes contre la querelle

Les révélations données à Joseph Smith, le prophète, pour instruire les dirigeants de l'Église rétablie et pour établir les procédures de son administration contiennent de nombreux avertissements contre la querelle.

Après que les pages manuscrites du livre de Mormon eurent été volées à Martin Harris, le Seigneur donna une révélation déclarant : « Ils feront parvenir à la lumière les vrais points de ma doctrine... Je fais ceci afin d'établir mon Évangile, afin qu'il n'y ait plus autant de querelles. Oui, Satan excite le coeur des hommes aux querelles sur les points de ma doctrine, et ils font erreur en cela car ils déforment les Écritures et ne les comprennent pas. » (D&A 10:62-63)

Dans les révélations suivantes le Seigneur remet sans cesse l'accent sur le fait que l'Évangile ne devait pas être prêché dans un esprit de querelle. Il fut recommandé aux anciens de prêcher l'Évangile « en toute humilité, mettant [votre] confiance en moi, n'insultant pas ceux qui [vous] insultent » (D&A 19:30 ; voir aussi 31:9). « Que votre prédication soit la voix d'avertissement, chacun à son voisin, avec douceur et humilité » (D&A 38:41). Ils devaient prêcher l'Évangile « sans colères, ni disputes » (D&A 60:14). En accord avec ces conseils, Joseph Smith recommande aux anciens d'éviter « les querelles et les discussions inutiles avec les hommes à l'esprit corrompu, qui ne désirent pas connaître la vérité » (Enseignements du prophète Joseph Smith, p. 31).

De temps en temps, les saints des derniers jours ont l'occasion d'être impliqués dans un débat sur un sujet de l'Évangile. Mais, pour citer le professeur Richard Lloyd Anderson : « Le débat est un outil bien faible pour découvrir la vérité car il défend une position étroite et manque généralement d'envergure. Tout le monde peut donner des 'arguments' pour ou contre quelque chose. » (Richard Lloyd Anderson, Investigating the Book of Mormon Witnesses, Salt Lake City, Deseret Book, 1989, p. 151)

Le débat n'est jamais approprié pour résoudre les divergences d'opinion sur les principes de l'Évangile ou leur application. C'est Satan qui excite le coeur des gens à lutter au sujet de points de la doctrine. Russell M. Nelson a enseigné : « La doctrine divine de l'Église est la cible principale de ceux qui la combattent par attaques dans le domaine spirituel... Disséquer la doctrine en recherchant la controverse pour attirer l'attention sur soi n'est pas agréable au Seigneur. » (L’Étoile, juillet 1989, p. 63)

Le Seigneur a renforcé la gravité de son commandement d'éviter la querelle dans la révélation qui instruit son peuple sur la raison de la persécution et des afflictions qu'il avait subies dans l'État du Missouri : « Voici, je vous le dis, il y avait parmi eux des querelles et des disputes, des envies, des luttes et des désirs voluptueux et cupides. Ils ont souillé par là leur héritage » (D&A 101:6). Quatorze ans plus tard, alors que les saints des derniers jours se préparaient à aller vers l'Ouest, le Seigneur leur parla par l'intermédiaire d'un autre prophète, leur commandant de cesser de se « quereller les uns avec les autres » (D&A 136:23).

Bruce R. McConkie expliqua comment les saints des derniers jours doivent appliquer le principe de s'abstenir de la querelle à l'égard des fausses déclarations des personnes qui critiquent l'Église :

« Notre mission divine est d'annoncer de joyeuses nouvelles au monde, et non de nous quereller avec les autres à propos de l'interprétation des textes. Il y a, bien sûr, des réponses à toutes les fausses déclarations de ceux qui luttent contre nous (je ne crois pas que le diable ait utilisé une tactique nouvelle depuis cent ans) mais la conversion ne se trouve pas dans les arènes de la polémique. Elle vient plutôt en lisant le Livre de Mormon en suivant le conseil de Moroni. La plupart des membres de l'Église se porteraient mieux en se contentant d'ignorer les fausses déclarations des anti-mormons professionnels. » (Bruce R. McConkie, Doctrines of the Restoration, éd. Mark L. McConkie, Salt Lake City, 1989, p. 233)

Les saints des derniers jours ne devraient pas céder à la tentation de devenir ce que Marvin J. Ashton a appelé des « anti-anti-mormons ». Il explique :

« Que les accusations, les insinuations, les dénigrements ou les mensonges soient murmurés ou proclamés ouvertement, l'Évangile de Jésus-Christ nous rappelle que nous ne devons pas user de représailles ni de querelles...

« La paix et la haine ne pourront jamais demeurer dans une même âme. La paix continuelle ne pourra pas demeurer avec ces personnes ou ces groupes dont l'objectif est de condamner, de discréditer, de railler ou d'abattre ceux dont les croyances sont différentes des leurs. Ces personnes se nourrissent de haine et voudraient détruire les autres dans la mesure où ils le peuvent. Les vrais chrétiens n'ont pas de temps à perdre en querelles. Une paix durable ne peut être établie si nous insultons ou haïssons les autres. Ceux qui prêchent la haine, le ridicule et les contrevérités ne peuvent être considérés comme des artisans de paix. À moins qu'ils ne se repentent, ils ne récolteront que les fruits auxquels peuvent prétendre ceux qui s'enrichissent par les voies de la haine. Les sentiments d'inimitié et de malice ne sont jamais compatibles avec les sentiments de paix. » (Marvin J. Ashton, Be of Good Cheer, Salt Lake City, Deseret Book, 1987, p. 88)

Pendant vingt ans j'ai été intimement associé avec les dirigeants de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours et j'ai été émerveillé de la manière dont ils appliquent le commandement d'éviter disputes et querelles. Ils ne sont pas toujours d'accord, mais ils sont toujours en harmonie. Ils ne sont pas toujours du même avis, mais ils sont unis dans l'effort. Ils sont nombreux, mais ils sont un.

Ces affirmations sont impossibles à prouver sans aller à l'encontre du caractère confidentiel du travail des Autorités générales. Toutefois, si on observe attentivement comment les affaires de l'Église sont dirigées au quotidien, on peut voir la preuve de cette absence de querelles, et ceux qui lisent soigneusement les biographies des dirigeants de l'Église peuvent trouver de nombreuses preuves écrites qu'ils traitent leurs divergences d'opinion à la manière du Seigneur, dans le respect mutuel et sans querelle (voir L. Brent Goates, Harold B. Lee, Prophet and Seer (Salt Lake City, Bookcraft, 1985, p. 222, 336, 366-367, 382-384 ; O. Michael Quinn, J. Reuben Clark : The Church Years, Provo, Brigham Young University Press, 1983, p. 113-144, 197-219, 251-278 ; Edward L. Kimball et Andrew E. Kimball, fils, Spencer W. Kimball, Salt Lake City, Bookcraft, 1977, p. 228, 344, 357).

Le commandement de s'abstenir de la querelle est toujours en vigueur. Les circonstances actuelles le rendent plus nécessaire que jamais.

Lors d'une conférence générale récente, Russell M. Nelson exprima sa préoccupation « que la querelle est en passe de devenir un comportement acceptable ». Dans la presse écrite, à la télévision, et dans divers aspects des affaires publiques ou politiques, le modus operandi est la querelle. Nous vivons dans un environnement de querelle. Mais, comme frère Nelson nous le rappelle, la querelle est contraire aux voies du Seigneur : « Il est si facile et pourtant si néfaste de laisser la querelle imprégner les questions spirituelles car elle est interdite par décret divin : Le Seigneur Dieu a commandé aux hommes... de ne pas être envieux, de ne pas avoir de malice ; de ne pas se quereller les uns avec les autres (2 Néphi 26:32). » (L'Étoile, juillet 1989, p. 61)

Le Sauveur est le « prince de la paix, » et le diable le « père de la querelle » (3 Néphi 11:29). Selon Bruce R. McConkie : « L'Esprit du Seigneur mène à l'harmonie, à l'unité, à l'accord et à l'unanimité. L'esprit du diable prend fait et cause pour la division, la polémique, la querelle, et la désunion. » (Bruce R. McConkie, Doctrines of the Restoration, p. 231)

C'est là le cœur du problème. Le Seigneur nous a commandé d'éviter la querelle parce qu'elle nous retranche de Dieu et de son Esprit. C'est pourquoi il est conseillé aux saints des derniers jours de diriger leur famille « avec humilité » (D&A 31:9) et de vivre ensemble, s'aimant les uns les autres (voir D&A 42:45). C'est pourquoi le Seigneur a rappelé aux saints des derniers jours qu'ils doivent être unis : « Soyez un ; et si vous n'êtes pas un, vous n'êtes pas de moi.» (D&A 38:27).


CHAPITRE 6 : LES PROCÈS

Les actions en justice sont parmi les manifestations de controverse les plus courantes aux États-Unis. De par la croissance démographique de ce pays et son évolution complexe, nous avons connu une augmentation proportionnelle ou supérieure du nombre de lois gouvernementales et des conflits privés résolus par les tribunaux. Cette caractéristique de la vie américaine permet d'illustrer les nombreuses différences qui existent entre les voies du Seigneur et les voies du monde.

Certains saints des derniers jours ont de plus en plus recours aux tribunaux civils pour résoudre les conflits privés et publics, reflétant ainsi cette tendance typiquement américaine. Les autres, sensibles aux avertissements des Écritures et des prophètes modernes à ce sujet, sont déconcertés ou mal à l'aise pour décider si leurs démarches en justice seraient justifiées par le Seigneur. Une lettre que j'ai reçue d'un étudiant de l'université Brigham Young il y a plus de quinze ans illustre ce malaise. Il écrivit :

« Comment un « bon » saint des derniers jours (c'est à dire, qui s'efforce honnêtement de vivre les commandements et de mettre en pratique les Écritures dans sa vie quotidienne) peut-il concilier des actions en justice avec les déclarations dans le Nouveau Testament et les Doctrine et Alliances nous demandant de pardonner à notre prochain et de ne pas le poursuivre en justice ? » (Lettre à l'auteur, 22 juin 1975)

Après avoir cité quelques exemples tirés de ses expériences personnelles lors d'accidents de voiture ou de conflits entre propriétaire et locataire, cet étudiant consciencieux demanda s'il aurait dû oublier les torts subis ou bien faire valoir ses droits, que ce soit dans son propre intérêt ou pour empêcher un coupable de faire d'autres victimes. Il conclut ainsi :

« Mon sentiment est que les lois sont faites pour être un moyen pacifique de réparer les torts sans avoir recours à la violence, qu'elles sont destinées à être utilisées pour nous protéger nous-mêmes et notre prochain de pratiques contraires à la morale. Pourtant, quand on en vient à poursuivre en justice un frère dans l'Évangile (ou un enfant de notre Père céleste, qu'il soit mormon ou non), je n'en suis plus aussi sûr. Si nous n'utilisons pas les tribunaux, comment pouvons-nous arrêter l'injustice, légalement parlant ? Pourtant Paul et la révélation moderne ne nous disent-ils pas de ne poursuivre personne en justice, et le sermon sur la montagne ne nous dit-il pas de payer même le double si nous sommes poursuivis en justice ? Je ne connais pas la réponse à cette question et je ne sais pas si quelqu'un la connaît. » (Lettre à l'auteur, 22 juin 1975)

De par de mon expérience d'avocat, de professeur de droit, d'éducateur et de juge, j'ai reçu de nombreuses questions similaires : quand est-il opportun pour un saint des derniers jours fidèle d'être engagé dans un procès ? Je ne me suis jamais senti à la hauteur pour répondre à de telles questions. Bien que dans certains cas j'aie été capable de répondre à l'une ou l'autre de ces questions, je n'ai jamais pu définir de principes généraux pouvant servir de guide en fonction des situations dans lesquelles de telles questions sont soulevées.

La préparation de ce livre a été pour moi l'occasion et une incitation à effectuer des recherches et à considérer ce sujet dans un esprit de prière. La suite de ce chapitre est une interprétation personnelle et mon résumé de ce que les Écritures et les prophètes modernes ont enseigné à ce propos et comment ces enseignements s'appliquent de nos jours.

Deux positions extrêmes

Dès le départ, je rejette deux extrêmes.

1. Certains ont estimé qu'un bon chrétien ne doit jamais aller devant les tribunaux pour résoudre des conflits. Quelques exemples suffiront pour démontrer que ce point de vue extrême est irréaliste et même en désaccord avec les Écritures elles-mêmes.

La révélation moderne indique qu'une personne qui a tué, volé, ou menti « sera livrée, et traitée selon les lois du pays » (D&A 42:79, 84-86). Ces lois sont, bien sûr, appliquées par les tribunaux civils.

La « déclaration des croyances » de l'Église, publiée en 1835, énonce : « Nous croyons que les hommes doivent faire appel aux lois civiles pour le redressement de tous leurs torts et griefs, des dommages infligés à leur personne ou des atteintes à leur propriété ou à leur réputation, lorsqu'il y a des lois pour les protéger contre cela » (D&A 134:11). Bien sûr, cette déclaration prévoit qu'il y aura des situations dans lesquelles un saint des derniers jours utilisera la justice de manière appropriée, puisque la manière habituelle pour redresser les torts et les griefs est d'avoir recours aux lois civiles.

De plus, il y a de nombreuses circonstances où une personne ne peut éviter d'être impliquée dans un procès. La plupart du temps, les personnes qui ont été attaquées en justice ont dû comparaître devant un tribunal pour se défendre. Dans certains cas, une personne se voit dans l'obligation d'intenter une action en justice car la seule possibilité prévue par la loi pour obtenir gain de cause, ce qui est souvent parfaitement justifié, est l'application d'un arrêt, d'une ordonnance ou d'un jugement. Comme autres exemples on peut citer les sursis avec mise à l'épreuve, les décrets d'adoption ou de divorce, et les ordonnances précisant les termes d'un contrat ou clarifiant un titre de propriété. Les administrateurs publics, les fidéicommissaires ou les responsables d'une société ont des responsabilités fiduciaires qui les obligent parfois à intenter un procès. Ces personnes n'ont pas la liberté d'éviter le procès, même si elles sont personnellement opposées à cette manière d'agir.

Ces exemples ne donnent pas la liste complète de toutes les situations dans lesquelles une personne peut être impliquée dans un procès légitime, mais ils suffisent à rejeter le point de vue extrême selon lequel un saint des derniers jours n'est jamais justifié d'intenter un procès en justice.

2. À l’opposé, quelques saints des derniers jours ont supposé que la religion permettait dans tous les cas d'intenter un procès, adoptant ainsi la croyance populaire que chaque mal a son remède prévu par la loi et applicable en justice de façon légitime.

Cette mentalité a créé des dépenses publiques importantes. Au cours des quelques décennies passées, tous ceux qui lisent les journaux ont vu augmenter le nombre de comptes-rendus d'audience qui font état d'affaires qui peuvent être considérés comme abusives ou frivoles. Une fillette de neuf ans a poursuivi les fabricants de Crackerjack parce que le jouet manquait dans la boîte qu'elle avait achetée. Un fan de l'équipe de football américain des Chicago Bears a traîné son équipe devant les tribunaux pour publicité mensongère parce que les Bears perdaient tous leurs matchs. Un amoureux déçu est allé en justice parce que sa bien-aimée n'était pas venue au rendez-vous. On pourrait dresser une liste interminable d'exemples semblables.

Lors d'une conférence générale récente, Boyd K. Packer a cité un exemple moins extrême mais plus répandu :

« La justification nous entraîne à rejeter sur autrui la responsabilité de nos fautes.

« Par exemple, lorsqu'on recherche le profit financier, on peut se laisser tenter par d'autres de mal évaluer, voire de ne pas tenir compte des risques. Lorsque les choses tournent mal, et elles peuvent mal tourner même dans les affaires bien gérées, certains cherchent à rejeter la faute sur d'autres. Il leur faut trouver quelqu'un qui paiera pour eux...

« Ils ont peu de difficultés à trouver un avocat disposé à jouer les grands prêtres et à faire endosser leur responsabilité à quelqu'un d'autre. Ils intentent un procès sans fondement, ou fondé sur quelques détails, dans le but de forcer ceux qu'ils attaquent à régler l'affaire, évitant ainsi le coût exorbitant de leur défense.

« Il n'y a rien de déshonorant à s'adresser à un tribunal pour se faire rendre justice ou se faire protéger. En revanche, je fais référence ici à ceux qui le font pour se justifier et faire porter leur responsabilité par autrui. » (L'Étoile, janvier 1988, p. 13)

Tout le monde sait que nos tribunaux sont surchargés et que le nombre des procès a augmenté ces dernières années, à un taux beaucoup plus important que la croissance de la population (voir Warren E. Burger, Isn't There a Better Way ?, American Bar Association Journal, 68, mars 1982, p. 275). Les experts ne sont pas d'accord sur les causes de cette augmentation. Un expert juridique a déclaré que « nous, les Américains, sommes le peuple le plus procédurier au monde ». Cet expert a inventé le terme hyperlexis pour décrire notre situation actuelle (voir Bayles Manning, Hyperlexis : Our National Disease, Northwestern University Law Review, 71, 1977, p. 772). Un autre expert suggère au contraire que la soi-disant explosion des procès peut être simplement une conséquence naturelle de l'augmentation des torts dans une société très industrialisée et structurée (plus la population est dense, plus nous risquons de nous bousculer), où la prise de conscience des raisons de ces torts est plus importante dans une communauté mieux éduquée, et où l'utilisation de la justice pour harmoniser les relations est accrue dans une société complexe (voir Marc Galanter, Reading the Landscape of Disputes, UCLA Law Review, 31, 1983, p. 4-11).

Quel que soit le bien-fondé de ces évaluations, il n'y a pas de contestation sur le fait que l'utilisation accrue des tribunaux civils pour résoudre les conflits privés est excessivement coûteuse pour les parties adverses et le contribuable. D'autres coûts plus difficiles à évaluer mais tout aussi réels incluent l'impact sur la société des millions d'actions des personnes cherchant à se protéger d'un procès plutôt que de s'occuper au mieux de leur patient, de leur partenaire, etc. Cette catégorie inclut les praticiens qui abandonnent la médecine à cause du coût des assurances contre l'erreur médicale ou qui, pour se protéger, prescrivent des examens peu nécessaires mais très onéreux. Cette catégorie inclut aussi les employeurs qui ne peuvent pas se fier aux lettres de recommandation qu'ils reçoivent parce que beaucoup de ceux qui les écrivent se soucient, plutôt que d'émettre un jugement négatif mais honnête sur un candidat, d'éviter les conséquences juridiques que cela pourrait entraîner.

En 1984, dans son discours en tant que président de la Cour Suprême, Warren E. Burger a résumé le mécontentement officiel à propos du très grand nombre de procès. Il a dépeint notre dépendance actuelle « de la procédure contradictoire utilisée comme moyen principal de résoudre les conflits » comme étant « une erreur que nous devons corriger ». Il a expliqué : « Pour certains conflits, les procès seront le seul moyen efficace, mais dans beaucoup de cas, les procès qui font appel à la procédure contradictoire dégénèrent en batailles sans pitié, comme dans les temps révolus. Notre système est trop coûteux, trop pénible, trop destructif, trop inefficace pour un peuple réellement civilisé. » (American Bar Association Journal, avril 1984, p. 66)

Comme j'en parlerai plus loin, les règles religieuses et morales limitent l'utilisation des tribunaux civils pour résoudre les conflits qui peuvent être réglés d'une autre manière.

En résumé, à un extrême on prétend qu'un bon saint des derniers jours ne devrait jamais être engagé dans un procès. À l'autre extrême on exclut toute limite d'ordre religieux en ce qui concerne les procès. Ces deux points de vue extrêmes sont dans l'erreur. Comme c'est souvent le cas, ce qui est correct se situe quelque part entre les deux extrêmes. Mais où ?

Les procès et les dirigeants de l'Église

Il y a des enseignements scripturaires qui semblent interdire la participation à tout procès. Une part de la confusion résultant de ces Écritures provient du fait que l'on a mal compris que certains de ces conseils étaient destinés aux dirigeants de l'Église plutôt qu'aux membres ordinaires et aux croyants. Les prophètes modernes ont clarifié ce point, mais quelques membres consciencieux se sont toujours considérés comme liés par des conseils scripturaires qui ne leur étaient pas adressés.

Dans le Sermon sur la Montagne, le Sauveur enseigna que nous ne devrions pas résister au mal, mais que nous devrions tendre l'autre joue : « Si un homme veut plaider contre toi, et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau » (Matthieu 5:39-40). James E. Talmage explique : « Ces instructions s'adressaient surtout aux apôtres, qui seraient appelés officiellement à se consacrer uniquement à l'oeuvre du royaume. Dans leur ministère, il vaudrait mieux qu'ils perdent des biens matériels ou soient persécutés et maltraités individuellement par des oppresseurs corrompus plutôt que l'oeuvre soit affaiblie et entravée par le fait de résister et de se quereller. » (James E. Talmage, Jésus le Christ, p. 287)

Bruce R. McConkie confirme : « Pour les serviteurs du Seigneur, il était plus important, dans les circonstances sociales et politiques de l'époque, de souffrir des persécutions plutôt que leur ministère soit entravé ou arrêté par des procès...Rien n'est aussi important que de proclamer la vérité et d'œuvrer pour la bonne cause. Il ne fallait pas permettre aux procédures tracassières de la justice d'empiéter sur l'établissement du nouveau royaume. » (Bruce R. McConkie, The Morlal Messiah, vol. 2, Salt Lake City, Deseret Book, 1980, p. 137, 141)

Le Livre de Mormon donne une vision légèrement différente. Quand le Sauveur s'adressa aux Néphites, ses enseignements n'étaient pas réservés aux Douze qui avaient été spécialement appelés (3 Néphi 11:22-12:1). Ils faisaient partie d'un sermon adressé à la multitude réunie au temple (3 Néphi 11:1 ; 12:1, 39-40). Un écrivain a suggéré que cette multitude était un groupe privilégié d'adorateurs au temple (John W. Welch, The Sermon at the Temple and the Sermon on the Mount, Salt Lake City, Deseret Book, 1990), mais le texte montre qu’il ne s'agissait pas seulement de dirigeants spécialement appelés. En conséquence, ces enseignements contre le recours aux procès ne peuvent pas être considérés comme s'adressant uniquement aux dirigeants de l'Église. Comme nous le verrons en détail ultérieurement, le principe de la « non querelle » et le commandement d'aimer et d'aider notre prochain rendent ces enseignements du Livre de Mormon applicables par tous.

Le caractère temporaire de certains conseils

À certaines époques de l'Histoire, les prophètes de Dieu ont conseillé aux fidèles de ne pas aller devant les tribunaux civils pour régler leurs différends. Certains ont considéré que ces conseils engageaient tous les croyants en tous temps et en toutes circonstances. D'autres considèrent ces conseils comme étant temporaires, adaptés à une époque précise.

En étudiant les commandements et les conseils que le Seigneur a donnés par l'intermédiaire de ses prophètes à différentes époques, je suis convaincu que les conseils d'éviter tout procès étaient temporaires. Ces conseils étaient la réponse à des situations particulières dans lesquelles se trouvaient les croyants et le fonctionnement de la justice civile au moment où ils furent donnés, mais ils ont été remplacés lorsque les circonstances ont changé (d'autres conseils relatifs au règlement des querelles par l'intermédiaire des tribunaux civils représentent des principes éternels, applicables en tous temps et en tous lieux. Ils seront présentés plus loin).

C'est dans la première épître de Paul aux Corinthiens que nous trouvons l'enseignement scripturaire le plus pertinent mettant en garde les fidèles contre l'utilisation des tribunaux pour régler leurs différends.

« Quelqu'un de vous, lorsqu'il a un différend avec un autre, ose-t-il plaider devant les injustes, et non devant les saints ?

« Ne savez-vous pas que les saints jugeront le monde ? Et si c'est par vous que le monde est jugé, êtes-vous indignes de rendre les moindres jugements ?

« Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges ? Et nous ne jugerions pas, à plus forte raison, les choses de cette vie ?

« Quand vous avez des différends pour les choses de cette vie, ce sont des gens dont l'Église ne fait aucun cas que vous prenez pour juges !

« Je le dis à votre honte. Ainsi, il n'y a parmi vous pas un seul homme sage qui puisse prononcer entre ses frères.

« Mais un frère plaide contre un frère, et cela devant les infidèles !

« C'est déjà certes un défaut chez vous que d'avoir des procès les uns avec les autres. Pourquoi ne souffrez-vous pas plutôt quelque injustice ? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt dépouiller ? » (1 Corinthiens 6:1-7).

La New English Bible (1970) traduit ainsi le premier et le dernier de ces versets :

« Si l'un de vous a un différend avec un autre, osera-t-il le mener devant un tribunal païen plutôt que devant la communauté du peuple de Dieu ?...

« En vérité, vous êtes déjà tombés en deçà de vos principes en allant en justice l'un contre l'autre. Pourquoi ne souffrez-vous pas plutôt quelque injustice ? Pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt voler ? »

En conseillant aux saints de Corinthe de ne pas porter leurs querelles devant les tribunaux païens, Paul explique que les saints, qui se préparent à rendre au monde un jugement éternel, devraient avoir parmi eux quelqu'un de suffisamment sage pour juger leurs querelles.

Nous comprendrions la raison de ce conseil et sa nature temporaire si nous en savions davantage sur les tribunaux civils à Corinthe au temps de Paul (je remercie le professeur John W. Welch de la J. Reuben Clark Law School à Brigham Young University pour les éclaircissements et les sources utilisées dans ce paragraphe et le suivant). Si ces tribunaux suivaient le droit romain, comme cela semble probable, alors une procédure criminelle ne pouvait être initiée que si l'accusateur prêtait serment (voir A. H. J. Greenidge, The Legal Procedure of Cicero's Time, South Hackensack, New Jersey, Rothman Reprints, 1971, p. 259, 261-262, 273-274, 459, 470). Afin que son témoignage soit recevable, un témoin devait aussi prêter serment. Dans ces tribunaux, de tels serments pouvaient éventuellement donner lieu à des sacrifices aux dieux païens. Dans le meilleurs des cas, il fallait jurer par des dieux païens ou autres, tels que l'empereur romain, ou leur offrir un sacrifice. En conséquence, pour les adorateurs du seul vrai Dieu (Juifs ou Chrétiens), les formalités requises pour participer à des tribunaux païens relevaient de l'idolâtrie (Matthieu 5:33-37). Ceci est une raison suffisante pour que Paul donne le conseil de ne pas aller en justice « devant les infidèles » (1 Corinthiens 6:6).

Une autre raison qui permette de comprendre le conseil de Paul figure dans une directive comparable donnée par des dirigeants Juifs, environ deux générations après les écrits de Paul. Peu après la destruction du temple en 70 après Jésus-Christ, quand l'autonomie de la justice des juifs fut restreinte pendant une courte période par la loi romaine, il fut enseigné aux Juifs fidèles de ne pas participer aux tribunaux des Gentils. Un commentateur avisé a noté deux raisons motivant cette directive. Le recours à un tribunal Gentil était blasphématoire parce qu'il équivalait à nier la Présence Divine et à profaner le Nom Divin. Ainsi, un rabbi de la fin du premier siècle aurait dit : « Celui qui quitte un juge d'Israël et va devant un étranger a premièrement renié Dieu et ensuite a renié la loi » (StB, III, 362, cité dans The Anchor Bible, 1 Corinthians, commentaire par William F. Orr et Jeams Arthur Walther, Garden City, New York, Doubleday, 1976, p. 196). Utiliser un tribunal Gentil était également déloyal parce que cela sapait les tribunaux juifs, dont l'indépendance et l'activité étaient essentielles pour l'autonomie du peuple juif (voir M. Elon, Jewish Law Sources and Application, Israel Law Review, 2, 1967, p. 524-525 ; voir aussi Welch, The Sermon at the Temple, p. 54-56).

Un second exemple de conseils temporaires prononcés contre le fait d'avoir recours à un tribunal civil vint des présidents Brigham Young et de John Taylor au début de l'histoire de l'Église, au fin fond des montagnes de l'Ouest.

La plupart des saints des derniers jours connaissent les remarques très critiques à propos des juristes émises par Brigham Young durant cette période. Les juristes saints des derniers jours, qui ont été choqués par ces commentaires, ressentent mieux que d'autres qu'ils ne sont plus aussi appropriés de nos jours.

Le caractère temporaire des commentaires du président Young est évident vu les circonstances dans lesquelles il les prononça. Ses critiques sur les magistrats furent faites dans le contexte de ses conseils aux saints des derniers jours de ne pas porter leurs querelles devant les tribunaux civils.
Ces conseils furent donnés dans des circonstances identiques à celles du temps de l'apôtre Paul.

Pendant pratiquement quarante-six ans d'activité, les tribunaux civils du Territoire de l'Utah furent administrés par des juges, des procureurs, et des avocats qui étaient en majorité hostiles à l'Église et à ses membres. Dans ces circonstances, comme l'apôtre Paul, les dirigeants de l'Église conseillèrent aux saints de ne pas aller en justice « devant les infidèles ».

Dans un discours donné le 7 avril 1852, le président Young dit : « Pour ceux qui portent le nom de saints, aller dans un tribunal Gentil pour régler ses problèmes est une abomination aux yeux du Tout-Puissant. » (Journal of Discourses, vol. 6, p. 319)

En 1856, le président Young dénonça la perte de temps que représentait le règlement des différends dans les tribunaux civils. Il ordonna aux fidèles de « rester éloignés des palais de justice ; aucun homme respectable ne s'y rendra, à moins qu'il n'y aille en tant que témoin, ou qu'il y soit forcé d'une manière ou d'une autre. Il n'y a pas une seule personne juste dans cette communauté, qui ait des problèmes qui ne puissent être réglés mieux et de manière plus satisfaisante que par les médiateurs, les tribunaux de l'évêque, le grand conseil ou par les 12 arbitres (comme prévu par la résolution n°4, p. 390 des Lois de l'Utah), sans avoir à s'opposer l'un à l'autre dans les tribunaux, ce qui a pour conséquence directe de détruire les meilleurs intérêts de la communauté, et d'éloigner de nombreux hommes de leurs devoirs de citoyens bons et travailleurs. » (Journal of Discourses, vol. 3, p. 241, 238)

Entrant dans le vif du sujet, frère Brigham devint encore plus direct : « Le Seigneur aime-t-il votre conduite quand vous vous traînez l'un l'autre devant les tribunaux des impies ? Quand vous recherchez les problèmes, les querelles, les brouilles et les conflits ?... Il n'y a pas un homme ni une femme dans cette maison, qu'il soit saint ou pécheur, Juif ou Gentil, esclave ou libre, noir ou blanc, qui puisse croire cela un seul instant. » (op. cit., p. 238-239)

Nous pouvons comprendre les conseils du président Young seulement quand nous connaissons les circonstances dans lesquelles ils furent donnés. L'étude faisant autorité à ce sujet conclut : « Pour les saints des derniers jours du dix-neuvième siècle, les tribunaux civils, les magistrats et la loi représentaient un système inadéquat et souvent corrompu qui oeuvrait contre l'établissement de Sion » (Edwin Brown Firmage et Richard Collin Mangrum, Zion in the Courts, Urbana and Chicago, University of Illinois Press, 1988, p. 373). L'utilisation des tribunaux civils allait à l'encontre des intérêts des saints. En effet, une part importante de leurs efforts pour établir Sion comme alternative à l'Amérique pluraliste consistait à établir leurs tribunaux ecclésiastiques qui « contribuaient à l'indépendance de l'Église vis à vis de l'État. » (op. cit., p. 261)

Depuis l'arrivée des pionniers jusqu'au début du XXe siècle, les tribunaux de l'Église ont réglé les litiges privés des membres en matière de « droit de propriété, de ressources naturelles, de relations familiales, d'arrangements contractuels, et de réclamations de préjudice » (op. cit., p. 278 ; voir aussi p. 293-370). Pendant la plus grande partie de cette période, les membres étaient passibles des commissions disciplinaires de l'Église s'ils utilisaient les tribunaux civils dans ces domaines où les tribunaux de l'Église étaient considérés, par la loi de l'Église, comme étant seuls compétents (op. cit., p. 264-271). Le rôle dominant des tribunaux de l'Église était relativement facile à maintenir, puisque la plupart des conflits durant cette période avaient lieu entre membres d'une même colonie où le dirigeant de l'Église était aussi l'administrateur civil (voir James B. Allen et Glen M. Leonard, The Story of the Latter-day Saints, Salt Lake City, Deseret Book, 1976, p. 258-262)

Le conseil d'éviter les tribunaux civils (« Gentils ») fût renforcé par John Taylor, qui succéda à Brigham Young en 1877 et qui fût président de l'Église pendant les rudes persécutions des années 1880. Le président Taylor accepta l'utilisation des tribunaux civils pour régler les griefs avec des non membres de l'Église (voir Journal of Discourses, vol. 20, p. 105), mais il mit fortement l'accent sur l'importance d'utiliser les tribunaux de l'Église pour régler les différends entre membres de l'Église.

Dans un discours donné en 1878, le président Taylor expliqua le devoir d'un saint des derniers jours fidèle impliqué dans un conflit contre un autre saint des derniers jours. Il devait d'abord aller trouver son adversaire et essayer de régler le problème en privé. S'il échouait, il devait à nouveau se rendre chez son adversaire, « en prenant avec [lui] un autre frère ». Si cela ne marchait pas, il devait informer les « Instructeurs ou les Prêtres » du problème. Si cela échouait, une accusation pouvait être déposée devant l'évêque et ses conseillers. Si une des parties n'était pas satisfaite de leur décision, elle pouvait faire appel au grand conseil. Si la partie déboutée n'acceptait pas la décision de ce tribunal, elle était « retranchée de l'Église ». Ensuite, le membre lésé pouvait en toute justice demander réparation par l'intermédiaire d'un tribunal civil, puisque l'autre partie n'était plus membre de l'Église (voir op. cit., p. 104-105)

Que devait faire un membre fidèle si un autre membre le poursuivait devant un tribunal civil ? Le président Taylor donna cette directive : « Je vous dis ce que vous devriez faire : quand un homme essaie de vous attaquer devant la justice civile, vous devriez l'attaquer devant les tribunaux de l'Église ; vous devriez le faire comparaître pour avoir violé les lois de l'Église, pour être allé en justice devant les impies, au lieu d'utiliser les moyens que Dieu a révélés » (op. cit., p. 104). Le président Taylor expliqua « qu'en tant que saints de Dieu nous devrions être gouvernés par les lois [de Dieu], et non par les lois du monde ». En conséquence, il conseilla aux présidents de pieu que s'ils trouvaient un de leurs membres « menant son frère en justice devant les impies », ils devraient « le convoquer et remettre en question sa qualité de membre » (op. cit., p. 106).

Peu après la création de l'État d'Utah en 1896, et pendant la période de réconciliation entre l'Église et les autorités fédérales qui suivit, les dirigeants de l'Église s'éloignèrent de leur point de vue selon lequel les membres qui utilisaient les tribunaux civils pour régler leurs différends entre eux devaient être soumis à la discipline de l'Église. « L'acceptation graduelle du pluralisme politique américain au lieu du concept mormon d'une Sion [indépendante] marqua la fin du système des tribunaux ecclésiastiques mormons. » (Firmage et Mangrum, Zion in the Courts, p. 371-372)

Au cours de cette période, les dirigeants de l'Église ont abandonné leur forte opposition à l'utilisation par leurs membres des tribunaux civils, mais le rôle des tribunaux de l'Église comme étant la méthode préférée pour régler les conflits entre membres continua encore pendant une génération.

En 1903, le président Joseph F. Smith et ses conseillers déclarèrent : « Les tribunaux de l'Église sont exclusivement ecclésiastiques. Ils se prononcent sur les conflits entre membres de l'Église et sur l'application de la discipline de l'Église. Les procès entre membres sont désapprouvés, et il est considéré comme mauvais qu'un frère aille en justice contre un autre frère. Mais les tribunaux de l'Église ne peuvent que disqualifier ou excommunier, ce qui est la sanction la plus grave. La compétence des tribunaux civils est reconnue et leurs décisions sont honorées et observées. » (Messages of the First Presidency, comp. James R. Clark, vol. 4, Salt Lake City, Bookcraft, 1970, p. 82)

Un changement important survint en 1908, lorsqu'un comité du conseil des douze apôtres recommanda « que les tribunaux de l'Église ne soient pas utilisés comme centres de recouvrement de dettes » (Committee Report, cité dans Firmage et Mangrum, Zion in the Courts, p. 343).

Un article datant de 1919 écrit par James E. Talmage, rappelle le conseil toujours en vigueur indiquant que les conflits entre membres devraient d'abord être réglés entre eux. Si cela échouait, les membres en conflit devaient aller devant le tribunal de l'évêque, puis devant le grand conseil, et en dernier recours seulement, devant le conseil des douze apôtres. L'article continue par ce qui semble être la dernière déclaration en date de l'Église demandant à ses membres de ne pas porter leurs différends devant les tribunaux civils : « Les tribunaux de l'Église ne prétendent en aucune manière s'opposer à la loi civile ou à la remplacer ». Cependant l'article continue : « Nous considérons qu'en matière de différends entre frères, lorsque aucune infraction spécifique à la loi civile n'est commise, et pour les délits dits 'civils', en opposition aux délits 'criminels', il est tout aussi indigne aujourd'hui que cela l'était à l'époque de Paul qu'un 'frère plaide contre un frère' ; et nous considérons honteux qu'un jugement juste ne puisse être rendu parmi nous (1 Corinthiens 6:5-7). » (Improvement Era, avril 1919, p. 680)

Lors de la conférence générale d'avril 1923, Anthony W. Ivins, de la Première Présidence, exprima pour la première fois la position de l'Église à propos des relations entre l'Église et l'État et entre leurs lois respectives : « Soumettez-vous aux lois des hommes pour ce qui relève du gouvernement civil, et aux lois de Dieu pour ce qui est du royaume des cieux. » (Improvement Era, vol. 26, p. 680)

Le président Ivins dit qu'il n'existait pas de conflit entre la loi civile et la loi ecclésiastique, si ce n'est ce qui résulte de « l'ignorance ou d'une mauvaise interprétation délibérée de l'une ou de l'autre » (Improvement Era, vol. 26, p. 682). Sa définition de la fonction des tribunaux de l'Église incluait le règlement des différends entre membres, mais il ne demandait ni ne conseillait aux membres d'utiliser les tribunaux de l'Église de préférence aux tribunaux civils, ou même de s'efforcer de régler les conflits par la médiation de l'Église avant d'attenter un procès. Le thème principal de son discours était la différence entre les méthodes coercitives de la loi civile et les méthodes non contraignantes de la prêtrise (voir Improvement Era, vol. 26, p. 685).

Il conclut ainsi à l'adresse des membres et des dirigeants : « Il est du devoir de chaque membre de l'Église d'honorer la loi du pays et d'y obéir, et de soutenir ceux qui sont choisis pour l'administrer, dans la mesure où ils le font avec honnêteté et équité. La prêtrise nous est conférée pour la progression et l'administration de l'Église du Christ et ne peut être légitimement utilisée à d'autres fins. » (Improvement Era, vol. 26, p. 686)

La déclaration du président Ivins marque la fin de l'utilisation obligatoire ou conseillée des tribunaux de l'Église pour résoudre les conflits entre membres.

Le droit reconnu par l'Église à ses membres d'aller devant la justice civile pour résoudre leurs conflits avec d'autres membres sans craindre la discipline de l'Église ou sa désapprobation est exprimé par Bruce R. McConkie dans son commentaire du sixième chapitre de la première épître de Paul aux Corinthiens : « Si les saints vont en justice l'un contre l'autre, il peuvent choisir de le faire dans le cadre de la juridiction de l'État ou de celle de l'Église. Paul leur conseille ici de régler leurs affaires par les tribunaux de l'Église ; son conseil est bon et peut être suivi par les membres de l'Église aujourd'hui. Evidemment, lorsque les querelles impliquent des non membres, l'affaire doit être portée devant les tribunaux civils (voir D&A 134:11). » (Bruce R. McConkie, Doctrinal New Testament Commentary, vol. 2, Salt Lake City, Bookcraft, 1970, p. 337)

En résumé, certains conseils des Écritures et des prophètes modernes contre tout recours aux tribunaux civils sont temporaires. C'est le cas du conseil de Paul aux Corinthiens et des conseils des présidents Young et Taylor aux saints des derniers jours qui vivaient dans le Territoire d'Utah. À cause de la levée de l'interdiction d'utiliser les tribunaux civils (et de donner la préférence aux tribunaux de l'Église), ce conseil des prophètes devint obsolète.

Aujourd'hui, l'augmentation du nombre de membres de l'Église et leur dispersion géographique fait que la plupart des querelles concernent des membres demeurant dans des pieux différents. Dans cette situation, le jugement d'un tribunal de l'évêque ou d'un tribunal du grand conseil est impossible et déconseillé car il n'existe pas de conseil local de l'Église qui ait juridiction sur les différentes parties en conflit.

Est-ce que la renonciation de l'Église à toute fonction dans le jugement des conflits entre membres signifie qu'ils ne sont soumis à aucune restriction d'ordre moral quant à l'utilisation des tribunaux civils pour résoudre leurs différends avec d'autres membres ? Bien sûr que non. L'Église rétablie a toujours encouragé ses membres à résoudre leurs conflits sans avoir recours aux tribunaux civils. Le conseil des présidents Young et Taylor à ce sujet est toujours en vigueur, même si les procédures qu'ils ont recommandées (telles qu'utiliser les instructeurs de la prêtrise d'Aaron de la paroisse) sont tombées en désuétude. Les limites de ce conseil sur le recours aux tribunaux civils sont présentées ci-dessous.

Les principes éternels régissant le recours aux tribunaux civils

Bien qu'il n'y ait pas d'interdiction absolue à ce que les membres de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours aillent en justice pour résoudre leurs conflits, même entre membres, il existe des principes éternels qui interdisent une telle démarche dans certains cas et qui, dans d'autres cas, imposent des conditions strictes. Ceux qui veulent intenter un procès devraient analyser leur projet à la lumière de certains critères (fondés sur ces principes) qui montreront s'ils doivent traiter leurs affaires judiciaires à la manière du Seigneur ou selon les voies du monde. Ces principes et ces critères se trouvent dans les Écritures et dans les enseignements des prophètes modernes.

1. Pardonner

Le premier critère est de savoir si l'accusateur peut pardonner à son adversaire. Ce test s'impose au vu de ce que le Seigneur a dit : « Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu'un, pardonnez, afin que votre père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses. Mais si vous ne pardonnez pas, votre Père qui est dans les cieux ne vous pardonnera pas non plus... » (Marc 11:25-26).

Dans une révélation moderne, le Seigneur a commandé : « Vous devez vous pardonner les uns aux autres... de vous il est requis de pardonner à tous les hommes. Et vous devriez dire en votre coeur : Que Dieu juge entre moi et toi, et te récompense selon tes actes. » (D&A 64:9-11)

L'importance de pardonner a été illustrée de façon exemplaire. Deux ans après cette révélation, en 1833, les saints du Missouri furent chassés de leurs maisons dans le comté de Jackson. Leurs possessions furent dispersées, leur imprimerie fût détruite, et certains furent fouettés et maltraités. Sans l'aide efficace de l'État ou du gouvernement fédéral, ces victimes avaient deux possibilités : la résistance armée ou la soumission passive. C'est dans ce contexte que le Seigneur donna la révélation de la section 98 des Doctrine et Alliances.

Après avoir réconforté les saints, cette révélation les instruisait sur l'importance de la loi civile et sur le fait de rechercher des hommes bons et sages pour gérer les affaires publiques. Elle les exhortait à « abandonner tout mal » et déclarait que le Seigneur les châtierait s'ils ne se détournaient pas de « leurs voies perverses ». Par contre, elle promettait que s'ils gardaient les commandements, le Seigneur détournerait d'eux « toute colère et toute indignation » (D&A 98:5-11, 20-22).

Dans le choix qui leur était proposé, le Seigneur leur conseilla de « renoncer à la guerre [et de] proclamer la paix » (verset 16). Il donna ensuite ces conseils spécifiques sur le comportement des saints à l'égard de ceux qui les avaient maltraités : « Je vous parle maintenant de vos familles : si les hommes vous frappent une fois, et que vous le supportez patiemment et ne les insultez pas ni ne cherchez à vous venger, vous serez récompensés » (verset 23). De plus, si un ennemi les frappait une deuxième et une troisième fois et s'ils le supportaient patiemment et n'insultaient pas leur ennemi, leur récompense serait bien plus grande (versets 25-26). Même si l'ennemi ne se repentait pas de ses actions, ils devraient lui pardonner trois fois (versets 41-43). Ensuite, si l'ennemi échappait à la vengeance de Dieu, ils devaient « l'avertir [au nom du Seigneur], afin qu'il ne [les] attaque plus ». Ensuite, s'il persistait, le Seigneur dit, « je livrerai votre ennemi entre vos mains ». Mais même à ce moment-là, « si vous l'épargnez, vous serez récompensés pour votre droiture » (versets 28-30).

Ces versets montrent comment exactement mettre en pratique le grand enseignement du Sauveur : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent » (Matthieu 5:44). Ces versets enseignent que si nous supportons patiemment l'injustice et la persécution, notre récompense sera grande. Dans les versets suivants ce principe s'applique même au conflit armé entre les nations ou les peuples. Dans ce cas, le Seigneur enseigne au fidèle à tenter de faire la paix par trois fois et à lui faire part de ces efforts, et à n'entrer en guerre contre son adversaire que lorsque le Seigneur le lui ordonne. Ensuite, le Seigneur promet : « Moi, le Seigneur, je combattrai pour eux » (D&A 98:33-37).

Il est nécessaire de rappeler que cette révélation fut donnée après que de nombreux saints des derniers jours furent chassés du comté de Jackson, au Missouri, par des émeutiers armés. Elle fut donnée pour guider un groupe de saints des derniers jours pour lesquels il n'y avait aucun recours possible devant les tribunaux ou devant des responsables politiques, et qui envisageaient la possibilité de s'organiser pour combattre leurs ennemis. De même, ces conseils de pardonner au malfaiteur, même dans des circonstances aussi extrêmes, semblent toujours s'appliquer à ceux qui envisagent d'avoir recours aux tribunaux civils pour redresser des torts ou pour résoudre des conflits.

Boyd K. Packer aborda ce sujet lors de la conférence générale d'octobre 1987 :

« Si vous avez de la rancoeur contre quelqu'un, si vous êtes impliqué dans une controverse acerbe, 'Voici ce que dit l'Écriture (et elle le dit au moins cinquante fois) – L'homme ne frappera ni ne jugera ; car le jugement m'appartient, dit le Seigneur, la vengeance m'appartient aussi, et je donnerai la rétribution' (Mormon 8:20). Je vous dis donc : 'Laissez tomber !' Si vous avez besoin d'un renfort spirituel, demandez-le donc. C'est ce qu'on appelle la prière... Si vous en voulez à quelqu'un pour ce qu'il a fait, ou ce qu'il n'a pas fait, oubliez-le... C'est ce qu'on appelle le pardon. Le pardon est un puissant remède spirituel. Accordez le pardon, ce baume apaisant, à ceux qui vous ont offensé, vous vous assurerez ainsi la guérison. » (L’Étoile, janvier 1988, p. 13)

Le président Gordon B. Hinckley a lui aussi donné un conseil inspiré sur l'importance du pardon :

« Nous en voyons le besoin dans les foyers, où les taupinières d'incompréhension se transforment en montagnes de discorde. Nous le voyons parmi nos voisins, où des différends insignifiants mènent à une amertume éternelle. Nous le voyons chez les associés en affaires qui se querellent et refusent de trouver un compromis et de pardonner quand, dans la plupart des cas, s'il avaient le désir de s'asseoir autour d'une table et de se parler calmement, le problème pourrait être résolu pour le bien de tous. Ils préfèrent passer leur temps à nourrir leur rancune et à planifier la vengeance...

« Y a-t-il une vertu que nous ayons plus besoin d'appliquer de nos jours que la vertu de pardonner et d'oublier ? Il y en a qui considéreraient cela comme un signe de faiblesse. Est-ce le cas ? J'admets qu'il ne faut ni force ni intelligence pour ruminer dans la colère les torts subis, pour vivre toute sa vie dans un esprit de vengeance, pour gaspiller ses capacités en planifiant la vengeance. Il n'y a pas de paix à entretenir la rancune. Il n'y a pas de bonheur en vivant pour le jour où vous pourrez 'rendre la monnaie de la pièce'. » (L'Étoile, novembre 1991, p. 3-6)

Un des actes les plus nobles de l'âme humaine est celui de pardonner. Cela peut être extrêmement difficile quand le tort subi a été particulièrement cruel, mais la guérison et la joie qui s'ensuivent sont merveilleuses.

Parmi mes précieux objets-souvenirs, il y a deux lettres d'une femme qui décrivent les effets de son pardon à son frère aîné, qui abusa d'elle sexuellement quand elle était enfant :

« Un jour avant une conférence [régionale] (alors que je souffrais des blessures causées par les sévices sexuels), je parlai à mon mari de la colère que je ressentais parfois et comment parfois j'aurais souhaité lui rendre le mal en retour de la peine qu'il m'avait infligée. J'avais essayé de lui pardonner, mais mon coeur n'était pas encore totalement engagé dans le pardon.

« Le dimanche matin, je me rendis à la conférence. Il me sembla que vous étiez sur le point de terminer votre discours, mais le Seigneur vous poussa à dire une chose de plus. Vous dîtes que nous devions pardonner à ceux qui nous avaient fait du mal. Quel témoignage je ressentis ! Je savais que je devais pardonner et AIMER mon frère. Et je sais que je ne peux le faire qu'avec l'aide du Seigneur, car sans lui, je ne suis rien.

« Il avait déjà payé le prix de ce péché au jardin de Gethsémané. Je n'avais pas le droit de retenir ce péché et de demander justice, alors je le lui rendis de bonne grâce et me réjouis dans son amour et sa miséricorde... Mon coeur est tellement rempli de joie, de paix, de gratitude et d'amour ! Cette oeuvre n'est-elle pas glorieuse ? Combien je l'aime ! Les mots ne peuvent exprimer mes sentiments. » (Lettre à l'auteur, 23 mars 1989)

Je répondis à sa lettre et une semaine plus tard j'en recevais une deuxième où elle décrivait ce qui se produisit après que son coeur eut changé :

« Le jour où j'ai reçu votre lettre j'ai ressenti que ma guérison était complète ». « J'étais remplie de charité envers mon frère ». Le jour suivant elle fut informée que son frère, qui était un membre de l'Église peu pratiquant et qui vivait dans un autre État, avait été hospitalisé suite à un grave accident. Elle téléphona immédiatement pour demander à un ami de donner une bénédiction de la prêtrise à son frère. Dans cette bénédiction il lui fut dit que sa soeur l'aimait. La nuit suivante, alors qu'il était en soins intensifs, entre la vie et la mort, elle prit conscience de la présence de l'esprit de son frère chez elle et ressentit qu'il avait conscience de l'horreur de ce qu'il lui avait fait subir à elle et à d'autres. Elle ressentit le remords qu'il éprouvait ainsi que son désir de repentir, et elle eut le sentiment qu'elle pouvait communiquer avec lui. Le lendemain, il mourut. Elle m'écrivit : « Je ressens la grande miséricorde du Seigneur grâce à laquelle je me rends compte que [mon frère] n'était pas assez fort pour mettre sa vie en ordre ici-bas. Et j'implore la miséricorde pour que le prix qu'il a à payer ne soit pas trop lourd... J'aime tant le Seigneur. En tant que convertie, il m'est doux de sentir son amour. Je ne pourrai jamais lui exprimer suffisamment ma gratitude. Je m'émerveille de ses voies, de son amour et de sa miséricorde. » (Lettre à l'auteur, 13 avril 1989)

Il y a de la noblesse dans cet exemple. Il peut nous servir de modèle à tous.

Avant d'intenter un procès, les saints des derniers jours devraient prendre en compte le commandement du Seigneur qui dit : « C'est pourquoi, je vous dis que vous devez vous pardonner les uns aux autres ; car celui qui ne pardonne pas à son frère ses offenses est condamné devant le Seigneur, car c'est en lui que reste le plus grand péché. Moi, le Seigneur, je pardonne à qui je veux pardonner, mais de vous il est requis de pardonner à tous les hommes. » (D&A 64:9-10)

Notons que ce commandement fait référence au pardon et non au conflit. Selon le mode de pensée du monde, la question que se pose la partie lésée est, en règle générale, de savoir si elle doit intenter un procès ou non. Selon les voies du Seigneur, la question n'est pas celle-là, mais plutôt de connaître ce que ressent la partie lésée vis-à-vis de l'auteur des torts. Dans de nombreux cas, une attitude et une volonté de pardonner empêcheront le procès. Quelquefois, il n'en sera pas ainsi. Qu'il y ait procès ou pas, le pardon est toujours nécessaire parce qu'il est requis du croyant.

2. Rechercher un règlement à l'amiable

Comme nous l'avons déjà noté dans les citations précédentes des présidents Young et Taylor, avant que les saints des derniers jours n'aient recours à un procès, ils ont pour devoir de rechercher un accord à l'amiable entre eux personnellement ou avec l'aide d'un médiateur. Ce devoir s'appuie sur les mêmes principes éternels que ceux qui permettent de conseiller aux saints d'éviter le conflit et la controverse.

Pourquoi les saints devraient-ils chercher à éviter les procès en réglant les problèmes préalablement ou même en supportant des torts sans dédommagement ? À propos de l'enseignement du Sauveur à ce sujet, Bruce R. McConkie expliqua : « La querelle mène à l'amertume et à l'étroitesse d'esprit ; ceux qui s'affrontent se dessèchent spirituellement et mettent leur salut en danger. Aux yeux du Seigneur il est tellement important d'éviter ces maux qu'il attend de ses saints qu'ils endurent les afflictions et les torts plutôt que de perdre leur paix intérieure et leur sérénité à cause des querelles. 'Celui qui a l'esprit de querelle n'est pas de moi', a-t-il dit aux Néphites, 'mais il est du diable qui est le père de la querelle, et il pousse le coeur des hommes à lutter l'un contre l'autre avec colère' (3 Néphi 11:29). » (McConkie, Doctrinal New Testament Commentary, vol. 1, p. 228)

Puisqu'un procès implique presque toujours la querelle et que la réconciliation et le pardon permettent de l'éviter, ces enseignements sont une directive adressée aux saints des derniers jours afin qu'ils évitent à tout prix un procès, que ce soit avec des membres de l'Église ou avec des non membres, et qu'ils utilisent tout autre moyen raisonnable pour régler leurs différends.

Le Sauveur a enseigné que nous devrions nous réconcilier avec notre frère avant de faire une offrande sur l'autel, et que nous devrions tendre l'autre joue quand on nous fait du tort (Voir 3 Néphi 12:23-24, 39). Il a aussi enseigné que nous devrions régler nos conflits en nous accordant avec notre frère : « Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S'il t'écoute, tu as gagné ton frère. » (Matthieu 18:15)

A notre époque, le Seigneur a de nouveau commandé que son peuple cherche à se réconcilier l'un avec l'autre : « Si ton frère ou ta soeur t'offensent, tu les prendras à part, et s'ils confessent, vous vous réconcilierez. » (D&A 42:88)

Les premiers dirigeants de l'Église rétablie ont prêté une attention toute particulière à l'enseignement sur la nécessité de régler les différends en privé. Dans un discours donné en 1852, Brigham Young a dit : « Je n'éprouve pas de sympathie pour les hommes qui sont coupables de... querelles et qui vont devant les tribunaux des Gentils ou de l'évêque pour régler leurs différends. Il y a un meilleur moyen de les régler... Quand il y a un différend, que les parties impliquées se rencontrent dans un esprit d'humilité et disent, 'Frère (ou soeur) je veux ce qui est juste ; oui, je préférerais oublier mes intérêts au profit des vôtres !'... Après cela, si vous ne pouvez trouver un arrangement, appelez une tierce personne et réglez le problème. » (Journal of Discourses vol. 6, p. 319)

Le président Young donna encore ce conseil en 1871 : « N'allez pas du tout en justice ; cela ne vous apportera rien de bon et vous fera gaspiller votre argent... Si vous avez des difficultés que vous ne pouvez régler par vous-mêmes, ayez recours à un médiateur. » (Journal of Discourses, vol. 14, p. 82, 84)

À ce sujet, le conseil de Brigham Young est aussi pertinent et d'actualité que la plus récente déclaration sur l'administration judiciaire. Les experts de ce qui est maintenant appelé « l'alternative pour résoudre les différends » disent que le règlement à l'amiable, l'arbitrage devant des spécialistes et l'intervention d'un médiateur sont les moyens les plus appropriés dans le cas de querelles entre personnes supposées poursuivre leurs relations au-delà du conflit. Ceci comprend les relations commerciales comme entre les fournisseurs et les consommateurs de biens ou de services, les propriétaires et leurs locataires, les copropriétaires, et même les étudiants et l'établissement qu'ils fréquentent. Le même principe s'applique évidemment aux membres de la famille (même dans les cas de divorces où les enfants sont impliqués) et aux membres de l'Église. Dans tous ces cas, il est préférable de régler la querelle à l'amiable, par la médiation ou l'arbitrage, plutôt que par une procédure contradictoire.

Le président John Taylor a lui aussi conseillé aux membres de l'Église de régler les querelles à l'amiable et de ne pas les porter devant les tribunaux de l'Église. Dans un discours donné en 1877, il se plaignit que des « affaires insignifiantes » (mettant en jeu moins de cinquante à cent francs) étaient portées devant les grands conseils. Il dit : « Le grand conseil préférerait payer de sa poche le montant du litige plutôt que d'écouter des absurdités. » (Journal of Discourses, vol. 19, p. 53-54)

Le président Joseph F. Smith a rappelé ce conseil en 1916 : « Réconciliez-vous. N'ayez pas recours aux tribunaux de l'Église ni aux tribunaux civils en cas de querelle. Réglez vous-mêmes vos ennuis et vos difficultés ;... le seul moyen de régler un conflit entre deux personnes est qu'elles se rencontrent et en débattent. Les tribunaux ne peuvent pas régler les différends entre mon frère et moi. » (Conference Report, octobre 1916, p. 7-8)

Le conseil de régler les différends à l'amiable, sans avoir recours à la justice, est toujours en vigueur de nos jours. Lors d'une conférence générale récente, le président Hinckley a dit :

« Nous vivons dans un monde où abondent les litiges, les conflits, les poursuites et les contre-poursuites. Même là, les pouvoirs de guérison peuvent être invoqués. Quand j'étais jeune homme, j'ai travaillé avec Stephen L. Richards, qui faisait alors partie du Collège des douze. Quand il devint membre de la Première Présidence, il me demanda de l'aider dans un cas très délicat, dont les conséquences pouvaient être des plus graves. Après l'avoir écouté sur cette affaire, je lui ai dit : 'Frère Richards, ce n'est pas de moi dont vous avez besoin, c'est d'un avocat'. Il m'a dit : 'Mais je suis avocat. Je ne veux pas traiter cette affaire en justice. Je veux la régler à l'amiable'.

« Nous avons travaillé dans ce sens et de merveilleux résultats ont été obtenus. Une grosse somme d'argent a été épargnée. Personne ne s'est senti embarrassé. L'oeuvre a pu avancer sans fanfare ni scandale. Les blessures ont été guéries. Le pouvoir de guérison du Maître, les principes de l'Évangile de Jésus-Christ ont été invoqués dans une situation difficile et délicate pour régler ce qui aurait pu devenir une catastrophe.

« Il n'est pas toujours facile de vivre selon ces principes quand notre nature nous pousse à contre-attaquer...

« La plupart d'entre nous n'est pas encore arrivé à ce niveau de compassion, d'amour et de pardon. Ce n'est pas facile. Cela exige une autodiscipline presque surhumaine. Mais en faisant des efforts, nous découvrons qu'il y a une source de guérison, un grand pouvoir de guérison en Christ, et que si nous voulons être vraiment ses serviteurs, nous devons appliquer ce pouvoir de guérison non seulement aux autres, mais aussi et surtout à nous-mêmes. » (L’Étoile, janvier 1989, p. 51)

Pourquoi nous est-il demandé si instamment de régler nos différends plutôt que d'avoir recours à la justice ?

Il existe, bien sûr, des raisons pratiques à ce conseil. Abraham Lincoln a dit : « Évitez les procès. Persuadez vos voisins de trouver un compromis chaque fois que vous le pouvez. Montrez-leur comment le soi-disant vainqueur est souvent le vrai perdant - en honoraires, en frais, et en perte de temps. » (cité dans Burger, Isn't There a Better Way ?, p. 275)

Roger Fisher, professeur au Harvard Law School est d'accord sur ce point : « Tout comme la guerre, les procès devraient être évités. Pour le plaignant, tous les cas plaidés s'avèrent être une erreur. À moins qu'un plaignant ou les deux parties aient commis une faute, le cas aurait pu être réglé et les deux parties s'en seraient mieux sorties. Elles auraient pu régler leur différend bien mieux qu'un tribunal. Dans le pire des cas, elles auraient pu épargner et partager entre elles les honoraires impressionnants revenant aux avocats. » (American Bar Association Journal, vol. 69, septembre 1983, p. 1221)

Il y a des raisons encore plus importantes, des raisons d'ordre spirituel pour chercher à régler à l'amiable les différends. Comme frère Packer l'observait dans un discours récent de conférence, les procès impliquent souvent un « long parcours plein d'amertume entre frères pour des biens ou de l'argent ». Il a donné cet avertissement : « Prenez garde de ne pas devenir vous-même le bouc émissaire [dans le sens de l'Ancien Testament] et de ne pas porter d'invisibles fardeaux spirituels dans le désert. Bien plus graves que la perte d'argent ou de biens matériels, les conséquences spirituelles invisibles s'accumulent comme les intérêts d'une dette dont, selon le plan éternel, il faudra inévitablement s'acquitter un jour ». Son message mettait l'accent sur la sagesse de ces plaignants qui ont trouvé une solution à des procès parce qu'ils voyaient « que l'avantage matériel qu'ils pouvaient obtenir ne valait pas la dépense spirituelle. » (L’Étoile, janvier 1988, p. 13)

Un ami m'écrivit pour décrire la sanction spirituelle qu'il ressentit alors qu'il était impliqué dans un procès :

« En tant que patriarche dans notre pieu je donnais une ou deux bénédictions chaque semaine et comme tout patriarche, j'essayais de rester digne et prêt. Je me joignis à une action en justice contre un homme qui nous avait pris une somme d'argent importante, par la fraude et le mensonge.

« Au début, je me lançai dans cette action avec vigueur et avec une juste indignation. Au bout d'environ trois semaines, je remarquai que mes sentiments changeaient et qu'il m'était difficile de me sentir bien dans ce que j'étais en train de faire. Après six semaines, je dis à ma femme que je voulais renoncer aux poursuites mais que je ne savais pas comment m'y prendre pour ne pas créer de problèmes aux autres personnes impliquées. Je lui dis également qu'il me semblait que cela faisait longtemps que je n'avais pas donné une bénédiction patriarcale.

« Après dix semaines mes sentiments avaient tout à fait changé ; j'avais commencé le procès avec conviction et désireux de récupérer l'argent que j'avais perdu, et maintenant je portais un fardeau de souffrance et de malheur dont j'avais besoin de me décharger. Après une bonne discussion avec ma femme, je signalai à notre avocat que j'abandonnais toute accusation et que je renonçais à la poursuite. Suite à cette décision, un sentiment de bien-être nous envahit tous les deux et mes sentiments de souffrance et de malheur me quittèrent immédiatement.

« Le jour suivant, une jeune femme du pieu m'appela pour prendre un rendez-vous pour une bénédiction patriarcale, et, alors que je regardais mon agenda, je réalisai que la dernière bénédiction que j'avais donnée remontait au dimanche précédant la mise en marche de la poursuite judiciaire. Pendant que je restais assis devant mon agenda, je reçus dans mon coeur et dans mon esprit le témoignage personnel que l'esprit de procès et l'esprit de la bénédiction sont opposés. La bénédiction est l'esprit d'amour et du libre arbitre. La poursuite judiciaire est l'esprit de force et de contrainte. Je compris que personnellement, en tant que patriarche de pieu, je ne pouvais donner de bénédictions si ma vie était dominée par l'esprit de procès. » (Lettre à l'auteur, 12 octobre 1988)

Pour des raisons pratiques et spirituelles, un plaignant potentiel devrait rechercher la possibilité d'un règlement à l'amiable.

3. Eliminer la vengeance

Un des critères auquel un procès potentiel doit satisfaire, pour ceux qui désirent agir selon les voies du Seigneur, consiste à évaluer le mobile. Est-ce que le procès en question est une tentative de bonne foi, nécessaire pour régler un différend et obtenir justice, ou est-il une tentative de vengeance contre un adversaire ?

Pour un chrétien, la vengeance n'est jamais un bon mobile. Comme l'apôtre Paul l'a écrit aux romains : « Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère ; car il est écrit : À moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur » (Romains 12:19). Le Livre de Mormon donne le même enseignement : « L'homme ne frappera ni ne jugera ; car le jugement m'appartient, dit le Seigneur, la vengeance m'appartient aussi, et je donnerai la rétribution. » (Mormon 8:20)

Le prophète Moroni décrivit les Néphites qu'il guidait comme ayant « continuellement soif de sang et de vengeance ». Ils étaient « sans principe, et au-delà de tout sentiment ». Voyant cela, il dit : « Je crains que l'Esprit du Seigneur n'ait cessé de lutter avec eux. » (Moroni 8:5, 20, 4)

Le désir de se tourner vers les tribunaux civils pour punir un adversaire plutôt que pour que le plaignant obtienne restitution est un mobile courant, mais indigne d'un saint des derniers jours. Si le mobile est la vengeance, un saint des derniers jours n'intentera pas un procès ni ne forcera quelqu'un d'autre à faire de même.

4. Protéger les autres

Alors que la vengeance n'est pas un mobile acceptable, un autre mobile qui peut justifier ou même obliger d'intenter un procès est la protection des personnes qui ne sont pas directement impliquées dans une affaire. Un critère pour justifier un procès est de savoir si le plaignant agit principalement dans son propre intérêt ou d'abord dans l'intérêt d'autrui.

Si le plaignant a affaire à un récidiviste, sa responsabilité envers d'éventuelles personnes peut requérir une action préventive de la justice. Ce peut être le cas de personnes qui se livrent à des agressions sexuelles ou à l'escroquerie. Ce peut être aussi le cas d'autres personnes qui trompent leurs patients ou leurs clients qui ne se plaignent pas par crainte de la honte ou des dépenses liées à la divulgation. Si cela peut nuire gravement à d'autres, une victime ne doit pas prendre en compte que son intérêt personnel ou son obligation de pardonner. Quelqu'un qui est en mesure d'arrêter un éléphant solitaire avant qu'il ne blesse les autres villageois a le devoir de le faire. Quelqu'un qui est en mesure de mener une action judiciaire de nature préventive ou corrective pour protéger d'éventuelles victimes peut agir ainsi.

5. Considération de l'effet d'un procès sur ceux qui sont poursuivis

Le fait de décider d'intenter un procès devrait toujours être en accord avec le commandement du Sauveur qui dit : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux » (Matthieu 7:12). La règle d'or dissuade rarement les gens d'intenter un procès, néanmoins on devrait y penser.

Il y a environ dix ans, alors que je travaillais à la Cour Suprême d'Utah, je donnai un discours à l'université Brigham Young sur « le règlement chrétien des disputes ». Suite à ce discours, un étudiant consciencieux m'écrivit une lettre suggérant les choses qu'un saint des derniers jours devrait prendre en considération avant d'avoir recours à un procès. En plus du règlement à l'amiable et des autres principes déjà présentés ici, il suggéra ce test :

« Cherchons-nous un dédommagement par nécessité ou seulement par convoitise ? Cherchons-nous notre bien-être ou celui de notre famille, à qui nous le devons certainement, ou bien le luxe grâce à l'erreur d'un autre ? (Mormon 9:28).

« Quelles seront les conséquences de notre procès envers ceux qui nous ont causé du tort ? Sommes-nous importants au point de recevoir des dommages et intérêts en ruinant financièrement et peut-être spirituellement dans un climat d'amertume une autre personne et sa famille ? Et que dire si la ruine de cette personne entraînait un destin similaire pour ses employés et leurs familles ? Sommes-nous plus importants qu'eux tous ? Le pardon repose sur le principe que nous tous, comme le Christ, sommes prêts à donner notre propre vie pour les autres. Ni les liens familiaux, ni le temps ne doivent limiter l'amour que Dieu requiert de nous pour les autres. Il est pour tous les hommes (Énos 1:12-18 ; 3 Néphi 5:13, 14 ; Mormon 9:35-36). » (Lettre à l'auteur, 31 août 1983)

Le jeune homme qui écrivit cette lettre avait vécu une expérience personnelle à ce sujet. Il avait déjà mis en pratique ce qu'il prêchait :

« Ce sont des choses auxquelles j'ai souvent pensé. À dix-sept ans, quand j'étais lycéen, je fus blessé lors d'un match de football américain par un garçon qui avait traversé la moitié du terrain en courant pour me jeter à cinq mètres en dehors du terrain, après que le match eut été terminé depuis trois secondes. Neuf ans plus tard, j'appris par un autre garçon qui était dans le même lycée que leur entraîneur avait suggéré que celui qui me blesserait suffisamment pour me sortir du terrain obtiendrait tout l'argent. Dans cette équipe c'était une pratique courante...

« Il m'est venu à l'esprit que je pouvais poursuivre en justice cet entraîneur et peut-être aussi le service administratif qui l'employait. Simplement, je ne crois pas que mes ambitions sportives d'adolescent étaient aussi importantes que les personnes que je pouvais détruire par vengeance. Si le lycée était obligé de payer pour sa négligence, alors chaque contribuable aurait dû payer aussi. Je ne suis pas aussi important que cela.

« Certainement, aucun d'entre nous n'est suffisamment important pour justifier la destruction d'autres personnes. Il est requis de nous que nous pardonnions (voir D&A 64:8-10). » (Lettre à l'auteur, 31 août 1983)

Mettre les intérêts des autres avant nos propres intérêts est un test rigoureux. Cela est inhérent à l'application de la loi de consécration, que le Seigneur décrit comme « chacun cherchant l'intérêt de son prochain et faisant tout en n'ayant en vue que la gloire de Dieu » (D&A 82:19). C'est l'exemple même de notre Seigneur et Sauveur, Jésus-Christ, qui s'offrit en sacrifice pour nous tous.

Mettre les intérêts des autres avant les siens est conforme aux voies prescrites par le Seigneur et non à celles du monde. Ce principe est requis par la notion du bien plutôt que par les règles de la loi.

En commençant son remarquable discours de remise des diplômes à l'université d'Harvard en 1978, le romancier Alexandre Soljenitsyne mit au défi les occidentaux de fonder leur conduite sur des principes plus élevés que « la lettre de la loi ». Il décrivit la « société occidentale » telle qu'il la voyait : « Si la loi donne raison à quelqu'un, il n'y a rien à ajouter. Personne n'oserait émettre la possibilité qu'il n'ait pas entièrement raison ni ne demanderait une certaine retenue, ou renoncerait à ses droits, ou encouragerait le sacrifice et le risque désintéressé : cela semblerait tout simplement absurde. On ne voit pratiquement jamais personne ne pas exiger la peine maximale pour son adversaire. Tout le monde opère à l'extrême limite des frontières fixées par la justice. » (Alexandre Soljenitsyne, Commencement Adress, Harvard University Gazette, 8 juin 1978)

Soljenitsyne conclut par la description frappante de ce que je crois être un principe éternel :

« J'ai passé toute ma vie sous un régime communiste et je peux vous dire qu'une société qui ne possède pas d'échelle objective de valeurs dans le domaine juridique est terrible. Par contre, une société sans autre échelle que celle de la loi n'est pas non plus digne de l'homme. Une société qui est basée sur la lettre de la loi et qui ne vise pas plus haut, ne tire pratiquement pas avantage des extraordinaires possibilités de l'homme. La lettre de la loi est trop froide et trop impersonnelle pour avoir une influence bienfaisante sur la société. Quand les relations humaines ne reposent que sur des principes légaux, il se crée une atmosphère de médiocrité morale, paralysant les aspirations plus nobles de l'homme.

« Il sera impossible de traverser les épreuves de ce siècle menaçant avec pour seul soutien une structure basée sur la loi. » (op. cit.)

6. Penser à ses responsabilités avant de penser à ses droits

Au lieu de ne penser qu'à nous-mêmes, si nous réfléchissions aux conséquences de nos actes envers les autres, nous envisagerions nos décisions en terme de responsabilités plutôt que de droits. Le 21 février 1990, Vaclav Havel, président de la République Tchécoslovaque a introduit cette vérité dans son discours à la session commune du Congrès des États-Unis. Il parla des changements philosophiques qui devront avoir lieu dans le monde occidental si nous voulons atteindre nos objectifs de paix et de prospérité. Il rappela que la triste expérience vécue par les Tchèques ces cinquante dernières années contenait une leçon qu'ils avaient à offrir à l'ouest :

« Le salut de ce monde n'est pas ailleurs que dans le cœur de l'homme, dans sa capacité à réfléchir, dans sa douceur et son sens de la responsabilité.

« Sans une révolution complète dans le domaine de la conscience humaine, rien ne changera en bien sur notre globe, et la catastrophe inévitable vers laquelle ce monde se dirige sera écologique, sociale, démographique ou un effondrement général de la civilisation...

« Que les intérêts soient personnels, égoïstes, étatiques, nationaux, regroupés, et même les intérêts des entreprises, ils l'emportent toujours de loin sur les intérêts de la planète et les intérêts véritablement communs. Nous sommes toujours sous l'emprise de la croyance destructrice et vaine que l'homme est le summum de la création, pas seulement une partie, et qu'à partir de là tout est permis...

« En d'autres termes, nous ne savons toujours pas comment faire passer la moralité avant la politique, la science et l'économie. Nous sommes toujours incapables de comprendre que la seule origine véritable de toute action, si elle est morale, est le sens des responsabilités, que ce soit envers quelque chose de plus élevé que ma famille, mon pays, mon entreprise, mon succès personnel. La responsabilité envers « l'Être suprême » auprès duquel toutes nos actions sont enregistrées de manière indélébile et par qui uniquement elles seront jugées correctement ».

Le plaidoyer éloquent du président Havel pour la responsabilité n'est que rarement évoqué par la classe politique américaine. En tant que peuple, nous nous préoccupons des droits, droits constitutionnels, droits civils, droits légaux. Mais le financement et l'application des droits dépendent entièrement de l'acceptation et de la prise de responsabilité individuelle et collective. Comme le président Havel le démontre, c'est seulement en recherchant quelque chose de plus élevé que l'intérêt personnel ou les exigences de la loi que nous pouvons être persuadés d'appliquer ces responsabilités.

Les responsabilités sont plus proches des cieux que ne le sont les droits parce qu'elles représentent ce que nous donnons, alors que les droits représentent ce que nous voulons obtenir (voir Dallin H. Oaks, Rights and Responsabilities, Mercer Law Review, 36, 1985, p. 427-442). Les voies du Seigneur mettent l'accent sur les responsabilités ; celles du monde sur les droits. L'un n'exclut pas l'autre, mais notre choix détermine le résultat dans de nombreux cas.

En résumé, un bon saint des derniers jours peut participer à un procès, mais il ne le fera qu'après avoir considéré ses responsabilités personnelles (et pas seulement ses droits) : en pratiquant le pardon, en recherchant le règlement à l'amiable, en évitant la vengeance, et en tenant compte de l'effet du procès en question sur les autres.


CHAPITRE 7 : LA CRITIQUE

Les voies du Seigneur diffèrent de celles du monde en ce qui concerne un autre sujet, celui de la critique. Certains saints des derniers jours ne comprennent pas cette différence qui implique une interaction complexe entre, d'un côté, le libre arbitre et la liberté, et de l'autre, la charité et l'indulgence. La différence entre les voies du Seigneur et celles du monde est très nette, et l'incompréhension du conseil adressé aux membres de l'Église de s'abstenir de critiquer ses dirigeants est des plus évidentes.

Le mot critique a plusieurs significations. L'une d'entre elles est « l'examen d'un principe, d'un fait, en vue de porter sur lui un jugement d'appréciation » (Le Petit Robert, 1985). Cette sorte de critique est inhérente à l'exercice du libre arbitre et de la liberté. Dans le domaine politique, l'évaluation critique accompagne inévitablement tout exercice pertinent de la liberté d'expression et de la liberté de la presse. En dehors de la politique, nous pouvons nous attendre à une évaluation critique de tout ce qui est mis sur la place publique. Les critiques littéraires et musicaux, les journalistes sportifs, les spécialistes, les analystes boursiers, et ceux qui testent les produits et les services doivent être libres d'exercer leurs facultés critiques et d'en informer le public. Cette sorte de critique touche généralement des sujets brûlants, et elle est habituellement constructive. La critique joue un rôle approprié dans la relation des saints avec les programmes et les dirigeants de l'Église, bien que, comme précisé plus loin, quand elle est appliquée aux serviteurs du Seigneur et à l'oeuvre du Seigneur elle devrait être émise à la manière du Seigneur.

Une autre signification du mot critique, tel que traité dans ce chapitre, est la « tendance de l'esprit à émettre des jugements sévères, défavorables... Ce qui fait ressortir... les défauts de quelque chose » (op. cit.) Cette sorte de critique est dirigée la plupart du temps contre des individus et elle est habituellement destructrice. Cette critique envahit notre société. Le président Gordon B. Hinckley a dit : « Nous vivons dans une société qui se nourrit de critiques. Les journalistes et les commentateurs vivent de la critique et l'on en trouve trop parmi nos membres. Il est facile de trouver des défauts ; il faut savoir se discipliner pour y résister. » (L'Étoile, octobre 1982, p. 96)

La critique et la médisance

La critique partisane et la médisance ne sont évidemment pas dignes d'un chrétien. L'apôtre Paul a dit : « Que toute amertume, toute animosité, toute colère, toute clameur, toute calomnie, et toute espèce de méchanceté, disparaissent du milieu de vous » (Éphésiens 4:31). Il conseilla aux saints de mettre de côté « toute malice, toute ruse, la dissimulation, l'envie, et toute médisance. » (1 Pierre 2:1)

Ces commandements sont réitérés dans la révélation moderne : « ...voir qu'il n'y ait pas d'iniquité dans l'Église, ni de dureté réciproque, ni de mensonge, ni de calomnie » (D&A 20:54). « Cessez de vous critiquer les uns les autres » (D&A 88:124). « Cessez de dire du mal les uns des autres. » (D&A 136:23)

Dans le Tabernacle de Salt Lake City en 1879, George Q. Cannon se référa à ces principes scripturaires en donnant cette instruction spécifique : « Jaser, médire, calomnier et dire du mal l'un de l'autre, de telles choses sont-elles correctes pour les saints ? Elles devraient être bannies de notre société et de nos foyers. Nos enfants devraient être mieux enseignés. Quand ils disent du mal de quelqu'un, ils devraient être interrompus et on devrait leur enseigner que s'ils ne peuvent pas dire quelque chose de bien sur leurs semblables, il vaut mieux ne rien dire du tout » (Journal of Discourses, vol. 20, p. 290). George Albert Smith fit la distinction entre les deux types de critiques présentés au début de ce chapitre : « Il y a deux sortes de critiques. Si nous critiquons de manière constructive sous l'influence de l'Esprit du Seigneur, nous pouvons influencer les choses de façon positive et appropriée. Mais si nous avons la tendance à chercher les défauts, si nous montrons du doigt la faiblesse et les échecs des autres d'une manière destructrice, cela n'est pas le résultat de la compagnie de l'Esprit de notre Père céleste et est néfaste. » (Conference Report, octobre 1934, p. 50)

Plus récemment le président Hinckley a fait la même distinction et a donné le même conseil :

« Je ne demande pas que toutes les critiques soient réduites au silence. La progression vient en corrigeant. La force vient du repentir. L'homme qui reconnaît ses erreurs lorsqu'elles sont montrées par d'autres et qui change agit avec sagesse.

« Ce que je suggère est que chacun de nous se détourne du négativisme qui imprègne tant notre société et recherche le bien chez ceux que nous côtoyons, que nous parlions des vertus des autres plus que nous ne parlons de leurs fautes. » (Ensign, avril 1986, p. 4, 6)

Marvin J. Ashton a appliqué ce principe aux groupes aussi bien qu'aux individus quand il a dit : « Aucune religion, aucun groupe ou individu ne peut prospérer longtemps sur le fondement de la critique. » (Marvin J. Ashton, Be of Good Cheer, Salt Lake City, Deseret Book, 1987, p. 9)

Ces commandements et ce conseil sont donnés pour une bonne raison. La raison principale est de préserver le bien-être spirituel de celui qui voudrait critiquer plutôt que de protéger la ou les personnes qui seraient l'objet de la critique. L'apôtre Paul a conseillé aux saints : « N'attristez pas le Saint-Esprit de Dieu » (Éphésiens 4:30) en disant du mal. Au sujet de ceux qui critiquent, Brigham Young a dit : « L'Esprit de Dieu n'a pas de place dans [de telles] personnes » (Journal of Discourses, vol. 8, p. 13). Nous perdrons l'Esprit du Seigneur si notre attitude et nos actions reposent sur la critique.

Quand la critique est justifiée

Le conseil d'éviter de chercher les défauts chez les autres et d'éviter la critique d'autrui s'applique-t-il seulement aux fausses allégations ? Certainement pas.

Puisque certaines critiques sont fondées sur des réalités, le conseil de s'abstenir de critiquer et de médire revient, selon certains, à altérer la vérité. Mais ce n'est pas le cas. S'empêcher de critiquer (même si la critique est justifiée) laisse la vérité intacte. Un tel conseil implique simplement qu'il y a des circonstances où nous ne devrions pas diffuser, encore moins claironner, ce que nous considérons être la vérité concernant d'autres personnes. Comme l'Ecclésiaste l'enseigna : « Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux ». En particulier, il y a « un temps pour se taire, et un temps pour parler » (Ecclésiaste 3:1, 7).

Le conseil de s'abstenir de certaines critiques est fondé sur le même principe que l'apôtre Paul appliqua aux saints de Corinthe en leur conseillant de s'abstenir de manger des viandes offertes en sacrifice aux idoles. En fait, il enseigna qu'une idole n'est rien. Mais puisque certains sont faibles dans la foi et pourraient se méprendre, ceux qui ont la connaissance devraient faire attention que leur liberté [connaissance] « ne devienne une pierre d'achoppement pour les faibles » (1 Corinthiens 8:9). Krister Stendahl, théologien protestant, conclut : « L'essentiel de la pensée de Paul est que l'intégrité n'a pas de valeur par elle-même. » (Krister Stendahl, Paul Among Jews and Gentiles and Other Essays, Philadelphia Fortress, 1976, p. 611)

La question la plus importante est de savoir comment nous utilisons la vérité. Quand il traita de ce sujet dans son épître aux Romains, Paul dit : « Mais si, pour un aliment, ton frère est attristé, tu ne marches plus selon l'amour ; ne cause pas, par ton aliment, la perte de celui pour lequel Christ est mort » (Romains 14:15). Les chrétiens qui se soucient des autres font attention à leur façon de manier la vérité. Une telle attention n'altère pas la vérité, elle l'ennoblit.

La vérité existe assurément en tant qu'absolu, mais notre utilisation de la vérité devrait être guidée par d'autres valeurs. Par exemple, il n'est pas bien d'exercer un chantage auprès de quelqu'un, même si les faits le concernant sont vrais. Il est interdit aux médecins, aux avocats et à d'autres professionnels de révéler des informations confidentielles, même si elles sont vraies. Il n'est pas bien non plus de faire un exposé des faits dans le but de nuire, même si ces faits sont réels.

Celui qui se concentre sur les fautes commises par un autre, quand bien même elles seraient réelles, le détruit. Les vertus de la patience, de la bonté fraternelle, du respect mutuel, de la loyauté, des bonnes manières reposent toutes, à un degré ou à un autre, sur le principe que même si quelque chose est vrai, nous ne sommes pas forcément justifiés de le communiquer à n'importe qui et à n'importe quel moment.

De même que l'Évangile de Jésus-Christ prévoit que les exigences de la justice doivent être supplantées par l'application de la miséricorde (Alma 42), l'utilisation de la vérité doit être motivée par l'amour du prochain. Comme Paul l'enseigna aux Éphésiens, nous croîtrons dans le Christ en « professant la vérité dans l'amour » (Éphésiens 4:15, version du roi Jacques).

Dans un message intitulé « La vérité – et plus », Russell M. Nelson mit en lumière la différence entre le chirurgien résolu qui annonce froidement la vérité à propos d'une maladie en phase terminale et le chirurgien compatissant qui présente les choses avec l'amour et les encouragements qui aident le patient et sa famille à supporter la vérité. La vérité est puissante et absolue en elle-même, mais sa divulgation devrait normalement être guidée par certains principes. « Si ce n'est pas le cas », observe frère Nelson, « l'épée de la vérité, tranchante et acérée comme le scalpel du chirurgien, peut ne pas être gouvernée par la droiture et la miséricorde, et être mal utilisée, sans égard, afin d'embarrasser, de rabaisser ou de tromper les autres... En fait, dans certains cas, le compagnon miséricordieux de la vérité est le silence. Il vaut mieux laisser quelques vérités non dites. » (Ensign, janvier 1986, p. 70-71)

Un membre de l'Église m'écrivit pour décrire ce qu'il appelait « l'angoisse de celui qui commet l'erreur d'émettre une critique honnête ». Il dit : « Plus gravement, cela blesse à la fois le locuteur et l'accusé ». Cet homme, qui avait dit du mal de son président de pieu, exprima son regret « d'avoir été l'instrument d'une telle douleur ». Il conclut : « Parfois, le silence est de loin une bien meilleure vertu que ne l'est la pure vérité. » (Lettre à l'auteur, 19 février 1987)

Il est également nécessaire de fixer des limites à la vérité en vue de respecter le principe de l'unité. Celui qui se concentre sur les fautes des autres suscite des dissensions et des divisions parmi les saints qui forment le corps du Christ. La dispute déplaît au Seigneur et éloigne son Esprit.

S'abstenir de dire toute la vérité ne doit pas servir de prétexte pour justifier le mensonge. Les principes de l'amour, de l'unité, de la droiture et de la miséricorde ne tolèrent pas la tromperie. Le Seigneur a commandé : « Tu ne porteras pas de faux témoignage » (Exode 20:16), et il n'a pas abrogé ce commandement. Quand la vérité doit tenir compte des contraintes imposées par d'autres vertus, le résultat n'est pas la tromperie mais le silence temporaire. Comme les Écritures le disent, il y a « un temps pour se taire, et un temps pour parler » (Ecclésiaste 3:7).

De même, le conseil d'éviter la critique destructrice d'autrui ne signifie pas que les saints des derniers jours doivent être résignés ou indifférents aux politiques imparfaites, aux pratiques inappropriées, et à la conduite arbitraire des organisations privées ou gouvernementales dans lesquelles ils ont un intérêt. Comme il ressort des enseignements des présidents Smith et Hinckley cités plus haut, notre philosophie religieuse ne fait pas obstacle à la critique constructive dans de telles situations. Le message de l'Évangile lui-même est une critique constructive de tout ce qui est misérable ou sordide dans notre société. Mais les chrétiens, à qui il est commandé d'être charitables, devraient professer la vérité dans l'amour (voir Éphésiens 4:15) et s'abstenir d'attaques personnelles et de dénonciations vigoureuses. Nos communications publiques, même celles qui dénoncent les faiblesses, devraient être raisonnées dans leur contenu et positives dans leur esprit.

La critique des dirigeants de l'Église

Le commandement d'éviter de critiquer toute chose et de médire s'applique-t-il à la critique des dirigeants de l'Église ? La réponse est oui. Joseph Smith, le prophète, a averti : « Il y a un principe éternel qui a existé avec Dieu, depuis toute éternité, que l'homme qui s'élève pour condamner les autres, trouvant des fautes dans l'Église, disant qu'ils sont sur le mauvais chemin alors que lui-même est juste, sachez alors assurément que cet homme est sur la grand-route de l'apostasie et que, s'il ne se repent pas, il apostasiera, comme Dieu vit. » (The Words of Joseph Smith, comp. et éd. Andrew W. Ehat et Lyndon W. Cooks, Provo, Brigham Young University Religions Studies Center, 1990, p. 413)

Jude a mis en garde ceux qui « méprisent l'autorité et injurient les gloires » et qui « parlent d'une manière injurieuse de ce qu'ils ignorent ». Il faisait référence à « toutes les paroles injurieuses qu'ont proférées contre [le Seigneur] des pécheurs impies », et les a appelés « des gens qui murmurent, qui se plaignent de leur sort, qui marchent selon leurs convoitises » (Jude 1:8, 10, 15-16). Le président David O. McKay a dit ceci à propos de ce qu'il appelait « les gens qui murmurent” et les « gens qui critiquent » :

« 'Ne parlez pas contre les autorités. Qu'est-ce que cela signifie ? Ne soyez pas une personne qui murmure ; voilà ce que cela signifie. C'est une des choses les plus venimeuses qui puisse être introduite dans le foyer d'un saint des derniers jours : les murmures contre les présidents de pieu, les membres du grand conseil, les superintendants de l'Ecole du Dimanche, [etc.]... Il vaut mieux cesser de murmurer et édifier. Souvenez-vous qu'un des pires moyens de mettre à bas un individu est la calomnie. Elle est l'une des armes les plus venimeuses que le malin utilise. La médisance nous met au rang des malfaiteurs plutôt que des bienfaiteurs. » (Improvement Era, 1953, p. 143)

Dans nos relations avec tous les dirigeants de l'Église – locaux ou généraux, hommes ou femmes – nous devrions suivre le conseil de l'apôtre Paul : « Ne réprimande pas rudement le vieillard, mais exhorte-le comme un père. » (1 Timothée 5:1)

Ces commandements et ce conseil contre la critique des dirigeants de l'Église ne sont pas enseignés pour donner une immunité ou protéger les dirigeants. Les dirigeants que je connais sont des gens solides. Les dirigeants locaux mènent leurs affaires dans un monde plein de critiques et les officiers généraux ont mené leurs affaires avec succès dans ce monde avant qu'ils ne soient appelés à leur ministère. Ils n'ont pas besoin de protection ; ils ne cherchent pas à avoir l'immunité contre la critique - constructive ou destructrice. Ils cherchent seulement à accomplir ce qu'ils ont compris comme étant les responsabilités de leur ministère, à l'égard du Seigneur et de son peuple.

Trois expériences citées dans l'Ancien Testament expliquent pourquoi les enfants de Dieu devraient s'abstenir de critiquer ceux que le Seigneur a appelés.

Il fût un temps où le peuple d'Israël tout entier devint insatisfait et « murmura dans le désert contre Moïse et Aaron... Que sommes-nous pour que vous murmuriez contre nous ? » leur demanda Moïse. « Le Seigneur a entendu les murmures que vous avez proférés contre lui ; car que sommes-nous ? Ce n'est pas contre nous que sont vos murmures, c'est contre l'Éternel. » (Exode 16:2, 7-8)

De même, quand les enfants d'Israël ignorèrent les avertissements inspirés du prophète Samuel et lui demandèrent d'oindre un roi pour les gouverner, le Seigneur conseilla au prophète de faire comme ils le demandaient, et expliqua : « Ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi qu'ils rejettent » (1 Samuel 8:7). Le méchant roi Saül poursuivait sans raison le jeune guerrier David et cherchait à le tuer. Pendant que le roi Saül dormait au milieu de ses troupes, David et un de ses soldats rampèrent silencieusement jusqu'à lui. Déclarant que Dieu l'avait livré entre leurs mains, le compagnon de David était sur le point de tuer Saül avec sa lance. « Ne le détruis pas ! » ordonna David. « Car qui pourrait impunément porter la main sur l'oint de l'Éternel ? » (1 Samuel 26:9). Dans ces trois exemples, la Bible enseigne que murmurer, rejeter ou agir contre les serviteurs du Seigneur équivaut à faire la même chose contre le Seigneur lui-même. Comment pourrait-il en être autrement ? Le Seigneur agit par l'intermédiaire de ses serviteurs. C'est le plan qu'il a établi pour préserver notre libre arbitre dans la condition mortelle. Ses serviteurs ne sont pas parfaits, ce qui est une autre conséquence de la condition mortelle. Mais si nous agissons à leur encontre, nous travaillons contre le Seigneur et son oeuvre et nous serons bientôt privés de la compagnie de son Esprit.

On trouve d'autres enseignements semblables dans les Écritures anciennes et modernes. Le prophète Ésaïe a dénoncé ceux qui « considèrent un homme comme un offenseur pour un mot, ceux qui tendent un piège à celui qui réprimande à la porte » (Ésaïe 29:21 ; voir aussi 2 Néphi 27:32 ; ceux qui « réprimandent à la porte » étaient, du temps d'Ésaïe, les dirigeants religieux).

La révélation moderne des Doctrine et Alliances soulève le même point :

« Maudits sont ceux qui lèveront le talon contre mes oints, dit le Seigneur, et crient qu'ils ont péché, alors qu'ils n'ont pas péché devant moi, dit le Seigneur, mais ont fait ce qui était convenable à mes yeux et que je leur avais commandé.

« Mais ceux qui crient : Transgression ! le font parce qu'ils sont serviteurs du péché et sont eux-mêmes les enfants de la désobéissance. Et ceux qui jugent faussement contre mes serviteurs, afin de les amener dans la servitude et la mort : Malheur à eux ! Parce qu'ils ont offensé mes petits enfants, ils seront retranchés des ordonnances de ma maison.

« Leur panier ne sera pas rempli, leurs maisons et leurs granges périront, et ils seront eux-mêmes méprisés par ceux qui les ont flattés. Et ils n'auront aucun droit à la prêtrise, ni leur postérité après eux, de génération en génération. Il aurait mieux valu pour eux qu'une meule de moulin eût été pendue à leur cou et qu'ils eussent été noyés dans les profondeurs de la mer. » (D&A 121:16-22)

Ces enseignements font une différence essentielle entre la critique dirigée contre les dirigeants choisis à la manière du monde et la critique dirigée contre les dirigeants choisis à la manière du Seigneur. C'est une chose de dénigrer quelqu'un qui détient un poste à responsabilité dans une entreprise et même au gouvernement. C'en est une autre de critiquer ou de dénigrer quelqu'un dans l'exercice d'un office auquel il ou elle a été appelé(e) par Dieu.

Les fonctionnaires du gouvernement ou les dirigeants d'une entreprise, qui sont directement ou indirectement élus ou nommés par le vote à la majorité, doivent s'attendre à ce que leur action soit sujette à des évaluations critiques et publiques par leurs électeurs. Cela fait partie de l'information que reçoivent ceux qui ont le droit et le pouvoir de sélection ou de renvoi. Il en va de même pour ceux qui sont élus démocratiquement dans les organisations professionnelles, dans la collectivité ou dans les organisations privées. Je suppose qu'il en est de même pour les dirigeants religieux qui sont élus par le suffrage direct ou indirect. En accord avec les principes de l'Évangile, ces évaluations, bien que critiques et publiques, devraient être constructives.

Un principe différent s'applique dans l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours où le choix des dirigeants repose sur la révélation soumise au vote de soutien des membres. Dans notre système d'administration de l'Église, la critique des dirigeants et la médisance à leur égard sont toujours négatives. Comme George F. Richards, du collège des douze apôtres, l'a dit dans un discours de la conférence générale d'avril 1947 : « Quand nous disons quelque chose de mal à propos des dirigeants de l'Église, que ce soit vrai ou faux, nous avons tendance à affaiblir leur influence et leur utilité et nous travaillons ainsi contre le Seigneur et contre son oeuvre » (Conference Report, avril 1947, p. 24). C'est pourquoi le Saint-Esprit ne guidera ni ne confirmera la critique contre les oints du Seigneur ou les dirigeants de l'Église, locaux ou généraux. C'est pourquoi il nous est commandé et conseillé de nous abstenir de critiquer les dirigeants de l'Église. Ceci est pour notre bien-être spirituel. Contrairement à ce que certains ont dit, les enseignements contre la critique des dirigeants de l'Église ne sont pas une assertion de leur infaillibilité, une revendication du droit à commettre des méfaits en toute impunité, un pari d'obéissance aveugle des membres. Comme nous allons le voir, nous pouvons faire part de nos différends avec les dirigeants de l'Église. Mais cela doit se faire à la manière du Seigneur.

Certaines personnes, même parmi les saints des derniers jours, ne peuvent accepter ce conseil. Considérant ce fait, un érudit saint des derniers jours m'a écrit pour en suggérer la raison : « Certaines personnes voient le monde à travers des idéologies qui, malgré leur valeur, s'avèrent en désaccord avec les enseignements de l'Évangile rétabli. » (Lettre à l'auteur, 6 février 1987)

Le commandement du Seigneur de s'abstenir de critiquer, de chercher des failles et de médire ne sera jamais bien accepté dans une société où la controverse est une forme populaire d'amusement, où l'opposition est institutionnalisée, et où la critique de l'autre est courante. Quelques saints des derniers jours ne comprennent pas et n'acceptent pas que ce qu'on appelle « l'opposition loyale » qui est très utile dans une démocratie, est une contradiction de termes lorsqu'on l'applique à une théocratie. Certains ne comprennent pas non plus que l'habitude de rechercher les failles est spirituellement destructrice pour ceux qui s'y livrent, et que les membres qui s'engagent dans la critique personnelle des dirigeants de l'Église s'isolent eux-mêmes de l'Esprit du Seigneur. Il est possible d'avoir des avis différents de ceux des dirigeants de l'Église, mais ils doivent s'exprimer selon les voies du Seigneur, et non selon celles du monde.

Que faire si nous avons une divergence d'opinion avec les dirigeants de l'Église ?

Que faisons-nous si nous sentons que notre présidente de la Société de secours ou que notre évêque ou qu'une autorité générale transgresse les lois ou poursuit une politique que nous désapprouvons ? Ceux qui nous critiquent ont-ils raison lorsqu'ils accusent les saints des derniers jours d'être des victimes sans recours face aux caprices d'un dirigeant insouciant ou même malfaisant ?

Il y a des recours, mais ce ne sont pas les mêmes ni les mêmes procédures que ceux utilisés à l'égard des dirigeants d'autres organisations.

Notre Père céleste ne nous oblige pas à penser tous de la même manière sur tous les sujets ou toutes les procédures. Alors que nous cherchons à réussir dans nos objectifs personnels, nous aurons inévitablement des différends avec ceux qui nous entourent, y compris certains de ceux que nous soutenons comme nos dirigeants. La question n'est pas de savoir si nous aurons des différends, mais comment nous y ferons face. Ce que le Seigneur a dit à propos d'une autre question est également vrai en ce qui concerne nos différends avec les dirigeants de l'Église : « Il faut que cela se fasse à ma façon » (D&A 104:16). Nous devrions nous conduire de telle façon que nos pensées et nos actions ne nous privent pas de la compagnie et des directives de l'Esprit du Seigneur.

Le premier principe pour résoudre nos différends dans l'esprit de l'Évangile est de les garder pour soi et de ne pas permettre qu'ils soient une cause de dispute. Dans ce domaine, nous pouvons nous référer à de bons exemples. Chaque étudiant de l'histoire de l'Église sait qu'il y a eu des différences d'opinion parmi les dirigeants depuis que l'Église a été rétablie. Chacun de nous a été témoin de tels différends dans ses responsabilités dans les organisations auxiliaires, dans les collèges, les paroisses, les pieux et les missions de l'Église. Nous savons que de tels différends sont débattus, mais qu'ils ne le sont pas en public ni dans un esprit de dispute. Les conseillers acceptent les décisions du président. Les instructeurs suivent le conseil de leur présidence. Les membres sont loyaux envers le conseil de leur évêque. Tout se passe avec calme et loyauté, même de la part des membres qui auraient adopté une autre politique ou une procédure différente s'ils avaient été eux-mêmes dirigeants.

Pourquoi ne parle-t-on pas de ces différends en public ? Le débat public, qui est le moyen de résoudre les différends dans un gouvernement démocratique, n'est pas approprié dans le gouvernement de l'Église. Nous sommes tous soumis à l'autorité des serviteurs du Seigneur qui ont été appelés et soutenus. Ils sont et nous sommes gouvernés par les conseils de l'Esprit du Seigneur et cet Esprit n'agit que dans une atmosphère d'unité. C'est pourquoi les différends personnels sur la doctrine de l'Église, sa politique ou ses procédures doivent être traités en privé et sans querelle. Il n'y a rien de mal à débattre de nos différends en privé, pourvu que cela se fasse dans un esprit d'amour.

Il y a au moins cinq procédures différentes qu'un membre peut suivre pour faire part de ses différends avec un officier général ou local de l'Église, homme ou femme.

1. La première, et celle qui prend le moins d'énergie, est d'ignorer le différend. Brigham Young raconte comment il a fait ceci lorsque dans un cas précis il a éprouvé un « manque de confiance » en la gestion financière du prophète Joseph. Après avoir entretenu de telles pensées pendant une courte période, il vit qu'elles pouvaient le mener à perdre confiance au prophète et finalement à douter. Il conclut : « Bien que j'admette au plus profond de moi-même et que je sus tout le temps que Joseph était un être humain qui pouvait commettre des erreurs, ce n'était pas mes affaires de rechercher ses fautes... Il était appelé par Dieu ; Dieu le dirigeait, et si le coeur lui en disait de le laisser à lui-même et de lui permettre de commettre une erreur, ceci ne me regardait pas... Il était le serviteur de Dieu, et pas le mien. » (Journal of Discourse, vol. 4, p. 297)

Lorenzo Snow observa aussi quelques « imperfections » chez Joseph Smith, mais il décida de les ignorer et même d'en tirer de la force : « J'ai remercié Dieu d'avoir confié à un homme qui possédait des imperfections le pouvoir et l'autorité qu'Il lui avait confiés... car je savais que moi-même j'avais des faiblesses, et je pensais qu'il existait une chance pour moi. » (cité par Neal A. Maxwell dans L'Étoile, avril 1985, p. 8)

2. Une deuxième solution est de réserver son jugement pour plus tard et d'attendre. Dans de nombreux cas, ce que nous tentons de critiquer peut être fondé sur des confidences qui empêchent le dirigeant d'expliquer sa position publiquement. Dans de tels cas il y a de la sagesse à choisir de patienter et de faire confiance.

3. La troisième possibilité, qui devrait être bien connue de ceux qui étudient la Bible, est de faire part en privé de nos différends au dirigeant concerné. Le Sauveur enseigna : « Si ton frère a péché, va et reprends-le entre toi et lui seul. S'il t'écoute, tu as gagné ton frère. » (Matthieu 18:15)

Cela peut se faire dans un entretien privé, lorsque c'est possible, ou par lettre ou autre moyen. Combien de différends pourraient être résolus si seulement nous en discutions en privé avec les personnes concernées ! La communication directe facilite la progression et le changement. Faire part de ses différends en privé enlève la possibilité qui existe parfois dans la critique en public d'en déduire que celui qui critique recherche l'avancement personnel plutôt que le bénéfice général. Certains différends n'auraient plus lieu d'être une fois que ces échanges en privé auraient permis de se rendre compte qu'il s'agissait de malentendus. D'autres différends seraient temporairement mis de côté en acceptant de ne pas être d'accord.

4. Une quatrième possibilité est de s'adresser à l'officier de l'Église qui a autorité sur la personne soupçonnée être dans l'erreur ou dans la transgression. La Bible appelle cela : « le dire à l'Église » (voir Matthieu 18:17). L'Écriture moderne, dans la révélation que nous appelons « la loi de l'Église », décrit cette procédure : « S'ils ne se confessent pas, tu les livreras à l'Église, pas aux membres, mais aux anciens. Cela se fera dans une réunion, pas devant le monde » (D&A 42:89). Notez l'injonction que cette démarche doit être privée : « pas devant le monde ». Ceci non pas pour dissimuler les faits, mais pour augmenter les possibilités de se corriger et de s'améliorer.

Le président John Taylor, a décrit ces deux dernières possibilités lorsqu'il enseigna la manière dont nous devrions soutenir un dirigeant :

« En supposant qu'il soit... surpris en train de mentir, de tricher, de tromper quelqu'un, de voler, de commettre tout autre délit, ou même d'être empêtré dans le péché, le soutiendriez-vous toujours ? Il serait alors de mon devoir de lui parler comme avec n'importe qui d'autre, et de lui dire que je connais la vérité et que dans ces circonstances je ne pourrais plus le soutenir. Par contre, si je m'apercevais que j'avais été mal informé, je retirerais l'accusation ; autrement, il serait de mon devoir de m'assurer que la justice soit rendue, qu'il soit jugé par le tribunal approprié pour répondre de ses délits. En dehors de cela, je n'aurais aucune raison de parler de lui. » (Journal of Discourses, vol. 21, p. 208)

En ce qui concerne un membre qui transgresse, James E. Talmage fait le lien entre les principes énoncés plus haut et les devoirs distincts des membres et des juges de l'Église :

« Le Seigneur a déclaré qu'il ne doit pas y avoir d'iniquité dans son Église, et il a appelé des officiers dont le devoir spécifique et clairement établi est d'éliminer toute iniquité, pour que chaque cas soit réglé et que les personnes concernées puissent être sauvées. Il ne nous a pas dit que l'Église doive couvrir le péché. Ce n'est pas la volonté du Seigneur, ni son but, ni son plan. Il nous a dit que nous devrions éviter de commérer, de calomnier, de répandre des propos inexacts et de médire quelle que soit notre façon de considérer un membre en tant qu'autorité de l'Église, générale, ou locale, ou autre. Je n'ai pas le droit de condamner mon frère, à moins de le faire officiellement, dans le cadre de l'autorité de la Sainte Prêtrise ; je devrais alors le faire avec amour et avec le désir sincère de l'aider. » (Conference Report, octobre 1920, p. 61-62)

5. Il existe une cinquième possibilité : nous pouvons prier pour trouver une solution au problème. Nous devrions prier pour le dirigeant qui selon nous est dans l'erreur, en demandant au Seigneur de remédier à la situation si besoin est. En même temps, nous devrions prier pour nous-mêmes, en demandant au Seigneur de nous éclairer si nous sommes dans l'erreur.

Une personne qui appréhende, dans un esprit de prière, un différend avec un dirigeant de l'Église reste en accord avec l'Esprit du Seigneur. Cette personne s'adresse ainsi directement à Celui qui peut résoudre le problème. La solution peut venir sous forme d'inspiration donnée à ce dirigeant ou, pour la personne qui prie, une compréhension, une force et une patience accrues.

es cinq possibilités ci-dessus concernent les membres ayant une divergence d'opinion avec leurs dirigeants. Le meilleur moyen dépendra des circonstances et de l'inspiration qui guidera ceux qui prient sincèrement. En suivant ces recommandations, les membres peuvent travailler pour la correction d'un dirigeant ou un changement de politique. Les membres qui agissent ainsi avec de bonnes intentions n'affligeront pas l'Esprit du Seigneur. Ils ne se couperont pas de leurs dirigeants ou de leurs frères et soeurs dans l'Église.

En dépit des commandements et des conseils que je viens d'énoncer, certains membres continuent à critiquer publiquement les dirigeants de l'Église. Qu'en est-il ?

Tout au long de son histoire, l'Église et ses dirigeants ont été critiqués par certains membres. L'action disciplinaire de l'Église à l'encontre de tels membres a été rare ou inexistante. Ceux qui persistent dans leurs critiques se punissent eux-mêmes. En se retranchant délibérément de ceux que le Seigneur a appelés en qualité de dirigeants de son Église (locaux ou généraux), ils se privent des conseils de l'Esprit du Seigneur. Ils s'éloignent progressivement de la prière, des Écritures, de l'assistance aux réunions de l'Église et de l'obéissance aux commandements. Ils perdent inévitablement leur spiritualité et passent à côté de bénédictions. Comme le prophète Néphi l'a observé, ceux qui succombent à l'orgueil et aux « oeuvres de ténèbres » sont sur le chemin de la destruction spirituelle, « car l'Esprit du Seigneur ne luttera pas toujours avec l'homme » (2 Néphi 26:10-11).

Un autre aspect de l'avertissement divin contre la critique des dirigeants s'adresse aux dirigeants eux-mêmes. Il met l'accent sur leur responsabilité particulière dans l'exercice de leur autorité. À l’opposé des dirigeants du gouvernement ou d'entreprises, qui peuvent être despotiques et autoritaires dans l'exercice de leur pouvoir, les dirigeants de l'Église ont quant à eux, des limites strictes dans la manière dont ils peuvent exercer leur autorité. Le Seigneur a indiqué que les pouvoirs des cieux ne peuvent être exercés que « selon les principes de la justice », c'est-à-dire, « par la persuasion, la longanimité, la gentillesse, l'humilité, l'amour sincère » (D&A 121:36, 41). Ce commandement entre en vigueur :

« Lorsque nous entreprenons... de flatter notre orgueil, notre vaine ambition, ou d'exercer, avec quelque degré d'injustice que ce soit, un contrôle, une domination ou une contrainte sur l'âme des enfants des hommes, voici les cieux se retirent ; l'Esprit du Seigneur est affligé, et lorsqu'il s'est retiré, amen à la prêtrise et à l'autorité de cet homme. » (D&A 121:37)

Conclusion

L'autorité d'un dirigeant de l'Église provient d'une source différente de celle d'un dirigeant d'entreprise ou de gouvernement. La procédure pour corriger un dirigeant de l'Église est différente de celle utilisée pour corriger les dirigeants choisis démocratiquement. Cette différence est liée à la manière dont nos dirigeants sont appelés et relevés. En suivant les procédures approuvées, nous éviterons de nous retrancher de l'Esprit du Seigneur.

On ne peut pas attendre de la part de ceux qui rejettent les Écritures ou l'autorité des prophètes des derniers jours d'accepter ce qui est dit ici. De même, on ne peut pas attendre de la part de ceux qui placent la liberté ou la vérité au-dessus de tout, d'être persuadés par les Écritures qui enseignent que « la connaissance enfle mais la charité édifie » (1 Corinthiens 8:1). Je recommande vivement à ceux qui sont troublés par ce conseil de l'appréhender en tant qu'enseignement des Écritures plutôt que sous l'angle de leur préférence personnelle ou de leur pratique professionnelle.

On ne peut pas attendre de ceux qui fondent leurs pensées et leurs actions exclusivement sur les principes du libéralisme, du conservatisme ou de l'intellectualisme d'être d'accord avec tous les enseignements de l'Évangile de Jésus-Christ. Moi-même, je trouve de la sagesse dans le libéralisme, de la sagesse dans le conservatisme, et beaucoup de vérité dans l'intellectualisme - mais je ne trouve le salut dans aucun d'eux.

Le rôle d'un prédicateur ou d'un juge spirituel n'est pas d'être populaire dans le monde ou d'être estimé par un groupe particulier, mais d'être juste devant Dieu. Ésaïe affirma ce fait quand il condamna les rebelles « qui disent aux voyants : Ne voyez pas ! et aux prophètes : Ne nous prophétisez pas les vérités, dites-nous des choses flatteuses, prophétisez-nous des chimères ! » (Ésaïe 30:10). Il est facile de prêcher la liberté ou la vérité. Les louanges à ce sujet sont habituellement sûres et toujours populaires. Il est infiniment plus difficile de prêcher comment les hommes et les femmes devraient utiliser la liberté ou la vérité. Le prédicateur de ce message peut inspirer le respect, mais il ou elle ne gagnera pas la popularité.

Je conclus avec un message d'espoir. Quand Ésaïe condamna les critiques à son époque, il conclut par une prophétie. Il dit qu'un jour les enfants de Dieu « craindront le Dieu d'Israël » et « sanctifieront [son] nom. » Il déclara ensuite : « Ceux dont l'esprit s'égarait acquerront de l'intelligence, ceux qui murmuraient recevront de l'instruction » (Ésaïe 29:23-24). Dans cet esprit, je prie pour le jour où, tous, nous connaîtrons Dieu et où nous garderons ses commandements. Ce jour-là, comme Ésaïe l'a prédit, le « roi régnera selon la justice » et « l'oeuvre de la justice sera la paix, et le fruit de la justice sera le repos et la sécurité pour toujours » (Ésaïe 32:1, 17).


CHAPITRE 8 : L'ACTION DISCIPLINAIRE DE L'ÉGLISE

Les hommes sont gouvernés par des lois : certaines sont établies par Dieu, d'autres par les hommes. Le contenu et l'application de ces deux systèmes de lois, sacré et profane, comportent quelques similitudes et de nombreuses différences. Dans ce chapitre nous allons les examiner en comparant et en faisant une distinction entre les voies du Seigneur et celles du monde.

À certaines périodes de l'Histoire, le pouvoir sacré et le pouvoir séculier étaient réunis sous une même autorité. On citera Moïse, prophète et dirigeant dans l'Ancien Testament et Benjamin, prophète et roi dans le Livre de Mormon. À d'autres époques, l'autorité séculière et l'autorité sacrée étaient séparées. Les lois des hommes étaient dictées par un roi ou une assemblée représentative et exécutées par des autorités laïques, et les lois de Dieu étaient données par l'intermédiaire d'un prophète ou d'un prêtre et administrées par les autorités religieuses. Dans la Bible, cette différence est marquée par la séparation de l'autorité des rois d'Israël et des prophètes. Le Livre de Mormon décrit comment le roi Mosiah laissa au prophète Alma l'autorité sur l'Église (Mosiah 25:19 ; 26:8), mais continua à diriger les affaires séculières (Mosiah 27:1-3). En vertu de cette séparation des juridictions, le roi refusa de juger des personnes qui lui étaient amenées pour avoir commis un péché ou une iniquité, et les renvoya pour être jugés par Alma, le grand-prêtre (Mosiah 26:6-12).

Le Sauveur enseigna à ses disciples qu'ils devaient rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu (Matthieu 22:21 ; Marc 12:17 ; Luc 20:25). L'apôtre Pierre enseigna aux premiers saints de se soumettre à l'autorité civile (1 Pierre 2:13-17). Ces enseignements montrent que les saints de cette époque étaient soumis à deux autorités différentes, les lois de l'homme et les lois de Dieu.

Lorsque les lois divines sont données et administrées par une autorité et que les lois des hommes le sont par une autre, certaines personnes qui sont soumises à ces deux systèmes peuvent s'y perdre. Elles risquent de ne pas discerner quelles sont les lois qui s'appliquent dans un cas donné. D'autres risquent de ne pas bien comprendre quelles autorités administrent telle ou telle loi. D'autres encore risquent de ne pas savoir déterminer la procédure à appliquer quand une loi donnée a été enfreinte. De telles confusions se produisent à l'heure actuelle. Certains saints des derniers jours se méprennent sur le contenu, les buts et les procédures des deux genres de lois les concernant, les lois divines et les lois humaines.

Dans cette dispensation, le modèle divin suit une double juridiction. Quels que soient les pays, les enfants de Dieu sont soumis à l'autorité qui établit et administre la loi divine et aux autorités qui établissent et administrent les lois humaines.

La révélation moderne prescrit cette dualité et enseigne aux fidèles comment la vivre. Il est conseillé aux saints de se soumettre « aux pouvoirs qui existent » et d'obéir à ce qui est appelé « les lois du pays » en plus de ce qui est appelé « les lois de Dieu » ou « les lois de l'Église » (D&A 58:21-23). La « déclaration de foi » officielle de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, adoptée en 1835 et publiée dans la première édition des Doctrine et Alliances, déclare que « les lois humaines [ont] été instituées dans le but exprès de régler nos intérêts individuels et nationaux d'homme à homme », et que « les lois divines ont été données du ciel pour régler les affaires spirituelles, la foi et le culte ». D'une manière significative, l'Écriture continue : « dont l'homme est responsable devant son Créateur » (D&A 134:6).

Les lois de l'homme

Le but des « lois humaines » (que j'ai choisi d'appeler les lois de l'homme) est de protéger tous les citoyens et de garantir la paix publique et l'harmonie. Les responsables politiques et les magistrats sont « chargés de protéger les innocents et de punir les coupables » (D&A 134:6-8).

Les lois de l'homme visent à atteindre ces buts dans le cadre du droit civil et du droit pénal. Le droit pénal punit (et quelquefois cherche à réhabiliter) une personne qui en a lésé une autre. Les lois civiles proposent de résoudre les litiges entre des parties privées en permettant aux personnes lésées de recevoir de l'argent ou une autre compensation de ceux qui leur ont causé du tort. Les lois civiles visent également à prévenir les méfaits d'une personne envers une autre. Toutes ces dispositions tendent à préserver la paix et l'harmonie en encourageant les parties lésées à renoncer à se faire justice elles-mêmes ou à se venger mais plutôt à se tourner vers les lois et les autorités civiles pour punir la partie adverse, pour obtenir compensation ou pour prévenir et empêcher des torts futurs. La déclaration de foi officielle de l'Église déclare que le « crime doit être [puni]... par les lois du gouvernement du pays où l'offense a été commise » (D&A 134:8). L'autorité civile devrait « punir les délits » et devrait aussi « réprimer le crime » (D&A 134:4). Pour apporter leur contribution, « tous les hommes doivent s'employer activement à utiliser leurs capacités pour assurer la punition de ceux qui ont violé des lois justes » (D&A 134:8). Ainsi, dans la révélation donnée en 1831 et appelée « la loi de l'Église », le Seigneur conseilla au peuple de son Église que, si une personne parmi eux tuait, volait, dérobait, ou mentait, « elle sera livrée et traitée selon les lois du pays » (D&A 42:79, 84-86).

De plus, lorsque les lois et les institutions de l'homme prévoient des recours, il est conseillé aux membres de l'Église « de faire appel aux lois civiles pour le redressement de tous leurs torts », y compris les dommages infligés à leur personne ou les atteintes à leur propriété (D&A 134:11).

Les lois de Dieu

On appelle commandements la partie des lois de Dieu qui s'applique au comportement humain. Les procédures qui encouragent les membres de l'Église à garder les commandements et qui prescrivent les conséquences de leur inobservance sont appelées aujourd'hui l'action disciplinaire de l'Église.

À la différence des lois de l'homme, qui se soucient de préserver la paix dans ce monde, les lois de Dieu visent à promouvoir l'exaltation dans l'éternité. Bien qu'il y ait des recoupements entre ces lois, la différence entre leurs finalités crée des disparités importantes dans leur contenu et dans leurs procédures.

Une des différences les plus importantes entre les lois de Dieu et celles de l'homme est que les premières sont dictées ou guidées par la révélation, alors que les secondes n'en tiennent pas compte. Les commentaires des chapitres 1 et 2 sur la révélation sont donc une fondation essentielle pour les considérations qui vont suivre à propos de la différence dans le contenu et dans l'application entre ces deux systèmes de lois.

Une des différences les plus importantes porte sur les sanctions. Bien sûr, l'Église, qui administre les lois de Dieu, n'a pas autorité pour ôter la vie d'un transgresseur, confisquer ses biens, ou lui infliger une punition physique. L'Église peut « seulement [l']excommunier de [son] sein et [lui] enlever [ses] privilèges de membre » (D&A 134:10). Ainsi, l'action disciplinaire de l'Église envers ses membres consiste à leur donner des avertissements au cours d'entretiens privés, à leur imposer une mise à l'épreuve sous forme de restrictions ou d'obligations dans leur vie de membre de l'Église, ou à les disqualifier ou à les excommunier.

Puisque l'action disciplinaire de l'Église est très limitée dans l'étendue de ses prescriptions, que signifie la déclaration scripturaire que le « meurtrier qui tue délibérément... mourra » ? (2 Néphi 9:35 ; voir aussi D&A 42:18-19). Il ne s'agit pas ici d'une directive pour appliquer la peine de mort, puisque la peine capitale est une punition réservée aux lois de l'homme. Dans ce contexte, ce que dit l'Écriture se rapporte à la portée éternelle de l'homicide volontaire. Cette manière de verser le sang est interdite par Dieu « depuis le commencement de l'homme » (Éther 8:19). Le meurtre délibéré est ce que les Écritures appellent « un péché qui mène à la mort » (1 Jean 5:16). Il prive le meurtrier de la vie éternelle (1 Jean 3:15) parce qu'il « n'y a pas de pardon » pour cet acte (D&A 42:79). En d'autres termes, une personne qui en tue délibérément une autre mourra spirituellement.

Dans les Écritures, la plupart des autres commandements et les conseils de procédure concernent aussi les lois de Dieu, pas les lois de l'homme. Si nous négligeons cela, nous risquons de mal interpréter les Écritures. De même, le contenu et les procédures des lois de l'homme ne s'appliquent pas aux activités spirituelles de l'Église, ni à son action disciplinaire. Si nous négligeons cela, nous risquons de commettre de graves erreurs dans l'application des lois de Dieu.

Ceux qui ont de l'expérience dans l'exécution des lois de l'homme, en particulier les juges et les avocats, sont plus susceptibles de commettre l'erreur d'essayer d'appliquer les principes du droit civil ou pénal à l'action disciplinaire de l'Église. J'ai vécu moi-même ce genre de situation.

Pendant les perturbations universitaires de la fin des années 1960, je présidais la commission de discipline de l'université de Chicago. En 1969, notre commission eut à traiter les accusations portées par l'université contre plus de 150 étudiants accusés d'attitude perturbatrice lors de l'occupation du bâtiment administratif de l'université pendant dix-sept jours. Certains des accusés étaient défendus par des étudiants en droit qui tentaient d'appliquer à l'action disciplinaire de l'université diverses procédures propres aux tribunaux d'instance ou aux cours d'assises. Par exemple, un avocat en herbe (qui ensuite s'inscrivit dans ma classe de procédure pénale) prétendit que l'université ne pouvait pas agir contre les étudiants impliqués dans les perturbations parce que le Bill of Rights (Déclaration des Droits) de la Constitution des États-Unis garantissait qu'ils ne pouvaient être punis sans avoir été inculpés dans les règles par un grand jury. Il fallut à notre commission presque une semaine de délibérations pour établir quelles règles de procédure étaient requises pour une impartialité fondamentale et étaient donc applicables aux poursuites disciplinaires de l'université (telles que l'acte d'accusation et la possibilité de se défendre), et quelles procédures judiciaires (même constitutionnelles) n'étaient pas nécessaires à l'impartialité fondamentale et n'étaient donc pas requises dans nos poursuites disciplinaires.

Il en est de même pour l'action disciplinaire de l'Église. Certaines procédures utilisées dans les poursuites judiciaires ne s'appliquent pas aux commissions disciplinaires de l'Église. L'action disciplinaire de l'Église a sa propre procédure, guidée par les révélations de Dieu. C'est le plus important des points fondamentaux que doivent garder à l'esprit tous ceux qui participent à une commission disciplinaire de l'Église.

Une autre différence importante entre l'action disciplinaire de l'Église et les procédures judiciaires est que ces deux processus distincts traitent d'infractions différentes. Ainsi, la révélation appelée la loi de l'Église donne divers commandements et indique que « si un homme ou une femme commettent l'adultère, ils seront jugés devant deux anciens de l'Église ou plus » (D&A 42:80). Un conseil identique est donné aux personnes qui « se livrent à une forme quelconque d'iniquité » (D&A 42:87). Cependant, comme noté plus haut, cette même révélation stipule que les meurtriers et les voleurs seront traités selon les lois du pays (D&A 42:79, 84-86). Pourquoi cette différence ?

Les lois de l'homme punissent le meurtre, le vol et le mensonge. Les officiers publics qui appliquent le droit pénal sont relativement efficaces pour déterminer qui enfreint la loi et comment le coupable devrait être puni. Les actes de meurtre, de vol et de mensonge ont aussi leurs conséquences sous les lois de Dieu. Quoiqu'il en soit, quand un membre de l'Église est accusé de ces crimes sous les lois de l'homme, il est habituellement souhaitable pour l'action disciplinaire de l'Église d'attendre le jugement de l'autorité publique. De cette manière l'action disciplinaire de l'Église n'entrave pas les poursuites judiciaires, et ceux qui administrent l'action disciplinaire de l'Église peuvent bénéficier des preuves rassemblées par les autorités civiles ainsi que de leurs conclusions.

Au contraire, les lois de l'homme ne se soucient pas de l'adultère et d'autres iniquités, ou elle les traite avec beaucoup moins de sérieux qu'ils ne sont considérés sous les lois de Dieu. Dans cette situation, il est préférable que l'adultère et les autres iniquités soient traitées par l'action disciplinaire de l'Église, conformément aux lois de Dieu. Pour cette même raison, un délit qui est également une sérieuse transgression des lois de Dieu peut nécessiter l'action disciplinaire de l'Église, même si un tribunal d'instance a rendu un non-lieu pour des raisons techniques.

Ainsi, bien qu'elles se chevauchent partiellement, les lois de Dieu et les lois de l'homme ont des buts différents, des juridictions distinctes et une application indépendante.

Le but principal de l'action disciplinaire de l'Église

Par ses lois, Dieu cherche à mener ses enfants à l'exaltation (le salut). Dans cette optique, le but le plus important de l'action disciplinaire de l'Église est de sauver des âmes. Elle encourage les membres à garder les commandements de Dieu. Son existence même, et particulièrement son application, met l'accent sur le sérieux des commandements de Dieu et clarifie leur signification. Ceci est extrêmement important dans une société essentiellement permissive. Ceux qui administrent l'action disciplinaire de l'Église devraient utiliser cette occasion pour mettre l'accent sur les principes de l'Évangile.

Lorsque c'est nécessaire, l'action disciplinaire de l'Église aide les transgresseurs à se repentir, c'est à dire à reconnaître le péché et à l'abandonner, à réparer, et à démontrer leur engagement renouvelé d'obéir aux commandements. Le président Harold B. Lee a expliqué : « La raison d'être de l'Évangile est de sauver les hommes, pas de les condamner ; mais pour sauver il est parfois nécessaire de faire face aux problèmes et de punir comme le Seigneur nous l'a conseillé. » (Séminaire des représentants régionaux, 1er octobre 1969)

Les lois de Dieu atteignent leur but grâce à la justice, à la miséricorde et à l'expiation de Jésus-Christ. L'action disciplinaire de l'Église tient compte de tout cela, mais plus particulièrement de la miséricorde et de l'expiation.

À l’opposé, les lois de l'homme mettent l'accent sur la justice ; elles ne reconnaissent pas le plan de miséricorde et ne tiennent pas compte de l'expiation. Quand le droit pénal a été violé, la justice requiert habituellement qu'une punition soit imposée. Le symbole de la justice montre une balance en équilibre tenue par un homme aux yeux bandés afin que l'impartialité du jugement soit garantie.

En général, quand un coupable reçoit ce qu'il mérite et que le châtiment est proportionné à la faute, les gens ressentent que justice a été rendue. Ainsi, la déclaration de foi de l'Église affirme « qu'un crime doit être puni [sous la loi des hommes] selon la nature de l'offense » (D&A 134:8). Si un coupable s'est confessé et a démontré du remords, ceci peut avoir une incidence sur la sanction prononcée par le juge, mais il est peu probable que ce facteur soit décisif. L'objectif suprême de la loi de l'homme est la justice. Dans une moindre mesure, quelques-unes des lois de l'homme prévoient la réhabilitation du coupable, ce qui est un pâle reflet du principe de la miséricorde et du salut éternel.

La justice, la miséricorde et l'expiation

Les lois de Dieu recherchent aussi la justice, mais elles tiennent compte également de la miséricorde rendue possible par l'expiation. C'est ce qu'explique la doctrine de l'Église.

La notion de justice est la prémisse fondamentale de toutes les Écritures qui enseignent que les hommes seront jugés selon leurs oeuvres. Le Sauveur dit aux Néphites que tous les hommes se tiendraient devant lui pour être « jugés selon leurs oeuvres, bonnes ou mauvaises » (3 Néphi 27:14 ; voir aussi Mosiah 15:26-27 ; Alma 41:3-4). Dans sa lettre aux Romains, Paul parla du « juste jugement de Dieu » en ces termes : « rendre à chacun selon ses oeuvres » (Romains 2:5-6). Notre deuxième article de foi affirme que « les hommes seront jugés pour leurs propres péchés et non pour la transgression d'Adam ».

Selon la loi éternelle, quand un commandement est enfreint, une punition proportionnée doit être imposée. « Mais il y a une loi donnée et une punition y est attachée », enseigna le prophète Alma, et « la justice réclame la créature et exécute la loi et la loi inflige la punition ». « Car voici », continua-t-il, « la justice impose toutes ses exigences » (Alma 42:22, 24). La justice de Dieu « [sépare] également les méchants des justes » (1 Néphi 15:30). Seule, la justice est intransigeante. C'est ainsi que les hommes devinrent sujets à la mort temporelle et spirituelle.

La bonne nouvelle de l'Évangile est que la miséricorde existe pour le pénitent grâce à l'expiation de Jésus-Christ. La miséricorde représente un avantage plus grand que le mérite. Si la justice est équilibre, la miséricorde est déséquilibre. Si la justice est uniquement ce que l'on mérite, alors la miséricorde est plus avantageuse. Un des personnages de Shakespeare déclare cette vérité : « Fais bien attention à ceci que le seul cours de la justice ne conduirait aucun de nous à son salut : en vérité, notre prière demande la miséricorde » (Le marchand de Venise, acte 4, scène 1). Pour que la loi de la justice soit satisfaite, la loi éternelle de la miséricorde permet que le prix soit payé par quelqu'un d'autre que le transgresseur pénitent.

L'expiation est le moyen par lequel la justice est satisfaite et la miséricorde accordée. Dans ce but, le Messie « s'offre en sacrifice pour le péché, il satisfait aux buts de la loi pour tous ceux qui ont le coeur brisé et l'esprit contrit ; et les buts de la loi ne peuvent être satisfaits en nul autre » (2 Néphi 2:7 ; voir aussi Romains 5:18-19). Dans une des plus grandes déclarations des Écritures, Alma explique que par l'expiation, « la miséricorde réclame le pénitent, et la miséricorde est accordée à cause de l'expiation. » (Alma 42:23)

La justice est satisfaite et la miséricorde est accordée par les souffrances et le sang de Jésus-Christ. De cette manière, « Dieu lui-même expie pour les péchés du monde, pour réaliser le plan de miséricorde, pour apaiser les exigences de la justice, pour que Dieu puisse être un Dieu parfait, juste et miséricordieux à la fois » (Alma 42:15). Comme Boyd K. Packer l'explique dans son admirable parabole « Le Médiateur » : « grâce à lui la miséricorde peut être pleinement accordée à chacun de nous sans offenser la loi éternelle de la justice. » (L'Étoile, octobre 1977, p. 59)

La repentance

1. Sa nécessité. Les bienfaits de l'expiation sont soumis aux conditions prescrites par celui qui a payé le prix. Ces conditions requièrent le repentir. La nécessité du repentir est l'une des principales différences entre les lois de Dieu et les lois de l'homme.

Dieu nous a dit par l'intermédiaire de ses prophètes que « nul n'est sauvé si ce n'est le vrai pénitent » (Alma 42:24), et que seulement ceux qui se repentent sont pardonnés (D&A 1:32 ; 58:42). Bruce R. McConkie a dit de façon concise : Le Messie apporta « la miséricorde au pénitent et la justice à l'impénitent » (Bruce R. McConkie, The Promised Messiah, Salt Lake City, Deseret Book, 1981, p. 337). Alma enseigna que « le plan de rédemption ne pouvait être accompli qu'à la seule condition que les hommes se repentissent dans cet état probatoire » (Alma 42:13 ; voir aussi Hélaman 5:11). Amulek témoigna que « le grand et éternel plan de rédemption n'aura d'effet que pour celui qui a la foi qui produit le repentir » (Alma 34:16). Enfin, dans cette dispensation notre Rédempteur a déclaré : « Car voici, moi, Dieu, j'ai souffert tout cela afin qu'ils ne souffrent pas s'ils se repentent. Mais s'ils ne veulent pas se repentir, ils doivent souffrir tout comme moi. » (D&A 19:16-17)

Ces vérités éternelles, qui sont fondamentales dans la doctrine de notre Église, expliquent pourquoi l'action disciplinaire de l'Église cherche à aider le transgresseur à se repentir. Le repentir est essentiel pour obtenir la miséricorde, elle-même rendue possible grâce à l'expiation. En conséquence, la preuve du repentir est le facteur le plus important pour savoir quelle sera l'action disciplinaire de l'Église nécessaire pour sauver l'âme du transgresseur. C'est un point qui fait appel au discernement spirituel du juge du Seigneur. La fonction rédemptrice de l'action disciplinaire de l'Église et la révélation nécessaire pour sa mise en oeuvre n'ont pas d'équivalent dans les lois de l'homme.

2. La confession. Sous les lois de l'homme, la confession sert uniquement de preuve de la culpabilité de l'accusé. Elle n'est pas essentielle, car s'il existe d'autres preuves, l'accusé peut être jugé coupable même sans avoir confessé son délit.

Selon les lois de Dieu, la confession est absolument essentielle, parce qu'il n'y a pas de repentir sans confession. « Celui qui cache ses transgressions ne prospère point, mais celui qui les avoue et les délaisse obtient miséricorde » (Proverbes 28:13). « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité » (1 Jean 1:9). « C'est à cela que vous saurez si un homme se repent de ses péchés : il les confessera et les délaissera » (D&A 58:43 ; voir aussi 61:2 ; 64:7). Le repentir commence quand nous reconnaissons que nous avons commis une erreur. Nous pouvons appeler cette étape « une auto-confession ». Ceci se produit, a dit le président Kimball, « quand une personne reconnaît elle-même sa transgression sans l'atténuer ou la minimiser, ayant le désir de faire face à la situation et de payer le prix nécessaire ; tant que la personne n'est pas dans cet état d'esprit, elle n'a pas commencé à se repentir. » (The Teachings of Spencer W. Kimball, éd. Edward L. Kimball, Salt Lake City, Bookcraft, 1982, p. 86)

Une personne de ma connaissance qui avait été coupable de transgressions graves a décrit ses sentiments à propos de cette étape : « Il y a un soulagement énorme quand vous pouvez faire face à vos délits et à vos tromperies, et que vous pouvez recommencer à vivre une vie honnête ». Faire ce premier pas lui apporta ce qu'il décrivit comme étant « une certaine paix dans ma vie. » (Lettre à l'auteur, 22 août 1988)

L'étape suivante, pour tous nos péchés, est de les confesser en prière au Seigneur.

De plus, quand les péchés sont de nature grave, ils doivent être confessés au dirigeant de la prêtrise désigné par le Seigneur, c'est à dire à l'évêque. Marion G. Romney a défini les péchés qui doivent être confessés à l'évêque comme étant des transgressions « d'une nature telle que si on ne s'en repentait pas, elles menaceraient notre qualité de membre ou notre fraternité dans l'Église de Jésus-Christ » (Conference Report, octobre 1955, p. 125). Ces deux sortes de confessions sont ce dont parlait le Seigneur lorsqu'il commanda de « [confesser] tes péchés à tes frères et devant le Seigneur » (D&A 59:12).

3. La réparation. La réparation recommandée par l'action disciplinaire de l'Église est également essentielle au repentir. Les transgresseurs doivent faire tout ce qu'ils peuvent pour réparer les torts qu'ils ont causés aux autres, ce qui inclut de confesser à ceux qui ont été lésés, de rechercher leur pardon ainsi que de faire les révélations nécessaires pour protéger ceux qui ont été mis en péril par leurs mauvaises actions. Par exemple, il peut s'avérer nécessaire de prévenir les personnes dont la sécurité ou la santé sont en danger suite à ces actions. Une partie de leur réparation peut aussi consister à faire des révélations aux autorités civiles et à en accepter les conséquences. À l’opposé, bien que les tribunaux civils condamnent parfois l'accusé à restituer ce qu'il a pris à sa victime, une telle restitution est, dans le meilleur des cas, un objectif secondaire de la sanction prononcée par les lois de l'homme.

4. La souffrance. La souffrance est probablement l'étape la moins bien comprise du repentir. Cette incompréhension peut résulter du fait qu'il existe un grand abîme entre le rôle de la souffrance selon les lois des hommes et selon les lois de Dieu.

Les lois de l'homme infligent une sanction destinée à faire souffrir le coupable. La punition est l'objectif principal des lois de l'homme. Les tribunaux civils cherchent à faire « payer » l'offenseur pour ses mauvaises actions.

Certains ont considéré l'action disciplinaire de l'Église sous le même angle. Bruce C. Hafen explique : « Quelques personnes portant le fardeau de graves péchés croient aussi, de façon erronée, qu'ils doivent d'une certaine manière 'payer' pour leurs erreurs par l'intermédiaire d'une commission disciplinaire de l'Église. Ils pensent que le fait d'être humilié devant une commission disciplinaire de l'Église constituera un châtiment adéquat. » (Bruce C. Hafen, The Broken Heart, Salt Lake City, Deseret Book, 1989, p. 152)

Celui qui croit qu'une commission disciplinaire est censée punir un transgresseur ou le faire souffrir pour payer le prix de ses mauvaises actions comprend mal le but de l'action disciplinaire de l'Église et la nécessité de souffrir pour bénéficier du repentir, de la miséricorde et de l'Expiation.

Selon la loi et la justice du Seigneur, les transgresseurs sont punis. « Nous croyons que les hommes seront punis pour leurs propres péchés » (Deuxième article de foi). Par l'intermédiaire du prophète Ésaïe, le Seigneur a dit qu'il « [punirait] les habitants de la terre dans leur iniquité » (Ésaïe 26:21 ; King James Version). La loi de Dieu ne pourrait pas exister « s'il n'y avait une punition » (Alma 42:17). Il y a une « punition... fixée » pour chaque péché (Alma 42:18 ; voir aussi Amos 3:1-2). Amulek expliqua que « celui qui ne manifeste pas cette foi qui produit le repentir restera exposé à toute la loi des exigences de la justice » (Alma 34:16). La justice requiert que la personne non repentante souffre pour ses propres péchés. « S'ils ne se repentent pas », dit le Seigneur, « ils doivent souffrir tout comme moi. » (D&A 19:17)

Qu'en est-il des personnes repentantes ? Sont-elles punies ? Doivent-elles souffrir ? Alma déclara que « le repentir ne pouvait être donné aux hommes, s'il n'y avait point une punition » (Alma 42:16). La punition qui mène au repentir et celle qui le rend possible doivent inclure la souffrance, mais la souffrance de qui ? Et quel est le rôle de l'action disciplinaire de l'Église dans tout cela ?

La souffrance qui pousse un transgresseur à se repentir est sa propre souffrance. Mais pour la personne repentante la souffrance qui satisfait aux exigences de la justice est la souffrance de notre Sauveur et Rédempteur. Il souffrit pour les péchés de tous « afin qu'ils ne souffrent pas s'ils se repentent » (D&A 19:16). Dans le livre d'Ésaïe, nous lisons ces belles paroles : « Mais il était blessé pour nos péchés, brisé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui ; et c'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris » (Ésaïe 53:5). Le Rédempteur a payé le prix de nos péchés si seulement nous voulons bien nous repentir. Comme frère Packer l'a expliqué, la justice « ne peut demander plus. Ce ne serait pas juste. » (L'Étoile, octobre 1977, p. 59)

Cela signifie-t-il qu'il n'y a pas de souffrance pour la personne repentante ? Parce que le Christ a souffert pour nos péchés, certains pensent que la seule chose à faire est d'exprimer du chagrin pour ses fautes, d'accepter le Christ comme son Sauveur, et qu'il prendra sur lui toute la souffrance. Il n'en est pas ainsi. Spencer W. Kimball, qui donna des enseignements détaillés à propos du repentir et du pardon, dit que la souffrance personnelle « est une partie très importante du repentir ». « De nombreuses personnes ne peuvent pas se repentir tant qu'elles n'ont pas beaucoup souffert... Si une personne n'a pas souffert, elle ne s'est pas repentie... Elle doit éprouver un changement accompagné de souffrance, et alors le pardon est possible. » (The Teachings of Spencer W. Kimball, p. 88, 97, 99)

Comme le président Kimball l'a expliqué, la personne repentante doit souffrir pour ses péchés, mais cette souffrance a un but différent de celui de la punition ou de la sanction. Son but est le changement. Le coeur brisé et l'esprit contrit, tels qu'ils sont mentionnés dans les Écritures, sont les conséquences de la souffrance du transgresseur. Le Sauveur commanda : « que vous vous repentiez de vos péchés et veniez à moi le coeur brisé et l'esprit contrit » (voir 3 Néphi 12:19). Quand le Sauveur abolit les sacrifices et les offrandes prescrits par la loi de Moïse, il expliqua : « Vous m'offrirez en sacrifice un coeur brisé et un esprit contrit » (3 Néphi 9:20). Combien il est approprié que la nouvelle offrande rappelant au transgresseur le sacrifice et la souffrance de son Rédempteur soit un coeur brisé et un esprit contrit ! Ceci ne peut arriver que par la souffrance de la personne repentante ! Léhi expliqua que cette condition était essentielle pour obtenir la miséricorde grâce à l'expiation du Christ. « Voici, il s'offre en sacrifice pour le péché, il satisfait aux buts de la loi pour tous ceux qui ont le coeur brisé et l'esprit contrit ; et les buts de la loi ne peuvent être satisfaits en nul autre. » (2 Néphi 2:7)

Quel est donc le rôle de l'action disciplinaire de l'Église, en opposition à la sanction prononcée par un tribunal civil ? Le but principal de l'action disciplinaire de l'Église qui est de sauver l'âme des transgresseurs, doit aider au repentir. La souffrance personnelle fait inévitablement partie de ce processus. Par exemple, lorsque la décision de la disqualification ou de l'excommunication a été prise par une commission disciplinaire de l'Église, elle peut parfois être ressentie comme une punition et engendrer de la souffrance. Mais infliger une punition ou de la souffrance n'est pas le but d'une commission disciplinaire.

L'objectif de l'action disciplinaire de l'Église est d'aider le transgresseur à se repentir, ce qui lui permet de se qualifier pour la miséricorde de Dieu et le salut rendus possibles grâce à l'expiation de Jésus-Christ. En conséquence, l'action disciplinaire de l'Église n'est pas un instrument de punition mais un catalyseur pour le changement. Le but de la souffrance, qui doit intervenir comme partie intégrante du processus du repentir, n'est pas de punir le transgresseur, mais de le faire changer. Le coeur brisé et l'esprit contrit requis pour satisfaire aux buts de la loi amènent la personne repentante à changer pour rendre sa vie conforme au modèle prescrit par son Rédempteur.

Cette présentation du fondement doctrinal de l'action disciplinaire de l'Église répond aux questions habituelles du transgresseur : « Pourquoi dois-je me repentir ? Pourquoi dois-je me confesser à ma femme ? Pourquoi dois-je me confesser à l'évêque ? Pourquoi dois-je réparer ? Pourquoi essayez-vous de me punir ? Pourquoi dois-je supporter la honte de l'action disciplinaire de l'Église ? » Comme le volage Corianton, quelques transgresseurs ont des difficultés à comprendre « la justice de Dieu dans la punition du pécheur » (Alma 42:1). Et ils ne comprennent pas les conditions de la miséricorde. Ils se demandent : « Pourquoi est-il nécessaire que je souffre ? » « Maintenant que j'ai dit que j'étais désolé, pourquoi ne pouvez-vous pas m'accorder la miséricorde et oublier tout cela ? »

De telles questions ont une raison d'être sous les lois des hommes. Sous ces lois, la miséricorde peut être au détriment de la justice (comme cela arrive dans le cas d'une amnistie ou d'une grâce présidentielle).

À l’opposé, sous les lois de Dieu la miséricorde ne peut pas se substituer à la justice. Le pécheur doit se repentir ou bien payer le prix de la souffrance pour ses propres péchés. Le but des lois de Dieu est de sauver le pécheur, pas simplement de le punir, mais il n'y a pas d'exception aux conditions à remplir par un transgresseur pour qu'il puisse bénéficier de la miséricorde nécessaire au salut. La personne repentante doit changer, et les conditions du repentir, qui comprennent la confession et la souffrance, sont essentielles pour y parvenir. Un transgresseur qui serait exempté de ces conditions ne pourrait pas opérer le changement nécessaire à son salut, ce qui ne serait ni juste ni miséricordieux.

Le changement

Nous pensons souvent aux résultats du repentir uniquement en tant que purification de nos péchés. Ceci est une vision incomplète. Une personne qui pèche est comme un arbre qui plie facilement sous le vent. Par une journée de pluie et de grand vent, l'arbre pourrait se pencher suffisamment pour que ses feuilles soient maculées de boue, comme par le péché. Si nous nous soucions uniquement de nettoyer les feuilles, la faiblesse de l'arbre qui lui a permis de se pencher et de souiller ses feuilles risque de persister. Nettoyer simplement les feuilles ne fortifie pas l'arbre. De même, une personne qui regrette simplement d'être souillée par le péché péchera à nouveau lors de la prochaine tempête. La prédisposition à la récidive demeurera tant que l'arbre n'aura pas été fortifié.

Quand une personne est passée par le processus qui résulte de ce que les Écritures appellent un coeur brisé et un esprit contrit, le Sauveur ne purifie pas seulement cette personne du péché, il lui donne aussi une force nouvelle. La nouvelle force que nous recevons du Sauveur est essentielle pour nous purifier du péché, ce qui nous permet de retourner vers notre Père céleste. Pour être admis en sa présence, nous devons être absolument purs. D'une personne faible qui a transgressé, chacun de nous doit être transformé en une personne forte ayant une stature spirituelle qui lui permet de vivre dans la présence de Dieu. Comme les Écritures le disent nous devons devenir « [comme] un saint par l'expiation du Christ le Seigneur » (Mosiah 3:19). C'est ce que les Écritures expliquent quand elles disent qu'une personne qui s'est repentie de ses péchés les délaissera (D&A 58:43). Délaisser le péché est plus que se résoudre à ne pas le répéter. L'abandonner implique un changement fondamental de l'individu.

Le roi Benjamin et le prophète Alma ont tous deux parlé d'un « grand changement dans le coeur ». Le peuple du roi Benjamin décrivit ce grand changement en disant qu'ils n'avaient plus « de disposition à faire le mal, mais à faire le bien continuellement » (Mosiah 5:2). Alma illustra ce changement quand il écrivit que le peuple « s'éveill[a] à Dieu », « mit [sa] confiance » en lui, et fut « [fidèle] jusqu'à la fin ». Il défia quiconque de « voir avec les yeux de la foi » le temps où ils « paraît[raient] devant Dieu [pour] être jugés » selon leurs oeuvres (Alma 5:7, 13, 15). Ceux qui ont vécu ce changement dans leur coeur ont acquis la force et la stature nécessaires pour vivre avec Dieu. C'est ce que nous appelons être sauvé.

C'est le but ultime de l'action disciplinaire de l'Église. C'est la raison pour laquelle elle applique des règles et des procédures différentes de celles utilisées sous les lois et la justice de l'homme.

Les autres buts de l'action disciplinaire de l'Église

Sauver les âmes est le but principal de l'action disciplinaire de l'Église, mais elle a deux buts secondaires importants qui soutiennent le but principal : protéger les saints et préserver la respectabilité et l'influence de l'Église.

1. Le berger doit agir pour protéger le troupeau de Dieu. Il doit agir pour protéger l'innocent du prédateur. Alma enseigna : « Quel est parmi vous le berger qui, ayant beaucoup de brebis, ne veille pas sur elles pour que le loup n'entre pas dévorer son troupeau ? Et voici, si un loup entre dans son troupeau, ne le chasse-t-il pas ? Oui, et pour finir, s'il le peut, il le détruira. Et maintenant, je vous dis que le bon berger vous appelle, et si vous voulez écouter sa voix, il vous mènera dans sa bergerie et vous deviendrez ses brebis ; et il vous ordonne de ne point permettre qu'aucun loup vorace ne pénètre parmi vous, afin que vous ne soyez point détruits. » (Alma 5:59-60)

Les menaces qui pèsent sur les innocents peuvent être la mort, les coups et blessures ou le vol, par exemple par des pratiques frauduleuses. Les innocents peuvent aussi être menacés par de fausses doctrines, ce que nous appelons l'apostasie (dont il sera fait état plus loin dans ce chapitre).

Le berger a la responsabilité de protéger le troupeau de toutes ces menaces. Cette responsabilité peut l'amener à refuser la compagnie des saints à un prédateur ou même à le retrancher du troupeau. Jésus enseigna : « S'il ne se repent pas, il ne sera pas compté au nombre de mon peuple » (3 Néphi 18:31 ; voir aussi Mosiah 26:34-36).

Bien sûr, il est vrai également que la protection des innocents (face aux menaces physiques ou financières, mais pas spirituelles) est l'un des objectifs des lois de l'homme.

2. L'autre but secondaire de l'action disciplinaire de l'Église est de préserver l'influence positive de l'Église, sa capacité à accomplir sa mission d'enseigner et d'influencer les gens dans la droiture. L'action disciplinaire de l'Église doit sauvegarder la pureté, l'intégrité et la respectabilité de l'Église. À cet égard, il y a deux aspects à considérer ; le premier a trait aux transgressions des membres en général, le second traite plus particulièrement des membres les plus éminents et les plus influents, y compris les dirigeants et les instructeurs.

Le premier aspect concerne la responsabilité du dirigeant de l'Église de prévenir le péché et de réprimander ceux qui transgressent. Les Écritures contiennent de nombreuses définitions de cette responsabilité, comme par exemple dans Mosiah 26:6 ; 1 Thessaloniciens 5:14 ; 1 Timothée 5:20 ; Tite 1:10-13. Elles déclarent même que le dirigeant qui n'enseigne pas et n'avertit pas devra porter lui-même le fardeau de ces péchés. Ainsi, le prophète Jacob écrit à propos de ceux qui magnifient leur charge de dirigeants en « prenant sur nous la responsabilité, répondant des péchés du peuple sur notre tête si nous ne lui enseignions pas la parole de Dieu avec diligence ; c'est pourquoi, en travaillant de toutes nos forces, son sang ne viendrait pas sur nos vêtements ; autrement son sang viendrait sur nos vêtements et nous ne serions pas sans tache au dernier jour. » (Jacob 1:19 ; voir aussi 2 Néphi 9:44 ; D&A 68:25 ; 88:81-85 ; Ézéchiel 33:2-9)

Alors qu'il était président du Conseil des Douze, John Taylor a donné cet avertissement : « J'ai entendu parler d'évêques qui ont cherché à couvrir les iniquités des hommes ; je leur dis, au nom de Dieu, qu'ils devront endosser...cette iniquité, et que s'il en est parmi vous qui veulent participer aux péchés des hommes ou les soutenir, ils devront en porter le poids. Entendez-vous, évêques et présidents ? Dieu vous en demandera des comptes. Vous n'êtes pas mis en place pour jouer avec les principes de la justice ni pour couvrir les infamies et les corruptions des hommes. » (Conference Report, avril 1880, p. 78 ; voir aussi Guide d'étude personnelle de la prêtrise de Melchisédek, n°4, p. 71)

Dans un discours donné en 1885, George Q. Cannon condamna l'immoralité sexuelle et mit ensuite l'accent sur l'importance que les dirigeants la traitent et la corrigent, de même que d'autres transgressions commises par les membres de l'Église : « Maintenant, si on permet sans réagir à de telles pratiques de perdurer en notre sein, elles seront à l'origine des plus terribles conséquences. L'Esprit de Dieu sera indubitablement si affligé qu'il abandonnera non seulement ceux qui sont coupables de ces actes, mais s'éloignera aussi de ceux qui tolèrent qu'ils soient incontrôlés et non réprimandés parmi nous » (Journal of Discourses, vol. 26, p. 139). Cet enseignement est fondé sur le conseil pertinent des Écritures de chasser le transgresseur qui ne se repent pas et qui ne renonce pas à ses péchés.

Pendant le règne du roi Mosiah, quand les dissidents et les incroyants séduisaient de nombreuses personnes et les encourageaient à commettre des péchés, « il devint nécessaire que ceux qui étaient dans l'Église et qui commettaient le péché fussent avertis par l'Église » (Mosiah 26:6). Le Seigneur instruisit alors le prophète Alma : « Quiconque ne voudra pas se repentir de ses péchés ne sera pas compté parmi mon peuple » (Mosiah 26:32 ; voir aussi le verset 36).

De même, l'apôtre Paul, informé qu'il y avait des fornicateurs dans l'Église de Corinthe, leur rappela « qu'un peu de levain fait lever toute la pâte ». « Faites disparaître le vieux levain », leur conseilla-t-il, « afin que vous soyez une pâte nouvelle » (1 Corinthiens 5:6-7). L'apôtre leur rappela en des termes encore plus précis « de ne pas avoir de relations avec celui qui, se nommant frère, est impudique... Ôtez le méchant du milieu de vous... » (1 Corinthiens 5:11, 13 ; voir aussi 2 Thessaloniciens 3:6, 14 ; Tite 3:10).

Dans cette dispensation nous avons reçu le même conseil : « Et celui qui ne se repent pas de ses péchés et ne les confesse pas, vous l'amènerez devant l'Église, et vous ferez de lui ce que l'Écriture vous dit, soit par commandement, soit par révélation. Vous ferez ceci afin que Dieu soit glorifié - non pas que vous ne pardonnez pas, n'ayant pas de compassion, mais afin que vous soyez justifiés aux yeux de la loi, afin que vous n'offensiez pas celui qui est votre législateur » (D&A 64:12-13 ; voir aussi 20:80). En résumé, « Celui qui pèche et ne se repent pas sera chassé » (D&A 42:28 ; voir aussi 42:75 ; 41:5). Sinon, nous sapons l'autorité des commandements divins et nous offensons le législateur.

Deuxièmement, la respectabilité et l'influence de l'Église sont particulièrement menacées par la transgression de ses membres les plus éminents, entre autres les dirigeants et les instructeurs, puisque leurs transgressions affaibliront vraisemblablement l'autorité morale et la crédibilité de l'enseignement de l'Église. Une transgression commise par un membre détenant un poste en vue peut sérieusement nuire à l'enseignement des principes corrects de l'Église, à moins qu'elle ne corrige publiquement le transgresseur. Au contraire, l'action disciplinaire de l'Église requise après la transgression d'un membre ordinaire, et à fortiori si cette transgression n'est pas connue de tous, peut être réglée avec un minimum de formalités pour sauver l'âme du transgresseur. Cette différence qui entraîne des conséquences plus sérieuses et publiques pour les dirigeants les plus éminents est sous-tendue par la révélation qui déclare : « Car on demandera beaucoup à celui à qui l'on a beaucoup donné ; et celui qui pèche contre une plus grande lumière recevra une condamnation plus grande. » (D&A 82:3)

La pureté, l'intégrité et la respectabilité de l'Église semblent être le fondement de ce que le Sauveur enseigna à ses apôtres à Capernaüm. « Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la » enseigna-t-il, expliquant que : « mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie que d'avoir les deux mains et d'aller dans la géhenne » (Marc 9:43-44). La main semble faire référence à l'ensemble des membres de l'Église. Dans sa traduction inspirée, Joseph Smith, le prophète, expliqua le sens de ce passage : « si ton frère t'offense et ne confesse pas et n'y renonce pas, il sera chassé » (Marc 9:40 ; traduction de la Bible par Joseph Smith). Ainsi clarifié, le conseil n'est pas de chasser chaque transgresseur, mais seulement ceux qui ne se confessent pas et ne renoncent pas à leurs péchés.

À l’opposé, le pied et l'oeil semblent faire référence aux dirigeants. Ils sont tenus en estime. À cause de leur poste en vue et de leur influence, ils devraient être chassés même s'ils se sont confessés et ont renoncé à leur transgression :

« Et de plus, si ton pied t'offense, coupe-le ; car celui qui a les valeurs morales selon lesquelles tu marches, sera coupé s'il transgresse. Il vaut mieux pour toi, entrer boiteux dans la vie que d'avoir les deux pieds et d'être jeté en enfer, dans le feu qui ne s'éteint point... Et si ton oeil qui voit pour toi, celui qui est nommé pour s'occuper de toi, pour te montrer la lumière, devient un transgresseur et t'offense, ôte-le. Il vaut mieux pour toi d'entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'avoir les deux yeux et d'être jeté dans le feu de l'enfer. » (Marc 9:42-43, 46-47, traduction de Joseph Smith).

Couper un dirigeant ou un membre de l'Église signifie excommunier, disqualifier ou retirer des privilèges à cette personne. Dans ce contexte, les Écritures enseignent comment appliquer ce que nous appelons aujourd'hui l'action disciplinaire de l'Église ; elles préconisent une discipline plus sévère pour les dirigeants.

Cette comparaison des différents buts de l'application de la loi et de l'action disciplinaire de l'Église ne serait pas complète sans un avertissement important. Les principes et les considérations que les dirigeants de la prêtrise doivent suivre sont énoncés dans le Manuel d'Instructions Générales de l'Église (devenu Manuel d'instructions de l'Église, puis Manuel 1, ndt). Les exemples présentés dans ce chapitre sont choisis pour illustrer les comparaisons entre la loi de Dieu et la loi civile. Cependant, ils ne donnent pas tous les conseils nécessaires à l'application de l'action disciplinaire de l'Église. En matière d'action disciplinaire aussi bien qu'en termes de procédure (présentés ci-après), les dirigeants de la prêtrise seront guidés par le Manuel d'Instructions Générales (idem, ndt).

Les procédures de l'action disciplinaire de l'Église

Les différences entre les buts de l'action disciplinaire de l'Église et les buts de l'application du droit civil ou du droit pénal existent aussi dans les procédures utilisées. Ces différences sont présentées ici du point de vue de l'action disciplinaire de l'Église.

L'action disciplinaire non officielle

L'action disciplinaire non officielle comprend (1) le conseil et l'avertissement en privé et (2) une mise à l'épreuve non officielle. Ces mesures sont traitées en privé et confidentiellement par l'évêque ou le président de pieu, sans formalité telle qu'une convocation écrite ou la rédaction d'un procès-verbal et sans annonce publique de l'action entreprise. En général, même les conseillers de l'évêque ou du président de pieu ne sont pas au courant qu'une action disciplinaire non officielle a été entreprise. Les procédures des tribunaux civils peuvent proposer des alternatives au jugement officiel (telles que le règlement à l'amiable des disputes civiles ou autres arrangements possibles), mais elles n'offrent pas d'équivalent à l'action disciplinaire non officielle de l'Église.

L'action disciplinaire officielle

L'action disciplinaire officielle est administrée par une commission disciplinaire de la paroisse, du pieu ou de la mission (appelée autrefois tribunal de l'Église) selon une procédure qui comprend la convocation, la présentation de preuves, la possibilité pour le membre d'être entendu, et une décision prise officiellement, puis consignée par écrit et communiquée.

Les principales ressemblances et différences entre une commission disciplinaire et les procédures juridiques sont présentées ci-dessous. Les procédures en droit civil sont amorcées par une plainte, les poursuites en droit pénal sont mises en oeuvre par l'action d'une personne responsable du maintien de l'ordre. De même, les procédures de l'action disciplinaire de l'Église peuvent être mises en oeuvre suite à la plainte d'une victime ou par l'action d'un dirigeant de l'Église. Quoi qu'il en soit, à l'opposé du droit pénal, il n'y a pas de personne responsable du maintien de l'ordre dans l'action disciplinaire de l'Église et l'autorité de l'Église qui lance l'action peut agir par le pouvoir du discernement (la révélation) aussi bien que par l'observation personnelle ou une preuve officielle. Un instructeur au foyer peut même remplir cette fonction, puisque les Écritures lui donnent la responsabilité de « toujours veiller sur l'Église... et de voir qu'il n'y a pas d'iniquité dans l'Église » (D&A 20:53-54).

Le juge et les autres participants

Une commission disciplinaire, tout comme un tribunal, est présidée par un juge. En matière d'organisation, la ressemblance s'arrête là. À la différence d'un tribunal d'instance ou d'une cour d'assises, une commission disciplinaire n'a pas de procureur, d'avocat de la défense, ni de jurés.

L'évêque (ou le président de mission ou de pieu) est le juge. Un évêque est nommé pour « être juge en Israël » (D&A 107:72). Il doit juger « par le témoignage des justes,... selon les lois du royaume qui sont données par les prophètes de Dieu » (D&A 58:18). Il consulte ses conseillers, mais il prend seul la décision.

Dans une commission disciplinaire de pieu, le président du pieu est aidé de douze membres du grand conseil. Il est aisé de se méprendre sur leur rôle. Les personnes mal informées sont tentées de comparer les membres du grand conseil à des jurés. En raison des instructions mal interprétées de la section 102 des Doctrine et Alliances, il y a aussi une tendance à considérer les membres du grand conseil comme des accusateurs ou des défenseurs. Aucune de ces comparaisons n'est appropriée.

Les membres du grand conseil sont là pour « parler en faveur de l'accusé et empêcher l'insulte ou l'injustice » (D&A 102:17). En d'autres termes, ils doivent s'assurer que les preuves sont examinées objectivement et que les procédures et les égards vis à vis de l'accusé sont en accord avec le droit et la justice. Leur rôle est de rendre la compréhension du cas plus claire par la persuasion ; ils n'ont pas à plaider ni à juger. Ils ne peuvent pas dicter sa décision au juge ni opposer leur veto, bien qu'ils puissent demander que les preuves soient réexaminées s'ils découvrent « une erreur dans la décision » (D&A 102:20).

Un système non contradictoire

Dans le système juridique nord-américain, les malfaiteurs sont poursuivis par l'intermédiaire de ce que nous appelons le système contradictoire. L'accusé et son avocat de la défense sont opposés au procureur, mettant le ministère public « à l'épreuve », et s'y opposant à chaque étape. Cette attitude et cette procédure remplissent bien le rôle qui leur est édicté par les lois des hommes et qui a pour but de punir, mais elles ne sont pas du tout en accord avec les procédures établies dans l'action disciplinaire de l'Église.

Une commission disciplinaire se soucie du bien-être du membre de l'Église et, si elle est convaincue de sa culpabilité, elle prend en compte la sincérité de son repentir. Le but le plus important de l'action disciplinaire de l'Église est de sauver le transgresseur. Dans ce cadre, la personne jugée par l'action disciplinaire de l'Église devrait être humble et non rebelle. Une attitude de rébellion n'est pas une attitude repentante. Comme les professeurs McConkie et Millett l'ont noté : « Quand une personne se repent dans la sincérité de son âme, elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour réparer. Elle est prête à accepter le jugement, quel qu'il soit, que le Seigneur et ses serviteurs sur la terre lui rendront et à payer le prix nécessaire pour sa réhabilitation au sein de l'Église. Ce transgresseur ne cherche en aucune manière à déterminer les termes de sa mise à l'épreuve ou à atténuer la juste punition en conséquence de son péché. Son coeur est comme un livre ouvert. Il n'y pas de honte, d'hypocrisie ni de duplicité. » (Doctrinal Commentary on the Book of Mormon, vol. 2, Salt Lake City, Bookcraft, 1988, p. 300)

L'utilisation de la confession d'un membre

La nature non contradictoire de la procédure disciplinaire de l'Église apparaît de façon évidente dans un autre domaine. À la différence des règles suivies dans les tribunaux civils, la confession ne peut pas être utilisée comme preuve dans une commission disciplinaire de l'Église à moins que le transgresseur n'y consente. Cette règle illustre le devoir solennel de l'évêque ou du président de pieu de garder la confidentialité la plus absolue sur le contenu de la confession d'un membre. La confidentialité encourage les membres à communiquer librement avec leur évêque. La communication libre et en confiance des membres avec leur évêque est essentielle à la confession qui est vitale dans le processus du repentir et du pardon. Ainsi, dans l'action disciplinaire de l'Église, le rôle de preuve de la culpabilité que joue la confession est secondaire par rapport à son rôle dans le processus du repentir du transgresseur.

La nécessité du consentement des transgresseurs pour utiliser leur confession n'empêche pas les commissions disciplinaires de l'Église de remplir leur but principal qui est de sauver leur âme. Une personne repentante donnera son consentement. Le non consentement d'une personne non repentante n'enlèvera pas à une commission disciplinaire de l'Église la possibilité de s'appuyer sur d'autres preuves (elle n'empêchera pas non plus l'évêque d'imposer une action disciplinaire non officielle fondée sur la confession). Si la commission disciplinaire ne dispose ni de la confession ni d'autre preuve pour se prononcer, le principal perdant en sera la personne non repentante. Le refus de consentir à l'utilisation de sa confession empêchera l'action disciplinaire de l'Église de lui apporter de l'aide.

Tromper le juge

Il en sera de même si le transgresseur réussit à tromper l'autorité de l'Église responsable d'appliquer une action disciplinaire.

Supposons qu'un transgresseur soit traité avec plus de clémence après avoir trompé l'autorité. Quelles en seront les conséquences ? Le but de l'action disciplinaire de l'Église n'est pas de maintenir en équilibre la balance de la justice en donnant une « sanction proportionnée à la faute ». Le but de l'action disciplinaire de l'Église est d'aider le transgresseur à se repentir et à sauver son âme. S'il feint de se repentir et ne reçoit pas de sanction ou en reçoit une extrêmement clémente, il sera le principal perdant.

Dieu, qui connaît les actions, les pensées et les motivations les plus intimes de chacun de nous, sera le juge ultime dans la justice éternelle dont l'action disciplinaire de l'Église n'est que la prémisse. Dans l'action disciplinaire de l'Église, l'homme qui juge peut pardonner les péchés en tant que représentant de l'Église, mais le seul qui puisse absoudre les péchés est Dieu lui-même (voir The Teachings of Spencer W. Kimball, p. 101). Dieu a déclaré que « nul n'est sauvé si ce n'est le vrai pénitent » (Alma 42:24).

Des preuves suffisantes

De même que dans un tribunal d'instance ou une cour d'assises, en cas de contestation (quand l'accusé nie sa culpabilité), l'action disciplinaire de l'Église se fonde sur les preuves. Comme le président Joseph F. Smith l'a déclaré le 13 septembre 1917 : « Si dans l'Église un homme est accusé nous ne nous attendons pas à ce qu'il prouve son innocence, pas plus que ce serait attendu de lui sous les lois du pays. S'il est coupable, nous nous attendons à ce que la preuve de sa culpabilité soit apportée de façon irréfutable ; et quand nous recevons cette preuve, nous devons la traiter selon des principes justes, en exerçant toute la miséricorde et la charité possibles et en recherchant toujours le salut des hommes et non leur destruction. » (James R. Clark, Messages of the First Presidency of The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints, vol. 5, Salt Lake City, Deseret Book, 1986, p. 181)

Si une personne a commis une transgression mais le nie et n'est pas sanctionnée par une commission disciplinaire de l'Église par manque de preuve, cette personne en sera la première perdante. La loi de la miséricorde et le sacrifice expiatoire de Jésus-Christ ne peuvent pas s'appliquer à celui qui refuse de reconnaître et de confesser ses péchés. Amulek expliqua les terribles conséquences qu'il y a à reporter le repentir à plus tard : « Car voici, si vous avez différé le jour de votre repentance, même jusqu'à la mort, voici, vous vous êtes assujettis au diable, et il vous scelle à lui comme siens ; c'est pourquoi, l'Esprit du Seigneur s'est retiré de vous, et n'a aucune place en vous, et le diable a tout pouvoir sur vous ; et c'est là l'état final du méchant. » (Alma 34:35)

Entre temps, nous pouvons seulement espérer que le transgresseur changera de disposition de coeur et qu'il se repentira et se qualifiera pour obtenir miséricorde. En attendant, le processus de purification est retardé, et le salut du transgresseur est en danger.

Aux États-Unis, si une procédure est engagée dans un tribunal civil et qu'il apparaisse que l'on manque de preuves pour établir le chef d'accusation, la seule alternative possible est de mettre fin aux poursuites ou d'ordonner un non-lieu. Dans chacun de ces cas, le défendeur ne pourra plus être poursuivi pour ce motif car la Constitution interdit une remise en accusation.

À l’opposé, de par les procédures et les objectifs de l'action disciplinaire de l'Église, si la preuve présentée devant une commission disciplinaire est insuffisante pour justifier une action officielle de l'Église mais que l'officier président est convaincu que l'affaire ne devrait pas être classée, il peut ajourner momentanément la commission pour chercher ou attendre des preuves supplémentaires.

Les preuves dans une accusation d'adultère

Quand il y a une accusation d'adultère et que l'accusé nie, les commissions disciplinaires de l'Église requièrent des preuves pertinentes et rigoureuses. La révélation connue sous le nom de la « loi de l'Église » conseille :

« Si un homme ou une femme commettent l'adultère, ils seront jugés devant deux anciens de l'Église ou plus et toute parole sera établie contre eux par deux témoins de l'Église et pas de l'ennemi ; mais s'il y a plus de deux témoins, c'est mieux.

« Mais ils seront condamnés par la bouche de deux témoins ; et les anciens présenteront l'affaire devant [les membres de] l'Église, et [les membres de] l'Église lèveront la main contre eux selon la loi de Dieu. » (D&A 42:80-81)

Pour illustrer l'application de cette règle, supposons qu'un membre de l'Église confesse un adultère commis avec un autre membre et révèle l'identité de cette autre personne. Supposons ensuite que l'autre nie et qu'il n'y ait pas de preuve directe ou indirecte ni de témoignage d'un tiers qui constituerait le second témoignage requis par la révélation.

Dans ce cas l'autre personne peut-elle recevoir une sanction officielle de la part d'une commission disciplinaire de l'Église ? Non, pas encore. L'officier président peut entamer une action disciplinaire non officielle, mais sans un second témoin, la personne accusée d'adultère ne peut pas, pour le moment, recevoir de sanction officielle de l'Église. La question reste en suspens comme dans le cas d'autres transgressions non prouvées.

Pourquoi requiert-on deux témoins (ce qui signifie deux sources distinctes de preuves) pour une accusation d'adultère et pas pour d'autres transgressions graves ? Peut-être parce que le péché d'adultère est à la fois grave et (habituellement) discret. Il est facile pour une personne vindicative d'accuser de ce genre de transgression et difficile pour un innocent de la réfuter. La nécessité de deux témoins est une protection extraordinaire pour l'innocent quand cette protection est nécessaire.

De plus, l'adultère est probablement la transgression la plus grave qui soit communément prise en compte par une commission disciplinaire de l'Église. D'autres transgressions sérieuses, telles que le meurtre ou le vol, sont habituellement examinées tout d'abord par des tribunaux civils qui ont leurs propres règles rigoureuses à propos des preuves. Ainsi, la révélation citée plus haut énonce une règle stricte dans la présentation des preuves pour une accusation qui est habituellement traitée par l'action disciplinaire de l'Église et qui est à la fois grave et sujette à manipulation.

La protection de l'innocent

L'action disciplinaire de l'Église est beaucoup plus souple que la justice civile dans sa capacité à s'adapter aux besoins des innocents concernés par une commission disciplinaire. La loi et les pressions administratives obligent souvent les tribunaux civils à agir selon un emploi du temps rigide et sans égard pour l'innocent. L'action disciplinaire de l'Église est plus flexible dans son fonctionnement et plus compréhensive dans son attitude. Elle peut autoriser de longs délais, si nécessaire, pour le bien du transgresseur, de son conjoint ou d'autres membres de sa famille, ou pour la victime innocente. Elle peut prendre en compte les besoins des innocents pour décider de la sanction et des limites dans lesquelles elle sera rendue publique.

Le rôle de la révélation

Une différence importante entre les tribunaux civils et l'action disciplinaire de l'Église est que l'action disciplinaire de l'Église s'appuie sur la révélation, ce qui se produit de deux façons, l'une courante, l'autre exceptionnelle.

Généralement, les participants à une commission disciplinaire s'appuient sur la révélation pour les guider dans l'accomplissement de leurs responsabilités qui sont comparables à celles exercées dans les tribunaux civils : comprendre et évaluer les preuves et déterminer les sanctions appropriées.

Par exemple, la section des Doctrine et Alliances décrivant la procédure suivie par les grands conseils de pieu précise que « lorsque les preuves auront été entendues, que les conseillers, l'accusateur et l'accusé auront parlé, le président prendra une décision selon la compréhension qu'il aura du cas » (D&A 102:19). Le président Joseph F. Smith commenta l'application de cette directive en expliquant que le devoir du grand conseil est « de trouver la vérité et les faits puis de juger selon la vérité et les faits qui sont amenés à leur connaissance » (Doctrine de l'Évangile, p. 149). Ces instructions laissent supposer que la décision de la commission disciplinaire sera fondée sur les preuves grâce à l'inspiration que doivent rechercher en toute chose ceux qui agissent par l'autorité de la sainte prêtrise.

D'autre part, la révélation peut les guider dans une commission disciplinaire, dans un cas spécifique et exceptionnel.

Le Seigneur a commandé aux premiers dirigeants de l'Église d'entamer une action contre les transgresseurs non repentants. Il a aussi prescrit la procédure à suivre dans ce cas : « Et celui qui ne se repent pas de ses péchés et ne les confesse pas, vous l'amènerez devant l'Église et vous ferez de lui ce que l'Écriture vous dit, soit par commandement, soit par révélation. » (D&A 64:12)

Agir de la sorte avec « celui qui ne se repent pas » correspond à suivre les principes et les procédures spécifiés dans les Écritures. Quand ce conseil fut donné en 1831, les dirigeants de l'Église disposaient de nombreuses Écritures comprenant les principes de l'action disciplinaire de l'Église et les transgressions pour lesquelles elle s'imposait. Ces conseils scripturaires se trouvent dans la Bible, le Livre de Mormon et la révélation moderne, notamment la « loi de l'Église » (D&A 42) donnée six mois auparavant (la section 102 des Doctrine et Alliances qui explique la procédure utilisée dans les grands conseils vint plusieurs années plus tard).

Les termes suivants du verset cité plus haut expliquent comment les conseils scripturaires doivent être appliqués dans l'action disciplinaire de l'Église : « soit par commandement, soit par révélation » (D&A 64:12).

L'application des Écritures par commandement signifie de suivre leurs conseils à la lettre, y compris dans la procédure habituelle qui inclut de recevoir et d'évaluer les preuves, comme dans un tribunal civil. Par exemple, dans la révélation donnée juste un mois plus tard, l'évêque était présenté comme « juge en Israël... pour juger son peuple par le témoignage des justes » (D&A 58:17-18). À l’opposé, l'application de ces Écritures « par révélation » va au-delà du fait de les suivre à la lettre et de se limiter à des preuves devant une commission. La révélation suivante relative à la procédure du grand conseil donne un exemple du sens de cette directive : « En cas de difficulté concernant la doctrine ou les principes, si les Écritures sont insuffisantes pour rendre le cas clair dans l'esprit du conseil, le président peut interroger le Seigneur et obtenir sa volonté par révélation. » (D&A 102:23)

Cette mention d'une « difficulté concernant la doctrine ou les principes » semble limiter cette directive aux révélations sur les principes de gouvernement, sur des sujets tels que la signification des commandements (ce qu'ils interdisent). Apparemment il ne s'agit pas ici d'une révélation qui dévoilerait, à propos de quelqu'un, la culpabilité dont le conseil n'aurait pas la preuve. Ce que Joseph F. Smith a dit peu après être devenu président de l'Église confirme cette interprétation. Dans un procès d'assises, un témoin affirma qu'il savait que l'accusé était coupable parce qu'il avait appris cela par révélation. En réponse aux critiques publiques qui prétendirent que l'Église approuvait les dires de ce témoin, le président Smith déclara : « Une telle preuve ne serait pas acceptable dans un tribunal de l'Église où l'utilisation d'une preuve, bien qu'elle ne réponde pas à des critères aussi techniques que dans un tribunal civil, est fondée en grande partie sur les mêmes principes. » (Joseph Fielding Smith, Doctrine de l'Évangile, p. 40)

La déclaration du président Smith mit l'Église à l'écart d'un procès dans lequel un témoin déclara, sur la base de la révélation, que l'accusé était coupable. Cependant, sa déclaration n'enlève pas la possibilité qu'un témoin reçoive de l'inspiration pour l'aider à témoigner, à se souvenir des preuves ou à les exprimer. La déclaration du président Smith n'exclut pas non plus que l'officier président et les membres d'une commission disciplinaire de l'Église s'appuient sur la révélation pour déterminer la culpabilité ou l'innocence de l'accusé. Nous ne pourrions pas nier l'efficacité de la révélation dans ce domaine sans aller à l'opposé de l'organisation et du but de l'Église, et de sa direction divine. Mais, bien que nous affirmions le bien fondé de la révélation à ce propos, nous devons mettre l'accent sur le fait que cette révélation est soumise à une limite importante mais que cette limite ne s'applique pas aux officiers présidents qui reçoivent et évaluent les preuves selon la procédure habituelle ou par la révélation clarifiant la signification d'un commandement.

Bien qu'une commission disciplinaire de l'Église traite les preuves de façon comparable à un tribunal civil, l'officier président est seul juge et ses décisions n'ont pas à être soutenues unanimement par les autres membres de la commission. Si un des membres de la commission pense qu'il y a une erreur dans la décision, « le cas fera l'objet d'une nouvelle audience » (D&A 102:20), ce qui, selon moi, ne signifie pas qu’on procède à nouveau à l’audition des preuves, mais qu’on les réexamine. À moins que ce réexamen apporte « une lumière supplémentaire » qui modifierait la décision, il est prévu que « la première décision sera maintenue, la majorité du conseil ayant le pouvoir de la déterminer » (D&A 102:21-22). Autrement dit, quand il s'agit d'évaluer les preuves dans un cas qui ne fait pas l'unanimité, le résultat est déterminé par l'officier président et une majorité de la commission.

Je pense qu'il en est autrement quand la décision est fondée sur la révélation plutôt que sur les preuves. Si une commission disciplinaire devait s'appuyer sur la révélation pour apporter la preuve de la culpabilité, cela devrait se faire uniquement en accord avec la procédure prévue pour l'action des commissions de la prêtrise en général : « Toute décision prise par l'un ou l'autre de ces collèges doit être à l'unanimité des voix qui le composent ; c'est à dire que chaque membre du collège doit être d'accord avec les décisions de celui-ci pour que les décisions aient le même pouvoir ou la même validité dans l'un que dans l'autre » (D&A 107:27). En d'autres termes, si la commission disciplinaire s'appuie sur la révélation pour apporter tout élément complémentaire de preuve devant la commission, cet élément doit obtenir l'unanimité des membres de la commission.

En public ou en privé

Une autre différence entre les procédures des commissions qui appliquent les lois de Dieu et celles des tribunaux qui appliquent les lois de l'homme est la mesure dans laquelle leur action parvient à la connaissance du public.

En général la Constitution et la loi des États et des nations garantissent un jugement public à celui qui est accusé de crime. Pour l'accusé, ceci est une importante garantie d'équité et de justice. En revanche, la plupart des actions disciplinaires de l'Église sont confidentielles. Pour sauvegarder la vie privée du membre et le processus de repentir, le juge et les autres participants sont liés par le plus solennel devoir de confidentialité. Là où une action disciplinaire a été engagée, il peut s'avérer nécessaire d'en faire connaître publiquement le résultat (mais pas les détails de la transgression) pour répondre aux buts de l'action disciplinaire.

Si le but d'une action disciplinaire, comme une excommunication ou une disqualification, est de sauvegarder la respectabilité et l'influence morale de l'Église, il pourra être nécessaire de rendre publique cette action disciplinaire pour qu'elle atteigne son objectif. Une annonce publique peut aussi être nécessaire dans le cas où il y a lieu de protéger l'innocent. Si le troupeau doit être protégé contre un prédateur, il se pourra que celui-ci doive être publiquement identifié comme tel.

Quoiqu'il en soit, dans la plupart des cas où l'action disciplinaire est motivée par le seul désir de sauver l'âme du transgresseur, elle reste confidentielle, et ne peut être communiquée qu'à ceux qui doivent en être informés. En général, la décision de mettre une personne à l'épreuve n'est annoncée à personne. Les décisions d'excommunier ou de disqualifier sont annoncées en privé aux officiers locaux qui ont besoin de cette information pour accomplir leur devoir dans l'Église.

Ces principes sont dictés par la révélation. La révélation connue sous le nom de « la loi de l'Église » proclame le principe de la confidentialité : « S'ils ne confessent pas, tu les livreras à l'Église, pas aux membres, mais aux anciens. Cela se fera dans une réunion, pas devant le monde. » (D&A 42:89)

La révélation déclare ensuite que les personnes qui « en offensent beaucoup... seront châtié[es] devant beaucoup », et « si quelqu'un t'offense ouvertement, il sera réprimandé ouvertement, afin qu'il ait honte » (D&A 42:90-91). À l’opposé, « si quelqu'un t'offense en secret, il sera réprimandé en secret, afin qu'il ait l'occasion de confesser en secret à celui ou à celle qu'il a offensé, et à Dieu, afin que l'Église ne lui fasse pas de reproche. » (D&A 42:92)

Cette révélation montre l'interaction entre deux buts différents de la sanction : protéger la respectabilité et l'influence morale de l'Église et faciliter le repentir. Quand un péché grave est connu de tous ou s'il y a de nombreuses victimes, et particulièrement si le transgresseur est un membre occupant un poste en vue dans l'Église, l'action disciplinaire de l'Église, dont le but est de sauvegarder la respectabilité et l'influence morale de l'Église, commande que l'action disciplinaire soit rendue publique. Celui qui « offense ouvertement... sera réprimandé ouvertement ». D'un autre côté, quand un péché n'est pas connu de tous, le repentir et l'action disciplinaire de l'Église peuvent être traités de façon privée. Celui qui « offense en secret... sera réprimandé en secret ». De même, quand des personnes ne se sont ni confessées ni repenties, elles sont présentées devant une réunion d'anciens agissant an nom de l'Église, « et pas devant le monde ». Ceci montre l'importance de la confidentialité dans l'action disciplinaire de l'Église envers les membres ordinaires et dont le seul but est de sauver l'âme du transgresseur.

L'apostasie

Cette présentation des différences entre les lois de Dieu et les lois de l'homme ne serait pas complète si on ne considérait pas le péché de l'apostasie. Quelques-unes des transgressions graves traitées par l'action disciplinaire de l'Église, telles que le meurtre, le vol et la violence sexuelle, constituent aussi de graves délits. À l’opposé, il y a deux transgressions graves qui ne sont pas considérées comme de graves délits dans le droit civil ; ce sont l'adultère (dont il a été question précédemment) et l'apostasie. Bien qu'elle ait un lien avec les délits de trahison, de sédition et autres, l'apostasie n'appartient qu'au droit religieux. L'apostasie, telle qu'elle est définie et traitée par l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, est le fait d'enseigner et/ou de pratiquer de fausses doctrines, et pas simplement d'y croire.

La différence essentielle qui existe entre le fait de croire à une fausse doctrine et celle de l'enseigner a été définie dans une directive donnée par George Q. Cannon :

« Un ami... voulait savoir si nous... considérions qu'une simple différence de point de vue entre un membre et les Autorités de l'Église pouvait être assimilée à de l'apostasie. Nous répondîmes que nous n'avions jamais déclaré qu'une simple différence de point de vue entre un membre de l'Église et les Autorités constituait une apostasie, car nous pouvions concevoir qu'un homme puisse avoir un point de vue différent de celui des Autorités de l'Église sans pour autant être un apostat ; mais nous ne pouvions concevoir qu'un homme publie ces différences de vue et cherche à diviser l'Église et à lutter contre les Autorités au moyen d'arguments, de sophisme et de plaidoyers présentés sous un mauvais angle sans qu'il soit considéré comme un apostat, car une telle conduite était de l'apostasie, tel que nous comprenons ce terme. » (George Q. Cannon, Gospel Truth, éd. Jerrel L. Newquist, Salt Lake City, Deseret Book Co., 1987, p. 493, discours donné le 3 novembre 1869)

Un demi siècle plus tard, le président Joseph F. Smith affirma cette différence dans un article important intitulé « Les principes de gouvernement dans l'Église ». Il dit qu'un homme qui professe être membre de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours mais « qui ignore et rejette la doctrine de l'expiation... n'est pas digne d'être membre de l'Église.

« Il peut être considéré inoffensif ou sans grand danger pour les autres aussi longtemps qu'il garde la bouche fermée et ne divulgue pas ses doctrines pernicieuses, et il peut lui être permis de rester membre de l'Église ; mais à partir du moment où vous le trouvez essayant d'empoisonner l'esprit de quelqu'un d'autre, un innocent, un naïf, un imprudent, essayant de semer les graines de la mort, de l'apostasie, de l'incrédulité et de l'infidélité dans l'esprit des innocents, à ce moment-là il revient à l'évêque de la paroisse où l'homme réside de le prendre à part et de le juger. » (Joseph F. Smith, dans Messages of the First Presidency, vol. 5, p. 83 ; voir aussi Improvement Era, novembre 1917, p. 7, 11)

Pour les besoins de l'action disciplinaire, l'Église définit actuellement l'apostasie comme se rapportant aux membres qui, (1) de manière répétée s'opposent publiquement et de façon délibérée et déclarée à l'Église ou à ses dirigeants, (2) persistent à enseigner comme doctrine de l'Église des idées personnelles, après avoir été repris par leur évêque ou une autorité supérieure ; ou (3) continuent de suivre les enseignements de sectes apostates (telles que celles qui prônent le mariage plural) après avoir été repris par leur évêque ou une autorité supérieure. Le fait d'être totalement non pratiquant dans l'Église ou même d'assister aux réunions d'une autre Église ou même d'en être membre ne constitue pas une apostasie.

Bien qu'elle ait une action très importante contre l'intégrité doctrinale de l'Église et la sécurité du troupeau de Dieu, l'apostasie est une transgression difficile à corriger par l'action disciplinaire de l'Église. Contrairement aux autres transgresseurs, l'apostat est la plupart du temps arrogant et non repentant. En fin de compte, la correction d'un apostat peut se situer à l'opposé d'une correction faite en privé, de façon utile et dévouée, ce qui est le modèle et le but premier de l'action disciplinaire de l'Église. À moins qu'elle ne soit administrée avec la plus extrême prudence, il est probable qu'une action disciplinaire engagée pour apostasie présentera quelques-uns des caractères que revêt toute action judiciaire contradictoire. Pour éviter cela, les officiers de l'Église qui se trouvent dans une telle situation devraient être particulièrement bien informés des différences qui existent entre l'action disciplinaire de l'Église et les poursuites judiciaires. Ils devraient aussi être diligents à accomplir les buts de l'action disciplinaire, particulièrement dans le fait de protéger le troupeau de Dieu, sans se perdre dans des détails de procédure et sans se mettre dans l'état d'esprit d'un tribunal civil.

Conclusion

En résumé, les lois de l'homme et les lois de Dieu poursuivent des buts différents, bien qu'elles se chevauchent partiellement. Les lois de l'homme cherchent en priorité à rendre justice pour que le coupable paie sa dette à la société. Les lois de Dieu tiennent compte de la justice, mais elles font partie d'un cadre plus large qui inclut la miséricorde et l'expiation de Jésus-Christ. À partir de là, le but principal de l'action disciplinaire de l'Église n'est pas de punir le transgresseur, mais de l'aider à se repentir et à sauver son âme. En conséquence, l'action disciplinaire de l'Église se concentre sur les conditions qui encouragent le coupable à se repentir, à recevoir la miséricorde grâce au sacrifice expiatoire de Jésus-Christ, et à opérer le changement de vie qui lui permettra d'atteindre l'exaltation.

Cette différence est mal comprise. Certains membres de l'Église commettent l'erreur de juger l'efficacité de l'action disciplinaire de l'Église en évaluant la sanction par rapport à la transgression. Les membres qui tentent ce genre d'évaluation comprennent mal les lois de Dieu et les buts de l'action disciplinaire de l'Église. D'autres commettent l'erreur d'essayer de déterminer si l'action disciplinaire est juste et opportune alors qu'ils ne connaissent pas l'ensemble des faits qui, dans une action disciplinaire de l'Église, sont confidentiels et habituellement connus seulement de l'évêque ou du président de pieu. Même si les faits sont connus, un observateur extérieur ne connaît pas le point le plus important sur lequel s'appuie l'action disciplinaire de l'Église, à savoir : la sincérité du repentir du transgresseur.

La procédure de l'action disciplinaire de l'Église diffère de la procédure civile dans le sens où elle facilite les buts de la sanction, ce qui n'est généralement pas le cas d'un jugement civil. Tout cela est en accord avec la déclaration du Seigneur qui dit que tout doit se faire à sa manière (voir D&A 104:16).