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Étude des changements
dans le texte des
éditions
du Livre de Mormon
George A. Horton, fils
Professeur d'Écritures
anciennes à l'université Brigham Young
-
« Impossible ! », dis-je.
Le représentant de l'autre Église se contenta de sourire comme s'il m'avait pris au piège et il me passa un vieil exemplaire usé du Livre de
Mormon.
- Voyez vous-même, me jeta-t-il avec arrogance.
Quand nous avions frappé à sa porte, il était en bas dans son sous-sol en train d'imprimer des tracts contre les mormons. « Comment pouvez-vous
croire que le Livre de Mormon soit parfait ? », nous reprocha-t-il ! « Tenez, il est plein de fautes ».
- Donnez-moi un seul exemple, répliquai-je avec la grande confiance d'un missionnaire.
- Bon, répliqua-t-il, quand on a lu le Nouveau Testament, on sait que Jésus n'est pas né dans la ville de Jérusalem comme le dit Alma 7:10.
- Le texte ne dit pas cela, dis-je. Il dit qu'il est né « à Jérusalem, qui est le pays de nos ancêtres ».
Son sourire sembla s'épanouir encore quand il ouvrit une édition ancienne du Livre de Mormon à la page citant Alma 7:10 ; il me montra le passage
et lut : « À Jérusalem qui est dans le pays de nos ancêtres ».
Vérifiant rapidement
dans mon exemplaire des Écritures, je restai presque sans voix. Mais c'était bien le cas, et le changement dans le texte me sautait aux yeux !
« Impossible »,
murmurai-je.
Par la suite, j'ai
appris que pour Alma 7:10, le texte de mon édition était exactement le même que celui de la première édition. Le petit mot anglais in qui veut dire dans était
vraiment une erreur qui s'était glissée après la première édition. J'acceptais que des erreurs soient inévitables dans n'importe quel exemplaire ou dans n'importe quelle
transcription et cela me satisfaisait donc.
Mais quelle aurait été
ma réaction si j'avais su alors que vraiment des milliers de corrections ont été faites dans le Livre de Mormon. Pour comprendre pourquoi toutes ces corrections ont été faites
au fil des années, certaines précisions historiques sont nécessaires.
Histoire des diverses éditions
Bien que Joseph Smith ait été le traducteur du Livre de Mormon, l’orthographe de la première édition était celle d’Oliver Cowdery et la
ponctuation était celle de John H. Gilbert.
Concernant le temps passé à écrire pour
Joseph, Oliver le décrit comme « des jours inoubliables ! Cela éveillait en mon sein la gratitude la plus profonde que de pouvoir être là à écouter le son d'une voix parlant
sous l'inspiration du ciel. Jour après jour, je continuai, sans interruption, à écrire l'histoire… telle qu'elle tombait de ses lèvres, tandis qu'il traduisait à l'aide de l'urim
et du thummim » (Messenger and Advocate, octobre 1834, p. 14).
Voir les pages du manuscrit original qui
existent encore, c’est avoir la certitude que c’est un document dicté.
L'homme responsable de la ponctuation de la
première édition du Livre de Mormon a été John H. Gilbert, le compositeur qui n'était pas membre de l'Église et qui travaillait pour E. B. Grandin, qui publiait cette édition.
D'après Gilbert, c'est Hyrum Smith qui apporta à l'éditeur le premier manuscrit de 24 pages destiné à l'impression :
« Il l’avait sous sa veste et la veste et le manteau étaient
soigneusement boutonnés par-dessus. Le soir il vint rechercher le manuscrit et l’emporta avec les mêmes précautions. Le lendemain matin, il le rapporta avec la même vigilance
et l’emporta le soir... Le deuxième jour, Martin Harris et lui étant à l’atelier – j’ai attiré leur attention sur une faute de grammaire et j’ai demandé si je devais la
corriger. Harris a brièvement consulté Hyrum Smith, s’est tourné vers moi et a dit : « L’Ancien Testament contient des fautes de grammaire, composez-le tel qu’il est écrit ».
« Après avoir travaillé quelques jours, j’ai dit à Hyrum Smith, quand
il m’a remis le manuscrit le matin : « M. Smith, si vous me laissiez ce manuscrit, je pourrais le reprendre chez moi ce soir, le lire et le ponctuer ». Il a répondu : « Il nous
est commandé de ne pas le laisser ». Quelques matins plus tard, quand il m’a remis le manuscrit, il m’a dit : « Si vous me donnez votre parole que ce manuscrit nous sera rendu
quand vous en aurez fini, je vous le laisserai ». ...Pendant deux ou trois soirs, je l’ai repris à la maison, je l’ai lu et je l’ai ponctué au crayon » (dans Wilford C. Wood,
Joseph Smith Begins His Work, vol. 1, Salt Lake City, Wilford C. Wood, 1959).
À la suite de son travail, quelque 30.000 à
35.000 signes de ponctuation furent ajoutés.
La composition à partir du manuscrit de
l’imprimeur (qui était la copie qu’Oliver Cowdery avait faite à partir du manuscrit original) commença en août 1829. En mars 1830, le livre était terminé. Mais Joseph Smith
s’était peu occupé de la supervision de l’impression de la première édition. En fait, sa présence dans l’atelier de Grandin n’est signalée qu’une fois pendant environ quinze à
vingt minutes au cours de cette impression.
Dès que la première édition fut publiée, les
lecteurs commencèrent à trouver des fautes de typographie, d’orthographe et de grammaire. Le 25 juin 1833, Joseph écrivit à l’imprimeur, W. W. Phelps : « Dès que nous pourrons
en avoir le temps, nous reverrons les manuscrits du Livre de Mormon, après quoi ils vous seront expédiés. » (History of the Church, 1:363).
Le prophète, avec l’aide d’Oliver Cowdery,
prépara la deuxième édition (1837). À ce moment-là, ils firent plus de mille corrections – grammaticales pour la plupart – et ajoutèrent quelques clarifications mineures.
Entre-temps, le prophète, qui avait fait peu d’études, avait appris les rudiments de l’hébreu, et la grammaire anglaise. (voir History of the Church, 2:390, 474 ;
3:26).
Les éditions de 1840 et de 1842 furent soigneusement revues par
Joseph Smith. Mais entre-temps, Oliver Cowdery avait quitté l’Église en prenant le manuscrit de l’imprimeur avec lui.
À la date du 15 janvier 1842, Joseph Smith faisait encore des
corrections lui-même. Il écrit : « J’ai commencé à lire le Livre de Mormon à la page 54... (les pages précédentes ayant été corrigées), afin de corriger sur les épreuves
quelques erreurs qui ont échappé à notre attention dans la première édition » (History of the Church, 4:494.)
Puisque la première édition européenne en anglais suivait
l’édition de 1837, elle ne contenait pas certains de ces changements faits par Joseph Smith. C’est ainsi que les éditions américaines postérieures, qui furent tirées de la
première édition européenne, perpétuèrent ces omissions.
En 1879, John Taylor chargea Orson Pratt de préparer une
nouvelle édition du livre. Celui-ci redivisa les chapitres (les faisant passer de 114 à 239) et ajouta des numéros de versets et des références.
Au début du 20e siècle,
Heber J. Grant demanda à James E. Talmage de préparer une nouvelle édition. L’édition de 1920 fut une édition à parallèles, les références furent révisées et l’on ajouta un
guide de prononciation, un index et beaucoup d’améliorations grammaticales.
Et, plus tard, l’édition
1981 fut publiée par les soins du comité de publication des Écritures sous la direction de la Première Présidence.
Grammaire et orthographe de l’anglais américain en 1829
Pour pouvoir comprendre pourquoi ces corrections étaient nécessaires, il faut savoir que l’orthographe
de l’anglais américain en 1829 n’était pas encore normalisée. Vers cette époque, beaucoup de gens aux États-Unis insistaient pour que l’on adopte un type d’anglais qui serait
uniquement américain.
Le lexicographe Noah Webster était à la tête de ce mouvement, proposant beaucoup de nouvelles règles
pour l’orthographe américaine, dont sept sont toujours en vigueur. C’est ainsi, par exemple, que suite aux innovations de Webster, les Américains changèrent l’orthographe
britannique de theatre en theater. Toutes ses propositions ne furent cependant pas acceptées, mais elles sont révélatrices de la tendance alors courante
d’orthographier les mots phonétiquement, c’est-à-dire tels qu’on les entendait. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait fallu corriger beaucoup de mots dans le Livre de Mormon une
fois que l’orthographe de l’anglais américain s’est uniformisée plus tard au dix-neuvième siècle.
Principaux changements dans les
diverses éditions
Il ne faut pas non plus oublier qu’Oliver Cowdery écrivait ce qu’il entendait. Beaucoup de mots – les noms néphites et lamanites, par exemple –
lui étaient inconnus. Joseph dut apparemment corriger certains de ces noms propres. Remarquez également que les deux mots distincts strait qui veut dire « étroit » et
straight qui veut dire « droit » ont été prononcés exactement de la même manière par Joseph qui dictait. Mais Oliver les a écrits tous les deux avec la même orthographe,
straight à chaque fois. Il a fallu corriger dix fois straight pour qu'il devienne strait.
L’écriture d’Oliver posait également un problème au compositeur. Son r et son n sont difficiles à distinguer, de même que son b
et son l. C’est ainsi que dans la première édition, Gadianton était qualifié de nobler (plus noble) au lieu de robber (brigand). De même, le compositeur a
apparemment confondu le rm d’Oliver avec un et c’est ainsi que dans 1 Néphi, là où le manuscrit original avait formation, le compositeur a lu founation.
Puis, pensant que la lettre d avait été omise, il l’a ajoutée pour avoir foundation (fondation). Dans l’édition anglaise de 1981, fondation a de nouveau
été corrigée pour redevenir formation, comme prévu à l’origine.
Beaucoup d’autres fautes d’orthographe semblent avoir été strictement typographiques, par exemple, aaswer, amog, bacause,
daghter, mnltitude, theit, et uttered.
Un autre genre courant d’erreur de copiste se produisait quand l’œil du compositeur quittait momentanément la page. Ensuite, quand il y revenait,
il reprenait le texte à un autre endroit où la formulation était quasiment la même. L’exemple le plus frappant en est la perte de trente-cinq mots dans Alma 32:30, où les mots
semence, bonne, germe, commence et pousser sont communs à deux parties du verset.
Mais les changements les plus courants n’ont pas été dans l’orthographe, mais dans la grammaire. Par exemple, il a fallu changer 991 fois
which en who, 177 exceeding en exceedingly. Beaucoup de changements concernent le nombre ou le temps des verbes. Was a été changé en were
162 fois, is en are 74 fois et done en did dix fois.
Quelques autres changements de sens paraissent moins importants. Dans 2 Néphi 30:6, white apparaît dans les éditions de 1830 et de 1837.
Joseph changea ce mot en pure dans l'édition de 1840. Mais les éditions américaines ultérieures ne mentionnaient pas ce changement parce qu'elles avaient suivi la
première édition européenne et l'édition de 1837. Cette correction du prophète a finalement été rétablie dans l'édition de1981.
Dans Mosiah 21:28 et Éther 4:1, la première édition disait « Benjamin » là où le nom de Mosiah apparaît maintenant. En fait, il est improbable
que le roi Benjamin ait été encore vivant à la période d'histoire décrite par ces versets. Le prophète Joseph fit cette correction dans l’édition de 1837.
Nous ne pouvons qu’émettre des suppositions sur la cause de cette erreur. Sidney B. Sperry, spécialiste du Livre de Mormon, a posé cette question
intéressante : « Était-ce un lapsus de la part de Joseph Smith pendant qu’il dictait sa traduction à Oliver Cowdery ou a-t-il traduit correctement une erreur originale de la
part de Mormon, celui qui a abrégé le Livre de Mormon ? » (The Problems of the Book of Mormon, Salt Lake City, Bookcraft, 1964, p. 203.)
Au cours des années, quelques centaines de suppressions ont également été faites, essentiellement pour améliorer grammaticalement le livre. Les
mots le plus généralement éliminés ont été les mots that (que), 188 fois, the, 48 fois, it came to pass (il arriva que), 46 fois, a et and,
40 fois, et had, 29 fois.
Les ajouts ont été moins
nombreux, probablement moins de cent. Par exemple, of a été ajouté 12 fois, and, is et the 7 fois. Quelques ajouts résultent simplement du
remaniement d’une partie d’une phrase ou de la réinsertion de mots oubliés par distraction dans les éditions précédentes. Ce ne sont pas là de véritables ajouts.
Cependant, à quelques
endroits, Joseph Smith a intentionnellement ajouté au texte pour éclaircir quelque chose. C‘est le cas de l’ajout de the Son of (le Fils de) dans 1 Néphi 11:21, 32 et
13:40. Le texte serait correct avec ou sans les mots supplémentaires, mais l’ajout évite toute méprise au lecteur.
Ce que correct veut dire
Il peut être utile et
intéressant de comprendre la nature des milliers de petits changements du Livre de Mormon. Mais en réalité, le genre de précision stylistique réalisé par ces changements n’a
pas grand chose à voir avec ce que Joseph voulait dire quand il a appelé le Livre de Mormon « le plus correct de tous les livres de la terre » (History of the Church,
4:461). Son idée de ce qui était correct n’a rien à voir avec les règles de grammaire, d’orthographe ou de ponctuation.
Il peut être utile de
considérer une définition du mot correct reconnue à l'époque de Joseph Smith. Le dictionnaire Webster de 1828 définit correct comme « au sens littéral, présenté
justement ou rendu droit. D'où, droit, conforme à la vérité, à la droiture ou à la correction, ou conforme à une norme juste ... des manières correctes sont en rapport
avec les règles de morale et les notions acceptées de bienséance ... des principes corrects correspondent à la vérité ».
Le Livre de Mormon
réussit le test de ce concept car ses principes coïncident avec la vérité. Et, comme Joseph Smith l'a lui-même expliqué, le test final de son exactitude est dans la vie de ceux
qui mettent ses principes en pratique. En effet, il a promis que nous nous approcherions davantage de Dieu en suivant les préceptes de ce livre que par n’importe quel autre (History
of the Church, 4:461).
Sources :
• Ensign,
Decembre 1983, p. 25
• L’Étoile,
septembre 1984, pp. 44-49
• Marcel
Kahne, Changements dans le texte du Livre de Mormon
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