Mémoires d’un mormon, L.A. Bertrand, Collection Hetzel, chez Dentu, Paris, 1862

 

Commentaire de La feuille d'olivier : Dans Mémoires d'un mormon, Louis Bertrand interpelle ses compatriotes français de la deuxième moitié du XIXe siècle. L'éclectisme et la verve de l'auteur rendent le récit passionnant et sa personnalité intrépide suscite très tôt l'attachement du lecteur. Il est manifeste que Louis Bertrand, homme d'une indépendance d'esprit hors du commun, a su pénétrer le coeur du mormonisme. Son discours, caractéristique du XIXe siècle, n'est pas toujours adapté à notre époque. Cependant, nous avons choisi de diffuser Mémoires d'un mormon pour sa valeur historique et l'authenticité de son témoignage.

 

 

X

 

Conjectures des principaux publicistes français sur l’avenir politiques des mormons. - Cataclysme américain. - Résumé. - Conclusion.

 

 

      Tous ceux qui, soit en France, soit ailleurs, ont écrit sur le mormonisme, sont unanimes sur ce point, qu'une telle absurdité ne peut durer ; c’est déjà trop qu’elle ait commencé. « Trois choses la maintiennent : son isolement, la nouveauté de son enthousiasme et l'habileté de son chef. Or, Brigham mourra, et on trouvera difficilement une suite du chefs aussi bien doués et adaptés à leur rôle. D’autre part, l'enthousiasme vieillira, et, si l’on regarde les religions précédentes, on n'en trouvera guère dont la foi vive et la ferveur pieuse ait duré plus de cent ans. Enfin, les déserts se peupleront, et la civilisation ordinaire rejoindra et enveloppera ce petit monde. Il est probable qu'alors ses vices intimes feront leur effet ; et l'on a de la peine à croire qu'une société fondée sur l'ignorance, sur l'asservissement des sujets et sur l'abaissement des femmes puisse durer quand son fanatisme se sera refroidi, quand son chef sera un homme ordinaire, et quand la civilisation environnante l'attaquera par la contagion de la science solide et profonde, de la liberté civile et religieuse, du mariage légal et naturel. » Tel est l'oracle qui a été prononcé contre nous par M. Taine dans les Débats du 31 janvier 1861.

 

      L'autorité du célèbre inventeur du naturalisme en matière religieuse est certes d'un grand poids ! Nous lui ferons cependant remarquer humblement que l'exil des mormons dans les vastes solitudes d'Utah leur ayant été imposé par la force, leur isolement actuel n'est nullement volontaire, et n'a nullement été la condition de leur succès. Cette religion, qui asservit les hommes, en établissant parmi eux la plus grande égalité possible, au point de vue religieux comme au point de vue politique ; qui abrutit les femmes, en faisant de toutes d'honnêtes mères de familles et en détruisant ainsi la prostitution ; cette religion, dis-je, s'était formée, développée sous le contact passablement brutal de la civilisation ordinaire du Missouri et de l'Illinois. Là, en butte à des violences immédiates et atroces, les disciples de Joseph Smith ont montré le même dévouement à la cause qu'ils croient sainte, la même chaleur de conviction que dans leur asile actuel, où la calomnie seule les poursuit encore à travers les déserts.

 

      Nous ne savons pas trop sur quelles données historiques se fonde M. Taine pour fixer à cent ans la moyenne de l'enthousiasme dans chaque religion, comme la climatologie fixe la moyenne de chaleur dans chaque latitude. La mythologie grecque, la théocratie druidique, le brahmanisme, le bouddhisme, et bien d'autres cultes ont régné pendant plusieurs siècles par la foi. Le fanatisme religieux et conquérant des sectateurs de Mahomet a persisté chez les Arabes, puis chez les Turcs, du VIIe au XVe siècle. Aujourd'hui même, il brûle encore dans bien des cœurs ; les événements du Liban n'ont que trop démontré qu'il y a encore là de vrais musulmans, de même qu'il y a encore en Bretagne de vrais catholiques. Enfin, la religion qui, à toutes les époques, a retenu et concentré les plus vives parcelles de la vérité divine, le christianisme, dont notre foi est le complément suprême, a eu assurément plus d'un siècle de ferveur primitive. Elle a eu, dans ses évolutions ultérieures, des périodes de recrudescence, d'ardeur religieuse, qui se sont prolongées bien au delà de ce terme moyen de cent ans, imaginé par le rationalisme moderne.

 

      Ainsi, même en n'envisageant les choses qu'à un point de vue purement humain, les prévisions philosophiques sur la durée du mormonisme ne sont pas très inquiétantes. Il est un fait plus incroyable que notre révélation, que tous les miracles de la tradition chrétienne, c'est la persistance superbe de la raison humaine dans son infaillibilité en présence des rudes démentis qui lui sont infligés chaque jour. Il y a trente ans, lorsque Joseph fondait son Église dans la loghouse de David Whitmer, à Manchester (New York), avec un personnel de cinq membres, quel homme d'État, quel rationaliste des deux mondes aurait pu prévoir l'état actuel de cette Église ? Nous ne voulons pas opposer nos pronostics à ceux du rationalisme, on nous traiterait d'insensé, comme on eût fait à ceux qui auraient prédit, à l'époque de la naissance du roi de Rome, la restauration de la maison de Bourbon ; en 1814, les événements des Cent Jours, et ainsi de suite. Mais les progrès du mormonisme ont été assez prompts, assez inattendus pour que ceux qui n'ont pas su prévoir ce qui s'est déjà réalisé soient un peu plus circonspects dans leurs appréciations de l'avenir.

 

      Un autre critique de la nouvelle religion s'est occupé de nous sous ce titre : Le mormonisme et les États-Unis (Revue des Deux Mondes du 15 avril1861). Ce titre, pour le dire en passant, est un argument en notre faveur sous la plume de nos adversaires. Il implique une reconnaissance involontaire, forcée, de l'importance sociale conquise en si peu d'années par l'œuvre du prophète américain.

 

      Le critique dont il s'agit ici, M. Élisée Reclus, a visité les États-Unis, mais non le pays des mormons. Il ne les connaît que par des récits ou des écrits hostiles :

« Je ne vois là, dit-il dédaigneusement, qu'un ramassis d'idiots de tout pays, de toute langue, au nombre de cent mille, qui, disséminés sur un plateau presque aussi vaste que la France, ne sont qu'une goutte d'eau an milieu de l'Océan. Trente millions d'hommes libres les enserrent de toutes parts. Du côté de la Californie, soixante mille colons s'avancent par Carson Valley vers les bords du lac Salé ; du côté du Kansas, cent mille citoyens marchent à pas de géant vers les montagnes Rocheuses. Dans dix ans, un chemin de fer reliera San Louis à San Francisco. Pris entre deux feux, les mormons n'auront qu'à choisir l'une de ces alternatives : se fondre parmi ces sociétés plus civilisées, ou bien aller peupler l'une des îles du Pacifique..... » J'ignore si M. Élisée Reclus, en tirant cet horoscope, a cru faire honneur au nom du prophète qu'il porte, mais je crains bien qu'il ne se soit étrangement fourvoyé. L'avenir, un avenir prochain, démontrera toute l'inanité des pronostics que tant d'écrivains se sont permis de faire sur l'œuvre de Joseph. Depuis le jour de sa fondation, les scribes et les pharisiens américains n'ont cessé de prophétiser périodiquement son anéantissement. À force de vouloir exterminer les mormons, ils en ont fait une véritable puissance.

 

      Dès le lendemain de mon retour à Paris (11 décembre 1859), je tins à mes nombreux amis ce langage : « Avant mon départ des États-Unis, j'ai soigneusement étudié l'esprit public du peuple américain. À la prochaine élection du président, la brûlante question de l'esclavage sera la pierre d'achoppement de cette jeune et puissante république. Le candidat républicain sera certainement élu. La rupture de l'Union en sera la conséquence immédiate. Dès lors, les tiers États américains marcheront à l'inconnu. L'œuvre de Washington périra dans un immense bain de sang. »

 

      Cette sombre prophétie, si bien vérifiée depuis, ne trouva partout que des incrédules. Il n'y avait là, chez moi, aucun mérite personnel de divination. Le cataclysme américain est pour nous, mormons, un article de foi depuis bien des années.

 

      Dès l'an 1832, c'est-à-dire à l'époque où les merveilleux progrès de la Jeune Amérique excitaient au plus haut degré l'admiration et l'envie de l'ancien monde, où les germes destructeurs qui se développent si rapidement et d'une manière si effrayante aujourd'hui étaient aussi bien cachés qu'en janvier les larves d'insectes nuisibles l'été ; - en 1832, dis-je, la révolution qui commence dans le Nouveau Monde, et le contrecoup violent qu'elle aura dans l'ancien, ont été solennellement prédits par l'humble fondateur du mormonisme.

 

      Dans l'intérêt de la vérité, je constate, dès à présent, qu'aucun publiciste européen n'avait su prévoir les graves événements qui, depuis près d'un an, ont éclaté de l'autre côté de l'Atlantique. Or, la guerre civile actuelle ne constitue que la première phase du bouleversement américain, qui nous a été annoncé, il y a près de trente ans, par l'étonnante prophétie qu'on va lire. Je ferai remarquer, et l'on va saisir l'importance de l'observation, que cette prophétie a été publiée par notre église, à Liverpool, dès l'année 1851, dans l'opuscule The Pearl of Great Price.

 

 

 

Révélation donnée à Joseph Smith,

le 25 décembre 1832.

 

 

      « En vérité, ainsi dit le Seigneur, touchant les guerres qui éclateront bientôt, en commençant par la rébellion de la Caroline du Sud, et qui occasionneront bien des morts et des calamités ; les jours viendront où la guerre se répandra sur toutes les nations, en commençant par cet endroit. Car, voici : les États du Sud se sépareront des États du Nord, et les premiers feront appel à d'autres nations, même à la Grande-Bretagne, ainsi qu'elle est nommée, et ces nations feront appel à leur tour à d'autres nations pour se défendre contre d'autres encore ; et ainsi la guerre se répandra sur tous les peuples. Et il arrivera qu'après un temps les esclaves se révolteront contre leurs maîtres, qui s'enrôleront et se disciplineront pour faire la guerre. Et il arrivera que ceux qui restent des anciens possesseurs du pays se coaliseront également ; ils deviendront extrêmement furieux, et infligeront aux gentils de rudes châtiments. C'est ainsi que par I’épée et l'effusion du sang seront frappés les habitants de la terre ; c'est ainsi que par la famine, la peste, des tremblements de terre, des éclairs fulgurants et la foudre du ciel, ils subiront les effets de l'indignation et de la main vengeresse d'un Dieu tout-puissant, jusqu'à ce que toutes les nations aient été complètement détruites, afin que les cris et le sang des saints cessent de monter de la terre vers le Dieu des armées pour lui demander vengeance contre leurs ennemis. C'est pourquoi, restez dans vos lieux saints sans vous troubler, jusqu'à ce que vienne le jour du Seigneur ; car, voici, il vient bientôt, dit l'Éternel. Amen. »

 

      Jamais divine prophétie plus claire ni plus précise ne fut donnée au genre humain. Nous engageons tout lecteur sérieux à en méditer le texte. Cette révélation deviendra célèbre dans l'histoire future de l'humanité. Nous allons assister à son accomplissement littéral sur les deux hémisphères.

 

      Vingt-huit ans moins un jour après cette révélation, c'est-à-dire le 24 décembre 1860, M. Pickens, gouverneur de la Caroline du Sud, annonçait par une proclamation que cet État, brisant le lien fédéral, se séparait de l'Union. À cette nouvelle, les Élie et les Élisée du rationalisme déclarèrent unanimement que cet acte révolutionnaire n'aurait aucune conséquence sérieuse. J'annonçai, moi, que les États cotonniers, puis les autres de l'extrême Sud, briseraient tous successivement le lien fédéral, pour constituer une nouvelle confédération, dont l'esclavage serait la base. Après l'impolitique pendaison de John Brown en Virginie, Dieu frappa les chefs du peuple américain d'une cécité morale complète. Le président Buchanan, par son inaction, ses ministres, par leur connivence avec les meneurs révolutionnaires, contribuèrent puissamment à propager dans tout le Sud la fièvre séparatiste. Les amis de la Constitution déployèrent les plus louables efforts pour maintenir intacte cette première grande charte des droits de l'homme. Tout fut inutile. En désespoir de cause, la Virginie, mère de Washington, fit un appel à tous les États pour former un Congrès de la paix. Environ deux cents vieillards, deux cents hommes fossiles, se réunirent en conférence à Washington pour délibérer, à huit clos, sur le sort de la république. Il ne sortit que de vaines paroles de ce cénacle conservateur.

 

      Cependant, les six États à esclaves de l'extrême Sud, ayant formé une nouvelle fédération, avaient mis à leur tête Jefferson Davis, un homme de guerre. Alors les yeux des amis de la Constitution se tournèrent avec anxiété vers l'élu des États libres du Nord. Le moment était solennel. Une seule chance restait pour sauver l'Union : c'était l'appel au peuple américain. Lui seul avait le droit de donner à une convention nationale le mandat de reconnaître ou non l'indépendance de la nouvelle fédération. Le 4 mars 1861, jour de son installation, M. Lincoln célébra, dans une effusion lyrique, les ineffables douceurs de la paix. Il nia la révolution, et attendit stoïquement le défi de son beau-frère Davis.

 

      Cet accomplissement littéral de la première partie de la prédiction de Joseph Smith nous dispense de tout commentaire. C'est à Charleston, ville principale de la Caroline du Sud, que s'est détraquée, puis à jamais brisée la puissante organisation du parti démocratique qui gouvernait l'Union depuis près d'un demi-siècle. C'est là que les deux principales fractions de ce parti, les partisans quand même de l'esclavage et les démocrates du Nord, s'étant réunis en convention le 23 avril 1860 pour nommer un candidat à la présidence, ne purent jamais s'entendre sur le choix à faire. Dès le début, les exaltés du Sud manœuvrèrent pour exclure le fameux sénateur Douglas, candidat favori de la majorité. Après les débats les plus orageux, après cinquante-sept tours de scrutin inutiles, la convention finit par se disloquer misérablement, sans pouvoir même nommer un candidat. C'est ainsi que commença le grand schisme national entre la démocratie du Nord et celle du Sud, ce qui rendit possible l'avènement de l'abolitionnisme au pouvoir. C'est encore dans cette ville qu'a été proclamée l'indépendance nationale de la Caroline du Sud. Enfin, le 12 avril 1861, cette même cité de Charleston a tiré sur le drapeau fédéral les premiers coups de canon qui ont commencé la guerre civile.

 

      Ici, au risque d'exciter encore quelques sourires d'incrédulité, nous ne pouvons nous dispenser de mentionner un autre document, non plus prophétique, mais historique, et qui émane directement du fondateur du mormonisme. En 1844, les disciples de Joseph Smith voulaient lui donner leurs voix pour la présidence, et l'annonce de sa candidature, stimulant la rage de ses ennemis, a sans doute hâté l'accomplissement de leurs abominables projets. Cédant aux vœux manifestés autour de lui, le prophète publia à Nauvoo, le 7 février 1844, moins de cinq mois avant sa mort, un manifeste électoral, sous ce titre : « Vues sur les pouvoirs et la politique du gouvernement des États-Unis. » Joseph ne se faisait assurément aucune illusion sur les chances de sa candidature ; et néanmoins, depuis Washington, jamais le peuple américain n'avait reçu de plus sages conseils. Il proposait, notamment, l'affranchissement général des esclaves, an moyen du rachat, proposition dont on ne méconnaîtra pas aujourd'hui, sans doute, la clairvoyante sagesse. Voici ce qu'il disait à cet égard aux planteurs du Sud :

 

      « Pétitionnez aussi, vous, gens de bien parmi les habitants des États à esclaves, pour que vos législateurs abolissent dès aujourd'hui, ou au plus tard vers 1850, la servitude des noirs, et pour que les abolitionnistes échappent à l'outrage et à la ruine, à l'infamie et à la honte. Priez le Congrès pour que l'on paye à chaque individu un prix raisonnable pour ses esclaves, et qu'on subvienne à cette dépense au moyen de l'excédant des ressources que produit la vente des terres publiques, et d'une réduction faite sur le traitement des membres du Congrès. Brisez Ies chaînes des pauvres noirs, et prenez-les à gage comme les autres humains, car une heure de vertueuse liber té sur la terre vaut toute une éternité d'esclavage..... Dans les États-Unis, le peuple est le gouvernement, il est le seul souverain qui doive régner, le seul pouvoir qui doive être obéi, le seul gentleman qui doive être honoré, à l'intérieur comme à l'extérieur, sur terre ou sur mer. Si donc je devenais président des États-Unis par les suffrages d'un peuple vertueux, j'honorerais les anciennes traces des pères vénérés de la liberté, je marcherais dans le sentier des illustres patriotes qui portèrent l'arche du gouvernement sur leurs épaules, en ne visant qu'à la gloire du peuple. Et si ce peuple pétitionnait pour abolir la servitude dans les États à esclaves, j'emploierais tous les moyens honorables pour faire exaucer ses prières, et donner la liberté aux captifs, en accordant aux gentlemen du Sud un équivalent raisonnable de leur propriété, afin que la nation entière pût être véritablement libre !.... »

 

      À ces avis salutaires, on répondit par l'assassinat de Joseph, puis par toutes les persécutions dont nous avons donné le détail ; et ces violences iniques, bien loin de nous nuire, n'ont fait que profiter à notre cause. Si les Américains nous laissent quelque repos, c'est qu'une épreuve décisive leur a démontré l'impossibilité de nous forcer dans notre dernier asile, et surtout d'ébranler notre foi. Enfin, leurs propres affaires, qui sont si déplorablement embrouillées, ne leur laissent plus le loisir de s'occuper des nôtres.

 

      L'histoire des États-Unis était une vivante preuve de la puissance des idées démocratiques. Jamais nation, ancienne ou moderne, n'avait progressé si rapidement que les fils des premiers colons. Il y a quelques mois à peine, le peuple américain disputait encore le sceptre commercial de l'univers aux plus puissantes nations de l'Europe. Ses produits figuraient avantageusement sur tous les marchés, son pavillon étoilé flottait sur toutes les mers. Après Londres, New York passait pour la cité la plus commerçante du globe ; les opprimés de l'ancien monde enviaient au nouveau les bienfaits de l'admirable constitution des États-Unis. Les yeux de tous les amis du progrès se tournaient avec amour vers ces rivages fortunés, où s'élevait majestueusement le plus magnifique temple que des mains humaines eussent jamais édifié à la liberté. Cette terre privilégiée devait réaliser l'idéal de l'égalité sur la terre, inaugurer le règne de la fraternité des peuples. À son exemple, l'ancien monde, brisant cette fois, en parcelles si impalpables qu'elles ne puissent se rejoindre ni se reforger jamais, les vieilles chaînes de la superstition et de la tyrannie dynastique, n'allait plus former à son tour qu'une seule république d'États-Unis. Quel revirement soudain et terrible ! En quel métal, plus vil que le plomb même, s'est changé ce diamant dont les reflets éblouissaient l'univers ! Nef de Washington, quel noir ouragan a d'un souffle éteint tes étoiles, et t'entraîne, à la seule lueur des éclairs, vers des tourbillons et des écueils impitoyables !

 

      Il existe dans le monde une grande diversité d'opinions sur les causes qui ont amené cette crise. Les hommes du passé, ravis de joie, impriment dans leurs journaux, disent dans leurs salons, en secouant la tête d'un air capable : « Vous le voyez, la république n'est qu'une chimère. La chute de l'œuvre de Washington va démontrer une fois de plus à nos ennemis que l'homme n'est pas fait pour l'exercice du self-government... » Dans les États libres du nouveau monde, ainsi qu'en Europe, les amis du progrès, tous les adversaires de l'esclavage, attribuent généralement l'état actuel de I’Union à cette lèpre sociale de la servitude des noirs, qu'ils considèrent comme la honte de l'Amérique. De leur côté, les planteurs du Sud mettent sur le compte des abolitionnistes négrophiles du Nord la discorde, l'agitation fébrile, ces sentiments de haine féroce qui se manifestent ouvertement entre les deux fédérations. Ils traitent leurs antagonistes de philanthropes hypocrites, et leur reprochent amèrement leurs empiétements successifs sur les droits imprescriptibles du Sud, leur intervention dans l'existence légale de « l'institution particulière. » Ces diverses opinions ne vont pas au delà de la surface des choses. Pour nous, nous ne voyons là que des causes purement accessoires ; un mal, bien autrement intime et puissant, a produit cette anarchie intellectuelle qui désole tout le pays. Nous voulons parler de cette décadence morale qui semble augmenter chaque jour en raison de la prospérité matérielle. Peu d'hommes savent, en France, à quel degré de corruption est déjà parvenu le peuple américain. Les péripéties de sa présente révolution nous la révéleront dans toute sa plénitude.

 

      D'un côté, l'aristocratie orgueilleuse des planteurs du Sud, de l'autre, l'aveugle hostilité des abolitionnistes du Nord, deux fanatismes inconciliables et irréconciliables ; puis, au Sud comme au Nord, l'anarchie religieuse, l'indifférence, le relâchement des liens de la famille, l'oppression et l'extermination systématiques de la race indigène, crime héréditaire qu'il faudra expier chèrement tôt ou tard ; le luxe inouï, la vénalité des hommes politiques, la corruption des mœurs en haut lieu et dans presque toutes les classes ; l'adoration exclusive du veau d'or, la prostitution de la justice, l'influence malfaisante de la liberté illimitée de la presse, telles sont les formes diverses de cette dépravation morale qui a fait déchoir graduellement le peuple des États-Unis. Enfin il a, suivant nous, comblé la mesure par le massacre de Joseph Smith, par les persécutions dirigées contre ses disciples, le tout au mépris de la foi jurée, et en foulant aux pieds les principes d'une Constitution qui proclame la tolérance universelle, la liberté religieuse et politique la plus illimitée.

 

      La révélation de Joseph, que nous avons produite, n'est pas l'unique lumière prophétique que possèdent les saints sur le sort lamentable qui attend l'œuvre de Washington. Le Livre de Mormon est bien autrement explicite là-dessus. On y trouve des détails d'une effrayante précision sur les causes qui devaient amener le grand cataclysme du Nord-Amérique ; et tout ce qui s'accomplit, tout ce qui se prépare visiblement dans cette immense région pour laquelle le nom d'États-Unis n'est plus qu'un sobriquet dérisoire, est strictement conforme à la révélation faite aux saints des derniers jours.

 

      Les premiers événements ont démontré qu'il existait une grande supériorité de moyens militaires du côté des États du Sud, ce qui a surpris bien des gens de ce côté de l'Atlantique. Toutefois, nous croyons qu'après des efforts prodigieux, le Nord finira par l'emporter, en ayant recours aux mesures les plus extrêmes, c'est-à-dire en appelant les noirs à la liberté. Une guerre servile sera la conséquence naturelle de la présente guerre civile. Les abolitionnistes de la Nouvelle-Angleterre travaillent depuis longtemps à préparer le terrain pour amener l'insurrection des esclaves. Il ne leur reste que cette alternative de vaincre le Sud. Ce grand crime de lèse nation sera certainement commis. Ce n'est là qu'une simple question de temps. Nous verrons alors des Spartacus africains renouveler sur une immense échelle toutes les horreurs de Saint-Domingue. Aujourd'hui ces sanglantes saturnales sont ouvertement provoquées par les puritains négrophiles des États du Nord. Tout récemment, dans un meeting du Nord, des applaudissements frénétiques ont accueilli ces féroces paroles : « Il faut faire entrer l'Afrique en ligne de bataille ! »

 

      Le président Lincoln sera lui-même contraint, par les événements, de déchaîner les esclaves contre leurs maîtres.

 

      Mais, selon toute apparence, de nouveaux germes d'anarchie et de dislocation naîtront, se développeront par suite même de cette victoire si chèrement achetée. Parmi ces germes de mort, on peut signaler le paupérisme introduit depuis trente ans par les millions d'émigrants de l'Europe. Ces enfants perdus de l'ancien monde ont importé dans le nouveau leurs préjugés religieux, politiques et sociaux, ainsi que toutes les théories modernes qui ont surgi dans leur mère patrie. Imbus des idées socialistes les plus subversives, les prolétaires américains réaliseront tôt ou tard ces sauvages théories. L'état déplorable du commerce dans les grandes cités de l'Atlantique, la suspension totale des travaux, le manque absolu d'occupation pour les classes ouvrières, y ont déjà produit une affreuse misère. La faim est une perfide conseillère ; et l'on peut sans être un grand prophète annoncer que d'ici à peu d'années New York, Boston, Philadelphie et d'autres villes encore, deviendront le théâtre d'émeutes sanglantes et réitérées.

 

      Nous l'avons indiqué, les Indiens ne resteront pas non plus des spectateurs impassibles du confit américain. Descendants des possesseurs légitimes du sol, ils ont un trop grand intérêt dans le dénoûment final de ce drame, qui se joue en leur présence, pour ne pas y prendre part. On verra bientôt quel rôle important ils auront à jouer dans ce grand cataclysme. Nous abstenant ici de toutes spéculations intempestives, de toutes vérités qui sembleraient encore par trop invraisemblables, nous répèterons simplement : « Attention ! la parole est aux événements. »

 

      Ce n'est pas tout. La Californie, qui n'attend qu'un moment favorable, proclamera plus tard son indépendance nationale, et, appelant à elle l'Oregon et le territoire de Washington, constituera la fédération du Pacifique. La fièvre de la sécession travaille les Américains d'une étrange façon. Avant cinq ans, les États-Unis formeront une douzaine de petites républiques fédératives acharnées à s'entre-détruire. Ainsi sera complétée la dissolution de l'œuvre de Washington. Puis, chaque État considérable, tel que celui de New York, la Pennsylvanie, l'Ohio, etc., finira par proclamer son autonomie politique. C'est alors que naîtra providentiellement, de la célèbre devise E pluribus unum, le plus épouvantable chaos social des temps modernes.

 

      Tel nous apparaît, dans son ensemble, l'enchaînement des scènes de ce drame, présentement commencé. Nos prévisions à cet égard ne se fondent plus seulement sur nos annales religieuses, sur la curieuse prophétie dont nous avons parlé, mais sur des éléments tout humains de certitude. Chaque correspondance d'Amérique affaiblit l'espoir d'un dénouement pacifique ; chaque journée nous montre plus distinct, plus saisissant, ce lugubre et prochain avenir. Nous n'inventons tien, nous n'exagérons rien, et la haine, quoi qu'on en dise, n'est nullement dans nos cœurs. Béni soit Dieu, si la présence de quelque juste parmi ce peuple retient encore son bras prêt à frapper ! Mais on dirait au contraire qu'il se hâte d'enlever tous ceux qui ont mérité de ne pas voir ces scènes de carnage et de deuil, ou qui auraient pu contribuer à les conjurer. Il y a quelques jours encore, la nation américaine a perdu un homme d'État, qui a été l'un de nos plus violents ennemis, mais auquel nous rendons néanmoins cette justice, que sa rare éloquence aurait pu exercer, dans la crise actuelle, une salutaire influence. La mort du sénateur Douglas enlève une chance de plus aux amis de la paix.

 

      Puisque le nom de Douglas se trouve sous notre plume, nous ne pouvons nous dispenser de rappeler un nouveau et irréfragable témoignage de la puissance divinatoire dont a joui Joseph Smith. Dans sa biographie, publiée il y a plusieurs années avec les plus minutieux détails par le Deseret News, notre Moniteur officiel, on trouve le récit d'une longue conversation, qui eut lieu en mai 1843, entre le prophète et M. Douglas. Ce dernier exerçait alors les fonctions de juge dans l'État d'Illinois. Joseph lui annonça de la façon la plus catégorique, la plus solennelle, « que si les États-Unis ne se hâtaient d'accorder aux saints une juste indemnité pour les spoliations dont ils avaient été victimes dans le Missouri, et de châtier les crimes commis contre eux dans cet État par des officiers civils et militaires, la vengeance divine ne tarderait pas à frapper la nation d'une manière terrible ; que l'Union américaine serait rompue, émiettée en mille débris, pour avoir iniquement permis que le meurtre de tant d'innocentes victimes et la honteuse spoliation de quinze mille de ces citoyens restassent impunis, ce qui serait une tache éternelle sur l'écusson de cette puissante république, tache dont la seule pensée eût fait rougir de honte le visage des illustres auteurs de la Constitution ! » Puis il ajouta ces remarquables paroles : « Monsieur le juge, vous aspirerez un jour vous-même à la présidence des États-Unis ; mais si jamais vous tournez votre main contre moi ou contre les saints des derniers jours, vous sentirez sur vous tout le poids de la main vengeresse du Tout-Puissant. Vous vivrez assez pour reconnaître que je dis la vérité, car notre conversation de ce jour ne sortira jamais de votre mémoire. » Cette curieuse prophétie, relatée dans une publication bien antérieure à la crise américaine et à la mort de M. Douglas, lui fut faite à la suite d'une consultation légale, dans cette même ville de Carthage, où Joseph devait périr assassiné un an après. M. Douglas n'avait alors que trente ans, et n'était pas encore très connu. On sait quel rôle considérable il a joué, durant les six dernières années, dans les luttes politiques des États-Unis. Après avoir puissamment contribué à l'élection de M. Buchanan, c'est lui qui conseilla de faire exterminer les mormons par l'armée fédérale. Puis, s'étant séparé de la politique de M. Buchanan sur la fameuse question du Kansas, il se mit à louvoyer à travers tous les partis, dans l'espoir de lui succéder à la présidence. Tacticien politique consommé, il remua ciel et terre sur toute l'étendue de l'Union pour atteindre ce but, et n'obtint néanmoins que les suffrages d'un seul État dans la dernière élection présidentielle. Avant de mourir, le petit géant de l'Ouest a vu de ses propres yeux commencer l'accomplissement de la prophétie de Joseph. 

 

 

 

CONCLUSION.

 

 

      Le « mormonisme, » nous ne saurions trop le redire, n'est autre chose que le christianisme complété par un supplément de révélation venu à son heure ; accomplissement littéral d'une foule d'antiques prophéties, c'est la restauration des grandes vérités révélées, des traditions et institutions apostoliques illégalement tombées en désuétude.

 

      À peine nés d'hier, les saints des derniers jours forment déjà l'unité religieuse, politique et sociale, la plus forte, la plus compacte qui ait jamais fonctionné sur ce globe. Empruntés à toutes les nationalités, véritable sel de la terre, les mormons sont la masse la plus croyante en Dieu qui existe présentement en ce monde. Par leur foi, les colons du Grand Bassin sont de force à soulever les montagnes Rocheuses pour les précipiter dans l'Atlantique. Défenseurs nés de la Constitution, conservateurs par excellence, amis sincères de la liberté, patriotes jusqu'à l'enthousiasme, ils ont pleinement conscience du rôle prodigieux que leur tient en réserve la Providence.

 

      En dehors des lumières de la révélation directe, il est de toute impossibilité de comprendre la cause réelle, et encore moins de savoir quel sera le dénouement final des grands événements qui s'accomplissent de l'autre côté de l'Océan.

 

      Quand je développe, dans certains salons de Paris, les diverses péripéties que va parcourir, selon nous, le drame américain, mais surtout lorsque j'affirme que la prééminence de cette jeune et puissante nation tombera finalement dans la main des mormons, je passe, aux yeux de nos esprits forts, pour une bête extrêmement curieuse. Mais c'est là mon moindre souci. On pourrait dresser un catalogue bien long, bien humiliant pour l'orgueil humain, de toutes les faussetés acclamées, de toutes les vérités honnies, seulement depuis soixante ans. Je crois et j'affirme que les Américains vont donner au monde un nouvel et mémorable exemple de l'instabilité des institutions humaines, et de l'inanité des plus profonds calculs politiques. Les deux fédérations du Nord et du Sud s'agitent l'une et l'autre avec une aveugle frénésie, mais c'est Dieu qui les mène précisément où elles ne veulent pas aller. Or, parmi les résultats les plus inattendus en Europe, et, dans notre conviction, les plus inévitables de ce grand bouleversement, il en est un qui, si étrange qu'il puisse paraître encore à cette heure, s'accomplira très prochainement. Nous voulons parler du retour des mormons dans leur terre promise du Missouri, de la reprise des magnifiques domaines dont ils ont été cruellement spoliés, de la construction du grand temple, cette merveille des merveilles architecturales qui constituera la Nouvelle Jérusalem, temple central dont Joseph a jeté les fondements, et dont le sol prédestiné n'a jamais été labouré ni ensemencé depuis, tant les usurpateurs mêmes de nos biens sont dominés, malgré eux, par le pressentiment dé notre retour.

 

      En attendant que le cours naturel des événements amène ces résultats, l’Utah forme le Champ d'asile par excellence des Américains. Ce vaste territoire, si merveilleusement colonisé par les mormons, est déjà devenu pour eux le point d'appui qu'Archimède réclamait pour soulever le monde. Dès à présent, Brigham et son peuple se préparent avec ardeur à recueillir, à sauver les épaves du grand naufrage des États ci-devant Unis. D'immenses approvisionnements de grains, de comestibles de toute espèce, sont tous les ans mis en réserve dans ce but.

 

      La ville du Lac Salé s'étend et s'embellit à vue d'œil ; la construction du temple avance rapidement. La dépense totale de ce troisième temple mormon dépassera le chiffre de sept millions de francs. De vastes magasins, d'importants édifices publics et particuliers s'élèvent partout, comme par enchantement, dans cette jeune capitale ; en peu d'années, elle sera l'une des merveilles de l'Occident. Une double ligne électrique, qui va relier New York à San Francisco, et qui traverse notre cité, fonctionnera prochainement : une distance de dix-huit cents lieues sera dévorée en quelques secondes. Sans la colonisation du Grand Bassin par les mormons, ce travail gigantesque n'eût pas été possible.

 

      Voici la première dépêche télégraphique que le successeur de Joseph a transmise aux États-Unis :

 

                                                                      

                                   « Ville du Lac Salé, le 18 octobre 1861.

 

 

      « À l'honorable J. H. Wade, directeur de la compagnie du télégraphe électrique à Cleveland (Ohio).

 

                        « Monsieur,

 

      « Permettez-moi de vous féliciter sur l'achèvement de la ligne du télégraphe transcontinental jusqu'à l'ouest de cette ville, de louer l'énergie que vous et vos associés avez déployée dans l'heureux et rapide accomplissement d'un travail si utile, et d'exprimer le vœu que son emploi ne cesse jamais de favoriser les vrais intérêts des habitants des régions riveraines de l'Atlantique et du Pacifique.

 

      « L'Utah n'a point fait scission ; mais il est fermement attaché à la Constitution et aux lois de notre pays naguère fortuné, et il s'intéresse vivement à toutes les entreprises du genre de celle qui vient de si bien réussir.

 

                                                                                              « BRIGHAM YOUNG. »

 

 

Le lendemain, la réponse suivante lui fut expédiée :

 

                                              

                                              

                                               « Cleveland, 19 octobre 1861.

 

 

      « À l'honorable Brigham Young, président.

 

                        « Monsieur,

 

      « J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre message d'hier soir, message très satisfaisant de toutes les façons, en ce qu'il annonce non seulement l'achèvement du télégraphe pacifique jusqu'à votre ville industrieuse et prospère, mais que cette dépêche, la première que nous transmet cette ligne, exprime si ouvertement votre patriotisme et vos sentiments pour le maintien de l'Union, ainsi que ceux de votre peuple.

 

      « J'espère, comme vous, que cette entreprise puisse contribuer à faire naître le bien-être et le bonheur entre tous, et que l'annihilation du temps dans nos moyens de communication puisse tendre à anéantir les préjugés, à cultiver l'amour paternel, à favoriser le commerce, à fortifier les liens de notre Union jadis heureuse et qui le sera encore.

 

      « En exprimant mes sentiments pour votre haute position, et mes respects pour vous personnellement,

 

            « Je suis votre obéissant serviteur,

 

                                                                                              « J. H. WADE,

 

                                                           « directeur de la compagnie du télégraphe pacifique. »

 

 

     

      Une importante colonie, composée en majorité de saints suisses, va s'établir prochainement dans le comté de Washington, à l'extrême Sud de l'Utah. Elle a pour mission d'y planter des vignobles, de cultiver l'oranger, l'olivier, le figuier, le coton et l'indigo. Nos autres cités de l'intérieur suivent l'impulsion de la métropole. Dans toutes les vallées surgissent de nouveaux établissements. L'immigration y devient tous les ans de plus en plus considérable. En 1861, le chiffre total de nos immigrants a dépassé 4,600 âmes. Les diverses industries se développent et marchent de pair avec l'agriculture. La charrue perfectionnée est l'arme de guerre favorite des saints ; la culture du sol constitue la base de leur organisation sociale. Tandis que les canons rayés accomplissent leur œuvre de destruction dans l'Amérique protestante, l'industrie mormone achève de métamorphoser nos vallées en greniers d'abondance, et toute l'étendue du Grand Bassin en une fertile oasis. Heureux les Américains que l'horreur de l'anarchie et des luttes fratricides, ainsi que le juste pressentiment du courroux divin, entraîneront à venir nous joindre ! Ils retrouveront, sous l'égide de notre théocratie libérale, la paix, l'ordre et la vraie liberté, dont ceux-là sont seuls dignes de jouir, qui joignent au sentiment du droit celui du devoir.

 

      Truth and liberty, la vérité et la liberté, deux mots sublimes, telle est notre devise nationale !

 

      Un véritable phénomène moral, impossible partout ailleurs, vient de se manifester encore chez ces étranges colons. Invités à élire un nouveau mandataire au Congrès fédéral, les citoyens d'Utah ont voté, comme un seul homme, le même bulletin politique. Le docteur Bernhisel a réuni l'unanimité des suffrages. Cet accord si touchant, si imposant, et dont on chercherait vainement un second exemple dans les États les plus civilisés de l'ancien monde, forme surtout un contraste saisissant avec ce qui se passe dans le nouveau, où il n'existe en réalité, dans aucun des deux camps, d'autre unanimité que celle de la haine pour le parti opposé.

 

      Les dernières nouvelles reçues de l'Utah commencent à vérifier nos pressentiments en ce qui concerne l'immigration américaine. Déjà de riches familles des deux partis, fuyant les désastres de la guerre civile, sont venues chercher parmi nous un refuge ; d'autres sont prochainement attendues. En Amérique, les courants sociaux sont aussi rapides que ceux des fleuves. De ce qui se passe en ce moment à la plénitude d'importance qu'un avenir prochain réserve au mormonisme sur les rives du Missouri, il y a moins loin que de ses débuts à sa situation actuelle.

 

      Quand la première partie de notre œuvre sera accomplie, quand, en fidèles disciples du Christ, nous aurons secouru, sauvé nos anciens persécuteurs, notre champ d'asile, agrandi et glorifié, sera pleinement digne d'une destination ultérieure plus importante encore : celle de recueillir, à une époque dont nous implorons tous l'ajournement, les débris des futurs naufrages sociaux de l'Europe.

 

      C'est ainsi que la terre promise de Joseph sauvera sans doute tôt ou tard des milliers de Français de tout rang, de toutes classes, qui certes n'y pensent guère.

 

 

 

FIN

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

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PRINCIPAUX OUVRAGES

 

PUBLIÉS PAR LES MORMONS

 

 

 

THE BOOK OF MORMON. La première édition fut imprimée à Palmyra, dans l'État de New York, et tirée à 5,000 exemplaires. Il a été déjà traduit en huit langues. La traduction française a été imprimée à Paris, en 1852, chez Marc Ducloux, 7, rue Saint-Benoît. 519 pages.

 

A VOICE OF WARNING (Une Voix d'avertissement), par Parley P. Pratt. La septième édition, publiée à Liverpool en 1852, contient 166 pages in-18. Cet ouvrage a été traduit en français.

 

NEW-JÉRUSALEM, or the fulfilment of modern prophecy, par O. Pratt. Liverpool. 24 pages.

 

THE KINGDOM OF GOD, par O. Pratt. 40 pages in-8°.

 

ABSURDITlES OF IMMATERIALISM, par O. Pratt. 32 pages.

 

SACRED HYMNS and spiritual songs. Liverpool. 380 pages in-18.

 

THE PEARL OF GREAT PRICE. Liverpool. 56 pages. Choix de révélations précieuses. On y trouve la traduction de dix pages des papyrus d'Abraham, ainsi que le fac-simile de trois de ces papyrus.

 

DIVINE AUTHENTICITY of the Book of Mormon, par O. Pratt. Liverpool. 96 pages in-8°.

 

GREAT FIRST CAUSE, par O. Pratt. 16 pages.

 

THE BOOK OF DOCTRINE AND COVENANTS. Liverpool. 336 pages. Toutes les révélations promulguées par le prophète se trouvent dans ce livre.

 

BIOGRAPHICAL SKETCHES of Joseph Smith the Prophet, par Lucy Mack. Liverpool. 297 pages in-18. Écrit par la mère de Joseph, ce livre contient des détails précieux sur l'histoire du prophète.

 

THE HARP OF ZION, par John Lyon. Liverpool. 223 pages in-8°. C'est un recueil de cantiques et de poésies religieuses.

 

DEFENSE OF POLYGAMY, by a lady of Utah (Belinda Marden Pratt). Great Salk Lake City. 11 pages.

 

JOURNAL OF DISCOURSES, par Brigham Young et autres. Liverpool. ln-8°. Il paraît un volume par an.

 

ACTS, RESOLUTIONS AND MEMORIALS of the Legislative Assembly of Utah. Great Salt Lake City. 160 pages in-12. C'est le code territorial du Grand-Bassin.

 

KEY TO THE SCIENCE OF THEOLOGY, par Parley P. Pratt. Liverpool. 173 pages.

 

ROUTE FROM LIVERPOOL TO GREAT SALT-LAKE VALLEY, illustré par Frédéric Percy. Liverpool. 120 pages in-4°, avec de nombreuses et belles gravures. Ouvrage de luxe.

 

COMPENDIUM OF THE FAITH and doctrines of the Latter-day Saints. Liverpool, 243 pages grand in-18.

 

THE GOVERNMENT OF GOD, par John Taylor. Liverpool. 118 pages in-8°.

 

 

 

 

PRINCIPAUX JOURNAUX

 

PUBLIÉS PAR LES MORMONS

 

 

 

LATTER-DAY SAINTS MESSENGER AND ADVOCATE. Publié à Kirtland du temps de Joseph Smith.

 

EVENING AND MORNING STAR. Publié à Indépendance (Missouri) par W. W. Phelps.

 

THE NAUVOO NEIGHBOURG. A cessé de paraître depuis l'exode.

 

THE TIMES AND SEASONS. Nauvoo, 1839-1843. Publié par John Taylor, sous la direction de Joseph Smith, ce journal a donné quatre volumes in-8° remplis de matières curieuses.

 

THE FRONTIER GUARDIAN. Publié à Council Blulfs par Orson Hyde.

 

LE RÉFLECTEUR. Journal français publié à Genève par T. B. H. Stenhouse. Un volume de 172 pages.

 

ÉTOILE DU DÉSÉRET. Publié par John Taylor. Paris, mai 1851 à avril 1852. Il n'en a paru qu'un volume de 192 pages grand in-8°.

 

THE WESTERN STANDARD. Journal hebdomadaire publié à San Francisco en 1856 et 1857. L'expédition fédérale contre l'Utah a tué cette feuille.

 

THE MORMON. Publié à New York par John Taylor. Cette feuille a cessé de paraître.

 

THE LATTER-DAY SAINTS MILLENIAL STAR. Commencé en 1839 à Manchester, ce journal se publie aujourd'hui à Liverpool. Il parait tous les samedis par numéro de 1 6 pages. La collection jusqu'à ce jour forme 23 gros volumes.

 

THE SEER. Publié par Orson Pratt à Washington. Il n'en a paru que deux volumes.

 

DESERET NEWS. Imprimé à Great Salt Lake City. C'est le journal officiel de l'Église. A fait son apparition le 15 juin 1850 ; parait tous les jeudis ; format in-4°, 8 pages à quatre colonnes. A publié la biographie du prophète.

 

 

 

 

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