Qui définit

la doctrine mormone ?

 

 

par Frédéric Sorhaïtz

 

 

 

 

      Les détracteurs de l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours proposent à leurs lecteurs une version défavorable de la doctrine mormone. Pour cela, ils utilisent les déclarations personnelles de présidents, apôtres, soixante-dix et théologiens de toutes les époques de l'Église et s'emploient à y trouver des contradictions, ou à les présenter de sorte qu'elles se contredisent.

 

      Comme l'a dit Merrill C. Oaks, des soixante-dix : « Certaines personnes sont littéralement à l'affût de situations où les premiers dirigeants ou membres de l'Église ont fait des déclarations qui ne sont pas en complète harmonie avec notre compréhension et nos pratiques actuelles » (L'Étoile, janvier 1999, p. 97).

 

      Gordon B. Hinckley (1910-2008), président de l'Église, a dit à ce propos : « Nos détracteurs dans notre pays et à l'étranger nous observent. Dans leurs efforts pour nous prendre en défaut, ils écoutent chacune de nos paroles dans l'espoir de nous prendre au piège » (L'Étoile, juillet 1997).

 

      Notons que cette méthode était utilisée autrefois contre les prophètes et le Seigneur lui-même.

 

      Nous lisons à propos des prophètes : « Et ils commencèrent à l'interroger afin de l'amener à se contredire, afin d'avoir ainsi de quoi l'accuser » (Mosiah 12:19). « Il y en eut parmi eux qui eurent la pensée de les interroger, afin de les surprendre, par stratagème, dans leurs paroles, afin de trouver un témoignage contre eux » (Alma 10:13). « Et il arriva qu'ils commencèrent à interroger Amulek, afin de l'amener ainsi à se contredire dans ses paroles, ou à contredire les paroles qu'il dirait » (Alma 10:16). « Et ils commencèrent à le questionner de diverses manières, afin de l'amener à se contredire, afin de l'accuser » (Hélaman 9:19).

 

      Le Sauveur lui-même ne fut pas épargné. Nous lisons : « Les scribes et les pharisiens commencèrent à le presser violemment, et à le faire parler sur beaucoup de choses, lui tendant des pièges, pour surprendre quelque parole de sa bouche » (Luc 11:53,54 ; voir également Luc 20:20), ce qui réalisait la prophétie qui dit : « Ceux qui en veulent à ma vie tendent leurs pièges » (Psaumes 38:13).

 

      Le contexte de ces Écritures montre que le but des scribes, des pharisiens et autres docteurs de la loi était d'attenter à la vie du Seigneur et de ses serviteurs. Les pharisiens d'aujourd'hui ne visent pas la vie physique des saints des derniers jours, mais leur vie spirituelle, c'est-à-dire l'anéantissement du témoignage spirituel qu'ils ont reçu. Ils oeuvrent également pour que leur public n'acquière jamais ce témoignage. Non seulement ils refusent le chemin du témoignage personnel pour eux-mêmes, mais ils tentent d'en barrer l'accès aux autres. C'est à « ces meurtriers de la foi et ces voleurs de témoignage » (Carlos E. Asay, L'Étoile, avril 1982, p. 121) que Jésus s'adressait lorsqu'il dit : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous fermez aux hommes le royaume des cieux ; vous n'y entrez pas vous-mêmes, et vous n'y laissez pas entrer ceux qui veulent entrer » (Matthieu 23:13 ; voir également Luc 11:52).

 

      Pour parer aux méthodes des docteurs de la loi modernes, notamment celle qui consiste à présenter des déclarations individuelles de façon qu'elles discréditent l'Église, le Seigneur a établi au moins deux règles.

 

      La première est liée à la prépondérance d'une déclaration collective sur une déclaration individuelle ; la seconde est liée à la prépondérance des autorités en exercice sur celles du passé. 

 

      La première règle est que dans l'Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours, la doctrine est fixée par le canon des Saintes Écritures et les déclarations de la Première Présidence, déclarations auxquelles est parfois associé le Collège des douze apôtres. Tout ce qui n'émane pas de ces deux sources ne constitue pas ce qu'on appelle la position officielle de l’Église.

 

      Comme l'a précisé Joseph Fielding Smith, qui devint plus tard président de l'Église : « C'est celui qui écrit qui a la responsabilité de ce qu'il écrit et non l'Église » (Doctrine du salut, vol. 3, 1956, p. 183).      

 

      Bien que, dans ses publications, l'Église puise abondamment dans les déclarations individuelles de ses dirigeants, ces publications sont soumises à une approbation collective (voir Dean L. Larsen, Ensign, août 1977, p. 38). D'autre part, le choix de citer un auteur dans ses publications ne signifie pas que l'Église cautionne l'ensemble des déclarations ou publications de cet auteur. Les dirigeants de l'Église eux-mêmes, lorsqu'ils publient un ouvrage, dégagent l'Église de toute responsabilité de leurs propos.

 

      Cette règle de définition de la doctrine suffirait à elle seule à détruire les constructions artificielles des détracteurs de l'Église. Il en est cependant une deuxième.

 

      La deuxième règle veut que les instances dirigeantes actuelles soient prépondérantes sur celles du passé, que la parole du prophète vivant soit prépondérante sur celle de ses prédécesseurs.

 

      Harold B. Lee, ancien président de l'Église, a fait cette remarque : « Il y en a aujourd'hui qui sont disposés à croire un mort et à penser que ses paroles ont plus d'autorité que les paroles d'une autorité vivant aujourd'hui » (L'Étoile, janvier 1999, p. 98).

 

      Il entre dans les prérogatives du président de l'Église en exercice de « déclarer la doctrine » (Gordon B. Hinckley, L'Étoile, janvier 1999, p. 82). Le président de l'Église fait partie de la lignée de prophètes par qui le Seigneur révèle à son peuple, « ligne sur ligne, précepte sur précepte, un peu ici, un peu là » (2 Néphi 28:30 ; D&A 98:12 ; 128:21), la doctrine du royaume. Il est le porte-parole du Seigneur, « par l'intermédiaire de qui il parle à son peuple pour l'instruire, pour lui donner ou lui reprendre des principes et des ordonnances. La seule personne autorisée à annoncer une nouvelle doctrine est le président de l'Église qui, dans ce cas, doit déclarer que c'est une révélation de Dieu. Elle doit être acceptée comme telle par le Collège des Douze et soutenue par toute l'Église » (Harold B. Lee, Enseignement des Présidents de l'Église, 2001, pp. 80-81 ; lire également les propos de J. Reuben Clark, dans Church News du 31 juillet 1954).

 

      Nous trouvons plusieurs exemples de cette prérogative des prophètes vivants dans l'histoire de l'Église. Citons la révélation de 1890 sur la cessation du mariage plural et la révélation de 1978 sur l'accès de la prêtrise à tous les frères dignes. Ces révélations annulaient toutes les déclarations et dispositions antérieures dans ces domaines. Chacune d'elles fit l'objet d'une déclaration officielle soutenue par l'Église (voir les dernières pages de Doctrine et Alliances). 

     

      Ces deux règles étant posées - celle qui donne autorité aux déclarations collectives et celle qui donne autorité aux dirigeants en exercice - il faut noter que quelle que soit la valeur d’une déclaration individuelle, et quel qu'en soit l’auteur ou l'époque, l’Église ne trouve pas utile de prendre position sur toutes les déclarations ou tous les points de doctrine, notamment sur des sujets sans lien direct avec sa mission qui est de sauver des âmes.

 

      Il existe en effet une nuance entre la connaissance qui, vécue, mène au salut, et celle qui, purement intellectuelle, ne change rien au statut spirituel ni au salut futur de celui qui la possède. Dans cette deuxième catégorie entrent de nombreuses questions de doctrine qui sont potentiellement l’objet de spéculations. Ces questions n'ayant pas de lien direct avec la mission de l'Église qui est d’amener des âmes au Christ par l'œuvre de prédication de l’Évangile, de perfectionnement des saints et de rachat des défunts, elles ne font pas nécessairement l'objet d'une prise de position de la part de l'Église.

 

      Les deux règles ainsi exposées font partie des mesures prévues par le Seigneur pour protéger son Église.

 

      Quand les détracteurs de l'Église puisent dans les déclarations ou publications individuelles de ses dirigeants pour leurs démonstrations, ils s'exposent à l'autorité de ces règles qui rendent caduque leur argumentaire.

 

 

 

Mise en ligne : 23/06/2007

Mise à jour : 10/05/2008