|
La chute d’Adam et Ève
Joseph Fielding Smith (1876-1972)
Membre du collège des Douze de 1910 à 1950
Président suppléant du collège des Douze de 1950 à
1951
Président du collège des Douze de 1951 à 1965
Membre de la Première Présidence de 1965 à 1970
Historien de l'Église de 1921 à 1970
Président de l’Église de 1970 à 1972
La Chute était-elle inévitable ?
Question : La Chute était-elle inévitable et nécessaire au genre humain ? En donnant à Adam des commandements contradictoires,
Dieu ne l’a-t-il pas dépouillé de son libre arbitre ? S’il a créé une situation dans laquelle deux commandements se contredisent, alors Adam n'était libre de choisir qu'entre
deux désobéissances. Est-ce juste alors qu’il se soit trouvé maudit et chassé pour avoir fait cette chose même que le Seigneur voulait qu’il fasse ?
Réponse :
Vous avez décrit une situation qui ne cadre pas avec les faits. Remontons en arrière et présentons l'histoire depuis le
commencement.
On nous enseigne que nous sommes tous enfants de Dieu ; il est notre Père éternel. Nous entendons par là qu'il est le
Père de notre esprit et que Jésus-Christ est notre Frère aîné, le premier-né de Dieu dans l'esprit et le Fils unique de Dieu dans la chair. Pendant une période de temps
indéterminée, nous sommes demeurés dans la présence de notre Père et là nous avons marché par la vue. Nous l'avons vu comme un être glorieux avec un corps qui brillait d'un
éclat semblable au soleil. Il avait un corps de chair et d'os, un tabernacle pour son esprit. Nous n'étions que des esprits, de même que Jésus. En tant qu'esprits, demeurant
dans ce premier état, il nous était impossible d'obtenir une plénitude de joie. Nous ne pouvions pas avancer pour recevoir les bénédictions que notre Père avait en réserve pour
ses enfants dans cet état. Notre Père voulait que nous ayons les possibilités d'un deuxième état où nous recevrions un corps de chair et d'os comme tabernacle de notre esprit.
Ce n'était pas tout. Il fallait aussi que nous passions par la mortalité où il nous serait demandé de marcher par la foi
et où nous serions exclus de la présence de notre Père.
Notre deuxième état
Ce deuxième état consistait à vivre une expérience que nous ne pourrions vivre d'aucune autre manière qu’en étant
assujettis à toutes les vicissitudes qu'apporterait la vie mortelle. En d'autres termes, notre exaltation éternelle nécessitait une période de mortalité où nous serions
assujettis à la douleur, à la souffrance, à la tentation, et où nous pourrions recevoir les plaisirs et les joies de cette vie mortelle. Nous devions être mis à l'épreuve, tout
comme l'or est purifié dans le creuset. Le résultat de notre obéissance aux commandements de notre Père serait le droit de rentrer en sa présence pour devenir ses fils et ses
filles éternels, revêtus de pouvoir et de gloire, jusqu'à une plénitude et être semblables à lui.
Nous n'en comprenons peut-être pas toutes les raisons, mais nous avons néanmoins la connaissance que cette période
d'épreuves, de tentations, de maladies, de tribulations ainsi que de tout ce que cette vie offrir de bon, est un état probatoire pour nous préparer pour la vie éternelle. Le
Seigneur ne nous a pas envoyés ici pour errer sans but, dans l’ignorance de ses desseins. Depuis le début même, il a envoyé des serviteurs - des anges venus de sa présence –
enseigner à Adam et à sa postérité le plan de la vie éternelle et la façon dont on peut l'obtenir. Nous n'avons jamais été sans direction spirituelle ni sans les enseignements
constants de ceux qui avaient contact avec les cieux pour nous révéler la volonté de notre Père. Ce n'est que par la rébellion et le rejet des enseignements et commandements
révélés par notre Père et ses serviteurs que les hommes ont été vaincus par le mal.
Adam et Ève avaient une mission spécifique
Vous lisez dans la Perle de Grand Prix (livre de Moïse) qu'Adam et Ève furent choisis avant, ou dans leur premier état,
pour venir ici inaugurer le genre humain. Adam et Ève sont venus recevoir leur corps dans un état où il n'y avait pas de mort. Ils auraient pu vivre éternellement dans le
jardin d'Éden où ils étaient avant la Chute. C'est ce qui est écrit.
« Et maintenant, voici, si Adam n'avait pas transgressé, il ne serait pas
tombé, mais il serait resté dans le jardin d'Éden. Et toutes les choses qui avaient été créées auraient dû rester exactement dans l'état dans lequel elles étaient après avoir
été créées; et elles auraient dû rester à jamais et ne pas avoir de fin. » (2 Néphi 2:22)
Le Père n'a jamais à aucun moment mis le moindre obstacle sur leur chemin pour qu'ils restent éternellement dans cet
état, mais dans un but sage ils n'ont pas pu garder le premier grand commandement pendant qu'ils étaient dans le jardin d'Éden. Léhi l'a bien dit. Il est vrai que la Chute
était dans le plan de salut et qu'il fallait qu'ils tombassent, mais le Seigneur ne les obligea pas ni ne les persuada en aucune manière de manger du fruit. Adam et Ève avaient
leur libre arbitre. Toutefois, le commandement que le Seigneur leur donna à propos du fruit diffère de tous les autres commandements jamais donnés. Le Seigneur leur dit qu'ils
pouvaient manger du fruit de tous les arbres du jardin sauf du fruit de l'arbre de la « connaissance du bien et du mal » et leur dit que s'ils mangeaient de ce fruit, ils
mourraient. Mais il dit : « Tu peux choisir par toi-même, car cela t'est donné » (Moïse 3:17).
La chute d'Adam n'était pas un péché
Il peut nous paraître très cruel, à nous qui n'en comprenons pas toutes les circonstances, de savoir que la Chute nous a
valu ces terribles conséquences et a nécessité qu'une expiation infinie soit réalisée pour réparer la loi enfreinte. Adam et Ève ne vinrent pas ici dans un état mortel. Ils
devaient venir comme ils sont venus et ensuite transgresser la loi. La transgression de cette loi, contrairement aux idées de beaucoup de personnes, n'était pas un péché. Ce
n'était pas plus un péché que la transgression commise en laboratoire par un chimiste combinant deux substances et en créant une autre entièrement différente des deux
premières. Ce n'était pas un péché que de produire la mortalité, un état qui était essentiel au bien-être éternel de l'homme. La Chute changea la nature d'Adam et Ève pour les
adapter à l'état dans lequel nous sommes maintenant. Après la venue d'un ange portant le plan de salut, informant Adam et Ève de la rédemption qui devait être réalisée par
Jésus-Christ, Ève se réjouit et dit :
« Sans notre transgression, nous n'aurions jamais eu de postérité et nous n'aurions jamais connu le bien
et le mal, la joie de notre rédemption et la vie éternelle que Dieu donne à tous ceux qui obéissent » (Moïse 5:11).
Tout ceci s'était produit à cause de la Chute. Oui, c'était inévitable ; il fallait qu'il en fût ainsi. S'il y avait eu
une autre manière, nous sommes d'accord, vous et moi, que notre Père éternel l'aurait choisie. Dieu n'est pas l'auteur de la mort ni du péché.
Nous ne devons jamais nous permettre de dire que le Seigneur a fait quelque chose d'erroné ou qui aurait pu être évité,
ou qu'il y avait une façon meilleure. Nous sommes des mortels très faibles. Notre expérience est très limitée et nous ne devons pas nous dresser et dire que le Seigneur est
injuste ou qu'il a commis une erreur.
Le plan préparé avant la fondation du monde
Souvenez-vous que Jésus fut choisi pour remplir sa mission longtemps avant que la terre ne fût formée. Dans le grand
conseil, il se porta volontaire pour venir sur la terre accomplir le grand sacrifice qui nous rachèterait de la mort et qui, à condition que nous nous repentions et acceptions
fidèlement le plan de l'Évangile, nous rachèterait aussi de nos péchés individuels.
Pour beaucoup de personnes le plan de Lucifer paraissait bien meilleur. Il se proposait de sauver tous les esprits sans
exception. Ceci doit avoir un attrait pour ceux qui ignorent le plan de salut. Lucifer faisait une promesse qu'il ne pouvait pas tenir, un salut qui n'avait pas de valeur, car
il aurait forcé tous les esprits à obéir, chacun étant privé de son libre arbitre, un des plus grands dons de Dieu.
Si nous n'avions pas le droit de choisir par nous-mêmes, il ne pourrait pas y avoir de salut. Par conséquent, la
mortalité était essentielle à cette deuxième épreuve. La mortalité ne pouvait venir d’aucune autre manière que par le changement de la vie prémortelle.
Nécessité d'une expiation infinie
Nous aurions été faits prisonniers par Satan et notre corps serait retourné à la poussière pour y demeurer éternellement
(2 Néphi 9:6-13). Il fallait donc que vienne quelqu'un qui n'était pas sujet à la mort et qui était maître de la mort, et cependant avait le pouvoir de mourir, de verser son
sang sur la croix et d'ouvrir ainsi les tombes et ressusciter toutes les âmes qui aient jamais vécu ou qui vivront un jour sur la terre. Il fallait qu'un Être infini comme
celui-là rachetât du péché toutes les âmes qui accepteront la mission de Jésus-Christ et garderont ses commandements.
Source : Réponses aux questions sur l'Évangile - Sélection, Cours
d'étude de la Prêtrise de Melchisédek 1972/73, volume 1 |