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Histoire des
temples
James E. Talmage
(1862-1933)
Président de l'université d'Utah de 1894 à 1897
Membre du collège
des Douze de 1911 à 1933
Le terme « temple » a
un sens restreint et précis quand il est utilisé littéralement, tant par
dérivation que dans l'usage courant. L'idée essentielle exprimée par le mot
« temple » est et a toujours été celle d’un lieu réservé
spécialement à un service considéré comme sacré, et d'une sainteté réelle
ou supposée. Dans un sens plus restreint, un temple est un bâtiment
exclusivement consacré à des cérémonies et des rites sacrés.
Le latin Templum était l'équivalent de I’hébreu Beth Elohim, et signifiait la demeure de la Divinité ;
dès lors, étant associé au culte de la Divinité, il signifiait
littéralement la Maison du Seigneur. Il est intéressant et instructif
à cet égard de considérer l'importance du nom Béthel, contraction de
Beth Elohim, donnée par Jacob au lieu où le Seigneur se manifesta à
lui. Il dit : « Certainement, l'Éternel est en ce lieu, et moi, je ne le
savais pas ! Il eut peur et dit : Que ce lieu est redoutable ! Et Jacob se
leva de bon matin ; il prit la pierre dont il avait fait son chevet, il la
dressa pour monument, et il versa de l'huile sur son sommet. Il donna à ce
lieu le nom de Béthel » (Genèse 28:16-19 ; lire de 10 à 22).
Des édifices
considérés dans leur intégralité comme des sanctuaires, ou comprenant des
locaux ainsi désignés, on été construits à de nombreuses époques
différentes. Les auteurs en étaient aussi bien des idolâtres que des
disciples du Dieu vrai et vivant. Les temples païens de l’antiquité étaient
considérés comme la demeure des dieux et des déesses de la mythologie dont
ils portaient le nom, et au service desquels ils étaient dédiés. Tandis que
les cours extérieures de ces temples servaient de lieu de rassemblement
général pour les cérémonies publiques, il y avait toujours des enceintes
intérieures où seuls les prêtres consacrés étaient autorisé à pénétrer et
où, affirmait-on, se manifestait la présence de la Divinité. Les temples
antiques, même d’origine païenne, étaient très fermés : nous en voyons
une preuve dans le fait que I’autel pour le culte païen ne se trouvait pas
à l’intérieur du temple proprement dit, mais en face de l'entrée. Les
temples n’ont jamais été considérés comme des lieux ordinaires de réunions
publiques, mais comme des enceintes sacrées, réservées aux cérémonies les
plus solennelles du culte - divin ou idolâtre - dont le temple constituait
le symbole visible et la matérialisation.
Dans les temps
anciens, le peuple d’Israël avait la réputation parmi les nations, d'être
un constructeur de sanctuaires au nom du Dieu vivant. Ce service lui était
expressément demandé par Jéhovah, qu'il professait servir. L'histoire de la
nation d'Israël date de l'Exode. Au cours des deux siècles de leur
esclavage en Égypte, les enfants de Jacob étaient devenus un peuple
nombreux et puissant ; néanmoins, ils étaient en esclavage. En temps voulu,
leurs larmes et leurs supplications montèrent jusqu'au Seigneur et il les
emmena par la puissance de son bras étendu. À peine avaient-ils échappé au
milieu idolâtre des Égyptiens, qu'il leur fut demandé de préparer un
sanctuaire où Jéhovah manifesterait sa présence et ferait connaître sa
volonté en sa qualité de Seigneur et Roi reconnu d'eux.
Le tabernacle, qu’Israël
révéra comme le sanctuaire de Jéhovah depuis le moment où il fut construit
dans le désert pendant toute la période de ses pérégrinations et pendant de
nombreux siècles encore, avait été construit selon un plan et des
instructions obtenus par révélation. De dimensions réduites, il pouvait être
transporté comme l'exigeaient les nécessités d'une vie nomade. Bien que le
tabernacle ne fut qu'une tente, il était fait des
matériaux les plus prisés et les plus coûteux que ces gens possédaient.
L'excellence de la réalisation constituait l'offrande de la nation au
Seigneur. La construction en fut déterminée jusque dans le moindre détail,
tant pour la conception que pour les matériaux ; c'était à tous égards
ce que le peuple pouvait donner de meilleur, et Jéhovah sanctifia
l'offrande qu'on lui présentait par son acceptation divine. Rappelons à ce
propos, que si un homme ou une nation offre ce qu'ils ont de meilleur, le
don, aussi modeste qu'il paraisse par rapport à d'autres, est toujours
excellent aux veux de Dieu s'il est fait de bon gré et dans une intention
pure.
Lorsqu'on fit
appel au peuple pour fournir les matériaux destinés à la construction du
tabernacle, l'élan fut si sincère et si généreux que les besoins furent
largement couverts : « Les objets préparés suffisaient, et au-delà,
pour tous les ouvrages à faire » (Exode 36:7). En conséquence, une
proclamation fut faite, empêchant le peuple d'en apporter davantage. Les
artisans et les ouvriers engagés pour la construction du tabernacle furent
désignés par révélation directe, ou bien choisis par ceux que Dieu avait
investis de son autorité, en tenant compte particulièrement de leur
habileté et de leur piété. Le tabernacle terminé,
si l'on tient compte des circonstances de sa création et de la situation
géographique, était une construction imposante. Les planches en étaient de
bois rares, les draperies intérieures de toile fine, ornées de broderies
compliquées avec des motifs imposés de couleur bleue, pourpre ou écarlate ;
les rideaux intermédiaires et extérieurs étaient faits de peaux de grande
qualité ; les parties métalliques étaient d'airain, d'argent et d'or.
À l'extérieur du
tabernacle, mais à l'intérieur du parvis, se trouvaient l'autel des
holocaustes et la cuve d'ablutions. La première pièce du tabernacle
proprement dit était une pièce extérieure appelée le « lieu saint »
; au-delà, dérobé aux regards par le second voile, se trouvait le
sanctuaire intérieur, l'endroit le plus saint, désigné expressément sous le
nom de « lieu très saint ». Selon les directives reçues, seuls
les prêtres étaient autorisés à pénétrer dans la pièce extérieure ;
tandis que dans la pièce intérieure, « la plus sainte de toutes »,
seul le grand prêtre avait le droit de pénétrer, et ce une fois l'an
seulement, et encore, devait-il d'abord subir un long rituel de purification
et de sanctification (voir Hébreux 9:1-7 ; Lévitique, chapitre 16).
Parmi les
dépendances les plus sacrées du tabernacle figurait l'arche de l'alliance.
C'était un coffret - ou un coffre - fait du meilleur bois qu'on pût se
procurer, doublé et recouvert d'or pur, et équipé de quatre anneaux d'or
pour recevoir les barres servant à transporter l'arche au cours du voyage.
L'arche renfermait certains objets sacrés importants, tel un vase en or
contenant de la manne que l'on conservait en souvenir ; on y ajouta
plus tard le bâton d'Aaron qui avait fleuri, ainsi que les tablettes de
pierre gravées par la main du Seigneur. Quand le tabernacle était dressé
dans le camp d'Israël, l'arche était déposée derrière le voile intérieur,
dans le lieu très saint. Posé sur l'arche se trouvait le propitiatoire,
surmonté de deux chérubins en or battu. C'est de ce siège que le Seigneur
manifestait sa présence, ainsi qu'il l'avait promis avant que l'arche et le
tabernacle fussent construits. « C'est là que je me rencontrerai avec
toi ; du haut du propitiatoire, entre les deux chérubins placés sur
l'arche du témoignage, je te donnerai tous mes ordres pour les enfants
d'Israël » (Exode 25:22).
Nous n'avons pas l’intention
de donner ici une description détaillée du tabernacle, de ses dépendances
ni de son mobilier ; il nous suffit de savoir pour l'instant que le
camp d'Israël possédait un tel sanctuaire ; qu’il avait été construit selon
un plan révélé ; qu’il représentait ce que le peuple pouvait donner de
meilleur, tant en matériaux qu'en main d'œuvre ; que c'était l'offrande
d'un peuple à son Dieu, et qu’il avait été dûment accepté par celui-ci
(Exode 40:34-38). Enfin, et nous le démontrerons plus tard, le tabernacle
était un prototype du temple, plus stable et plus beau, par lequel il fut remplacé
par la suite.
Après qu'Israël
se fut établi dans la Terre Promise, lorsque, après quarante années de
pérégrinations dans le désert, le peuple de l'alliance eut enfin pris
possession de Canaan, le tabernacle et son contenu sacré trouvèrent le
repos à Silo ; et c'est en ce lieu que les tribus venaient apprendre
la volonté et la parole de Dieu (voir Josué 18:1; 19:51 ; 21:2 ;
Juges 18:31 ; 1 Samuel 1:3, 24 ; 4:3-4). Plus tard, il fut transféré à
Gabaon (voir 1 Chroniques 21:29 ; 2 chroniques 1:3), et enfin à la
cité de David, Sion (voir 2 Samuel 6:12 ; 2 Chroniques 5:2).
David, deuxième
roi d'Israël, désirait construire une maison au Seigneur et il en conçut le
projet, car, déclarait-il, il était inconvenant que lui, le roi, habitât un
palais en cèdre alors que le sanctuaire de Dieu n'était qu'une tente (voir
2 Samuel 7:2). Mais le Seigneur parla par la bouche du prophète Nathan,
déclinant l'offrande proposée et établissant nettement le fait que, pour
être acceptable à ses yeux, il ne suffisait pas que le don fut approprié,
il fallait aussi que le donateur fût digne. David, roi d'Israël, bien qu'il
fût à beaucoup d'égards un homme selon le cœur de Dieu, avait péché ;
et son péché ne lui avait pas encore été pardonné. Ainsi parla le roi :
« J'avais l'intention de bâtir une maison de repos pour l'arche de l'Éternel
et pour le marchepied de notre Dieu, et je me préparais à bâtir. Mais Dieu
m’a dit : Tu ne bâtiras pas une maison à mon nom, car tu es un homme
de guerre et tu as versé du sang » (1 Chroniques 28:2-3 ; voir aussi 2
Samuel 7:1-13). Néanmoins, David fut autorisé à rassembler les matériaux
pour la maison du Seigneur. Quant à l'édifice, ce n'est pas lui, mais son
fils, Salomon, qui devait le construire.
Peu après son
accession au trône, Salomon se mit à la grande œuvre qui lui était échue en
même temps que sa couronne, comme un héritage et un honneur. Il en posa les
fondations, dans la quatrième année de son règne, et le bâtiment fut
terminé en moins de sept ans et demi. Grâce aux grandes richesses accumulées
par son père, et spécialement affectées à la construction du temple,
Salomon put mettre à contribution tout le monde connu et associer les
autres nations à sa grandiose entreprise. Les ouvriers du temple se
comptaient par dizaines de milliers et chaque secteur de l'entreprise se
trouvait placé sous la responsabilité d'un maître artisan. Être employé sur
ce chantier à quelque titre que ce fût était un honneur ; et le
travail en retira une dignité qu'on ne lui avait jamais reconnue
auparavant. La maçonnerie devint une profession et la hiérarchie qui s'y
établit a survécu jusqu'à nos jours. La construction du temple de Salomon
fit époque, non seulement dans l'histoire d'Israël, mais dans celle du
monde.
Selon la
chronologie généralement admise, le temple fut achevé vers l'an 1005 avant J.-C.
Pour son architecture et sa construction, sa décoration et son prix de
revient, il est considéré comme l'un des bâtiments les plus remarquables de
l'histoire. Les rites de la consécration durèrent sept jours - une semaine
de réjouissances sacrées pour Israël. Par un cérémonial approprié, la tente
d'assignation et l'arche sacrée de l'alliance furent introduites dans le
temple ; l'arche fut déposée dans le sanctuaire intérieur, le lieu très
saint. Le Seigneur accepta gracieusement cette offrande et le manifesta par
une nuée qui emplit les lieux sacrés au moment où les prêtres se retiraient :
« Les sacrificateurs ne purent y rester pour faire le service, à cause
de la nuée ; car la gloire de l'Éternel remplissait la maison de Dieu »
(2 Chroniques 5:14 ; voir aussi 2 Chroniques 7:1-2 ; Exode 40:35).
C'est ainsi que le temple remplaça, tout en l'incluant, ce tabernacle dont
il était, en fait, le fastueux successeur.
Si nous comparons
le plan du temple avec celui de l'ancien tabernacle, nous voyons qu'ils
étaient pratiquement identiques dans tous les traits essentiels de la
disposition et dans les proportions. Il est vrai que le tabernacle n'avait
qu'une seule enceinte, alors que le temple était entouré de cours, mais le
bâtiment intérieur, le temple proprement dit, se conformait étroitement au
plan primitif. Les dimensions du lieu très saint, du lieu saint et du
portique, étaient, dans le temple, exactement le double des parties
correspondantes du tabernacle.
La gloire et la
prééminence de cette magnifique construction furent de courte durée. Son
déclin commença trente-quatre ans après sa consécration, cinq ans seulement
après la mort de Salomon ; et ce déclin se transforma
bientôt en une spoliation générale qui devint finalement une véritable
profanation. Salomon, ce roi, cet homme sage, ce maître constructeur,
s'était laissé égarer par les artifices de femmes idolâtres, et ses
manières dépravées avaient suscité l'iniquité d'Israël. La nation n'était
plus unie ; il s'y trouvait des factions et des sectes, des partis et
des croyances particulières ; certains adoraient au sommet des
collines et d'autres sous les arbres verts, chaque groupe proclamant
l'excellence de son sanctuaire particulier. Le temple perdit bientôt son
caractère de sainteté. Le don fut déprécié par la perfidie du donateur, et
Jéhovah retira sa présence tutélaire de ce lieu profané.
Les Égyptiens qui
avaient tenu le peuple en esclavage jusqu'à ce qu'il fût délivré par Dieu,
furent de nouveau autorisés à opprimer Israël. Schischak, roi d'Égypte,
s'empara de Jérusalem - cité de David et siège du temple - « et il
prit les trésors de la maison de l'Éternel » (1 Roi 14:25-26). Une
partie du mobilier jadis sacré, que les Égyptiens avaient laissé, fut pris
par d'autres et affecté à des idoles (2 Chroniques 24:7). L'œuvre de
profanation se poursuivit pendant des siècles. Deux cent seize ans après la
spoliation des Égyptiens, Achaz, roi de Juda, vola au temple les quelques
trésors qui y restaient et envoya une partie de cet or et de cet argent en
présent à un roi païen dont il cherchait à gagner la faveur. En outre, il
enleva l'autel et la cuve et ne laissa qu'une maison là où jadis un temple
s'était élevé (2 Rois 16:7-9,17-18 ; voir aussi 2 Chroniques 28:24-25).
Plus tard, Nabucadnetsar, roi de Babylone,
consomma le dépouillement du temple et emporta les maigres trésors
restants. Il détruisit ensuite le bâtiment par le feu (2 Chroniques 36:7 -9
; voir aussi 2 Rois 24:13 ; 25:9).
Ainsi donc, six
cents ans avant l'avènement sur terre de notre Seigneur, Israël se
retrouvait dépourvu de temple. Le peuple s'était divisé ; il y avait deux
royaumes - Israël et Juda - ennemis l'un de l'autre. Ils étaient devenus
idolâtres et pervertis ; le Seigneur les avait rejetés, eux et leur
sanctuaire. Le royaume d'Israël, qui comprenait à peu près dix des douze
tribus, avait été asservi par l'Assyrie vers 721 avant J.-C. , et un siècle
plus tard, le royaume de Juda fut soumis par les Babyloniens. Pendant
soixante-dix ans, le peuple de Juda - qu'on appela désormais « les
Juifs » - fut maintenu en captivité, ainsi qu'il avait été prédit
(voir Jérémie 25:11-12 ; 29:10).
Puis sous la
tutelle amicale de Cyrus (voir Esdras 1 et 2) et de Darius (voir Esdras 6),
ils reçurent l'autorisation de retourner à Jérusalem et d'y édifier une
fois de plus un temple en accord avec leur foi. En souvenir de celui qui
dirigea les travaux, le temple restauré est connu sous le nom de temple de
Zorobabel. Les fondations en furent jetées lors d'une cérémonie solennelle ;
à cette occasion, les vétérans encore en vie qui se rappelaient le temple
ancien, versèrent des larmes de joie (voir Esdras 3:12-13). En dépit des
tracasseries juridiques (voir Esdras 4:4-24) et d’autres obstacles, le
travail se poursuivit et, moins de vingt ans après leur retour, les Juifs
eurent un temple prêt à être consacré. Le temple de Zorobabel fut terminé
en 515 avant J.-C., exactement le troisième jour du mois d’Adar, la sixième
année du règne du roi Darius. La cérémonie de consécration suivit
immédiatement (voir Esdras 6:15-22). Bien que ce temple fût de loin
inférieur au splendide temple de Salomon sous le rapport de la richesse de
la présentation et du mobilier, il était néanmoins tout ce que le peuple
pouvait construire de mieux, et le Seigneur l'accepta comme une offrande
concrétisant l'amour et la dévotion des enfants de l'alliance. Voyez, pour
preuve de son acceptation divine, comment des prophètes tels que Zacharie,
Aggée et Malachie exercèrent leur ministère dans ses murs.
Environ seize ans
avant la naissance du Christ, Hérode 1er, roi de Judée, entreprit la
reconstruction du temple de Zorobabel qui, à cette époque, était délabré au
point de tomber en ruines. Cet édifice avait tenu bon pendant cinq siècles ;
sa ruine était sans aucun doute principalement l'effet du temps.
De nombreux
événements de la vie terrestre du Sauveur sont associés au temple d'Hérode.
Il ressort avec évidence des Écritures que tout en s'opposant aux usages
corrompus et commerciaux auxquels le temple avait été ravalé, le Christ
reconnaissait le caractère sacré des locaux du temple. Le temple d'Hérode
était un édifice sacré ; quel que fût le nom sous lequel on le
connaissait, c'était bien à ses yeux la maison du Seigneur. Puis lorsque le
rideau de ténèbres descendit sur la grande tragédie du Calvaire, lorsque
enfin le cri d'agonie « Tout est accompli » s'éleva de la croix,
le voile du temple se déchira, et ce qui avait été jadis le lieu très saint
se trouva mis à nu. La destruction totale du temple avait été prédite par
notre Seigneur, tandis qu'il vivait encore dans la chair (Matthieu 24:2 ;
Marc 13:2 ; Luc 21:6). En l'an soixante-dix après J.-C., le temple fut
détruit de fond en comble par le feu lors de la prise de Jérusalem par les
Romains de Titus.
Le temple d'Hérode
fut le dernier temple édifié dans l'ancien monde dans l'antiquité. Depuis
la destruction de ce grand édifice jusqu'à l'époque du rétablissement de l'Église
de Jésus-Christ au dix-neuvième siècle, le seul récit que nous possédions
de la construction d'un temple, est la mention que nous en trouvons dans
les chroniques néphites. Les Écritures du Livre
de Mormon affirment que des temples furent érigés par les colons néphites sur ce que l'on appelle maintenant le
continent américain ; mais nous ne possédons que peu de détails sur la
construction et moins encore de faits concernant l'administration des
ordonnances effectuées dans ces temples occidentaux. Le peuple construisit
vers 570 avant J.-C., un temple conçu sur le modèle du temple de Salomon,
bien que très inférieur à cet édifice somptueux sous le rapport de la
grandeur et de la richesse (voir 2 Néphi 5:6). Il
est intéressant de lire que quand le Seigneur ressuscité se manifesta aux Néphites sur le continent occidental, il les trouva
assemblés aux abords du temple (voir 3 Néphi 11:1).
Toutefois, le Livre de Mormon ne fait plus mention de temples, même à
l'époque de la destruction de Jérusalem ; en outre la nation néphite s'éteignit dans les quatre siècles après
Jésus-Christ. Il est donc évident que dans les deux mondes, les temples
cessèrent d’exister au début de la période d'apostasie, et que le concept
même de temple dans cette acceptation particulière disparut de parmi les
hommes.
Pendant de
nombreux siècles on ne fit plus au Seigneur l’offrande d’un sanctuaire ;
le fait est, semble t-il, qu'on n'en ressentait pas le besoin. L'Église
apostate déclara que les communications directes venant de Dieu avaient
cessé ; en remplacement de cette direction divine, un gouvernement se
constitua de son propre chef et s'arrogea le pouvoir suprême. Il est bien
évident qu'en ce qui concerne l'Église, la voix du Seigneur avait été étouffée ;
que les hommes n'étaient plus disposés à écouter la voix de la révélation
et que le gouvernement de l'Église avait été abrogé par des agents humains
(voir James E. Talmage, La Grande Apostasie,
1909, chapitre 9).
Lorsque, sous le
règne de Constantin, un christianisme perverti fut devenu religion d’État,
le besoin d’un lieu où Dieu pourrait se révéler n'était absolument pas
encore perçu, ou bien était ignoré. Il est vrai que l'on érigeait nombre
d'édifices, dont la plupart étaient coûteux et grandioses. Parmi ceux-ci,
certains furent dédiés à Pierre et à Paul, à Jacques et à Jean ; d'autres à
Marie-Madeleine et à la Vierge ; mais pas un ne fut élevé nommément
par l'autorité en l'honneur de Jésus, le Christ. Parmi cette multitude de
chapelles et de sanctuaires, d'églises et de cathédrales, le Fils de
l'Homme ne possède pas un lieu qu'il puisse appeler le sien. Il fut déclaré
que le Pape, qui siégeait à Rome, était le vicaire du Christ et qu'il avait
le pouvoir, sans révélation, de proclamer la volonté de Dieu (voir La
Grande Apostasie, chapitre 10).
Ce n'est que
lorsque l'Évangile eut été rétabli au dix-neuvième siècle, accompagné de
ses anciens pouvoirs et droits, que la sainte prêtrise se manifesta de
nouveau parmi les hommes. Il ne faut pas oublier que l'autorité de parler
et d'agir au nom de Dieu est essentielle au fonctionnement d’un temple et qu’un
temple est vide sans l'autorité sacrée de la Sainte Prêtrise. En l'an 1820
de notre Seigneur, Joseph Smith, le prophète de la dernière dispensation (ndlr :
une dispensation de l'Évangile est une époque au cours de laquelle le
Seigneur a au moins un serviteur autorisé sur la terre qui détient les clefs
de la Sainte Prêtrise),
qui était alors un jeune homme dans sa quinzième année, reçut une
manifestation divine, dans laquelle le Père éternel et son Fils, Jésus-Christ,
lui apparurent et lui donnèrent des instructions (voir James E. Talmage, Les Articles de Foi, 1890, chapitre 1). C'est
par l'intermédiaire de Joseph Smith que l'Évangile de jadis fut rétabli sur
terre et que I’ancienne loi fut remise en vigueur. En temps voulu, et
toujours par le ministère du prophète, l'Église de Jésus-Christ des Saints
des Derniers Jours fut organisée et sa fondation fut marquée par des
manifestations de la puissance divine.
Il est un fait
significatif : c'est que cette Église, fidèle à la distinction qu'elle
proclame - celle d'être l'Église du Dieu vivant, comme son nom l'indique - commença, dès les premiers jours de son histoire, à prendre des
dispositions pour l'érection d'un temple (voir D&A 36:8 ; 42:36 ;
133:2). L'Église fut organisée sous la forme d'une association conforme à
la loi le 6 avril 1830 ; l'année suivante, en juillet, elle recevait une
révélation désignant le site où serait construit un temple près
d'Independence, au Missouri.
Le premier jour
du mois de juin 1833, dans une révélation faite à Joseph Smith, le
prophète, le Seigneur enjoignit de construire immédiatement une maison
sainte dans laquelle, promit-il, il doterait ses serviteurs élus de
pouvoirs et d'autorité (voir D&A 95). Le peuple répondit à cet appel dans
un grand élan de dévotion. Malgré leur pauvreté insigne et les persécutions
incessantes que les saints enduraient, l'œuvre fut menée à bien et, en mars
1836, le premier temple des temps modernes fut consacré à Kirtland, en Ohio (voir D&A 109). La cérémonie de
consécration fut marquée de manifestations divines comparables à celles qui
accompagnèrent l'offrande du premier temple de jadis ; par la suite, à
différentes occasions, des êtres célestes apparurent dans ce lieu sacré,
porteurs de révélations de la volonté divine aux hommes. C'est en ce lieu
que l'on a revu et entendu Jésus (voir D&A 110:1-10). Moins de deux ans
après sa consécration, le temple de Kirtland fut
abandonné par le peuple qui l'avait construit ; les saints furent
contraints de fuir à cause des persécutions, et, du fait de leur départ, le
temple sacré devint un bâtiment ordinaire, renié par le Seigneur au nom de
qui il avait été édifié. Ce bâtiment est toujours debout.
Les saints des
derniers jours allèrent s'installer dans l'Ouest ; ils s'établirent
tout d'abord dans le Missouri, puis dans l'Illinois, Nauvoo
étant le siège central de l'Église. À peine s'étaient-ils installés à cet
endroit que la voix de la révélation se fit entendre, demandant au peuple
de construire de nouveau une maison sacrée au nom du Seigneur.
Les pierres
angulaires du temple de Nauvoo furent posées le 6
avril 1841, la pierre de touche fut mise en place le 24 mai 1845 ; chacun
de ces événements fut célébré par une réunion
solennelle et un service sacré. Bien qu'il fût évident pour tous qu'ils
seraient forcés de fuir de nouveau et bien qu'ils sussent que le temple
devrait être abandonné peu de temps après son achèvement, ils apportèrent
toute leur énergie et toute leur diligence à terminer ce bâtiment et à le
meubler convenablement. Il fut consacré le 30 avril 1846. Toutefois
certaines parties, telles que le baptistère, avaient été consacrées
antérieurement et utilisées pour I'œuvre des ordonnances. Nombre de saints
reçurent leurs bénédictions et leur dotation sainte dans le temple de Nauvoo, bien que l'exode du peuple eût recommencé avant
même le complet achèvement de l'édifice. Le temple fut abandonné par ceux
qui l'avaient édifié dans la pauvreté au prix de sacrifices. En novembre
1848, il devint la proie d'un incendie, et en mai 1850, une tornade
détruisit ce qui restait des murs noircis.
Le 24 juillet
1847, les pionniers mormons pénétrèrent dans la vallée de l'Utah alors que
cette région était encore territoire mexicain, et y fondèrent une colonie
là où se dresse maintenant Salt Lake City.
Quelques jours plus tard, Brigham Young, prophète
et chef, indiqua un emplacement dans le désert couvert de sauges, et, en frappant
de son bâton le sol aride, proclama : « C'est ici que sera le
temple de notre Dieu. » Cet emplacement, c'est maintenant le
magnifique Temple Square, autour duquel la ville s'est développée. En
février 1853, le lieu fut consacré au cours d'un service religieux, et le 6
avril suivant, les pierres angulaires du bâtiment furent posées à
l'occasion d'une cérémonie solennelle et imposante. La construction du
temple de Salt Lake City dura quarante ans ;
la pierre de touche en fut posée le 6 avril 1892, et le temple,
complètement achevé, fut consacré un an plus tard.
Nous n'avons pas
l'intention, dans le présent document, d'étudier en détail un temple en
particulier, ancien ou moderne, mais de faire ressortir les traits
essentiels et caractéristiques des temples, et d'établir nettement le fait
que, aussi bien dans l'Antiquité que dans les temps modernes, le peuple de
l'alliance a toujours considéré la construction des temples comme une œuvre
spécifiquement exigée de lui. De ce qui précède, il ressort bien qu'un
temple est plus qu'une chapelle ou une église, plus qu'une synagogue ou une
cathédrale ; c'est un bâtiment édifié en vue d'être la maison du
Seigneur, consacrée à la communion la plus intime entre le Seigneur et la
Sainte Prêtrise, et réservé aux ordonnances les plus élevées et les plus
sacrées de l'époque, ou dispensation, à laquelle ce temple appartient. En
outre, pour être vraiment un temple saint - accepté par Dieu et reconnu par
lui comme sa maison - l'offrande doit avoir été demandée, et le don aussi
bien que le donateur doivent être dignes.
L'Église de
Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours proclame qu’elle détient la
Sainte Prêtrise à nouveau rétablie sur terre, et qu'elle est investie de la
mission divine d'édifier et d'entretenir des temples consacrés au nom et au
service du véritable Dieu vivant, ainsi que d'administrer, dans ces
édifices sacrés, les ordonnances de la prêtrise, qui auront effet sur la
terre ainsi qu'au-delà du tombeau.
Les sanctuaires des dispensations antérieures
Tel que nous le comprenons et l'utilisons
ici, le terme temple a le sens restreint de « bâtiment réel, édifié
par l'homme, sanctifié et consacré au service particulier de la Divinité, ce
service comprenant l'administration, par l'autorité voulue, des ordonnances
qui sont du ressort de la Sainte Prêtrise » et non pas le sens large
d'endroit, quelque sacré qu'il ait pu devenir. Si les lieux sacrés devaient
être classés avec les bâtiments sacrés dans la catégorie des temples,
celle-ci renfermerait pas mal de Bethel sacrés que l'on considère rarement
comme des temples. Au sens le plus large du terme, c'est le jardin d'Éden
qui fut le premier sanctuaire de la terre, car c'est là que le Seigneur
parla à l'homme pour la première fois et lui fit connaître la loi divine. De
même, le Sinaï devint un sanctuaire, car cette montagne fut consacrée afin
de devenir la résidence spéciale du Seigneur pendant qu'il communiquait avec
le prophète et qu'il promulguait ses décrets. La sainteté de ces lieux est
encore comparable à celle du mont Horeb, où Dieu s'adressa à Moïse du milieu
d'une flamme, et où l'homme qui s'approchait fut arrêté par cet ordre :
« N'approche pas d'ici ; ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur
lequel tu te tiens est une terre sainte » (Exode 3:5). Mais un temple se
caractérise non pas seulement comme le lieu où Dieu se révèle à l'homme,
mais aussi comme la maison où les ordonnances obligatoires de la prêtrise
sont administrées solennellement.
Le « témoignage »
Antérieurement à la construction du
tabernacle dans le désert, c'est-à-dire, en fait, au cours des premières
étapes de sa mémorable sortie d'Égypte, le peuple d'Israël possédait pour
ses objets sacrés un lieu de dépôt appelé le témoignage. Une mention
nette en est faite à l'occasion de l'incident que voici : Selon les
instructions divines, un vase rempli de manne devait être conservé, de peur
que le peuple n'oubliât la puissance et la bonté de Dieu, par lesquelles il
avait été nourri :
« Moïse dit : Voici ce que
l'Éternel a ordonné : Qu'un orner rempli de manne soit conservé pour vos
descendants, afin qu'ils voient le pain que je vous ai fait manger dans le
désert, après vous avoir fait sortir du pays d'Égypte. Et Moïse dit à
Aaron : Prends un vase, mets-y de la manne plein un orner, et dépose-le
devant l'Éternel, afin qu'il soit conservé pour vos descendants. Suivant
l'ordre donné par l'Éternel à Moïse, Aaron le déposa devant le témoignage,
afin qu'il fût conservé » (Exode 16:32-34).
Il semble peu douteux que le témoignage
en question fût une construction matérielle et que le nom en suggérât un
témoignage divin quant à son caractère sacré. Du fait que le récit de
l'Exode ne mentionne pas la réalisation d'une construction de cette sorte
et, en outre, puisque l'existence et l'usage en étaient formellement connus
avant que le peuple eût eu le temps ou la possibilité de le confectionner
dans le désert, il semble bien que ce témoignage sacré a dû venir
avec eux d'Égypte. Cet incident est plein d'intérêt et d'importance en ce
qu'il démontre l'existence d'un sanctuaire sacré pendant qu'Israël se
développait pour former une nation et alors que ce peuple était assujetti à
des maîtres idolâtres. Cette application du terme témoignage ne doit
pas être confondue avec cette autre qu'on en fit plus tard, en désignant
ainsi les tables de pierre portant le Décalogue inscrit par Dieu (Exode
31:18 ; 25:16 ; 32:15 ; 34:28-29). Il est à noter encore que le tabernacle
qui abritait l'arche de l'alliance contenant les tables de pierre sacrées,
est nettement dénommé tabernacle du témoignage. Les différents usages de ce
terme n'entraînent aucune ambiguïté si l'on considère soigneusement le
contexte dans chaque cas.
Le tabernacle provisoire
Tandis que Moïse était en communion avec le
Seigneur sur le Sinaï, le peuple, laissé un moment à lui-même, érigea un
veau d'or à l'imitation du bœuf Apis, une idole égyptienne ; en conséquence
de leurs orgies idolâtres, la colère du Seigneur s'alluma contre eux. Durant
la période d'éloignement qui s'ensuivit, et avant qu'une réconciliation fût
intervenue entre Jéhovah et son peuple, les manifestations divines
cessèrent, et c'est seulement à l'écart du camp que l'on pouvait trouver le
Seigneur. Nous lisons, relativement à cet état de choses, qu'un lieu
temporaire de réunion fut établi, peut-être la tente de Moïse, qui fut
sanctifiée par la présence divine. En voici le récit :
« Moïse prit la tente et la dressa hors du camp, à quelque distance ; il l'appela tente d'assignation ; et tous ceux qui consultaient l'Éternel
allaient vers la tente d'assignation, qui était hors du camp.
« Lorsque Moïse se
rendait à la tente, tout le peuple se levait, chacun se tenait à l'entrée de
sa tente, et suivait des yeux Moïse, jusqu'à ce qu'il fût entré dans la
tente.
« Et lorsque Moïse était
entré dans la tente, la colonne de nuée descendait et s'arrêtait à l'entrée
de la tente, et l'Éternel parlait avec Moïse. Tout le peuple voyait la
colonne de nuée qui s'arrêtait à l'entrée de la tente, tout le peuple se
levait et se prosternait à l'entrée de sa tente. L'Éternel parlait avec
Moïse face à face, comme un homme parle à son ami. Puis Moïse retournait au
camp ; mais son jeune serviteur, Josué, fils de Nun, ne sortait pas du
milieu de la tente » (Exode 33:7-11).
La tente appelée ici tente (tabernacle)
d'assignation, n'est pas la construction compliquée et coûteuse réalisée
spécialement selon les directives du Seigneur ; cela ressort avec évidence
du fait que ce tabernacle plus grandiose et plus résistant n'avait pas,
encore été construit au moment dont il est question dans l'Écriture que nous
venons de citer. Contrairement au tabernacle ultérieur, qui fut dressé au
centre du camp tandis que les tribus se massaient tout autour dans un ordre
imposé, le tabernacle provisoire fut planté en dehors du camp, à l'écart,
peut-être en signe de l'éloignement du Seigneur consécutif à la trahison
idolâtre d'Israël. Mais ce tabernacle provisoire fut néanmoins un sanctuaire
sacré, ainsi qu'en témoignent les rapports personnels qu'y entretinrent
Jéhovah et son serviteur Moïse.
La tente d’assignation
C'est au milieu des nuées, dans un grand
accompagnement de tonnerre et d'éclairs, que le Seigneur, sur le Sinaï,
confia à Moïse la loi et le témoignage. Moïse ne fut pas le seul à converser
là avec le Seigneur en personne : par ordre divin, Aaron et ses fils Nadab
et Abihu, ainsi que soixante-dix anciens d'Israël, firent l'ascension de la
montagne et virent effectivement le Dieu d'Israël. Au-dessus du Sinaï, la
gloire du Seigneur demeura pendant de longs jours : « Moïse entra au milieu
de la nuée, et il monta sur la montagne. Moïse demeura sur la montagne
quarante jours et quarante nuits » (Exode 24:9,10,18 ; lire le chapitre
entier).
Lorsqu'il redescendit, Moïse avait reçu
mission de faire appel aux enfants d'Israël afin qu'ils apportent en
contribution et en offrande une partie de leurs biens et de tous leurs
objets précieux, tout ce qui pourrait servir à la construction d'un
sanctuaire pouvant être utilisé dans le désert.
« L'Éternel parla à Moïse, et dit : Parle aux enfants
d'Israël. Qu'ils m'apportent une offrande ; vous la recevrez pour moi de tout homme qui la fera de bon cœur. Voici ce que vous recevrez d'eux en offrande : de l'or, de l'argent
et de l'airain ; des étoffes teintes en bleu, en pourpre, en cramoisi, du fin lin et du poil de chèvre ; des peaux de béliers teintes en rouge et des peaux de dauphins ; du
bois d'acacia ; de l'huile pour le chandelier, des aromates pour l'huile d'onction et pour le parfum odoriférant ; des pierres d'onyx et d'autres pierres pour la garniture de
l'éphod et du pectoral.
« Ils me feront un
sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux.
« Vous ferez le
tabernacle et tous ses ustensiles d'après le modèle que je vais te montrer »
(Exode 25:1-9. Pour les détails de la construction et de la décoration du
tabernacle, voyez Exode chapitres 25 à 31, et plus particulièrement le
chapitre 25, dont le texte est en partie répété en 36:8-38).
Le peuple répondit si libéralement et si
promptement à cet appel qu'on eut bientôt réuni plus que les matériaux
nécessaires.
« Et ils vinrent dire à Moïse : Le peuple apporte beaucoup plus qu'il ne faut pour exécuter les ouvrages que l'Éternel a ordonné de faire.
« Moïse fit publier dans
le camp que personne, homme ou femme, ne s'occupât plus d'offrandes pour le
sanctuaire. On empêcha ainsi le peuple d'en apporter. Les objets préparés
suffisaient, et au-delà, pour tous les ouvrages à faire » (Exode 36:5-7).
La direction divine se manifesta dans la
désignation des hommes qui devaient être chargés du travail. Betsaléel, fils
d'Uri et Oholiab, fils d'Ahisamac, furent désignés par révélation comme
devant être des maîtres-artisans sous la direction de qui les autres
ouvriers devaient travailler, jusqu'à ce que tout fût achevé conformément au
modèle et au plan révélés. Et lorsque ce fut ainsi mené à bien, cela
représentait ce qu'il y avait de mieux sous le rapport des matériaux et de
la main-d'œuvre.
Le tabernacle se dressait dans une enceinte
extérieure, ou parvis, masqué par des écrans de toile, avec aux entrées des
rideaux finement brodés. Les tentures qui formaient les murs du parvis
étaient suspendues à des colonnes qui se dressaient à intervalles tout au
long de l'enceinte de forme oblongue. Les murs les plus longs étaient
orientés est-ouest, et l'entrée principale de l'enceinte se trouvait du côté
est. Des deux carrés délimités par les tentures, celui de l'est était
réservé aux assemblées du peuple, tandis que celui de l'ouest constituait le
terrain sacré réservé au tabernacle lui-même.
L'espace total ainsi enclos mesurait cent
coudées de long sur cinquante de large, soit approximativement quarante-cinq
mètres sur vingt-deux mètres cinquante (la coudée est une ancienne mesure de
longueur, dont la valeur différait selon les pays et les époques. Tel qu'il
apparaît dans la Bible, ce terme désigne des longueurs variables. En accord
avec les encyclopédies modernes, dictionnaires bibliques, etc., nous avons
adopté ici la longueur de quarante-cinq centimètres (voyez l'Encyclopedia
Britannica, Smith's Bible Dictionary, etc). Dans la partie est,
et par conséquent à l'écart du tabernacle, se trouvait l'autel des
holocaustes. Entre l'autel et le tabernacle se trouvait la cuve ; c'était un
grand bassin d'airain, monté sur un piédestal et contenant l'eau destinée
aux ablutions rituelles, à la purification des mains et des pieds des
prêtres. Il est intéressant de noter que la cuve et son piédestal ont été
fabriqués par une contribution spéciale des femmes, qui donnèrent dans ce
but leurs miroirs d'airain. Le tabernacle avait son grand axe orienté
est-ouest et son entrée du côté est. Cette construction n'avait que trente
coudées de long sur dix de large, soit treize mètres cinquante sur quatre
mètres cinquante ; ce sont là les dimensions fournies par Josèphe et elles
sont pratiquement en accord avec la description qu'en donne l'Exode, selon
laquelle les murs étaient faits de vingt planches d'un côté, chaque planche
ayant une coudée et demie de large ; du côté ouest, il y avait six planches,
chacune d'une coudée et demie, soit neuf coudées en tout, si l'on ajoute à
ceci les poteaux d'angle, cela nous donne une largeur totale égale à celle
mentionnée par Josèphe, dix coudées. Les planches des murs étaient
assemblées par des tenons ayant des bases d'argent, deux pour chaque
planche ; les planches elles-mêmes étaient recouvertes d'or et pourvues
d'anneaux de même métal pour recevoir les barres qui étaient aussi
recouvertes d'or.
On remarquera que le tabernacle n'était
qu'une construction modeste, ne se prêtant absolument pas à recevoir de
grandes assemblées, mais il faut se rappeler qu'il n'avait jamais été conçu
dans ce but. À l'intérieur du tabernacle, il n'y avait que les détenteurs
attitrés de la prêtrise qui officiaient ; et parmi eux, seuls ceux qui
participaient effectivement au service de la journée pouvaient être admis.
Le tabernacle était divisé, par un rideau
appelé le voile, en deux compartiments : le compartiment extérieur
s'appelait le saint, et le compartiment intérieur était le très saint lieu,
ou saint des saints. Josèphe et quelques autres affirment que le tabernacle
se composait de trois parties ; mais la troisième subdivision se trouvait en
réalité en dehors de la tente principale et se présentait comme un portique
à l'extrémité orientale, profond de cinq coudées et s'étendant sur toute la
largeur de la façade. Le voile, qui séparait le saint du saint des saints
était un fin travail « de fil bleu, pourpre et cramoisi, et de fin lin
retors, artistement travaillé » ; on y avait brodé des chérubins. Il était
suspendu à quatre colonnes de bois recouvertes d'or ; les crochets étaient
d'or et les bases d'argent.
Le bois utilisé pour ces colonnes, ainsi
d'ailleurs que dans d'autres parties de la construction, était ce bois rare,
précieux et résistant, le shittim ou acacia, que l'on appelle parfois bois
d'épine. Au-delà du voile, l'enceinte était des plus sacrées et c'est là que
fut placée l'arche d'alliance avec son propitiatoire supportant les
chérubins sacrés, dont une description nous est donnée en ces termes :
« Betsalaleel fit l'arche
de bois d'acacia ; sa longueur était de deux coudées et demie, sa largeur
d'une coudée et demie, et sa hauteur d'une coudée et demie.
« Il la couvrit d'or
pur en dedans et en dehors, et il y fit une bordure d'or tout autour.
« Il fondit pour elle
quatre anneaux d'or, qu'il mit à ses quatre coins, deux anneaux d'un côté et
deux anneaux de l'autre côté.
« Il fit des barres
de bois d'acacia et les couvrit d'or.
« Il passa les barres
dans les anneaux sur les côtés de l'arche, pour porter l'arche. Il fit un
propitiatoire d'or pur ; sa longueur était de deux coudées et demie, et sa
largeur d'une coudée et demie. Il fit deux chérubins d'or ; il les fit d'or
battu, aux deux extrémités du propitiatoire.
« Un chérubin à l'une
des extrémités, et un chérubin à l'autre extrémité ; il fit les deux
chérubins sortant du propitiatoire à ses deux extrémités.
« Les chérubins
étendaient les ailes par-dessus, couvrant de leurs ailes le propitiatoire,
et se regardant l'un l'autre ; les chérubins avaient la face tournée vers le
propitiatoire » (Exode 37:1-9; 25:10-22).
À l'extérieur du voile, mais toujours à
l'intérieur du tabernacle, se trouvait le saint ; c'est ici qu'étaient
placés la table des pains de proposition, l'autel des parfums et le
chandelier d'or à sept branches (Exode 37:10-29,25:23-40).
Les riches tissus de travail délicat qui
formaient les murs et le toit du tabernacle étaient protégés par des
tentures plus grossières en poil de chèvre ; celles-ci, à leur tour, étaient
recouvertes de peaux. L'édifice tout entier porte dans les Écritures tantôt
le nom de tente d'assignation et tantôt celui de tabernacle d'assignation ;
la première expression apparaît treize fois, la seconde, cent trente-trois
fois ; pourtant, nonobstant cette différence, l'original en était dans
chaque cas OheI Moed, dont la traduction la plus sûre est tente de
réunion. Il ne faut pas supposer cependant que ceci doit être pris au
sens courant de lieu de réunion, car la réunion dont il est question ici
n'est pas un rassemblement d'adorateurs, mais le lieu de communion entre
Dieu et sa prêtrise. La tente de réunion, ou tabernacle d'assignation, chez
Israël, était la tente du Seigneur, celle où il rencontrait les
représentants accrédités de son peuple.
Le premier jour de la seconde année qui
suivit la sortie d'Israël d'Égypte, le tabernacle fut monté pour la première
fois, et tout le mobilier sacré fut disposé selon les ordres exprès du
Seigneur. Le voile fut suspendu, et ce lieu consacré comme un lieu très
saint, ineffablement sacré, comme étant la résidence de Jéhovah. À ce
moment, tout comme sur le Sinaï une nuée avait enveloppé le séjour
provisoire de Dieu, il en fut de même pour le tabernacle :
« Alors la nuée couvrit la tente d'assignation, et la gloire
de l'Éternel remplit le tabernacle.
« Moïse ne pouvait
pas entrer dans la tente d'assignation, parce que la nuée restait dessus, et
que la gloire de l'Éternel remplissait le tabernacle.
« Aussi longtemps que
durèrent leurs marches, les enfants d'Israël partaient quand la nuée
s'élevait de dessus le tabernacle.
« Et quand la nuée ne
s'élevait pas, ils ne partaient pas, jusqu'à ce qu'elle s'élevât.
« La nuée de l'Éternel
était de jour sur le tabernacle ; et de nuit, il y avait un feu, aux yeux de
toute la maison d'Israël, pendant toutes leurs marches » (Exode 40:34-38).
L'idée directrice, la pensée sous-jacente
dans l'édification de ce sanctuaire transportable, était qu'il fallait
exprimer l'étroite association entre Jéhovah et son peuple. Le peuple devait
se considérer comme essentiellement le peuple de Dieu, et c'est parmi eux
qu'il devait établir sa demeure, surpassant ainsi de façon transcendante la
présence des dieux de bois et de pierre qu'abritaient les nations idolâtres
avec lesquelles Israël devait se mesurer. Cette pensée fut exprimée dans le
tout premier commandement ayant trait à la construction du tabernacle :
« Ils me feront un sanctuaire et j'habiterai au milieu d'eux » (Exode 25:8).
Il y avait un autre élément, plus
indispensable en vérité que le tabernacle ou le temple pour l'entretien de
relations étroites avec la Divinité : c'était la prêtrise. Il fallait donc
s'attendre, puisqu'un sanctuaire sacré avait été établi, à ce que l'on
procédât à des désignations et des ordinations afin de mettre des hommes
vraiment à part en vue des offices sacrés de la prêtrise. Moïse était le
premier grand-prêtre d'Israël ; il était à l'origine d'une dispensation
distincte de l'autorité et de la puissance divines ; mais il y avait
beaucoup d'autres fonctions de la prêtrise, d'un ordre moins élevé, et c'est
en vue de pourvoir à celles-ci que furent mis à part Aaron et ses quatre
fils, Nadab, Abihu, Éléazar et Ithamar. De même que le tabernacle avait été
construit selon des directives expresses portant jusque sur le moindre
détail, les fonctions de la prêtrise furent arrêtées et l'ordre du culte
établi de manière à ce que le peuple se souvînt que parmi eux habitait
Jéhovah et qu'ils ne devaient lui préférer aucun autre dieu (Exode, chapitre
28).
Le tabernacle avait été préparé
essentiellement en vue d'un service itinérant ; aussi les parties
constituantes furent-elles achevées séparément et conçues de manière à
permettre un montage et un démontage aisés. Lorsqu'il se dressait au milieu
de son parvis, le tabernacle occupait la place d'honneur au centre du camp.
À l'est, et par conséquent immédiatement
devant l'entrée du parvis, se trouvaient les tentes des prêtres, tandis que
les Lévites campaient le long des trois autres côtés. Se trouvant ainsi les
serviteurs les plus proches, on les a comparés aux gardes-du-corps du Grand
Roi (Smith's Dictionary of the Bible, édit. Barnum, article
« Tabernacle ») dont le trône se trouvait à l'intérieur du
sanctuaire ; au-delà de leurs tentes, les autres tribus étaient installées
selon l'ordre de préséance établi. Quand il était démonté et en cours de
transport, lorsque le peuple était en marche, le tabernacle occupait
toujours la place centrale ; ses porteurs étaient les Lévites, et toute
l'armée d'Israël était sa garde.
Jusqu'à ce qu'Israël se fût établi de
façon permanente dans la terre promise, le tabernacle d'assignation n'eut
que des sièges temporaires. Tant que le peuple se déplaça, le sanctuaire fut
transporté, jusqu'à ce qu'il trouvât un siège un peu plus permanent à Silo.
C'est en ce lieu, à la porte du tabernacle, que la répartition définitive de
Canaan entre les tribus fut effectuée (Josué 18:1-3 ; 19:51 ; aussi 21:2 ;
Juges 18:31 ; 1 Samuel 1:3,24 ; 4:3-4). C'est là que le tabernacle demeura
durant la période des Juges et jusqu'après le moment où Dieu permit que
l'arche d'alliance passât de la garde d'Israël à celle des Philistins, parce
qu'Israël avait péché (1 Samuel 4:10-18). La gloire du sanctuaire y perdit
beaucoup et bien que le tabernacle continuât d'exister, le service sacré se
mit à décliner. C'est avec tristesse qu'on proclama la vérité : « La gloire
est bannie d'Israël, car l'arche de Dieu est prise » (1 Samuel 4:22). On
possède la preuve que pendant une brève période sous le règne de Saül, le
tabernacle fut établi à Nob, car c'est là que nous trouvons le prêtre
Achimélec continuant le service des pains de proposition (1 Samuel 21:1-6),
mais l'arche d'alliance n'était certainement pas là (1 Samuel 7:1-2). Nous
apprenons ensuite que le tabernacle a été dressé à Gabaon, quoique la
situation qui motiva son transport en cet endroit ne nous apparaisse pas
très clairement (1 Chroniques 21:28-30 ; 2 Chroniques 1:3-6). L'arche fut
mise à l'abri dans une autre tente, et finalement toutes deux furent
transférées dans le splendide temple de Salomon qui supplanta tous les
sanctuaires antérieurs.
Le troisième tabernacle
Une autre tente-sanctuaire fut encore montée et utilisée par Israël
antérieurement à la construction du grand temple. Celle-ci, pour plus de
facilité, nous l'appellerons le troisième tabernacle ; il fut édifié par le
roi David, dans sa propre ville, pour servir d'abri à l'arche d'alliance.
Comme nous l'avons déjà mentionné, le récit de l'Écriture parle de la
capture de l'arche par les Philistins et de son retour en Israël. Cet
incident se produisit durant la fin du règne des Juges, avant qu'Israël se
fût incliné devant un roi en Canaan (1 Samuel 4:10-22 ; aussi chapitres 5 et
6 ; ainsi que 7:1-2).
Durant tout le règne de Saül, l'arche demeura sous le toit d'une
demeure privée ; en ce lieu, toutefois, il y avait un prêtre chargé de
l'entretien et du service. L'un des premiers actes de David après son
accession au trône fut d'étudier le transfert de l'arche en un lieu plus
convenable. Au cours de ce transfert, Uzza fut frappé, parce que sans en
avoir l'autorité, il essayait de retenir le meuble sacré ; et cette
manifestation du mécontentement divin affecta si fort David qu'il remit à
plus tard son projet d'amener l'arche dans sa propre ville, et il la plaça
dans une autre maison particulière, celle d'Obed-Édom, de Gath (2 Samuel
6:1-12 ; aussi 1 Chroniques, chapitre 13). Tant que l'arche demeura sous ce
toit, la famille fut bénie et prospéra. Au bout d'un certain temps, le plan
originel fut mis à exécution et l'arche fut déposée dans une tente
spécialement préparée à cet effet dans la cité de David : « Après qu'on eut
amené l'arche de l'Éternel, on la mit à sa place au milieu de la tente que
David avait dressée pour elle ; et David offrit devant l'Éternel des
holocaustes et des sacrifices d'actions de grâces » (2 Samuel 6:17 ; aussi 1
Chroniques 15:1, et 16:1).
Ainsi, durant le règne de David, il y eut
deux endroits considérés comme sanctuaires ; et le culte du peuple en fut
divisé. Il semble que Salomon reconnut la sainteté des deux endroits : le
lieu où reposait l'arche à Jérusalem, et l'emplacement du tabernacle
d'assignation à Gabaon (1 Rois 3:15 et 2 Chroniques 1:3-4). C'est par ses
soins que les deux sanctuaires furent réunis (1 Rois 8:1-4).
Le temple de Salomon
À peine l'arche d'alliance avait-elle
été déposée dans la capitale du royaume - la cité de David - que le roi
conçut le désir d'édifier à son intention un abri plus durable que la tente
dans laquelle on l'avait installée en grande pompe. Il semble que la
conscience du roi fut troublée par la pensée qu'il était mieux logé que le
sanctuaire du Seigneur : « Lorsque David fut établi dans sa maison, il dit à
Nathan le prophète : Voici, j'habite dans une maison de cèdre, et l'arche de
l'alliance de l'Éternel est sous une tente » (1 Chroniques 17:1; aussi 2
Samuel 7:1-2). Le désir de David était de construire pour le Seigneur une
maison convenable et, tout d'abord, le prophète Nathan encouragea
l'entreprise. Mais le Seigneur parla à Nathan et le chargea de décliner
l'offre que lui faisait le roi. Bien que Jéhovah eût été dépourvu d'un
sanctuaire que le peuple aurait reconnu comme sien, bien que, comme il le
fit remarquer, il ne fût pas demeuré dans une maison en Israël, mais fût
passé d'une tente dans une autre et d'un tabernacle dans un autre (1
Chroniques 17:4-5) bien que, ainsi que le texte le laisse entendre, le
Seigneur eût été négligé au cours du long délai qui précéda l'érection d'une
maison à son nom, David, néanmoins, ne pouvait pas avoir l'honneur d'être
chargé, ni même d'être autorisé à construire une telle maison, car on le
tenait pour un homme de sang (1 Chroniques 22:8 ; comparez avec 28:3, et 1
Rois 5:3). Nous n'avons pas à juger ici de l'importance de l'offense de
David, ce serait usurper une prérogative divine ; qu'il nous suffise de
savoir que même un don royal peut être refusé s'il y a quoi que ce soit qui
nécessite une réconciliation entre le mortel et son Dieu. David fut
toutefois autorisé à fournir les moyens et à rassembler les matériaux qui
seraient utilisés plus tard pour l'érection du temple (1 Chroniques
22:1-5) ; en outre, c'est par son entremise que fut choisi et sanctifié le
site sur lequel le grandiose édifice devait s'élever dans la suite. Une
grande peste s'était abattue sur Israël et l'ange du Seigneur, envoyé avec
un mandat de destruction, fut aperçu par David alors qu'il se tenait, le
glaive à la main, sur le mont Morija, sur l'aire d'Aravna le
Jébusien (2 Samuel 24:15-25 ; aussi 1 Chroniques 21:15-17; et 2
Chroniques 3:1). Ce lieu, sanctifié par la présence d'un messager céleste,
même si ce messager était l'ange de la mort, fut marqué par l'érection d'un
autel, ainsi que le Seigneur l'ordonna par l'intermédiaire du prophète Gad
(1 Chroniques 21:18-20-30 ; comparez avec 2 Samuel 24:18-25).
Lorsque David se rendit compte que ses
années étaient comptées, il reporta sur Salomon, son fils et successeur
désigné, la mission solennelle de construire cette maison qu'il lui avait
été interdit de construire. Le roi s'appesantit pathétiquement sur sa propre
disgrâce, puis répéta la promesse qu'avait faite le Seigneur d'accepter
cette offrande de la main de Salomon. Voici ce que dit le récit biblique :
« Et David fit beaucoup de préparatifs avant sa mort.
« David appela
Salomon, son fils, et lui ordonna de bâtir une maison à l'Éternel, le Dieu
d'Israël.
« David dit à
Salomon : Mon fils, j'avais l'intention de bâtir une maison au nom de
l'Eternel, mon Dieu.
« Mais la parole de
l'Éternel m'a été ainsi adressée : Tu as versé beaucoup de sang, et tu as
fait de grandes guerres ; tu ne bâtiras pas une maison à mon nom, car tu as
versé devant moi beaucoup de sang sur la terre.
« Voici, il te naîtra un
fils, qui sera un homme de repos, et à qui je donnerai du repos en le
délivrant de tous ses ennemis d'alentour ; car Salomon sera son nom, et je
ferai venir sur Israël la paix et la tranquillité pendant sa vie.
« Ce sera lui qui bâtira
une maison à mon nom. Il sera pour moi un fils, et je serai pour lui un
père ; et j'affermirai pour toujours le trône de son royaume en Israël.
« Maintenant, mon fils,
que l'Éternel soit avec toi, afin que tu prospères et que tu bâtisses la
maison de l'Éternel, ton Dieu, comme il l'a déclaré à ton égard !
« Veuille seulement
l'Éternel t'accorder de la sagesse et de l'intelligence, et te faire régner
sur Israël dans l'observation de la loi de l'Éternel, ton Dieu !
« Alors tu prospéreras,
si tu as soin de mettre en pratique les lois et les ordonnances que
l'Éternel a prescrites à Moïse pour Israël. Fortifie-toi et prends courage,
ne crains point et ne t'effraie point.
« Voici, par mes efforts,
j'ai préparé pour la maison de l'Éternel cent mille talents d'or, un million
de talents d'argent, et une quantité d'airain et de fer qu'il n'est pas
possible de peser, car il y en a en abondance ; j'ai aussi préparé du bois
et des pierres, et tu en ajouteras encore.
« Tu as auprès de toi
un grand nombre d'ouvriers, des tailleurs de pierre, et des charpentiers, et
des hommes habiles dans toute espèce d'ouvrages.
« L'or, l'argent,
l'airain et le fer, sont sans nombre. Lève-toi et agis, et que l'Éternel
soit avec toi !
« David ordonna à
tous les chefs d'Israël de venir en aide à Salomon, son fils.
« L’Éternel, votre Dieu,
n'est-il pas avec vous, et ne vous a-t-il pas donné du repos de tous côtés ?
Car il a livré entre mes mains les habitants du pays, et le pays est
assujetti devant l'Éternel et devant son peuple.
« Appliquez maintenant
votre cœur et votre âme à chercher l'Éternel, votre Dieu ; levez-vous et
bâtissez le sanctuaire de l'Éternel Dieu, afin d'amener l'arche de
l'alliance de l'Éternel et les ustensiles consacrés à Dieu dans la maison
qui sera bâtie au nom de l'Éternel » (1 Chroniques 22:5-19 ; voyez aussi
28:1-8 ; 29:1-7).
David donna à Salomon des instructions
détaillées concernant la disposition et les mesures de la maison et de ses
dépendances, le plan du portique ainsi que celui du bâtiment principal et
des constructions annexes et c'est par l'Esprit qu'il avait le modèle de
tout cela. En outre, il lui donna des directives concernant le ministère des
différents ordres de prêtres et de Lévites, et « tout ce qui concernait le
service de la maison de l'Éternel, et tous les ustensiles pour le service de
la maison de l'Éternel » (1 Chroniques 28:11-13).
Le travail de construction proprement dit
commença pendant la quatrième année du règne de Salomon, et le temple fut
prêt pour la dédicace pendant la douzième, c'est-à-dire, vers 1005 avant
J.-C. Dès le début de l'ouvrage, Salomon conclut avec Hiram, un roi voisin,
un accord aux termes duquel les ressources de Tyr et de Sidon étaient
réservées pour cette grande entreprise. Par cette alliance, il fut possible
de profiter des splendides forêts du Liban ; des cèdres, des sapins et
d'autres arbres furent abattus par milliers et acheminés par eau jusqu'au
point le mieux situé pour achever par la route le transport jusqu'à
Jérusalem. Il avait été préalablement expliqué à Hiram que les besoins
seraient grands, car, selon les paroles mêmes de Salomon : « La maison que
je vais bâtir doit être grande, car notre Dieu est plus grand que tous les
dieux » (2 Chroniques 2:5; voyez le chapitre entier). On mit au travail des
bûcherons sidoniens, qui étaient les travailleurs de bois les plus habiles
que l'on connût alors ; et le bois du Liban fut fourni en abondance. On peut
juger de l'importance des besoins d'après la somme énorme promise et
effectivement payée par Salomon (1 Rois 5:11; et 2 Chroniques 2:10,15).
Des ouvriers israélites furent employés en
grand nombre, tant en collaboration avec les Sidoniens qu'en Israël. Nous
lisons :
« Le roi Salomon leva sur tout Israël des hommes de corvée ;
ils étaient au nombre de trente mille.
« Il les envoya au Liban, dix mille par mois
alternativement ; ils étaient un mois au Liban, et deux mois chez eux.
« Adoniram était préposé sur les hommes de corvée.
« Salomon avait encore soixante-dix mille hommes qui
portaient les fardeaux et quatre-vingt mille qui taillaient les pierres dans
la montagne.
« Sans compter les chefs, au nombre de trois mille trois
cents, préposés par Salomon sur les travaux et chargés de surveiller les
ouvriers.
« Le roi ordonna
d'extraire de grandes et magnifiques pierres de taille pour les fondements
de la maison.
« Les ouvriers de
Salomon, ceux de Hiram, et les Guibliens, les taillèrent, et ils préparèrent
les bois et les pierres pour bâtir la maison » (1 Rois 5:13-18).
Pour employer avec succès de si grands
nombres d'ouvriers, il était nécessaire d'avoir une organisation efficace.
Nous ne sommes donc pas surpris de lire qu'il y avait trois mille trois
cents surveillants en service. L'efficacité du système est prouvée par le
succès qui couronna cette gigantesque entreprise. Les Israélites et les
hommes de Tyr et de Sidon travaillaient de concert, et une grande partie des
matériaux de construction étaient façonnés et mis aux dimensions voulues
dans la forêt ou la carrière ; en conséquence « lorsqu'on bâtit la maison,
on se servit de pierres toutes taillées, et ni marteau, ni hache, ni aucun
instrument de fer, ne furent entendus dans la maison pendant qu'on la
construisait » (1 Rois 6:7; comparez avec le Deutéronome 27:5-6).
Notre source première d'information concernant l'érection du grand
temple est le récit scriptural contenu dans 1 Rois, chapitres 6 et 7 ; un
récit ultérieur se trouve dans 2 Chroniques, chapitres 3 et 4, mais ce
récit, ainsi que la description fournie par Josèphe (Josèphe, Antiquités
juives, Livre VIII, chapitres 2, 3, 4) remontent, semble-t-il, au
premier texte cité.
Dans l'ensemble, le plan du temple de
Salomon était celui du tabernacle d'assignation quoique les dimensions du
temple fussent le double de celles du tabernacle. On se souvient que le
portique du tabernacle avait cinq coudées de profondeur ; celui du temple
mesurait dix coudées en profondeur ; dans les deux cas, ce portique
s'étendait sur toute la largeur de la maison. Le saint, c'est-à-dire la
première pièce enclose de murailles, avait vingt coudées de long, dix
coudées de large et dix de haut dans le tabernacle ; celui du temple
mesurait quarante coudées sur vingt, et vingt coudées de haut. Le sanctuaire
intérieur, l'oracle, ou saint des saints, était cubique dans le tabernacle
et mesurait dix coudées dans chaque sens ; dans le temple, cette salle
sacrée était un cube de vingt coudées. Ainsi donc, le tabernacle couvrait en
surface trente-cinq coudées sur vingt, et le temple, soixante-dix coudées
sur quarante. Ces mesures ne tiennent pas compte des pièces latérales qui,
dans le tabernacle, mesuraient cinq coudées de large ; celles qui
flanquaient le temple mesuraient dix coudées dans leur plus grande largeur ;
si nous les ajoutons au reste, la surface totale du tabernacle était de
quarante coudées sur vingt, et celle du temple, quatre-vingts sur quarante,
soit, dix-huit mètres sur neuf pour le tabernacle et trente-six mètres sur
dix-huit pour le temple, selon l'équivalence métrique généralement acceptée
pour la coudée. En hauteur, la même proportion se vérifiait : le tabernacle
s'élevait de quinze coudées et le temple de trente coudées. Il semble que le
portique du temple dominait en hauteur le bâtiment principal (2 Chroniques
3:4).
Dans le portique, semblant monter la garde
au seuil du temple, se dressaient deux colonnes d'airain, d'un dessin
compliqué et sans doute de signification symbolique. Elles étaient
considérées comme si importantes qu'elles méritèrent une description
détaillée et que le nom de leur réalisateur fut inscrit dans les archives du
temple. Elles furent travaillées par Hiram de Tyr - non pas le roi du même
nom, mais un maître-artisan, habile à travailler l'airain. Hiram
confectionna les colonnes ; elles avaient chacune douze coudées de
circonférence et dix-huit coudées de hauteur, sans compter les chapiteaux
massifs qui étaient ornés d'un motif de grenades et de lis. La colonne à
droite de l'entrée fut appelée Jakin, ce qui signifie « Elle tiendra » et
celle de gauche fut appelée Boaz, ce qui veut dire « Elle est solide » (1
Rois 7:13-22). Peut-être une signification plus profonde s'attachait-elle à
ces colonnes massives ; quoi qu'il en soit, leur symbolisme suggestif de
force et de solidité apparaît avec évidence. Quant à savoir si elles
supportaient vraiment le toit du portique, ou si elles étaient libres et ne
servaient que d'ornement et de symboles, le texte de l'Écriture ne le
précise pas.
Les murs du grand temple étaient de pierre
de taille ; toutefois, aucune pierre n'était visible de l'intérieur, car les
murs étaient lambrissés du haut en bas de cèdre richement décoré de
sculptures de fleurs, d'arbres et autres dessins, et le parquet était en
sapin (1 Rois 6: 15-18, 29). En outre, l'intérieur était richement ornementé
de motifs plaqués d'or pur. La séparation qui distinguait l'oracle ou saint
des saints, et qui correspondait au voile du tabernacle, était recouverte de
semblable manière et était suspendue par des chaînes d'or (versets 19-22).
Les chérubins qui se dressaient comme des gardiens symboliques de l'oracle,
étaient de bois d'olivier recouvert d'or, le précieux métal ayant été ajusté
sur le bois sculpté (verset 35).
Le vestibule ou portique se trouvait à
l'extrémité est ; il constituait le seul accès au temple proprement dit. Le
long des trois autres faces, donc entourant le saint et l'oracle, il y avait
de nombreuses petites pièces réparties en trois étages. La largeur de ces
pièces était de cinq coudées à l'étage inférieur, de six coudées à l'étage
intermédiaire, et de sept coudées à l'étage supérieur ; cette particularité
que constituait l'augmentation de la largeur proportionnellement à
l'élévation, était due à une diminution de l'épaisseur des murs. Grâce à cet
amincissement des murs, les pièces de cèdre étaient bien soutenues, tout en
ne faisant pas partie du bâtiment principal ; il était conçu de telle
manière que « les poutres ne fussent pas fixées dans les murs de la maison »
(versets 5-6). Ces petites pièces étaient donc « des retraites tout autour,
contre les murs de la maison » et pourtant, de construction indépendante.
Par la mention qu'en fait Ézéchiel (Éz. 41:6-7), on suppose que ces pièces
étaient au nombre de trente, bien qu'aucune précision ne soit apportée.
Elles étaient probablement utilisées pour le service que devaient remplir
les prêtres à côté des cérémonies constituant le rituel général. L'accès à
ces pièces se trouvait du côté droit du bâtiment ; un escalier tournant
menait aux pièces supérieures. Au-dessus du niveau des pièces supérieures,
il y avait des fenêtres par lesquelles le saint recevait la lumière du
jour ; quant au saint des saints, il ne connaissait pas la lumière
naturelle.
Le mobilier du temple ne comprenait qu'un petit nombre d'objets ;
cependant, chaque pièce était de conception particulière et destinée à un
usage exclusif. Dans le saint se trouvait une table, ou plutôt une série de
tables destinées à porter les pains de proposition sacrés. On y mentionne
aussi un autel d'or et dix chandeliers d'or pur, disposés en face de
l'entrée de l'oracle, cinq de chaque côté ; en outre il y avait des
pincettes en or, des vases, des éteignoirs, des bassins et des cuillères.
L'oracle était préparé pour recevoir l'arche d'alliance, et pour abriter ce
meuble sacré, on avait préparé les deux grands chérubins, hauts chacun de
dix coudées ; ils étaient de bois d'olivier recouvert d'or.
Le temple se dressait dans des
enceintes de murailles que l'on appelle généralement cour extérieure et cour
intérieure. Selon la description qui nous en est faite, le mur de la cour
intérieure se composait de trois assises de pierre de taille et d'une rangée
de poutres de cèdre. Ceci correspondait au parvis unique de l'ancien
tabernacle. Du fait que toutes les dimensions attestées nous montrent que le
temple était le double du tabernacle, il est possible que ce parvis ait été
de proportions correspondantes ; c'est pourquoi on croit généralement qu'il
s'étendait sur cent coudées du nord au sud et sur deux cents coudées d'est
en ouest (pour plus de détails concernant les parvis, voir 1 Rois 6:36 ;
comparez avec 7:12 ; voyez aussi 2 Rois 23:12 ; 2 Chroniques 4:9 ; 33:5).
À l'intérieur du parvis « devant le
portique du Seigneur » se trouvait l'autel des sacrifices. C'était une masse
carrée d'airain, de vingt coudées de côté et de dix coudées de haut.
Appartenant au service de cet autel il y avait de nombreux ustensiles, tels
que bassins, pots et pelles, fabriqués spécialement sous la direction du
maître-artisan Hiram de Tyr. Autre objet remarquable dans ce parvis : la mer
de fonte, dite aussi la mer d'airain (1 Rois 7:23-26 ; 2 Chroniques 4:2 ;
voyez aussi 2 Rois 25:13 ; Jérémie 52:17). Cette grande cuve mesurait trente
coudées de circonférence et cinq coudées de hauteur ; elle était richement
ornée. Les parois avaient une palme d'épaisseur et le bord en était embelli
de motifs floraux. Elle était posée sur douze bœufs d'airain, disposés par
groupes de trois, les groupes faisant face aux quatre points cardinaux.
Cette grande cuve se trouvait entre l'autel et le portique, « du côté droit
de la maison, au sud-est » (1 Rois 7:39). Du même ordre que la mer de fonte,
il y avait dix bassins, montés sur des bases de construction spéciale et
pourvues de roues pour en faciliter le transport (1 Rois 7:27-39 ; 2
Chroniques 4:6). Les bassins étaient utilisés en rapport avec le service de
l'autel, pour le lavage des offrandes, mais la cuve principale, la mer de
fonte était réservée aux ablutions rituelles des prêtres.
Lorsque la maison du Seigneur fut achevée,
on fit des préparatifs compliqués en vue de sa dédicace. Tout d'abord vint
l'installation de l'arche d'alliance et de ses dépendances, le tabernacle
d'assignation et les vases sacrés. C'est en grande pompe et avec
accompagnement d'une cérémonie de sacrifice que l'arche fut apportée par les
prêtres et déposée dans le saint des saints sous les ailes des chérubins. À
cette époque, l'arche ne contenait que les deux tables de pierre « que Moïse
y avait mises ». Les barres par lesquelles on portait l'arche furent tirées
de manière à être visibles du saint, et alors « au moment où les
sacrificateurs sortirent du lieu saint, la nuée remplit la maison de
l'Éternel. Les sacrificateurs ne purent pas y rester pour faire le service,
à cause de la nuée ; car la gloire de l'Éternel remplissait la maison de
l'Éternel» (1 Rois 8:10-11).
Puis Salomon s'adressa à la multitude
assemblée pour lui rappeler les circonstances dans lesquelles la
construction du temple avait été conçue par David, son père, et exécutée par
lui-même, et pour proclamer la miséricorde et la bonté du Dieu d'Israël.
Debout devant l'autel du Seigneur dans le parvis du temple, le roi éleva les
mains vers le ciel et offrit la prière de dédicace. Puis, le roi bénit le
peuple en ces termes : « Béni soit l'Éternel, qui a donné du repos à son
peuple d'Israël, selon toutes ses promesses ! De toutes les bonnes paroles
qu'il avait prononcées par Moïse son serviteur, aucune n'est restée sans
effet. Que l'Éternel, notre Dieu, soit avec nous, comme il a été avec nos
pères ; qu'il ne nous abandonne point et ne nous délaisse point » (1 Rois
8:56-57 ; pour la description complète de la cérémonie de dédicace, voyez le
chapitre entier).
Les services principaux ainsi que les
festivités s'y rapportant durèrent sept jours, et « le huitième jour, il
renvoya le peuple. Et ils bénirent le roi, et s'en allèrent dans leurs
tentes, joyeux et le cœur content pour tout le bien que l'Éternel avait fait
à David, son serviteur, et à Israël, son peuple » (verset 66).
La suprématie et la gloire de ce splendide
édifice ne durèrent qu'un tiers de siècle. Dans les dernières années de son
règne, Salomon s'était mal conduit aux yeux de Dieu et le peuple n'avait pas
tardé à suivre son roi dans la voie du mal. Israël avait laissé s'affaiblir
son obéissance envers Jéhovah et avait suivi des dieux étrangers. Après la
mort de Salomon, la nation fut disloquée. Au cours de la cinquième année du
règne de Roboam, Schischak, roi d'Égypte, assiégea la cité de David et alla
jusqu'à dépouiller le temple d'une partie de ses trésors sacrés. Ensuite,
Joas, qui régnait sur une des moitiés de la nation divisée emporta de la
maison du Seigneur l'or, l'argent, et les vases sacrés et les emmena en
Samarie (2 Rois 14:13-14). Il apparaît donc que la violation du temple ne
fut pas entièrement le fait des ennemis d'Israël ; le peuple même pour qui
cette maison avait été jadis consacrée, contribua à sa profanation. Achaz,
ce mauvais roi de Juda, enleva de sa place l'autel des sacrifices et le
remplaça par un autre qui avait été façonné sur son ordre sur le modèle des
autels païens ; en outre, il déposa la mer de fonte et démonta les bassins
(2 Rois 16:10-18 ; aussi 2 Chroniques 28:24). Manassé, autre méchant roi de
Juda, se fit le disciple de Baal et éleva des autels aux idoles à
l'intérieur même du temple (2 Rois 21:1-7 ; aussi 2 Chroniques 33:1-7). Les
objets précieux de la maison du Seigneur servirent de monnaie d'échange
entre rois. C'est ainsi qu'Asa, roi de Juda, acheta le soutien de Ben-Hadad
pour lutter contre Israël (1 Rois 15:18) ; de la même manière, Joas acheta
la paix à Hazaël, roi de Syrie (2 Rois. 12:18) ; et c'est ainsi encore qu'Ézéchias
dépouilla la maison du Seigneur afin de pouvoir payer tribut aux Assyriens
(2 Rois 18:15-16).
Des tentatives furent faites pour réparer
les ravages les plus graves, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du temple
(2 Rois 12:2-14 ; comparez avec 2 Chroniques 24:7-14 ; aussi 2 Rois 22:3-7 ;
comparez avec 2 Chroniques 34:8-13) mais il semblait que la maison eût été
abandonnée à son triste sort. En l'an 586 avant J.-C., Nebucadnetsar, roi de
Babylone, consomma la destruction du temple lorsqu'il conquit le royaume de
Juda. Ce qui pouvait encore y présenter quelque valeur fut emporté, et le
bâtiment fut détruit par le feu (2 Rois 24:13 ; 25:9-17 ; 2 Chroniques
36:7,19 ; comparez avec Ésaïe 64:11 ; Jérémie 27:16, 19-22 ; 28:3 ; 52:13 ;
17:23 ; Lamentations 2:7 ; 4:1 ; et Esdras 1:7).
Il est encore fait mention une fois dans
la suite de certains des vases qui avaient été fabriqués en vue du service
de Jéhovah - c'est quand on les sortit pour couronner le triomphe de
Balthazar au cours de son festin païen. Alors se manifesta le mécontentement
du Seigneur, et le roi, tremblant, apprit son destin des lèvres de Daniel
- car il n'avait pas pris garde au sort qui avait été celui de son père, et
il s'était élevé contre le Seigneur du Ciel ; et il avait enlevé les vases
sacrés de la maison de Dieu afin que lui-même, ses seigneurs, ses épouses et
ses concubines pussent y boire leur vin ; et il avait fait l'éloge des dieux
d'or et d'argent, d'airain, de fer, de bois et de pierre, qui ne voient
point ni n'entendent, et qui ne savent pas ; mais le Dieu dans la main de
qui était sa vie, et à qui appartenaient toutes ses actions, il ne l'avait
pas glorifié. Il avait été pesé dans les balances et il n'avait pas fait le
poids ; et son royaume lui fut enlevé. Cette nuit-là, le roi Balthazar fut
tué (Daniel, chapitre 5).
Le temple de la vision d’Ézéchiel
Au cours de la vingt-cinquième année de la
captivité de Babylone, alors que le peuple d'Israël se trouvait encore en
exil dans un pays étranger, la parole du Seigneur fut adressée au prophète
Ézéchiel ; la puissance de Dieu reposa sur lui, et il eut la vision d'un
temple dont il décrivit minutieusement le plan (Ézéchiel, chapitres 40 à
43). Le prophète ne s'est pas prononcé sur la question de savoir si le
projet qui lui avait été montré devait être réalisé dans la suite ou si ce
n'était qu'un idéal grandiose, mais inaccessible. Ce qui est certain, c'est
que ce temple, dont il eut la vision, n'a pas encore été construit.
Dans la plupart de ses traits essentiels,
l'idéal d'Ézéchiel suivait de près le plan du temple de Salomon ; si
étroite, en effet, est cette ressemblance, que nombre de détails spécifiés
par Ézéchiel ont été retenus comme étant ceux du splendide édifice détruit
par Nebucadnetsar. La caractéristique prédominante du temple décrit par
Ézéchiel, c'était l'ampleur de ses proportions et la symétrie, tant de la
maison sainte que de ses dépendances. L'enceinte devait être un carré de
cinq cents coudées, entouré de murailles et pourvu d'une porte et d'arcades
sur trois côtés ; du côté ouest le mur n'était rompu par aucune porte. À
chacune des portes, il y avait de petites pièces considérées comme des loges
et pourvues d'un portique. Dans le parvis extérieur il y avait d'autres
pièces. Toute cette enceinte devait être surélevée et une volée de marches
menait à chaque porte. Dans le parvis intérieur, on voyait le grand autel,
dressé devant la maison et occupant le centre d'un carré de cent coudées
(Ézéchiel 40:47). On avait pourvu amplement à toutes les variétés de
sacrifices et d'offrandes, ainsi qu'au logement des prêtres, des chanteurs,
et de tous ceux qui participaient au rituel sacré (versets 44-46). Le
bâtiment principal comprenait un portique, un saint et un sanctuaire
intérieur ou très saint lieu, ce dernier, surélevé par rapport au reste et
accessible par des marches. Ce plan prévoyait une spécialisation plus grande
encore que celle qui caractérisait le complexe sacré du temple de Salomon.
Le service du temple était fixé dans le détail ; les ordonnances de l'autel,
les devoirs des prêtres, le ministère des Lévites, le règlement régissant
les oblations et les fêtes, tout était exposé (Ézéchiel, chapitres 44-48).
Le but immédiat de cette révélation faite
par le moyen de la vision du prophète semble avoir été d'éveiller le peuple
d'Israël à la conscience de sa déchéance et à une conception de sa gloire
disparue. Le prophète reçut l'ordre que voici :
« Toi, fils de l'homme, montre ce temple à la maison d'Israël ; qu'ils en mesurent le plan, et qu'ils rougissent de leurs iniquités.
« S'ils rougissent de
toute leur conduite, fais-leur connaître la forme de cette maison, sa
disposition, ses issues et ses entrées, tous ses dessins et ses ordonnances,
tous ses dessins et toutes ses lois ; mets-en la description sous leurs
yeux, afin qu'ils gardent tous ses dessins et toutes ses ordonnances, et
qu'ils s'y conforment dans l'exécution.
« Telle est la loi de la
maison. Sur le sommet de la montagne, tout l'espace qu'elle doit occuper est
très saint. Voilà donc la loi de la maison » (Ézéchiel 43:10-12).
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