Initiation à la Bible

Lowell L. Bennion
(1908-1996)




APERÇU GLOBAL
L'ANCIEN TESTAMENT
LE NOUVEAU TESTAMENT
CONSIDÉRATIONS DIVERSES
COMMENT UTILISER LES ÉCRITURES
ÉPILOGUE




APERÇU GLOBAL


Nous considérerons l'Ancien et le Nouveau Testaments comme deux ouvrages séparés. Il y a à cela un certain nombre de bonnes raisons, même si les chrétiens, après bien des débats, les ont combinés en un seul livre.

L'Ancien Testament, écrit principalement par des Juifs, se développa comme une collection d'écrits indépendants du Nouveau Testament. Ces écrits étaient connus et chéris comme étant la base de la religion juive. Jusqu'aujourd'hui, il reste les Écritures des juifs. Du point de vue du contenu aussi, ils sont bien distincts et tout à fait indépendants des autres Écritures.

De même, le Nouveau Testament, quoique présentant une continuité avec l'Ancien et s'y reportant de nombreuses fois a, lui aussi, un contenu et une orientation bien à lui. Chaque Testament a un contenu si riche et si varié qu'il est plus facile de l'analyser et de l'étudier comme un livre en soi.

Le cadre géographique

Le cadre géographique des deux Testaments est le Proche-Orient. L'Ancien Testament fut écrit par des Hébreux, également appelés Israélites et Juifs, dans le petit pays de Palestine. Le Nouveau Testament fut écrit dans le même pays et aussi dans le monde méditerranéen où Paul et d'autres disciples répandaient l'Évangile chrétien.

Lorsque de nouvelles Écritures naissent, elles présupposent celles qui ont déjà été composées et s'y reportent. Les auteurs du Nouveau Testament citent ceux de l'Ancien.


Il y a une solution de continuité qui relie les Écritures en dépit de leur origine séparée. Il vaut la peine de remarquer au passage que les grands écrits religieux et originaux de l'humanité nous sont venus en majorité d'Asie. L'Europe nous a donné un riche héritage de science, de philosophie et d'art, mais les grandes religions du monde, ainsi que leurs Écritures, nous viennent du Moyen et de l'Extrême-Orient : la Chine, l'Inde, la Perse (Iran), la Palestine et l'Arabie. Le judaïsme et le christianisme sont nés en Palestine.

Le cadre historique

On ne sait pas exactement quand certains livres de l'Ancien et du Nouveau Testaments ont été composés. La plupart des Écritures sont pour nous des voix du passé, ayant été écrites avant ou peu après la naissance du Christ. Elles sont antiques, nous communiquant la sagesse des siècles. L'Ancien Testament a été rédigé avant le Christ. Le Nouveau Testament a été écrit dans les premiers siècles chrétiens. Les Écritures nous parlent avec la voix du passé et la voix de Dieu.

L'adoption

Les écrits peuvent exister longtemps sans être tenus pour Écriture. Chacun des écrits de la Bible ont existé pendant un certain temps comme ouvrages séparés avant d'être inclus dans un ensemble d'Écritures acceptées. La mise au canon est le procédé par lequel un groupe de croyants accepte des écrits comme faisant autorité. Les Juifs répartissent l'Ancien Testament en trois parties : la Loi , les Prophètes et les Écrits. Le premier groupe (la Loi, Pentateuque ou Torah) fut connu et accepté comme faisant autorité vers 400 av. J.-C. ; le deuxième groupe, les Prophètes, vers 200 av. J.-C. et la troisième partie, les Écrits, pas avant 100 ap. J.-C. environ. À partir de 150 ap. J.-C. environ, les livres du Nouveau Testament qui, au départ, avaient été écrits individuellement et connus séparément, furent graduellement réunis en une Écriture unique appelée Nouveau Testament ou Nouvelle Alliance.

Les auteurs originaux

Dans leur composition originale, toutes les Écritures avaient plusieurs sinon de nombreux auteurs. Dans un certain nombre de cas, les auteurs sont inconnus. Ceci est particulièrement vrai pour l'Ancien Testament. Par exemple : Qui a écrit Josué, Juges, 1 et 2 Samuel et 1 et 2 Rois ? Les Proverbes et les Psaumes, quoique traditionnellement attribués respectivement à Salomon et à David, sont des recueils de proverbes et de cantiques écrits au cours des siècles et sont beaucoup plus riches et beaucoup plus intéressants parce qu'ils sont le fruit non pas de l'inspiration d'un ou de deux hommes mais de la foi et de la sagesse accumulée de toute une nation.

Le Nouveau Testament est l'œuvre de beaucoup d'esprits et de beaucoup de mains. Luc, par exemple, commence son admirable évangile en disant : « Plusieurs ayant entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, suivant ce que nous ont transmis ceux qui ont été témoins oculaires dès le commencement et sont devenus des ministres de la Parole, il m'a aussi semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine, de te les exposer par écrit d'une manière suivie, excellent Théophile » (Luc 1:1-3). Luc connaissait certainement l'évangile de Marc et peut-être aussi celui de Matthieu et d'autres écrits relatifs au ministère de Jésus. Il voulait dire d'une manière convaincante à Théophile la « bonne nouvelle » de Jésus. Comme nous en aurions été appauvris si Luc avait gardé le silence ! Paul fut l'écrivain le plus prolifique du Nouveau Testament, quoiqu'il ne fît qu'écrire des lettres à ses saints bien-aimés et ne se doutât certainement pas que ses paroles deviendraient un jour Écriture.

La diversité des auteurs dans les ouvrages canoniques ajoute une dimension intéressante aux Écritures. Certains des écrits les plus grands nous viennent d'auteurs inconnus. Le Livre de Job, que certains savants considèrent être le plus extraordinaire texte littéraire religieux jamais composé est un écrit de ce genre. Tout cela suggère qu'il y a quelque chose de plus important que l'auteur d'un livre d'Écritures donné : son contenu, la sagesse et la vérité que l'on y trouve, qui nous témoignent de sa source divine.

Les langues originales

L'Ancien Testament fut écrit presque entièrement en hébreu. Selon les savants, de petites parties ont pu être écrites en araméen et d'autres montrent une influence grecque et même perse. Le Nouveau Testament fut, autant que nous le sachions, écrit en grec. Cependant, il est raisonnable de penser qu'il y eut des documents écrits très tôt en araméen (l'hébreu parlé du temps de Jésus), qui devinrent les sources écrites en particulier pour les évangiles. Certaines parties des évangiles elles-mêmes ont peut-être été, à l'origine, écrites en araméen.

La traduction

Toutes les livres de la Bible sont des traductions de langues mortes. Tous ceux qui dans le monde ne connaissent ni l'hébreu ni le grec ne connaissent la Bible que sous forme de traduction. Tout écrit perd, dans la traduction, quelque chose du sentiment et de la pensée originelle. Néanmoins, nous devons être reconnaissants d'avoir les Écritures, même sous la forme traduite, et du grand soin que les hommes ont apporté à leur tâche. Les traductions de la Bible en langue vulgaire ont beaucoup fait pour élever les langues modernes à un niveau bien meilleur. La splendide traduction de la Bible en allemand par Martin Luther a donné au peuple allemand une langue commune appelée haut-allemand. La traduction du roi Jacques de la Bible a beaucoup fait pour fixer la langue anglaise et lui donner de la beauté et de la dignité. Un éminent savant de Harvard, John Livinston Lowes, a appelé la Bible du roi Jacques « le monument le plus noble de la prose anglaise ».

[On ne peut toutefois en dire autant de l'influence de la traduction française de la Bible. D'une part aucune des nombreuses traductions tant catholiques que protestantes ne s'est imposée. D'autre part, les pays de langue française étant des pays essentiellement catholiques n'ont jamais été grands lecteurs de la Bible (la lecture de celle-ci était d'ailleurs interdite jusqu'en 1948, date à laquelle l'index a été supprimé) ; par ailleurs jusqu'à ces toutes dernières années, la langue de la religion avait toujours été le latin, ndt].

Le statut d'Écriture

Dans son sens le plus large, le mot écriture signifie simplement un écrit. Ce n'est que dans un sens particulier, et à ce moment-là on l'écrit avec une majuscule, qu'il a le sens de : écrit sacré. Les grandes religions de l'humanité ont toutes leurs Écritures respectives, des écrits mis à part de tous les autres livres. Les religions chrétiennes ont en commun la Bible.


L'ANCIEN TESTAMENT


LES LIVRES

À propos de l'Ancien Testament, présentons ses éléments constitutifs, ses traits distinctifs comme Écriture et quelques-unes de ses grandes idées. Notre but est de transmettre un sentiment à l'égard de ce livre remarquable, de faire comprendre et apprécier son caractère et son contenu distinctifs et sa force. Commençons en examinant le livre lui-même. Informons-nous sur les livres de l'Ancien Testament : leur nom, leur groupement et un peu de leur contenu.

L'Ancien Testament n'est pas un seul livre mais un recueil de trente-neuf écrits séparés et même certains de ceux-ci, comme les Proverbes et les Psaumes sont eux-mêmes des ouvrages dont les diverses parties viennent de nombreuses sources. Le Nouveau Testament contient vingt-sept écrits, ce qui fait que la Bible contient soixante-six livres distincts. Le mot Bible lui-même vient du grec biblia signifiant livres.

La première chose dont il faut se souvenir en étudiant la Bible c'est qu'il faut considérer chaque Testament non pas comme un livre unique mais comme un recueil de livres réunis sous le nom d'Ancien et de Nouveau Testament.

Puisque l'Ancien Testament a été écrit et adopté par les Juifs, nous ferions bien de regarder cette Écriture comme ils l'ont fait au cours des siècles. Les Juifs divisaient l'Ancien Testament en trois groupes de livres : la Loi, les Prophètes et les Écrits. Cette répartition en trois divisions donne un sens et une structure à ce qui serait sinon simplement trente-neuf livres.

La Loi

Pour le juif orthodoxe au cours des âges, la partie la plus sacrée, celle de l'Ancien Testament qui fait le plus autorité, c'est la Loi, appelée en hébreu Torah. Un synonyme de la Torah est le Pentateuque, mot grec signifiant cinq livres. Cette partie de l'Ancien Testament contient les cinq premiers livres : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome.

Pourquoi, pourrait-on demander, ces cinq premiers livres ont-ils été si sacrés et ont-ils fait tellement autorité pour Israël ? Certains de nous aujourd'hui apprécient peut-être davantage Amos, Ésaïe, Jérémie, Job et les Psaumes que les Nombres, l'Exode et le Lévitique. Mais il y a plusieurs raisons à ce que les Juifs aient aimé la Torah comme les chrétiens ont révéré les Évangiles.

Premièrement, ces cinq Livres étaient attribués à Moïse – ce grand dirigeant prophète qui, sous la direction de Dieu, délivra Israël de l'esclavage égyptien et en fit un peuple prêt à entrer dans la terre promise. La Bible allemande de Luther, par exemple, appelle les cinq premiers Livres : 1 Moïse, 2 Moïse, 3 Moïse, 4 Moïse et 5 Moïse. Les études bibliques modernes montrent que les cinq premiers Livres ont été révisés plusieurs fois et représentent un composé de sources diverses. Ceci n'exclut pas la possibilité qu'une grande partie de leur contenu solt basée sur l'œuvre et l'enseignement de Moïse. Dans le judaïsme orthodoxe, Moïse a été considéré comme étant le plus grand des prophètes, un prophète qui parlait face à face avec Dieu, un homme qui accomplissait de grands miracles avec la puissance divine, un grand dirigeant et un grand législateur.

Deuxièmement, les cinq premiers livres sont révérés parce qu'ils racontent l'histoire de la naissance du peuple hébreu. Les Juifs ont aimé les livres de la Loi et ont été inspirés en lisant les actes héroïques de leurs pères fondateurs : Abraham, Isaac, Jacob et Joseph.

La Genèse nous décrit Abraham, grâce auquel toutes les nations allaient être bénies, comme étant un ami de Dieu, un homme plein de foi, et le père patriarche du peuple hébreu (Gen. 11:25). Le jeune Joseph personnifiait pour le peuple juif tout ce qui était fort et raffiné dans leur personnalité nationale, y compris la foi qu'ils avaient trouvé grâce devant Dieu (voir Genèse 37:39-50).

Le Livre de l'Exode pourrait être appelé une biographie de Moïse, racontant comment il avait miraculeusement réchappé à la mort dans son enfance, son éducation de prince en Égypte, sa grande intégrité et son courage à faire sortir son peuple de l'esclavage, sa lutte constante contre son peuple obstiné et ses supplications auprès de l'Éternel. Quel Israélite croyant ne serait pas ému par l'histoire de la libération de son peuple d'Égypte grâce à la main puissante du Seigneur reposant sur Moise ?

Le Lévitique (qui tire son nom de la tribu de Lévi, détentrice de la prêtrise d'Aaron pendant cette période de l'histoire israélite) est, comme le nom l'implique, un livre sacerdotal. Il décrit les sacrifices de l'Israël d'autrefois, les devoirs et les vêtements sacerdotaux, ce qui est pur et impur ; et beaucoup de règles et de rituels qui ne sont plus efficaces dans la vie religieuse des chrétiens. En effet, beaucoup de ces choses ne sont plus pratiquées dans le judaïsme, mais lorsque les Juifs essayaient de s'installer comme un peuple craignant Dieu au milieu d'adorateurs d'idoles, ces rituels et ces règles et ces manières de sacrifier à l'Éternel aidaient à distinguer et à protéger la religion du peuple juif, préparant le chemin à l'idéalisme sublime des prophètes, de Jésus et de Paul.

En fait, le contenu moral des chapitres 17 à 26 du Lévitique dépasse le niveau de celui des chrétiens d'aujourd'hui. Notez par exemple ce qui suit :

« Quand vous ferez la moisson dans votre pays, tu laisseras un coin de ton champ sans moissonner, et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner. Tu ne cueilleras pas non plus les grappes restées dans la vigne, et tu ne ramasseras pas les grains qui en seront tombés. Tu abandonneras cela au pauvre et à l'étranger. Je suis l'Éternel, votre Dieu. » (Lév. 19:9-10)

« Tu ne commettras point d'iniquité dans tes jugements : tu n'auras point égard à la personne du pauvre, et tu ne favoriseras point la personne du grand, mais tu jugeras ton prochain selon la justice. » (Lév. 19:15)

« Tu ne te vengeras point, et tu ne garderas point de rancune contre les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l'Éternel. » (Lév. 19:18)

Les Nombres, l'histoire des errances et des ordonnances tribales dans le désert, est sans doute le livre qui a le moins à nous offrir aujourd'hui. Et cependant il s'y trouve un si beau passage qu'il vaut un livre tout entier :

« Que l'Éternel te bénisse, et qu'il te garde !
Que l'Éternel fasse luire sa face sur toi,
et qu'il t'accorde sa grâce !
Que l'Éternel tourne sa face vers toi,
Et qu'il t'accorde sa grâce !
Que l'Éternel tourne sa face vers toi,
Et qu'il te donne la paix ! » (Nombres 6:24-26)

Le Deutéronome, ou répétition de la loi, est un classique tant dans la religion que dans la littérature. C'est un discours d'adieu de Moïse à son peuple juste avant l'entrée de ce dernier dans le pays de Canaan. Après avoir résumé les grandes choses que l'Éternel a faites pour Israël, Moïse énonce la loi qu'il doit vivre lorsqu'il entrera dans la terre promise. Il conclut ensuite en écrivant les bénédictions qui suivront l'obéissance et la malédiction que les Israélites s'attireront sur leur tête s'ils désobéissent à la loi de Dieu et la méprisent. Tout ceci est dit en une langue puissante, éloqente, concrète et virile.

En résumé, ces cinq livres constituent la Loi – la Torah – à laquelle les Juifs ont obéi et sur laquelle ils ont brodé au cours des siècles. Les Juifs aiment la Torah parce qu'elle vient de Dieu par l'intermédiaire de Moïse, parce qu'elle contient les histoires héroïques et édifiantes de la naissance et de la libération de leur nation, et parce qu'elle contient la religion d'Israël, sa foi, son rituel et sa loi.

Apprenons par cœur les noms et l'ordre des cinq premiers livres et connaissons quelque chose sur chacun d'eux :

La Genèse, histoire de la création et les grands récits concernant Abraham, Isaac, Rebecca, Jacob (Israël), Léa et Rachel, Ésaü et Joseph le bien-aimé ;

L'Exode, étude de la personnalité de Moïse et du gouvernement prophétique, naissance et libération d'un peuple captif ;

Les Nombres, récit de la folie d'Israël et de ses errances dans le désert ;

Le Lévitigue, le livre sacerdotal ritualiste qui se termine par une note élevée d'idéalisme moral ;

Le Deutéronome, grand discours sur la loi et les fruits de l'obéissance et de la désobéissance.

Les prophètes

Le deuxième groupe de livres de l'Ancien Testament était appelé les Prophètes. Ceux-ci, les Juifs les répartissaient en deux groupes : 1. Les « anciens » prophètes : Josué, Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois. 2. Les prophètes « récents » : Ésaïe, Jérémie, Ézéchiel, Amos, Osée, Michée, Sophonie, Nahum, Habacuc, Haggée, Zacharie, Malachie, Abdias, Joël, Jonas.

Les prophètes « anciens » consistent moins en livres prophétiques qu'en livres historiques et narratifs, continuant l'histoire d'Israël et de certains de ses prophètes après la mort de Moïse.

Les prophètes « récents » sont véritablement des livres prophétiques, dont certains ont sans aucun doute leur place parmi les plus grandes œuvres religieuses de toutes les Écritures. Les œuvres les plus importantes sont celles des grands prophètes, Ésaïe, Jérémie, Ézéchiel, et d'Amos, d'Osée, de Michée et de Jonas.

Nous mentionnerons ultérieurement quelques-uns des grands enseignements de ces livres et nous les présenterons dans l'ordre chronologique. Pour le moment, notre propos n'est que d'apprendre leur nom et de voir leur place dans le canon de l'Ancien Testament.

Les Écrits

Le troisième et dernier groupe de livres de l'Ancien Testament à être inclus dans le canon des Écritures juives s'appelle les Écrits. Il comprend la littérature de sagesse (Proverbes, Job, Ecclésiaste), des histoires propres à former le caractère, à propos de grandes héroïnes (Ruth, Esther) et d'autres ouvrages (les Psaumes, le Cantique des cantiques, 1 et 2 Chroniques, Daniel, Esdras, Néhémie et les Lamentations).

Ces ouvrages, les Juifs les aimaient parce que c'étaient des sources de sagesse, de poésie, de culte et d'histoires héroïques. Apprenons par cœur les noms des trente-neuf livres de l'Ancien Testament groupés dans la Loi, les Prophètes et les Écrits.

CARACTÉRISTIQUES

Qu'y a-t-il d'unique dans l'Ancien Testament qui le distingue des autres Écritures ? Il n'est pas facile de répondre à cette question. Toutes les Écritures ont beaucoup en commun ; elles se chevauchent souvent, puisent l'une chez l'autre et ont été inspirées par le même Esprit. Et cependant chacune d'elles, comme les êtres humains, est unique. Notre but dans ce chapitre est de faire ressortir ce qu'il y a d'unique dans l'Ancien Testament. Nous n'épuiserons pas le sujet, mais nous associerons à cette Écriture quelques qualités distinctives.

L'Ecriture la plus ancienne

Comme nous l'avons déjà mentionné, l'Ancien Testament est notre plus ancienne Écriture. Certaines parties de la Perle de grand prix (le Livre d'Abraham) et du Livre de Mormon (Éther) ont été écrites avant n'importe quel écrit de l'Ancien Testament, mais celui-ci, dans son ensemble, a été rédigé, canonisé et connu comme Écriture avant les autres ouvrages canoniques.

Ce simple fait peut ne pas sembler très important, mais il est intéressant pour de nombreuses raisons. Voici un livre qui commence avec la création du ciel, de la terre et de l'homme et raconte, sous forme concise, l'histoire de l'humanité. Il nous donne un sentiment de continuité, depuis le début de l'histoire, reliant tous les hommes ensemble et avec leur Créateur, le Dieu vivant.

Voici une Écriture qui est le plus riche récit antique de la recherche par l'homme des directives de Dieu, du sens de la vie et de la signification des hauts et des bas de l'histoire humaine. C'est le récit de la folie et de la sagesse de l'expérience humaine évaluée par des hommes cherchant et, en général, trouvant l'inspiration de Dieu.

L'Écriture la plus volumineuse

Ici encore nous parlons d'un sujet relativement peu important, lorsque nous disons que l'Ancien Testament est plus de trois fois plus volumineux que le Nouveau Testament, à peu près deux fois plus que le Livre de Mormon, à peu près quatre fois plus que les Doctrine et Alliances et environ vingt fois plus que la Perle de grand prix. L'importance du fait réside dans la qualité spirituelle de toutes les Écritures. L'Ancien Testament est riche dans son contenu et est presque aussi volumineux que toutes les autres Écritures réunies.

La diversité du contenu

Toutes les Écritures sont complexes de nature. Le Nouveau Testament contient les Évangiles (biographies du Christ), des épîtres, l'histoire de l'Église du Christ dans ses premières années (les Actes et l'Apocalypse). Les Doctrine et Alliances contiennent des révélations, des lettres, des déclarations officielles, des récits historiques. La Perle de grand prix contient des récits, des professions de foi et de l'histoire antique. Le Livre de Mormon contient des sermons, des prières, des récits historiques et des exhortations.

Mais aucune Écriture n'est tout à fait aussi riche et variée dans le contenu et dans la forme que l'Ancien Testament. Il abonde en poésie et en prose, il contient des livres entiers de sagesse, de chants, de psaumes, d'enseignements prophétiques, de récits historiques, des chapitres entiers de législation et de généalogie. Aucune autre Écriture ne contient des histoires telles que celles de Ruth et d'Esther. Nulle n'a une collection de cantiques, de Proverbes, ni d'énoncé de la Loi avec les détails et la plénitude que l'on trouve dans le Lévitique et le Deutéronome. L'Ancien Testament contient la plus riche variété d'expressions religieuses. On y trouve des choses susceptibles de retenir l'intérêt de tout lecteur ou étudiant sérieux.

L'intérêt humain

L'Ancien Testament abonde en intérêt humain. Ses personnages sont nombreux et ils sont décrits avec tant de détails dans les situations réelles de la vie que nous faisons leur connaissance tout comme nous faisons la connaissance des personnages de la grande littérature ou, en vérité, comme nous connaissons les gens dans la vie réelle. Les auteurs bibliques ont l'art de décrire des personnages. Dans un style direct et succinct, le livre fait le portrait d'Adam et Ève, de Cain et Abel, de Noé, Abraham, Sara, Isaac, Jacob, Ésaü, Juda, Joseph, Moïse, Josué, Samson, Samuel, Saül, David, Salomon, Ruth, Esther, Naomi, Élie, Jérémie, Daniel, Job et des dizaines d'autres. Ces hommes et ces femmes sont réels ; ils vivent et se déplacent dans les situations vécues, dans l'histoire et dans l'imagination fertile des poètes et des écrivains hébreux. Aucune autre Écriture que l'Ancien Testament n'a aussi généreusement donné de matière aux romanciers, aux dramaturges, aux compositeurs et aux producteurs de cinéma, pour leurs chefs-d'œuvre.

L'honnêteté des récits

Tout peuple a tendance à glorifier ses héros d'une manière à ce point hors de proportion avec la nature réelle qu'ils ne sont plus guère humains. Les Américains ont fait à ce point le panégyrique de leurs pères fondateurs : Washington, Jefferson et Franklin que l'on est passé à l'autre extrême, dépréciant la personnalité de ces mêmes hommes. Certains auteurs de notre Église ont à ce point exalté nos pères pionniers que toute manifestation d'humanité chez eux a été un choc pour les membres de l'Église qui en ont étudié l'histoire.

Cette forme d'idéalisation est de la mauvaise littérature et c'est bien pire encore comme histoire. Une chose que nous apprécions beaucoup dans l'Ancien Testament, c'est l'honnêteté de son récit, sa franchise. Les faiblesses et les péchés de ses héros sont décrits aussi libéralement que leurs points forts, et sans embellissement. La ruse de Jacob, la grandeur manifestée par Ésaü quand il lui pardonne, la folie de Saül, le meurtre, l'adultère et le repentir ultérieur du roi David le bien-aimé, la folie de Salomon multipliant femmes et chevaux, et même Moise prenant sur lui l'honneur d'avoir fait sortir de l'eau du rocher en le frappant, tout cela nous est rapporté.

Non seulement les personnages ont été décrits tels qu'ils étaient réellement, mais l'histoire tout entière de la nation est décrite très objectivement. Un plus grand espace est consacré aux péchés d'Israël qu'à ses vertus. Les prophètes condamnent leur propre peuple, et surtout leurs principes et leurs rois, les classes dirigeantes et les riches. La nation tout entière tombe mainte et mainte fois sous une sévère condamnation pour son hypocrisie et ses péchés.

Nous ne connaissons aucun autre peuple qui ait écrit aussi honnêtement, aussi franchement et aussi complètement à son sujet. Nous y voyons la vie décrite dans toute sa réalité, dans sa force et sa faiblesse, sa sagesse et sa folie, son amour et sa haine, son désespoir et son extase. Tous les maux et toutes les vertus prennent vie dans les héros et la vie d'Israël. C'est là que l'on voit la vie dans ce qu'elle a de pire et de plus beau. C'est la vérité, enregistrée sous le jugement de Dieu.

L'Ancien Testament est un livre de la maturité, un livre que peuvent apprécier le plus ceux qui ont vécu, observé et appris à connaître la vie telle qu'elle est et telle qu'elle devrait être.

De la grande littérature

Aux États-Unis, les cours de littérature biblique, que ce soit chez les Juifs ou chez les Gentils, concernent presque entièrement l'Ancien Testament. Le Nouveau Testament, il est vrai, contient d'excellents passages : paraboles et autres paroles de Jésus, passages des épîtres de Paul, en particulier son panégyrique de l'amour dans 1 Cor. 13 et ce joyau sans prix de la biographie qu'est l'Évangile de Luc. Mais l'Ancien Testament abonde en œuvres de grande littérature. Examinez et prenez comme échantillon quelques-uns des passages suivants : les histoires de la Genèse (par exemple Joseph, chapitre 37, 39-50) Deutéronome (par exemple le chapitre 5), les Psaumes, Job, Ecclésiaste, Amos, Osée, Michée, Ésaïe, Jérémie, Jonas, Ruth, Esther. Beaucoup de personnes qui ne croient pas en la divinité de l'Ancien Testament aiment cependant le lire ne fût-ce que pour la beauté de sa langue.

Un enseignement religieux sans pareil

Comme vous l'apprendrez plus loin, l'Ancien Testament n'a pas son égal dans plusieurs de ses enseignements et de ses lois religieuses. Il est centré sur Dieu, lui rendant l'honneur, la gloire et la fidélité. Il exige que les hommes pratiquent la justice et la miséricorde entre eux, parce que Dieu est le Créateur de tous les hommes. Il montre comment Dieu a choisi Israël comme peuple de l'alliance pour conduire toute l'humanité à la foi et à la justice. Il prédit la venue du Messie et le triomphe final de son royaume.

DE LA GRANDE LITTÉRATURE

Aucune Écriture ne vaut l'Ancien Testament pour la grandeur littéraire. Le Nouveau Testament, le Livre de Mormon et les Doctrine et Alliances ont chacun leur valeur littéraire, leurs beaux passages, mais aucun n'a une riche variété des formes, du sujet, une puissance émotionnelle et un nombre de chefs-d'œuvre littéraires comparables à ce que l'on trouve dans l'Ancien Testament. C'est compréhensible puisqu'aucune autre Écriture n'embrasse autant d'années d'histoire humaine ni une telle diversité de personnages et de situations.

Nous allons relever quelques-unes des caractéristiques des Écritures de l'Ancien Testament qui contribuent à son excellence littéraire. Nous n'essayons pas ici d'être exhaustifs, techniques ou universels, notre but est simplement d'indiquer quelques points qui pourraient nous aider à apprecier la puissance et la beauté du langage de l'Ancien Testament.

Le parallélisme

Une des caractéristiques les plus remarquables et les plus intéressantes de l'hébreu est ce que l'on appelle le parallélisme, ce qui signifie que l'auteur ne se contente pas d'exprimer une idée une seule fois et de s'en tenir là. Son style est plutôt de répéter plusieurs fois la même pensée en des termes différents. Cela donne au lecteur ou à l'auditeur le temps de s'emparer de l'idée, de la ressentir plus profondément, de vivre avec elle.

Les parallélismes d'Ésaïe et d'Amos

Le bœuf connaît son possesseur,
Et l'âne la crèche de son maître :

Israël ne connaît rien,
Mon peuple n'a point d'intelligence.

Malheur à la nation pécheresse,
Au peuple chargé d'iniquités,
À la race des méchants,
Aux enfants corrompus !

Ils ont abandonné l'Éternel,
Ils ont méprisé le Saint d'Israël.
Ils se sont retirés en arrière.

Quel châtiment nouveau vous infliger
Quand vous multipliez vos révoltes ?

La tête entière est malade,
Et tout le cœur est souffrant.
De la plante du pied jusqu'à la tête,
Rien n'est en bon état ;
Ce ne sont que blessures,
Contusions
Et plaies vives,
Qui n'ont été ni pansées
Ni bandées,
Ni adoucies par l'huile.

Votre pays est dévasté,
Vos villes sont consumées par le feu,
Des étrangers dévorent vos campagnes sous vos yeux,
Ils ravagent
Et détruisent, comme des barbares. (Ésaïe 1:3-7)

Je hais,
Je méprise vos fêtes,
Je ne puis sentir vos assemblées.

Quand vous me présentez des holocaustes et des offrandes,
Je n'y prends aucun plaisir ;
Et les veaux engraissés que vous sacrifiez en actions de grâces, je ne les regarde pas.

Éloigne de moi le bruit de tes cantiques !
Je n'écoute pas le son de tes luths.

Mais que la droiture soit comme un courant d'eau
Et la justice comme un torrent qui jamais ne tarit. (Amos 5:21-24)

Images bien connues portant des sens spirituels profonds

La grande poésie comme tout grand art tire son pouvoir de sa capacité de plaire à toute l'humanité à toutes les époques. Une grande partie de la force du judaïsme et du christianisme découle de cette croyance en un Dieu qui est un Père que doivent aimer ses enfants du fait de l'amour profond qu'il a pour eux. La Palestine était (et est encore) un pays où beaucoup de bergers veillaient sur leurs troupeaux. À une époque lointaine, un poète berger – c'était peut-être David, le roi berger – chercha une image pour exprimer sa joie pour les tendres soins de l'Éternel pour ses enfants. Se souvenant de son propre métier, de ses brebis si impuissantes sans ses soins, la sollicitude constante qu'il devait leur montrer et la confiance qui faisait qu'elles le suivaient, il semble avoir senti que le soin du berger pour son troupeau et la foi simple de la brebis pour le berger pourraient constituer un symbole des rapports parfaits entre Dieu et l'homme et entre l'homme et Dieu.

À partir de cette simple image, il écrivit le Psaume du Berger, un poème dont le message est si universel qu'on l'a appelé le plus parfait des poèmes. Jésus lui-même a dû aimer le message qu'il porte, car il dit de lui-même qu'il est « le bon berger » et ses sermons et ses paraboles sont pleins d'images tirées de la vie du berger.

Il y a quelques années, un jeune savant syrien, invité chez un pasteur américain, prit le psaume et l'analysa, montrant avec quelle fidélité il décrivait sa propre vie, lorsqu'il était enfant, surveillant les troupeaux de son père dans les collines de Judée. Plus tard le pasteur mit cette histoire dans un petit livre intitulé « le cantique de notre invité syrien » et le jeune syrien le raconta lui-même à beaucoup d'auditoires américains. Cela montre à quel point un poète tirait des tâches quotidiennes de son humble métier une image d'une signification si grandiose qu'elle constitue l'expression divine de l'amour divin.

L'Éternel est mon berger :
Je ne manquerai de rien.

Il me fait reposer dans de verts pâturages,
Il me dirige près des eaux paisibles.
Il restaure mon âme
Il me conduit dans les sentiers de la justice,
À cause de son nom.

Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort,
Je ne crains aucun mal,
Car tu es avec moi :
Ta houlette et ton bâton me rassurent.
Tu dresses devant moi une table, en face de mes adversaires ;

Tu oins d'huile ma tête,
Et ma coupe déborde.
Oui, le bonheur et la grâce m'accompagneront tous les jours de ma vie,
Et j'habiterai dans la maison de l'Éternel jusqu'à la fin de mes jours. (Psaume 23)

Ce thème des rapports entre Dieu et l'homme passe par toute la gamme, depuis ce chant tout simple, que bien des enfants ont appris par cœur parce qu'ils l'aimaient, jusqu'à la sublime complexité du Livre de Job autour duquel on pourrait créer toute une série de leçons sans en analyser suffisamment la splendeur et la profondeur.

Quand la pensée exprimée est semblable dans chaque expression, on l'appelle parallélisme synonyme. Cette forme, qui est la plus courante, est illustrée dans les citations ci-dessus et à presque toutes les pages de l'Ancien Testament.

Sous une autre forme, le parallélisme antithétique, la deuxième formule est l'opposé exact de la première. Notez par exemple ces citations des Proverbes :

Un cœur joyeux est un bon remède,
Mais un esprit abattu dessèche les os (17:22).

L'esprit de l'homme le soutient dans la maladie ;
Mais l'esprit abattu, qui le relèvera ? (18:14).

Un homme fidèle est comblé de bénédictions,
Mais celui qui a hâte de s'enrichir ne reste pas impuni (28:20).

Une langue concrète et virile

La langue de l'Ancien Testament est concrète, directe et utilise la voix active. Elle parle de choses que nous pouvons toucher et voir, même lorsque le sujet est abstrait. Elle consiste essentiellement en substantifs et en verbes, avec très peu d'adjectifs et d'adverbes. Ses allusions à la nature sont nombreuses et frappantes. Notez ce passage du Deutéronome où Moïse décrit les maux qui accompagnent la désobéissance :

Tu seras maudit dans la ville, et tu seras maudit dans les champs.

Ta corbeille et ta huche seront maudites.

Le fruit de tes entrailles, le fruit de ton sol, les portées de ton gros et de ton menu bétail,
toutes ces choses seront maudites.

Tu seras maudit à ton arrivée, et tu seras maudit à ton départ.

L'Éternel enverra contre toi la malédiction, le trouble et la menace, au milieu de toutes les entreprises que tu feras, jusqu'à ce que tu sois détruit, jusqu'à ce que tu périsses promptement, à cause de la méchanceté de tes actions, qui t'aura porté à m'abandonner.

L'Éternel attachera à toi la peste, jusqu'à ce qu'elle te consume dans le pays dont tu vas entrer en possession.

L'Éternel te frappera de consomption, de fièvre, d'inflammation, de chaleur brûlante, de dessèchement, de jaunisse et de gangrène, qui te poursuivront jusqu'à ce que tu périsses.

Le ciel sur ta tête sera d'airain, et la terre sous toi sera de fer.

L'Éternel enverra pour pluie à ton pays de la poussière et de la poudre ; il en descendra du ciel sur toi jusqu'à ce que tu sois détruit.

L'Éternel te fera battre par tes ennemis ; tu sortiras contre eux par un seul chemin, et tu
t'enfuiras devant eux par sept chemins ; et tu seras un objet d'effroi pour tous les royaumes de la terre.

Ton cadavre sera la pâture de tous les oiseaux du ciel et des bêtes de la terre ; et il n'y
aura personne pour les troubler.

L'Éternel te frappera de l'ulcère d'Égypte, d'hémorrhoïdes, de gale et de teigne, dont tu ne
pourras guérir.

L'Éternel te frappera de délire, d'aveuglement, d'égarement d'esprit, Et tu tâtonneras en plein midi comme l'aveugle dans l'obscurité ;

Tu n'auras point de succès dans tes entreprises, et tu seras tous les jours opprimé, dépouillé, et il n'y aura personne pour venir à ton secours. (Deut. 28:16-29)

Lorsque le roi David fut à l'apogée de sa puissance et de sa gloire, il perdit de vue son sens des valeurs ; la puissance de son poste le rendit aveugle à ses obligations morales. Voyant Bathshéba, une belle femme, il la prit pour lui en dépit du fait qu'elle était mariée avec Urie, le Héthien (Hittite) qui combattait pour le roi.

Le roi David essaya de couvrir son péché, mais lorsque ceci s'avéra impossible, il écrivit à Joab, son capitaine, et lui commanda de mettre Urie au premier rang de la bataille où il serait tué. David apprit qu'Urie était en effet mort au combat. David fit à Joab cette réponse hypocrite, disant au messager : « Voici ce que tu diras à Joab : Ne sois point peiné de cette affaire, car l'épée dévore tantôt l'un, tantôt l'autre ; attaque vigoureusement la ville, et renverse-la. Et toi, encourage-le ! » (2 Sam. 11:25). Alors David prit pour lui la femme d'Urie et l'affaire fut réglée pour lui.

Mais « ce que David avait fait déplut à l'Éternel. L'Éternel envoya Nathan vers David. Et Nathan vint à lui et lui dit : Il y avait dans une ville deux hommes, l'un riche et l'autre pauvre. Le riche avait des brebis et des bœufs en très grand nombre. Le pauvre n'avait rien du tout qu'une petite brebis, qu'il avait achetée ; il la nourrissait, et elle grandissait chez lui avec ses enfants ; elle mangeait de son pain, buvait dans sa coupe, dormait sur son sein, et il la regardait comme sa fille. Un voyageur arriva chez l'homme riche. Et le riche n'a pas voulu toucher à ses brebis ou à ses bœufs, pour préparer un repas au voyageur qui était venu chez lui ; il a pris la brebis du pauvre, et l'a apprêtée pour l'homme qui était venu chez lui.

« La colère de David s'enflamma violemment contre cet homme, et il dit à Nathan : L'Éternel est vivant ! l'homme qui a fait cela mérite la mort. Et il rendra quatre brebis, pour avoir commis cette action et pour avoir été sans pitié. Et Nathan dit à David : Tu es cet homme-là ! Ainsi parle l'Éternel, le Dieu d'Israël : Je t'ai oint pour roi sur Israël, et je t'ai délivré de la main de Saül ; Je t'ai mis en possession de la maison de ton maître, j'ai placé dans ton sein les femmes de ton maître, et je t'ai donné la maison d'Israël et de Juda. Et si cela eût été peu, j'y aurais encore ajouté. Pourquoi donc as-tu méprisé la parole de l'Éternel, en faisant ce qui est mal à ses yeux ? Tu as frappé de l'épée Urie, le Héthien ; tu as pris sa femme pour en faire ta femme, et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon. Maintenant, l'épée ne s'éloignera jamais de ta maison, parce que tu m'as méprisé, et parce que tu as pris la femme d'Urie, le Héthien, pour en faire ta femme. » ( 2 Samuel 12:1-10)

Notez la vigueur, le caractère direct, la simplicité et la puissance de cette parabole de Nathan. Lisez le Psaume 51, où David confesse son grand péché et prie pour avoir le pardon de Dieu.

D'excellentes narrations

Les histoires de l'Ancien Testament, comme l'incident qui vient d'être relaté, sont admirablement racontées. Le récit est rapide, raconte beaucoup, éveille l'imagination et exclut les détails inutiles. Lisez par exemple l'histoire de Joseph dans Genèse 37:39-46. Notez à quel point ces histoires révèlent la nature humaine, comme elles sont fournies et comme elles sont admirablement et habilement racontées. En deux versets, l'intrigue est révélée, les dés sont jetés :

« Israël aimait Joseph plus que tous ses autres fils, parce qu'il l'avait eu dans sa vieillesse ; et il lui fit une tunique de plusieurs couleurs. Ses frères virent que leur père l'aimait plus qu'eux tous, et ils le prirent en haine. Ils ne pouvaient lui parler avec amitié. » (Gen. 37:3-4)

Ce chapitre décrit dans un style passionnant et avec une perspicacité profonde les fruits de la jalousie et la folie du favoritisme dans la vie de famille. On voit et on sent avec les frères de Joseph ; on peut s'imaginer les sentiments qu'éprouva Joseph lorsqu'il fut vendu en Égypte.

Au chapitre 44, lorsque les frères eurent été renvoyés à Joseph parce que l'on avait trouvé sa coupe d'argent dans le sac de Benjamin, y ayant été placée sur l'ordre de Joseph, Juda supplia son frère inconnu de le garder prisonnier plutôt que Benjamin. La qualité de cette supplique fut trop pour Joseph :

« Alors Juda s'approcha de Joseph, et dit : De grâce, mon seigneur, que ton serviteur puisse faire entendre une parole à mon seigneur, et que sa colère ne s'enflamme point contre ton serviteur ! Car tu es comme Pharaon. Mon seigneur a interrogé ses serviteurs, en disant : Avez-vous un père, ou un frère ? Nous avons répondu : Nous avons un vieux père, et un jeune frère, enfant de sa vieillesse ; cet enfant avait un frère qui est mort, et qui était de la même mère ; il reste seul, et son père l'aime.

« Tu as dit à tes serviteurs : Faites-le descendre vers moi, et que je le voie de mes propres yeux. Nous avons répondu à mon seigneur : L'enfant ne peut pas quitter son père ; s'il le quitte, son père mourra. Tu as dit à tes serviteurs : Si votre jeune frère ne descend pas avec vous, vous ne reverrez pas ma face. Lorsque nous sommes remontés auprès de ton serviteur, mon père, nous lui avons rapporté les paroles de mon seigneur.

« Notre père a dit : Retournez, achetez-nous un peu de vivres. Nous avons répondu : Nous ne pouvons pas descendre ; mais, si notre jeune frère est avec nous, nous descendrons, car nous ne pouvons pas voir la face de cet homme, à moins que notre jeune frère ne soit avec nous.

« Ton serviteur, notre père, nous a dit : Vous savez que ma femme m'a enfanté deux fils. L'un étant sorti de chez moi, je pense qu'il a été sans doute déchiré, car je ne l'ai pas revu jusqu'à présent. Si vous me prenez encore celui-ci, et qu'il lui arrive un malheur, vous ferez descendre mes cheveux blancs avec douleur dans le séjour des morts.

« Maintenant, si je retourne auprès de ton serviteur, mon père, sans avoir avec nous l'enfant à l'âme duquel son âme est attachée, il mourra, en voyant que l'enfant n'y est
pas ; et tes serviteurs feront descendre avec douleur dans le séjour des morts les cheveux blancs de ton serviteur, notre père. Car ton serviteur a répondu pour l'enfant, en disant à mon père : Si je ne le ramène pas auprès de toi, je serai pour toujours coupable envers mon père. Permets donc, je te prie, à ton serviteur de rester à la place de l'enfant, comme esclave de mon seigneur ; et que l'enfant remonte avec ses frères. Comment pourrai-je remonter vers mon père, si l'enfant n'est pas avec moi ? Ah ! que je ne voie point l'affliction de mon père ! » (Gen. 44:18-34)

Les écrivains de l'Ancien Testament savaient raconter des histoires. Et ils aimaient les raconter. Leur religion continue à vivre en bonne partie parce qu'elle revêt la forme narrative. Le génie littéraire de Jésus avait ses racines dans le livre de ses ancêtres hébreux, car, comme eux, il connaissait la valeur de ce qui est simple et courant pour
communiquer des vérités profondes.

Des chefs-d'œuvre littéraires

Du point de vue littéraire, les plus grands livres de l'Ancien Testament pourraient bien être la Genèse, le Deutéronome, Ruth, les Psaumes, l'Ecclésiaste, Ésaïe, Amos, Osée, Michée et Jérémie. Cependant, la plus grande partie de l'Ancien Testament serait considérée comme bien écrite et bien rapportée. Sa grandeur comme littérature et comme Écriture découle de la même source. Ses auteurs humains se voyaient non pas comme inventeurs de formes littéraires, mais comme humbles instruments dont le Dieu d'Israël se servait pour parler à son peuple.

Tout comme les Grec considéraient leur noble architecture et leurs superbes sculptures comme des monuments à leurs nombreux dieux qui seraient offensés par des ouvrages négligés, de même les écrivains hébreux se donnaient toutes les peines du monde pour perfectionner leurs écrits sacrés comme étant une révélation venant de l'Éternel, le seul vrai Dieu.

LE NOUVEAU TESTAMENT

LES LIVRES

Commençons une brève étude du Nouveau Testament : ses livres, ses caractéristiques distinctives et quelques-uns de ses enseignements fondamentaux et originaux. Cette
Écriture est née de l'amour des hommes pour Jésus-Christ. Il décrit sa merveilleuse et perspicace influence sur ses disciples. Le Nouveau Testament est aussi le fruit de l'Église chrétienne originelle. Et c'est l'Écriture par excellence que tous les chrétiens ont en commun et respectent.

Le Nouveau Testament, comme l'Ancien Testament, n'est pas, dans son origine, un livre unique ; c'est une collection de 27 écrits différents. Chacun fut rédigé séparément sans savoir qu'il ferait un jour partie d'un canon d'Écritures. En fait, ce ne fut que vers 400 de notre ère que l'Église chrétienne s'accorda sur la composition actuelle du Nouveau Testament. Diverses collections furent faites, et l'inclusion de certains des livres fut contestée pendant quelque trois cents ans.

Les livres du Nouveau Testament peuvent se répartir en plusieurs groupes. Voici une classification : Les évangiles, les actes des apôtres, les épîtres de Paul, les épîtres catholiques ou universelles, l'Apocalypse.

Examinons chacun de ces groupes.

Les évangiles

Le mot évangile signifie « bonne nouvelle », vraisemblablement la nouvelle de la naissance, de la vie et de la résurrection triomphale de Jésus-Christ. Les trois premiers évangiles, Matthieu, Marc et Luc sont appelés synoptiques parce que leur arrangement est à peu près identique. Ils ont un caractère tout à fait biographique, commençant avec
la naissance de Jésus dans Matthieu et dans Luc et avec le début de son ministère dans Marc. Chaque évangile raconte sa propre histoire de la vie et du ministère du Sauveur terminant avec la trahison dont il fut la victime, sa crucifixion et sa résurrection.

Le quatrième évangile, celui de Jean, a un but, une organisation et un ton tout à fait distincts des trois autres. L'auteur commence par déclarer que Jésus est Dieu dans toute sa gloire. Les incidents de sa vie ne sont pas présentés de manière chronologique, mais de la manière la plus apte à illustrer la mission et la personnalité divine du Christ.

Nous avons la chance d'avoir quatre évangiles pour nous décrire la vie et les enseignements du Sauveur. Chacun d'eux est, sous certains aspects, unique, comme nous nous y attendrions, puisque chaque évangile fut écrit par un auteur différent dont les rapports avec le Sauveur étaient différents. Chaque œuvre du Sauveur est appréciée pour différentes raisons.

On croit que l'évangile de Marc a été écrit par Jean Marc, compagnon missionnaire de Paul et s'est basé sur les « mémoires de Pierre ». C'est l'évangile le plus court ; il est concis, precis, détaillant la vie et les actes de Jésus plutôt que ses enseignements ou la théologie à son sujet (christologie). On croit aussi que c'est le plus ancien des quatre évangiles bien qu'il y ait eu des récits écrits plus anciens encore où Marc et Luc et d'autres écrivains pouvaient puiser, comme nous l'apprend la grande vision de 1 Néphi que nous rapporte le Livre de Mormon (voir 1 Néphi 13).

Matthieu est un évangile didactique. Nous y trouvons le sermon sur la Montagne en un bloc (chapitres 5-7). Les autres paroles et dialogues de Jésus sont donnés dans le détail. Matthieu semble avoir eu à l'esprit les Juifs quand il écrivit son évangile, car il cite libéralement l'Ancien Testament et met en relief les conflits qui opposèrent Jésus à ses compatriotes (voir chap.23).

Luc, écrit par le médecin de Paul, se basait sur beaucoup de sources plus anciennes (voir Luc 1:1-4). Il connaissait l'esprit et le monde gentils, et son évangile fut écrit pour les Gentils. Il a un appel vaste et universel, est admirablement écrit et contient le plus grand nombre de paraboles.

L'évangile de Jean, comme nous l'avons déjà dit, est d'un caractère plus théologique, démontrant que la mission du Christ était celle de Dieu et du Fils de Dieu. Il est, lui aussi, admirablement écrit, avec un profond sentiment religieux, et son langage est plus abstrait, plus symbolique que les évangiles synoptiques. Dans Jean, nous lisons par exemple : « Je suis le pain de vie ». « Je suis le vrai cep ». « Quiconque boit de cette eau aura encore soif ; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d'eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. » (Jean 4:13-14). Ce livre a un langage et un message bien à lui : beaux, profonds, parfois symboliques comme l'illustrent les passages que nous venons de citer.

Le Livre des Actes

Cet ouvrage fut également écrit par Luc, et, dans l'Église primitive, était souvent combiné en un livre avec l'évangile de celui-ci. Plus tard, il en fut séparé, et ce, à juste titre. Les Actes sont le livre le plus historique du Nouveau Testament, puisqu'ils parlent de la naissance de l'Église chrétienne primitive sous le gouvernement de Pierre en Palestine, de Paul dans le monde gentil. Les chapitres 1 à 12, à l'exception du chapitre 9, ont Pierre comme personnage central, et les chapitres 9 et13 à 28 décrivent les travaux missionnaires, la vie et la personnalité de Paul.

Les évangiles peuvent également être appelés historiques aussi bien que biographiques en ce qu'ils racontent l'histoire de la vie de Jésus et les événements qui entourent sa mort. Dans le Livre des Actes, Luc a écrit un récit admirable, émouvant et triomphant de la naissance de l'Église. La puissance de Dieu et l'inspiration de ses grands apôtres s'y manifestent de bout en bout. Il apparaît encore une fois que Luc a à l'esprit un auditoire universel.

Les épîtres de Paul

Tandis qu'il voyageait dans le monde méditerranéen, Paul fonda des branches de l'Église et s'attacha aussi fortement à certaines personnes. Tandis qu'il se déplaçait d'une ville à l'autre, il recevait des nouvelles concernant la situation qui régnait dans ces diverses branches et dans la vie de certaines personnes. Ces rapports le poussaient à écrire des lettres à ces branches et à ces personnes : des lettres d'encouragement, d'instruction et même, dans une certaine mesure, de réprimande. À l'exception des Romains, elles furent apparemment dictées tout à fait spontanément et improvisées, trait qui témoigne à la fois du talent littéraire et de la grande inspiration de Paul. Chacun fut écrit individuellement pour un ou plusieurs buts particuliers.

Treize livres, presque la moitié des livres du Nouveau Testament, sont attribués à Paul par les savants. Ces livres furent écrits d'environ 50 à 67 de notre ère et leur groupe représente les écrits les plus anciens du Nouveau Testament. Ils sont placés dans l'ordre suivant : 1 et 2 Thessaloniciens, Galates, 1 et 2 Corinthiens, Romains, Philippiens, Éphésiens, Colossiens, Philémon, 1 et 2 Timothée, Tite.

La plupart des lettres de Paul furent écrites aux branches qu'il avait établies et ont un contenu riche et varié, dépendant des problèmes à traiter. Les Romains font exception. Paul n'avait jamais été à Rome et ne connaissait pas grand-chose de cette branche et de ses problèmes. L'épître aux Romains est l'effort le plus systématique de Paul d'énoncer la théologie chrétienne telle qu'il la comprenait. Elle est profonde et complexe.

L'épître d'une page à Philémon a ceci d'unique que c'est une supplique judicieuse et aimante de la part de Paul à un frère en la foi, Philémon, de reprendre, en lui pardonnant, un esclave qui s'était enfui, Onésime, lequel était devenu cher à Paul et qu'il avait persuadé de retourner à son ancien maître. Philémon n'a qu'un seul thème : la réconciliation.

Les épîtres universelles

Le quatrième groupe d'écrits est appelé catholique ou, comme ce mot le signifie, épîtres universelles parce qu'à l'inverse des lettres de Paul, elles semblent s'adresser à l'Église, sinon au monde en général. Ce groupe comporte divers écrits : Jacques, 1 et 2 Pierre, 1, 2 et 3 Jean, Jude, Hébreux, Apocalypse.

Comme les Écrits de l'Ancien Testament, ce groupe fut le dernier qui fut accepté dans le canon sacré. C'est particulièrement vrai de 2 Pierre et de Jude.

Jacques est une supplique simple et directe pour que l'on vive chrétiennement d'une manière pratique, supplique qui prend presque la forme d'un sermon. Il est bien connu des saints des derniers jours parce que certains de ses versets poussèrent Joseph Smith à prier avec foi, et ceci conduisit à la Première Vision et au Rétablissement : « Si quelqu'un d'entre vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui donne à tous simplement et sans reproche, et elle lui sera donnée. Mais qu'il la demande avec foi, sans douter ; car celui qui doute est semblable aux flots de la mer, agité par le vent et poussé de côté et d'autre. » (Jacques 1: 5-6)

Un autre passage bien-aimé est la définition que donne Jacques de « la religion pure » qui, comme le passage bien connu de Michée 6:8, souligne de nouveau le côté pratique et moral du sens de la religion. « La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde » (Jacques 1:27). Maintes et maintes fois, Jacques souligne : « la foi sans les œuvres est morte » et « mettez la parole en pratique. ». Dans l'ensemble Jacques est une Écriture unique et remarquable.

1, 2 et 3 Jean ont le même genre de style et de message que son évangile. Leur but est de détruire les doctrines hérétiques existant dans la chrétienté et d'exprimer certaines vérités religieuses profondes. Notez par exemple 1 Jean 3 et 4 qui décrivent nos relations avec le Christ et en quoi elles devraient changer notre vie, nous élevant au-dessus du péché.

1 Pierre est un livre d'élite dont le but est de fortifier les saints contre la persécution. 2 Pierre contient le passage suivant qui, à lui seul, devrait nous rendre reconnaissants de ce qu'il ait finalement trouvé sa place dans le canon :

« Que la grâce et la paix vous soient multipliées par la connaissance de Dieu et de Jésus notre Seigneur ! Comme sa divine puissance nous a donné tout ce qui contribue à la vie et à la piété, au moyen de la connaissance de celui qui nous a appelés par sa propre gloire et par sa vertu, lesquelles nous assurent de sa part les plus grandes et les plus précieuses promesses, afin que par elles vous deveniez participants de la nature divine, en fuyant la corruption qui existe dans le monde par la convoitise ; À cause de cela même, faites tous vos efforts pour joindre à votre foi la vertu, à la vertu la science, à la science la tempérance, à la tempérance la patience, à la patience la piété, à la piété l'amour fraternel, à l'amour fraternel la charité. Car si ces choses sont en vous, et y sont avec abondance, elles ne vous laisseront point oisifs ni stériles pour la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ. » (2 Pierre 1:2-8)

Jude est une épître universelle très courte, condamnant les apostats et suppliant les saints de rester fermes dans leur foi.

Les Hébreux et l'Apocalypse

Les Hébreux et l'Apocalypse sont deux livres importants et uniques dans le canon du Nouveau Testament. Bien que le premier soit attribué à Paul dans son titre, la plupart des spécialistes du Nouveau Testament mettent en doute l'identité de son auteur, prétendant qu'il n'y a pas de preuve interne que Paul ait écrit ce livre. Au contraire, il diffère radicalement en langue, en style et en message des épîtres de Paul. Toutefois c'est le message et non l'auteur qui est important. Les Hébreux, qui furent écrits en un style
élégant, comprennent un beau chapitre sur la foi (chapitre 11), combattent l'hérésie et appellent le Christ le souverain sacrificateur.

L'Apocalypse est un exemple de littérature apocalyptique, un genre d'écrit courant chez les Juifs avant et après le Christ. Apocalyptique signifie ce qui a trait aux dernières choses, au triomphe ultime de Dieu et à ses jugements sur le monde. Le livre condamne l'empire romain comme étant le siège du mal et encourage les saints à rester attachés à la foi parce que le Seigneur triomphera finalement. Son langage est hautement dramatique et symbolique, peu soigné, mais souvent très beau.

Résumé

Nous avons groupé les vingt-sept livres du Nouveau Testament en catégories et nous vous avons présenté chaque groupe et brièvement quelques-uns des livres qui les composent. Nous espérons que vous apprendrez par cœur les noms des livres, associant quelque chose à chacun d'eux et aimerez lire vous-mêmes les écrits du Nouveau Testament. Nous prenons maintenant le livre dans son ensemble pour découvrir quelques-unes de ses caractéristiques uniques et un petit nombre de ses idées les plus importantes.

QUELQUES CARACTERISTIQUES

Chaque Écriture a son caractère à elle. L'Ancien Testament est remarquable par sa diversité et son excellence littéraires, sa révélation de la nature humaine chez de nombreux personnages, son honnêteté et sa franchise, son antiquité et son ampleur, et l'accent qu'il met sur la foi en Dieu et la morale. Qu'y a-t-il de distinctif dans le Nouveau Testament ?

Les formes littéraires

Le Nouveau Testament contient quelques formes littéraires distinctives des Écritures, à savoir : l'évangile, l'épître et d'abondantes paraboles. La « bonne nouvelle » de Jésus, le récit biographique de sa vie et de sa mission, ne se trouvent nulle part ailleurs dans aucune de nos Écritures. De même, les lettres de Paul aux branches de l'Église et à Timothée, Tite et Philémon sont uniques dans les pages de l'Écriture, distinctives dans leur forme, leur but, leur style et leur contenu ; et par conséquent, elles sont intéressantes ne fût-ce que pour ces raisons. Nous avons de temps en temps une parabole dans l'Ancien Testament, le Livre de Mormon et les Doctrine et Alliances, mais elles sont insignifiantes par comparaison avec le grand nombre (plus de quarante rien que chez Luc) créé par le génie spirituel du Maître et trouvé dans les évangiles.

L'enseignement parabolique était bien connu des Juifs, mais Jésus est reconnu comme étant le Maitre de la parabole et du proverbe, même par un grand savant juif qui ne l'accepte pas comme étant le Messie ou le Fils de Dieu : Joseph Klausner (Jésus de Nazareth, p. 265-266, 414).

Qu'est-ce qu'une parabole ? Comment faut-il la comprendre et l'interpréter ?

La parabole a été définie comme étant « une histoire », « une projection », « une histoire terrestre avec sens céleste ». C'est le récit direct d'un incident, qui doit être pris dans son ensemble, ayant une leçon ou une morale unique bien définie et ordinairement simple. Une parabole, ce n'est pas simplement raconter un incident historique. Jésus ne vit pas dans la vie le fils prodigue exactement tel qu'il le décrivit dans la parabole et, autant que nous le sachions, il n'entendit pas non plus l'histoire racontée par quelqu'un d'autre. Le Sauveur observait et comprenait les hommes et pouvait, à partir de là, créer des situations vraies et vivantes dans lesquelles chaque élément était réaliste. Cependant, ils étaient assemblés par son imagination et son génie en une forme plus impressionnante que tout ce qui se produit dans l'expérience humaine.

Une parole, comme un portrait, n'est pas une simple photo d'un aspect de la vie, mais la recréation par l'artiste. L'esprit et le cœur de Jésus se manifestent clairement dans ses paraboles ; il mettait quelque chose de lui-même, et c'est pour cette raison même qu'elles sont importantes. Il est évident que Jésus aimait cet art d'enseigner. Marc dit : « Il ne leur parlait point sans parabole » (Marc 4:34). Les mots abstraits et les généralisations sont vite oubliés ; les histoires restent vivaces dans la mémoire.

Centré sur l'individu

Un thème majeur dans l'Ancien Testament, le Livre de Mormon et les Doctrine et Alliances, est le sort de la nation ou d'un peuple entier. Certains livres de l'Ancien Testament sont écrits pour l'individu, pour l'éclairer, comme les Proverbes, l'Ecclésiaste et Job, mais la plupart des écrits, en particulier les Prophètes et la Loi, sont les messages inspirés d'hommes de Dieu essayant de sauver la nation ; ils soulignent le côté social. Une grande partie du Livre de Mormon est orientée vers les nations néphite et lamanite et les décrit. Les Doctrine et Alliances sont un mélange d'instructions et d'exhortations adressées aux saints des derniers jours collectivement et individuellement.

Le Nouveau Testament s'adresse essentiellement à des individus. Il n'essaie pas de sauver la nation juive dans un sens politique ou historique quelconque. Les Juifs avaient perdu leur liberté politique et étaient sous le joug de Rome. Ni Jésus, ni Paul n'essayaient d'encourager l'insurrection contre l'État. Ils se souciaient du salut de l'âme des hommes, quelles que fussent les circonstances historiques. Ainsi le Nouveau Testament a une importance et une portée universelles, dépassant tous les intérêts ethniques, régionaux ou temporels.

Du vivant de Jésus, l'Évangile fut porté aux Juifs. Mais le Sauveur n'oubliait pas les Gentils et n'était pas indifférent à leur égard. Ayant été rejeté par les Juifs tandis qu'il était dans la chair, il commanda, après sa résurrection, aux disciples : « Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. » (Marc 16: 15)

Pierre apprit qu'il n'y avait pas d'êtres humains purs ou impurs aux yeux de Dieu et que le Seigneur ne fait point acception de personne (Actes 10:3-4). Et dans son accrochage avec les apôtres de Palestine qui pensaient tout naturellement que les convertis à l'Évangile devaient devenir juifs aussi bien que chrétiens dans leur foi, l'apôtre Paul sortit triomphant. Les Gentils étaient dorénavant acceptés dans l'Église chrétienne sans devoir tout d'abord devenir juifs. C'est-à-dire sans devoir accepter le ritualisme du judaïsme (voir Actes 15 et Galates).

Le Nouveau Testament dépasse toute fidélité nationale, tout favoritisme, et célèbre l'Évangile et la mission du Christ comme étant quelque chose de donné à tous les hommes, aux Juifs d'abord puis aux Gentils. « Nous avons tous, en effet, été baptisés dans un seul Esprit, pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit » (1 Cor. 12:13). « Il n'y a ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni scythe, ni esclave ni libre ; mais Christ est tout et en tous. » (Col. 3:11)

L'accent mis sur l'individu et la perspective universelle du Nouveau Testament n'ont pas pour but de déprécier le moins du monde l'accent social des autres Écritures. En fait, un des grands points forts de l'Ancien Testament et du Livre de Mormon, c'est le fait que leurs auteurs voyaient clairement que les hommes ne vivent pas dans des cellules isolées, dans des alvéoles, que « nul n'est une île ». Si l'on veut que les bommes soient sauvés individuellement, il est important de changer la vie sociale d'ensemble du peuple. Dans la religion, l'intérêt individuel est aussi valable que l'intérêt social ; ce sont simplement des aspects différents de la morale. Pris seul, chacun des deux est incomplet. L'Ancien et le Nouveau Testament, avec leurs intérêts respectivement social et individuel, se complètent admirablement.

Centré sur le Christ

Plus que toute autre Écriture, le Nouveau Testament est centré sur le Christ. Du début à la fin, il raconte l'histoire de sa vie, témoigne de sa mission divine et demande que l'on devienne de véritables disciples du Christ. Toutes les autres Écritures parlent du Sauveur et permettent de comprendre sa mission ; la Perle de grand prix nous apprend comment il a accepté la mission d'être Sauveur de l'humanité, les Doctrine et Alliances sont en grande partie le produit de ses révélations et rendent un témoignage puissant de son existence et de sa mission ; le Livre de Mormon est à juste titre appelé « deuxième témoin du Christ » et son but même, énoncé à la page de titre, est de « convaincre les Juifs et les Gentils que Jésus est le Christ, le Dieu éternel, qui se manifeste à toutes les nations ». Même l'Ancien Testament parle d'un Messie à venir, que les chrétiens et le Nouveau Testament interprètent comme étant Jésus-Christ.

Toutefois, le Nouveau Testament, plus que n'importe quelle autre Écriture, du début à la fin, est imprégné du Sauveur. Nulle part ailleurs, nous ne trouvons de description de sa vie mortelle. Paul a donné le témoignage écrit le plus ancien de sa résurrection (1 Cor. 15). Et il n'est pas d'auteur scriptural qui ait fait du Sauveur la matrice et la trame de ses écrits au même degré que Paul. Les épîtres universelles, 1, 2 et 3 Jean et 1 et 2 Pierre, les Hébreux et l'Apocalypse sont centrés sur le Sauveur. Il n'est pas étonnant que le Nouveau Testament ait été l'Ecriture chérie de tous les chrétiens au cours des siècles.

Condensé dans le temps

Comme les Doctrine et Alliances, le Nouveau Testament est condensé dans le temps, extrêmement concentré, couvrant grosso modo cent ans de la vie de l'Église primitive, tout comme les Doctrine et Alliances reflètent la naissance de l'Église rétablie. L'Ancien Testament et le Livre de Mormon en particulier embrassent de vastes périodes d'histoire. Même la Perle de grand prix s'étend sur quatre millénaires, y compris les écrits de Joseph Smith. Mais le Nouveau Testament est plus limité et plus précis dans son objectif et la seule Écriture qui parle de l'origine et de la naissance du mouvement chrétien dans le Moyen-Orient, mouvement qui a eu un grand effet sur l'histoire et la culture du monde occidental. Il est en effet impossible de comprendre les institutions, la philosophie et l'éthique de l'Europe et de l'Amérique si l'on ne connaît le Nouveau et l'Ancien Testament.

Un joyeux message

Le Nouveau Testament est un livre dont le message est positif et triomphant. Il commence avec « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts » à la naissance du Sauveur et termine par la promesse : « Oui, je viens bientôt. Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous ! » (Apoc. 22:20-21)

Il y a beaucoup de défaites et de tragédies dans le Nouveau Testament. Le Christ lui-même fut crucifié, les saints furent persécutés et ils manifestèrent toutes les faiblesses des saints des autres époques. Mais on ne reste jamais sur un sentiment de tragédie, de désespoir ou de désastre final dans le Nouveau Testament.

Au contraire, il y a une note toujours présente d'exultation. Le Christ a brisé les liens de la mort et triomphé du péché. Il est monté au ciel dans des nuées de gloire et reviendra. On ne peut arrêter son œuvre, mais il triomphera de Satan, du mal, du monde et de tous les obstacles. Quand on lit le Nouveau Testament, on en reste chargé de foi et d'enthousiaste pour l'Évangile et l'Église du Christ, assuré du triomphe ultime de sa justice. Le Nouveau Testament reflète l'esprit triomphant de Luc, de Pierre, de Paul et de Jean.

La valeur de l'individu

Un des messages les plus grands et les plus durables du Nouveau Testament est l'importance qu'il accorde à la valeur de l'individu ; et en particulier dans la vie et les enseignements de Jésus. Cette importance ne tient pas son origine du Sauveur et ne lui était pas propre non plus. Dans notre étude de l'Ancien Testament, nous avons remarqué le caractère humain de la loi, sa sollicitude pour l'étranger, la veuve, l'orphelin, l'esclave, l'innocent accusé d'un délit, et même les droits d'un soldat ordinaire, Urie le Hittite, contre le roi David (2 Samuel 11) et de Naboth contre le roi Achab (Rois 21). Mais Jésus, bâtissant sur les fondations humaines du judaïsme, souligna en termes et en actions inoubliables la valeur de l'individu.

La grâce du Christ

Paul, ayant passé sa jeunesse sans croire au Christ, apprit la différence que le Christ peut apporter dans la vie de quelqu'un. Et s'il est vrai qu'il exhorta maintes et maintes fois les saints à garder les commandements de Dieu et les lois de l'Évangile, son message le plus grand était toutefois que l'homme ait foi au Christ, devienne une créature nouvelle en Christ Jésus et vive par l'esprit plutôt que par la lettre de la loi.

La résurrection et la vie éternelle

Un des plus grands apports du Nouveau Testament à la religion et à la vie, est la manière claire et puissante avec laquelle il décrit la réalité d'une résurrection littérale et l'assurance de l'immortalité. Il contient la première Écriture acceptée par tous les chrétiens qui enseigne sans équivoque la résurrection d'entre les morts.

L'Église chrétienne

Le Nouveau Testament est un témoin solide de ce que la religion est de caractère aussi bien social que privé. Il parle de la progression et du développement de l'Église chrétienne au cours du premier siècle. Dans les évangiles tels que nous les avons dans le Nouveau Testament, il n'est dit nulle part que le Christ ait réellement organisé une Église. Il y a cependant des manifestations claires de ce qu'il en a jeté les bases et voulu qu'il y en ait une.

Le Nouveau Testament est le fruit ou les annales de la vie dans l'Église primitive ou originelle du Christ. L'histoire de la naissance de l'Église du Christ en Palestine et dans le monde romain, racontée dans le Nouveau Testament, est intéressante, instructive et inspirante et peut nous en enseigner beaucoup sur nos rapports avec elle.

CONSIDÉRATIONS DIVERSES

LA COMPOSITION, LE CADRE, LE BUT ET LES AUTEURS

Les auteurs des Écritures, sauf en d'assez rares occasions où ils étaient poussés à contempler le chemin de l'avenir, examinaient et évaluaient la situation de leur temps à la lumière des principes fondamentaux, parlant à leur propre peuple qui vivait dans une situation qu'ils connaissaient. Le fait que leurs paroles ont un sens riche pour nous à une autre époque et dans d'autres circonstances témoigne simplement de l'importance universelle et éternelle de leur inspiration.

Le fait de connaître quelque chose de l'auteur et de ceux à qui il s'adressait – leur langage, leurs coutumes, leurs problèmes et leur situation générale – nous permet de mieux comprendre et de mieux apprécier tout livre d'Écritures. Aujourd'hui on en connaît davantage là-dessus que jamais auparavant ; nous avons l'occasion d'apprendre l'histoire, les langues et la culture des peuples anciens.

La composition de chaque recueil

En examinant la Bible en deux divisions, nous avons noté que chacune est de caractère complexe, consistant en plusieurs ou en de nombreux écrits qui furent plus tard réunis et arrangés de manière à constituer chacun des recueils.

Il est par conséquent utile de garder à l'esprit la structure de chaque recueil et de voir comment les livres séparément se classent en groupements généraux. La classification juive des livres de l'Ancien Testament : la Loi,  les Prophètes et les Écrits place ses 39 livres séparés dans une perspective. La classification du Nouveau Tesament : Évangiles, Actes, Épitres de Paul, Épitres universelles et Apocalypse donne de la structure et une clarté d'organisation aux 27 livres de ce recueil.

Le lecteur ambitieux qui entreprend d'étudier l'Ancien Testament d'un bout à l'autre risque de bientôt s'y perdre. Il tombera par exemple sur les Livres de Jérémie et d'Ézéchiel avant d'atteindre les Livres d'Amos, d'Osée, de Michée qui vivaient 150 à 200 ans avant Jérémie et Ézéchiel.

Histoire, cadre et but de chaque livre

Chaque livre ou écrit qui se trouve dans un recueil a été rédigé par une ou plusieurs personnes dans une situation donnée et dans un but particulier. Le Seigneur n'inspire pas ses prophètes dans le vide, mais dans une situation réelle et souvent critique, et pour un but précis. Connaître quelque chose de ces faits, c'est ajouter beaucoup à notre compréhension de ces Écritures et à l'intérêt que nous pouvons avoir pour elles. Illustrons cela :

1. L'Ancien Testament : Les livres prophétiques de l'Ancien Testament sont particulièrement difficiles à comprendre si nous ne connaissons pas quelque chose de l'histoire d'Israël et des nations avoisinantes ainsi que de la lutte des prophètes pour sauver le peu le d'Israël et de Juda de la destruction. Amos et Osée furent les prophètes du royume du nord d'Israël, peu avant sa captivité entre les mains des Assyriens en 722 av. J.-C. Michée et Ésaie assistèrent à la chute d'Israël puis tournèrent leur intérêt principal vers le royaume du sud, Juda. Jeremie fut le prophete de Juda pendant une quarantaine d'années, de 626 à 586 av. J.-C., prophétisant et témoignant la chute de ce royaume entre les mains des Babyloniens en 86 av. J.-C. Ézéchiel fut le prophète de Juda à Babylone pendant la captivité, aidant les Juifs à s'adapter à la vie dans un pays étranger et à attendre avec espoir le rétablissement d'Israël.


Division d'Israël
937 av. J.-C.
Israël
(royaume du nord)
921 av J.-C.
                                   
Juda
(royaume du sud)
937 av. J.-C.



Amos
env.765-750 av. J.-C.


Osée
env.740-730 av. J.-C.

Ésaïe
env.74 -700 av. J.-C.


Michée
740-730 av. J.-C.
722 av. J.-C.
captivité assyrienne




Jérémie
621-586 av. J.-C.


Habacuc
env.600 av. J.-C.


586 av. J.-C.
captivité babylonienne


Ézéchiel
590-550 av. J.-C.



539 av. J.-C.


Nous voyons comme chacun de ces livres prophétiques devient beaucoup plus intelligible et inspirant si nous connaissons les circonstances qui régnaient à l'époque où ils furent écrits. Le Livre de 2 Rois, commençant au chapitre 14, donne le cadre historique dans lequel se situe l'étude des Prophètes. Un bon commentaire de la Bible est également très utile. Et ce qui est vrai de ces livres prophétiques est aussi tout à fait vrai de chaque livre de l'Ancien testament.

2. Le Nouveau Testament :

Les épîtres de Paul se lisent avec plus d'intérêt et de sens si nous savons quelque chose de Paul, de sa personnalité, de sa formation et du but dans lequel il écrivait.

L'épître aux Romains est, par exemple, la lettre la plus théologique et la plus abstraite de Paul. Aucune branche de l'Église n'avait encore été établie à Rome, c'est pourquoi Paul ne connaissait pas les problèmes particuliers des saints de cette ville antique. Il pouvait par conséquent écrire plus systématiquement et dans un but différent.

L'épitre aux Galates illustre l'importance de connaître le but de l'auteur. Lorsque les saints et les dirigeants de Jérusalem apprirent que Paul baptisait des Gentils, les chrétiens palestiniens s'alarmèrent craignant que ces Gentils n'entrent dans le troupeau chrétien sans avoir tout d'abord accepté les rites juifs de purification (voir Actes 15). Quand Paul apprit ceci, il alla à Jérusalem à grands risques, pour expliquer aux autres chrétiens pourquoi et comment les Gentils se qualifient pour être disciples du Christ. Paul agit avec sagesse, inspiration et bon sens et apaisa les craintes des Palestiniens. Les Gentils furent accueillis dans la foi chrétienne, à condition qu'ils s'abstiennent « des souillures des idoles, de l'impudicité, des animaux étouffés et du sang » (Actes 15:20) et entrent dans la bergerie par la foi, la repentance, le baptême et le don du Saint-Esprit.

L'épitre aux Galates révèle la lutte que Paul dut soutenir contre les chrétiens qui ne comprenaient pas qu'un homme n'avait pas besoin de devenir d'abord juif et de pratiquer tous les rites juifs avant de pouvoir devenir chrétien. Le christianisme embrassait une grande partie de la foi et de la vie éthique du judaïsme, mais c'était également une religion nouvelle avec une pierre angulaire nouvelle ; la foi en Jésus-Christ et le fait de l'accepter par le baptême et la Sainte-Cène. Quand on lit les épîtres de Paul, il est utile de se souvenir qu'il avait été pharisien, adorateur dévot et ardent de la Torah avant sa vision et son appel au Christ sur le chemin de Damas (voir Actes 9).

Dans toutes ses épîtres, surtout Romains et Galates, il oppose la foi au Christ, comme fondation de la religion, à l'obéissance à la lettre de la loi. Il se réjouit extrêmement de la religion qu'il vient d'acquérir et minimise presque l'obéissance pour exalter la grâce. Ces versets tirés des Galates illustrent le contraste entre l'ancienne et la nouvelle alliance : « Et que nul ne soit justifié devant Dieu par la loi, cela est évident, puisqu'il est dit : Le juste vivra par la foi » (Gal. 3:11). « Ainsi la loi a été comme un pédagogue pour nous conduire à Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi. La foi étant venue, nous ne sommes plus sous ce pédagogue. Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Christ ; Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. » (Gal. 3:24-27)

En résumé, il peut être intéressant et précieux de lire les Écritures telles qu'elles sont, mais elles signifieront beaucoup plus pour le lecteur s'il connaît quelque chose du cadre de l'auteur, de son but et de la place que revêt le livre qu'il lit dans le canon des Écritures.

LA QUALITÉ DES TRADUCTIONS

Nous devons tenir compte des imperfections de la traduction dans la Bible. Aucun ouvrage ne peut être traduit parfaitement d'une langue à l'autre parce que les langues diffèrent et que chacune a ses nuances subtiles de sens. En outre, les Écrits originaux de la Bible furent copiés pendant des siècles à la main sur des rouleaux de cuir et de papyrus. La première Bible ne fut imprimée qu'en 1456 par Jean Gutenberg. Du fait que les hommes sont faillibles, des erreurs se produisirent certainement lors des copiages, en même temps que des contresens dans la traduction. Certains rédacteurs et copistes ont probablement, en toute bonne foi, corrigé un passage ou ajouté une phrase pour préciser une pensée, nuancer une déclaration ou édifier la foi.

L'Ancien Testament fut écrit en hébreu, sauf Daniel et Esdras que l'on croit avoir été écrit en Araméen, version parlée de l'hébreu qui se développa en Palestine et était utilisée du temps de Jésus. Le Nouveau Testament, selon les savants, fut écrit en grec, langue des peuples cultivés du monde méditerranéen à l'époque du Nouveau Testament. Il est possible que certains évangiles aient été écrits en araméen ou du moins basés sur des sources araméennes.

La première traduction connue, la plus célèbre aussi, de l'Ancien Testament est appelée la Version des Septante, qui contient le Pentateuque et les Prophètes et fut faite de l'hébreu en grec entre 250 et 200 av. J.-C. Elle tire son nom de la croyance que 70 savants juifs firent le travail.

En 450 de notre ère, Jérome fit une traduction de la Bible en latin, appelée Vulgate, qui fut la Bible de l'Église d'occident (catholique romaine) jusqu'au moment de la traduction de Douai, laquelle fut complétée au débu du 17e siècle (le Nouveau Testament en 1582 et l'Ancien Testament à Douai en 1609, d'où son nom).

Les traductions catholiques en langues modernes sont ordinairement basées sur la Vulgate latine. À partir des années 1100, des chrétiens se mirent à traduire la Bible du latin en langue courante : français, italien, espagnol, anglais et allemand. C'est entre 1200 et 1250 que commencèrent à paraître les bibles en français. Ce sont des Bibles « historiales », comme celles de Raoul et d'Orléans, ou « moralisées » comme celle que Jean de Sy traduisit en 1355 pour Jean le Bon.

En 1672, Lemaître de Sacy publia une traduction qui devint bien connue des catholiques. Quelques années plus tard, en 1724, Olivétan fit publier sa nouvelle version, dont Calvin écrivit la préface, et qui devint célèbre chez les protestants.

Il fallut beaucoup de courage, et des hommes payèrent cher pour avoir traduit la Bible en langue courante moderne parce que l'Église catholique de l'époque s'opposait à cette mesure.

La plus célèbre traduction anglaise de la Bible est la version du roi Jacques ainsi appelée parce qu'elle fut autorisée par ce souverain. Terminée en 1611 par 54 grands savants, elle est généralement reconnue comme étant la plus belle des Bibles anglaises. Même ainsi, pendant des dizaines d'années, on contesta sa validité, et elle dut acquérir sa place au soleil par son propre mérite.

Luther donna à son peuple une Bible en un allemand attrayant. Il termina le Nouveau Testament en 1522 et la Bible tout entière en 1534. Son œuvre contribua beaucoup à la création d'une langue unique de haute qualité pour la population allemande. De même, l'édition du roi Jacques a grandement enrichi et béni le monde des lettres anglaises.

Traductions modernes

C'est surtout au cours des cent dernières années [on est alors en 1967, ndlr] que les savants ont produit de nouvelles traductions de la Bible en de nombreuses langues. Leur justification est double : (1) Les langues changent. Le français de 1355 n'est pas la langue de 1672. Aussi belles qu'aient été ces traductions classiques, certains de leurs termes et expressions sont difficiles à comprendre trois ou quatre siècles plus tard. (2) Depuis ces premiers efforts, les savants ont découvert des manuscrits plus anciens que ceux qui étaient accessibles aux savants du dix-septième siècle. La connaissance des langues , de l'histoire et de l'archéologie relative à la Bible s'est également accrue. Les traducteurs récents ont eu devant eux tout ce que connaissaient Lemaitre de Sacy et Olivétan et beaucoup plus encore.

Les traductions françaises modernes les plus connues sont les suivantes : Tout d'abord « La Sainte Bible traduite en français » par l'abbé Crampon, chanoine de la cathédrale d'Amiens (1894). Cette version, révisée, est publiée par la Société de Saint Jean l'Évangéliste. Il y a aussi la version de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem, qui est la plus récente (1948-1954). Chez les protestants, nous avons la version de Louis Segond, docteur en théologie (1874), version adoptée par notre Église dans les pays francophones ; la Bible Synodale 1910 et la Bible du Centenaire (1916-1948). Toutes ces traductions sont faites d'après les textes originaux hébreu et grec. La version de l'abbé Crampon est influencée, sans aucun doute, par la Vulgate de Saint Jérôme.

Déterminer la traduction correcte

Comment savoir ce qui est traduit correctement dans la Bible ? Comment peut-on savoir quand un passage est erroné à cause de la traduction ? Il n'y a pas de réponse simple à ces questions parallèles. La vérité c'est qu il n'y a pas de traduction parfaite. Aucun des manuscrits originaux n'existe plus. Nous devons nous reposer sur des copies et des traducteurs, et les hommes sont faillibles. Ceci ne doit pas nous décourager, car il y a, parmi les spécialistes de la Bible, pas mal d'accord quant au texte biblique. Nous vous suggérons un certain nombre de manières de vous approcher davantage du vrai sens de la Bible.

1. Apprenez les langues d'origine, l'hébreu et le grec du Nouveau Testament. Le fait de connaître l'une de ces langues classiques ou les deux empêchera certaines erreurs et enrichira profondément notre sentiment pour la Bible. Ce contrôle n'est pas accessible à beaucoup d'entre nous, nous en suggérons donc d'autres.

2. Comparez un certain nombre de traductions de votre langue natale. Il y en a plusieurs de grande valeur dans beaucoup de langues modernes. On peut les lire côte à côte en même temps qu'un commentaire de la Bible. Ceux qui peuvent lire la Bible dans une langue étrangère moderne peuvent comparer dans ces diverses langues.

3. Comparez la Traduction de Joseph Smith avec une autre traduction. Le Prophète a apporté quelques changements qui ont clarifié le sens de la Bible. Par exemple, dans la Bible du roi Jacques, dans Exode 7:3 nous lisons : « Et moi, j'endurcirai le cœur de Pharaon, et je multiplierai mes signes et mes miracles dans le pays d'Égypte ». Dans Ia Traduction de Joseph Smith, ce même verset dit : « Et le Pharaon s'endurcira le cœur, comme je te l'ai dit ; et tu multiplieras mes signes et mes prodiges dans le pays d'Égypte ». L'introduction que fait le prophète Joseph de ce verset est beaucoup plus conforme à la personnalité de Dieu et au libre arbitre de l'homme que celle de la version Segond. Joseph Smith recherchait l'inspiration pour trouver le sens correct plutôt que de rechercher une traduction exacte pour laquelle il n'était pas formé. Il faut se souvenir aussi que le Prophète n'a pas terminé son travail de révision ; nous devons par conséquent utiliser son travail avec prudence en même temps que d'autres façons de vérifier l'exactitude de la traduction.

4. Les saints des derniers jours, croyant en la divinité et en la valeur des autres ouvrages canoniques, peuvent aussi étudier ceux-ci pour voir quelle lumière ils jettent sur la Bible. Ce faisant, nous devons toutefois nous souvenir qu'il faut respecter l'individualité et l'intégrité de chaque Écriture, car chacune a son caractère propre et sa base d'authenticité personnelle et il faut la juger fondamentalement sur son propre mérite. Toutefois les Écritures se confirment et s'enrichissent mutuellement.

5. Une autre épreuve du caractère correct d'un passage des Écritures réside dans l'étude de l'ensemble des Écritures. Une parole attribuée à Jésus, par exemple, concorde-t-elle avec toutes les autres choses qu'il a dites sur le même sujet ? Cela s'insère-t-il dans son esprit et dans son message ? On peut utiliser la même méthode pour les écrits de Paul. Ici encore cette méthode présuppose une vaste connaissance et exige beaucoup de prudence et de soin.

6. Une épreuve finale et extrêmement importante de la validité d'une Écriture est le témoignage du Saint-Esprit dans notre cœur. Les Écritures ont été écrites par les hommes selon qu'ils étaient inspirés par le Saint-Esprit ; pourquoi ne les lirait-on pas dans le même esprit en recherchant humblement leur vérité dans la prière ? Paul recommande cette méthode : « Lequel des hommes, en effet, connaît les choses de l'homme, si ce n'est l'esprit de l'homme qui est en lui ? De même, personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n'est l'Esprit de Dieu » (1 Cor. 2:11).

Quelle Bible utiliser ?

On pose souvent la question : Quelle Bible les saints des derniers jours acceptent-ils ? Les saints de langue anglaise ont, pour plusieurs raisons, un grand amour pour la version du roi Jacques. Elle contient la langue du Rétablissement. C'était la Bible que Joseph Smith lisait et cita dans son histoire. Depuis le commencement, les brochures et la littérature de l'Église utilisent la Bible du roi Jacques pour présenter le message de l'Évangile rétabli. Cette Bible était en usage général parmi les protestants et les peuples de langue anglaise à qui l'histoire du Rétablissement était racontée. Elle facilitait les communications et permettait de mieux accepter le message que nous avions à porter au monde. Et cette Bible a un splendide langage, de ton digne et respectueux, et inspirant pour ceux qui le connaissent.

Toutefois les saints des derniers jours n'ont pas de Bible officielle, les saints français utilisent la Bible de Louis Segond, les saints allemands la Bible de Martin Luther [aujourd'hui la Einheitsübersetzung, ndlr]. Les autres saints de par le monde utilisent la Bible telle qu'elle a été traduite dans leur l angue natale. Il n'y a pas de raison pour que les saints des derniers jours ne lisent pas d'autres traductions modernes. Toute traduction de bonne qualité peut avoir un apport bien à elle. Nous devons les lire dans la prière et la méditation dans notre recherche de la vérité des Écritures. La véracité de la cause des saints des derniers jours ne repose pas sur la traduction d'un passage particulier ni même sur une traduction unique de la Bible. Nous avons quatre ouvrages canoniques, la voix d'un prophète vivant et le témoignage de l'Esprit pour nous guider.

LE BUT PRINCIPAL DES ÉCRITURES

Chaque genre de livre a son caractère bien à lui. Lorsque vous lisez un dictionnaire, vous attendez des définitions précises et exactes des mots. Dans un manuel de science, vous vous attendez à ce que l'on traite la matière d'une façon bien organisée, complète et substantielle. Lorsque vous étudiez un bon livre d'histoire, vous trouvez un traitement équilibré de tous les aspects de la culture. D'autre part, lorsque vous lisez de la poésie, vous y cherchez des passages profonds, des atmosphères particulières et vous espérez connaître un sentiment esthétique. Vous n'exigerez pas de la poésie la précision et le caractère littéral d'un dictionnaire. Lorsque nous lisons les Écritures, qu'attendez-vous ?

Les Écritures sont aussi uniques que n'importe quel autre genre d'écrits que nous avons mentionnés. Si nous les lisons en nous attendant à des définitions du genre dictionnaire, une histoire complète, des traités scientifiques sur le ciel, la terre et l'homme, des discussions philosophiques concernant l 'existence de Dieu, nous serons déçus. Les Écritures ne sont pas des livres d'histoire, de science et de philosophie. Ils ne sont même pas des textes théologiques ; ce sont les récits de la vie et les aspirations religieuses des peuples et les exhortations et l'enseignement de prophètes et d'auteurs inspirés. Les Écritures sont des ouvrages religieux. Ce caractère essentiellement religieux des Écritures est si important que nous désirons l'illustrer en détail.

Les Écritures ne sont pas des textes scientifiques

Pendant des siècles, les chrétiens ont cru que la terre était le centre de l'univers et que le soleil tournait autour d'elle. L'idée prédominante de la Grèce de l'époque d'Aristote (4e siècle av. J.-C.), par exemple, proclamait que la terre était immobile et constituait le centre de l'univers. Ensuite, lorsqu'au seizième et au dix-septième siècles de notre ère les Européens se mirent à étudier scientifiquement les corps célestes et leurs mouvements, bâtissant sur les observations plus anciennes des Grecs et des Arabes, ils jetèrent les bases de l'astronomie moderne. Les premières théories frappantes d'hommes comme Kepler, Bruno, Copernic et Galilée bouleversèrent terriblement les hommes de religion de leur temps. Bruno fut brûlé vif et Copernic et Galilée obligés de se taire. L'œuvre principale de Copernic ne fut publiée qu'après sa mort.

Aujourd'hui catholiques et protestants acceptent les interprétations de l'astronomie moderne. Ils ne les considèrent plus comme étant en conflit avec les enseignements de la religion. Mais il y a trois cents ans, on croyait que ces mêmes idées scientifiques étaient contraires à la parole de Dieu dans les Écritures.

La vérité c'est que les auteurs de la Bible n'avaient absolument pas l'intention de présenter un tableau réaliste et scientifique des corps célestes. Les Écritures parlent des étoiles et du soleil pour glorifier le Créateur et pas pour expliquer la nature et le processus exacts de sa création. Parfois, on les utilise pour enseigner ou illustrer de grands idéaux et de grandes vérités religieuses, mais elles ne sont jamais présentées dans l'esprit ou la langue de la science.

Par exemple, dans l'histoire de la Genèse, nous lisons « Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne » (Genèse 1:3-4). Le Seigneur créa la lumière, mais nous ne savons pas comment. Nous ne savons pas non plus, d'après les Écritures, ce qu'est la lumière. Ce sont là des questions auxquelles ne s'intéressent pas les hommes religieux vivant à une époque préscientifique. Ces hommes de religion se contentaient et étaient ravis de savoir que Dieu avait créé le ciel et la terre, et cette connaissance satisfaisait leur âme.

Les chrétiens des temps passés commirent l'erreur de tirer leurs idées d'astronomie d'un document religieux antique et puis de s'y attacher d'une manière tenace et l'esprit fermé.

À notre avis, il n'est pas juste ni sage d'essayer de déterminer l'âge de lâ terre sur la base de la Bible ou d'une autre Écriture. L'intérêt essentiel de la Bible n'est pas d'exposer l'âge de la terre, mais de tenter de nous persuader d'aimer Dieu et l'homme et d'aller au Christ. La véracité des Écritures ne peut être jugée par des allusions faites au passage à la nature, mais plutôt par leurs enseignements religieux et moraux, leurs interprétations des rapports entre l'homme et Dieu et ses semblables. En outre, le salut de l'homme n'a rien à voir avec l'âge de la terre ni avec ce qu'il croit à ce sujet.

L'intention religieuse des Écritures

Toutes les Ecritures illustrent à chaque page leur but essentiellement religieux. Dans la Bible, l'histoire de la création est racontée deux fois en deux pages et demie environ, et même là l'accent est mis sur Dieu, le Créateur, sur la raison pour laquelle il a mis l'homme sur la terre ; puis tout au long de centaines de pages, il est discuté de problèmes religieux sans pour ainsi dire aucune allusion à la création si ce n'est pour louer Dieu, comme dans les psaumes et dans Job.

On trouve dans les Proverbes un exemple de la façon dont une allusion scripturale à la nature est utilisée à des fins religieuses : « C'est par la sagesse que l'Éternel a fondé la terre, c'est par l'intelligence qu'il a affermi les cieux ; C'est par sa science que les abîmes se sont ouverts, et que les nuages distillent la rosée. Mon fils, que ces enseignements ne s'éloignent pas de tes yeux, garde la sagesse et la réflexion : Elles seront la vie de ton âme, et l'ornement de ton cou. Alors tu marcheras avec assurance dans ton chemin, et ton pied ne heurtera pas. Si tu te couches, tu seras sans crainte ; et quand tu seras couché, ton sommeil sera doux. Ne redoute ni une terreur soudaine, ni une attaque de la part des méchants ; Car l'Éternel sera ton assurance, et il préservera ton pied de toute embûche. » (Prov. 3:19-26)

Ce passage, d'esprit scientifique, parle de la connaissance, de la compréhension et de la sagesse qui ont été utilisées pour la création divine, mais son langage est poétique, et non scientifique. Sa raison de parler de la création est de créer de la confiance en Dieu, de donner à l'homme la sérénité d'esprit.

LES ÉCRITURES SONT RELIGIEUSES ET NON ESSENTIELLEMENT PHILOSOPHIQUES, HISTORIQUES OU THÉOLOGIQUES

Contrairement aux Grecs, les Juifs d'autrefois n'étaient pas des philosophes. Le philosophe examine la religion et l'ensemble de la vie d'une manière rationnelle, critique et universelle. Il essaie, pour employer les termes de Platon, de voir la vie en permanence et de la voir en entier, et d'être le spectateur de tous les temps et de toute l'existence, tâche trop vaste pour un humain. Le philosophe ne tient rien pour acquis et adore mettre tout en doute, y compris sa propre expérience. Ses idées ne prétendent jamais représenter plus que la sagesse humaine. Moïse, Amos, Ésaïe et le psalmiste ne considèrent pas la vie de la manière rationnelle méditative et froide du philosophe. Ils faisaient l'expérience de Dieu ; ils entendaient sa voix, sentaient son Esprit et étaient poussés à l'action par la réalité des révélations qu'ils recevaient. Ils parlaient pour Dieu.

Le premier et seul juif des temps bibliques à devenir philosophe fut, à notre connaissance, un certain Philon d'Alexandrie, qui vivait vers le temps du Christ. Ayant fait la connaissance de la pensée philosophique grecque, il essaya de faire concorder la foi juive, basée sur la révélation, avec la pensée grecque, basée sur la raison, tout comme les pères de l'Église, tels qu'Augustin essayèrent plus tard de faire concorder la révélation chrétienne avec la pensée grecque. Philon ne contribua pas à l'Ancien Testament. Il était, dans son esprit et dans ses efforts, un philosophe et non un prophète, et il est un exemple de la différence entre les deux appels.

La philosophie signifie littéralement « l'amour de la sagesse ». Les philosophes ont eu et ont encore beaucoup à contribuer à notre vision de la vie. Le monde a besoin d'hommes rationnels, logiques et capables de critiquer la nature de l'univers, la signification de la vie, l'essence de la logique, etc. Un grand nombre tels que Platon, Socrate, Aristote de la Grèce ancienne et Descartes, Pascal, Kant, Hegel, Spinoza, Hume, Locke, Whitehead, Bergson, William James et John Dewey ont beaucoup contribué à notre conception du monde. Leurs idées ne sont pas exemptes d'erreurs et de profonds désaccords.

L'idée importante est que les Écritures n'ont pas été rédigées par des philosophes et ne doivent par conséquent pas être lues comme traités de philosophie. Comme nous l'avons déjà fait remarquer, elles ont plutôt été écrites par des hommes religieux, en un langage religieux et avec une intention religieuse.

Les Écritures ne sont pas avant tout de l'histoire

Les Écritures ne sont pas un texte d'histoire. Certaines contiennent un fil et une continuité historiques. Dans les Écritures, l'histoire n'est que subsidiaire à leur enseignement et à leur persuasion religieuse. On pourrait, dans un certain sens, dire que les Écritures sont l'interprétation religieuse de l'histoire. L'histoire dans les Écritures peut également être comparée au cadre d'un tableau ; mais il faut se souvenir que le tableau lui-même est l'enseignement et le document religieux.

Pour éprouver la validité du point de vue énoncé dans le paragraphe ci-dessus, lisez un livre d'une Écriture quelconque. Essayez 1 ou 2 Rois dans l'Ancien Testament ou les Actes dans le Nouveau Testament. Ces écrits bibliques sont considérées comme les livres historiques de leur canon d'Écritures respectif. Ils reflètent certainement l'intérêt religieux intense de leurs auteurs et l'absence de renseignements détaillés sur beaucoup de choses à propos de la société de l'époque. Par exemple, maintes et maintes fois les auteurs inconnus des Rois résument l'œuvre d'un roi israélite en disant : « Il fit ce qui est mal aux yeux de l'Éternel » (voir 1 Rois chapitres 11 à 24).

Comme le montrent les découvertes sans cesse croissantes de ces derniers temps, il y a de l'histoire, et beaucoup d'histoire valable dans les Écritures. Nous désirons seulement insister sur le fait qu'elle n'est que subsidiaire par rapport à l'objectif plus vaste et plus important de la persuasion religieuse. Lorsque nous lisons les Écritures, nous devons ne pas nous préoccuper avant tout de l'aspect historique si nous voulons découvrir leur intention réelle et leur plus grande valeur.

Les Écritures ne ont pas des écrits théologiques

Pas plus qu'elles ne sont avant tout des œuvres historiques, les Écritures ne sont pas essentiellement des textes théologiques. Notre théologie se trouve dans les Écritures ; on peut l'extraire des ouvrages canoniques, mais les Écritures, pour la plupart, n'ont pas été écrites dans un cadre théologique, ni avec une intention théologique. Cette affirmation paraît peut-être invraisemblable et pas très convaincante jusqu'à ce que nous examinions la différence entre la théologie et la religion.

La théologie signifie littéralement « l'étude de Dieu ». Un théologien est un penseur, une personne qui examine soigneusement les croyances fondamentales d'un peuple, de la Bible ou d'une autre révélation et en déduit un système organisé. La théologie est le produit d'une méditation soigneuse sur des problèmes religieux. Le théologien doit définir et expliquer la signification des concepts ; il doit trouver une vue universelle et logique de son sujet : de Dieu et de l'homme et de leurs rapports mutuels et, si c'est un théologien chrétien, du rôle du Christ dans le salut.

Il est rare que nous trouvions dans les Écritures une doctrine traitée à fond en un seul endroit. Ce n'est qu'à l'occasion dans le Nouveau Testament que des doctrines de base sont soigneusement définies dans les Écritures ; et nulle part dans les Écritures, les doctrines de la religion nous sont enseignées dans l'ensemble et dans un ordre systématique. Les auteurs des Écritures n'étaient pas des penseurs abstraits ni des théologiens en chambre, mais des hommes inspirés par l'Esprit de Dieu, vigoureusement occupés à essayer de sauver leur peuple, poussant à la foi et exhortant à la repentance, menaçant ou consolant selon l'occasion. Les Écritures reflètent leurs expériences religieuses avec Dieu et avec les hommes.

Quelques exemples permettent de mieux comprendre la distinction entre la théologie et la religion. Combien de définitions de la foi connaissez-vous dans les Écritures ? En voilà une tirée du Nouveau Testament : « Or la foi est une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas » (Hébreux 11:1). Voilà une déclaration profonde et rationnelle qui demande beaucoup de réflexion pour être comprise. Elle n'est pas complète, mais peut être dite de nature théologique.

Même dans ce cas, l'auteur se hâte d'utiliser le reste des chapitres pour illustrer ce que signifie vivre par la foi. Bien qu'il ne semble s'agir là que d'un effort limité mais intéressant des Écritures de définir la foi, combien d'exemples de foi y trouve-t-on ? Combien d'allusions à des hommes vivant par la foi ? Pensez à Adam, Énoch, Noé, Abraham, Jacob, le jeune David, Moïse, les autres prophètes, les innombrables exemples dans la vie de Jésus et de Paul, et ainsi de suite. Alors que les définitions sont rares, on peut trouver mille exemples de foi.

On peut examiner, à propos de Dieu, un autre exemple de l'insistance modérée sur la théologie et la religion respectivement. Dans un texte de théologie, on examine la nature de Dieu, les arguments en faveur de son existence, ses rapports avec l'univers et avec l'homme. Dans les Écritures, les hommes font l'expérience de Dieu. Considérez les paroles d'Amos, parlant à Amatsia, le prêtre de Béthel, qui ne se souciait pas de son message et essayait de le renvoyer chez lui dans sa Judée natale : « Je ne suis ni prophète, ni fils de prophète ; mais je suis berger, et je cultive des sycomores. L'Éternel m'a pris derrière le troupeau, et l'Éternel m'a dit : Va, prophétise à mon peuple d'Israë » (Amos 7:14-15).

Et Michée, en conflit avec les prêtres populaires et professionnels de son temps, nia leurs prétentions à l'inspiration et dit de son propre appel : « Mais moi, je suis rempli de force, de l'Esprit de l'Éternel, je suis rempli de justice et de vigueur, pour faire connaître à Jacob son crime, et à Israël son péché » (Michée 3:8).

Et pourquoi des hommes comme Amos et Michée, qui connaissaient le pouvoir de Dieu dans leur vie, qui entendaient sa voix dans leur cœur, prendraient-ils le temps de discuter de son existence ou parler de manière abstraite de ses rapports avec le monde ? Ils avaient la responsabilité bien plus urgente de se mettre en route pour proclamer sa volonté, afin de sauver, si possible, son peuple et le leur de la ruine.

Dans la théologie, nous pensons à Dieu ; au nom de la religion, nous l'adorons, nous lui faisons confiance et le servons, nous sommes pleins de respect et de révérence devant sa sainteté. Les Écritures sont les archives des rapports entre Dieu et les hommes : leurs égarements, leurs retours, leurs craintes, leurs espérances et leurs supplications. Relisez le 23e Psaume ou n'importe quel psaume, Ésaïe 6 ou les Actes 17:23-31, et notez à quel point les Écritures sont foncièrement religieuses plutôt que théologiques quand elles parlent de Dieu.

Le rôle de la théologie

En soulignant le caractère religieux de l'Écriture et en faisant ressortir que les ouvrages canoniques n'ont pas été écrits dans un but théologique, nous ne désirons absolument pas déprécier l'importance de la théologie. Il y a de la valeur à sonder les Écritures afin de trouver les doctrines sur lesquelles on peut baser une théologie solide, raisonnable et organisée. Une bonne théologie peut donner un sens et une direction supplémentaires à la vie religieuse. Si nous connaissons la nature et la personnalité de Dieu et son but dans l'existence humaine, nous pourrons parvenir à une plus belle vie religieuse. Nous devons comprendre le sens du salut et le rôle du Sauveur aussi bien que le nôtre dans l'acquisition de la vie éternelle. Une bonne théologie mise en pratique crée une bonne vie religieuse ; une mauvaise théologie conduit à une vie mauvaise et immorale au nom de Dieu.

Le point de vue souligné ici est que les Écritures rapportent la parole vivante et la vie réelle des prophètes et de leur peuple vis-à-vis de Dieu et du Christ. Ce sont des documents religieux et non des traités théologiques. Ceux qui veulent retirer de son contexte religieux la théologie que l'on trouve dans les Écritures doivent être très prudents de peur de ne trouver qu'un squelette et de laisser derrière la chair, le sang et la vie des Écritures. En effet, dans toutes nos Écritures, la théologie et la religion sont inséparables et le ton prédominant est toujours religieux.

Ce même équilibre doit caractériser notre propre vie. La théologie n'a jamais sauvé personne, mais les rapports corrects avec Dieu, le Christ et nos semblables nous sauvent tous tant dans cette vie que dans le royaume de notre Père éternel et de son Fils.

Quand les Écritures disent des choses telles que : « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous affranchira » et « Or la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17:3), le mot connaître est utilisé dans un sens plus qu'académique ou intellectuel. Connaître Dieu signifie lui faire confiance et le connaître aussi bien que comprendre quelque chose à son sujet. Connaître la vérité implique vivre la vérité. Bref, la religion et la théologie deviennent une dans les Écritures.

COMMENT UTLISER LES ÉCRITURES

LIRE LES ECRITURES DANS LEUR CONTEXTE

Toutes les parties tirent leur signification du tout. Une église est faite de briques séparées, mais une fois qu'elles sont intégrées au bâtiment fini, elles prennent un sens et une beauté supplémentaires. En poésie les strophes peuvent être analysées vers par vers, mais on ne peut tirer leur sens complet que de l'ensemble du poème. L'œil humain est intéressant en lui-même, mais sa beauté vient de ce qu'il fait partie du visage, et sa fonction, de ses rapports avec le cerveau et le système nerveux.

Les Écritures ont été réparties en chapitres et en versets par des rédacteurs bien intentionnés. Cela permet de se reporter facilement à des parties données, mais il faut se souvenir qu'elles n'ont pas été écrites ainsi au commencement ; les versets scripturaux font partie d'ensembles plus grands. Les versets n'ont pas été écrits pour rester seuls ; ils reçoivent leur sens le plus complet dans le cadre du contexte dans lequel ils se trouvent. Une Écriture tirée de son contexte peut facilement conduire à une erreur et, au mieux, à une compréhension partielle seulement.

Il y a évidemment beaucoup de versets détachés de l'Écriture qui peuvent être séparés tels que : « Un prophète n'est mépris que dans sa patrie et dans sa maison » (Matthieu 13:57). Mais même une parole aussi proverbiale peut être enrichie si nous savons que Jésus décrit la mauvaise réception qui lui a été faite dans son propre pays qui faisait un contraste si violent avec la réaction de foi et d'émerveillement qu'il avait connue ailleurs.

La méthode des ciseaux

La méthode des ciseaux c'est la méthode qui consiste à utiliser des versets isolés d'Écritures pour prouver un point d'histoire ou de doctrine. La Bible est un livre si vaste et son contenu est si divers qu'il n'est pas difficile d'utiliser de courts passages, retirés du contexte, pour soutenir presque n'importe quelle position dans une grande variété de sujets. Bernard Sbaw a fait la réflexion que la Bible était un livre merveilleux parce qu'avec elle on pouvait prouver n'importe quoi. C'est une exagération, mais elle n'est pas sans un fond de vérité. Shakespeare, avec son éloquence et son charme ordinaire, fait cette réflexion : « En religion, quelle erreur si damnable, qui ne puisse, sanctifiée par un front austère et s'autorisant d'un texte, cacher sa grossièreté sous de beaux ornements ? » (Le marchand de Venise, Acte III, Scène 2)

Dans leur désir sincère de fixer la vérité religieuse à une époque quelconque, il est naturel et approprié que les bommes se reposent sur les révélations passées de Dieu. Pierre, Paul, les auteurs des évangiles et Jésus lui-même le firent pour montrer que l'Évangile chrétien avait été annoncé par les prophètes de l'Ancien Testament. Notez Luc 4:16-19 (Jésus), Actes 2:1-21 (Pierre), Romains 1:1-3 (Paul). L'Évangile, nous le savons, n'est pas nouveau. Il consiste en des principes éternels qui ont été enseignés maintes et maintes fois dans le passé.

Il y a cependant des limites aussi bien que de la valeur dans l'utilisation de l'Écriture à l'aide de ciseaux. Nous pouvons facilement interpréter à contresens et nous tromper lorsque nous détachons des versets de leur contexte. Nous pouvons aussi perdre une grande partie du sens riche d'un passage donné si nous ne connaissons pas le cadre plus large. La meilleure manière d'établir une vérité est de la voir dans le contexte d'une vérité plus large. Il n'est pas nécessaire de torturer les Écritures pour établir la vérité de l'Évangile. La fin ne justifie pas les moyens ; elle doit plutôt les déterminer. Étudions donc ce que signifie interpréter les Écritures dans le contexte.

Il y a trois genres de contexte dont peut faire partie un verset ou un court passage : 1. e c..ontexte du passage irrnnédiat, 2. le contexte du livre ou e l'écrit dont il est tiré, comme les livres d'Amos ou des Romain, et 3. le contexte de l'ensemble de la religion, surtout les princi es fondamentaux de la foi. Nous allons expliquer et illustrer chacune de ces trois espèces de contextes et essayer de montrer à quel point les passages prennent davantage de signification lorsqu'on les voit dans le cadre d'ensemble plus vaste.

Dans le contexte du passage

Il est parfaitement approprié de citer un verset unique ou deux des Écritures, mais ce faisant nous devons avoir lu ce qui précède et ce qui suit pour être sûrs que nous ne déformons pas l'idée de l'auteur. Illustrons :

Dans une ville de Suisse, un missionnaire faisait un soir un discours sur la nature de Dieu. Il s'efforça de démontrer que le Père était un personnage réel, un Créateur, Révélateur et Père à l'image de qui l'homme avait été fait, lorsqu'un pasteur au fond de la salle, s'écria : « Dieu est esprit ». Il citait Jean 4:24. Dans ce verset, Jésus n'essayait pas de décrire la nature tout entière de Dieu ; il soulignait le rôle de l'esprit en Dieu et chez l'homme dans le cadre d'un bref discours sur la manière d'adorer. Il essayait d'enseigner à la Samaritaine à adorer « en esprit et en vérité ». 

À cette même réunion de Suisse, quelques instants lus tard, le même pasteur reprit la parole disant : « Dieu est amour ». Ici encore il citait correctement Jean 4:8. Il utilisait le verset pour essayer de prouver que Dieu était amour et rien d'autre. Si nous prenons ce verset et lisons ceux qui précèdent et qui suivent, qui complètent la pensée (versets 7-12), nous voyons de nouveau que l'intérêt principal de l'auteur est de pousser les gens à s'aimer les uns les autres. Pour ce faire, il souligne le grand attribut de Dieu qu'est l'amour. Le Père est amour ; son amour pour nous est si grand et si parfait que dans un sens il est l'incarnation de l'amour, et ceci est un de ses plus grands attributs. Mais il est également plus que de l'amour. Le verset suivant dit : « L'amour de Dieu a été manifesté envers nous en ce que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui ». L'amour ne nous envoie pas un Sauveur, ne crée pas les mondes, et ne réalise pas la résurrection. L'amour ne peut exister qu'en faisant partie de quelqu'un qui aime.

Les saints des derniers jours peuvent se rendre, eux aussi, coupables de citer les versets en les détachant du contexte.

Dans le contexte du livre

Divers passages des Écritures constituent un psaume, une histoire, une révélation ou un livre complet. Chaque passage doit être lu en comprenant, dans l'ensemble, l'écrit dont il n'est qu'une partie. Donnons un exemple.  

Dans un verset de cet admirable 23e psaume, nous lisons : « Tu oins d'huile ma tête ». Un jour, lors d'une leçon de l'École du dimanche, un instructeur utilisait cette phrase pour prouver que l'onction des malades était pratiquée dans l'Ancien Testament. C'était peut-être le cas, mais ce n'était pas le verset à utiliser pour le prouver. Le psaume tout entier est un chant d'actions de grâce et de louanges au Seigneur. « Tu oins d'huile ma tête » est une manière symbolique de reconnaître les bénédictions abondantes du Seigneur, sa bonté, comme l'atteste le psaume tout entier.

Si vous désirez prouver que l'onction des malades était utilisée dans les temps bibliques, prenez le livre de Jacques, ce livre d'exhortation et d'instructions directes, et vous y trouverez cet enseignement explicite. « Quelqu'un parmi vous est-il malade ? Qu'il appelle les anciens de l'Église, et que les anciens prient pour lui, en l'oignant d'huile au nom du Seigneur ; la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera ; et s'il a commis des péchés, il lui sera pardonné » (Jacques 5:14-15).

Dans Ézéchiel, chapitre 37, on trouve une vision de ce prophète dans laquelle il y avait une vallée pleine d'ossements desséchés, et puis il vit de la chair et des nerfs les recouvrir : « L'esprit entra en eux, et ils reprirent vie » (Ézéchiel 37:10). Ce passage (versets 1-14) a été utilisé pour prouver la résurrection.Le but d'Ézechiel dans ce passage n'est probablement pas d'établir la doctrine de la résurrection individuelle. Il est tout à fait évident, si on lit l'ensemble du livre d'Ézéchiel, que le prophète parle de la résurrection de la nation et du peuple d'Israël, et les os desséchés symbolisent leur état de captivité. La resurrection peut être prouvée beaucoup plus clairement et beaucoup plus abondamment dans le Nouveau Testament (notez Luc 24 et 1 Corinthiens15).

Les saints des derniers jours doivent également lire le reste du chapitre 37 en pensant au but d'Ézéchiel. Les versets 15 à 28 sont ce récit souvent répété où le prophète reçoit le commandement d'écrire sur deux bois, un pour Juda et un pour Joseph, l'un d'eux étant interprété comme étant la Bible (Juda) et l'autre comme étant le Livre de Mormon (Joseph). Si vous lisez le passage tout entier dans le contexte de l'ensemble du livre d'Ézéchiel, vous verrez que le prophète ne prédit pas seulement la venue de deux livres ou documents, mais aussi le rétablissement et la reunion de deux nations : Israël et Juda. La Bible et le Livre de Mormon sont respectivement les livres de Juda et de Joseph, et la parution de ces deux livres annonce la réunion finale des deux nations et contribuera même un jour à l'édification d'Israël.La parution du Livre de Mormon s'insère dans cette espérance et cette foi plus vaste des prophètes qui sont trop rarement mentionnées quand on lit et cite Ézéchiel 37.

Pour illustrer la façon dont un grand passage des Écritures prend plus d'importance encore quand on le lit dans le cadre de tout un écrit, citons 1 Corinthiens, une des épîtres les plus intéressantes de Paul. On avait dit à Paul qu'il y avait des querelles parmi les saints (chapitre 1:10) et toutes sortes de conflits, de divisions et de péchés (chapitre 3:1-3). L'un de leurs conflits avait trait aux dons de l'Esprit. Certains pouvaient parler en langues, d'autres pas ; d'autres pouvaient interpréter, d'autres ne le pouvaient pas. Au chapitre 12, Paul explique les dons de l'Esprit et montre pourquoi divers membres en jouissent et non pas tous. Au chapitre 14, il explique que le don des langues n'est pas le don le plus important et qu'il n'est pas non plus nécessaire. Puis, dans le plus admirable panégyirique de l'amour fraternel jamais porté par les Écritures, Paul proclame la suprématie de l'amour sur tous les autres dons. Sans charité (c'est-à-dire l'amour fraternel), nous ne sommes rien :

« Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas la charité, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit. Et quand j'aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j'aurais même toute la foi jusqu'à transporter des montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. Et quand je distribuerais tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien. » (1 Cor. 13:1-3)

Lisez le chapitre tout entier qui est plus riche encore en signification tout en vous imaginant Paul occupé à essayer, dans tout ce chapitre, d'amener les saints de Corinthe à la signification véritable de l'Évangile de Jésus-Christ.

Résumé

Nous avons parlé de la valeur de l'utilisation des Écritures par la méthode des ciseaux et avons essayé de montrer qu'il est plus honnête et plus instructif de lire les versets dans le contexte de plus grands passages et aussi de l'écrit tout entier dont ils font partie ainsi que de l'ensemble des Écritures.

DANS LE CONTEXTE DE L'ÉVANGILE

Un jeune architecte a un jour donné à l'auteur une excellente conception de la manière d'interpréter l'Écriture. Il parlait d'architecture, un domaine extrêmement complexe, embrassant l'art, la science, les mathématiques et le goût personnel. Parlant de la façon dont travaillent les architectes, il dit que l'architecte garde toujours à l'esprit trois guides de base, quand il fait les plans que ce soit d'un garage, d'une maison ou d'une cathédrale : 1. Est-ce solide ? 2. Est-ce fonctionnel ? 3. Est-ce beau ou esthétiquement agréable ? Ce sont là des guides merveilleux et très complets. Ils sont tout aussi utiles pour le client qui achète ou construit une maison.

La religion est, elle aussi, un domaine vaste, complexe et universel. Les Écritures, notre meilleur document de la religion, sont extrêmement complexes, variées de style et d'origine, écrites par des dizaines d'auteurs vivants en de nombreux siècles. Pour interpréter l'Écriture d'une manière juste et intelligente, et avec un maximum de sens, nous avons également besoin de guides comparables à ceux de l'architecte dans son domaine.

Trois genres de contexte

Une des règles de l'étude religieuse, c'est d'étudier les Écritures dans leur contexte. Deux genres de contexte ont été recommandés 1. le contexte qu passage : les versets séparés doivent toujours être lus avec la connaissance de ce qui les précède et les suit, et 2. le contexte du livre ou de l'écrit : les passages doivent être lus dans le cadre de l'écrit ou du livre particulier dont ils font partie. Par exemple, pour apprécier au maximum un passage d'Amos, il faut que le lecteur connaisse le livre tout entier et voie le passage par rapport au tout.

Il y a encore un troisième contexte dans leguel on peut lire l'Écriture : le contexte de l'Évangile. Il y a une structure logique, sensée et conceptuelle de l'Évangile, tout comme il y en a dans l'architecture ou dans n'importe quelle autre discipline. Les principes de l'Évangile vont ensemble ; ils se soutiennent et s'enrichissent mutuellement. L'Évangile peut être comparé à une mosaïque : il a une forme, un ensemble d'idées qui s'enchaînent logiquement et qui ensemble donnent un sens à la vie.

La personne qui veut comprendre la religion ne doit pas désarticuler l'Évangile et le considérer comme des faits et des idées séparées, comme des éléments dispersés de façon désordonnée. Comme l'architecture, l'Évangile a aussi ses idées et ses principes fondamentaux. Il faut les avoir à l'esprit lorsqu'on lit des versets séparés ou que l'on envisage des idées séparées dans les Écritures. Suggérons quelques-uns de ces concepts fondamentaux de la religion dont il faut toujours se souvenir :

Notre conception de Dieu

Quelles sont nos croyances fondamentales concernant Dieu, le Père éternel ? 1. Il est le Père de tous les hommes. 2. Il a certains attributs moraux : a. La justice, l'impartialité, l'intégrité. b. L'amour, la miséricorde, le pardon. 3. Il est respectueux des lois. 4. Il est plus intelligent que tous les hommes réunis.

Notre conception de l'homme

Quelles sont nos croyances fondamentales concernant l'homme ? 1. Tous les hommes sont enfants de Dieu. 2. Tous les hommes sont frères. 3. Les hommes sont pour avoir la joie. 4. Les hommes ont la capacité de progresser éternellement en se conformant à l'Évangile. 5. Les hommes ont leur libre arbitre. 6. Les hommes ont été créés à l'image de Dieu.

En énumérant les concepts ci-dessus concernant Dieu et l'homme, nous n'avons pas essayé de les citer tous, mais d'en avoir juste assez pour montrer qu'il est utile d'interpréter l'Écriture à la lumière des principes fondamentaux.

Un cas

Lors d'un cours sur l'Ancien Testament à l'École du dimanche, le problème qui se posait au groupe était la signification de l'Écriture suivante : « Tu ne te prosterneras point devant elles [les images taillées], et tu ne les serviras point ; car moi, l'Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punis l'ininuité des pères sur les enfants jusqu'à la troisième et à la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et qui fais miséricorde jusqu'à mille générations à ceux qui m'aiment et qui gardent mes commandements » (Ex. 20:5-6).

À ce cours qui était donné à des universitaires, une maman se trouvait en visite. Elle fit cette réflexion : « Il y a vingt-cinq ans, un enfant m'est né gravement handicapé. Après avoir lu ce passage de l'Écriture, j'ai toujours attribué cet événement tragique à mes péchés ». L'instructeur demanda : « Puis-je vous demander quel péché vous avez commis pour que Dieu envoie ce malheur sur l'enfant et sur vous-même ? Elle répondit : « Je ne peux pas en citer de bien défini. Je n'étais pas méchante, et je n'étais pas non plus un ange. »

Cette excellente personne interprétait ce passage de l'Écriture isolément, sans le rattacher aux éléments fondamentaux de l'Évangile, comme la personnalité de Dieu et la nature de l'homme. Comment auriez-vous répondu à cette interprétation d'Exode 20:5-6 donnée par cette femme ? Quels principes fondamentaux de l'Évangile rattacheriez-vous à ce passage ? Voici quelques exemples :

Nous croyons au libre arbitre. Cela n'enfreint-il pas le libre arbitre d'une personne que d'être punie pour le péché d'une autre personne ? Nous croyons que les hommes seront punis pour leurs echés et non pour la transgression d'Adam, ou la transgression de qui que ce soit d'autre. Nous croyons en la justice de Dieu. Ne serait-il pas injuste de punir un enfant pour les péchés de sa mère ? Nous croyons en un Dieu d'amour et de miséricorde. Il est difficile de croire que Dieu affligerait intentionnellement un enfant d'un handicap grave pour les péchés de sa mère ou pour une autre raison. Un enfant gravement infirme mentalement a, autant que nous puissions en juger, peu de chance de progresser spirituellement et de réaliser le but tout entier de Dieu pour sa vie. Et où est sa joie profonde ?

Quand nous pensons à l'interprétation que donne cette femme de sa vie, sur la base de sa compréhension de cette Écriture, nous la mettons en doute. Elle ne semble pas cadrer avec les concepts fondamentaux dont nous disposons concernant Dieu et l'homme. Cela ne signifie pas que le verset dont nous avons parlé n'est pas vrai. Il contient une vérité profonde. Mais son interprétation n'était pas correcte parce qu'elle contredisait tant d'éléments fondamentaux de l'Évangile. Les péchés (et l'ignorance) des pères trouvent leur châtiment dans les générations, non pas du fait d'un Dieu colérique ou vengeur (car il n'est pas ainsi), mais par la nature de la vie et la conséquence naturelle de nos actes, une génération étant influencée dans le temps et dans l'espace par la précédente.

Les parents qui haïssent leur enfants, qui sont méchants avec eux et sans amour pour eux produisent parfois des dommages irréparables sur leur personnalité. L'effet de ces dommages peut se transmettre de génération en génération. En fait des sociétés entières souffrent des péchés et des folies des générations précédentes. Une génération sème le vent et la suivante récolte la tempête.Mais beaucoup de handicaps de cette vie ne sont absolument pas dus aux péchés des parents. Ce sont des accidents de la nature. La femme du cours de l'École du dimanche s'était dénigrée elle-même et avait souffert pendant toutes ces années parce qu'elle n'interprétait pas son problème à la lumière de la personnalité de Dieu (un Père juste et aimant) ou du libre arbitre et du but de la vie de son enfant.

Exode 20:5-6 n'est pas le seul passage sur ce sujet ; dans Ézéchiel 8, nous lisons : « La parole de l'Éternel me fut adressée, en ces mots : Pourquoi dites-vous ce proverbe dans le pays d'Israël : les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées ?… L'âme qui pèche, c'est celle qui mourra » (Ézéchiel 18:1-2, 4 ; voir le chapitre entier). L'interprétation de cette femme ne cadre pas non plus avec l'enseignement de Jésus lorsqu'on lui demanda : « Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? Jésus répondit : Ce n'est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui » (Jean 9:2-3). En parlant de ce problème, Ézéchiel et Jésus tenaient compte de la nature de l'homme et de Dieu.

PAROLES INSPIRÉES DE DIEU – SELON LE LANGAGE DE L'HOMME

Deux positions extrêmes ont été prises à propos de l'origine de la Bible. L'une, maintenue par des protestants sincères et dévots, prétend que tous les mots et tous les versets de l'Écriture sont vrais et valables de façon égale parce que c'est littéralement la parole de Dieu. À l'autre extrême, il y a ceux qui considèrent la Bible comme étant entièrement le produit de l'homme, un document purement humain que certains hommes ont erronément cru venir de Dieu. Pour prouver leur point de vue, ces critiques n'ont pas trop de mal à faire ressortir l'élément humain qui s'y trouve.

La position des saints des derniers jours est en désaccord avec ces deux points de vue extrêmes. Nous voyons en la Bible à la fois l'œuvre de Dieu et la main de l'homme. On ne peut pleinement apprécier l'Écriture sans reconnaître les traits humains et divins qui s'y trouvent. Nous allons essayer de montrer pourquoi cette conception de l'Écriture est raisonnable et digne d'intérêt.

Depuis le début du Rétablissement, il est reconnu que la Bible n'est pas un guide suffisant en matière de religion. Elle ne répondit pas à la question brûlante du jeune Joseph Smith concernant la confession chrétienne à laquelle il devait se joindre. Mais elle le conduisit toutefois à la source vivante de la religion, à Dieu. Cette expérience nous montre que la Bible n'est pas la religion elle-même, mais un document remarquable contenant certaines expériences et la compréhension religieuse passée de l'homme. D'une manière très lucide, John Taylor a fait la distinction entre la religion et un document :

« L'Évangile est un principe certain, vivant, durable, éternel. Ce qui est écrit dans le Nouveau Testament est, si vous voulez, comme le plan d'un pays ; mais l'Évangile est le pays lui-même. Un homme qui possède la carte des États-Unis serait considéré comme insensé s'il pensait posséder les États-Unis en entier ; et du fait qu'un homme a en sa possession l'Ancien et le Nouveau Testaments, cela ne prouve pas qu'il a l'Évangile… Mais l'Évangile n'est-il pas contenu dans l'Ancien et le Nouveau Testaments ? Non, et il ne se trouve pas non plus dans le Livre de Mormon ni dans les révélations que nous avons reçues. Ce ne sont là que des écrits, des histoires, des commandements, etc. L'Évangile est un principe vivant, durable, éternel et immuable qui a existé de tout temps avec Dieu et existera toujours, tant que dure le temps et l'éternité, où qu'il soit développé ou manifesté. » (John Taylor, Journal of Discourses, Vol. 7, pages 361-362)

Non seulement la Bible n'est pas la religion elle-même, mais aussi merveilleuse qu'elle soit, elle n'est pas non plus un enregistrement parfait et complet de la religion. Nous croyons que la Bible est la parole de Dieu pour autant gu'elle est traduite correctement. Le prophète Joseph reconnaissait qu'une partie du document biblique ne nous était pas parvenu tel qu'il avait été donné ou voulu à l'origine. Ce fait est attesté par son effort incomplet de reviser la Bible. Bien que son travail soit loin d'être terminé, il fit un grand nombre de changements en vertu de sa connaissance et de son inspiration.

Selon le langage de l'homme

Si la Bible nous était accessible sans aucune erreur de traduction, elle contiendrait néanmoins des imperfections et des limitations. La raison en est que la parole de Dieu nous est donnée selon le langage de l'homme. Elle est adaptée aux faiblesses de l'homme, à sa pensée et à ses besoins. Par conséquent, elle reflète quelque chose de l'homme aussi bien que de l'inspiration de la Divinité.

Cette idée peut être surprenante et même décevante au premier abord, mais avec un peu de réflexion elle devient tout à fait raisonnable, utile et même inspirante. Cela vous aidera à apprécier les grands apports du Seigneur et des prophètes à ces documents religieux inestimables.

John A. Widtsoe a formulé la même idée en ces termes concis : « Le message de l'Écriture est divin ; les mots dont il est revêtu sont humains. Pour n'avoir pas fait cette distinction, on s'est heurté à beaucoup de malentendus. Les lecteurs intelligents sépareront le message de l'Écriture de la forme dans laquelle il est présenté. » (John A. Widtsoe, Religion and the Pursuit of Truths, p. 163)

Le Seigneur : un maître

Nul ne peut enseigner quelqu'un d'autre sans le conduire du connu à l'inconnu. Tout enseignement se fait dans le contexte de l'expérience de l'élève. Lorsque nous parlons à un enfant, nous utilisons son langage, des mots qu'il comprend, si nous désirons communiquer. Lorsqu'un savant parle à un auditoire profane, il utilise un langage non technique, celui de ses auditeurs, s'il veut être compris.

Le Seigneur vit dans un monde différent de celui de l'homme. Sa perspective, sa connaissance, et sa sagesse sont plus grandes que celles de l'homme, tout comme la lumière du soleil dépasse en éclat celle des autres étoiles. Ésaïe était conscient de cet état exalté de la Divinité : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit l'Éternel. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées. Comme la pluie et la neige descendent des cieux, et n'y retournent pas sans avoir arrosé, fécondé la terre, et fait germer les plantes, sans avoir donné de la semence au semeur et du pain à celui qui mange, Ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche : elle ne retourne point à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté et accompli mes desseins. » (Ésaïe 55:8-11)

Il est impossible à l'homme, dans son état limité et avec sa perspective insuffisante, de recevoir la parole de Dieu dans sa pléniture ou à la lumière de la compréhension complète du Seigneur. Comme tous les autres maîtres, notre Père céleste doit adapter sa parole à la faiblesse, au langage et à la pensée de l'homme pour arriver jusqu'à lui. Brigham Young le comprenait bien et le dit avec sa vigueur et sa manière concrète habituelles : « Je suis aussi loin de croire qu'un gouvernement a des constitutions et des lois qui sont parfaites que je ne crois pas qu'il y ait une seule révélation parmi les nombreuses que Dieu a données à l'Eglise, qui soit parfaite dans sa plénitude. Les révélations de Dieu contiennent des doctrines et des principes corrects en ce qui les concerne. Mais il est impossible aux pauvres, faibles, vils, rampants et pécheurs habitants de la terre de recevoir du Tout-Puissant une révélation dans toute la perfection. Il doit nous parler de manière à rester dans les limites de nos capacités. » (Journal of Discourses: Volume 2, page 314)

La contribution de l'homme

Même si le Seigneur pouvait révéler toute sa volonté et toutes ses paroles à l'homme, il est peu probable qu'il le ferait. La progression spirituelle n'est donnée à l'homme que par ses efforts, par sa recherche, ses erreurs, ses luttes, sa volonté de progresser. Le témoignage de l'histoire montrent bien que la révélation est la réponse du Seigneur aux besoins de l'homme, à l'expérience de l'homme. La révélation est une inter-action entre Dieu et l'homme, un dialogue, et non pas le simple fait de donner et de recevoir.

Ainsi donc, en lisant les Écritures, nous ne devons pas seulement chercher l'inspiration et le message divin, mais aussi les circonstances et la personnalité des auteurs, leurs limitations et leurs points forts. Les erreurs de l'homme s'y glissent parfois, mais il y a également toujours la grandeur de l'homme en tant que fils de Dieu, son courage, sa foi, son humilité et son amour, qui ont fusionné avec la volonté de Dieu. La personnalité et le style du prophète et écrivain marquent son œuvre de leur sceau indélébile. Ceci demande des exemples :

Les prophètes Amos et Osée furent porte-parole de Dieu en Israël au huitième siècle av. J.-C. Leur message est essentiellement le même. Israël, la nation élue, avait passé de la religion véritable à l'idolâtrie et à une immoralité grossière et par conséquent tous ses sacrifices et ses professions de culte n'étaient plus acceptables pour l'Éternel, Dieu de justice et de miséricorde. Mais le langage, le style, les illustrations et l'accent mis dans chaque livre sont remarquablement différents et ont un caractère unique plein de signification. Amos est le prophète sévère de la justice, Osée enseigna la justice mais est également tendre et révèle le grand amour de Dieu pour Israël en dépit de ses péchés et de sa destruction future. Le mariage tragique d'Osée à une femme infidèle, qu'il continua à aimer et à pardonner, l'aida sans doute à comprendre et à exprimer l'amour du Seigneur pour Israël.

La diversité dans les Écritures

Du fait que les Écritures sont données aux bommes dans leur faiblesse, selon leur langage et pour répondre à leurs besoins et à leur situation particulière, elles n'ont pas toutes pour nous une signification et une valeur égales. Certaines parties des Écritures traitent de thèmes d'une importance si éternelle et si universelle qu'elles sont plus précieuses pour nous qu'elles l'ont jamais été pour les hommes. Nous parlons de choses telles que les Dix commandements, les Béatitudes, le sermon sur la Montagne, la Parole de sagesse et beaucoup d'autres enseignements des Écritures. Cependant, il y a d'autres parties qui sont plus locales et limitées dans leur application. Illustrons :

Une grande partie de la loi de Moïse dans le Lévitique et dans le Deutéronome est encore valide. D'autres commandements, relatifs au sacrifice et aux rituels, ont été abandonnés et ne font pas partie de l'Évangile du Christ. De même, l'apôtre Paul dit qu'une grande partie de la loi de Moïse a été un pédagogue pour préparer l'homme à la loi supérieure du Christ : « Avant que la foi vînt, nous étions tous enfermés sous la garde de la loi, en vue de la foi qui devait être révélée. Ainsi la loi a été comme un pédagogue pour nous conduire à Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi. La foi venue, nous ne sommes plus sous ce pédagogue. Car vous êtes tous fils de Dieu par la foi en Jésus-Chris. » (Galates 3:23-26)

Certains livres de l'Ancien Testament sont de caractère narratif, écrits par des auteurs inconnus. Ceux-ci décrivent souvent en détail les faiblesses et les péchés du peuple aussi bien que la volonté de Dieu. C'est en nous souvenant de ceci que nous devons lire Josué, les Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois et 1 et 2 Chroniques. Ils n'ont pas la voix pleine d'autorité ni le niveau uniformément sublime d'enseignement qui caractérisent les écrits d'Amos, d'Osée, d'Ésaie, de Michée, de Jérémie, de Paul et les paroles du Sauveur. Le Cantique des cantiques, quoique écrit en bel hébreu, n'est pas un livre religieux, mais un chant d'amour romantique. Les Juifs le canonisèrent parce qu'ils y lurent des choses, pensant qu'elles décrivaient allégoriquement l'amour du Seigneur pour Israël. Ses belles images semblent également l'avoir rendu cher au peuple hébreu.

D'autres livres, tels que les Proverbes , les Psaumes et l'Ecclésiaste, quoique pour la plupart très inspirants, contiennent aussi des passages qui reflètent davantage la vie de l'homme à leur époque que les grands principes éternels de l'Évangile. Quelques-uns des Psaumes écrits pendant la captivité babylonienne expriment l'esprit de haine et de vengeance qui est, du point de vue humain, tout à fait compréhensible. L'Ecclésiaste, en dépit de son bon sens et de sa sagesse, reflète le cynisme d'une culture étrangère non sémitique. Ce cynisme n'est pas caractéristique du reste de l'Ancien Testament. Mais, pris dans son ensemble, ce livre est, lui aussi, instructif et apporte quelque chose à la vie.

Dieu ne parle aux hommes que selon leur langage et leurs besoins. Par conséquent les Écritures reflètent dans une riche mesure à la fois le divin et l'humain. Nous pouvons être connaissants tant à la Divinité qu'aux auteurs humains de leur esprit et de leurs messages dans les Écritures. Les limitations des Écritures s'expliquent par les faiblesses des hommes. Cela inclut les erreurs et les changements dans la transmission et la traduction. D'un autre côté, les vérités et la grandeur des Écritures reflètent la Divinité et aussi la force des hommes. Les paroles du Christ ne sont pas seulement vraies et belles grâce à l'influence du Père, mais grâce aussi aux objectifs et à la personnalité de Jésus ; il était un porte-parole merveilleusement sensible pour son Père.

LE CHRIST, NOTRE ÉTENDARD

L'apôtre Paul, conscient des imperfections de la nature humaine, déclara que le Christ nous a donné des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et des docteurs « pour le perfectionnement des saints en vue de l'œuvre du ministère et de l'édification du corps du Christ, jusqu'à ce que nous soyons tous parvenus à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ… afin que, professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous égards en celui qui est le chef, Christ. » (Éphésiens 4:12-13, 15)

Le Christ est notre étendard, la révélation et le modèle de la personnalité et de la volonté du Père. Il est l'exemple de tout ce que nous devons aspirer à être. L'Évangile est là pour nous aider, comme Paul le dit, à « croître à tous égards en lui ». Il est notre Sauveur et Rédempteur, le Fils de Dieu, l'auteur de notre salut.

Le Christ est notre idéal de vie ; ses rôles, son esprit et ses actes doivent aussi nous guider dans notre interprétation et dans notre application des Écritures à notre vie. Il a été depuis le commencement un révélateur pour son peuple et une grande partie des écrits de la Bible a été inspirée par lui. Raison de plus pour que nous lisions les Écritures en ayant à l'esprit, poux nous guider, la plus grande compréhension que nous puissions avoir de la vie et des enseignements de Jésus-Christ. Nous devons les étudier et intégrer à notre vie ceux qui nous manquent dans notre vie de disciple.

Le Christ n'est pas venu pour rendre périmées les révélations du passé mais pour les accomplir. C'est ce qu'il explique dans le Nouveau Testament : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la Loi ou les Prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la Loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé. Celui donc qui supprimera l'un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux ; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. » (Matt. 5:17-19)

Puis après avoir ainsi confirmé les enseignements de l'Ancien Testament, il déclara : « Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens… mais moi je vous dis… (Matt. 5:21-22) ; « Il a été dit… mais moi, je vous dis… » (Matt. 5:31-32)

Jésus ne rejetait pas l'ancienne loi, mais en établit une nouvelle, au détriment d'une grande partie de l'ancienne.

Le Christ et la loi de Moïse

Jésus accomplit de plus d'une façon la loi de Moïse, dans sa rédemption aussi bien que dans son enseignement. Illustrons la façon dont ses enseignements accomplirent la loi. Considérez les Dix Commandements. Les quatre premiers traitent des rapports de l'homme avec Dieu ; les six suivants des devoirs de l'homme envers ses semblables (voir Deut. 5:7-21 ou Exode 20:3-17). Quand on demanda au Sauveur quel était le plus grand commandement de la loi, il répondit : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C'est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes. » (Matthieu 22:37-40)

Ces deux grands commandements n'ont pas été inventés par Jésus. Il les avait entendus de la bouche de ses maîtres juifs. On trouve le premier dans Deutéronome 6:5 et le second dans Lévitique 19:18. Mais Jésus les réunit, rendit le deuxième « semblable » au premier, et les enrichit grandement par la qualité de sa propre vie et de ses enseigne ments. Les prophètes qui l'avaient précédé avaient également souligné ce rapport intime entre le culte de l'homme pour Dieu et le service à autrui. Jésus en fit l'âme de la religion. En gardant ces deux commandements, nous accomplissons les Dix Commandements et bien d'autres.

1. Pas d'autres dieux. 2. Pas d'images taillées. 3. Ne pas prendre le nom de Dieu en vain. 4. Se souvenir du sabbat : Tout cela est l'expression de notre amour pour Dieu .

5. Honorer son père et sa mère. 6. Ne pas tuer. 7. Ne pas commettre l'adultère. 8. Ne pas voler. 9. Ne pas porter de faux témoignage. 10. Ne pas convoiter : Tout cela est l'expression de l'amour du prochain.

Si nous aimons Dieu, nous garderons les quatre premiers commandements et trouverons d'autres façons positives de le servir et de l'adorer. Si nous aimons notre prochain, nous garderons les six derniers commandements et traiterons notre prochain avec gentillesse, respect, patience, miséricorde etc. Les Dix Commandements ne contenaient pas toute la vie morale des Juifs ; on leur enseignait beaucoup d'autres règles de conduite. Mais Jésus comprenait l'importance relative des idées, les rapports entre elles et savait faire ressortir les plus importantes exprimées par ces règles et savait les enseigner efficacement.

L'Ancien Testament et le Christ

Le niveau d'enseignement moral et religieux d'une grande partie de l'Ancien Testament est aussi élevé que celui du Nouveau Testament. Comment n'en serait-il pas ainsi, puisque le Christ fut celui qui donna la plupart du temps les révélations aux anciens prophètes tout comme à Pierre et à Paul ? Et cependant, il y a dans l'Ancien Testament des enseignements et des idées qui ne concordent pas tout à fait avec les enseignements et l'attitude du Christ rapportés dans le Nouveau Testament. En voici quelques exemples :

Dans l'Ancien Testament, il y a un certain nombre de passages où l'on adopte un point de vue particulariste. Certains auteurs juifs pensaient que Dieu n'aimait que leur peuple et haïssait les autres nations. À certains points de vue, les Israélites avaient une règle de conduite pour les Juifs et une autre pour les Gentils :

« Tu n'exigeras de ton frère aucun intérêt ni pour argent, ni pour vivres, ni pour rien de ce qui se prête à intérêt. Tu pourras tirer un intérêt de l'étranger, mais tu n'en tireras point de ton frère, afin que l'Éternel, ton Dieu, te bénisse dans tout ce que tu entreprendras au pays dont tu vas entrer en possession » (Deut. 23:19-20). « Si l'un de tes frères hébreux, homme ou femme, se vend à toi, il te servira six années ; mais la septième année, tu le renverras libre de chez toi. Et lorsque tu le renverras libre de chez toi, tu ne le renverras point à vide ; tu lui feras des présents de ton menu bétail, de ton aire, de ton pressoir, de ce que tu auras par la bénédiction de l'Éternel, ton Dieu. Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Égypte, et que l'Éternel, ton Dieu, t'a racheté ; c'est pourquoi je te donne aujourd'hui ce commandement. » (Deut. 15:12-15)

Le traitement des esclaves Gentils devait, lui aussi, être humain, mais ils ne devaient pas être libérés comme les esclaves hébreux : « C'est des nations qui vous entourent que tu prendras ton esclave et ta servante qui t'appartiendront, c'est d'elles que vous achèterez l'esclave et la servante. Vous pourrez aussi en acheter des enfants des étrangers qui demeureront chez toi, et de leurs familles qu'ils engendreront dans votre pays ; et ils seront votre propriété. Vous les laisserez en héritage à vos enfants après vous, comme une propriété ; vous les garderez comme esclaves à perpétuité. Mais à l'égard de vos frères, les enfants d'Israël, aucun de vous ne dominera avec dureté sur son frère. » (Lév. 25:44-46)

Certains passages des Écritures parlent de la haine du Seigneur pour d'autres nations, mais le Christ nous apprend que tous les hommes sont frères, tous sont enfants du même Père. Le Christ ne hait pas son frère, quel que soit sa nation, sa race ou sa religion. Il aimait même ses ennemis et il nous enseigna à faire de même. Quand des passages scripturaux anciens manifestent une attitude négative vis-à-vis des hommes, contraire à la personnalité et aux actions de Jésus-Christ, nous devons y voir l'élément humain et le point de vue étriqué de l'homme. Les Israélites avaient été esclaves en Égypte ; ils partirent comme nomades dans le désert dans une lutte à mort contre les éléments et d'autres tribus. Il est compréhensible qu'ils tenaient avant tout à leur survie et qu'ils ne comprenaient pas pleinement les vues vastes et universelles de Dieu. Ils apprirent peu à peu d'hommes tels qu'Amos, Ésaïe et l'auteur du livre de Jonas que Dieu est universel et que ses lois et ses objectifs s'appliquent de la même façon à tous les hommes. Mais il fallut du temps, et il y eut beaucoup de rechutes dans des opinions incompatibles avec celles du Sauveur.

Disciples du Christ

Nous ne devons pas juger l'ancien Israël trop sévèrement. Les Israélites payèrent cher leur manque de compréhension et leur refus de vivre conformément à la volonté de Dieu : « Que te ferai-je, Éphraim ? Que te ferai-je, Juda ? Votre piété est comme la nuée du matin, comme la rosée qui bientôt se dissipe. C'est pourquoi je les frapperai par les prophètes, je les tuerai par les paroles de ma bouche, et mes jugements éclateront comme la lumière. Car j'aime la piété et non les sacrifices, et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes. Ils ont, comme le vulgaire, transgressé l'alliance ; C'est alors qu'ils m'ont été infidèles » (Osée 6:4-7). « Mon peuple est détruit, parce qu'il lui manque la connaissance. Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai, et tu seras dépouillé de mon sacerdoce. Puisque tu as oublié la loi de ton Dieu, j'oublierai aussi tes enfants. » (Osée 4:6)

Notre tâche est d'interpréter l'Écriture dans la pleine lumière de l'Évangile rétabli et de vivre la religion de même. Le Christ est notre étendard. Les choses qui, dans les Écritures, sont conformes à sa vie et à ses enseignements sont vraies pour nous. Ce que l'on trouve dans les Écritures qui est en contradiction avec son esprit et son enseignement doit être mis en question : Ou bien nous comprenons mal le passage, ou bien c'est une erreur du copiste ou du traducteur, ou encore cela reflète la langue, les faiblesses ou la situation des hommes qui l'ont écrit. Les attitudes et les pratiques non chrétiennes ne font pas partie de l'Évangile de Jésus-Christ. Elles doivent être vaincues dans nos efforts pour nous rapprocher de l'image de la stature du Christ.

Brigham Young exprime comme suit cette pensée : « Nous avons pris pour étendard ce livre appelé l'Ancien et le Nouveau Testaments. Nous croyons en ce livre et nous le recevons comme étant la parole du Seigneur. Beaucoup de paroles dans ce livre ne sont pas celles du Seigneur, mais nous recevons ce qui est venu des cieux et que le Seigneur nous a donné, en particulier les paroles du Sauveur. »

L'ÉTUDE PERSONNELLE

Juste après la fin du 19e siècle, Franklin L. West quitta l'Utah pour faire des recherches de physique à l'Université de Chicago. À l'époque, il n'y avait pas de paroisse ni de pieu dans cette grande ville, et ses occasions d'oeuvrer dans l'Église étaient réduites au minimum. Il se mit donc en devoir d'étudier régulièrement les ouvrages canoniques par lui-même. À l'époque, il n'était ni missionnaire, ni instructeur ; il lisait simplement les Écritures pour ce qu'elles avaient à lui dire. Et elles dirent beaucoup de choses. Il trouva la foi et en retira aussi une grande force de caractère et le désir profond d'enseigner l'Évangile aux jeunes. Tandis qu'il lisait, il marquait les passages qui avaient un sens particulier pour l ui. Pendant plus d'un demi-siècle Frank West garda sous la main ses Écritures avec leurs passages marqués. Elles donnèrent une trame et un sens riche à sa vie distinguée d'instructeur de l'École du dimanche, de professeur d'université, de commissaire à l'Éducation dans l'Église et d'excellent père, mari et ami des jeunes.

En 1888, un jeune homme de dix-huit ans quittait sa petite ville de Taylorsville dans le sud-ouest de la vallée du lac Salé pour partir en mission en Nouvelle-Zélande. Il consacra la plus grande partie de sa mission à travailler chez les Maoris, avec qui il partagea une existence simple et des conditions de vie primitives. À un moment donné, il fut quasiment enfermé dans une petite hutte privée, pendant six semaines, tandis que la pluie n'arrêtait pas. Les indigènes lui apportaient, deux fois pas jour, des pommes de terre bouillies. Il était seul avec une lampe à huile et son Nouveau Testament en maori. Il le lut et le relut, et l'apprit pour ainsi dire par cœur. Depuis ce moment-là jusqu'à sa mort, soixante-cinq ans plus tard, Milton Bennion aima le Nouveau Testament, intégra ses enseignements moraux à sa vie et écrivit un livre sur les enseignements moraux du Nouveau Testament.

La première raison de lire les Écritures, c'est l'influence qu'elles peuvent avoir sur nous. Prenez un exemplaire des Écritures et lisez-le pour qu'il vous parle. Que vous dit-il sur votre vie ? Sur votre prochain ? Sur le monde ? Sur votre Créateur ? Marquez les passages qui vous inspirent afin de les retrouver facilement.

Certains passages suscitent la méditation, d'autres suscitent des sentiments d'humilité et de reconnaissance, d'autres encore fortifient contre la tentation ou donnent le courage de supporter la pauvreté, la maladie ou le découragement. Là aussi, la sagesse des âges est éclairée par la lumière de la révélation divine. D'autres auront pour vous peu de sens pour le moment, mais prendront peut-être de l'importance plus tard.

Nous vivons à une époque extrêmement profane, riche en belles choses intellectuelles et culturelles mais aussi empêtrée dans des choses insignifiantes et superficielles. L'étude régulière des Écritures donne de l'équilibre à la vie, nous garde conscients de notre origine divine et nous rend plus proches de notre Père, de son Fils et du Saint-Esprit. Ceux-ci doivent être nos compagnons constants, ce qu'ils désirent être.

Une source de culture

Personne dans la civilisation occidentale ne peut prétendre être éduqué s'il ne connaît la Bible. Par son influence sur le judaïsme et le christianisme, elle a laissé son empreinte indélébile et profonde, non seulement sur la religion mais aussi sur la littérature, les lettres, les institutions politiques et sociales, les lois, la philosophie et les valeurs de l'Europe, de l'Afrique, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande, des Amériques et des îles du Pacifique. Aucun livre n'a eu pareille influence. Lisez la Bible pour devenir quelqu'un d'instruit.

Le monde se rétrécit rapidement du fait de la rapidité et de la diversité des transports et de l'efficacité des moyens de communication. Les saints d'Extrême-Orient et de toute l'Asie devraient connaître la Bible de même que les Européens et les Américains devraient connaître les Écritures sacrées de l'Inde, de la Chine et du Moyen-Orient, de l'Iran et de l'Islam. L'humanité est une, la famille de Dieu.

La lecture de la Bible augmente également la connaissance que l'on a de sa langue natale. Il y a des années, un étudiant ambitieux écrivit un article destiné à être publié. Il le remit à un ami qui était spécialiste en anglais. L'ami le lut et écrivit à la fin : « Lis la Bible une heure par jour et récris ton article ». L'article était verbeux, abstrait et fumeux. Le conseil eut un effet durable.

Se qualifier pour le service

Il n'y a pas de meilleure préparation au service dans l'Église que l'étude des Écritures, en particulier si on étudie le cœur et l'esprit ouverts et si nous laissons les Écritures s'emparer de nous et façonner notre vie. Une personne qui a lu Amos et l'a compris ne peut être malhonnête dans les affaires, du moins pas avec une conscience claire. Quiconque a lu Job et l'a compris pourra affronter ses propres tragédies avec la force de deux personnes : la sienne et celle de Job. Ce n'est pas simplement la connaissance des Écritures qui nous préparera à servir dans le royaume ; c'est sentir, croire et vivre les vérités des Écritures qui nous prépare pour la vie éternelle.

Comment étudier les Écritures

Chacun aura sa manière à lui d'étudier les Écritures, une fois qu'il décide de s'y mettre. Voici quelques suggestions qui pourront vous aider à créer vos méthodes à vous :

1. Comme nous l'avons déjà laissé entendre, la lecture des Écritures sera efficace et constante si vous l'intégrez à votre quotidien. Essayez de mettre à part, à cette fin, quinze à trente minutes par jour ou plusieurs heures par semaine. Que la lecture des Écritures devienne une tradition, fasse partie de votre vie.

2. Beaucoup d'entre vous appartiennent à un groupe de jeunes qui se fréquentent. Si c'est le cas, essayez de faire une réunion de groupe une fois par mois, soit un dimanche soir, soit peut-être un samedi soir, pour vous dire les uns aux autres ce que les livres de la Bible signifient pour vous. Lisez pour comprendre et évaluer, pas pour discuter et critiquer. L'Amitié, que ce soit parmi des gens du même sexe ou de sexes différents, s'édifie sur les intérêts communs et les expériences partagées. Il sera très révélateur et intéressant de communiquer à vos amis et à vos amies ce que vous pensez de ce que vous avez découvert dans les Écritures. Vous vous connaîtrez beaucoup mieux de façon qu'en vous fréquentant essentiellement en vous divertissant ou dans un cadre romantique.

3. Essayez de créer votre propre concordance annotée des Écritures. Achetez un répertoire. En lisant les Écritures et en rencontrant une grande idée, un passage inspirant ou une belle illustration d'un principe de l'Évangile comme la foi, écrivez le mot « Foi » à la lettre F et ajoutez la référence du passage avec un bref commentaire pourmémoire.

En lisant les Écritures, vous créerez vos propres références toutes prêtes sur beaucoup de sujets importants. Chaque référence sera à vous, choisie parce qu'elle signifie quelque chose pour vous. Puis, au cours des années, en enseignant, en participant à l'oeuvre missionnaire, en préparant un discours ou uneleçon, ou en écrivant un article, vous aurez de riches réserves de matière où vous pourrez puiser. Vous pourriez ajouter, dans un carnet à part, d'autres belles illustrations et de bons écrits glanés dans des ouvrages non scripturaux, sur des sujets scripturaux.

Lire les Écritures à haute voix

4. Une bonne habitude, c'est de lire les Écritures à haute voix. Cela vous aidera à les lire avec plus de sens et en articulant mieux lorsque vous aurez l'occasion de les utiliser à l'église. En outre, vous apprendrez à aimer entendre les Écritures et votre impression sera fortifiée en entendant aussi bien qu'en voyant les mots. Vous n'avez pas besoin d'être orateur pour bien lire les Écritures. Il vous suffit de pouvoir lire avec sincérité et conviction et avec les suggestions de critiques amicaux. Concentrez-vous sur le sens. Appuyez les mots importants. Recherchez la compréhension et la clarté et non l'effet dramatique. Lisez à haute voix avec les membres de votre famille, avec les amis ou à l'École du dimanche et donnez-vous mutuellement des conseils. Soyez constructifs. Mentionnez une chose que vous aimez dans la façon de lire d'un ami et puis un domaine dans lequel, à votre avis, il peut s'améliorer. Faites ceci souvent.

5. Essayez d'apprendre par cœur les passages que vous appréciez vraiment. Apprenez d'abord ceux qui sont courts et répétez-les dans les temps morts de la journée, par exemple en déplacement. Cette habitude sera une source d'instruction, d'inspiration et de plaisir pour vous.

6. Opposez les grands messages aux messages d'un verset. Vous pourriez écrire ces messages d'un verset comme étant votre résumé personnel, à vous, d'un chapitre de livre.

En résumé, apprenez les Écritures. Aimez les Écritures. Utilisez les Écritures pour enrichir votre vie.

ÉPILOGUE

Nous avons abordé les Ecritures et appris quelque chose de leur nature, de leurs traits caractéristiques et de leur contenu. Enfin nous avons envisagé les directives à garder à l'esprit lorsque nous lisons les Écritures de manière à les comprendre et à les apprécier au mieux. Cette étude n'a été qu'une introduction, un effort pour acquérir de la perspective, un aperçu et une vue générale. L'occasion véritable de connaître les Écritures vous attend ; cela prend toute une vie et cela enrichit toute une·vie.

Les Écritures sont un groupe de livres inégalés, riches en contenu, intéressants et variés dans leur style, souvent éloquents et émouvants dans leur langue, religieux dans leur message et leur objectif, révélateurs de la nature humaine et de la vie, et par-dessus tout c'est la meilleure source écrite de la parole de Dieu à l'homme. Puissent-elles devenir aussi bien les vôtres que les siennes.

(Extrait et adapté de : Écritures de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours, manuel de l'École du dimanche, 1970)