Le district suisse pendant la guerre

par le président Robert Simond

pour le magazine L'Étoile de janvier 1947



Début 1940, le dernier missionnaire, frère B. J. Card, président du district, nous quittait, laissant la charge des branches et du district entre les mains de frères locaux. Nous pouvions encore correspondre avec les autorités de l'Église pendant un certain temps relativement court, et ensuite plus du tout.

Quelques membres ne comprirent pas la raison d'être laissés ainsi seuls, mais la majorité sentirent alors la responsabilité qui reposait sur eux et se mirent à l'oeuvre avec ferveur et enthousiasme et collaborèrent avec la présidence du district qui ne peut que louer et féliciter ces membres confiants et fidèles.

Malgré les inconvénients produits par la mobilisation tant dans l'armée régulière que dans les troupes auxiliaires, malgré la maladie et les décès (car nous avons à déplorer la perte de frères et de soeurs dévoués à la cause : frère H. Chapuis, président de la branche de Lausanne, frère Ch. Schutz, président de la branche de La Chaux-de-Fonds, et d'autres encore) nous avons grâce à l'effort fourni par les membres, pu maintenir une activité quasi normale, exception faite de la branche de Besançon qui fut coupée par la guerre, les frontières étant fermées par les forces d'occupation.

De ce fait, le district suisse ne comptait plus que quatre branches, celles de La Chaux-de-Fonds, de Neufchatel, de Lausanne et de Genève.

Si nous étions complètement séparés de la tête de l'Église, nous ne le sentions pas trop. Un bon esprit esprit régnait parmi nous et nous jouissions de grandes bénédictions de la part de notre Père céleste qui permit notre développement spirituel, car si nous n'avons eu que vingt-cinq baptêmes environ, nous avons fait beaucoup de progrès en ce qui concerne la force spirituelle, et les témoignages se sont accrus de beaucoup, les dîmes ont triplé dans plusieurs branches, ceux qui étaient encore enfants sont aujourd'hui de fidèles officiers.

Les frères mobilisés pour des mois n'ont pas, dans 90%, succombé à l'ambiance étrangère à nos principes.

Les conférences semestrielles du district eurent lieu régulièrement et, chose remarquable, nous n'avons jamais eu besoin de modifier les programmes ni de changer les dates établies à l'avance.

La participation des branches éloignées du district fut assez bien assurée, grâce à un système de compensation pour le voyage et l'hôtel qui permit à plusieurs d'assister aux conférences quand, par eux-mêmes, ils n'en auraient pas eu les moyens.

Chaque année une conférence de district pour la Prêtrise seulement avait lieu à Lausannne. Ces conférences nous permettaient de discuter et d'élucider certains problèmes rencontrés par les branches ou le district et elles duraient tout l'après-midi. La participation était de 22 à 25 frères du district.

Avec la collaboration de frères dévoués, nous avons créé un petit journal mensuel, appelé Bulletin d'Informations, qui cessera dès que L'Étoile aura paru. Ce bulletin était le trait d'union entre nous et a pu profiter non pas seulement aux membres, mais aussi aux amis, et ce petit journal, qui au début était quelque peu critiqué, était attendu avec impatience chez beaucoup.

Ce journal contenait des traductions tirées des enseignements des autorités de l'Église, ainsi que des annonces et nouvelles des branches et cela donnait beaucoup de travail et de soucis à celui qui en avait la charge, mais mais à la fin, il en retirait beaucoup de joie en contemplant le fruit de son effort.

Certes, tout ne roulait pas sur des billes, mais bien des difficultés furent surmontées grâce à la bonne volonté des membres, et l'esprit de l'Église put ainsi être sauvegardé. Nous avons aussi commis des erreurs, mais par celles-ci nous avons acquis un bagage d'expériences nous permettant d'aller de l'avant.

Depuis la fin des hostilités, nous avons eu la joie d'être visités par des présidents de mission : le président Hugh Brown, président de la Mission britannique, et le président Max Zimmer vinrent à Neufchâtel où ils nous adressèrent la parole. Ils furent ensuite reçus à Genève par un groupe de membres. C'était en 1945.

En 1946, le président Ezra Taft Benson, du Collège des Douze, vint aussi à Neufchâtel accompagné de frère F. Babbel, son secrétaire, et de frère Badger, aumonier de l'armée américaine. Par la suite frère Benson vint aussi à Genève et nous adressa la parole dans des réunions.

Nous avons eu aussi la joie d'accueillir le président J. L. Barker et son épouse à maintes reprises depuis que la Mission française est à nouveau organisée et qu'ils en sont les présidents. Ils ont visité toutes les branches du district.

Je saisis cette occasion pour remercier chaleureusement tous les membres et amis qui ont su témoigner tant de confiance à mon égard et je les exhorte à rester fermes et fidèles jusqu'à la fin.

Que Dieu nous comble, comme par le passé, de ses bénédictions de choix et aussi puissions-nous en être dignes.

(L'Étoile, janvier 1947, p. 20-22)