La
« seule vraie Église »
Robert L. Millet
© 2005 Wm. B.
Eerdmans Publishing Co.
Note de la rédaction : Dans
Doctrine et Alliances 1:30, Dieu dit à propos de l’Église
qu’elle est « la seule Église vraie et
vivante sur toute la surface de la terre et en laquelle moi, le
Seigneur, je me complais ». Pareille affirmation est
forcément mal perçue par les tenants d’autres
cultes. Dans son excellent livre A
Different Jesus ? The Christ of the Latter-day Saints,
Robert L. Millet traite de ce sujet sensible.
Il
y a plusieurs années, mon collègue Brent Top et moi,
nous avons passé quelques heures avec deux pasteurs
protestants pour ce qui s’est avéré être
une conversation très agréable et extrêmement
instructive. Elle s’était passée sans que
personne ne soit sur la défensive et sans aucune volonté
d’argumenter et de faire un débat ; ce que nous
essayions sincèrement de faire c’était de nous
comprendre mieux. Vers la fin de la discussion, l’un des
pasteurs s’est tourné vers moi et a dit : « Bob,
cela t’embête beaucoup, n’est-ce pas, quand on dit
que les saints des derniers jours ne sont pas chrétiens ? »
J’ai répondu : « Non seulement cela
m’embête, mais cela me blesse parce que je sais l’amour
profond que j’éprouve en tant que saint des derniers
jours pour le Seigneur et la confiance totale que j’ai en
lui. »
Mon
ami protestant a alors fait une réflexion toute simple, une
réflexion qui aurait dû me sauter aux yeux longtemps
avant cette occasion-là. Il a dit : « Quel
effet cela nous fait-il, à ton avis, quand nous découvrons
que vous croyez en ce que vous appelez la grande apostasie, que le
Christ est censé avoir dit au jeune Joseph Smith que les
églises qui existaient alors sur la terre ‘étaient
toutes dans l’erreur’, que ‘tous leurs credo
étaient une abomination à ses yeux’, que ‘ces
docteurs étaient tous corrompus’ (Joseph Smith –
Histoire, v. 19) et que dans vos Doctrine et Alliances il est dit de
ton Église qu’elle est ‘la seule Église
vraie et vivante sur toute la surface de la terre’ (D&A
1:30) ? »
Je me souviens encore des sentiments divers
qui m’ont envahi à ce moment-là : c’était
une révélation intime, mêlée de sentiments
de compréhension, de prise de conscience soudaine et d’un
sentiment d’amour profond pour mes amis. Pendant quelques
instants, je me suis retrouvé, mentalement parlant, à
leur place, voyant les choses par leurs yeux. Cela m’a fait un
choc et cela a influencé ma façon de m’ouvrir aux
hommes et aux femmes d’autres confessions.
À
la première section des Doctrine et Alliances, une révélation
donnée à Joseph Smith en novembre 1831, il est
effectivement dit de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours qu’elle est « la seule
Église vraie et vivante sur toute la surface de la terre »
(D&A 1:30). C’est vrai que ce sont là des termes
forts ; c’est de la doctrine pure et dure, le genre
qui offense les personnes d’autres religions. Il n’est
pas inutile de jeter un bref coup d’œil sur ce que
l’expression « la seule Église vraie et
vivante » veut dire et sur ce
qu’elle ne veut pas dire.
Je propose ci-après mes idées, mon point de vue.
Commençons par ce que l’expression ne veut pas dire.
1.
Elle ne veut pas dire que les hommes et les femmes des autres
confessions chrétiennes ne croient pas sincèrement à
la vérité et ne sont pas des disciples véritables
du Christ. Les saints des derniers jours n’ont absolument aucun
mal à accepter l’affirmation que ces personnes sont
chrétiennes, qu’elles reconnaissent Jésus-Christ
comme le Fils de Dieu, leur Sauveur, le Seigneur et Maître de
leur vie. Les saints des derniers jours ne sont pas non plus les
seuls à avoir le droit à l’illumination
personnelle et à la direction divine pour leur vie.
2.
Elle ne veut pas dire qu’ils adorent « un différent
Jésus » comme le disent beaucoup dans le monde
chrétien à propos des saints des derniers jours. Au
contraire, les vrais chrétiens adorent Jésus de
Nazareth, le Messie promis.
3. Elle ne veut pas dire
que nous croyons que la plupart des points de doctrine de la
chrétienté catholique ou protestante sont faux ou que
les dirigeants des diverses branches de la chrétienté
sont animés de mauvaises intentions.
Joseph Smith a dit :
« On
me demande souvent : ‘En quoi différez-vous des
autres dans vos idées religieuses ?' En réalité
et essentiellement nous ne différons pas à ce point
dans nos idées religieuses que nous ne puissions tous boire
dans un même principe d’amour. Un des grands principes
fondamentaux du «mormonisme» c’est de recevoir la
vérité d’où qu’elle vienne [8].
« Les
presbytériens ont-ils une part de vérité? »
a-t-il demandé une autre fois. « Oui. Les
baptistes, les méthodistes, etc. ont-ils une part de vérité?
Oui… Nous devons rassembler tous les principes bons et vrais
dans le monde et les chérir, sinon nous ne deviendrons pas de
vrais ‘mormons’. » [9]
Dans ce qui a dû
être une manière humoristique de jouer avec diverses
langues pour en dégager une signification, Joseph Smith fait
remarquer que « mormon » signifie
« littéralement ‘plus bon’ »
[10]. George Albert Smith dit ceci aux tenants d’autres
cultes : « Nous ne sommes pas venus pour vous ôter
la vérité et la vertu que vous possédez. Nous ne
sommes pas venus pour vous décauser ou vous critiquer. Nous ne
sommes pas venus ici pour vous réprimander… Gardez tout
ce que vous avez de bon et laissez-nous
vous apporter plus de bon. »
[11]
4.
Elle ne veut pas dire que la Bible a été corrompue au
point que nous ne puissions plus nous fier à elle pour nous
enseigner de la saine doctrine et nous donner l’exemple de la
façon dont nous devons vivre. « Il y a quelques
années, quand je vivais en Angleterre, a dit Mark E. Petersen,
je suis allé au British Museum à Londres et j’ai
étudié l’histoire de la version King James de la
Bible. J’ai appris que ses traducteurs avaient jeûné
et prié pour avoir l’inspiration dans leur travail. Je
suis convaincu qu’ils l’ont reçue »
[12]. Qu’en est-il alors de la croyance mormone que des vérités
claires et précieuses et beaucoup d’alliances du
Seigneur ont été enlevées de la Bible avant
qu’elle ne soit compilée (1 Néphi 13:20-24 ;
Moïse 1:40-41) ? [13]
Sans accepter la doctrine de
l’infaillibilité des Écritures, nous croyons que
la main de Dieu a protégé les textes bibliques de sorte
que ce que nous avons maintenant est ce que le Tout-Puissant désire
que nous possédions. Comme le dit Bruce R. McConkie, « nous
ne pouvons pas ne pas conclure qu’une providence divine dirige
tout comme cela doit l’être. Cela veut dire que la Bible,
telle qu’elle est maintenant, contient cette partie de la
parole du Seigneur » que le monde d’aujourd’hui
est prêt à recevoir. [14]
En
effet, bien que les saints des derniers jours ne croient pas que la
Bible contienne actuellement tout ce qu’elle a contenu jadis,
c’est un livre d’Écritures remarquable, un livre
qui inspire, enseigne, convainc, corrige et instruit (2 Timothée
3:16). C’est la parole de Dieu.
Notre tâche, selon
George Q. Cannon, est d’engendrer la foi en la Bible : « Notre
devoir étant de créer la foi en la parole de Dieu dans
l’esprit du jeune étudiant, nous doutons fort que le
meilleur moyen d’atteindre cet objectif soit d’accorder
aux erreurs des traducteurs [ou de ceux qui assurent la transmission]
la part la plus importante de notre enseignement. Même les
enfants ont leurs doutes, mais ce n’est pas à nous à encourager
ceux-ci. Les doutes ne convertissent en aucune façon,
les négations convainquent rarement…
« Le bout de phrase
des articles de foi concernant les erreurs de traduction de la Bible
n’a absolument pas été introduit pour nous
inciter à passer notre temps à dépister et à
étudier ces erreurs, mais pour souligner l’idée
que c’est la vérité et la vérité
seulement que l’Église de Jésus-Christ des saints
des derniers jours accepte, où qu’on la trouve. »
[15]
En 1982, Bruce R. McConkie a expliqué aux dirigeants de
l’Église : « Avant de pouvoir écrire
l’Évangile dans notre propre livre de vie, nous devons
apprendre l’Évangile tel qu’il est écrit
dans les livres d’Écritures. La Bible, le Livre de
Mormon, les Doctrine et Alliances et la Perle de grand prix –
chacun
d’eux individuellement et eux tous collectivement –
contiennent la plénitude de l’Évangile éternel. »
[16]
Les
saints des derniers jours ne croient pas que l’on puisse tirer
des Écritures l’autorité divine d’accomplir
les ordonnances salvatrices. Mais nous disons que la Bible contient
la plénitude de l’Évangile en ce sens qu’elle
(1) parle de groupes de gens du passé qui avaient toutes les
bénédictions de l’Évangile éternel
et (2) enseigne (surtout le Nouveau Testament) la bonne nouvelle de
la rédemption en Christ par l’Expiation (3 Néphi
27:13-21 ; D&A 76:40-42).
5.
Elle ne veut pas dire que Dieu désapprouve ou rejette tout ce
que les chrétiens dévoués enseignent ou font, où
leur cœur se trouve et ce qu’ils espèrent réaliser
dans le monde religieux. En avril 1843, un certain frère
Pelatiah Brown chercha à réduire au silence certains
détracteurs de l’Église en forçant et en
tordant le sens de passages de l’Apocalypse pour étayer
ce qu’il voulait prouver. Cela lui valut d’être
prié de rendre des comptes. Joseph dit : « Je
n’ai pas aimé que l’on juge le vieil homme pour
avoir erré dans la doctrine. Cela ressemble trop aux
méthodistes, pas aux saints des derniers jours. Les
méthodistes ont
des credo qu’il faut croire sous peine d’être
invité à quitter leur Église.
Je veux avoir la liberté de penser et de croire comme je
l’entends. C’est si agréable de ne pas avoir
d’entraves. Ce n’est pas parce qu’un homme erre
dans la doctrine que cela prouve qu’il n’est pas un brave
homme. »
[17]
« Dieu,
notre Père à tous, a dit Ezra Taft Benson, utilise les
hommes de la terre, et particulièrement les hommes de bien,
pour accomplir ses desseins. C’était vrai autrefois,
c’est vrai aujourd’hui et ce sera vrai demain. »
Frère Benson cite ensuite le passage suivant d’un
discours de conférence prononcé en 1928 par Orson F.
Whitney : « Le Seigneur a peut-être besoin de
tels hommes à l’extérieur de son Église
pour l’aider à avancer. Ils sont parmi ses auxiliaires
et peuvent faire plus de bien pour la cause là où le
Seigneur les a mis que n’importe où ailleurs. »
Faites maintenant attention à ce message particulièrement
touchant : « Dieu
se sert de plus d’un peuple pour la réalisation de son
œuvre grande et merveilleuse. Les saints des derniers jours ne
peuvent pas tout faire.
C’est trop vaste, trop ardu pour un seul peuple. »
Frère Whitney fait ensuite remarquer que nous ne sommes pas en
guerre contre les autres églises. « Dans un certain
sens, elles sont nos partenaires. »
[18]
En
juin 1829, Oliver Cowdery et David Whitmer reçurent ce
commandement : « Ne luttez contre aucune Église,
si ce n'est l'Église du diable » (D&A 18:20).
B. H. Roberts a fait ce commentaire éclairé sur ce
passage : « J’interprète le commandement
donné à Oliver Cowdery de ne lutter ‘contre
aucune Église, si ce n'est l'Église du diable’
comme voulant dire qu’il doit lutter contre le mal, contre ce
qui n’est pas vrai, contre tous les complots des hommes
méchants. Ce sont eux qui constituent l’église du
diable, le royaume du mal, une fédération d’impies ;
et les serviteurs de Dieu ont le droit de lutter contre ce qui est
mal où que cela apparaisse…
« Mais qu’il
soit bien entendu que nous ne sommes pas forcément amenés
à de l’antagonisme envers les diverses sectes du
christianisme en tant que tel. Dans la mesure où elles ont
conservé des fragments de vérité chrétienne
– et chacune d’elles a une certaine mesure de vérité
– dans cette même mesure elles sont acceptables pour le
Seigneur et ce serait une mauvaise politique de notre part de lutter
contre elles sans discrimination… Nos relations avec le monde
religieux ne sont pas du genre qui exige que l’on dénonce
les confessions religieuses comme constituant l’église
du diable. »
Les
réflexions suivantes de frère Roberts sont un exemple
de la largeur d’idées nécessaire pour nous ouvrir
à nos frères et sœurs d’autres cultes et
pour les comprendre : « tout
ce qui contribue à la vérité, à la
justice, est de Dieu ; cela constitue le royaume de la justice –
l’empire de Jéhovah et, dans une certain sens au
moins, constitue l’Église du Christ.
Tout ce qui contribue au mensonge, à l’injustice,
constitue le royaume du mal – l’église du diable.
Nous ne
sommes pas en guerre contre le royaume de la justice. Au contraire,
tant l’esprit des commandements que le Seigneur a donnés
à ses serviteurs que la voix de la raison nous incitent à
chercher à étendre ce royaume de la justice en
reconnaissant les vérités qu’il possède et
en recherchant l’amitié et la collaboration des hommes
et des femmes justes qui en sont membres. »
[19]
6.
Elle ne veut pas dire que les chrétiens croyants qui ne sont
pas saints des derniers jours n’iront pas au ciel. Les mormons
ne minimisent ni nient le moins du monde la réalité de
l’expérience d’autrui avec l’Esprit de Dieu et nous ne devons pas
mettre en doute la légitimité de
l’engagement d’autrui envers Jésus-Christ. Pour le
dire autrement, nous ne doutons pas que beaucoup de ceux qui
affirment avoir éprouvé un grand changement de cœur
soient véritablement « nés de nouveau »
[20]. Les chrétiens qui connaissent quelque peu les croyances
des saints des derniers jours diront peut-être maintenant :
« Oui, mais croyez-vous que les personnes des autres
religions hériteront le royaume céleste ? »
Ce que les saints des derniers jours croient, c’est que le
baptême accompli par l’autorité compétente
est nécessaire pour entrer dans le plus haut degré des
cieux. L’alliance du baptême est l’expression
extérieure de l’alliance intérieure que la
personne conclut avec le Christ et du fait qu’elle accepte son
Évangile. En même temps, la doctrine des saints affirme
que chaque homme, chaque femme recevra toute la lumière, toute
la connaissance, tous les attributs divins, pouvoirs et récompenses
célestes qu’ils désirent recevoir, que ce soit
dans cette vie ou dans l’au-delà. Celui qui cherche de
toute son âme à aller au Christ sera finalement
accueilli en sa présence. Quelqu’un qui aspire de tout
son cœur à se qualifier pour la plus haute des gloires
dans l’au-delà aura cette possibilité. Cela
signifie que l’homme ou la femme qui est fidèle à
la lumière qu’il ou elle a ici s’ouvrira à
une lumière plus grande.
7.
Notre croyance que nous sommes « la seule Église
vraie et vivante » ne veut pas dire que les saints des
derniers jours désirent « faire bande à
part » ou affronter les problèmes de société
tout seuls. C’est un fait que nous nous efforçons
ardemment de collaborer avec les hommes et les femmes d’autres
confessions à nous opposer et à faire entendre notre
voix contre la marée montante de l’immoralité et
du relativisme moral qui est en train de se répandre dans
notre monde. Comme la plupart des groupes chrétiens, nous
sommes persuadés que les changements qui doivent être
apportés à notre société ne peuvent venir
que « de l’intérieur » – par
le pouvoir transformateur de Jésus-Christ. [21]
Je suis même
convaincu que si nous laissons les divergences doctrinales, le
recours à des stéréotypes et la diabolisation de
ceux qui sont différents nous empêcher de nous donner la
main pour arrêter l’érosion de valeurs morales et
familiales consacrées par le temps, Lucifer remportera une
victoire essentielle.
Que
veut donc dire la révélation quand elle dit que
l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers
jours est « la seule Église vraie et vivante sur
toute la surface de la terre » ?
1.
« Le mot seule,
a écrit Neal A. Maxwell, « affirme que l’Église
possède un caractère unique et singulier en sa qualité
d’agent ecclésiastique exclusif, détenteur
d’autorité pour notre Père céleste dans
cette dispensation. »
[22]
[…]
Dire de l’Église rétablie qu’elle est « la
seule Église vraie », c’est dire qu’elle
est l’institution la plus ferme, la plus sûre et la plus
solide de la terre, la plus proche du modèle de l’Église
chrétienne primitive en ce qu’elle dispense la volonté
de Dieu et jouit de son approbation totale. Cela ne veut pas dire que
les autres églises sont essentiellement fausses ou que leurs
enseignements sont tout à fait corrompus.
« Quand
le Seigneur a utilisé le terme ‘vraie’, fait
remarquer frère Maxwell, il a voulu dire que la doctrine de
l’Église et son autorité ne sont pas
simplement partiellement vraies, mais qu’elles sont vraies
comme Dieu le conçoit. L’Église n’est donc
pas compromise idéologiquement pour avoir été
constituée à partir des débris doctrinaux
laissés par une époque plus ancienne et elle n’est
pas non plus constituée de simples fragments de la vraie foi.
Elle est basée sur la plénitude
de l’Évangile de Celui dont elle porte le nom,
réussissant ainsi les deux épreuves données par
Jésus lors de sa visite aux Néphites par lesquelles on
peut prouver son Église (3 Néphi 27:8).
« Quand
le mot vivante
est utilisé, il a une connotation divine. L’Église
n’est ni morte ni mourante. Pas plus qu’elle n’est
blessée. L’Église, comme le Dieu vivant qui l’a
fondée, est vivante, consciente et active. Ce n’est pas
un musée qui abrite une religion fossilisée. C’est
au contraire un royaume en mouvement caractérisé par
une religion vivante chez des disciples vivants. »
[24]
2.
Cela signifie que le dernier mot en matière de doctrine
appartient aux apôtres et aux prophètes, pas aux
théologiens ni aux érudits. Quelqu’un qui était
professeur de religion dans un institut chrétien m’a
fait cette réflexion : « Tu sais, Bob, une des
choses que j’aime dans ma vie de spécialiste en
religion, c’est qu’il n’y a personne qui regarde
par-dessus mon épaule pour vérifier ma doctrine et
analyser la véracité de mes enseignements. Comme il n’y
a pas de hiérarchie organisée devant laquelle je suis
tenu de répondre, je suis libre d’écrire et de
déclarer ce que je veux. »
J’ai gentiment
hoché la tête et j’ai préféré
ne pas réagir à ce moment-là. Mais depuis lors
je me suis dit que ce que mon ami perçoit comme une
merveilleuse liberté professionnelle peut se muer en
permission d’interpréter, d’exercer son intuition
ou de faire l’exégèse d’un passage
des Écritures d’une myriade de façons avec
pour résultat des interprétations aussi diverses que la
culture, la formation et les penchants des intéressés.
Il y a tout simplement trop de passages ambigus dans les Écritures
pour « laisser la Bible parler par elle-même ».
C’était en fait le dilemme du jeune Joseph Smith :
« Les professeurs de religion des diverses confessions
comprenaient si différemment les mêmes passages de
l'Écriture que cela faisait perdre toute confiance de régler
[les questions qu’il se posait en matière de religion]
par un appel à la Bible » (Joseph Smith –
Histoire, v. 12). Dans bien des cas, ni la formation linguistique ni
la compétence historique ne produiront automatiquement la
signification voulue (par Dieu) ou l’éclaircissement de
sujets tels que ceux qui ont été mentionnés plus
haut.
« Il
y a des choses dans les Écritures qui ne sont pas parfaitement
claires » a écrit le pasteur et professeur
évangélique John MacArthur. « Parfois nous
ne pouvons pas reconstituer le contexte historique pour comprendre un
passage donné. Un exemple notable est la mention du ‘baptême
pour les morts’ dans 1 Corinthiens 15. Il y a au moins quarante
points de vue différents sur ce que ce verset signifie. On ne
peut pas être dogmatiques dans de telles choses »
[25]. Plus haut, dans le même ouvrage, MacArthur dit que si l’on
devait assister à une étude biblique typique on serait
« probablement invité à donner son opinion
sur ce que ce verset signifie pour vous, comme si le message de
l’Écriture était propre à chaque personne.
Rare est l’enseignant qui s’occupe de savoir ce que
l’Écriture signifie pour
Dieu. » [26]
Quel est notre critère pour juger et
interpréter ? Qui a le droit de proposer un commentaire
inspiré des paroles prononcées par de saints hommes de
Dieu qui ont parlé ou écrit autrefois selon qu’ils
étaient poussés par le Saint-Esprit (2 Pierre 1:21) ?
S’il est vrai que quiconque lit l’Écriture sainte
doit chercher à être suffisamment au diapason de
l’Esprit pour comprendre ce que l’Écriture veut
dire, les saints des derniers jours croient que c’est aux
prophètes que revient le dernier mot en matière
d’interprétation prophétique. Comme l’a dit
avec sagesse C. S. Lewis : « Si l’unité
de mesure n’est pas indépendante des choses que l’on
veut mesurer, aucune mesure n’est possible. »
[27]
Parlant
du dogme de la sola
scriptura cher
à la Réforme, Randall Balmer remarque que « les
sentiments de Luther ont créé un besoin d’Écritures
en langue populaire et depuis lors les protestants tiennent à
interpréter eux-mêmes la Bible en oubliant la plupart du
temps qu’ils abordent le texte avec leur ensemble personnel de
préjugés culturels et les idées qu’ils ont
en tête. » Balmer poursuit :
« À
la base de cette volonté d’interprétation
personnelle il y a la thèse… que la lecture la plus
simple et la plus évidente du texte est la bonne. Tout le
monde devient son propre théologien. Il n’est plus
besoin de consulter Augustin ou Thomas d’Aquin ou Martin Luther
pour voir comment ils comprenaient tel ou tel passage dès lors
que l’on est soi-même le décideur final de ce qui
est le sens correct. Cette tendance, à laquelle vient
s’ajouter l’absence de toute structure d’autorité
au sein du protestantisme, a créé une sorte de mêlée
générale théologique dans laquelle toutes sortes
de personnes ou de groupes prétendent que c’est leur
lecture
de la Bible qui est la seule interprétation possible. »
[28]
Enfin,
j’ai eu un certain nombre d’amis et de collègues
protestants ou catholiques qui m’ont demandé comment les
saints des derniers jours peuvent réconcilier l’idée
d’une apostasie de l’Église primitive avec l’éloge
que Jésus fait de la confession de Pierre à Césarée
de Philippe (« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant »).
On se souviendra que le Sauveur
dit : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas; car ce
ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé
cela, mais c’est mon Père qui est dans les cieux.
Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que
sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les
portes du séjour des morts ne prévaudront point contre
elle » (Matthieu 16:16-18,
italiques ajoutés). Le Seigneur ne
disait-il pas clairement dans ce passage que Satan ne l’emporterait
pas sur l’Église chrétienne ?
Une
chose en tous cas est certaine : l’Église ne devait
pas être édifiée sur Pierre ni sur un individu
quelconque mais plutôt sur la parole révélée,
la révélation que Pierre avait reçue et qui
affirmait que le Maître était le Fils de Dieu [29].
C’était comme si le Christ disait : Pierre tu as
obtenu le témoignage de mon identité par une révélation
de Dieu et c’est par révélation, par la direction
immédiate du ciel donnée à mes serviteurs oints
et par eux que j’édifierai mon Église. Et tant
que mon peuple vit de manière à jouir de cet esprit de
révélation – au niveau individuel et au niveau
institutionnel – il ne sera jamais permis au pouvoir et à
la domination du diable de l’emporter sur mon royaume. »
3.
Cela veut dire que s’il est vrai que Dieu bénit,
fortifie et guide toute personne qui suit la lumière divine
qu’elle a en elle (Jean 1:9), chacun a la responsabilité
d’être fidèle à cette lumière qui
conduit dans toute la vérité, de chercher, de sonder,
de soupeser et de tester toutes choses. Une révélation
moderne atteste : « Ce
qui est de Dieu est lumière; et celui qui reçoit la
lumière et persévère en Dieu reçoit
davantage de lumière; et cette lumière devient de plus
en plus brillante jusqu'au jour parfait » (D&A 50:24)
ce qui veut sans doute dire le jour de la résurrection et de
la glorification.
Une révélation ultérieure dit
que celui qui est fidèle à la lumière de la
conscience, fidèle à ce que nous appellerions l’éthique
judéo-chrétienne, sera conduit vers la lumière
supérieure de la plénitude de l’Évangile,
que ce soit dans cette vie ou dans l’au-delà. « Et
l'Esprit donne la lumière à tout homme qui vient au
monde; et l'Esprit éclaire, partout dans le monde, tout homme
qui écoute la voix de l'Esprit. Et quiconque écoute la
voix de l'Esprit vient à Dieu, oui, au Père. Et le Père
lui enseigne l'alliance [de l’Évangile] qu'il a
renouvelée et confirmée sur vous » (D&A
84:46-48).
Il
y a un équilibre critique à trouver ici. Le Livre de
Mormon fait clairement remarquer que « l'Esprit du Christ
est donné à tout homme afin qu'il puisse discerner le
bien du mal; c'est pourquoi, je vous montre la façon de juger;
car tout ce qui invite à faire le bien et à persuader
de croire au Christ est envoyé par le pouvoir et le don du
Christ; c'est pourquoi vous pouvez savoir avec une connaissance
parfaite que c'est de Dieu » (Moroni 7:16). En même
temps, le Père des Lumières ne souhaite pas que ses
enfants fassent de la roue libre spirituelle, se contentent de la
lumière et de la vérité qu’ils ont ;
il attend au contraire d’eux qu’ils progressent tous dans
leur perspective et leur compréhension.
Comme C. S. Lewis l’a
observé, que « Dieu, à la longue, ne se
contente de rien moins que la perfection absolue, se réjouit
du premier effort faible et maladroit que vous allez faire demain
rien que pour faire votre devoir le plus simple. » Puis,
citant son mentor, George MacDonald, Lewis remarque que « il
est facile de plaire à Dieu, mais il est difficile de le
satisfaire » [30]. Ainsi donc, le bien
le plus élevé que les hommes et les femmes puissent
faire est de rechercher avec ténacité la plus grande
quantité de lumière et de connaissance que Dieu veut
conférer (voir D&A 35:10-12 ; 84:49-50).
Les
credo et le christianisme
Selon
l’un des récits de la première vision de Joseph
Smith (1838), Joseph apprit que « tous leurs credo étaient
une abomination à ses yeux; que ces docteurs étaient
tous corrompus; que: ‘ils s'approchent de moi des lèvres,
mais leur cœur est éloigné de moi; ils enseignent
pour doctrine des commandements d'hommes, ayant une forme de piété,
mais il en nient la puissance’ » (Joseph Smith –
Histoire, v. 19). Cette déclaration est naturellement
considérée comme dure et blessante par les membres des
autres Églises chrétiennes.
Voyons si nous pouvons
éclaircir quelque peu les choses. Par exemple, quels étaient
les « credo » en question ? Le mot latin
originel credo
signifie simplement « je crois ». Du temps de
Joseh Smith, le mot « credo » désignait
« un bref résumé des articles de la foi
chrétienne » ou « ce que l’on
croit » [31]. Un dictionnaire moderne définit un
credo comme « un système de croyances
religieuses » ou « un ensemble d’opinions
ou de principes sur un sujet quelconque » ou « croyance
ou confiance en qqch., article de foi » [32]. Selon cette
définition il n’y a rien de mal dans un credo en soi.
Le
savant catholique Luke Timothy Johnson a écrit que « le
fait d’appartenir à l’élite intellectuelle
implique le mépris pour les credo en général et
le credo de la chrétienté en particulier ».
Il fait observer que « pour la modernité, la
croyance en un credo est un signe d’échec intellectuel.
Un credo implique la foi et la foi fait, à propos de la
réalité, des déclarations qui ne peuvent pas
être testées. Tout le monde sait qu’une
affirmation ne peut être vraie que quand elle ne dit pas
vraiment quelque chose à propos du monde ou quand elle a été
testée empiriquement. Un credo est donc une structure de
l’imagination. On ne peut être à la fois croyant
et penseur critique. »
En outre : « Un
nombre important de chrétiens rejettent toute forme de credo.
Pour certains, surtout ceux qui se situent dans les traditions
anabaptiste ou église non-conformiste, le credo est trop
l’instrument de la tradition et du pouvoir ecclésiastique,
trop associé à l’évolution de la
chrétienté vers le catholicisme, trop façonné
par la philosophie et trop peu par l’Écriture. »
[33]
Alexander
Campbell, un contemporain de Joseph Smith et père des
Disciples du Christ et de l’Église du Christ, était
quelqu’un que les credo dérangeaient particulièrement.
« Après la guerre d’Indépendance,
écrit Milton Backman Jr., un certain nombre de théologiens
condamnèrent avec véhémence tous les credo
populaires de la chrétienté. Exhortant tous les
disciples du Christ à revenir à la pureté du
christianisme du Nouveau Testament, ces prédicateurs
enseignaient que la Bible devait être considérée
comme le seul support de la foi, que toutes les assemblées
devaient être autonomes et que tous les hommes sont dotés
de la capacité d’accepter ou de rejeter le don du salut
offert par Dieu. Bien que divisés en ce qui concerne la
doctrine de la Divinité, ces dirigeants résolus
rejetaient l’usage du terme ‘Trinité’, en
affirmant que ce mot n’était pas scripturaire. »
[34]
Joseph
Smith n’était pas nécessairement opposé
aux credo religieux en général. Dans la préface
de la première édition, des Doctrine et Alliances
(1835) il fait cette réflexion très intéressante :
« Il peut y avoir, dans l’esprit de certains, de
l’aversion à l’égard de l’idée
de recevoir quelque chose susceptible d’être des articles
de foi religieuse, et ce du fait qu’il en existe tant
actuellement ; mais si les hommes croient en un système
et professent qu’il a été donné par
inspiration, il est certain que plus ils peuvent le présenter
intelligiblement, mieux cela vaut. Imprimer un principe ne le rend
pas faux pas plus que ne pas l’imprimer le rend vrai. »
À titre d’exemple, frère McConkie a dit que le
cinquième Discours sur la Foi est en fait « un
credo annonçant qui est la Divinité.
À mon sens, c’est la déclaration la plus globale,
la plus intelligente et la plus inspirée qui existe
actuellement en anglais, qui existe en un endroit donné,
définissant, interprétant, expliquant, annonçant
et témoignant du genre d’être que Dieu est. »
[35]
Les
saints des derniers jours croient que les credo dont il est question
dans la Première Vision étaient les credo postérieurs
au Nouveau Testament qui cherchaient à codifier les croyances
concernant Dieu, le Christ, le Saint-Esprit et les relations entre
eux, des concepts qui avaient été élaborés
au cours de l’époque qui suivit la mort des apôtres
originels. Stephen Robinson fait remarquer qu’il y a une ironie
dans le fait que les chrétiens traditionnels condamnent les
ajouts apportés par les saints des derniers jours au canon des
Écritures.
En réalité, dit-il, les protestants
ne s’en tiennent pas strictement à la croyance en la
sola
scriptura
[les Écritures et rien qu’elles]. « Quand ils
accusent les mormons de ne pas croire en la Bible, écrit-il,
ils veulent habituellement dire que nous ne croyons pas aux
interprétations formulées par les conciles
postbibliques. Si les évangéliques veulent à
tout prix insister sur la doctrine de la sola
scriptura
ou ad
fontes
[aux sources], ils devraient cesser d’attribuer une autorité
scripturaire à des traditions postbibliques. »
Il
dit ailleurs que « les saints des derniers jours informés
ne prétendent pas que le christianisme historique a perdu
toute
vérité ou est devenu complètement
corrompu. Les Églises traditionnelles ont pu perdre ‘la
plénitude’ de l’Évangile, mais elle ne
l’ont pas complètement perdue ni même n’en
ont perdu la plus grande partie. Beaucoup d’évangéliques
caricaturent ou exagèrent le point de vue mormon qui est que
les églises traditionnelles sont incomplètes plutôt
que corrompues. C’est de leurs credo postbibliques qu’il
est question dans la première vision de Joseph Smith quand
elle dit qu’ils sont une ‘abomination’, mais
certainement pas de leurs membres ou des croyances bibliques
de leurs membres. »
[36]
Dans
la mesure où leurs credo perpétuent des notions
contraires à la vérité, en particulier en ce qui
concerne la nature de la Divinité, il est évident que
notre Père céleste en soit mécontent. En outre,
dans la mesure où les credo divisent les gens, catégorisent
les gens, excluent des gens et même en amènent d’autres
à les persécuter, on peut comprendre qu’ils
soient considérés comme indésirables. Dans la
mesure où ils deviennent un badge d’appartenance, la
marque d’identification à laquelle on reconnaît un
« vrai chrétien », la seule façon
de comprendre ce que les Écritures veulent réellement
dire en ce qui concerne Dieu et le Christ, dans cette même
mesure, le cercle chrétien se rétrécit de plus
en plus et la grâce de Dieu qui rend le salut accessible à
toute l’humanité (Tite 2:11) est contrecarrée.
L’apôtre Paul a affirmé que le Sauveur « veut
que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la
connaissance de la vérité » (1 Timothée
2:4).
C’est ce que Joseph Smith, le prophète, avait à
l’esprit quand il a dit en octobre 1843 : « Je
ne peux croire en aucune des croyances des différentes
confessions, parce qu’elles ont toutes en elles certaines
choses auxquelles je ne puis souscrire, bien que toutes aient une
certaine vérité. Je veux monter en la présence
de Dieu et tout apprendre; mais les confessions dressent des
barrières et disent: ‘Tu iras jusque-là et pas
plus loin’, chose à laquelle je ne puis souscrire. »
[37]
Il
semble que les « docteurs » mentionnés
dans la Première Vision aient été les
ecclésiastiques hostiles qui vivaient dans les environs
immédiats de Joseph Smith. Après avoir décrit la
réaction d’un pasteur méthodiste à sa
Première Vision, à savoir que « tout cela
était du diable, que les visions ou les révélations,
cela n'existait plus de nos jours, que toutes les choses de ce genre
avaient cessé avec les apôtres et qu'il n'y en aurait
jamais plus ».
Joseph raconte : « Cependant
je m'aperçus bientôt que le
fait de raconter mon histoire m'avait beaucoup nui auprès des
adeptes des autres confessions
et était la cause d'une grande persécution , qui allait
croissant… ce fut une chose commune chez toutes les
confessions » (Joseph Smith – Histoire vv. 21-22,
italiques ajoutés). Dans un récit de la Première
Vision qui se trouve dans la lettre à Wentworth (1842), Joseph
dit que « Ils [le Père et le Fils] me dirent que
toutes
les confessions religieuses croyaient en des doctrines incorrectes
et qu’aucune d’elles n’était reconnue de
Dieu comme son Église et son royaume ; et il me fut
expressément commandé de ‘ne me joindre à
aucune’. Je reçus en même temps la promesse que la
plénitude de l’Évangile me serait révélée
plus tard. » [38]
William
Grant Bangerter a un jour demandé aux étudiants et au
corps professoral de BYU : « Croyons-nous que tous
les ecclésiastiques des autres églises sont corrompus ?
Bien sûr que non. Ce n’était certainement pas cela
que Joseph Smith voulait dire. Quand on lit soigneusement le passage,
on voit que le Seigneur Jésus-Christ parlait des
ecclésiastiques qui se disputaient et argumentaient sur la
question de savoir quelle église était la vraie,
c’est-à-dire le groupe que Joseph Smith fréquentait…
« Il
est tout à fait clair qu’il y a eu et qu’il y a
maintenant dans les autres églises beaucoup d’hommes et
de femmes excellents, honorables et dévoués qui vont
vers leur salut éternel et qui dirigent leur assemblée
avec justice et de manière consciencieuse. De toute évidence,
Joseph Smith avait beaucoup de contacts cordiaux et amicaux avec les
ecclésiastiques d’autres religions. Pas mal d’entre
eux devinrent membres de l’Église : Sidney Rigdon,
John Taylor, Parley P. Pratt et d’autres en Amérique et
en Angleterre. Certains d’entre eux qui arboraient l’attitude
chrétienne de la tolérance ne devinrent pas membres de
l’Église. Il y en a beaucoup d’autres comme eux
aujourd’hui. »
[39]
Dire
que « ces docteurs étaient tous corrompus »,
c’est dire qu’eux et leurs enseignements étaient
devenus malsains, entachés d’erreur, impurs [40]. En
outre, comme Richard Bushman l’a fait remarquer, « à
un certain niveau, les révélations de Joseph indiquent
une perte de confiance vis-à-vis des ecclésiastiques
chrétiens. Malgré son érudition et son
éloquence, on ne pouvait confier la Bible au clergé. Il
ne comprenait pas ce que le livre voulait dire. Elle était un
réceptacle de révélations et le clergé en
avait fait un manuel. La Bible était devenue un texte à
interpréter plutôt qu’une expérience à
vivre. Et avec cela, le pouvoir du livre a été perdu…
C’était ce pouvoir-là que Joseph et les autres
visionnaires de son temps cherchaient à retrouver. Ne
l’obtenant pas du clergé, ils l’ont cherché
eux-mêmes. »
« Pour
moi, poursuit Bushman, c’est cela l’importance de Joseph
Smith pour notre époque. Il se trouvait sur le terrain
contesté où les Lumières [ndlr : mouvement
philosophique né au XVIIIe siècle opposant la raison à
la religion] et la chrétienté s’affrontaient et
sa vie posait la question : Croyez-vous que Dieu parle ?
Joseph a naturellement été écarté dans la
bousculade des batailles intellectuelles qui s’en sont suivies
et a été négligé par les champions des
deux grands systèmes, mais sa mission était de défendre
la réalité de la révélation divine et de
créer un petit avant-poste où ce principe survivrait.
Le principe de révélation de Joseph n’est pas une
révélation unique devant servir pour tout le temps,
comme ce que croyaient les chrétiens de son époque à
propos de l’incarnation du Christ, ni une inspiration diluée
qui s’infiltre dans l’esprit de toutes les bonnes
personnes, mais des directives spécifiques constantes de Dieu
à son peuple. À une époque où les
origines du christianisme étaient assiégées par
les forces du rationalisme des Lumières, Joseph Smith, lui,
ramenait le christianisme moderne à ses origines dans la
révélation. »
[41]
Le
« plus » du mormonisme
Je
tiens à le répéter : C’est une
exagération grossière, une présentation déformée
que de dire que les saints des derniers jours croient que la totalité
des pratiques et de la doctrine chrétiennes depuis le temps
des apôtres originels sont apostats. Des hommes et des femmes
nobles et croyants qui vivaient à la période que trop
de gens ont appelée « l’âge des
ténèbres » ont cherché à faire
ce qui était bien et à respecter les principes du
christianisme du mieux qu’ils pouvaient. John Taylor a dit
qu’il y a eu, au cours du Moyen-Âge des gens qui
« pouvaient communier avec Dieu et qui, par le pouvoir de
la foi, ont pu écarter le voile de l’éternité
et contempler le monde invisible… avoir le ministère
d’anges et contempler les destinées futures du monde. Si
ce fut là l’âge des ténèbres, je
prie que Dieu me donne un peu d’obscurité et me délivre
de la lumière et de l’intelligence qui règnent de
nos jours »
[42]. Brigham Young a expliqué que beaucoup d’hommes de bien
avant l’époque de Joseph Smith jouissaient de « l’esprit
de révélation » et relève tout
particulièrement que John Wesley était un des meilleurs
hommes qui aient vécu sur la terre. [43]
En
parlant de l’Église primitive, Boyd K. Packer a dit que
« la flamme a vacillé et a diminué…
Mais, comme cela a été le cas depuis le commencement,
l’Esprit de Dieu a toujours inspiré des âmes
dignes. Nous sommes redevables d’une dette immense envers les
protestataires et les réformateurs qui ont préservé
les Écritures et les ont traduites. Ils savaient que quelque
chose avait été perdu. Ils ont, du mieux qu’ils
le pouvaient, gardé la flamme allumée. Beaucoup ont été
martyrs. » [44]
De même, Dallin H. Oaks a expliqué
que « nous sommes redevables envers les hommes et les
femmes qui ont gardé vivante la lumière de la foi et de
la connaissance tout au long des siècles jusqu’à
ce jour. Il nous suffit de faire le contraste avec la moindre lumière
qui existe parmi les peuples qui ne connaissent pas les noms de Dieu
et de Jésus-Christ pour nous rendre compte de tout ce qu’ont
apporté ceux qui ont enseigné le christianisme au fil
des siècles. Nous les honorons comme serviteurs de Dieu. »
[45]
La
question qui se pose pour les personnes d’autres confessions
est celle-ci : Pourquoi devrais-je devenir membre de votre
église ? Qu’avez-vous à offrir au-delà
du fait que j’accepte Jésus-Christ et les enseignements
de la Bible ? Brigham Young a déclaré :
« Nous, les saints des derniers jours, nous prenons la
liberté de croire davantage que nos frères chrétiens :
nous ne croyons pas seulement… la Bible, mais… la
totalité du plan de salut que Jésus nous a donné.
Différons-nous
de ceux qui croient au Seigneur Jésus-Christ ? Non, si ce
n’est que nous croyons davantage [46]. »
Comment cela ? Quel est en fait « le plus »
du mormonisme ?
1.
La
perspective doctrinale.
Les saints des derniers jours croient que beaucoup de vérités
rétablies par l’intermédiaire de Joseph Smith
donnent une perspective plus grandiose et plus élevée
de la vie. Par exemple, le fait de croire qu’hommes et femmes
ont existé avant la présente condition mortelle a des
implications immenses pour la vie ici-bas : nous joies, nos
amitiés et nos fréquentations, nos goûts, nos
difficultés et nos souffrances. Que l’on pense aussi à
la différence que cela fait de croire en « l’Évangile
éternel du Christ », la vérité que la
plénitude de l’Évangile du Christ est sur la
terre depuis le commencement des temps.
2.
La
consolation doctrinale. Qu’est-ce
que cela ne change pas de savoir que Dieu a un plan et un calendrier
selon lesquels tous ses enfants auront la possibilité
d’accepter ou de rejeter le message du salut en Christ ?
Qu’est-ce que cela ne change pas de savoir que les plus belles
relations de cette vie – le mariage et la famille –
peuvent se poursuivre sans interruption au-delà du voile de la
mort ? Qu’est-ce que cela ne change pas de savoir que les
personnes qui n’ont pas pu se marier dans cette vie avec
quelqu’un qui a une passion semblable pour la foi auront cette
possibilité dans l’au-delà ?
3.
Les
éclaircissements et l’expansion doctrinale. Tout
comme les chrétiens traditionnels n’hésitent pas
à lire les événements et les enseignements de
l’Ancien Testament à la lumière du Nouveau
Testament, de même les saints des derniers jours n’hésitent
pas à lire la Bible à la lumière du Livre de
Mormon, des Écritures modernes et des paroles des apôtres
et des prophètes actuels. Ajouter n’est pas la même
chose que contredire. Il y a des connaissances en plus de ce qui est
enseigné dans la Bible sur des sujets tels que l’existence
prémortelle de l’humanité (Alma 13:1-5 ;
Moïse 4:1-4 ; Abraham 3:22-28), le but la Chute et son lien
avec l’Expiation (2 Néphi 2 ; Moïse 4-5),
l’ampleur de l’expiation infinie du Christ (Alma
7:11-13 ; D&A 76:22-24 ; Moïse 1:32-35), le
ministère du Christ dans le monde d’esprit postmortel
(D&A 138) et les nombreuses demeures (voir Jean 14:2) ou degrés
de gloire dans l’au-delà (D&A 76, 131).
4.
La
confirmation doctrinale.
L’un des tout grands buts du Livre de Mormon et des Écritures
modernes est de convaincre les hommes « que les annales
des prophètes et des douze apôtres de l'Agneau sont
vraies » (1 Néphi 13:39). Nous trouvons ce qui suit
dans le Livre de Mormon : « C'est pourquoi,
repentez-vous, et soyez baptisés au nom de Jésus, et
saisissez-vous de l'Évangile du Christ, qui sera placé
devant vous, non seulement dans ces annales-ci, mais aussi dans les
annales qui parviendront des Juifs [la Bible] aux Gentils… Car
voici, ceci [le Livre de Mormon] est écrit dans l'intention
que vous croyiez cela [la Bible] » (Mormon 7:8-9).
Dans
les Doctrine et Alliances, nous lisons que le Livre de Mormon a été
donné dans les derniers jours dans le but de « prouv[er]
au monde que les Saintes Écritures sont vraies et que Dieu
inspire les hommes et les appelle à son œuvre sainte à
notre époque et dans notre génération, tout
comme dans les générations d'autrefois; montrant par là
qu'il est le même Dieu hier, aujourd'hui et à jamais »
(D&A 20:11-12). À une époque où les gens de
par le monde se sont mis à douter de l’historicité
des événements, des enseignements et des valeurs
bibliques – et en particulier du rôle rédempteur
de Jésus-Christ – les Écritures des saints des
derniers jours se présentent comme un second témoin de
leur véracité et de leur réalité.
5.
La
cohérence doctrinale.
Comme nous l’avons dit plus haut, la grande valeur d’une
hiérarchie sacerdotale, c’est qu’elle est le moyen
d’assurer l’orthodoxie doctrinale. Si les membres de
l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers
jours sont parfaitement libres de penser ce qu’ils veulent et
de tirer leurs propres conclusions doctrinales, on leur demande en
même temps de ne dire dans leurs sermons ou leurs leçons
ou de ne publier « rien d'autre que ce que les prophètes
et les apôtres ont écrit, et ce qui leur est enseigné
par le Consolateur par la prière de la foi » (D&A
52:9).
La formulation, la clarification et l’interprétation
de la doctrine pour l’Église repose sur les conseils des
présidents de l’Église, la Première
Présidence et le Conseil des douze apôtres. Le procédé
est fixé dans le Livre de Mormon : « Et il
arriva qu'Alma, ayant autorité de Dieu, ordonna des prêtres…
pour leur prêcher, et pour les instruire de ce qui avait trait
au royaume de Dieu. Et il leur commanda de n'enseigner que les choses
qu'il avait enseignées, et qui avaient été dites
par la bouche des saints prophètes » (Mosiah
18:18-19).
Plus
tard le caractère de cette philosophie de l’enseignement
est donné : « C'est pourquoi, ils
s'assemblèrent en différents groupes, appelés
Églises; chaque Église avait ses prêtres et ses
instructeurs, et chaque prêtre prêchait la parole, selon
qu'elle lui était remise par la bouche d'Alma. »
Remarquez maintenant ce qui suit : « Et ainsi, en
dépit du fait qu'il y avait beaucoup d'Églises, elles
étaient toutes une seule Église, oui, l'Église
de Dieu;
car on ne prêchait dans toutes les Églises que le
repentir et la foi en Dieu » (Mosiah 25:21-22 ;
italiques ajoutés).
C’est
Paul qui écrivait que l’organisation de l’Église
– comprenant apôtres, prophètes, évangélistes,
pasteurs et docteurs – avait été mise en place
« pour
le perfectionnement des saints en vue de l’oeuvre du ministère
et de l’édification du corps de Christ, jusqu’à
ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la
foi
et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état
d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de
Christ, afin que nous ne soyons plus des enfants, flottants et
emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des
hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction »
(Éphésiens 4:11-14 ; italiques ajoutés).
Conclusion
J’ai
souvent été interpellé en public par des
personnes qui étaient offensées par la conception des
saints des derniers jours qu’ils sont « la seule
vraie Église » ou de ce qu’ils affirment
posséder « la plénitude de l’Évangile
de Jésus-Christ ». Elles trouvent que c’est
peu aimable, exclusiviste et non chrétien. Je m’empresse
d’ajouter que le passage complet des Doctrine et Alliances est
que les saints des derniers jours appartiennent à « la
seule Église vraie et vivante sur toute la surface de la terre
et en laquelle moi, le Seigneur, je me complais — et
je parle ici à l'Église dans son ensemble et non aux
membres individuellement »
(D&A 1:30 ; italiques ajoutés). Moins de trois ans
plus tard, ce même Seigneur réprimandait les saints en
disant : « s'il n'y avait pas eu les transgressions
de mon peuple, et je
parle de l'Église et non d'individus,
il aurait pu être racheté dès maintenant »
(D&A 105:2).
D’un
autre côté, n’est-il pas vrai que l’église
A croit qu’elle a une meilleure compréhension de telle
ou telle doctrine que les églises B, C et D ? Telle
confession n’est-elle pas persuadée que ses croyances et
ses pratiques reflètent mieux celles de l’Église
fondée par Jésus-Christ au premier siècle ?
Hus, Luther, Calvin, Zwingli n’étaient-ils pas
convaincus que leurs efforts pour réformer l’Église
mère, pour mettre fin aux abus du catholicisme romain et pour
revenir aux Écritures, étaient inspirés et
dirigés par le ciel, que leurs réformes et leurs
enseignements les rapprochaient davantage de ce que le Maître
voulait dès le commencement ? De par sa nature même,
le christianisme est exclusiviste dans sa vision de ce que Dieu est
et de ce qu’il faut pour être sauvé.
J.
B. Phillips a remarqué : « Le catholique
romain qui décrète que l’ordination dans l’Église
anglicane est ‘invalide’ et qu’aucune ‘grâce’
n’est recevable par les sacrements anglicans adore clairement
un Dieu qui est catholique romain et qui agit à contrecœur,
s’il agit, via des voies non romaines. D’autre part le
‘ultra-low churchman’ [ndlr : L’Église
anglicane est divisée en deux tendances, la High Church, qui
est pour le rituel traditionnel et la hiérarchie, et la Low
Church qui est pour un rituel et une hiérarchie réduits
au minimum] doit reconnaître, s’il est honnête, que
le dieu qu’il adore désapprouve fortement les vêtements,
l’encens et les chandelles sur l’autel [utilisés
par la High Church anglicane].
La tragédie de ces exemples,
qui pourraient être reproduits ad
nauseam
n’importe quel jour de la semaine, n’est pas les
divergences d’opinion, qui existeront sans doute jusqu’au
Jugement dernier, mais la sottise éhontée et le péché
détestable de vouloir considérer Dieu comme le chef de
parti d’une option déterminée. »
Phillips ajoute : « Aucune
confession n’a le monopole de la grâce de Dieu, aucune
n’a de recette exclusive pour former des personnalités
chrétiennes. »
[47]
Si
l’on me demandait : Dieu est-il mormon ? Le
Tout-Puissant est-il saint des derniers jours ? » Je
crois que je répondrais quelque chose dans ce genre :
Notre Dieu est le Dieu de toute la création, un Être
infini, éternel et omni-aimant qui fait tout ce qu’il
peut pour conduire, pour amener une lumière plus grande dans
la vie de ses enfants, pour sauver tous ceux qui veulent l’être.
Il est le seul vrai Dieu et par conséquent la seule Divinité
qui puisse entendre et exaucer les prières ferventes de ses
enfants. Il est le Dieu des catholiques, des protestants, des
bouddhistes, des hindous et de tous ceux qui cherchent à
connaître, à aimer et à louer et adorer le Dieu
vrai et vivant.
J’ai été saint des derniers jours
toute ma vie, mais je ne crois absolument pas que le Tout-Puissant
aime les saints des derniers jours davantage que les anglicans, les
témoins de Jéhovah, les unitariens, les juifs ou les
musulmans. Il nous aime tous et est heureux de chaque effort hésitant
que nous faisons pour nous instruire sur lui, le servir et être
fidèles à la lumière qui est en nous.
« Si
on a démontré que j’étais disposé à
mourir pour un ‘mormon’, a dit Joseph Smith, j’ai
la hardiesse de prétendre devant le ciel que je suis tout
aussi prêt à mourir pour défendre les droits d’un
presbytérien, d’un baptiste ou d’un brave homme de
n’importe quelle confession; car le même principe qui
foulerait aux pieds le droit des saints des derniers jours foulerait
aux pieds les droits des catholiques romains ou de n’importe
quelle autre confession qui peut être impopulaire et trop
faible pour se défendre. » [48]
« Si
j’estime que l’humanité est dans l’erreur,
a-t-il ajouté, vais-je l’accabler? Non. Je vais
l’élever, et à sa manière encore bien, si
je ne peux pas la persuader que ma voie est meilleure; et je ne
chercherai pas à obliger quelqu’un à croire comme
moi, si ce n’est par la force du raisonnement, car la vérité
se frayera son propre chemin. Croyez-vous en Jésus-Christ et
en l’Évangile du salut qu’il a révélé?
Moi aussi. Les chrétiens devraient cesser de se quereller et
de lutter entre eux et devraient cultiver les principes de l’union
et de l’amitié parmi eux. »
[49]
Les
saints des derniers jours ne peuvent pas jeter par-dessus bord ce
qu’ils croient être ce que Dieu a dit en 1820 à
Joseph Smith pour calmer les esprits ou rechercher des faveurs. Nous
nous en tenons à la vérité que Dieu a parlé
de nouveau de nos jours et a rétabli son Évangile
éternel par l’intermédiaire de prophètes
modernes [50]. C’est notre point de vue à nous, notre
apport à un monde qui a désespérément
besoin de croire en Dieu, de comprendre son grand plan de salut, la
promesse et l’espérance qui viennent d’un
Rédempteur et de quelque chose qui confirme la véracité
de la sainte Bible. Nous pouvons chercher à mieux comprendre
ce que l’on a voulu dire, mais nous ne pouvons pas abandonner
notre raison d’être.
Gordon B. Hinckley a fait cette
réflexion : « Le Seigneur a dit que nous
étions la seule Église vraie et vivante sur la face de
la terre en laquelle’ il se complait. Ce n’est pas moi
qui l’ai dit. Ce sont ses paroles à lui. Il a dit au
prophète Joseph que les autres confessions étaient dans
l’erreur. Ce ne sont pas là mes paroles. Ce sont celles
du Seigneur. Mais ce
sont des paroles dures pour ceux des autres cultes. Nous n’avons
pas à les exploiter.
Il nous suffit d’être bons, gentils et aimables vis-à-vis
des autres, montrant par notre exemple que ce que nous croyons est
une grande vérité. »
[51]
« Tandis
qu’une partie du genre humain juge et condamne impitoyablement
l’autre, a dit solennellement frère Joseph, le Père
suprême de l’univers contemple la famille humaine tout
entière avec un souci et une considération paternels;
il la considère comme sa postérité et, sans
aucun de ces sentiments mesquins qui influencent les enfants des
hommes, ‘fait lever son soleil sur les méchants et sur
les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes’.
Il tient en main les rênes du jugement; c’est un
législateur sage et il jugera tous les hommes, non pas selon
les idées étroites et mesquines des hommes, mais ‘selon
le bien ou le mal qu’ils auront fait, étant dans leur
corps’… Nous ne devons pas douter de la sagesse et de
l’intelligence du grand Jéhovah [52]. »
Les
saints des derniers jours n’ont pas la naïveté de
croire que le christianisme primitif est tombé un jour du ciel
intact avec un énoncé parfait de chacun de ses points
de doctrine et toute sa structure ecclésiastique en place.
Comme c’est le cas du mormonisme actuel, il y a eu des
questions à résoudre, des problèmes à
traiter, des conflits à gérer et les défis liés
à la croissance à relever sur une période de
nombreuses années. Pour les saints des derniers jours, l’œuvre
de « rétablissement » est une œuvre
en cours tout comme cela l’a été pour ceux que
l’on pourrait appeler les saints des premiers jours. Nous
n’oublions pas qu’un ferment dans l’Église
chrétienne au cours des quelques premiers siècles est
effectivement ce à quoi l’on doit s’attendre.
En
1978, la Première Présidence de l’Église
de Jésus-Christ des saints des derniers jours a publié
la déclaration suivante : « Sur la base de la
révélation ancienne et moderne, l’Église
de Jésus-Christ des saints des derniers jours est heureuse
d’enseigner et de déclarer la doctrine chrétienne
que tous les hommes et toutes les femmes sont frères et sœurs,
non seulement de par leur parenté par le sang d’ancêtres
mortels communs, mais aussi comme enfant d’esprit littéraux
d’un Père éternel.
« En
conséquence de ces vérités, nous croyons que
Dieu a donné et donnera à tous les peuples suffisamment
de connaissance pour les aider sur le chemin du salut éternel,
que ce soit dans cette vie ou dans la vie à venir.
« Nous
déclarons aussi que l’Évangile de Jésus-Christ,
rendu de nos jours à son Église, constitue le seul
chemin menant à une vie de bonheur ici-bas et une plénitude
de joie à jamais. Ceux qui n’ont pas reçu cet
Évangile en auront l’occasion dans l’au-delà
si pas dans cette vie-ci.
« Notre
message est donc un message spécial de sollicitude et d’amour
pour le bien-être éternel de tous les hommes et de
toutes les femmes, quels que soient leur croyance religieuse, leur
race ou leur nationalité, sachant que nous sommes
véritablement frères et sœurs, parce que nous
sommes fils et filles du même Père éternel. »
[53]
NOTES
(La
numérotation du livre a été respectée)
[8]
Enseignements
du Prophète Joseph Smith,
édition française, 1981, p. 253 ; cité dorénavant
par EPJS.
[9]
EPJS, p. 256.
[10]
EPJS, p. 242.
[11]
Sharing
the Gospel with Others,
comp. Preston Nibley, Salt Lake City, Deseret News Press, 1948, p.
12-13, italiques ajoutés.
[12]
Conference Report, octobre 1977, p. 18.
[13]
Voir aussi EPJS, p. 5-6, 46, 264-265.
[14]
« The Bible : A Sealed Book”, huitième
symposium annuel des professeurs de religion du Département
d’Éducation de l’Église, août 1984 ;
cité dans Doctrines
of the Restoration,
dir. de publ. Mark
L. McConkie, Salt Lake City, Bookcraft, 1989, p. 280.
[15]
Gospel
Truth, Discourses and Writings of President George Q. Cannon,
2 vol. en un, Salt Lake City, Deseret Book, 1987, p. 472.
[16]
“Holy Writ: Published Anew”, séminaire des
représentants régionaux, 2 avril 1982; dans Doctrines
of the Restoration,
p. 237 ; italiques ajoutés.
[17]
History
of the Church of Jesus Christ of Latter-day Saints,
7 vol., dir. de publ. B. H. Roberts, Salt Lake City, Deseret Book,,
1957, 5:340.
[18]
Conference Report, avril 1972, p. 49; citant Conference Report, avril
1928, p. 59, italiques ajoutés.
[19]
Conference Report, avril 1906, p. 14-15, italiques ajoutés.
[20]
Voir Kent P. Jackson, “Am I a Christian?” dans FARMS
Review of Books
14, n° 1-2, 2003, p. 131-137.
[21]
Voir Ezra Taft Benson, Conference Report, octobre 1985, p. 4-6.
[22]
Things
As They Really Are,
Salt Lake City, Deseret Book, 1978, p. 45.
[23]
s.o.
[24]
Things
As They Really Are, p.
46,
italiques
dans l’original.
[25]
Why
One Way ? Defending an Exclusive Claim in an Inclusive World,
Nashville, W. Publishing Group, 2002, p. 61.
[26]
Why
One Way ? p.
24, italiques dans l’original.
[27]
Tiré de “The Poison of Subjectivism”, dans
Christian
Reflections,
Londres, Fount/Harper Collins, 1981, p. 100.
[28]
Randall Balmer, Mine
Eyes Have Seen the Glory : A Journey into the Evangelical
Subculture in America,
3e éd., New York, Oxford University Press, 2000, p. 24.
[29]
Joseph Smith explique: “Sur cette pierre je bâtirai mon
Église et les portes de l’enfer ne prévaudront
pas contre elle.’ Quelle pierre ? La révélation »
EPJS,
p. 221.
[30]
Mere
Christianity,
New York, Touchstone, 1996, p. 174.
[31]
Webster’s
1828 American Dictionary of the English Language, rubr.
“creed”.
[32]
The
New Shorter Oxford English Dictyionary, rubr.
“creed”.
[33]
The
Creed: What Christians Believe and Why It Matters,
New York, Doubleday, 2003, p. 1-2, 4.
[34]
Christian Churches in America: Origins and Beliefs,
éd. rév. New
York, Charles Scribner’s Sons, 1983, p. 159.
[35]
“Le Seigneur Dieu de Joseph Smith”, discours prononcé
le 4 janvier 1972, Speeches
of the Year,
Provo, Brigham Young University Press, 1972, p. 4, italiques ajoutés.
Les Lectures on Faith sont une série de sept sermons
théologiques préparés par Joseph Smith ou sous
sa direction et prononcés au cours de l’hiver de
1834-1835 à Kirtland, Ohio.
[36]
Crfaig L. Blomberg et Stephen E. Robinson, How
Wide the Divide ? A Mormon and an Evangelical in Conversation,
Downers Grove, IL, InterVarsity Press, 1997, p. 72, 61, italiques
dans l’original.
[37]
EPJS, p. 264. On peut mieux saisir la contrariété et la
douleur du prophète concernant l’effet négatif
des credo religieux dans la lettre qu’il écrit de la
prison de Liberty aux saints, D&A 123:7.
[38]
History
of the Church of Jesus Christ of Latter-day Saints,
4:536, italiques ajoutés. Voir
aussi des récits semblables de la Première Vision
publiés par Orson Pratt et Orson Hyde dans Milton V. Backman,
Jr., Joseph
Smith’s First Vision : Confirming Evidences and
Contemporary Accounts,
2e
éd., Salt Lake City, Bookcraft, 1980, p. 172, 175.
[39]
« It’s a Two-Way Street », discours
prononcé le 4 août 1985, dans 1984-85
BYU Speeches of the Year,
Provo, Brigham Young University Publications, 1985, p. 161.
[40]
Webster’s
1828 Dictionary, rubr. « corrupt ».
[41]
“A Joseph Smith fot the Twenty-First Century”, Brigham
Young University Studies,
40, n° 3, 2001, p. 167-168; voir aussi Believing
History: Latter-day Saint Essays,
New York, Columbia University Press, 2004, p. 274.
[42]
Journal
of Discourses
cité dorénavant sous la mention JD, 26 vol., Liverpool,
F. D. Richards & Sons, 1851-1886, 16:197.
[43]
JD 6:170; 7:5; 11:126.
[44]
Conference Report, avril 2000, p. 7.
[45]
Conference Report, avril 1995, p. 113.
[46]
JD 13:56, italiques ajoutés.
[47]
Your
God Is Too Small, New
York, Touchstone, 1997, p. 38-39, italiques ajoutés.
[48]
EPJS,
p. 253.
[49]
EPJS, p. 253-254.
[50]
Voir Boyd K. Packer, Conference Report, octobre 1985, p. 104, 107.
[51]
Discours prononcé le 3 mai 1998 à la conférence
régionale de North Ogden, Utah, tel que cité dans
Church
News, 3
juin 2000, italiques ajoutés ; voir aussi Ensign,
juin 2004, p. 3.
[52]
EPJS, p. 176.
[53]
Déclaration de la Première Présidence, 15
février 1978.