Qu'est-ce qui est « sans père, sans mère, sans généalogie,
qui n'a ni commencement de jours ni fin de vie » ? (Hébreux 7:3)
Marcel Kahne
Avant
toutes choses, il faut se souvenir que Paul était un ancien
pharisien qui avait conservé leur façon de raisonner
souvent déroutante non seulement pour nous, mais même
pour quelqu’un comme Pierre, qui n’hésite pas à
écrire : « C'est
ce qu'il fait dans toutes les lettres, où il parle de ces
choses, dans
lesquelles il y a des points difficiles à comprendre,
dont les personnes ignorantes et mal affermies tordent le sens, comme
celui des autres Ecritures, pour leur propre ruine. » (2
Pierre 3:16)
Ensuite,
il faut toujours éviter de sortir un verset de son contexte et
vouloir l’interpréter indépendamment du reste du
chapitre.
Qu’est-ce
que Paul veut faire ? Il écrit aux Hébreux,
c’est-à-dire aux Juifs, qu’il veut convaincre que
la loi de Moïse, c’est fini.
Pour
bien comprendre ce passage, il faut se souvenir que les préceptes
de la loi, qui tournaient autour des offrandes et des sacrifices
d’animaux, étaient gérés par la prêtrise
ou sacerdoce d’Aaron. Cette prêtrise était ainsi
appelée parce qu’elle avait été conférée
à Aaron et à ses descendants (Exode 40:15). Le souverain
sacrificateur, ou grand-prêtre suprême, une fois Aaron
mort, devait donc être l’aîné survivant de
ses fils, puis l’aîné de la branche aînée
des descendants d’Aaron. Les autres sacrificateurs devaient
également être des descendants d’Aaron et ceux qui
s’occupaient du temple devaient être des Lévites
(Nombres 3:1-12).
De là découlaient deux obligations de
plus en plus compliquées avec le temps : (1) il fallait
que la lignée reste pure et (2) il fallait pouvoir prouver
qu’on appartenait à cette lignée pure, d’où
la nécessité d’une généalogie bien
tenue, donc d’avoir père,
mère et généalogie.
En outre, quand le souverain sacrificateur mourait (« fin
de vie »),
sa prêtrise passait à son successeur, le fils aîné
qui lui était né (« commencement
de jours »).
À
cet état de choses, bien connu de ses lecteurs, Paul va
opposer le personnage de Melchisédek par un raisonnement qui
nous laisse perplexe, mais que les érudits juifs devaient
savoir apprécier. Melchisédek est un personnage dont la
Bible ne dit presque rien. Il apparaît le temps de percevoir la
dîme d’Abraham et de le bénir, puis il disparaît
complètement de la Bible. C’est donc un personnage qui a
l’air d’être hors
du temps.
Les Écritures ne précisent pas qui
sont ses père et mère, ni qui sont ses ancêtres,
ni quand il est né, ni quand il est mort
et dans
son cas cela n’avait aucune importance pour les Juifs,
puisque la Bible reconnaît son autorité.
En outre, comme
d’autres grands personnages de l’Ancien Testament, il est
une préfiguration du Christ dont il a les titres : roi de
justice et roi de paix. Enfin, il est supérieur à
Abraham puisque Abraham lui paie la dîme. Il est donc également
supérieur aux descendants d’Abraham, donc supérieur
à Aaron et à sa prêtrise. Paul fait ainsi la
distinction entre la prêtrise « selon
l’ordre d’Aaron » et la prêtrise
« selon l’ordre de Melchisédek ».
Et Paul de conclure que le Christ est un autre souverain
sacrificateur (grand prêtre suprême) selon l’ordre
de Melchisédek (Hébreux 7:11), qui, étant
ressuscité, est « sacrificateur pour toujours,
selon l’ordre de Melchisédek » (7:17), c’est
à dire qu’il restera à tout jamais le grand
prêtre suprême dans l’ordre qui existait avant la
Loi de Moïse, celui de Melchisédek, et qui est revenu
maintenant que la Loi de Moïse est finie.
Joseph Smith a rendu le sens originel de Hébreux 7:3 comme suit : « Car
ce Melchisédek fut ordonné sacrificateur selon l'ordre du Fils de Dieu,
ordre qui était sans père, sans mère, sans généalogie, qui n'a ni
commencement de jours, ni fin de vie. Et tous ceux qui sont ordonnés à
cette prêtrise sont rendus semblables au Fils de Dieu, ils demeurent
sacrificateurs à perpétuité » (TJS, Hébreux 7:3). Le prophète a fait ce
commentaire : « La prêtrise est un principe éternel ; elle a existé
avec Dieu de toute éternité et existera à toute éternité, sans
commencement de jours ni fin d’années. » (History of the Church, vol.
3, p. 385)