Le Christ et la vie intérieure : questionnaire
Truman
G. Madsen
© Bookcraft
« Repense souvent à ton passé »,
c’est l’un des conseils profonds donnés par les
patriarches. Le simple fait de nous rappeler les choses spirituelles,
c’est, dans une certaine mesure, les revivre, un antidote
contre les jours sombres et le doute à l’égard de
soi-même et une forme discrète de culte. « Le Christ et la vie intérieure : questionnaire » est un discours prononcé lors d’une
réunion spirituelle pour des cours d’été à
l’université Brigham Young. Tout le monde répondra
« oui » à certaines de ces questions. Ce
que j’espérais (et espère encore), c’est
susciter chez le lecteur, non pas simplement des réponses,
mais des questions plus profondes et plus personnelles comme
celles-ci sur l’influence du Christ dans la vie de l’Église.
Il
y a quelques années, à mon retour de l’Est des
États-Unis, juste après avoir terminé mon
doctorat, j’ai reçu un coup de téléphone.
Une voix que je ne connaissais pas m’a dit :
–
Est-ce que vous vous appelez Madsen ?
– Oui.
– Vous
venez de terminer votre doctorat ?
– Oui.
– Votre
domaine était-il la philosophie ?
– Oui.
– La
philosophie et la religion ?
– Oui.
– Étes-vous
toujours pratiquant dans l’Église mormone ?
– Oui.
– Comment
cela se fait-il ?
J’ai
fait l’idiot, ce qui, de temps en temps, ne m’est pas
trop difficile, et j’ai dit :
– Qu’est-ce
que vous voulez dire par « comment cela se fait-il » ?
– Eh
bien, quelqu’un qui a étudié comme vous... je ne
vois pas comment vous conciliez les deux.
– Je
me ferai un plaisir de vous en parler, ai-je dit. C’est ainsi
qu’il a fini par m’inviter à dîner. Il s’est
avéré – et je ne veux pas vous en dire trop sur
lui parce que vous pourriez le connaître – que c’était
un jeune homme assez en vue, qui était diplômé
d’une université dont je ne dirai pas le nom, et que
tandis qu’il était à l’université,
il avait tout remis en question. Il était maintenant marié
et, comme nous le disons, « marié au temple ».
Il était toujours curieux et voulait savoir s’il y avait
un moyen de concilier son ancienne foi avec sa nouvelle discipline.
Ce
fut une soirée intéressante et ce n’est qu’après
avoir passé près d’une heure à simplement
argumenter que j’ai proposé que nous fassions quelque
chose d’autre. J’ai dit : « Écoutez, je
crois que nous pouvons aller jusqu’à la racine du
problème si je vous pose quelques questions et si vous y
répondez simplement par oui ou par non. Vous devez savoir, dès
le départ, que le but des questions est de voir si vous avez
véritablement été exposé aux courants
dynamiques de l’Église. Je crois qu’il vous sera
facile de dire oui ou non. D’accord ?
– D’accord.
C’est
ainsi qu’a commencé une série de questions, une
vingtaine. Il a répondu « non » à dix-sept
d’entre elles, « peut être » à deux et
« oui » à une.
Quand
nous avons eu fini, j’ai dit : « En toute
franchise, si j’avais été à la barre des
témoins et si l’on m’avait fait prêter
serment de dire la vérité, toute la vérité
et rien que la vérité, et si l’on m’avait
posé ces mêmes questions, j’aurais dû dire
oui à dix-huit d’entre elles ; donc la différence
entre vous et moi, ce ne sont pas tellement les divers domaines que
nous avons étudiés ou cherché à maîtriser
dans le monde, la différence c’est que j’ai eu des
expériences que vous n’avez pas eues. Cela signifie que
vous n’êtes pas sur le point de quitter l’Église,
comme vous le dites. Vous n’avez jamais vraiment été
dedans !
Cela
l’a vexé et il m’a dit qu’il avait reçu
plusieurs distinctions de collège et d’autres de ce
genre, qui prouvaient qu’il était réellement
dedans.
Mais
je dis :
– Non, les forces qui coulent dans l’Église n’ont
pas véritablement été en vous, peu importe où
vous avez été le dimanche après-midi.
J’ai
fait une liste en style télégraphique des questions que
je lui ai posées. Je veux vous les poser, à vous, car
ce sera peut-être une manière efficace pour vous de
jeter un coup d’œil sur vous-mêmes.
■ D’abord
à propos de la
prière :
« Avez-vous jamais prié et avez-vous été
transporté au-delà de vous-même, tant dans la
manière de vous exprimer que dans le contenu de vos paroles,
de sorte qu’elle est devenue plus qu’un dialogue avec
vous-même ?
Il
a dit que non. Il a admis qu’il avait dit des prières,
quoique pas récemment, mais autant qu’il pouvait se le
rappeler, il ne connaissait aucun moment où il était
certain de parler à quelqu’un d’autre qu’à
lui-même.
Heber
C. Kimball a dit à ses enfants que si, avant de terminer sa
prière, on ressent une certaine vibration de l’Esprit de
Dieu, une certaine flamme au centre de soi-même, on peut être
quasiment sûr que sa prière n’est pas entendue
dans des circonstances ordinaires. Si nous appliquons cela à
nos propres prières, je dois, quant à moi, admettre
qu’il y a eu beaucoup d’aridité dans les miennes.
Mais si, dans vos prières, il y en a qui s’accompagnent
de cette flamme, remerciez Dieu et continuez à prier.
■ À
propos de la
Sainte-Cène :
« Avez-vous jamais eu l’expérience que Melvin J.
Ballard appelle ‘sentir les blessures sur votre âme’,
être apaisé, être rempli de l’Esprit qui
réchauffe et sentir ainsi s’éveiller en vous la
faim et la soif de retourner à la table de Sainte-Cène
où vous trouvez la guérison ? Est-ce que cela a été
comme si vous vous saisissiez de deux électrodes et sentiez
passer un courant ? »
– Non, dit-il, j’ai toujours trouvé les réunions de
Sainte-Cène très ennuyeuses.
■ À
propos de la
bénédiction patriarcale :
« Avez-vous jamais eu ce que le président McKay
appellerait l’expérience du ‘voile presque
transparent’ ? Quand le patriarche vous a fait des promesses,
déclarant votre héritage et vous donnant un aperçu
du destin qui vous est promis, avez-vous eu l’impression d’être
entouré de personnes glorieuses mais, d’une certaine
façon, moins tangibles ?
À
cela il a répondu : « Oui, je dois je
reconnaître que j’ai senti quelque chose, mais depuis,
j’en suis venu à me dire que c’était moi
qui prenais mes désirs pour des réalités. »
■ À
propos des Écritures.
« Avez-vous vu la différence entre ‘avant’
et ‘après’, comme Joseph Smith, qui dit qu’en
lisant les Écritures après avoir reçu le don du
Saint-Esprit, il a été étonné de la
différence par rapport à ses lectures précédentes ? »
« Notre esprit [le sien et celui
d’Oliver Cowdery] étant maintenant éclairé,
nous commençâmes à voir les Écritures se
dévoiler à notre entendement, et la véritable
signification et le sens des passages les plus mystérieux se
révéler à nous d'une manière à
laquelle nous n'avions jamais pu parvenir précédemment,
à laquelle nous n'avions même jamais pensé
auparavant. » (JS-Histoire, v. 74)
Une
autre façon de le dire c’est : Il y a des moments où
les Écritures peuvent sauter de la page et vous bombarder,
vous frapper entre les yeux et, pour ainsi dire, entre les côtes,
de telle sorte que vous savez que ces paroles ont été
écrites sous l’inspiration et que vous voyez clairement
comment elles s’appliquent à vous.
C’est
Marion G. Romney qui a raconté qu’un jour, se trouvant
sur des couchettes superposées dans un train, il lisait avec
son fils tour à tour, un verset à la fois. Au bout d’un
certain temps, il a lu un verset et son fils est resté
silencieux. Il a cru qu’il s’était endormi.
L’instant d’après, celui-ci a dit : Papa,
t’arrive-t-il jamais de pleurer quand tu lis le Livre de Mormon
? » Frère Romney a dit : « Oui, mon garçon,
il y a des moments où la puissance et la lumière de ce
livre m’imprègnent tellement que je me retrouve en
larmes. » Son fils a répondu : « Je crois que
c’est ce qui m’est arrivé ce soir. »
Si
nous avons été éveillés de cette façon
– mon interlocuteur a dit que lui ne l’avait pas été –
nous ne faisons pas partie de ceux qui ont lu le Livre de Mormon
jusqu’aux passages d’Ésaïe et ont abandonné.
Il m’est arrivé de souhaiter que le livre puisse être
remis dans un autre ordre et commencer par Moroni, puis Éther
et peut-être 3 Néphi et ensuite continuer. J’ai
bien peur qu’il y ait des centaines de milliers de membres de
l’Église qui sont restés coincés aux
passages d’Ésaïe et sont passés à
côté des trésors.
■ À
propos de l’ordination : « Vous est-il jamais arrivé, en recevant la prêtrise,
un office dans la prêtrise ou un appel au service, de sentir ce
que Stephen L. Richards appelle ‘l’essence du pouvoir’,
ou ce qu’Orson F. Whitney appelle ‘une flamme liquide’,
ce que le Prophète lui-même qualifiait d’une
‘vertu’ qui, d’une certaine façon, passait
de la personne en vous ?
Il
dit, simplement, non.
■ «
Vous êtes-vous jamais trouvé de l’autre côté
de la barrière, étant la personne chargée de
mettre à part, d’ordonner, de baptiser ou de confirmer ?
Dans Moroni, le Sauveur dit qu’après avoir invoqué
Dieu en prière fervente, ‘vous
aurez le pouvoir de donner le Saint-Esprit à celui à
qui vous imposerez les mains’ (Moroni 2:2). Avez-vous
jamais eu l’expérience d’être un véhicule
de ce genre ?
«
Non, j’ai été dans un cercle ou deux, mais je
dirais que c’était une sorte de charabia d’expressions
toutes faites. »
■ Pour
ce qui est de rendre témoignage : « Vous est-il jamais arrivé de vous lever, pas
simplement pour exprimer votre reconnaissance, ce que nous faisons
souvent, et pas simplement pour répéter comme un
perroquet la trilogie de formules (sur la réalité de
l’existence de Dieu, sur la filiation du Christ et sur le
manteau prophétique parmi nous) que nous utilisons souvent,
mais vous êtes-vous levé parce que vous avez été
presque irrésistiblement poussé à vous lever ?
Avez-vous eu la sensation d’être, pour ainsi dire, hors
de vous-même, occupé à vous écouter tandis
que vos paroles sortaient avec une clarté transparente,
prenant le devant sur vos pensées ordinaires et de sentir le
tréfonds de votre âme apparaître à la
surface avec l’éclat d’une conviction sans
restriction ? »
Il
a dit : « Non, il m’est arrivé de rendre témoignage, mais je n’en avais pas vraiment.
Je ne faisais qu’utiliser les mots.
■ « Et
les autres personnes, lui ai-je demandé, que vous avez entendu
parler ? N’y a-t-il jamais eu de cas dans une salle de
classe, à une réunion, lors d’une conférence,
n’y a-t-il jamais eu d’occasions où vous avez
écouté les ‘oracles vivants’ qui sont à
la tête de l’Église, en ayant la certitude que la
personne s’exprimait au-delà de ses capacités
naturelles, où la force de son témoignage semblait
percer le brouillard et parvenir directement jusqu’à
vous ? »
J’aurais
pu rappeler ce qui est arrivé à Heber J. Grant, qui vit
son frère entrer dans le Tabernacle de Salt Lake City il y a
bien des années. Le frère en question était allé
partout sauf à l’église, et il avait fait le tour
du cap Horn, était allé dans des camps de mineurs et
des terrains pétrolifères. Il en était arrivé
au point d’envisager le suicide. Puis il avait ressenti, d’une
manière que je ne peux pas détailler, le sentiment
puissant qu’il devait prendre contact avec son frère,
Heber. Il est donc entré dans le Tabernacle.
Le président
Grant ne savait pas qu’il serait invité à prendre
la parole, mais il pria que s’il l’était, il
puisse dire quelque chose qui touche son frère. Mais il se dit
qu’il ferait peut-être quand même mieux de vérifier
une référence ou deux. Il alla prendre ses références
par sujet et se mit à les parcourir frénétiquement
des yeux. Il voulait parler au-delà de ses capacités
naturelles et eut donc recours à la prière.
Il
fut appelé à prendre la parole. Il ne tarda pas à
oublier sa référence et rendit simplement son
témoignage du pouvoir du Christ, qui avait été à
l’origine du Rétablissement et qui avait amené le
peuple de l’Église à travers les plaines. Il
rendit un témoignage vibrant de la gloire prophétique
de Joseph Smith, le prophète.
J’ai
lu ce discours. Autant que je sache, il n’a rien de distinctif
ni d’extraordinaire. À première vue, c’est
un ensemble de paroles assez ordinaires. Mais lorsqu’il eut
fini et s’assit, il entendit George Q. Cannon dire à
mi-voix : « Dieu soit loué pour la puissance de ce témoignage ».
Et le président Grant inclina la tête et pleura.
Frère
Cannon fut invité à prendre la parole. Il se leva et
dit : « Il y a des moments où le Seigneur Tout-Puissant
inspire un orateur par les révélations de son Esprit et
il est si abondamment béni par l’inspiration du Dieu
vivant que c’est péché que quiconque d’autre
parle après lui. C’est le cas aujourd’hui et je
désire que cette réunion soit suspendue sans autre
discours. » Et il en fut ainsi.
Je
vais paraphraser quelque peu ce qui s’est passé le
lendemain quand le frère du président Grant est allé
lui dire : « Heber, je t’ai entendu hier. Heber, tu
n’es pas capable de parler aussi bien que cela ; tu as
parlé au-delà de tes capacités naturelles »
(c’est exactement l’expression qu’il a utilisée).
Le
président Grant lui répondit rudement : « Faut-il
que le Seigneur soit obligé d’aller chercher un bâton
et de te taper sur la tête ? Qu’est-ce que cela veut dire
quand tu sais que je ne suis pas capable de m’exprimer aussi
bien quand je parle du Maître et de Joseph Smith ? »
Son
frère dit : « Tu as gagné ». Et il devint
un saint des derniers jours pratiquant et lui-même un orateur
puissant. (voir Heber J. Grant, Gospel Standards, comp. G. Homer Durham,
Salt Lake City, The
Improvement Era,
1941, p. 369-370)
Ce
genre d’expérience devrait, du moins à
l’occasion, nous être arrivé. Ce n’était
pas arrivé à mon interlocuteur ou, si c’était
arrivé, il l’avait oublié depuis longtemps
■ À
propos des dons
spirituels :
Le Prophète a dit que personne n’a la foi au Christ s’il
n’a pas en même temps autre chose.
«
Un homme, a-t-il dit, qui n’a aucun des dons n’a pas la
foi ; il se séduit lui-même s’il croit
l’avoir. » (Enseignements
du Prophète Joseph Smith, comp.
Joseph Fielding Smith, 1981, p. 218 ; cité plus loin sous
EPJS).
Vous
pouvez parcourir la liste des dons spirituels. Il y en a une dans
Moroni 10, une autre dans D&A section 46 et une autre dans les
écrits de Paul, 1 Corinthiens 12. Vous pouvez vérifier,
si vous voulez parcourir plus soigneusement la totalité des
Doctrine et Alliances, et vous trouverez une trentaine de manières
dont les dons se manifestent.
Avez-vous
jamais eu un tel don, particulièrement en servant les autres ?
Avez-vous jamais senti, disons, le don du discernement, le don de la
parole de vérité ou de connaissance, ou le don de
l’enseigner, ou celui de la sagesse ou le don d’enseigner
cela ?
Il
a dit simplement : « Non, je ne crois pas en ces dons
mystiques. »
■ L’intelligence pure
ou, pour
être plus précis, le phénomène que le
prophète appelle « éclair d’intelligence » : « Avez-vous jamais senti ce que prophète appelle ‘de
l’intelligence pure couler en vous’ ou un éveil
dans votre âme qui vous lie à une vérité,
à une personne ou à un lieu sacré, une force qui
vous attire vers quelque chose ou qui vous éloigne de quelque
chose et qui ne s’explique pas par votre environnement
ordinaire ? Ou vous est-il jamais arrivé de savoir par
l’esprit de prophétie qu’une certaine chose allait
se produire ? Je ne parle pas de souhaits, de conjectures, d’espoirs
ou d’intuitions. Je parle de savoir, tout simplement. »
Il
m’est arrivé de demander à des groupes combien de
personnes présentes ont su, à certains moments, dans ce
sens de savoir, qu’elles étaient sur le point d’être
invitées à prier ou à parler ou à remplir
un poste déterminé. Dans tous ces groupes, les deux
tiers des mains ont fini par se lever, beaucoup d’autres à
moitié, pas tout à fait sûrs si ces « éclairs
soudains » venaient d’une source divine ou
d’ailleurs.
Une
fois de plus sa réponse fut négative.
■ À
propos de la voix de Dieu dans la
musique.
« Vous est-il jamais arrivé de chanter un cantique ou y
a-t-il un seul morceau de musique dans l’Église qui
parle à votre âme comme aucun autre, comme par exemple
‘Ô mon Père’, avec les cors d’harmonie
de Crawford Gates et l’orchestre de Philadelphie, ou ‘Venez
venez’ à son point culminant ou ‘L’Esprit du
Dieu saint’ de Phelps ?
Il
y a quelque temps d’ici, une jeune fille dirigeait la musique à
une réunion de Sainte-Cène à l’université
Brigham Young (c’est une chose qui m’a toujours étonné
: les saints des derniers jours ne peuvent pas chanter sans quelqu’un pour
diriger la musique. Cela symbolise peut-être le fait que nous
croyons à la partition, mais qu’il faut une personne
vivante qui l'interprète).
Elle dirigeait d’une manière
assez machinale le cantique d’Eliza R. Snow « Ô mon
Père ». C’est alors que pour la première
fois, je pense, elle a commencé à comprendre les
paroles. Cette fois-ci elles étaient données avec
puissance. Tout en dirigeant, elle a bientôt cessé de
chanter et s’est retrouvée en larmes. D’une façon
ou d’une autre cela a été contagieux, cela s’est
transmis à l’assemblée. Quand ils sont arrivés
au dernier couplet, plus personne ne chantait, du moins pas avec la
voix !
Il
dit qu’il n’avait jamais eu cette expérience. Les
paroles ne signifiaient rien pour lui
■ À
propos de la question de la
conscience :
Nous faisons beaucoup pour étouffer et même fausser
notre conscience. Il n’est pas rare, dans un cours ordinaire,
ayant trait à l’environnement, que ce soit la
psychologie, la sociologie ou l’anthropologie, d’entendre
dire que tout ce que l’on a quand on parle de la conscience,
c’est ce qui reste des premières expériences de
la vie, quelques interdits et quelques permissions. Mais, nous
dit-on, on ne peut pas se fier à la conscience. Tout le monde
s’est retranché derrière la conscience pour avoir
fait quelque chose que vous considéreriez comme une atrocité
et puis de ne pas avoir fait d’autres choses que vous
considéreriez comme justes ; c’est donc très
relatif.
Moi,
je n’en suis pas sûr. J’ai tendance à être
d’accord avec le point de vue de Parley P. Pratt, c’est-à-dire
que si vous remontez suffisamment loin dans votre vie (et c’est
quelque chose de difficile parce que vous l’avez bloqué),
vous constaterez qu’à l’âge de quatre ou
cinq ans vos premiers contacts avec la tentation et le péché
se sont accompagnés d’une agitation fantastique.
« Non », disait la voix intérieure, «
non ». Et si vous insistiez, la voix se faisait pressante.
Ensuite, si vous alliez jusqu’à passer à l’acte,
vous ressentiez une agitation rétrospective de culpabilité.
Si vous y aviez prêté attention, selon Parley P. Pratt,
et l’aviez honoré, vous auriez eu une lumière
croissante jusqu’aujourd’hui. Au lieu de cela, vous
l’avez étouffé et vous l’avez mis sur le
compte d’une espèce d’illusion psychologique.
C’est
une sensibilité intrinsèque : nous l’avons
tous. Nous répugnons à l’admettre à qui
que ce soit, et encore moins à nous-mêmes, mais elle est
là, dans le cœur. Et comme le Prophète le disait,
elle nous ronge et elle semble être particulièrement
indifférente aux arguments que nous pouvons invoquer. Nous
disons : « Je n’ai pas pu m’en empêcher,
c’était plus fort que nous deux. » « Tout le
monde le fait, personne ne le saura. » Mais la conscience a des
bouchons dans les oreilles, elle ne répond pas.
Il
m’a dit qu’il pensait que la « conscience »
était une notion tout à fait ambiguë et que nous
ferions bien de l’éliminer de notre vocabulaire.
■ À
propos du temple.
Il y
était allé. Il n’avait pas été très
impressionné, pire encore, il avait eu une impression
négative. Quelqu’un lui avait dit dans sa jeunesse qu’en
condamnant « le rituel païen », les mormons disaient
qu’ils ne croyaient pas aux symboles. La personne lui avait
aussi fait remarquer que ce qui est important, c’est la
conduite et pas simplement les gestes sacramentels. Il ne savait donc
que penser.
Soit dit en passant : Nous
rendons un mauvais service si nous condamnons le rituel en soi. Il
n’y a rien d’intrinsèquement mauvais dans le
cérémoniel ou le rituel. Il peut être faussé.
Mais tout le reste aussi. Il peut devenir un but en soi et nous
pouvons en perdre et en perdons souvent le pouvoir et la
signification, mais ni l’un ni l’autre ne sont
nécessaires.
Je
lui ai demandé s’il éprouvait quelque chose à
propos de la promesse faite à Kirtland qui appelait la maison
de Dieu, « un lieu de sainteté ». Je lui ai
demandé s’il était contraint d’admettre, en
entrant dans le temple, indépendamment de ce qui s’y
passait, que c’était véritablement « une
maison de gloire, une maison d’ordre, une maison de Dieu »
(D&A 88:119). Je lui ai demandé, en d’autres
termes, s’il avait le sens du sacré.
Il
dit que non, pas du tout, et il n’avait pas la moindre envie
d’y retourner.
J’aurais
pu lui rendre le témoignage du président McKay (mais je
ne l’ai pas fait), qui disait qu’il avait été
déçu (l’auditoire a eu le souffle coupé
quand il l’a dit). Lui, le président David O.
McKay, avait été déçu lorsqu’il
était allé au temple pour la première fois. Il
nous en a donné les raisons et ce sont celles qui nous
tracassent : cela le dépassait, il ne distinguait pas le
symbole de ce qui était symbolisé, il voyait les
éléments humains, les gens, des personnalités
différentes (toutes ne lui plaisaient pas), il
avait des attentes étranges, dont peu s’étaient
accomplies, et il n’était pas encore mûr
dans les choses spirituelles.
Mais je l’ai entendu dire, à
l’âge de quatre-vingts ans, après avoir été
chaque semaine dans la maison du Seigneur pendant plus de cinquante
ans, qu’il y avait peu de gens, même des servants du
temple, qui comprenaient pleinement la signification et la puissance
du temple. J’ai senti son témoignage jusqu’au fond
de moi-même et j’ai décidé de suspendre mes
appréciations erronées, de me taire et d’écouter.
Depuis lors, j’ai appris – et assimilé – pas
mal de choses.
■ À
propos de l’amour :
Qu’est-ce que vous en pensez ? Matthew Cowley disait qu’il
n’avait jamais perdu un ami (il avait pris la décision
dans sa jeunesse de ne jamais en perdre un) pour des questions de
religion ou de politique. C’est cela, l’esprit du Christ.
Je pense que c’est particulièrement nécessaire en
ce moment dans notre Église.
Il
y a un esprit qui peut vous habiter lorsque vous avez goûté
au flux de la puissance du Christ, qui fait qu’il est
impossible à une personne de vous repousser hors de portée.
Elle peut provisoirement vous rejeter, elle peut le faire pendant des
années, mais vous êtes toujours là, compatissant
et plein de sollicitude, ne voulant pas dire, juste parce que vous
n’êtes pas d’accord : « Je ne t’adresserai
plus jamais la parole » ne désirant pas entretenir
la méfiance et la suspicion, ni ressasser vos mauvais
sentiments à son égard.
Si une personne n’a pas
goûté cet esprit, alors, en vertu de la définition
du Prophète, elle n’a pas encore commencé à
se rapprocher du Christ. Car, a-t-il dit : « Plus nous nous
rapprochons de notre Père céleste, plus nous sommes
disposés à éprouver de la compassion pour
les âmes qui périssent, à les prendre sur nos
épaules et à jeter leurs péchés derrière
notre dos. » (EPJS, p. 194)
« Qui périssent »
est une bonne expression : elle peut vouloir dire beaucoup de
choses, et n’importe quel sens de périr. Quand vous
trouvez un esprit qui veut condamner, attaquer, démolir, vous
êtes en présence d’un esprit qui n’est pas
du Christ. Avec un amour comme le sien, nous sommes capables de voir
les autres en profondeur, mais, parce que nous les voyons, nous
sommes en mesure de fermer les yeux sur les choses qui sinon nous
contrarieraient.
«
Il y a des gens avec qui je ne peux pas travailler », disait un
jour quelqu’un. On l’invitait à accomplir une
tâche, un « sale travail » dans sa paroisse.
« Je ne peux pas travailler avec ces gens, ils sont bêtes,
ils sont mufles, ils sont gauches, ce n’est pas agréable
de travailler avec eux. »
Celui
qui l’avait appelé a souri et a dit tout simplement : «
Le Christ l’a fait ».
Le
jeune homme avec lequel je parlais n’avait du plaisir à
fréquenter qu’une ou deux personnes dans l’Église.
■ En
résumé, je lui ai demandé s’il ressentait
quelque chose d’inhabituel en lisant 3 Néphi. Il se fait
que c’est un livre transparent pour moi. J’ai un ami qui
dit que le chapitre le plus sacré de la Bible est le chapitre
17 de Jean. Pour moi, le chapitre le plus sacré du Livre de
Mormon porte le même numéro, 17, dans 3 Néphi.
■ Je
lui ai demandé s’il avait reçu le témoignage
de Jésus (voir D&A 76:51-53). Je lui ai demandé si
la perspective la plus palpitante de sa vie était, non pas de
simplement imiter Jésus dans sa façon de se comporter,
mais de devenir comme lui de nature, dans toutes les caractéristiques
et l’apparence même et, en fin de compte, en étant
engendré de lui avec tout ce que cela signifie, être
le sujet de son pouvoir.
Il
m’a dit qu’il ne voyait pas à quoi rimaient tous
ces bavardages concernant le Christ et qu’en fait il mettait en
doute la plupart des affirmations théologiques que les membres
de l’Église faisaient à son sujet.
Voilà
pour les questions.
Je
n’ai pas parlé de mes propres expériences, dont
je suis reconnaissant, dans chacune de ces dimensions. Au lieu de
cela, j’ai parlé de personnes dignes du passé.
Mais je peux vous rendre mon témoignage que ces courants et
beaucoup d’autres font partie de la source jaillissante de
l’Église. Si nous ne buvons pas, si nous mourons de soif
alors que nous sommes à deux doigts de la source, la faute
nous en incombe. Car l’eau vive gratuite, pleine, jaillissante,
est là.
Il
y a une question que l’on répète aujourd’hui
sans doute plus souvent que n’importe quelle autre : Pourquoi
n’y a-t-il pas autant de manifestations spirituelles
aujourd’hui que dans la première génération ? »
C’est une question très révélatrice, parce
qu’il y en a. Mais ceux qui posent la question ont toujours
l’air de croire que leur manque d’expérience
s’applique à tout le monde.
C’est
comme la personne qui entre et qui dit : « Comment est-ce
que je sais que j’ai un témoignage ? » Dans les
moments d’agacement, il m’est arrivé de répondre
: « Si vous êtes obligé de me le demander, c’est
que vous ne le savez pas ! » C’est sévère.
Mais c’est vrai.
L’eau
vive est là. Je dirais même qu’il y en a davantage
aujourd’hui à cause des occasions diverses et
croissantes qui sont données à l’Église.
Mais elle ne devient réelle que quand le chercheur a la vision
claire des possibilités et puis est disposé à
faire ce qu’il faut. Je trouve des tas de jeunes qui sont,
comme je l’étais, très empressés de dire
ce qu’ils feraient pour avoir de telles bénédictions,
mais moins désireux de dire ce qu’ils en feraient s’ils
les obtenaient. Après un peu d’introspection, nous ne
devrions pas être étonnés que le Seigneur ait
hésité à nous confier plus de choses que nous ne
pouvons en supporter.
Il
y a plusieurs années, je suis allé à Jérusalem.
Il y a un mur qui est encore là, dont certaines parties sont
les mêmes qu’autrefois. À l’est du mur, il y
a une vallée appelée la vallée du Cédron
; il y avait autrefois un ruisseau qui y coulait. À l’est
se trouve une colline. On l’appelle le mont des oliviers. Et
quelque part sur le flanc de cette colline – personne ne sait
exactement où, bien que certains prétendent le savoir –
il y avait un jardin. Pas le genre de jardin que vous pourriez
imaginer, pas un beau jardin fleuri, mais une oliveraie. C’est
dans ce bosquet que Jésus-Christ, quand il a su qu’il
devait accepter la volonté du Père, sachant ce que cela
voulait dire, a emmené trois de ses disciples. Puis il a prié
tout seul.
Je
m’y suis assis et j’ai contemplé Jérusalem.
Je ne crois pas que vous saisissez le pouvoir fantastique de
l’opposition de toute sorte qu’il a affrontée.
Vous avez été impressionnés dans notre
génération par les machines de guerre des grandes
nations. Elles ne sont en aucune façon comparables, en
hostilité mortelle, en caractère impitoyable, à
ce qui se trouvait au-delà de ce mur. On se mettait dans les
griffes de Rome avec la confiance que l’on aurait entre les
tentacules d’une pieuvre. Vous vous souvenez ? Jésus
n’a pas répondu à toutes les objections des
érudits, des malins ou des curieux. En se retournant et en
sachant ce qui l’attendait, il les a vaincus par sa vie même.
Quand il a dit à la Samaritaine et à
d’autres : « Celui
qui croit en moi n'aura jamais soif »
(Jean 6:35) et quand il était sur la croix, sous
le soleil brûlant, et a dit : « J’ai soif »,
il voulait parler de la promesse et du besoin que nous avons tous.
Nous aussi, nous avons soif jusqu’à ce que cela soit
douloureux. Nous aussi, nous vivons et nous mourons dans des déserts.
Il n’y a pas d’autre possibilité. Certains de ces
déserts, il nous est commandé de les traverser sans
eau, simplement, je le crois parfois, pour voir ce que nous avons en
nous. Mais lorsque que nous poursuivons cet effort, nous trouvons
une oasis et l’eau vive, ou ce que j’ai appelé les
courants dynamiques de la puissance du Christ. Ils entrent en nous.
Je
témoigne que ces courants sont là. Je témoigne
que le problème de réconcilier telle ou telle
philosophie de la religion avec l’engagement n’est pas
aussi technique que nous le croyons souvent. Ces problèmes se
résolvent facilement quand on a l’esprit clair. La
solution est simple : C’est être éveillé,
pleinement éveillé au flux et à la puissance du
Christ vivant. Quand nous le sommes, tout va mieux ; quand nous le
sommes pas, tout paraît noir.
Puisse
Dieu nous aider à marcher dans la lumière et, quand
nous n’avons pas l’impression de l’avoir, à
marcher, avec
intégrité,
dans le souvenir que nous en avons.