Il
y a des années, de cela, quelqu’un m’a passé
une coupure de journal où il était question de la
localisation du mont Sinaï en Arabie plutôt que dans la
péninsule du Sinaï. À l‘époque, j’avais
haussé les épaules et jeté l’article que
je considérais comme farfelu. Je commettais ainsi l’erreur
que font beaucoup de gens quand on leur présente quelque chose
de différent de ce qu’on les a conditionnés à
croire depuis leur enfance. Ma première réaction, en
découvrant l’article de Potter a
été : « Encore ? ».
Mais les années m’ayant apporté un peu de
sagesse, j’ai lu attentivement l’article et je suis allé
sur le site de Ron Wyatt. Ma conclusion : les arguments sont
suffisamment pertinents pour que nous les prenions au sérieux,
d’autant plus que nous avons le témoignage de l’apôtre
Paul, ce que je n’avais jamais remarqué (je ne le dirai
jamais assez : nous ne lisons pas les Écritures avec
suffisamment d’attention). – Marcel Kahne
Où
est le véritable mont Sinaï ?
George Potter
www.nephiproject.com
Car
Agar, c’est le mont Sinaï en Arabie (Galates 4:25)
La
crainte de Dieu et une dizaine d’autres émotions me
remplissaient le cœur quand je me suis mis à monter sur
la montagne. Cela se passait en Arabie, par une chaude après-midi
de mai 1995. Notre destination était ce qui passait pour être
la caverne où Élie avait entendu le murmure doux et
léger de Dieu. Je ne cessais de me poser la question :
« Sommes-nous les premiers saints des derniers jours à
escalader le véritable mont Sinaï ? » Si
oui, Craig Thorsted, Tom Culler et moi, nous étions en train
de grimper sur la montagne où Moïse avait reçu sa
grande vision (Ex 19:3 ; Éz 40:2 ; Ap 21:10 ;
Moïse 1:42), où le prophète reçut sa
dotation (Moïse 1), où Moïse reçut son appel
de retourner en Égypte et de libérer les enfants
d’Israël (Moïse 3), la montagne sur laquelle les dix
commandements furent gravés par le doigt de Dieu.
Je ne
pouvais m’empêcher de me demander si nous ne jouions pas
un rôle modeste mais important en identifiant la montagne dont
certains saints croient qu’elle jouera un rôle dans
l’annonce de la Seconde Venue (D&A 29:13), tandis que les
musulmans prétendent que c’est là que
Jésus-Christ adoptera la foi lorsqu’il reviendra dans
les derniers jours1.
Nous
n’étions pas les premiers saints des derniers jours à
tenter de trouver le candidat arabe pour le mont Sinaï. D’autres
équipes avaient utilisé les instructions qui se
trouvent sur le site internet de Ron Wyatt
(http://www.anchorstone. com)
et dans le livre de Larry Williams et de Cornuke, The
Mount Sinai Myth,
mais n’avaient pas réussi à localiser la
montagne. Effectivement, les indices fournis par Wyatt, Williams et
Cornuke ne nous ont pas été d’une grande utilité
non plus.
À l’aide de renseignements glanés dans des
tentatives précédentes de trouver la montagne, nous
avons finalement pu localiser celle qui semble aujourd’hui être
une meilleure candidate pour le mont Sinaï que le candidat
traditionnel de la péninsule du Sinaï. Bien que la rumeur
concernant l’existence du mont Sinaï arabe coure depuis
près de 200 ans, nous l’avons, mes compagnons et moi,
maintenant visité à plusieurs reprises et avons ce qui
est probablement le relevé photographique le plus détaillé
des monuments archéologiques qui s’y trouvent.
Pourquoi
est-il important pour la communauté des saints des derniers
jours de localiser le véritable mont Sinaï ?
Premièrement, le mont Sinaï est le plus ancien de tous
les temples connus. Étant donné son rôle dans les
derniers jours, il apparaît qu’il est toujours consacré
comme site de temple, comme « maison du Seigneur ».
Le dictionnaire de l’édition de la Bible de l’Église
dit dans la rubrique Temples :
« En cas d’extrême pauvreté ou
d’urgence, ces ordonnances (celles du temple) peuvent parfois
être accomplies au sommet d’une montagne (voir D&A
124:37-55). C’est peut-être le cas du mont Sinaï. »
Deuxièmement, cela fournit aux fidèles un véritable
site biblique, un site qui est resté pour ainsi dire ignoré
depuis l’époque de l’Exode. Troisièmement,
notre exploration du mont Sinaï a permis la découverte de
plusieurs emplacements possibles du Livre de Mormon, notamment de la
vallée de Lémuel et de la rivière Laman (voir
notre site internet http://www.nephiproject.com).
Quelles
sont les caractéristiques du mont Sinaï ?
Avant
d’explorer le désert arabe à la recherche de la
montagne, nous avons fait la liste de ce que les Écritures en
disaient :
1. On la disait située
en Arabie (pas dans la péninsule du Sinaï) (Galates 4:25)
et non en Égypte (Exode 2:15, 19 ; 3:8, 10, 12). La
péninsule du Sinaï fait partie de l’Égypte
et il en était ainsi du temps de Moïse).
2.
On la disait située à l’extrémité
du coin nord-ouest de l’Arabie appelé Madian (Exode
4:19-25).
3.
On disait que le buisson ardent et plus tard le camp d’Israël
étaient situés à l’arrière de la
montagne, le côté éloigné de la patrie de
Moïse et de Jéthro (Exode 3:1-2).
4.
Un autel de pierres non taillées y fut construit (Exode
20:24-26).
5.
Il y avait un torrent (Deutéronome 9:21).
6.
Un autel pour le veau d’or fut dressé non loin du mont
Sinaï (Exode 32:17-19).
7.
Des limites furent marquées pour empêcher les enfants
d’Israël de monter sur la montagne (Exode 19:23).
8.
Douze pierres furent érigées, une par tribu (Exode
24:4).
9.
Sinaï avait une caverne habitable utilisée par Élie
(1 Rois 19:8-9).
10.
La montagne était « une très haute
montagne ».
11.
Il y avait suffisamment de place pour que quelque 3 000 000
d’Israélites campent à côté de la
montagne (Exode 12:37).
12.
Depuis l’emplacement du camp au pied de la montagne, les
enfants d’Israël pouvaient voir la présence de Dieu
(Exode 19:17-18).
13.
Il y avait largement de quoi faire paître leurs animaux pendant
une période de temps prolongée.
Le site traditionnel
de la montagne de Moïse
Ce
n’est apparemment pas pour un motif rationnel qu’il a été
décidé que la montagne de Ste-Catherine, dans la
péninsule du Sinaï, était le mont Sinaï. Tout
ce que nous savons, c’est qu’un médium a convaincu
Constantin que cette montagne solitaire près de l’extrémité
sud de la péninsule du Sinaï était la montagne
sacrée. Nous avons visité le mont Ste-Catherine, Tim
Sedor et moi, et nous avons trouvé que c’était un
mauvais candidat. Williams et Cornuke ont également visité
Ste-Catherine et ont donné les raisons suivantes pour
lesquelles il ne pouvait pas être le mont Sinaï :
1) Moïse
n’aurait pas fait faire plus de 300 km aux troupeaux de Jéthro
pour les amener dans une région qui est presque entièrement
dépourvue de fourrage pour les moutons.
2) Il n’y a pas
suffisamment de place pour un grand camp à l’emplacement
de Ste-Catherine. Le lieu de campement le plus proche aurait été
ce que l’on appelle l’oued du Repos. Cet oued ne pouvait
pas être le lieu où les enfants d’Israël ont
campé parce que la montagne n’est pas visible de là
et nous savons que les enfants d’Israël ont pu voir la
présence de Dieu sur la montagne.
3) Le terrain est
extrêmement aride, les troupeaux des enfants d’Israël
seraient morts de faim.
4) Moïse, qui avait alors quatre-vingts
ans, aurait été obligé d’escalader une
montagne qui nécessite du matériel d’alpinisme.
5) La montagne n’a pas de source d’eau potable. Pourquoi
Moïse aurait-il amené plus de 2,5 millions de personnes à
un endroit où il n’y avait pas d’eau ?
6) Il
n’y a aucun indice archéologique de la présence
d’un camp de près de 3 000 000 de personnes.
7) On n’y
trouve aucun des autres éléments décrits dans la
Bible (p. ex. la caverne, le torrent, etc.).
Nous
en avons conclu que la conception traditionnelle que le mont Sinaï
se trouve à l’extrémité sud de la
péninsule du Sinaï est un mythe entretenu principalement
par le ministère égyptien du tourisme. Après
être allé voir la montagne en 2001, je comprends
pourquoi sa crédibilité est mise en doute depuis plus
d’un siècle.
Alors,
où est la montagne de Dieu ?
Un commentaire moderne
de la Torah contient une carte montrant huit candidats possibles pour
le mont Sinaï. En fait, il y a des millénaires que les
érudits et les explorateurs recherchent en vain le mont Sinaï,
et les Écritures ont l’air de dire que le véritable
emplacement de la montagne pourrait ne jamais être révélé
(Moïse 1:42). Il semble cependant que l’apôtre Paul
ait connu l’emplacement du Sinaï. Il le situe en Arabie
(Galates 4:25) et non dans la péninsule du Sinaï. Son
témoignage semble basé sur ce qu’il a vu quand il
était en Arabie. Il écrit : « …
je ne montai point à Jérusalem vers ceux qui furent
apôtres avant moi, mais je partis pour l’Arabie… »
(Galates 1:17). Ayant passé du temps en Arabie, il est
possible qu’il ait visité lui-même la montagne.
Quoi qu’il en soit, si nous devons nous fier à ce grand
apôtre, nous pouvons éliminer sept des huit endroits
proposés parce qu’ils ne se trouvent même pas en
Arabie.
Ce
qui impressionne dans le seul candidat pour le mont Sinaï en
Arabie, c’est le nombre de restes archéologiques que
l’on trouve à son pied. La montagne est fort isolée,
pourtant il y a des objets de fabrication humaine qui donnent à
penser que c’est le mont Sinaï. Il s’agit de ce que
Williams et Cornuke croient avoir été l’autel de
Moïse, onze empilements de pierre que l’on trouve à
côté de la montagne et qui semblent être « des
marqueurs de frontières, une formation rocheuse naturelle au
sommet de laquelle on a taillé un autel de haut-lieu du genre
de ce que l’on trouve à Pétra et qui est entouré
de pétroglyphes de veaux égyptiens stylisés
(l’autel du veau d’or) et des piliers de marbre à
moitié enterrés qui ont été brisés
en plusieurs morceaux. Il y a aussi un lit de torrent asséché
qui passe à côté de l’autel et une caverne
habitable qui surplombe les monuments archéologiques.
Ce
que disent les Écritures :
Le
livre des Juifs, la Torah, qui signifie Enseignement,
et l’Ancien Testament hébreu placent le mont Sinaï
en Arabie. Bien que nous ne sachions toujours pas où se
trouvent 55% des endroits dont le nom est mentionné dans la
Bible, plusieurs noms de lieu-clés ont été
transmis depuis l’Antiquité2.
L’un d’eux est Madian où se trouvait le mont
Sinaï.
Voici ce que dit le
récit de Moïse :
Moïse s'enfuit de
devant Pharaon, et il se retira dans le pays de Madian, où il
s'arrêta près d'un puits.
Le sacrificateur de
Madian avait sept filles. Elles vinrent puiser de l'eau, et elles
remplirent les auges pour abreuver le troupeau de leur père.
Les bergers arrivèrent,
et les chassèrent. Alors Moïse se leva, prit leur
défense, et fit boire leur troupeau (Exode 2:15-17).
La
recherche a abondamment montré que Madian était à
la fois une localité et aussi un « pays »
dans le nord-ouest de l’Arabie. Sa frontière occidentale
est constituée par le rivage oriental du golfe d’Akaba.
Sa capitale, Madyan,
était une étape majeure sur l’antique route du
commerce de l’encens, qui allait du sud de l’Arabie
jusqu’en Égypte et a dû être l’endroit
que Moïse a dû tout naturellement atteindre en fuyant
l’Égypte par la piste menant au grand désert3.
La ville s’appelle aujourd’hui officiellement al-Bada’a.
Néanmoins, les cartes arabes modernes du nord-ouest de
l’Arabie donnent toujours à la ville le nom de Shu’ayb,
forme arabe de Jéthro.
La
LDS Bible (édition 1979), carte 6, The
Ancient World at the Time of the Patriarchs,
va dans le même sens que les géographes islamiques en
situant Madian en Arabie à côté du golfe d’Akaba.
Les premiers explorateurs occidentaux de la région s’accordent
pour dire que Madian constituait le coin nord-ouest de l’Arabie
(Beke (1834), Burton (1878)4,
Wallhausen (1886), Sayce (1894), Moore (1895), Shede (1897), Gall
(1898), Gunkel (1903), Meyer (1906), Schmidt (1908), Gressmann
(1913), Haupt (1914) et Musil (1911)5.
Il
y a plus de mille ans, le géographe islamique Al-Hauqal
écrivait qu’il y avait, à Madian, un puits
utilisé par Moïse pour abreuver les troupeaux de Jéthro
(Shu’aib). Il expliquait déjà alors que le nom de
la localité provenait de la tribu de Jéthro6.
Al-Muqqaddasi, qui écrivait à la même époque,
dit : « On peut voir ici la pierre que Moïse
déplaça quand il abreuva les troupeaux de Shu’aib.
L’eau, ici, est abondante7 ».
Les
géographes arabes situent le pays de Madian à l’ouest
de la ville de Tabuk8,
d’où l’on peut déduire que le pays de
Madian n’avançait pas loin à l’intérieur
de l’Arabie. Tabuk est à moins de 240 kilomètres
à l’est du golfe d’Akaba. Abdulla Al-Wohaibi, qui
a compilé les écrits des géographes arabes entre
900 et 1100 de notre ère, note : « L’attention
que les géographes arabes ont toujours accordée à
Madyan vient du fait qu’il est cité dans le Coran à
propos de l’histoire du prophète Shu’aib
[Jéthro]9. »
Certains
essaient de justifier le mythe de l’existence du mont Sinaï
dans la péninsule égyptienne du même nom en
disant qu’à l’époque de Moïse, Madyan
devait s’étendre jusque dans la péninsule du
Sinaï. James Montgomery, spécialiste de la Bible, rejette
ceci : « Le pays situé à l’ouest
d’une ligne allant de l’oued de l’Égypte au
golfe élanitique [le golfe d’Akaba] a toujours fait
partie de la sphère politique égyptienne et c’est
effectivement la frontière actuelle de l’Égypte…
Les Arabes du sud appelaient « Égypte »
la même région Msr, c’est-à-dire Mitsraïm10.
Les restes d’anciennes mines de cuivre égyptiennes près
de Ste-Catherine confirment l’idée que l’Égypte
dominait le Sinaï.
Bien
que les traditions locales puissent être trompeuses, les
habitants de Madian (al-Bada’a) ont une tradition abondante sur
Moïse et son beau-père Jéthro. Outre le fait que
le nom traditionnel de la localité soit Jéthro, les
gens de l’endroit s’empressent de vous montrer les
cavernes de Moïse, les puits de Jéthro, l’oued
Horeb, l’oued de Moïse et les Eaux de Moïse. H. St.
John Philby, le célèbre explorateur de l’Arabie,
écrivit lors de sa visite à Madian : « D’ici,
nous avons escaladé, mon guide et moi, les falaises pour
visiter les ‘cercles’ de Jéthro au sommet de la
crête Musalla, d’où nous sommes descendus très
facilement vers notre camp à l’autre bout… un
cairn marquait l’endroit où Jéthro est censé
avoir prié et il y a tout autour de nombreux cercles…
d’ici j’avais une vue magnifique sur toute la chaîne
de montagnes de Madian, avec Lauz [Djebel al-Lawz] et les autres pics
qui lui sont associés au nord-est…11 »
L’Exode
nous dit ceci à propos de l’endroit où Moïse
a vu le buisson ardent :
Moïse
faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père,
sacrificateur de Madian; et il mena le troupeau derrière le
désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb »
(Exode 3:1).
Comme
le disait Philby, le mont al-Lawz est visible d’al-Bada’a
(ville de Madian) et se situe à son nord-est. D’après
la Bible, ce serait là le mont Sinaï. Premièrement,
c’est là que Moïse emmena les troupeaux de Jéthro,
ce qui veut dire que la montagne est dans les environs d’al-Bada’a.
Deuxièmement, puisque l’Arabie est connue depuis
longtemps comme étant « le désert »,
son côté arrière serait l’intérieur
ou l’est, pas le rivage. Cela veut dire également que le
buisson ardent était du côté est des montagnes,
du côté de la montagne opposé à la ville
d’al-Bada’a (Madian). Puisque le lieu de résidence
de Jéthro dans la vallée où existaient les
grandes colonies était du côté ouest de la
montagne, le côté arrière devait être le
côté de la montagne opposé à la résidence
de Jéthro et de la ville de Madian.
Ceci
décrit exactement l’endroit où nous avons trouvé
les monuments et les pétroglyphes. Non seulement la montagne
est au nord-ouest d’al-Bada’a, mais les monuments que
nous avons trouvés sont du côté est de la
montagne. Le récit de l’exode dans le Coran semble
confirmer l’idée que le côté arrière
du Sinaï était effectivement le côté est.
Quand nous lui faisons face de l’endroit où Jéthro
habitait, le mont se trouve au nord-est, c’est-à-dire à
notre droite. Le Coran dit que le Seigneur apparut à Moïse
du « côté droit » de la montagne.
(Coran 19:52, voir la traduction d’Abdullah Yusuf Ali, note
2601, qui montre que le côté droit était le côté
est.)
Bien
que ces arguments soient clairs et cadrent avec le récit
biblique, il y en a malgré tout qui prétendent que le
mont Sinaï était dans la péninsule du Sinaï.
Ils avancent l’argument qu’il y a des récits
bibliques dans lesquels des bergers emmènent les troupeaux
dans des pays lointains. Ils disent : « Peut-être
Moïse a-t-il emmené les troupeaux de Jéthro dans
une longue recherche de nourriture et a fini par arriver dans le sud
de la péninsule du Sinaï.
C’est
peu probable, surtout si l’on sait que la région tout
entière autour du site de Ste-Catherine ne convient pas comme
pâture. Au cours de son long mandat le gouverneur anglais du
Sinaï après la Première Guerre mondiale apprit à
connaître la péninsule comme aucun autre occidental
avant lui. Écrivant
dans ‘Yesterday and Today in Sinai’, C. S. Jarvis affirme
qu’il était tout à fait impossible que les
multitudes israélites et leur bétail traversent et
encore moins se nourrissent pendant plus d’un an dans « les
éboulis de granite pur » du sud du Sinaï.
D’ailleurs, pourquoi Moïse irait-il faire sortir les
troupeaux de Jéthro d’Arabie pour les conduire dans la
péninsule du Sinaï où les pâturages sont
moins bons et où Moïse était un proscrit ? Il
ne faut pas oublier que des garnisons égyptiennes protégeaient
les mines de cuivre non loin de la montagne de Ste-Catherine.
Par
contre, nous avons observé de grands camps bédouins
dans et autour des montagnes de Madian. L’historien Abdulla
Al-Wohaibi dit que Madian était « une ville antique
florissante ayant de nombreux puits et des sources permanentes dont
l’eau avait un bon goût. Il y a des fermes, des jardins
et des bosquets de palmiers12. »
Il semble que, dans les temps anciens, il y ait eu plus de fourrage
qu’il n’en fallait pour les moutons à Madian. Le
Grec Agatharkidès de Cnide écrit à propos de
Madian : « Le pays est rempli de chameaux sauvages
ainsi que de troupeaux de cervidés, de gazelles, de moutons,
de mules et de bovidés. » Il note aussi qu’en
conséquence le gibier « attire de nombreux lions,
loups et panthères13. »
Si
le mont Sinaï est à Madian, où est-il ? La
chose la plus naïve à faire est de simplement prendre une
carte routière moderne et de la suivre. Les cartes routières
les plus utilisées en Arabie sont publiées par Eng.
Zaki M. A. Farsi. Son guide de Tabuk14
couvre le pays de Madian. La carte routière moderne montre une
piste qui part de l’oued I’fal vers l’est, à
16 km environ d’al-Bada’a. La piste conduit directement
vers une haute montagne en forme de V, qui s’élance vers
le ciel. La vallée s’appelle « wadi Musa »,
c’est-à-dire vallée de Moïse. Elle prend fin
à la base occidentale de la montagne en forme de V. C’est
à l’arrière ou du côté est de cette
montagne que nous avons trouvé les monuments qui font penser
que le véritable mont Sinaï se trouve ici.
Il
y a beaucoup d’autres raisons de croire que le pic situé
à 15 km au sud du Djebel al-Lawz est le meilleur candidat pour
le mont Sinaï. Nous avons découvert, mes collègues
et moi, d’autres informations sur le sujet. Nous envisageons,
Richard Wellington et moi, d’écrire un livre qui traite
de la montagne, de la piste suivie par les enfants d’Israël
jusque là, de l’endroit où ils ont traversé
la mer Rouge et des campements où ils ont séjourné
avant d’atteindre de mont Sinaï.
Traduit et mis sur le
site avec la permission de George Potter
À
propos de Anchor Stones
Marcel
Kahne
C’est
un site qui ne manque pas d’intérêt. Ron Wyatt y
développe une théorie concernant l’itinéraire
de l’exode d’Israël et l’emplacement du mont
Sinaï qu’il appuie sur des recherches sur le terrain,
recherches rendues aléatoires par la difficulté
d’obtenir les autorisations nécessaires pour faire les
fouilles archéologiques indispensables15.
Voici
l’essentiel de sa théorie. La péninsule dite du
Sinaï ayant toujours été sous le contrôle de
l’Égypte, qui y exploitait les mines de cuivre, pour
échapper aux troupes du pharaon, il fallait que les Israélites
traversent la mer Rouge vers l’Arabie. Il situe la traversée
à la hauteur de Nuweiba (voir la carte), ceci pour quatre
raisons :
1) La côte du bras de la mer Rouge que nous
appelons le Golfe d’Akaba, est constituée de falaises
tombant à pic dans l’eau, sauf à Nuweiba, qui est
une vaste péninsule capable de recevoir un grand nombre de
personnes et accessible par une vallée facile, l’Oued
Watir. La péninsule descend en pente douce (estimation :
4 à 8%) vers une une crête sous-marine et remonte de
l’autre côté, 14 km plus loin, vers la côte
d’Arabie Saoudite vers une autre plateforme, qui a pu recevoir
les émigrants et qui est appelée aujourd’hui
Saraf-al-Bal (peut-être le Baal-Tsephon d’Exode 14:2).
2)
D’après les relevés dont on dispose, cette crête
descendrait à une profondeur théorique maximum de 240
mètres (contre 900 et 1500 mètres de part et d’autre).
Le sommet de cette crête, selon les photos satellite et les
photos prises à l’aide d’une caméra
sous-marine téléguidée, présente une
route praticable, très large (au moins deux kilomètres),
sans irrégularités ni rochers, constituée de
sable et de gravier, avec très peu de végétation
et de corail large.
3) En plongeant près de la côte du
côté de la péninsule, l’équipe a
trouvé de nombreuses roues, les unes avec leur essieu,
d’autres sans. Ils ont trouvé plusieurs roues à 6
rayons, une à 8 rayons et finalement une roue à 4
rayons, plaquée or en presque parfait état de
conservation. Ils ont aussi trouvé des châssis de char
sans roues. Ces trois types de roues permettent de situer l’Exode
à la 18e
Dynastie (vers 1400 av. J.-C.). Ils ont également trouvé
des ossements d’hommes et d’animaux, notamment un fémur
humain. Ils ont pris des photos d’autres débris (chars,
armes) et d’ossements empilés, soit exposés, soit
incrustés dans du corail.

4)
À Nuweiba et, en face, sur le
territoire saoudite, il y a une vaste plage capable de recevoir des
milliers de personnes. Sur les deux plages opposées deux colonnes identiques d’un
granit rouge apparemment originaire d’Egypte, de 4m70 de haut
et de 90cm de diamètre, pesant chacune plus de 11 tonnes, ont
été dressées comme mémorial. Elles ont dû
être amenées par bateau par quelqu’un qui
connaissait la signification de ces endroits et voulait les marquer.
Comme ces colonnes ne se retrouvent qu’à Ascalon, on
pense que ce serait l’œuvre de Salomon
Une
fois la mer Rouge (en fait le golfe d’Akaba) traversée,
un vaste oued (vallée) mène directement au candidat
arabe pour le mont Sinaï qui est le Djebel Al-Lauwz, non loin
d’Al-Bad. Le peuple ne va pas l’emprunter parce que s’il
l’avait fait, il se serait trouvé en terrain découvert,
à la merci des Amalécites, qu’il devra de toutes
façons affronter plus tard, mais dans de meilleures
conditions. Selon la Bible, il va d’abord passer par Mara,
Élim, Dophka et Alusch pour arriver enfin à Rephidim,
du côté ouest du Sinaï. Seule Élim est
identifiable, car, selon Nombres 33:9, il s’y trouve 12 sources
d’eau et 70 palmiers.
Les Israélites vont emprunter un
oued allant vers le sud et aboutir à ce qui est aujourd’hui
une très vaste oasis ayant douze sources et des centaines de
palmiers (les 70 de la Bible ayant sans doute proliféré).
Après avoir suivi une vallée vers l’est, les
Israélites remontent vers le nord et arrivent à
Rephidim. C’est là que, selon Exode 17:4-6, Moïse
frappe le rocher d’Horeb d’où il fait jaillir de
l’eau. Wyatt dit avoir vu le rocher16,
qui a 18 m de haut et se trouve à environ 30 m au-dessus du
niveau du sol. Ce rocher est fendu au milieu et présente des
traces d’érosion par l’eau et l’on peut voir
que de nombreux ruisseaux en ont coulé dans plusieurs
directions.
Il
a, là aussi, une plaine immense où la bataille avec les
Amalécites (Exode 17) a pu se dérouler. Après la
bataille, dit Exode 17, Moïse (v. 15) érige un autel en
l’honneur de Dieu. Il y en a un dans la plaine, à une
centaine de mètres du Rocher d’Horeb.
Partout
à Rephidim, il y a des cercles de pierres qui semblent avoir
été les pierres retenant des tentes et empêchant
le bétail d’y entrer.
À
propos du mont Sinaï ou mont Horeb (le Djebel el Lawz), Wyatt
signale que le pic de la montagne est entièrement noirci. Il
attribue cela à l’effet de la présence de Dieu
qui semble avoir provoqué des effets volcaniques (Exode
24:17 ; Deutéronome 4:11, 5:4, 23). Exode 19:18 parle de
fournaise et l’on a découvert, au sommet, de
l’obsidienne, qui est un minerai qui se forme à haute
température. Une photo de ce sommet noirci figure dans le
livre de Möller. Il est à remarquer que jusque tout
récemment les Arabes de l’endroit appelaient la vallée
au nord de la montagne l’Oued Hourab
Dans
Exode 19:12, 23 Dieu commande à Moïse de mettre autour de
la montagne des limites que le peuple ne peut pas franchir sous peine
de mort. « L’enceinte sacrée » est
bordée de traces de ce quiu a pu être un muret, mais la
découverte la plus intéressante a été
celle d’un grand nombre de pierres sur lesquelles sont gravés
des contours de pieds ou de sandales, signifiant sans doute qu’à
partir d’ici c’est « l’enceinte sacrée »
où l’on doit enlever ses sandales donc le passage
interdit.
Dans
Exode 24:4, Moïse construit un autel au pied du mont Horeb et
dresse douze pierres pour les douze tribus d’Israël.
L’autel est effectivement visible juste en bas de la montagne.
Il a la forme d’un L et un des côtés a 18 mètres.
Les restes d’un demi-cercle de pierres sont toujours visibles17.
Selon
Exode 24:1-18, Moïse, Aaron, ses fils et 70 anciens montent sur
la montagne. Il faut donc qu’il y ait un plateau pouvant les
recevoir. Il y a effectivement un plateau de plusieurs milliers de
mètres carrés largement suffisant pour y recevoir ce
groupe.
Le
mont Horeb doit comporter une caverne où le prophète
Elie va vivre un certain temps (1 Rois 19:8-9). Il doit aussi
comporter un creux où le Seigneur va mettre Moïse pendant
qu’il passe devant lui (Exode 33:22). Les deux sont bien
visibles.
Wyatt
pense aussi avoir trouvé l’autel du veau d’or.
Celui-ci porte des représentations de style égyptien de
vaches et de taureaux, un genre de pétroglyphe que l’on
ne trouve nulle part ailleurs en Arabie. Dès qu’ils ont
appris la découverte, les Saoudiens ont fait clôturer le
site. En grimpant au sommet de l’autel, il dit avoir remarqué
quelque chose de rouge et de luisant. À cet endroit, il y avait un
creux de 10 x 15 cm qui semblait résulter d’une usure.
En regardant de plus près, il a vu que le rouge provenait de
minuscules traces d’or incrustées dans le creux du
rocher. Son interprétation : c’est là que,
selon Deutéronome 9:21, Moïse aurait brûlé
le veau d’or, l’aurait réduit en poudre et
l’aurait répandu dans le torrent pour le faire boire à
Israël. Le creux serait le résultat du frottement de
l’instrument utilisé par Moïse.
Le lit asséché
du torrent est bien visible, venant des hauteurs de la montagne,
descendant jusqu’au bord de « l’enceinte
sacrée », puis se dirigeant vers le nord. Il y a
aussi des indications qu’un système très complexe
de récolte de l’eau ait été créé,
avec un lac et des puits constitués d’une double paroi
de pierres séparées par une couche de sable, sans doute
pour constituer des réserves d’eau potable.
Des
débris de marbre au pied de l’autel du veau d’or
donnent à penser que quelqu’un a voulu dresser là
un mémorial également. Les traces montrent qu’il
y avait autrefois un monument circulaire en marbre constitué
de six doubles colonnes muni d’un toit. Il n’y a pas de
marbre dans la région et le matériau est coûteux.
Il a donc dû être apporté par quelqu’un qui
voulait marquer là un endroit qui lui paraissait important et
qui disposait des moyens pour le faire, et l’on pense de
nouveau à Salomon.
Une
autre découverte intéressante de Ron Wyatt est celle de
la région de Sodome et Gomorrhe, qu’il situe entre
Massada et la mer Morte. Le relief, qui est différent des
environs à cet endroit, est entièrement recouvert de
cendres. Genèse 19:24 dit que Dieu a détruit les villes
sous une pluie de feu et de soufre. Wyatt a retrouvé de
nombreuses boules de soufre encore incrustées dans les cendres
de pierre calcaire. Dans le livre de Möller, on voit la trace de
pénétration d’une boule de soufre dans du
calcaire. La matière s’étant refermée sur
le soufre et celui-ci étant alors privé d’oxygène,
il a cessé de brûler, mais quand on le sort de sa gangue
de calcaire et qu’on y met le feu, il brûle en dégageant
une chaleur intense.
Tout
cela mériterait que des fouilles soient faites sur les lieux
par des archéologues de métier, mais en attendant, il
nous a semblé qu’il était de notre devoir de
mettre nos lecteurs au courant de ces découvertes
passionnantes. Par ailleurs, nous sommes curieux de voir si George
Potter pourra apporter plus de précisions aux découvertes
de Wyatt. Affaire à suivre.
1
Hadith, Riyadh-US-Salahîn, Imam Adu Zakariya Yahya Bin Sharaf
An-Nawawi, vol. II, Riyadh, International Islamic Publishing House, p.
873.
2
Yohanan Aharoni, The Land of the Bible: A
Historical Geography, trad. A. F. Rainey,
2e éd., Philadelphie, Westminster, 1979, p. 129.
3
Abdulla Al-Wohaibi, The Northern Hijaz in
the Writings of the Arab Geographers 800-1150 B.C., p. 142.
4
Richard Burton, The Gold Mines of Midian,
and the ruined Midianite cities, 1878,
Cambridge, Angleterre, Oleander, 1979.
6
Abdulla Al-Wohaibi, The Northern Hijaz in
the Writings of the Arab Geographers 800-1150 B.C., p. 142.
10 James A.
Montgomery, université de Pennsylvanie, 1934, p. 31.
11
H. St. John Philby, The Land of Midian, Londres, Ernest Bean Limited, p. 222.
14
Eng. Zaki M. A. Farsi, Map and Guide of
Tabuk, Djedda, Farsi.
15 Après la mort de
Wyatt, sa théorie a été amplifiée et publiée sous forme d’un livre muni
de quelque 556 illustrations et cartes, The Exodus Case, par le Dr.
Lennart Möller, ainsi que d’une vidéo (existe en PAL) intitulée The
Exodus Revealed – Search for the Red Sea Crossing. Je les recommande
vivement à ceux de nos lecteurs qui comprennent l’anglais.
16 Il est
photographié dans le livre de Möller.
17 Photos dans
Möller, pp. 258-260.