Perspectives
juridiques sur l’exécution de Laban
John W. Welch
Provo,
Utah,
Maxwell
Institute, 1992, p.
119-141
Les
opinions exprimées dans cet article sont les idées de
l'auteur et ne représentent pas la position du Maxwell
Institute,
de l'université Brigham
Young
ou de
l'Église
de Jésus-Christ des saints des derniers jours.
Note de la
Rédaction : Au
début du Livre de Mormon, Néphi, incité par
l’Esprit du Seigneur, tue Laban. L’événement
ne dérange pas seulement le lecteur moderne, il constitue pour
Néphi lui-même un douloureux cas de conscience. Alors
pourquoi le mentionner dans le Livre de Mormon ? N’y
avait-il pas une autre solution ? Est-il concevable que le
Saint-Esprit incite au meurtre ? Quelles étaient les
pratiques juridiques dans l’Israël antique ?
Sommaire
:
Cet
article réunit des éléments juridiques antiques
pour montrer que l’exécution de Laban
par Néphi
doit être vue comme un homicide involontaire protégé
plutôt que comme un homicide criminel.
La
loi biblique concernant le meurtre exigeait un plus haut niveau de
préméditation et d'hostilité que ce que Néphi
a manifesté ou que ce que la loi moderne exige.
L’argument est qu’Exode
21:13 protégeait plus que les meurtres accidentels ou les
actes inconscients, en particulier dans les cas où l’on
considérait que c’était Dieu qui avait livré
la victime entre les mains du meurtrier.
L’article explore diverses raisons pour lesquelles Néphi
pouvait tuer Laban,
notamment les idées antiques sur le sacrifice d’une
personne au profit d'une communauté entière.
D'autres
facteurs dans le Livre
de Mormon
ainsi que dans le meurtre de l’Égyptien par Moïse
dans Exode 2 corroborent la conclusion que Néphi
n’a
pas commis l'équivalent
d'un meurtre avec préméditation en vertu des lois de
son temps.
Quand
il retourne dans la ville de Jérusalem tard le soir dans un
dernier effort pour obtenir les plaques d’airain, Néphi
n’a pas la moindre idée de la façon dont les
plaques pourront jamais tomber en sa possession.
La ville
est endormie ;
il n’y a pas la moindre la
chance de rencontrer de nouveau Laban ou de négocier de
nouveau avec lui ;
un appel à
des amis ou une intercession de la part de sympathisants de Léhi
semblent improbables ;
Néphi
lui-même est fils d'un prophète qui fuit devant la
justice (en tous cas dans l’esprit de ceux qui pensent qu’il
devrait être exécuté au même titre que le
prophète Urie,
fils
de Schemaeja ;
cf. Jérémie
26:23).
Néphi
semble être entré dans la ville sans armes, ne
s’attendant absolument pas à trouver un moyen déterminé
d’avoir accès au trésor verrouillé qui
contient les plaques.
Il a dû être
tout à fait surpris par
les événements qui se sont déroulés ce
soir-là.
L'histoire
du succès inattendu de Néphi
dans 1 Néphi
4 peut être considérée aujourd'hui sous des
angles différents et il est évident qu’elle
figure dans les annales de Néphi
pour plusieurs raisons importantes.
Par
exemple, ce récit
dramatique démontre l'importance religieuse des Écritures
et le rôle essentiel de la loi dans les désirs de Dieu à
l’égard du peuple de Néphi.
Si la loi
est suffisamment importante pour qu'un homme périsse afin
qu'une nation entière puisse l'avoir, le message est clair que
la nation devra être diligente pour ne pas dégénérer
dans l’incrédulité—une
leçon qui
sera soigneusement entretenue pendant de nombreuses années
dans la mémoire néphite
(1 Néphi
4:13 ;
Omni
1:14 ;
Alma
37:3-10).
De plus,
dans l'esprit de Néphi,
les événements de ce soir-là vont valider les
promesses que le Seigneur
lui a faites personnellement sur le respect des commandements, la
prospérité dans le
pays et la
fonction de gouverneur et d’instructeur de ses frères (1
Néphi
2:20 ;
4:14, 17). D’un point de vue politique,
le récit
en est certainement venu à jouer un rôle important parmi
les récits fondateurs de la culture et de la société
néphites,
parce que il montre comment Dieu a miraculeusement mis une copie de
leurs lois fondamentales entre leurs mains (1 Néphi
5:8-10).
Le
fait que seul Néphi
est capable d’obtenir les plaques—tandis
que ses
frères ineptes et infidèles sont incapables d’accomplir
la tâche
que leur père leur a confiée—légitime
la prétention de Néphi
à posséder les plaques et à diriger le groupe.
En effet,
pendant plusieurs siècles après cela, les Lamanites
vont accuser les
Néphites
de les avoir dépouillés de la possession légitime
de ces plaques (Mosiah
10:16), mais les faits rapportés à propos des
événements de ce soir-là montrent clairement que
c’est bel et bien Néphi
qui est le
propriétaire légitime des plaques, est le successeur
légitime de son père Léhi
et peut réussir, avec l'aide de Dieu, là où ses
frères non seulement ont échoué mais ont dit que
ce n’était pas faisable [1].
En conséquence, pendant les six cents années qui vont
suivre, l’un des symboles les plus importants de l'autorité
chez les
Néphites
va être la possession des plaques d’airain (voir Mosiah
1:16 ;
28:20 ; 3
Néphi
1:2) [2]. L'histoire de Laban
remplit donc plusieurs buts dans les annales néphites
:
religieux,
politique, historique et personnel.
L'histoire
a également des dimensions juridiques importantes.
De par sa
nature même, l'épisode réclame une analyse et un
commentaire juridiques :
L'histoire
comporte le meurtre d'un homme, qui devait normalement entraîner
les conséquences judiciaires en vigueur à l’époque.
La
terminologie du récit est également juridique :
les mots
précis et les concepts techniques utilisés
par Néphi
montrent qu'il a écrit cette histoire en pensant aux lois
bibliques qui, d'une manière justifiable, jettent une lumière
favorable sur cet épisode.
En
conséquence, l’exécution de Laban par Néphi
peut être évaluée de manière profitable
grâce aux perspectives que donnent les principes juridiques en
vigueur du temps de Néphi.
On les trouve principalement
dans Exode 21:12-14, Deutéronome
19:4-13 et Nombres 35:9-34, traités ci-après.
L'analyse
suivante présente plusieurs facteurs qui réduisent
sensiblement la culpabilité de Néphi
en vertu de la loi de Moïse telle qu’on la comprenait
probablement du temps de Néphi,
vers 600 av.
J.-C. Néphi
a peut-être enfreint la loi américaine de l’époque
de Joseph Smith, mais il s'avère qu'il a commis un homicide
excusable en vertu de la loi publique de son époque à
lui. Cela
ne veut pas dire que Néphi
aurait été acquitté et déclaré
libre de se promener dans les rues de Jérusalem s’il
avait été amené devant un tribunal juif à
Jérusalem et jugé pour avoir tué Laban,
bien que Néphi
aurait pu soulever plusieurs arguments en sa faveur si pareil procès
avait jamais eu lieu [3].
Mais vu sous un angle pratique, le cas de
Néphi
n’aurait probablement jamais été porté
devant un tribunal officiel parce que les deux témoins
requis manquaient, rendant une condamnation capitale techniquement
impossible (Nombres
35:30 ;
Deutéronome
19:15).
Mais si une
action en justice avait été intentée à
Néphi,
l’ancienne loi biblique semble avoir
reconnu
deux types de meurtre—excusable
et inexcusable—et
on peut montrer que
l’exécution de Laban
tombe tout à fait spécifiquement dans la catégorie
des meurtres excusables.
Le
texte biblique principal qui explique l'application du commandement
général : « Tu ne commettras point de
meurtre (ratsach) »
(Exode 20:13), se trouve dans Exode 21:12-14.
Il dit :
« Celui
qui frappera un homme mortellement sera puni de mort. S’il ne
lui a point dressé d’embûches, et que Dieu l’ait
fait tomber sous sa main, je t’établirai un lieu où
il pourra se réfugier. Mais si quelqu’un agit méchamment
contre son prochain, en employant la ruse pour le tuer, tu
l’arracheras même de mon autel, pour le faire mourir. ».
Le
châtiment normal pour le meurtre en vertu de la loi biblique du
temps de Néphi
était apparemment la mort (Genèse
9:6). Les savants bibliques ont cependant vigoureusement examiné
la probabilité que l’on pouvait payer une rançon
ou une indemnité (kofer),
particulièrement dans les cas impliquant des actes non
prémédités ou une causalité indirecte
[4].
À titre de comparaison, les lois hittites (vers 1400-1300 av.
J.-C.)
contenaient des dispositions explicites permettant de donner des
esclaves ou d'autres personnes dans les cas de meurtre non prémédité
se produisant
lors d’une querelle ou de manière involontaire
(« [seule] sa main agissant mal »), tout en
excusant totalement les meurtres avec circonstances aggravantes qui
se produisaient dans le feu de la passion, augmentant ainsi la
possibilité que la loi hébraïque contienne ses
propres circonstances atténuantes [5].
Bien
qu’il ne soit pas possible de dire avec précision
quelles étaient les dispositions de ces lois antiques, Exode
21:13-14 montre clairement que tous les meurtres n’étaient
pas coupables en vertu de la loi biblique.
Si un
meurtre se qualifiait comme meurtre excusable en vertu de ces
dispositions, la loi stipulait que le Seigneur
désigne « un
lieu où [le meurtrier] pourra se réfugier ».
Cela ne
voulait pas dire que le meurtrier était automatiquement libre,
seulement qu’il lui était permis de se sauver dans une
ville de refuge et d’y rester pour être jugé
(Nombres
35:12).
S’il
était alors prouvé par des témoins
que le meurtrier avait agressé méchamment sa victime en
employant la ruse ou avec inimitié pour la tuer, on l’emmenait
hors de la ville de refuge et il était mis à mort par
l’un des membres de la famille de la victime agissant comme
« vengeur du sang » comme on appelait cela
(Deutéronome
19:12) [6]. S’il s’avérait que le meurtrier
n'avait pas prémédité l'événement,
il était toujours considéré comme entaché
par le sang mais un asile lui était accordé dans une
ville de refuge jusqu'à la mort du grand
prêtre
régnant, et à de moment-là il pouvait retourner
sans risque à son ancienne ville.
Néphi
était bien entendu prêt à fuir—non
seulement
de sa ville de résidence, mais même du pays
d’Israël ;
donc même dans
la mesure où il aurait pu être considéré
comme entaché par le sang pour voir tué Laban,
Néphi
ne souillait pas le pays, parce que il n'y est pas resté [7].
Cependant,
la question cruciale est de savoir si la loi d’Exode 21:13-14
était applicable dans le cas de l’exécution de
Laban par Néphi.
Pour
déterminer la réponse, nous devons soigneusement
examiner les deux éléments principaux qui y sont
mentionnés.
Le premier
concerne l'état
d'esprit du meurtrier.
Comme nous
allons l’expliquer, le meurtrier ne doit pas avoir dressé
d’embûches ou, en d'autres termes, ne doit pas être
venu méchamment (avoir projeté l’acte) pour tuer
sa victime en employant la ruse.
Le second
concerne le rôle de la volonté divine :
Dieu doit
livrer la victime entre les mains du meurtrier.
Qu’il ait été nécessaire
de satisfaire les deux éléments, ou seulement un, pour
prouver qu'un meurtre était juridiquement excusable en vertu
de la loi de Moïse [8], le meurtre de Laban
par Néphi
satisfait probablement les deux.
Après
avoir commenté ces deux éléments, je traiterai
brièvement des précédents bibliques et des
attitudes traditionnelles dans la loi juive qui, dans certaines
circonstances, permettaient qu’une personne soit tuée
afin de sauver
la vie d'une ville ou d'une communauté tout entière.
Je finirai
alors par les éléments fournis par le Livre
de Mormon
et également par le meurtre de l'Égyptien par Moïse
dans Exode 2 pour corroborer la conclusion que le meurtre de Laban
par Néphi n'était pas l’équivalent d’un
meurtre en vertu de la loi de Moïse.
L’état
d'esprit de Néphi
Les faits
de base concernant l'état
d'esprit de Néphi
dans ce cas-ci sont bien connus.
Il entre à
Jérusalem tard le soir, probablement sans armes, espérant
obtenir les plaques d’airain.
Il ne sait
pas à l'avance ce qu'il va faire.
Il tombe
sur Laban
ivre dans la rue.
Il est
contraint à plusieurs reprises par l'Esprit du Seigneur
de tuer Laban
et il finit par lui couper la tête avec sa propre épée.
Quand il tue Laban,
Néphi
ne cherche pas à se venger, il agit à contrecœur,
sans haine et en toute bonne foi.
Il
est évident que le concept antique de la préméditation
(si nous pouvons utiliser
un tel terme) était différent du concept de la
préméditation en vertu de la loi américaine ou
britannique moderne.
Le concept
moderne requiert simplement le fait de savoir ce que l’on fait
et ladite volonté n'a pas besoin d'être manifestée
plus tôt qu’à l'instant même du passage à
l’acte.
Par contre, le
concept archaïque de la préméditation veut que le
meurtre soit préparé, conçu, comploté ou
exécuté par l’une ou l’autre forme de
traîtrise, d'embuscade,
de sabotage ou de mise à l’affût.
« Dresser
des embûches » est le terme utilisé pour
décrire la tactique astucieuse du chasseur traquant sa proie
(comme dans Genèse
10:9 ;
25:27-28 ;
27:3, 5, 7, 33) ; et
le mot « méchamment »
exprime « le défi insolent de la loi »
[9].
C’est ainsi que Bernard
Jackson a conclu :
« La
préméditation [dans la loi biblique] signifie que
l'action en question était le résultat d'un dessein
conçu à l’avance, pas d'un désir né
dans le feu de l’action.
Ainsi tous
les actes intentionnels ne sont pas prémédités
[10]. »
Plusieurs
indices forts indiquent que Néphi
a la définition antique à l'esprit quand il écrit
l'histoire de Laban.
Il a la
confiance implicite que le Seigneur
pourrait,
d'une manière miraculeuse inconnue, « …
faire périr Laban »
tout comme il avait vaincu les Égyptiens à la mer Rouge
(1 Néphi
4:3). Il
souligne expressément le fait qu'il ne sait pas ce qu'il va
faire quand il entre dans la ville de Jérusalem :
« J’étais
conduit par l’Esprit, ne sachant pas d’avance ce que
j’allais faire » (1 Néphi
4:6). Ce
point est crucial, parce qu’il prouve que Néphi
ne s’attendait pas à trouver Laban
et qu'il n’il
ne savait pas que
Laban
serait dehors avec les anciens de la ville, où Laban
serait ou qu'il serait ivre.
L'occasion
s'est présentée spontanément.
Néphi
est tout à fait surpris de trouver Laban.
Son acte
n’est pas prémédité et n’est
donc pas coupable.
Toutefois,
une interprétation postérieure d’Exode 21:13-14,
que l’on trouve plus couramment, limiterait son application aux
meurtres accidentels indépendamment de l'état
d'esprit du meurtrier.
Par
exemple, plusieurs commentateurs bibliques, sans examiner la question
ni la traiter, acceptent sans plus la thèse que ces versets
stipulent seulement « que le meurtrier accidentel
aura un endroit qui lui sera désigné pour s’y
réfugier [11] » ou que ce droit d’asile « se
limitait aux cas d’homicide accidentel
exclusivement [12]. » Si une lecture aussi
limitée de ce texte est correcte, le meurtre de Laban
par Néphi ne serait pas couvert par la notion d'asile d’Exode
21, parce que ce meurtre ne peut en aucune façon être
décrit comme un accident.
Cependant,
l'interprétation limitée de l’homicide par
négligence ou excusable dans Exode 21:13-14 et les textes qui
s’y rapportent n’est pas convaincante.
S’il est
vrai que Deutéronome
19:4-5 donne comme exemple d'homicide excusable le cas où un
homme et son prochain coupent du bois et que le fer d’une hache
échappe accidentellement du manche et tue le prochain, cela ne
signifie pas que la définition de l’homicide excusable
ne concerne que les accidents exceptionnels.
Si telle
avait été l'intention, on n’aurait pas eu besoin
des trois définitions précisant que le meurtrier
n’avait pas été l’ennemi de son prochain
dans le passé (Deutéronome
19:4), n'avait pas agi « méchamment »
contre son prochain
en employant la ruse pour le tuer (Exode 21:14) ou ne l'avait pas
blessé « par un mouvement de haine » ou
« par inimitié » (Nombres
35:20, 22).
Autrement dit, comme Jackson
conclut :
« Il
semble que l’on traite l’homicide non prémédité
mais intentionnel de la même façon que l’homicide
purement accidentel [13] ».
En d'autres termes, le
concept de l’homicide excusable inclut plus que le meurtre
purement accidentel.
Ben
Zion
Eliash
est du même avis :
quoique l’on ne voie « pas
bien le rapport exact entre l’[état
d'esprit] du meurtrier envers la victime ou son mobile pour tuer, et
la classification de ce meurtre soit comme intentionnel soit comme
involontaire », il est clair que « même
une mort provoquée par un coup intentionnel n’est pas un
homicide intentionnel à moins que ce coup n’ait été
accompagné d'inimitié [14]. » Par
conséquent, si les intentions de Néphi
n’avaient pas été conçues à
l’avance avec malveillance ou avec inimitié, il
rentrerait facilement dans la définition d'un meurtrier
protégé en vertu de la loi de son temps.
Il
est évident que c’est pour cette autre raison que Néphi
certifie de manière assez détaillée qu'il
n'avait aucun désir de tuer Laban
et qu'il n'a pas commis l’acte par inimitié à
cause de l’une quelconque des offenses
de Laban
contre sa famille et lui.
Néphi
raisonne en lui-même : « Je
savais aussi qu'il avait cherché à m'ôter la vie;
oui, et il ne voulait pas écouter les commandements du
Seigneur, et il s'était également emparé de nos
biens »
(1 Néphi
4:11), mais il est conscient du fait qu’aucun de ces prétextes
ne justifierait le meurtre de Laban
que ce soit devant la loi ou devant la justice de Dieu.
Il résiste
à cette mission qui lui déplaît, se disant dans
son cœur : « Jamais à aucun moment je
n’ai versé le sang de l’homme » (1
Néphi
4:10). Il
ne va pas agir par haine ou par inimitié, bien que la
signification de ce dernier terme manque un peu de clarté
[15].
En
outre, il ne faut pas interpréter Nombres
35:11, 15 et Josué
20:3, 9, qui semblent exiger que le meurtre se produise
« involontairement », comme limitant la
capacité d'une personne dans la situation de Néphi
de se sauver dans une ville de refuge et de chercher à être
disculpé, simplement parce qu'il était conscient de son
action au moment où elle avait lieu.
Le mot
hébreu traduit « involontairement » est
shegagah.
Signifiant
« pécher
par ignorance », ce mot apparaît également
dans Nombres
15:28 (comparer avec Mosiah
3:11). Il
dérive du mot shagag,
signifiant s’égarer, pécher,
être à côté de la plaque, être trompé
ou errer, mais pas nécessairement de manière
inconsciente.
Selon la
façon dont on comprend ces mots, ils peuvent impliquer que la
personne a agi peut-être avec négligence mais au moins
ignorante des conséquences de son acte ou qu'elle a mal
calculé ou mal jugé.
D'autres à
Jérusalem auraient pu juger que Néphi
avait agi par erreur [16] et il peut y avoir eu des distinctions
juridiques antiques entre divers genres d'erreurs (c.-à-d.,
ignorance de la loi, erreurs de fait, mauvaise évaluation des
conséquences, etc.), mais personne n’aurait douté
que si Néphi
avait péché,
il l’avait fait sans se rendre compte que c’était
un péché
et avait agi en toute bonne foi.
Si l’on prend pour critère la législation juive
postérieure,
qui peut jeter un peu plus de lumière sur le sujet, « un
meurtre commis par quelqu'un croyant erronément que ses actes
étaient permis » était considéré
comme de la négligence grave, mais le meurtrier n'était
pas punissable [17] ; du moins, a-t-il été
argumenté, il « devrait être traité
moins sévèrement que quelqu'un qui tue quelqu’un
d’autre par ignorance du commandement plus fondamental de ne
pas tuer [18]. » Donc, l’acte de Néphi
aurait probablement relevé de la protection supplémentaire
de méfaits commis « involontairement »,
pour autant que cela soit considéré comme méfait.
La
conclusion ci-dessus, basée sur un examen de la terminologie
hébraïque, est confirmée pour d'autres raisons par
le mot grec utilisé
dans la Septante
pour traduire shegagah
dans Nombres
15:28. Le
mot grec est akousios,
forme contractée d'aekousios,
signifiant littéralement « à contrecœur ».
Sa racine
est hekousios,
de hekon,
dénotant une action qui est « volontaire,
consentante, acte délibéré » dont on
est maître ;
et ainsi
son opposé, akousios,
est une action qui est « contre la volonté,
contrainte [19] », « prévue mais non
désirée [20] ». Ce terme est utilisé
comme terme juridique par Antiphon, Platon et Aristote pour désigner
« l’action involontaire », notamment
des actions telles que « le meurtre involontaire »
ou le fait de larguer la cargaison d'un bateau afin de sauver
le navire et ses passagers.
Il est évident que son sens était
plus large que notre mot involontaire
[21].
Aristote
reconnaît
que beaucoup de questions philosophiques difficiles sont soulevées
par des « actes commis par crainte d'une situation pire ou
dans un but noble » et il conclut que ces actes
« mixtes »
se rapprochent d’une conduite volontaire au moment où
ils sont commis ;
mais son
intérêt principal n'est pas juridique et il ne traite ou
ne résout donc pas la question.
En tous cas, les
commentaires
d'Aristote montrent que le sujet donnait lieu à de vives
discussions dans le monde antique :
quand une
action n’était vraiment pas désirée par
l'agent humain, on pouvait certainement prétendre qu'elle
revenait à une conduite involontaire quand il s’agissait
d’évaluer la culpabilité juridique, tant que les
circonstances étaient méritoires [22].
Ces
notions, venant du monde grec quelques siècles seulement après
le temps de Néphi,
offrent un point de comparaison précieux pour évaluer
l'état
d'esprit de Néphi.
Celui-ci déclare : « Et
je reculais et souhaitais ne pas devoir le tuer »
(1 Néphi
4:10). Ceci
prouve que l'acte de Néphi
était fortement contre sa volonté et son désir
et par conséquent était involontaire aussi bien dans la
conception hébraïque que dans la grecque.
De plus il
dit
qu'il était « contraint
par l'Esprit de tuer Laban »
(1 Néphi
4:10).
« Contraindre »
était un mot anglais fort du temps de Joseph Smith, signifiant
« obliger ou forcer ;
pousser
avec une force irrésistible ou avec un pouvoir
suffisant pour produire l'effet » et « produire
en opposition à la nature [23]. »
Étant
« contraint », Néphi
ne doit pas être considéré comme agissant de
manière consentante, selon ses prédilections, mais
comme obéissant à une autorité supérieure
pour réaliser le moindre de deux maux.
C’est ainsi
que Néphi
conclut cette section de son récit
en disant : « Et alors, lorsque moi, Néphi,
j’eus entendu ces paroles…
j’obéis
à la voix de l'Esprit » (1 Néphi
4:14, 18).
En
conséquence, Nombres
15:28 ;
35:11, 15 et
Josué
20:3, 9 devaient englober juridiquement l'action de Néphi
dans le concept de la conduite « involontaire »
et ne le faisaient pas sortir des principes de l'asile ou de la
culpabilité atténuée.
Après
avoir constaté que la définition de l’homicide
excusable allait plus loin que le meurtre purement accidentel et
n'était pas limitée par ce que les lecteurs modernes
considéreraient comme des actes commis
« involontairement », nous devons
maintenant nous demander si cette loi d'Exode 21 allait suffisamment
loin pour inclure même un meurtre avec une épée.
En effet,
l'application d’Exode 21 au meurtre de Laban
ne devait pas être exclue dans l'esprit de Néphi
par Nombres
35:16, même si ce meurtre était par l'épée.
Nombres
35:16 dit :
« Si
un homme frappe son prochain avec un instrument de fer, et que la
mort en soit la suite, c’est un meurtrier. »
Cette
disposition doit cependant être lue dans son contexte.
Le but de
Nombres
35:16-24
est, essentiellement, d'établir la règle que la charge
de la preuve doit incomber à ou au nom du vengeur du sang qui
poursuit un meurtrier jusqu’à un endroit de refuge [24]
et ce texte énonce plusieurs considérations aux fins de
preuve que les juges devaient soupeser pour parvenir à leur
verdict [25].
Si l’on pouvait
prouver que le meurtrier n'avait pas droit à la protection du
sanctuaire, l'assemblée
devait juger entre le meurtrier et le vengeur du sang (Nombres
35:24).
Les
versets
16-18 semblent parler de manière catégorique, créant
des règles de responsabilité stricte qui devaient
fonctionner sans souci de l'état
d'esprit du meurtrier :
Ils
stipulent que s’il frappait la victime avec un instrument en
fer, la touchait en jetant une pierre ou la frappait avec une arme en
bois, le meurtrier devait être mis à la mort.
Mais si
l'utilisation
d’instruments, d’armes ou de projectiles aussi dangereux
pourrait constituer une forte présomption que le meurtre
n'était pas accidentel mais prémédité,
les versets
20-23 montrent que les passages précédents ne visaient
pas à créer des conclusions judiciaires automatiques
basées sur ce seul fait uniquement.
Le texte
continue : « Si
un homme pousse son prochain par un mouvement de haine, ou s’il
jette quelque chose sur lui avec préméditation, et que
la mort en soit la suite, ou s’il le frappe de sa main par
inimitié, et que la mort en soit la suite, celui qui a frappé
sera puni de mort »
(Nombres
35:20-21).
Ces nuances
montrent que la « haine » ou la
« préméditation » doivent encore
être prouvées en plus des éléments de
preuve, pas nécessairement concluants, fournis par la nature
de l'arme utilisée [26].
Le texte conclut que si le meurtrier « pousse
son prochain subitement et non par inimitié, ou s’il
jette quelque chose sur lui sans préméditation, ou s’il
fait tomber sur lui par mégarde une pierre qui puisse causer
la mort, et que la mort en soit la suite, sans qu’il ait de la
haine contre lui et qu’il lui cherche du mal »,
l'assemblée
acquittera le meurtrier et lui permettra de rester dans la ville de
refuge jusqu'à la mort du grand
prêtre
régnant (Nombres
35:22-23).
Ainsi, il
est possible, dans certaines circonstances, qu'une personne se fasse
tuer avec un instrument de fer sans que cela soit automatiquement
considéré comme un homicide requérant la peine
de mort ou toute autre sanction
criminelle
[27].
Il
est évident que la fourchette, dans l'Antiquité, entre
les deux extrêmes de l’homicide intentionnel et de
l'homicide involontaire par négligence était
suffisamment large pour susciter plusieurs questions juridiques
auxquelles il est impossible de répondre aujourd'hui avec
certitude.
Bien que
nous ne puissions pas reformuler, avec une certitude quelconque, une
loi précise sur l’homicide par négligence ou
excusable pour la période biblique (et il est douteux qu'il
ait jamais existé une version codifiée des principes
ci-dessus) [28], il est tout à fait clair que plusieurs
éléments de l'état
d'esprit de Néphi
sont des facteurs susceptibles de prouver qu'un meurtre était
excusable et protégé par loi israélite antique.
Ainsi, bien
que « la Bible ne contienne aucun principe abstrait par
lequel on pourrait déterminer exactement quels critères
le tribunal doit utiliser
pour décider si un meurtre était intentionnel ou
involontaire [29] », il est clair que les meurtres
coupables en vertu de la loi biblique devaient être le fait
d’un état d’esprit prémédité,
déloyal ou motivé par la haine et que pareille
condition était absente dans le cas de Néphi.
Le
fait que Dieu avait livré Laban
entre les mains de Néphi
En fin de
compte, Laban
sera tué pour une seule et unique raison, à savoir
parce que l'Esprit du Seigneur
le commande et contraint Néphi
à le tuer, parce que « le Seigneur
l'a livré entre [s]es mains » (1 Néphi
4:11, 12 ;
voir aussi
1 Néphi
3:29). Si
l’on regarde
au delà de l'état
d’esprit personnel de Néphi
sur la question, la raison finale de son acte est le fait que Dieu a
livré Laban
entre les mains de Néphi.
Comme
l’Esprit le dit,
c’est le Seigneur
qui cause la mort de Laban
: « le
Seigneur
fait mourir les méchants pour accomplir ses justes desseins »
(1 Néphi
4:13). Et,
soit dit entre parenthèses,
le châtiment biblique typique pour les apostats
invétérés et impénitents était
l’exécution par l'épée (Deutéronome
13:15).
Le
meurtre de Laban
n'est pas la seule fois dans l’Israël
antique que Dieu accorde sa sanction à certains meurtres pour
favoriser l'existence et le bien-être nationaux des justes.
Pendant la
conquête de la terre promise, il sera commandé à
Israël
de tuer les habitants de la région afin d'occuper cette terre
et d’installer Israël
et, en conséquence, la loi juive reconnaît
une classification juridique spéciale de certaines guerres
obligatoires exigées quand Dieu le commande
[30]. Les
guerres des rois étaient facultatives et limitées, mais
les conditions imposées par Dieu dans certaines circonstances
faisaient force de loi [31].
Certains
se sont demandés pourquoi il fallait que Dieu commande à
Néphi de tuer Laban
au lieu de simplement lui dire de mettre les vêtements de Laban
et de profiter du déguisement pour obtenir les plaques.
Mais laisser
Laban
ivre en vie aurait probablement créé de plusieurs
manières des problèmes graves :
(1) Laban
aurait pu se réveiller, rentrer chez lui en chancelant ou être
aidé à rentrer par quelqu'un d'autre qui l'aurait
trouvé ivre dans la rue ;
si Laban
était rentré chez lui tandis que Néphi
était là faisant semblant d’être Laban,
Néphi
aurait été extrêmement vulnérable en tant
que cambrioleur nocturne.
(2) Même
si Laban
avait passé la nuit dans la rue, le lendemain matin il aurait
repris ses sens et aurait été furieux.
Il aurait
pris la tête d’une troupe pour rechercher et tuer Néphi
et ses frères et pour récupérer les plaques
d’airain.
Par contre, une fois Laban
mort, sa famille et ceux de sa parenté devaient prendre le
deuil et s’occuper immédiatement des obsèques et
de l'enterrement.
Ils étaient
moins motivés à récupérer les plaques que
Laban
(d'autant plus qu'ils auraient déjà hérité
de l'or et de l'argent de Léhi
grâce à Laban).
(3) Il est
probable que peu de membres de la famille de Laban
étaient au courant des négociations et des conflits
entre Laban
et les quatre fils de Léhi.
Zoram
parti, les habitants de Jérusalem pouvaient très bien
croire que c’était lui, Zoram,
qui avait tué Laban,
puisque la ville de Jérusalem avait toutes les raisons de
croire que les quatre fils de Léhi
avaient été précédemment chassés
de la ville et n'étaient jamais revenus.
Par contre, s’il n’avait
pas été tué, Laban aurait suffisamment connu
Zoram
et les circonstances pour soupçonner ce qui s'était
passé et se lancer dans une poursuite efficace contre Néphi
et ses frères.
Ces raisons
expliquent pourquoi il était pratiquement essentiel à
l'accomplissement de la tâche
de Néphi
que Laban
soit tué et, avec un peu d'imagination, plusieurs autres
raisons peuvent probablement être avancées.
Quoi
qu’il en soit, Laban
n'a pas été tué pour une quelconque raison
pratique à court terme du moment.
Tandis qu’il se tenait au-dessus de
Laban
ivre à se poser des questions, Néphi a dû être
tout étonné.
Il est
immédiatement attiré par l'épée de Laban,
qu'il sort de son fourreau.
La
splendeur
du travail et
le tranchant de la lame d’acier vont laisser une impression
indélébile dans l'esprit du jeune homme.
Pendant
qu’il est là à admirer cette arme, l'Esprit le
contraint à tuer Laban
(1 Néphi
4:10).
Néphi
regimbe.
L'Esprit
lui répète : « Voici, le Seigneur l’a
livré entre tes mains » (1 Néphi
4:11). À
trois
reprises, Néphi
essaie de raisonner l’acte qui lui est commandé, mais
l'Esprit lui dit de nouveau : « Tue-le, car le
Seigneur
l'a livré entre tes mains » (1 Néphi
4:12).
Les
paroles de l'Esprit sont apparemment une citation d'Exode 21:13 :
«S’il
ne lui a point dressé d’embûches, et que Dieu
l’ait
fait tomber sous sa main »
À mon avis, Néphi a dû reconnaître ces
mots ou leur équivalent comme venant du Code de l'Alliance.
Israélite,
Néphi
a certainement appris dans sa jeunesse ce passage d’Exode 21.
Deutéronome
6:6-7 exigeait des parents pieux d’Israël
qu’ils enseignent à leurs enfants la loi de Moïse,
qu’ils en parlent aux repas, la récitent en cours de
route, la répètent avant d'aller au lit et en parlent
en se levant le matin.
Un des
textes les plus importants de la loi de Moïse était Exode
21-23, essentiellement une expansion des dix commandements bien
connus. Le
texte cité par l'Esprit à Néphi
se trouve près du début du Code de l'Alliance.
Le
verbe hébreu d’Exode 21:13 traduit par « livrer »
(innah)
n’apparaît que quatre fois dans la Bible hébraïque.
Mayer
Sulzberger
voit dans cette expression « une allusion subtile au fait
que la sagesse divine » fait en sorte que des événements
se produisent « entre des personnes qui ne sont pas
hostiles entre elles, afin de réaliser des objectifs de
justice que la sagesse étriquée des tribunaux humains
ne pourrait pas atteindre [32]. » En conséquence,
cette expression hébraïque rare ou son équivalent
signifiait essentiellement pour Néphi
que Dieu avait fait en sorte que Laban
et Néphi
se rencontrent cette
nuit-là [33] et que la mort de Laban
a été occasionnée par l’action divine,
mais pas dans le sens où cette expression est comprise
aujourd’hui [34].
Le lien entre les paroles de l'Esprit et
Exode 21 devait être bien plus évident en hébreu
que même en anglais particulièrement si l'Esprit a
utilisé
ce mot rare et non l’un des mots hébreux plus courants
avec le sens de « livrer », comme par exemple
natan,
« remettre ».
Néphi
a certainement bien compris ce que l’Esprit veut lui faire
faire :
Il n’a pas dressé d’embûches et
le Seigneur
a livré Laban
entre ses mains.
Par
conséquent, pour accomplir les buts du Seigneur,
dans ces circonstances exceptionnelles, le meurtre était sur
les deux plans juridiquement justifiable et religieusement excusable.
C'était
le genre de meurtre qui était protégé par la
miséricorde
de Dieu dans un lieu de refuge situé sous la juridiction de
Dieu.
Il vaut mieux qu'un
homme périsse qu'une nation tout entière
L'Esprit
donne enfin l'explication suivante pour la mort de Laban
: « Il
vaut mieux qu’un seul homme périsse que de laisser une
nation dégénérer et périr dans
l’incrédulité » (1 Néphi
4:13). Ce
point de vue au sujet des droits relatifs de l'individu ou du groupe
a également une longue tradition dans l'histoire juridique
biblique et juive.
L'Ancien
Testament
jette les bases narratives de la notion juridique selon laquelle, en
de rares circonstances, une personne unique peut être exposée
à une mort certaine au profit de l’ensemble.
David Daube
a montré que dans l’Israël
ancien il y avait peu de contrainte morale pour protéger
l'individu dans un tel cas :
« Il
est clair que les hommes de Juda n’entretiennent aucun scrupule
de ce genre dans Juges 15:9-13. Craignant ce que leurs puissants
voisins philistins pourraient faire pour régler leurs comptes
avec l’indomptable Samson, ils proposent de le leur livrer
enchaîné [35]. »
Et
le cas de Schéba,
qui s’était rebellé contre le roi David dans 2
Samuel
20, est encore un exemple où la paix est offerte à une
ville entière en échange de la vie d'un seul homme (2
Samuel
20:21-22).
Ce
point de loi, avec ses précédents et son éthique
bibliques, faisait l’objet de vifs débats entre
pharisiens
et sadducéens du temps du Christ :
La position
initiale des pharisiens
était « inflexiblement négative :
personne ne
devait, au grand jamais, être livré, au risque même
d’une extinction [38] » tandis que les sadducéens
(notamment Caïphe
quand il a condamné Jésus) étaient plus libéraux
(Jean
11:50 ;
18:14)
[37]. Ce fut finalement l’idée des sadducéens
qui l’emporta, comme le montre Genesis
Rabbah
: « Il
vaut mieux tuer cet homme [Oulla]
pour qu'ils ne puissent pas punir l'assemblée
à cause de lui [38]. »
Au cours de la période
rabbinique, la loi talmudique
a continué à creuser profondément la
signification et les implications de ces notions.
Utilisés
judicieusement, ces débats confirment le fait que livrer une
personne pour qu’elle soit tuée au profit du groupe
entier était un sujet qu’abordait la loi biblique.
Dans
le Talmud,
l’homicide
non prémédité a fini par être subdivisé
en cinq catégories :
par négligence,
accidentel, presque évitable, sous la coercition ou
justifiable
[39]. À
titre de comparaison avec le cas de Néphi,
les meurtres justifiables comprenaient (1) ceux qui empêchaient
un homme d’en tuer un autre (et par analogie, le meurtre de
Laban par
Néphi va empêcher
de faire périr spirituellement le peuple de Léhi)
et (2) le fait de livrer à la mort un individu expressément
désigné quand les païens menacent de tuer tout un
groupe à moins que cette personne-là ne soit livrée
[40].
Si
les rabbins discutaient avec passion et compassion des circonstances
limitées dans lesquelles la vie d'un individu spécifié
pouvait être sacrifiée au profit du groupe [41] et si un
cas du quatrième siècle apr.
J.-C.
distinguait entre un individu et un groupe sommé de mettre à
mort un homme (l'intéressé doit d'abord se proposer
pour être tué) [42], il ne fait guère de doute
que la possibilité de tuer une seule personne dans l’intérêt
de tous était
reconnue
dans la loi juive antique et qu'elle cadrait bien avec le
raisonnement expressément formulé dans le cas de Laban
(« Il vaut mieux qu'un seul homme périsse que de
laisser une nation dégénérer et périr
dans l'incrédulité »,
1 Néphi
4:13).
En
effet, la logique était du côté des rabbins qui
soutenaient que cette règle était particulièrement
d’application quand la victime avait déjà commis
un crime méritant la mort et ceci soulève la
possibilité supplémentaire que Laban
était d'une manière justifiable condamné à
mourir parce qu'il avait commis un tel crime.
Accuser à
tort une personne d'un délit capital était un crime
capital en vertu de la loi biblique (Deutéronome
19:19), comme ce l’était au Proche-Orient antique depuis
au moins le temps d’Hammourabi
(Code d’Hammourabi
1).
Puisque
Laban
avait accusé Laman
à tort
d'être un « brigand » (un délit
capital) [43] et avait envoyé ses soldats exécuter les
fils de Léhi
sous ce prétexte (1 Néphi
3:13, 25), Laban
jouait effectivement le rôle d’un faux accusateur.
Pareille
accusation, venant d'un officier commandant de la ville, était
plus qu'une vaine insulte ;
elle avait
la force d'une inculpation judiciaire.
Comme Néphi
et ses frères étaient impuissants à corriger le
tort qui leur était fait, il ne restait plus que Dieu pour
exercer la justice à l’égard de Laban.
Facteurs
à l’appui
Trois
preuves indirectes confirment l’idée que la loi en
vigueur du temps de Néphi
considérait le meurtre de Laban
comme quelque chose de moins que l’homicide
coupable ou
capital [44].
Tout
d’abord, il est significatif que les frères de Néphi
ne l'accusent jamais d’enfreindre la loi.
Laman
et Lémuel
ont toutes les raisons d'accuser Néphi.
S'il avait
violé la loi même qu'il prétend observer si
scrupuleusement, Laman
et Lémuel
n'auraient pas manqué de le faire remarquer.
Ils
l'accusent d’usurpation de pouvoir,
d’essayer de devenir leur gouverneur et leur instructeur,
d'essayer de les duper par sa ruse et ses « pensées
insensées » (1 Néphi
16:37-38 ;
17:20),
mais ils ne l'accusent jamais de meurtre.
De plus,
leurs descendants vont enseigner à leurs enfants à
détester et à assassiner les
Néphites
parce que Néphi
« leur avait pris des mains le gouvernement du peuple »
et les avait dépouillés » (Mosiah
10:15-17), mais ils ne décrivent jamais Néphi
comme un meurtrier.
Ceci
implique fortement qu'ils ont accepté l'explication du cas par
Néphi
comme meurtre justifiable.
En
second lieu, lors du couronnement de Néphi
comme roi, ou peu après, Jacob
va s’adresser à la jeune assemblée néphite.
Il prononce
dix malheurs sur ceux qui se livrent à la méchanceté
(2 Néphi
9:27-38).
Il est tout à fait évident que ses
dix malheurs suivent le modèle des Dix Commandements
[45]. L’un
de ces malheurs concerne le meurtre :
« Malheur
au meurtrier qui tue délibérément,
car il mourra » (2 Néphi
9:35).
L'insertion
ostensible du mot « délibérément »
est une nuance qui n’est pas dans le caractère de Jacob.
Rares sont les malheurs stricts
de Jacob
qui sont accompagnés d'un tel qualificatif.
Le message qu’il veut faire passer, c’est que
seuls ceux qui tuent délibérément sont
considérés comme coupables et punissables.
En vertu d’Exode 21:12-14,
cela devait comporter un volonté délibérée,
le fait de « dresser des embûches » ou
toute autre planification semblable et de la haine.
Maudire catégoriquement
tous ceux qui tuaient—particulièrement
lors du couronnement
de Néphi—aurait
été extrêmement
peu diplomatique.
Les gens
se seraient immédiatement demandé : « Oui,
mais et Néphi
alors ? »
La réponse
est simple.
Comme nous
l’avons montré ci-dessus, Néphi
n'avait pas tué « délibérément ».
La
malédiction de Jacob
implique qu'il comprenait qu’Exode 21:13 exigeait un haut
niveau de préméditation.
Troisièmement,
Néphi
n'était bien entendu pas le seul prophète dans
l'Écriture
à verser le sang d'un homme.
Moïse
tue un Égyptien quand il le voit battre un esclave
hébreu ;
quand il
regarde autour de lui et voit que personne n’est témoin,
Moïse tue l'Égyptien et l'enterre dans le sable (Exode
2:11-12).
Craignant de se faire prendre,
Moïse se sauve au pays
de Madian.
Cet
événement jette davantage de lumière sur la
signification du caractère intentionnel
dans la loi de l’homicide dans Exode 21.
Moïse,
le législateur lui-même, aurait pu, tout comme Néphi,
avancer l’argument que son acte spontané n’était
pas prémédité dans ce sens-là.
Encore une fois, il ne s’agit pas de dire ici que Moïse
n’avait
pas commis de meurtre,
mais seulement que c'était un meurtre qui pouvait être
protégé.
Il se sauve
et cherche refuge dans le désert de Madian,
créant peut-être de ce fait le précédent
dont va découler le procédé étrange des
villes de refuge [46].
Pourtant, ce n’est que rarement
que l’on a fait le lien entre la fuite de Moïse et la loi
biblique sur l’asile.
Il y a une
source juive qui imagine que Moïse a dû être heureux
quand il a reçu cette section de la loi de Dieu, parce que
« celui qui a goûté d'une nourriture en a
goûté la saveur » et Moïse « qui
avait précédemment été obligé de
se sauver pour avoir tué un Égyptien, savait ce
que ressent celui qui est poursuivi pour un homicide involontaire
[47]. » Les cas concrets de Moïse et de Néphi
nous fournissent donc des aperçus pratiques importants
concernant la signification de l'homicide involontaire à
l’époque biblique.
L’allusion
de Néphi
à Moïse pendant que ses frères et lui s’avancent
silencieusement vers Jérusalem au cours de cette nuit sombre
s'avère être plus prophétique et plus
significative que Néphi
le pensait probablement à ce moment-là.
Néphi
exhorte ainsi ses frères : « Soyons
forts comme Moïse… Montons: le Seigneur est capable de
nous délivrer, comme il a délivré nos pères,
et de faire périr Laban, comme il a fait périr les
Égyptiens »
(1 Néphi
4:2-3).
Néphi
avait à l’esprit la destruction de l'armée
égyptienne (il pensait qu’il allait rencontrer les
cinquante de Laban), mais en fin de compte, ce n’est pas une
armée que Néphi
détruit, mais un seul homme.
Néphi
va devenir fort comme Moïse, suivant l'archétype qui a
mis en route l'exode d'Israël
d'Égypte.
Néanmoins,
le meurtre de Laban
va inexorablement sceller le destin du groupe de Léhi
comme exilés du pays
de
Jérusalem jusqu'à ce qu'ils arrivent, eux aussi, à
leur nouvelle terre promise.
En rétrospective,
le parallèle entre les actions de Moïse et celles de
Néphi
a sûrement
été renforcé par
le fait que tous les deux avaient été impliqués
dans le meurtre excusable d'un homme.
Dernières
considérations
Au cours
des années, Hugh Nibley
a eu du
plaisir à raconter une
histoire au sujet de ses étudiants arabes du début des
années 50 qui étaient tenus de suivre un cours de base
sur le Livre
de Mormon à
l'université Brigham
Young.
Sachant que
l'épisode de Laban
avait perturbé la sensibilité morale de beaucoup
de lecteurs
du
vingtième siècle,
Nibley
a été intrigué de voir que ces étudiants
trouvaient l'histoire quelque peu invraisemblable mais justement pour
une raison opposée à celle à laquelle il
s’attendait.
Au lieu
d'être dérangés parce que Néphi
tuait Laban
inconscient, les étudiants trouvaient bizarre qu’il
hésitait tellement [48].
Si l’on ne peut pas se servir de la
réaction de ces étudiants arabes comme exemple de
l’attitude des habitants de la ville de Jérusalem vers
600 av.
J.-C., elle
appuie quand même la thèse que les différentes
cultures ont des valeurs propres et des attentes juridiques bien à
elles. Les
lecteurs modernes doivent donc être disposés à
tenir compte non seulement des implications et de l’impact
moral des événements scripturaires
antiques sur la société contemporaine, mais à
considérer aussi ces développements à la lumière
des normes juridiques antiques qui devaient constituer les principes
directeurs dans la vies des gens
d’autrefois.
Si
le vocabulaire et les concepts du
dix-neuvième siècle
sont par certains côtés utiles à l'exégèse
du Livre de
Mormon,
l'épisode de Laban
est un cas où l’environnement du
dix-neuvième siècle
a peu d’aide à proposer [49].
L’auditoire de Joseph Smith au dix-neuvième
siècle
était tout aussi scandalisé par le meurtre de Laban
par Néphi qu'un auditoire moderne.
Les
premiers critiques du Livre
de Mormon
étaient prompts à considérer cet épisode
comme une indication claire que le Livre
de Mormon
n'était pas inspiré de Dieu, un être divin
n'aurait jamais commandé à un vrai prophète de
tuer après avoir déjà commandé :
« Tu ne commettras point de meurtre. »
Cette
conception ne représente cependant qu’un point de vue du
dix-neuvième siècle.
Mais
quand on l’analyse sur la base de la loi biblique antique, le
cas est replacé dans le bon contexte de termes et de questions
juridiques.
Il ne s’agit pas ici de dire
que le meurtre de Laban
nous présente, à nous, lecteurs modernes, un cas facile
: ce
n’était pas non plus un cas facile pour Néphi.
Cependant, dans
son contexte juridique antique, le meurtre a du sens, légalement
et religieusement, comme meurtre non prémédité,
non souhaité, divinement excusable, et justifiable—quelque
chose de très
différent de ce que nos contemporains considèrent comme
homicide criminel.
Notes
1.
Voir Noel B. Reynolds, "The Political Dimension in Nephi's Small
Plates", BYU
Studies
27 (1987): 15-37; et "Book of Mormon, Government and Legal
History in the," Encyclopedia
of Mormonism,
New York, Macmillan, 1992, 1:160-162.
2. Gordon Thomasson, "The
Complex Symbolism and the Symbolic Complex of Kingship in the Book of
Mormon", FARMS paper, 1982.
3. L’étude
de deux étudiants de droit, Fred Essig et Dan Fuller, "Nephi's
Slaying of Laban: A Legal Perspective", FARMS preliminary
report, 1981, explore certains des arguments hypothétiques de
procédure qui ont pu être avancés pour ou contre
Néphi dans un procès de ce genre.
4. Bernard S. Jackson,
Essays
in Jewish and Comparative Legal History,
Leiden, Brill, 1975, pp. 43-44, traitant aussi des idées de
Reuven Yaron et de Moshe Greenberg. Selon Greenberg, “quiconque
tuait personnellement un être humain dans l’intention de
lui faire du mal ne pouvait pas éviter la peine de mort"
en payant une rançon. Moshe
Greenberg, "More Reflections on Biblical Criminal Law”,
Scripta
Hierosolymitana
31, 1986, p. 16.
5.
Lois hittites 1-4, 37-38, 174, dans James B. Pritchard, Ancient
Near Eastern Texts Relating to the Old Testament,
Princeton, Princeton University Press, 1969, pp. 189-190.
6. On trouvera un
traitement de ce concept dans le contexte du Livre de Mormon dans
James L. Rasmussen, "Blood Vengeance in the Old Testament and
Book of Mormon”, FARMS preliminary report, 1981.
7. On trouvera des
traitements des préoccupations des Israélites anciens
concernant la culpabilité du sang et la flétrissure
qu’elle entraîne dans Henry McKeating, "The
Development of the Law on Homicide in Ancient Israel”, Vetus
Testamentum
25, 1975, pp. 57-65; Jacob Milgrom, "Sancta Contagion and
Altar/City Asylum”, dans J. A. Emerton, dir. de publ., Congress
Volume, Vienna 1990,
Vetus Testamentum Supplement, Leiden, Brill, 1981, pp. 278-310.
"Verser le sang d’un innocent, même
involontairement, impliquait une culpabilité du sang et aucun
meurtrier n’était considéré comme libre de
cette culpabilité" ; Moshe Greenberg, "The
Biblical Concept of Asylum”, Journal
of Biblical Literature
78, 1959, p. 127. À propos de la doctrine de la pollution qui
est apparue en Grèce peu après le temps de Léhi,
voir Robert J. Bonner et Gertrude Smith, The
Administration of Justice from Homer to Aristotle,
2 vols., Chicago, University of Chicago, 1930; réimpression
New York, Greenwood, 1968, 1:53, 194-195, 203-205.
8. On
a argumenté qu’il suffisait de satisfaire à l'un
ou l'autre de ces deux éléments pour qu'un meurtre soit
considéré comme involontaire, car le vav
du verset
13, habituellement traduit par « mais » a plus
de sens d’un point de vue grammatical et contextuel
une fois traduit par « ou » surtout si on le
compare avec une construction semblable au verset
16 où le vav
ne peut que signifier « ou ».
Bernard
S. Jackson, Speakers
Lectures, université
d'Oxford, 1985, manuscrit non publié, VIII.5-8.
9.
Voir Mayer Sulzberger, "The Ancient Hebrew Law of Homicide",
Jewish
Quarterly Review
5, 1914-1915, pp. 127-61, 289-344, 559-614, spéc. 290-291,
citant Deutéronome 17:12-13; 18:20, 22; Ésaïe
13:11.
10. Jackson, Essays,
p. 91; voir aussi pp. 154-55. Pour ce qui est du sens du caractère
intentionnel humain, et son lien théologique dans la pensée
juive avec le respect de la volonté divine, voir Howard
Eilberg-Schwartz, The
Human Will in Judaism: The Mishnah's Philosophy of Intention,
Atlanta, Scholars Press, 1986; critique de Bernard S. Jackson, dans
Jewish
Quarterly Review
81, 1990, pp. 179-88.
11. Greenberg, "Biblical
Concept of Asylum", p. 125, italiques ajoutés.
12.
Alexander Rofé, "The History of the Cities of Refuge in
Biblical Law", Scripta
Hierosolymitana
31, 1986, p. 207, italiques ajoutés. Voir aussi Anthony
Phillips, "Another Look at Murder", Journal
of Jewish Studies
28, 1977, p. 121. Autant
que je sache, ceux qui sont de cet avis ne traitent pas la question
en profondeur. Menachem Elon est ambigu: "La peine de mort n’est
prescrite que pour le meurtre délibéré
[citations], distinct de l’homicide non prémédité
ou du meurtre accidentel." Principles
of Jewish Law,
Jerusalem: Keter, 1975, p. 475.
13. Jackson, Speakers
Lectures, VIII.8.
14.
Ben Zion Eliash, "Negligent Homicide in Jewish Criminal Law: Old
Wine in a New Bottle", National
Jewish Law Review
3, 1988, pp. 65-98; citation sur 70-71. Pour
le passage où Eliash assimile l’ "inimitié"
à "l’intention de tuer", voir le traitement de
Rosenbaum, ci-dessous.
15. On
a avancé que le concept antique d’inimitié (ebah)
allait loin au-delà de la haine personnelle et était un
terme technique qui requiert « un genre différent
d'antipathie que celle qui naît dans le cours quotidien des
événements humains ».
Stanley
N. Rosenbaum,
"Israelite
Homicide Law and the Term ‘Enmity' in Genesis 3:15”,
Journal
of Law and Religion
2, 1984, p. 149. Rosenbaum
propose que ce terme hébreu rare désignait à
l'origine un état
de belligérance
qui avait été déclaré par un chef d'État
contre un ennemi du peuple et que ce genre de conflit « ne
peut être résolu que par la mort de l'un d'eux »,
id.,
pp. 148-149.
En ce qui
concerne Genèse
3:15, Rosenbaum
propose que Dieu a agi comme un roi de ce genre en déclarant
une « inimitié » entre Satan
et la postérité d'Adam
et Ève,
car « le vrai fruit [de la séduction de Satan]
qui a eu lieu en Éden a été le meurtre »,
id.,
p. 150 et ce conflit ne sera résolu que quand soit Satan
soit le roi seront morts.
Sa théorie
implique que seuls Dieu ou le roi comme le représentant divin
peuvent légitimement proclamer un tel état
d'inimitié et il en déduit que le pouvoir
royal de proclamer l'ebah
avait été perverti par des individus dans l'Antiquité
et qu’ainsi « le but de la législation [dans
Nombres
35:21-22]
était d'empêcher les personnes de proclamer l'ebah
l’une contre l’autre », id.,
p. 151. Si
cette
observation est juste, elle concernerait le meurtre de Laban,
parce que c'est effectivement Dieu—et
pas Néphi—qui
proclame un
tel état
d'inimitié contre Laban.
Quand Laban
se fait tuer par Néphi,
ce n’est pas en vertu d’une quelconque inimitié interdite
qu'il se serait arrogé, à titre personnel, le pouvoir
de proclamer.
16.
On trouvera une étude intéressante
sur les traitements juridiques et littéraires antiques des
erreurs tragiques par opposition aux accidents moralement
insignifiants dans David Daube,
"Error
and Accident in the Bible", Revue
internationale
des droits
de l'antiquité
2, 1949, pp. 189-213.
Daube,
p. 209, conclut qu'aucune loi n’a été élaborée
pour distinguer l'erreur et l'accident parce que « il est
extrêmement difficile de dégager une erreur relevant
d’un autre contexte le genre et le niveau d'erreur dont on veut
considérer qu’elle acquitte un homme. »
17.
Eliash, "Negligent Homicide in Jewish Criminal Law", p. 88,
citant Maimonide, Mishneh
Torah,
Nezikin 6:10.
18.
Arnold Enker, "Mistake of Law and Ignorance of Law in Jewish
Criminal Law", 2, résumé d’une allocution
pour la Conference of the Jewish Law Association, Paris, juillet
1992, le texte complet doit paraître dans le Jewish
Law Annual.
19.
Henry George Liddell et Robert Scott, A
Greek-English Lexicon,
Oxford, Clarendon, 1968, pp. 27, 53, 514-515, 749-750.
20. W.
F. R. Hardie, Aristotle's
Ethical Theory,
Oxford, Clarendon, 1968, p. 153.
21. Antiphon, III, 2, 6;
voir d’une manière générale Aristote,
Ethique
III, 1, 8-9.
22. Le troisième
livre tout entier de l’Ethique
à Nicomaque
se débat dans les problèmes posés par la
classification d’un acte comme volontaire, hekousia,
involontaire, akousia,
or mixte, miktê.
Voir
Hardie, Aristotle's
Ethical Theory,
pp. 152-159.
23.
Webster's American
Dictionary of the English Language,
New York, Converse, 1828.
24. Nombres
35 fixe aussi le droit mais pas le devoir du meurtrier de chercher
refuge, bien que tous les aspects de la situation du vengeur dans la
procédure judiciaire qui s’ensuit ne soient pas
indiqués.
Eliash,
« Negligent
Homicide in Jewish Criminal Law »,
p. 68.
25.
Ce point de
vue est conforme à la conclusion que d'autres ont tirée
que Nombres
35 a été écrit ou utilisé
dans le cadre des réformes juridiques de Josaphat,
vers 900 av.
J.-C., pour
guider les juges dans le traitement des cas d'asile.
« Ce
passage peut être attribué à la réforme de
Josaphat » ;
voir
Rosenbaum,
« Israelite
Homicide Law »,
p. 151, citant Albright
et Childs.
En effet,
Josaphat
a nommé des prêtres et des anciens pour juger « entre
le sang et le sang » dans toutes les villes entourées
de murs de Juda
(2 Chroniques19:5-11).
Cependant,
les règles de Nombres
35 donnent des directives à l'assemblée
en général,
pas à un groupe choisi de prêtres ou de juges en matière
de preuve (voir Nombres
35:24-25).
26.
Elon,
Principles
of Jewish Law,
p. 475, affirme, au contraire, que n’importe lequel des
éléments suffisait à lui seul :
« Le
caractère intentionnel ou la préméditation sont
établis en prouvant soit qu'un instrument mortel a
été utilisé
(Nombres 25:16-18), soit que l’assaillant entretenait de la
haine ou de l’inimitié à l’égard de
la victime (Nombres 35:20-21). »
Cette
lecture ignore toutefois Nombres 35:22-23, qui stipule qu'un geste
brusque sans hostilité est excusable, même s’il
est fait avec un instrument mortel.
27. On trouvera d’autres
raisonnements dans le même sens dans Eliash, "Negligent
Homicide in Jewish Criminal Law", pp. 70-71.
28. Id., pp. 69-71.
29. Id., p. 69.
30. On
trouvera d’autres détails dans mon article "Law and
War in the Book of Mormon", dans Stephen D. Ricks et William J.
Hamblin, dir. de publ., Warfare
in the Book of Mormon,
Salt Lake City, Deseret Book et FARMS, 1990, p. 49.
31.
George Horowitz, The
Spirit of Jewish Law,
New York, Bloch, 1953, pp. 147-148.
32. Sulzberger, "The
Ancient Hebrew Law of Homicide", p. 292.
33. L'hébreu
peut être traduit : « Dieu [ha-Elohim]
l'a fait rencontrer »,
Jackson, Essays,
p. 91, n. 98 ;
mais cette
expression n’est attestée
nulle part et sa signification n'est donc pas entièrement
sûre.
Eliash
rend cette expression ainsi : « Et le Seigneur
fit en sorte que cela vienne [par]
sa main »,
voir « Negligent
Homicide in Jewish Criminal Law »,
p. 69. Paul
Hoskisson
suggère dans une correspondance privée datée du
2 juin 1981, qu'on devrait comprendre que l'hébreu veut dire
que « Dieu a fait que l'occasion lui soit donnée »
à savoir celui qui a été tué.
Les
traducteurs grecs de la Septante,
trois siècles après Néphi,
ont rendu ces mots hébreux par alla
ho theos paredoken eis tas cheiras autou,
littéralement « mais Dieu l’a livré
entre
ses mains ».
En dépit
des nuances que la traduction peut apporter ici, le message a dû
en tous cas être clair pour Néphi
: Dieu
l'avait fait tomber sur Laban
ou avait fait en sorte que ce résultat tombe sur Laban
ou avait livré Laban
entre ses mains.
34.
La
participation de Dieu aux fins d’Exode 21:13 ne doit pas être
confondue - ce serait un anachronisme - avec la notion juridique
moderne de « force majeure », qui a pris le
sens d’ « acte occasionné exclusivement par
une violence de la nature sans intervention d’un agent
humain ».
Black's
Law Dictionary,
rév. 4e éd., St. Paul, MN, West, 1968,
p. 43.
35.
David Daube, Appeasement
or Resistance,
Berkeley, University of California Press, 1987, p. 79.
36. Id.
37. Voir id., pp. 86-88.
38. Genesis Rabbah 94 sur
46.26, cité dans id., p. 87.
39.
Elon, Principles
of Jewish Law,
p. 476.
40. Id., p. 476.
41.
Voir TY Terumot
8:10, 46b, dans The
Talmud of the Land of Israel: A Preliminary Translation and
Explanation,
Alan J. Avery-Peck, trad., Chicago, University of Chicago Press,
1988, 6:418, qui dit :
Il
est enseigné [T. Ter.
7:20] : [À
propos de] un groupe d’hommes qui marchaient et qui
rencontrèrent des gentils,
qui leur dirent :
« Donnez-nous l’un des vôtres que nous
puissions le tuer, sinon, voici, nous vous tuerons tous »
— qu’ils les tuent tous, mais qu’ils ne leur
livrent pas un seul Israélite.
Mais s'ils
en ont choisi un, comme ils ont choisi Schéba,
fils de Bicri
[2 Sam 20], qu’ils le leur donnent pour ne pas se faire tous
tuer. R.
Simeon
b. Laqish a
dit :
« Ceci n’est d’application que si l'homme
mérite [déjà] d’être exécuté,
comme c’était le cas de Schéba,
fils de Bicri. »
Mais R.
Yohanan
dit : « [C’est d’application] même
s’il ne mérite pas d’être exécuté,
comme c’était la cas de Schéba,
fils de Bicri. »
De
même, il a été permis à un groupe de
femmes d’en livrer une qui était impure pour qu’on
la viole afin de protéger la pureté des autres.
Id.
S’il était permis de sacrifier l’intérêt
d'une personne pour le profit de tous, les rabbins enseignaient que
« la loi pour les pieux » déconseillait
d’agir ainsi.
Id.,
p. 419.
D'autres
soutenaient que la personne choisie pour mourir devait « déjà
avoir perdu la vie en ce qui concerne Dieu en
commettant, contre
les lois de Dieu, un
délit capital
pour lequel il n'avait pas encore été puni »,
bien que cette opinion n'ait pas fait l’unanimité.
Haim
H. Cohn,
Human
Rights in Jewish Law,
New York,
KTAV,
1984, p. 38.
42.
David Daube, Collaboration
with Tyranny in Rabbinic Law,
Londres, Oxford, 1965, pp. 26-27.
43. Bernard
S. Jackson, Theft
in Early Jewish Law,
Oxford,
Clarendon,
1972, p. 13,
Contre les
brigands « c’étaient les lois de la guerre
qui étaient d’application », p. 16.
Je remercie
Paul Hoskisson
de m’avoir rappelé récemment ce sujet dont nous
avions discuté il y a plusieurs années.
Il est
également probable que Laban
était parmi ceux qui avait injustement accusé Léhi
d'être un faux prophète, ce qui était également
un délit, Deutéronome
13:5 ;
18:20.
44.
Dans cet
article, je me suis occupé des lois de la société
dans laquelle Néphi
vivait.
Dieu a
donné à Néphi
et à tous les prophètes et apôtres antiques des
règles privées supplémentaires
qui ont pu guider les actes de Néphi
ou façonner la manière dont il va raconter plus tard
les événements de 1 Néphi
4. Voir
D&A
98:23-38.
Nous ignorons cependant si
Néphi
a reçu les deux lois mentionnées dans D&A
98 avant ou après l'épisode de Laban ;
il a pu les
avoir reçues lorsque ses partisans et lui se sont séparés
de Laman
et de son groupe, car ces deux règles traitent de 1)
supporter de manière défensive une triple attaque de la
part d’ennemis contre les justes et
leurs familles
et, 2) prévenir de manière offensive les ennemis à
trois reprises et leur proposer la paix avant
d'aller faire la guerre contre eux.
Ces règles
de la guerre correspondent aux événements rapportés
dans 2 Néphi
5, mais elles ne s'appliquent pas avec précision au cas de
Laban.
La
déclaration :
« S'il
a cherché à vous ôter la vie, et que votre vie
est mise en danger par lui, votre ennemi est entre vos mains et vous
êtes justifiés »
(D&A
98:31) pourrait donner l’impression de faire écho à
l'épisode de Laban,
mais il ne s'applique littéralement qu’à un cas
d'autodéfense, ce qui n'était pas le cas de Néphi
et de Laban
puisque la vie de Néphi
n'était pas menacée quand il a trouvé Laban
ivre dans les rues de Jérusalem.
Si Néphi
avait connu cette loi à ce moment-là et l'avait
considérée comme une justification complète,
il l’aurait sans doute dit.
Il
voit plus dans le cas que ceci seulement.
45.
"Jacob's Ten Commandments", dans John W. Welch, dir. de
publ., Reexploring
the Book of Mormon,
Salt Lake City, Deseret Book et FARMS, 1992, pp. 69-72.
46. La datation
des textes bibliques relatifs aux villes de refuge et la mesure dans
laquelle ils ont effectivement été mis en application
prête à discussion.
Mais en
tous cas, ils sont antérieurs à Léhi
et à Néphi.
Moshe
Greenberg
date les lois d'asile d’avant les réformes de Josias,
v. 625 av.
J.-C. ;
voir « The
Biblical Conception of Asylum »,
p. 126.
Henry
McKeating
apporte des éléments de preuve d'une coutume de
sanctuaire au début de la monarchie et montre que peu sont
convaincus que ces pratiques ne sont pas au moins aussi anciennes que
le septième siècle av.
J.-C.
Voir « Development
of the Law on Homicide in Ancient Israel »,
pp. 53-54.
Que
ces lois aient été promulguées par Moïse
lui-même ou modelées sur lui, sa fuite à Madian
a pu influencer l’apparition de la notion de refuge.
47.
Louis
Ginzberg,
The
Legends of the Jews,
7 vols.,
Philadelphie,
Jewish Publication Society of America,
1938, 3:416 et n. 869.
Voir
aussi Rofé,
« The
History of the Cities of Refuge »,
p. 237, qui avance que la fuite de Moïse à Madian,
l'évasion d'Absalom
à Gueschur
(2 Samuel
13:37 ;
14:13, 32)
et le fait que Caïn soit devenu un vagabond sur la terre (Genèse
4:12-16) prouvent clairement que l'exil que l’on s’impose
par rapport à la société était, était
une possibilité pour le meurtrier en vertu de loi coutumière
israélite antique.
48.
John W. Welch, "Hugh Nibley and the Book of Mormon", Ensign
15, avril 1985, p. 52.
49. Il
est difficile de déterminer comment la loi de l’homicide
était comprise dans la localité de Joseph Smith.
En vertu
des lois coloniales les plus anciennes de New York, qui étaient
basées en grande partie sur les précédents
bibliques, un homicide capital était défini comme
« délibéré et prémédité ».
Earliest
Printed Laws of New York 1665–1693,
John D. Cushing, dir. de publ., New York, Michael Glazier, 1978, p.
124. De
même, les Blue Laws de la Colonie de New Haven de 1656,
parlaient de « meurtre délibéré…
sur méchanceté, haine ou cruauté préméditées,
(pas pour une défense nécessaire et juste, ni par
simple accident contre sa volonté), il sera mis à la
mort. »
Blue
Laws of New Haven Colony 1656,
compilées par un antiquaire, Hartford,
Case,
Tiffany,
1838.
Au
dix-neuvième siècle, on accordait une plus grande
protection encore à la vie.
La vie « ne
peut légalement être éliminée ou détruite
par un individu quel qu’il soit, ni par la personne elle-même,
ni par aucun autre de ses semblables,
simplement de leur propre chef. »
Blackstone's
Commentaries on the Laws of England,
Chicago, Callagan, 1872, p. 133. Les
lois, telles que le Code pénal de l'état
de New York, 1865, réduisaient au minimum l'importance de la
préméditation qui était exigée :
§243 : « Un
dessein de causer la mort qui soit suffisant pour constituer le
meurtre peut naître immédiatement avant que ne se
commette l'acte par lequel il est mis à exécution. »
En vertu de ces statuts, l’homicide
n’était excusable que dans certains accidents ;
lorsque l’on
corrigeait légalement un enfant ou un serviteur ;
lorsque l’on accomplissait un
acte légal avec les précautions ordinaires et sans
intention illégale ;
lorsque l’on
résistait à une tentative de meurtre ;
en cas de légitime défense ;
quand on appréhendait
un criminel, que l’on écrasait une émeute ou que
l’on maintenait légalement la paix.