La
véracité de l’Église de Jésus-Christ
des saints des derniers jours est indissolublement liée à
l’authenticité du Livre de Mormon. Ou bien celui-ci est
véritablement le document historique qu’il affirme être,
et dans ce cas ni Joseph Smith, ni personne d’autre, que ce
soit au 19e siècle ou de nos jours, n’aurait pu en être
l’auteur, ou bien c’est un faux, et alors il sera
inévitablement démasqué par les progrès
des connaissances scientifiques, et l’Église se révélera
être une fausse église. Or, depuis une cinquantaine
d’années, les indices en faveur de l’authenticité
historique du Livre de Mormon n’ont cessé de se
multiplier au point que quiconque veut mettre le Livre de Mormon (et
l’Église) en doute ne peut plus – s’il est
intellectuellement honnête – les ignorer. L’article
suivant traite d’un de ces indices.
Vol
et brigandage dans le Livre de
Mormon
et dans la législation
du Proche-Orient antique
John W. Welch
F.A.R.M.S. Preliminary
Report – WEL-85a
Il
est bien établi que la plupart des systèmes juridiques
du Proche-Orient antique faisaient une distinction très
précise entre voleurs et brigands. En vertu de ces lois, le
voleur était habituellement une personne locale qui volait son
voisin. Il tombait sous le coup de la justice. Il était jugé
et puni au civil, la plupart du temps par un tribunal constitué
de ses concitoyens. D'autre part, le brigand était quelqu’un
du dehors. C'était l'armée qui s'en chargeait. Dans la
plupart des cas, celle-ci avait la responsabilité de
débarrasser le territoire des brigands, et ces hors-la-loi
pouvaient être exécutés sommairement. Le présent
article veut démontrer qu'une distinction technique juridique
et culturelle quasiment identique entre voleurs et brigands existe
dans le Livre de Mormon.
Les
définitions juridiques du vol et du brigandage,
particulièrement dans les lois de l'Israël antique, ont
été analysées en profondeur par Bernard S.
Jackson i.
On trouvera ci-après un résumé et un bref
commentaire de ses découvertes principales. En parallèle
avec d'autres études ii,
elles fournissent une information abondante ayant trait à
beaucoup de passages dans la Bible et, par dérivation, dans le
Livre de Mormon. Les caractéristiques et le traitement
juridique suivants des voleurs et des brigands dans le Proche-Orient
antique peuvent être dégagées:
1.
Dans une certaine mesure, les mots hébreux ganab
(voler) et gannab
(voleur) ont le sens de voler en
secret, tandis
que les termes gazal
(commettre
un acte de brigandage) et gazlan
(brigand) signifient normalement prendre des biens ouvertement
et de manière flagrante, le plus souvent par la force iii.
Toutefois cette distinction précise entre le fait de prendre
en secret et ouvertement n'apparaît pas toujours clairement
dans les textes bibliques iv;
ce n'est devenu un élément juridique "fermement
établi" qu'à la période tannaïtique
du judaïsme rabbinique v.
Par conséquent, Jackson ne trouve pas que cela a été
la différence critique entre ces deux notions dans la
législation et la société israélite
préexiliques
vi.
2.
Chose plus importante, Jackson conclut que l'on peut trouver une
distinction juridique fondamentale beaucoup plus ancienne et beaucoup
plus importante dans les textes bibliques, à savoir qu'un
gannab
est typiquement quelqu'un
de l'intérieur, qui
appartient à la même collectivité que sa victime
et y vit, tandis que le gazlan
est quelqu'un
de l'extérieur
vii.
Il explique les cas – essentiellement dans la littérature
prophétique – où cette distinction varie en
fonction de l'évolution historique ou de l'usage figuré
viii.
Avec le temps, ces mots pouvaient prendre des connotations
différentes, et des mots différents pouvaient être
utilisés ix,
mais la langue hébraïque trouvait toujours des mots
différents pour exprimer la distinction sociale et juridique
immuable entre les voleurs du voisinage et les bandes de brigands
venus de l'extérieur.
3.
Le vol impliquait une série d'actes qui allaient au-delà
du simple fait de prendre les biens d'autrui. Souvent, les baillis
qui convertissaient les biens qui leur étaient confiés
et celui qui découvrait de manière frauduleuse des
biens perdus recevaient le même châtiment que les voleurs
x.
"Le fait de détenir des biens perdus était traité
comme du vol dans les lois d'Eshnunna et les lois hittites xi",
et Philon incluait "dans le vol le débiteur qui se
soustrayait à ses obligations et l’associé
fraudeur xii".
Ainsi donc, d'autres façons de prendre étaient
associées ou assimilées au vol, même si on ne les
considérait probablement pas comme identiques à tous
les points de vue à celui-ci. Le fait de piller et de
dépouiller (bazal
et
shalal)
sont associés au fait d'un prendre du butin à la guerre
ou par violence. La tromperie était décrite par une
expression idiomatique comme une forme de vol, comme quand Absalom
"gagnait (volait, wayeganneb)
le cœur des gens d'Israël" (2 Samuel 15:6).
4.
Un autre facteur important est le fait que ganab
est utilisé essentiellement à propos d'une personne qui
agit seule,
tandis que gazal
indique
une action "habituellement commise par un groupe".
Le mot hébreu gedud,
qui signifie "bandits" (littéralement "bande"),
exprime aussi le caractère collectif de ces groupes qui se
livrent à des raids xiii.
De même, dans l'ancienne loi romaine, l’idée de
bande était "vitale" dans la définition du
brigandage xiv.
5.
Il apparaît de manière systématique que ces
groupes de brigands étaient organisés
en groupes "professionnels", avec des dirigeants et un
règlement reconnu. Achille Tatius décrit une bande
militante au nombre de 10.000 personnes avec un chef appelé
"roi" xv.
Toutefois, une bande de brigands pouvait être beaucoup plus
petite et certaines lois précisaient des nombres pour
distinguer les voleurs (agissant seuls ou en petits groupes) des
brigands (dans un groupe suffisamment grand pour être considéré
comme une bande) xvi.
"Les brigands vivaient en vertu de leur propre code, sanctionnés
par leurs propres idées et pratique religieuses. Ils avaient
leurs propres prêtres" xvii.
C'étaient quand même des bandes vivant en marge de la
loi et Josèphe dit qu’ils n'hésitaient pas à
commettre des actes de brigandage l’un vis-à-vis de
l'autre xviii.
Diodore considère le pillage comme une activité à
plein temps pour ces brigands xix,
et Josèphe signale que les familles des brigands vivaient avec
eux dans leurs cavernes xx.
Souvent on ne sait même pas d’où ces brigands
venaient, mais Lutz avance la théorie qu’ils étaient
constitués de dissidents, d’étrangers ou de
descendants de mercenaires étrangers et d’exclus de la
société – des groupes spécialement créés
par "la situation politique, économique et sociale, qui
donnait le jour à une catégorie distincte de rebut de
l'humanité" xxi.
6.
Ces brigands se liaient les uns aux autres par des serments
et habillaient tout cela de rituels religieux. Par exemple, Josèphe
parle d'une bande qui avait un serment que tous prêtaient
(symnomnymenoï kata lochous) xxii
et, selon Dion Cassius, une autre bande, qui, sous la direction du
prêtre Isidore provoqua presque une révolte générale
en Égypte en 172-73 de notre ère, sacrifia le compagnon
d'un centurion romain et "prêta serment sur ses entrailles
et ensuite les dévora xxiii."
On dit qu’ils sacrifiaient et mangeaient ces victimes pour
purifier leur camp xxiv.
7.
Une obligation importante de ces brigands était de garder
secrète leur identité et le lieu de leur cachette. Leur
camp se trouvait habituellement dans les montagnes xxv.
Par exemple, Juges 9:25 rapporte que "les habitants de Sichem
placèrent en embuscade contre lui, sur les sommets des
montagnes, des gens qui dépouillaient tous ceux qui passaient
près d'eux sur le chemin". Josèphe fait une
description imagée de cavernes qui s’ouvraient sur des
précipices de montagne, où vivaient les brigands
qu'Hérode conquit xxvi.
8.
La façon de procéder de ces brigands consistait à
dévaler de leur perchoir des montagnes sur les villages pour y
faire des raids xxvii.
Il leur arrivait, cependant, d'agir également à
l'intérieur des grandes villes. Par exemple, à
Jérusalem sous Félix (vers 50 apr. J.-C.), des bandits
commirent une vague de meurtres, dont celui de Jonathan, le souverain
sacrificateur, en plein jour. Ils se mêlaient aux foules lors
des fêtes, munis de couteaux, et poignardaient leurs ennemis,
après quoi ils se joignaient aux cris d'indignation et
d'alerte xxviii.
Il est clair qu'ils étaient sanguinaires et sans scrupules. Un
des brigands massacra ses fils et sa femme puis se suicida sous les
yeux d'Hérode xxix.
Josèphe fait le récit suivant des opérations
d'un de ces groupes en Judée au premier siècle de notre
ère :
Ces
assassins, évitant à la faveur de la nuit ceux qui
auraient pu les arrêter, surprirent la petite ville d'Engaddi.
Ceux d'entre les habitants qui étaient capables de résister
furent, avant de pouvoir saisir leurs armes et de s'assembler,
dispersés et chassés de la ville; ceux qui étaient
incapables de fuir, plus de 700 femmes et enfants, furent massacrés.
Ensuite ils pillèrent les maisons, s'emparèrent des
produits agricoles les plus mûrs et emportèrent leur
butin à Massada. Ils traitèrent de la même sorte
tous les villages autour de la forteresse et dévastèrent
toute la région; ils étaient rejoints quotidiennement
par de nombreuses recrues dissolues venant de tous les coins.
De
plus, dans tous les autres endroits de la Judée, des bandes de
prédateurs, jusqu'alors calmes, commencèrent à
s'agiter ; car, comme il arrive dans le corps humain, que lorsque la
partie la plus noble est attaquée d'une grave maladie toutes
les autres s'en ressentent, ainsi la sédition et le désordre
dans la capitale donnaient aux fripouilles de la campagne toute
liberté de piller; et chaque bande, après avoir pillé
son propre village, se retira dans le désert. Ensuite,
unissant leurs forces et se jurant mutuellement fidélité,
ils s'assemblèrent en troupes assez nombreuses pour former,
sinon une petite armée, au moins plus qu'une troupe de
voleurs, et ils attaquèrent les villes et les temples. Les
malheureuses victimes de leurs attaques subissaient le triste sort
des prisonniers de guerre, mais étaient privés de la
possibilité d'exercer des représailles, parce que leurs
ennemis, à la manière des brigands, se retiraient
aussitôt avec leur butin xxx.
9.
Les brigands prenaient toutes les mesures possibles pour harceler les
grandes routes ou affaiblir
le gouvernement local pour
avoir plus de facilité pour piller xxxi.
Effectivement, le succès des bandes de brigands en Égypte
"redevenait immédiatement grand chaque fois que le
gouvernement montrait le moindre signe de faiblesse politique ou
économique" xxxii.
Josèphe rattache expressément l'apparition des brigands
à "la sédition et [au] désordre dans la
capitale" xxxiii.
Ainsi donc, l'action de ces brigands était souvent de nature
politique xxxiv.
Par exemple, dans 2 Chroniques 21:16-17 et 22:1, des bandes de
brigands s'introduisent dans la maison du roi, lui volent ses femmes
et tuent ses fils. Par conséquent, il était courant que
les brigands prétendent au trône ou se le disputent xxxv.
10.
Les raids des brigands s'accompagnaient parfois "de destructions
à grande échelle" xxxvi ;
à d'autres moments, ils attaquaient juste pour
réapprovisionner leurs réserves ou compléter les
maigres revenus qu'ils tiraient du sol xxxvii.
On ne peut douter de la force militaire de certains de ces groupes:
l’un d’eux faillit prendre la ville d'Alexandrie aux
Romains xxxviii.
Ils étaient plus menaçants que les envahisseurs
étrangers xxxix.
11.
Les brigands exigeaient souvent une rançon
ou extorquaient de l'argent aux villes à titre de pillage. Un
texte laisse entendre que les ligues de brigands étaient si
courantes en Égypte qu'elles acquirent le droit, en vertu de
la coutume, d'exiger une rançon égale au quart de la
propriété saisie ou menacée xl.
Josèphe accuse Albin d’accepter des pots-de-vin des
brigands xli.
12.
Le gannab
(voleur) que l'on arrêtait, était jugé selon la
procédure juridique de la collectivité, tandis que le
gazlan
(brigand) n'était pas considéré comme membre de
la collectivité jouissant nécessairement du droit à
la protection de la loi et pouvait donc être sujet à la
force militaire et à la loi martiale xlii.
La célérité avec laquelle on traitait les
brigands semble avoir dépendu de la gravité du problème
qu'ils posaient à un moment donné et de la capacité
qu'avait le gouvernement central de s'occuper d'eux xliii.
13.
C'étaient les autorités gouvernementales locales qui
avaient la tâche de débarrasser le territoire de la
menace de ces bandes de brigands. C'est ainsi, par exemple, que le
code d'Hammourabi distingue entre saraqu
(voler) xliv
et habatu
(commettre des brigandages) xlv.
Le voleur était un délinquant de droit commun. On
pouvait ordinairement le démasquer et le condamner. Mais dans
le cas d'un brigand qui n'était pas pris, "la ville et le
maire dans le territoire ou le district desquels l’acte de
brigandage a été commis" étaient tenus de
remplacer ce qui avait été dérobé; et si
la victime avait été tuée, la ville ou le maire
devait payer un maneh
d'argent aux héritiers de la personne décédée
xlvi.
Ainsi donc, une lourde responsabilité incombait aux autorités
locales si un brigand – pas un voleur – n'était
pas pris. La différence semble reposer sur la distinction
entre "le délinquant isolé et le groupe
organisé... Ce genre de responsabilité civile était
une tentative de protéger l'autorité centrale contre
les attaques et existait, pour des situations semblables, ailleurs
dans le monde antique" xlvii.
En effet, beaucoup de rois babyloniens, urgaritiques et phéniciens
ont laissé des inscriptions où ils se vantent d'avoir
extirpé les brigands de leur territoire et Ipuwer déplore
l'insécurité créée en Égypte par
ces brigands xlviii.
À ce sentiment de la responsabilité civile vis-à-vis
du brigandage était liée la loi qu’un berger ou
un transporteur étaient justiciables en cas de perte par vol,
mais non de perte causée par des brigands, contre lesquels ils
étaient impuissants xlix.
14.
Bien que les informations dont nous disposons en ce qui concerne le
châtiment des voleurs soient discutables l,
il était clair que
la peine de mort
pouvait être infligée aux brigands li.
Effectivement, les brigands étaient "souvent exécutés
sommairement" lii.
Dans un cas au moins le châtiment fut la crucifixion liii.
La décapitation par l’épée semble aussi
être un mode d'exécution possible liv.
15.
Les chefs de ces bandes de brigands étaient traités
d'une manière particulièrement spectaculaire. Josèphe
rapporte qu'Hérode mit à mort un chef de brigands
appelé Ézéchias, qui était à la
tête d'une "grande horde" lv
et note l'arrestation d'un autre chef de brigands, Éléazar,
qui fut envoyé à Rome pour être jugé,
alors qu'il n'était pas citoyen romain lvi.
Nous ne savons pas pourquoi il fut envoyé à Rome ;
peut-être était-ce en vue d'une humiliation, d'une
exécution ou d’une exposition publique dans le cadre
d'un triomphe.
16.
Les brigands étaient considérés comme des
instruments de la justice
divine.
Les méchants étaient assaillis par les attaques
tumultueuses de ces brigands à titre de manifestation du
jugement de Dieu. Par exemple, Osée 7:1 dit : "Lorsque je
voulais guérir Israël, l'iniquité d'Éphraïm
et la méchanceté de Samarie se sont révélées...
La bande s'est répandue au-dehors."
Le
présent résumé est évidemment très
condensé. Il ne rend pas justice à la critique
textuelle habile et détaillée que fait le professeur
Jackson de toutes ses sources primaires. Il n'essaye pas non plus de
montrer les changements subtils de signification ou de jurisprudence
qui se sont produits sur la période de plus de mille ans d'où
sont issus ces textes de loi antiques. Toutefois, ce qui en découle,
c'est une vision assez claire du sujet de cette étude, à
savoir qu'il y avait, dans ces civilisations antiques, une différence
juridique reconnue entre voleur et brigand. De plus, où que
l'on regarde, au Proche-Orient antique, les brigands d'autrefois
étaient organisés et actifs d'une manière qui
est typiquement la même; ils causaient essentiellement les
mêmes problèmes et les autorités gouvernementales
locales les traitaient selon des procédures juridiques
fondamentalement les mêmes.
Ayant
ainsi fait ressortir la situation générale dans le
Proche-Orient antique, nous sommes maintenant en mesure de comprendre
et d’apprécier les passages du Livre de Mormon qui
parlent de voleurs ou de brigands. Ces textes emploient
invariablement les mêmes distinctions techniques juridiques et
culturelles entre voleurs et brigands que leurs homologues israélites
lvii.
Nous allons maintenant examiner chaque texte du Livre de Mormon à
la lumière des caractéristiques énumérées
ci-dessus, en notant particulièrement la distinction
fondamentale entre les voleurs, membres de la collectivité de
la victime, et les brigands, hors-la-loi ou gens du dehors.
Les
petites plaques de Néphi
Étant
donné que le vol et le brigandage ne sont mentionnés
que trois fois dans les petites plaques de Néphi, il apparaît
que ni l'un ni l'autre ne constituaient une préoccupation
sérieuse au début de l'histoire néphite. On peut
néanmoins mieux comprendre ces mentions de vol ou de
brigandage à la lumière des concepts du Proche-Orient
antique.
Premièrement,
le mot brigand
apparaît dans 1 Néphi 3:13. Bien que pas tout à
fait dénué d'ambiguïté, le mot brigand
semble être utilisé ici dans sa signification technique
ancienne. Laban, qui s'est mis en colère contre Laman parce
que celui-ci a essayé d'obtenir les plaques d'airain, le jette
dehors en disant: "Voici, tu es un brigand
et je vais te tuer".
En vertu de la législation ancienne, la peine de mort était
d'application pour un brigand. Néanmoins, le lecteur moderne
trouve cette accusation hors de propos: assurément, autant que
nous pouvons l’imaginer, Laman n'avait pas agressé Laban
quand "il lui parla tandis qu'il était assis dans sa
maison" (3:11) ; Laman n'avait rien pris non plus sur la personne
de Laban ou dans sa présence immédiate, comme
l'exigerait la législation anglo-américaine lviii.
Comment peut-il alors être accusé d'être un
brigand et être menacé d'exécution sommaire ?
La
réponse peut résider dans l'idée que Laban, qui,
étant l’un des édiles municipaux de Jérusalem,
devait bien connaître la loi, partait de la justification
juridique suivante : Laman pouvait être accusé d'être
un brigand parce que ses frères et lui étaient
maintenant étrangers à Jérusalem. La bande
constituée par sa famille avait quitté la ville et
avait installé son camp dans le désert. En fait, Léhi
avait été une sorte de délinquant recherché
(1:20) et il se peut qu'il ait toujours été considéré
comme hors-la-loi lix,
de sorte que son groupe – du moins dans le raisonnement de
Laban – pouvait être considéré comme une
bande de brigands, fuyant la justice et revenant maintenant pour
essayer d'obtenir ouvertement la possession de biens. Laban, étant
officier militaire (3:31), pouvait incontestablement exercer une
autorité martiale sommaire sur un brigand et le tuer, alors
qu'il aurait dû faire passer un voleur en justice lx.
Ainsi donc, lorsqu’il qualifie Laman de brigand et le menace
par conséquent de mort, Laban n'a pas recours à de
vaines métaphores. Elles auraient été
suffisantes pour piquer Laman au vif en dépit du fait qu'il
aurait certainement pu rétorquer qu'il était innocent
de cette accusation. La situation juridique de Laman n’allait
pas non plus s’améliorer lorsque les frères
revinrent bientôt avec des brassées d'objets précieux
(3:22-25). Laman et Lémuel, Sam et Néphi auraient
certainement eu du mal à prouver qu'ils étaient
propriétaires de ces biens lxi;
ainsi ils auraient pu être encore plus vulnérables face
à la fausse accusation de Laban qu'ils étaient des
brigands.
Deuxièmement,
le mot voler
(qui devait être ganab
en hébreu, la racine signifiant aussi "vol",
"voleur", etc.) n'apparaît qu'une fois au cours de
cette période, dans 2 Néphi 26:32. Néphi
mentionne ici huit commandements donnés par Dieu à tous
les hommes (26:33). Les lois de Néphi ressemblent à de
nombreux égards à l'ensemble de lois dites noachides,
dont il est dit dans la loi juive qu'elles s'imposent à tous
les descendants de Noé lxii.
Les lois noachides et celles de Néphi sont étroitement
apparentées aux dix commandements d’Exode 20, dont le
huitième dit: "Tu ne déroberas point (tignob,
de la racine ganab)."
Ce qui est visé dans les dix commandements, c'est le fait de
voler quelque chose à son prochain lxiii,
comme le confirme le fait que le dixième commandement interdit
expressément de convoiter les biens de son prochain. C'est
donc à juste titre que Néphi utilise le mot voler.
Le
troisième cas ne concerne pas la distinction juridique entre
vol et brigandage. Derrière le texte anglais de 2 Néphi
20:2 et 13 se trouvent différents mots hébreux, bazaz
et shasah.
Ceux qui "dépouillent (yabozzu)
les orphelins" et ont "volé (shoseti)
leurs trésors" sont condamnés dans Ésaïe
10:2, 13 (2 Néphi 20:2, 13). Ésaïe parle ici de
ceux qui exploitent les pauvres. On trouve la même
signification derrière 2 Néphi 28:13, où Néphi
(faisant le commentaire de ces paroles d'Ésaïe) condamne
les églises qui "dépouillent les pauvres pour
leurs beaux sanctuaires lxiv".
La
période des rois à Zarahemla
Comme
dans les petites plaques, le livre de Mosiah ne mentionne jamais non
plus d’actes de brigandage au pays Zarahemla. Les brigands
n'étaient apparemment pas non plus une menace sérieuse
à l'époque pour les Néphites, un fait qui cadre
avec la présence du gouvernement central fort qui existait
alors. Cependant, quand le vol et le brigandage sont mentionnés
au cours de cette période, le vol désigne
invariablement le vol au sein de la collectivité et le
brigandage vient de l'extérieur.
Le
brigandage est mentionné dans Mosiah 10:16-17, qui rapporte
que les Lamanites accusent Néphi d'avoir "commis un acte
de brigandage contre eux" en prenant les plaques d'airain lxv.
Ce qui rend plausible cette allégation du point de vue des
Lamanites, c'est sans doute le fait que Néphi avait quitté
le pays du premier héritage et s'en était allé
avec sa propre bande de partisans. Par conséquent, les
Lamanites enseignèrent à leurs enfants à rendre
la pareille, à "commettre des actes de brigandage et de
pillage" contre les Néphites (10:17). Il n'est pas
question de vol ici, parce qu'ils n'auraient pas envisagé de
"voler" chez ceux qu'ils considéraient comme étant
des gens de l'extérieur. En effet, Mosiah 24:7 dit
expressément qu'ils pillaient "sauf parmi leurs propres
frères". Ils ne commettent des actes de brigandage que
parmi d'autres peuples. Nous voyons ainsi se manifester de nouveau la
distinction fondamentale entre le vol dans la collectivité et
le brigandage par un groupe extérieur.
Le
roi Benjamin et son fils, le roi Mosiah, font fièrement
rapport de leur administration dans le gouvernement, et Benjamin dit
qu'il n'a pas permis à son peuple de commettre "le
meurtre, ou le pillage, ou le vol"
(2:13) et Mosiah affirme qu'il a enseigné qu’il ne
devait pas y avoir de vol,
ni de pillage, ni de meurtre" (29:14, 36). Dans ce contexte, il
n'est jamais question que de vol, comme on pourrait s'y attendre dans
un rapport sur les affaires internes.
Le
début de la période des juges: d'Alma à Pahoran
La
traduction des vingt-quatre plaques d'or d'Éther par Mosiah
(Mos 28:17) attira fortement l'attention des Néphites sur les
brigands qui avaient été une plaie pour le gouvernement
jarédite lxvi,
sur "leurs brigandages,
et leurs pillages" (Alma 37:21, où il vaut aussi la peine
de remarquer que le vol
n'est pas mentionné) et sur leurs serments et leurs accords
secrets (Alma 37:27). Les Néphites étaient tellement
inquiets de cette menace qu'ils en gardaient les détails
secrets lxvii.
On comprend pourquoi la loi néphite, à cette époque,
commence à connaître l'existence du brigandage, comme le
montrent les survivances juridiques de la loi de Mosiah et les
données juridiques de cette période.
Dans
le livre d'Alma, on peut trouver trois fragments précieux de
la loi de Mosiah qui traitent du vol et du brigandage: Alma 1:18;
30:10, Alma 11:2 et Alma 1:32; 16:18. Le premier, Alma 1:18, explique
que, sous la loi de Mosiah, le peuple "[n’osait] pas
voler, par crainte de la loi, car de tels hommes étaient
punis; [il n’osait] pas non plus commettre des actes de
brigandage, ni le meurtre, car celui qui
commet le meurtre était
puni de mort". Comme nous l'avons vu précédemment,
le vol
n'était pas une infraction capitale dans la loi biblique. Il
en va de même ici, comme l'implique clairement l'absence, dans
Alma 1:18 et 30:10, de toute mention de la peine de mort, sauf pour
le meurtre lxviii.
Le brigandage était-ils une infraction capitale sous la loi de
Mosiah? Il semble, à ce stade de la loi néphite, que ce
n'était pas le cas. Alma 1:18 dit simplement: "ils
n’osaient pas non plus commettre des actes de brigandage..."
Alma 30:10 (qui paraphrase sans aucun doute la même section de
la loi de Mosiah que 1:18) ne parle, lui aussi, de peine capitale que
dans le cas du meurtre. Il dit: "[Si un homme] commettait le
meurtre, il était puni de mort; et s'il commettait des actes
de brigandage, il était également puni..." cela
cadrant avec ce que l'on trouve dans le Proche-Orient antique, où
les châtiments deviennent moins sévères quand
l'autorité centrale est plus fermement établie lxix.
Apparemment les brigands ne constituaient pas une menace grave au
cours de cette période des juges néphites.
Une
deuxième disposition de la loi de Mosiah associe les débiteurs
défaillants aux voleurs. Alma 11:2 énonce la procédure
à suivre, selon la loi néphite, pour percevoir une
dette non payée: il dit comment la plainte doit être
introduite, comment arrêter le débiteur, sur quelles
bases juger l'affaire et les conséquences si le débiteur
ne pouvait pas rembourser la dette: il pouvait "[1] payer ce
qu'il devait ou [2] être fouetté ou dépouillé
lxx,
ou encore [3] chassé de parmi le peuple comme
voleur
et brigand". Comme nous l'avons vu plus haut lxxi,
les débiteurs frauduleux étaient effectivement
assimilés aux voleurs dans la législation du
Proche-Orient, ce qui est précisément ce que fait la
loi de Mosiah, sans confondre le débiteur délinquant et
le voleur, mais en le traitant comme
s'il était voleur.
Pourquoi ce texte ajoute-t-il l'expression
"et brigand" ? Était-ce parce que le débiteur
frauduleux deviendrait semblable à un brigand, quelqu'un
d’extérieur à la collectivité une fois
qu'il serait banni ? Est-ce une autre indication que la distinction
entre le vol et le brigandage ne constituait pas une préoccupation
grave à cette époque de l'histoire judiciaire néphite
lxxii ?
Le choix du châtiment des voleurs, selon la loi de Mosiah,
était apparemment laissé à la discrétion
du juge. Si le texte doit être lu comme voulant dire "fouetté",
on peut établir une relation étroite entre Alma 11:1-2
et Deutéronome 25:1-3, qui dispose comme suit :
Lorsque
des hommes, ayant entre eux une querelle, se présenteront en
justice pour être jugés, on absoudra l'innocent, et l'on
condamnera le coupable. Si le coupable mérite d'être
battu, le juge le fera étendre par terre et frapper en sa
présence d'un nombre de coups proportionné à la
gravité de sa faute. Il ne lui fera pas donner plus de
quarante coups...
D'autre
part, "dépouiller" le coupable de ses vêtements
ou de ses cheveux aurait probablement été utilisé
comme une forme d'humiliation publique semblable à ce qui se
faisait couramment dans la législation du Proche-Orient
antique lxxiii.
Il est également possible qu'un coupable plus récalcitrant
ait pu à la fois être dépouillé et fouetté
lxxiv.
Lorsque l'infraction était encore plus flagrante, le juge
pouvait déclarer que le débiteur était
essentiellement un voleur et le bannir de la ville, une possibilité
pénale convenant pour punir une personne ayant violé
les lois du comportement à l'intérieur de la
collectivité.
On
trouve encore une préoccupation pour le brigandage dans la loi
de Mosiah et dans Alma 1:32 et 16:18. C'est deux versets énoncent
fondamentalement les douze mêmes lois, ce qui indique que c'est
probablement la même partie précise de la loi de Mosiah
qui se trouve derrière les deux. Et cette loi semble être
une extension des huit lois noachides de Néphi (2 Néphi
26:32) lxxv.
On trouve dans ces deux passages les deux notions de vol et d'acte de
brigandage. L'ajout de brigandage
à la liste de Néphi confirme de nouveau la prise de
conscience croissante des Néphites, au cours de cette période,
des problèmes potentiels du brigandage. Cela peut aussi
refléter le fait que la société néphite
se trouvait maintenant composée de plusieurs groupes
fragmentés – Néphites et Mulékites,
membres de l'Église et non-membres – et qu'il fallait
que la loi veille à interdire non seulement le vol chez les
Néphites, mais également le brigandage entre les
groupes.
De
même que la loi de Mosiah montre, au cours de cette période,
une préoccupation croissante pour le brigandage, de même
les parties narratives du livre d'Alma révèlent des
distinctions semblables entre le vol et le brigandage. Encore une
fois, il n'est jamais question de brigandage
quand il s'agit de son propre peuple. Le brigand commet toujours des
actes de brigandage à l'égard de ceux de l'extérieur.
Pendant cette première période du règne des
juges, les Lamanites sont les seuls qui soient jamais accusés
de brigandage.
Le terme "brigandage" est utilisé
pour décrire le fait que les Lamanites se livraient "à
des actes de brigandage" sur les
Néphites et les pillaient (Alma 17:14). De même,
quand on décrit
la méchanceté interne des Néphites, le texte ne
parle que des "pillages... qui existaient parmi
eux"
(50:21). Quand les Lamanites prennent les brebis d'un autre Lamanite,
on le décrit non pas comme du brigandage, mais comme "une
pratique de piller parmi
eux"
(18:7).
On
trouve d'autres indications détaillées de la
connaissance de cet élément juridique dans le récit
du châtiment sévère que le roi Lamoni inflige à
ses serviteurs qui n'ont pas réussi à protéger
des pillards les brebis du roi. Comme mentionné ci-dessus, la
loi, dans l’Antiquité, rendait les bergers responsables
de la perte de brebis par le vol, mais pas par le brigandage lxxvi.
Même en cas de perte due au vol, le fait d'imposer la peine de
mort aurait été extraordinairement sévère,
bien que non sans précédent lorsque les biens royaux
étaient en cause lxxvii.
La peine de mort était encore plus rare dans le cas excusable
d'une perte due à des brigands. C'est probablement pour ces
raisons que le roi Lamoni lui-même commença à
"craindre extrêmement d'avoir mal agi en tuant ses
serviteurs; car ils en avaient tué beaucoup... lxxviii".
Peut-être avait-il été aussi strict avec ses
serviteurs parce que le problème était répétitif
ou peut-être parce que ses brebis étaient un luxe rare
et royal ou peut-être parce qu'il soupçonnait ses
serviteurs de complicité avec "leurs frères"
(18:6) qui avaient procédé au raid. Peut-être ne
pensait-il pas que les serviteurs avaient droit à la
protection habituelle de la loi concernant les pertes dues aux
brigands parce qu'il ne s'agissait pas de bergers isolés, mais
qu'ils auraient dû être capables de résister,
bande contre bande, aux pillards. Il essayait peut-être de se
justifier légalement en évitant astucieusement
d’appeler les agresseurs "brigands", mais, comme le
dit le texte, simplement pillards et frères (18:7).
Finalement,
au cours de cette période, les Néphites (tels que
représentés par les fils de Mosiah) et les Lamanites
(du moins tels que représentés par Lamoni) se
réconcilièrent brièvement. Les Lamanites avaient
longtemps accusé les Néphites d'avoir commis des actes
de brigandage à leur égard lxxix,
et le père de Lamoni soupçonnait, lui aussi, les fils
de Mosiah de venir comme des brigands "afin de se livrer au
brigandage contre [leurs] biens" (Alma 20:13). Pour un esprit
occidental moderne, il aurait dû les qualifier de voleurs, car
si ces fils venaient avec la moindre des mauvaises intentions, ils
l’auraient fait subrepticement et de manière trompeuse,
car ils n'auraient pas osé faire preuve de violence. Mais dans
l'esprit d'un homme d'autrefois, ils venaient comme des brigands dès
l'instant où ils entraient dans un groupe en venant de
l'extérieur, particulièrement pour essayer de saper le
gouvernement par la sédition. En conséquence, le père
de Lamoni lui commanda de tuer Ammon "par l'épée".
Ce type d'exécution convenait pour un brigand lxxx.
Pour contrecarrer ce sentiment que les Lamanites entretenaient depuis
longtemps et l'idée que les Néphites étaient des
gens de l'extérieur par rapport aux Lamanites, Lamoni décréta,
après sa conversion, que les Lamanites devaient être
"convaincu[s] qu'ils étaient tous frères et qu'ils
ne devaient pas commettre de meurtres, ni de pillage, ni de vol..."
(Alma 23:3). Le brigandage n'est pas mentionné ici, étant
donné qu'il serait forcément inapplicable une fois que
les Néphites étaient définis comme étant
des frères et des membres de la même communauté
que les Lamanites. Tous les cas où les Lamanites prendraient
quelque chose aux Néphites après cet édit
seraient donc considérés comme du vol.
La
fin de la période des juges: de Pahoran II à Lachonéus
II
C'est
à l'époque où Pahoran II est grand juge que et
les bandes de brigands commencent à jouer un rôle
important dans le Livre de Mormon et la manière dont ils
opèrent suit avec précision la façon de faire du
brigandage dans le Proche-Orient antique. Les parallèles entre
les brigands de Gadianton et leurs équivalents dans l’Égypte,
la Mésopotamie, la Palestine, la Grèce et la Rome
anciennes ne pourraient être plus complets.
Il
y a plusieurs raisons qui expliquent pourquoi ces brigands pouvaient
parvenir à une telle puissance à cette époque de
l'histoire néphite. Les guerres prolongées de Moroni,
d’Hélaman et de Pahoran I ont dû laisser le
gouvernement central de Zarahemla dans une faiblesse précaire.
La capitale Zarahemla elle-même était tombée au
cours de ces guerres (Alma 61:5-8) et allait tomber encore deux fois
peu de temps après (Hélaman 1:27; 4:5). En outre, la
mort des fils d'Alma, Hélaman (62:52) et Shiblon (63:10), du
capitaine Moroni (63:3) et du grand juge Pahoran (Hélaman
1:2), pour ne pas mentionner de nombreuses autres pertes à la
guerre, ainsi que le départ de Corianton, fils d'Alma (Alma
63:10), tout cela se produisit à quatre ou cinq années
d'intervalle, de 57 à 52 av. J.-C., et laissa le gouvernement
néphite presque sans dirigeants.
Hélaman II devait être
jeune, il devait avoir aux environs de 24 ans, lorsqu'il reçut
les annales de Shiblon, et son fils Néphi était encore
plus jeune, il n'avait probablement que quinze ans quand il succéda
à son père dès 39 av. J.-C. lxxxi.
Comme ce fut le cas de l'antique civilisation du Proche-Orient, ces
faiblesses rendaient Zarahemla vulnérable aux raids répétés,
au pillage, au terrorisme, à la corruption et aux extorsions
qui caractérisaient l'activité des brigands.
En
outre, plusieurs groupes dissidents au pays de Zarahemla pouvaient
facilement gonfler les rangs de ces bandes de brigands.
(1) Malgré
la conversion et la proclamation fraternelle de Lamoni, d'autres
Lamanites continuaient à accepter l'idée que Néphi
avait agi comme un brigand vis-à-vis de Laman et ils restaient
disposés à se livrer à des actes de brigandage
et à venger leurs torts lxxxii.
(2) Il y avait probablement des Néphites qui avaient été
expulsés en vertu de la loi d'Alma 11:2 et traités de
"brigands".
(3) D'autres Néphites furent
vraisemblablement excommuniés en vertu de la procédure
instituée dans Mosiah 26. Ces Néphites ou d'autres,
affiliés aux brigands, étaient spécifiquement
désignés comme "dissidents néphites"
(Hélaman 6:38, 11:24; 3 Néphi 1:28).
(4) Et les
partisans de Néhor n'éprouvaient qu'une loyauté
marginale, mais un antagonisme poussé à l'égard
du régime néphite,
(5) comme c'était aussi le
cas des Zoramites lxxxiii.
(6) La population mulékite tout entière constituait une
source permanente de citoyens de seconde zone, moins instruits et
n'ayant jamais vraiment un grand rôle dans un gouvernement
dominé par les Néphites, en dépit du fait qu'ils
étaient plus nombreux qu'eux lxxxiv.
Les Mulékites alimentèrent très certainement les
guerres civiles qui se déclenchèrent à Zarahemla
après l'installation d'Alma comme grand juge (guerre menée
par Amlici dans Alma 2-3) et à l’accession d'Hélaman
aux mêmes fonctions (guerre menée par Zérahemnah
dans Alma 44) et de nouveau après l'accession à ces
fonctions de Pacumeni (guerre menée par Coriantumr dans
Hélaman 1). lxxxv
Plusieurs
de ces groupes de brigands apparurent et disparurent au fil des
années lxxxvi.
Ils étaient devenus un problème grave dans les
dernières années des Jarédites (Éther
10:3, 33; 13:26). Indépendamment (Hélaman 6:26), un
deuxième groupe apparut, dirigé par Kishkumen et
Gadianton, qui avaient échappé à la justice lors
des violences qui accompagnèrent la succession de Pahoran II
aux fonctions de grand juge. Ce groupe exerça ses activités
vers 50-20 av. J.-C. Un autre groupe apparut chez les Lamanites vers
12 av. J.-C., après que les Néphites eurent été
mis à genoux par la famine (Hélaman 11:10, 24).
Une
autre bande, qui était très active en 15-20 apr. J.-C.,
était dirigée par un homme appelé Giddianhi (3
Néphi 3:9), qui représentait les exclus et dont les
mobiles étaient politiques (4:4). Zemnarihah lui succéda
brièvement (4:17). Un autre groupe encore se forma vers 30
apr. J.-C., suite à des querelles provenant d'une tentative du
gouverneur néphite de limiter l'autorité qu’avaient
les juges inférieurs d'imposer la peine de mort (6:21-30);
elle était dirigée par un homme appelé Jacob,
qui ne tarda pas à prendre ses partisans et à partir
vers le nord (7:9-13). Les brigands réapparaissent après
la grande paix néphite (4 Néphi 42-46) et continueront
à être un facteur majeur jusqu'à la destruction
des Néphites (Mormon 1:18; 2:8, 27; 8:9).
Les
activités de ces groupes de brigands suivent le modèle
des seize facteurs décrits au commencement de la présente
étude, auxquels les données du Livre de Mormon vont
maintenant être comparées:
1.
Bien qu’agissant soit en secret, soit ouvertement (par exemple
Hélaman 2:4, 8; 6:17; 3 Néphi 2:17), les brigands du
Livre de Mormon étaient quand même traités de
"brigands". La distinction tannaïtique et occidentale
entre vol secret et brigandage public n'a rien à voir ici. Ce
qui est d'application dans la culture du Livre de Mormon, ce sont les
parallèles avec le Proche-Orient et l'Israël anciens
traités plus haut.
2.
Au lieu de cela, la distinction entre ceux de l'intérieur et
ceux de l'extérieur persiste et est fondamentale ici, sans
exception. Ces brigands du Livre de Mormon sont perçus comme
des gens de l'extérieur et il est par conséquent
toujours question de "brigands". D'autre part, quand le
livre parle de méchanceté "parmi
les Néphites", il parle toujours de "vol" (par
exemple Hélaman 4:11-12) lxxxvii.
3.
On ne mentionne pas spécifiquement différents types de
vol au cours de cette période, mais on parle d'usurpation du
pouvoir politique lxxxviii.
De même qu'un éventail d'infractions pourrait être
assimilé au vol, l'usurpation du pouvoir pourrait aussi être
facilement associée aux actes des brigands.
4.
Ces brigands du Livre de Mormon opéraient en groupe. Le mot
"bande" (gedud)
apparaît plus de vingt fois (par exemple Hélaman 1:12).
Il peut, en effet, y avoir un lien entre le mot gedud
(signifiant "bande") et le nom de
Gadianton,
ce qui est rendu particulièrement plausible par le fait que ce
nom est orthographié Gaddianton
dans le manuscrit original du Livre de Mormon lxxxix.
5.
Il ne fait pas de doute non plus qu’ils étaient
organisés en groupes professionnels. Ils avaient des
dirigeants: Kishkumen et Zemnarihah étaient tous les deux
appelés "chef" (Hélaman 2:4; 3 Néphi
4:17); Giddianhi était appelé "gouverneur" (3
Néphi 3:1, 9) et Jacob "roi" (3 Néphi 7:10).
Ils avaient des lois (Hélaman 6:24) aussi bien que leurs
serments, conventions et alliances secrètes, souvent
mentionnés (p. ex. Hélaman 6:21-22). Ils avaient
probablement des prêtres pour donner un caractère
officiel à ces serments. Ils étaient sanguinaires et
remplis de haine et de violence (3 Néphi 3:3, 7:11),
commettant de nombreux "meurtres secrets" et étant
sans foi ni loi au point de ne pas hésiter à
s'entre-tuer (Hélaman 8:27). Ce qui ne les empêchait pas
de subsister en tant que collectivité, vivant, selon toute
probabilité, avec femmes et enfants (Hélaman 11:33).
Ils venaient certainement de groupes sociaux qui se sentaient exclus,
de groupes qui se considéraient comme systématiquement
lésés (voir 3 Néphi 3:4) et d'autres groupes qui
se sentaient socialement rejetés, comme nous l'avons expliqué
plus haut.
6.
Leur recours aux serments est bien attesté (Hélaman
1:11 signale un serment "par leur Créateur éternel";
6:21, 3 Néphi 3:8). Ils avaient aussi entre eux des signes de
reconnaissance secrets (Hélaman 2:7; 6:22). Leurs prestations
de serment étaient vraisemblablement accompagnées de
rituels sanglants. Quand ils se rendaient au combat, ils étaient
couverts de sang (3 Néphi 4:7) et Mormon dit que les brigands
de son époque sacrifiaient des femmes et des enfants (Mormon
4:14-15, 21) et pratiquaient la magie (2:10). Il dit aussi que ses
ennemis assassinaient leurs prisonniers et dévoraient leur
chair "en signe de bravoure" (Moroni 9:10).
7.
L'un des devoirs principaux de ces brigands était de garder
secrète leur identité (Hélaman 1:11, 2:3, 6:21).
Leurs forteresses se trouvaient dans le désert (2:11) et dans
les montagnes (11:25-31; 3 Néphi 1:27, 2:17, 3:20) sauf quand
ils réussissaient à infiltrer les centres de
population.
8.
Ils faisaient des raids et lançaient des attaques (3 Néphi
4:19). Les meurtres de Pahoran et de Cézoram par des brigands
déguisés à Zarahemla rappellent l'assassinat du
grand prêtre Jonathan par un brigand à Jérusalem
(Hélaman 1:10, 6:15). Un autre attentat semblable contre
Hélaman faillit de peu réussir (2:5).
9.
Semblables à leurs homologues du Proche-Orient antique, ces
brigands prenaient pour victime le gouvernement local. Ils
attaquaient ses dirigeants et détruisaient ses villes (3 Néphi
2:11). Leur plus grand succès fut l’abdication de Néphi
(Hélaman 5:1-8:7). Ils prétendaient régulièrement
au trône et se le disputaient (3 Néphi 3:10).
10.
Ces brigands étaient militants. Ils arrivaient comme des
armées d'invasion, mettaient des sièges (3 Néphi
4:16), avec une puissance militaire capable de défier des
"armées tout entières" (Hélaman 11:32,
3 Néphi 2:11, 2:17, 4:1, 11). Pourtant ils manquaient
clairement de ravitaillement car, comme les brigands du
Proche-Orient, ils vivaient des produits de la terre (3 Néphi
4:3, 4:19-20). Leur puissance militaire était terrifiante. De
tous leurs ennemis, c'étaient ceux que les Néphites
craignaient le plus: Mormon les désigne comme étant la
cause principale de la chute et de la destruction presque totale des
Néphites (Hélaman 2:13-14). Leurs attaques étaient
si grandes et si terribles qu'on n'avait jamais connu un "aussi
grand massacre parmi tout le peuple de Léhi depuis qu'il avait
quitté Jérusalem" (3 Néphi 4:11) xc.
11.
Tout comme les brigands d'Égypte étaient susceptibles
d'exiger une rançon, Giddianhi tente d'extorquer à
Lachonéus ses villes, ses terres et ses possessions sous peine
de destruction par l'épée (3 Néphi 3:6). On dit
qu'en Égypte les brigands exigeaient le quart des biens
menacés. Ici, les brigands veulent aussi une part, puisqu'ils
proposent de faire des Néphites leurs "associés"
(3:7). Giddianhi pense sans doute proposer une rançon
raisonnable, puisque, précédemment, les Néphites
s'étaient montrés disposés à s'unir aux
brigands et à traiter avec eux: Les Néphites "les
soutinrent... et [participèrent] à leurs butins..."
(Hélaman 6:38), de la même manière que Josèphe
accuse Albin de recevoir des pots-de-vin des brigands de Judée.
12.
On ne fait pas grand-chose, à cette époque, pour
poursuivre les brigands judiciairement. Hélaman envoie des
soldats à la poursuite de Gadianton, qui s'enfuit, craignant
qu'on ne le fasse tuer (Hélaman 2:11). Il est peu probable
qu'il y aurait eu un procès quelconque si Gadianton avait été
pris, car Hélaman avait envoyé des hommes à la
poursuite de ces assassins "afin qu'ils fussent exécutés
selon la loi" (2:10). De même, les Lamanites traquèrent
la bande des brigands" (6:37), en utilisant "tous les
moyens qui étaient en leur pouvoir" (6:20) et les
détruisirent totalement dans les territoires Lamanites (6:37).
"Une armée d'hommes forts" fut envoyée dans
le désert pour "découvrir" et "détruire"
les brigands qui apparurent après la famine de Néphi
(11:28).
Giddianhi fut "rattrapé et tué" (3
Néphi 4:14), alors qu'on aurait pu le faire prisonnier. Les
brigands de l'armée de Zemnarihah qui ne voulaient pas se
rendre furent sommairement exécutés (3 Néphi
4:27) et même les prisonniers étaient "condamnés
et punis selon la loi" (5:5, ils auraient été
exécutés pour meurtre si pas pour brigandage), s'ils ne
voulaient pas faire alliance "de ne plus commettre de meurtres"
(5:4). Le brigandage tombait donc clairement sous la juridiction de
la loi martiale.
De
même, débarrasser le pays des brigands était la
responsabilité du gouvernement. Hélaman prend des
dispositions officielles (Hélaman 2:10), de même que
Néphi (11:28). Le gouvernement de Lachonéus regroupe
les Néphites et construit des fortifications contre les
brigands (3 Néphi 4:3-5). Dans de tels cas, on n'a pas besoin
de plaignants privés, comme cela se faisait habituellement
pour intenter des procès civils dans les tribunaux du
Proche-Orient ancien. De plus, le gouvernement se considérait
comme responsable : ce n'est que parce qu'ils "n'étaient
pas connu[s] de ceux qui étaient à la tête du
gouvernement" que les brigands ne furent pas "détrui[ts]
et balay[és] du pays" (Hélaman 3:23).
Mormon se
donne la peine d'exonérer Hélaman de toute insinuation
que celui-ci aurait permis de quelque façon que ce soit que
les serments secrets des brigands jarédites filtrent des
annales confiées à sa garde (6:26). Dans le même
ordre d'idées, chaque fois que les brigands étaient
battus, le gouvernement s'en vantait ou recevait des éloges
pour ce succès (Hélaman 6:37, 11:10, 4 Néphi
17).
14.
Comme nous l'avons déjà montré, la peine de mort
était infligée sommairement aux brigands de cette
époque de l'histoire néphite. Le type d'exécution
pour Zemnarihah fut la pendaison, forme d'exécution liée
à la crucifixion xci.
15.
La mort des chefs de brigands était particulièrement
spectaculaire. L'exécution de Zemnarihah fut un spectacle
public où tout le peuple psalmodiait à l'unisson de
bruyantes incantations et supplications et chantait, louait, se
réjouissait et jubilait (3 Néphi 4:28-33) xcii.
La mort de Kishkumen (Hélaman 3:9) et celle de Giddianhi (3
Néphi 4:14) sont également rapportées
triomphalement.
16.
Enfin, les brigands, dans le Livre de Mormon, sont également
considérés comme des instruments du jugement divin. Il
s'abattaient sur le peuple comme un "grand mal... à cause
de son iniquité" (Hélaman 11:34). Mormon voit dans
les brigands des instruments de mort et de terreur envoyés par
Dieu pour châtier son peuple (12:3). Il est possible que la
présence de brigands dans le pays du nord ait été
"la grande malédiction" que l'on disait régner
dans ce pays (3 Néphi 3:24). Quoi qu'il en soit, le seul
espoir de délivrance était la justice: "Comme le
Seigneur vit, si vous ne vous repentez pas de toutes vos iniquités
et n'implorez pas le Seigneur, vous ne serez en aucune façon
délivrés des mains de ces brigands de Gadianton"
(3:15). Dans la même veine, Néphi invoque Dieu pour
qu'il soit finalement apaisé "par la destruction de ces
hommes méchants" et qu'il ait pitié des Néphites
(Hélaman 11:11).
Nous
avons ainsi expliqué chaque apparition des mots "brigand",
"acte de brigandage", "vol" ou "voleur"
dans le Livre de Mormon. [Il reste encore cinq passages où le
mot "rob" (brigandage), apparaît dans le texte
anglais, que l'auteur explique ici. Comme il n'a pas été
possible de rendre ces tournures par "brigand" ou
"brigandage" en français, dans quatre de ces
passages, la traduction de l'explication n'aurait pas de sens. Ces
passages sont : Mosiah 27:9 ; Alma 39:4 ; 3 Néphi 24:8 et Alma
42:25. À propos du cinquième passage, l'auteur écrit :
"Le cinquième est la prophétie de Moroni que dans
les derniers jours il y aura de grandes souillures sur la terre,
particulièrement des meurtres et du brigandage (Mormon 8:31).
Le vol n'est pas mentionné, probablement parce que Moroni
n'aurait pas considéré le vol comme quelque chose
d'aussi grave", ndt]
En
conclusion, il est clair que l'on trouve dans le Livre de Mormon
quasiment les mêmes distinctions juridiques et culturelles
entre voleur et brigand que dans la législation israélite
et celle du Proche-Orient antique. Ces distinctions sont constamment
maintenues dans tout le Livre de Mormon. De plus, l'histoire interne
du Livre de Mormon explique abondamment l'évolution juridique
que nous trouvons dans ce texte, aussi bien que l'accession au
pouvoir et le traitement de ces bandes de brigands.
Il
est extrêmement douteux que Joseph Smith ait pu détecter
ces distinctions juridiques ou déduit ces modèles
historiques d'après l'information que lui aurait fourni son
environnement du 19e siècle. Par exemple, Jahn's
Biblical Archaeology
xciii
parle du châtiment du vol, mais ne fait absolument aucune
allusion à des idées telles que celles du professeur
Jackson et ne parle pas du tout de brigands. De même, si Joseph
Smith s'était fié à la King James ,
il serait tombé dans l'erreur, car cette traduction n'est pas
cohérente dans ce domaine.
Le mot voleur est correctement
utilisé dans Matthieu 6:19 pour traduire kleptaï,
mais est utilisé incorrectement dans "une caverne de
voleurs". En outre, comment peut-on, dans la parabole du bon
Samaritain, "tomber au milieu de voleurs" dans Luc 10:30 ?
C'étaient des brigands de grand chemin et le grec lestaïs
aurait dû être traduit par "brigands"! Comment
peut-on dire que Jésus a été crucifié
entre deux "voleurs" dans Matthieu 27:38 (lestaï)
alors que le même mot (lestês)
est traduit par "brigand" pour décrire Barabbas
(Jean 18:40) ?
Imprégné de la terminologie de la King James, Joseph
Smith aurait supposé instinctivement qui n'y avait pas de
différence importante dans la loi biblique entre voleur et
brigand xciv.
De
plus, le droit coutumier anglo-américain aurait donné à
Joseph Smith une vision tout à fait différente des
choses, contraire à de nombreux égards aux usages que
l'on trouve dans le Livre de Mormon. Il faudrait un traitement
complet pour expliquer les lois anglaises concernant theft
(vol) et robbery
(brigandage) et refaire l'histoire compliquée de la façon
dont les institutions juridiques britanniques et européennes
ont été transplantées dans chacune des colonies
américaines xcv,
mais on, peut faire certaines observations générales.
En Angleterre, robbery
était un délit contre la personne.
Il impliquait "le fait de prendre de manière criminelle,
sur la personne d'autrui, de l'argent ou des biens ayant une valeur
quelconque, en inspirant la peur... Le vol doit être aux dépens
de la personne xcvi".
Les robbers
(brigands) étaient généralement des bandits de
grand chemin, c'étaient des dandys costumés, qui
dépouillaient les voyageurs et se faisaient parfois passer
pour des invités aristocratiques, afin de financer leur grande
vie et leur passion du jeu xcvii.
Les mots theft
et robbery
étaient souvent utilisés comme synonymes en Angleterre,
comme dans l'Act
for Better Preventing Thefts and Robberies
(loi pour une meilleure prévention du vol) de 1751 xcviii.
Le terme robbery
semble avoir été rarement utilisé en Amérique
où les bandits de grand chemin n'étaient pas une grande
menace. Par contre, le vol simple (larceny)
était
un délit contre les biens personnels. Elle impliquait "le
fait de soustraire à la possession"
de quelqu'un d'autre xcix.
Donc "si une personne obtient légalement la possession de
biens et par après en fait mauvais usage, ce n'est pas un
délit (felony)"
c.
Le vol (theft)
était un des délits les plus odieux et souvent les plus
poursuivis dans les colonies de New York et du Massachusetts, mais
robbery
était rare ci.
Ainsi donc, l'usage juridique anglo-américain contemporain
était, à de nombreux égards, différent de
la conception du vol (theft)
et du brigandage (robbery)
dans le Livre de Mormon cii.
Par
contre, la législation ancienne nous fournit des informations
complètes et dignes de foi permettant de comprendre le Livre
de Mormon dans ce domaine. Grâce à elle, le lecteur
moderne apprécie les préoccupations et la terreur
mortelle que tous les peuples de l'Antiquité, y compris les
Néphites, ont dû sentir fasse à l'horrible menace
des brigands. Grâce à elle, le lecteur moderne peut
également rejeter d'autres tentatives faciles d'expliquer le
Livre de Mormon comme étant un roman du 19e siècle ciii,
et il peut voir que la comparaison entre ces brigands et les
"guérilleros terroristes" du 20e siècle n'est
pas exhaustive civ.
Grâce à elle, le lecteur moderne peut apprécier
la manière précise et complète dont le Livre de
Mormon reflète cet aspect de la législation et de la
société du Proche-Orient antique – abondant en
concepts juridiques techniques différents de ceux de la
législation anglo-américaine et débordant de
distinctions juridiques et de pathologies sociales étrangères
à Joseph Smith, qu'il n'aurait pas pu connaître et
auxquels même ses contradicteurs contemporains les plus
capables n'auraient jamais pensé.
NOTES
i
Voir son article "Some Comparative Legal History: Robbery and
Brigandage", Georgia Journal of
International and Comparative Law 1,
1970, pp. 45-103 (cité sous "Robbery"), son livre Theft in Early Jewish
Law,
Oxford, Clarendon Press, 1972 (cité sous "Theft") et le chapitre
"Principles and Cases: The Theft Laws of Hammurabi", dans ses Essays in
Jewish and Comparative Legal History, Leyde, E. J. Brill, 1975, pp.
64-74 (cité sous
"Principles and Cases").
ii
Par exemple, H. Lutz, "The Alleged Robbers' Guild in Ancient Egypt", University of California Publications in Semitic
Philology 10, 1937, pp. 231-42.
iii
Jackson, Theft, pp. 2-5. Voir, pour un traitement général, H.
Botterweck & H. Ringren, Theological
Dictionary of the Old Testament, II:456-60.
iv
Voir aussi Boaz Cohen, Jewish and Roman
Law, New York, Jewish Theological
Seminary, 1966, p. 511 n. 177.
v
Jackson, Theft, pp. 20, 26. Jackson pense
que cette évolution a été influencée par les notions grecques de klopês (vol secret) et lopodusia (brigandage),
décrites plus en détail dans D. Cohen, Theft
in Athenian Law, Munich, C. H. Beck,
1983, pp. 79-83. Lopodusia comprend certaines espèces, mais probablement pas
toutes, de brigandage. Étant une évolution plus tardive, cette distinction ne
devait pas être d'usage courant du temps de Léhi.
vi
Jackson, "Robbery", p. 46. La distinction
entre prendre en cachette et ouvertement était cependant une notion
occidentale populaire courante du temps de Joseph Smith. En 1828, le
mot "thief" était défini comme "quelqu'un qui prend en secret… Le
"thief" (voleur) prend le bien d'autrui en cachette, le "robber"
(brigand) par la force ouverte." Webster's
American Dictionary of the English Language, New York, S. Converse, 1828.
vii
Jackson, "Robbery", p. 46. "ganav est utilisé avant
tout comme un acte d'une personne, membre de la collectivité… est
normalement appliqué à la personne de l'intérieur lésée" Theft, p. 6, 8.
viii
Jackson, Theft, p. 10.
ix Jackson démontre que
gannab en est venu à désigner le "raider" venue de l'extérieur
quand le sens de gazlan a évolué pendant la monarchie, pour
passer au sens d'exploitation économique, à une époque où la puissance
de l'autorité centrale augmentait. Plus tard, listis (emprunté
au grec par l'hébreu rabbinique) et gedud ont été utilisés
pour désigner ces brigands et bandits, lorsque la distinction
tannaïtique s'est dégagée entre le fait de prendre en secret et
ouvertement pour les racines ganab et gazal, dont on a
parlé plus haut. Jackson, Theft, pp. 10, 33.
x
Jackson, Theft, pp. 17-18. Exode 22:3, 6, 8.
xi
Jackson, Theft, p. 17, notes 5-6.
xii
Jackson, Theft, p 91, note 4. Philon, De Decal., p. 171.
xiii
Jackson, Theft, pp. 9, 14, 33. De même, shod, peshat, bazaz et pariz.
xiv
Jackson, "Robbery", pp. 45, 64 ; Theft, p. 6.
xv III.9, cité dans
Lutz, p. 233.
xvi Par exemple,
Ulpien réclamait plus de trois ou quatre individus pour constituer un
groupe d'émeutiers. Digest 47.8.4.3-6 ; Jackson,
"Robbery", p. 77. La législation
anglo-saxonne définissait une bande comme un groupe composé de sept à
trente-cinq individus. Idem, p. 90.
xviii Antiquities
15, p. 348. On trouvera une analyse haute en couleurs des écrits de
Josèphe dans ce domaine dans David M. Rhoads, Israel in Revolution,
Philadelphie, Fortress, 1976, surtout pp. 159-62.
xix I.80.1.2, cité
dans Lutz, pp. 239-41.
xx
War 1, p.
312; Antiquities 17, p. 346; Jackson, Theft, p. 34; voir aussi Lutz, p. 233.
xxi Lutz, p. 241;
voir aussi pp. 234, 236. En 76 av. J.-C., à Rome, les remous
domestiques dégénérèrent en "des bandes armées d'esclaves courant dans
la nature", état de choses qui donna lieu à l'édit de Lucullus contre
les bandes de brigands (hominibus coactis). Jackson,
"Robbery", p. 70.
xxii
War ', p.
408. Le grec signifie ici probablement plus
que simplement ils "jurèrent ensemble" (synomnymenoï), mais aussi que
leur serment était propre à leur bande ou habituel chez elle (kata lochous).
xxiii Lutz, p. 242.
Lors d'autres prestations de serment de ce genre, on buvait le sang de
victimes humaines massacrées, cf. Hérodote III.11 ; Lutz, p. 240.
xxiv Achille Tatius,
II.12.1. Lutz, p. 240-41.
xxv
Jackson, Theft, pp. 6-7.
xxvi War
1.309-16; Antiquities 14, p. 421-422.
xxvii Par exemple, le
raid d'une localité appelée Engaddi, Josèphe, War 4, pp. 403 et
suiv.
xxviii Josèphe Antiquities
10, p. 8; War 2, p. 255.
xxix
Josèphe, War
1, p. 312.
xxxi
Jackson, Theft, p. 15.
xxxiv Pour cette
raison, c'était le gouvernement romain et non le Sanhédrin qui
conservait la juridiction sur le brigandage en Palestine. Jackson, Theft, p. 251-60.
xxxv
Jackson, Theft, p. 35, commente l'histoire racontée par Rabbi Meir dans
Tosd. Sanh. 9.7 et la description des prétendants au trône comme étant
des brigands dans la rhétorique romaine. Voir Macmullen, "The Roman
Concept of Robber-Pretender", Revue
internationale des droits de l'Antiquité
10, 1963, p. 221-25.
xxxvii Jackson, Theft, p. 14-15 ; Lutz, p. 234 ; 1 Samuel 25.
xlii
Jackson, "Robbery", p. 63. "Les lois de la
guerre étaient de mise contre eux." Michaelis,
Commebtariews on the Laws of Moses (1814), iv. 280, cite dans Jackson, Theft, p. 16, 180, 251.
xliii Jackson, Theft, p. 153.
xliv Code
d'Hammourabi, sections 6-10, 14.
xlv Code
d'Hammourabi, sections 22-23.
xlvi Code
d'Hammourabi, sections 23-24. Des dispositions assez semblables ont été
décrétées en 1676 en Angleterre, 27 Eliz. C. 13; voir Leon Radzinowicz,
A History of English Criminal Law and Its Administration from 1750,
New York, Macmillan Co., 1956, p. 3.
xlvii Jackson, Theft, p. 11.
xlviii Jackson, Theft, pp. 15-16 ; Lutz, p. 235.
xlix
Jackson, Theft, pp. 13-14, 39; Exode 22:9, 11 ; Code d'Hammourabi 103.
l En vertu du Code
d'Hammourabi, sections 6-13, 21, les voleurs étaient exécutés pour
plusieurs types de vol, par exemple, cambriolage, ou vol dans un temple
ou dans un palais, ou traiter sans documentation avec une personne
légalement désavantagée, ou recel; mais on ne voit pas clairement s'il
y avait, dans le Code d'Hammourabi, une peine de mort générale pour
vol. Jackson, "Principles and Cases", pp. 66-69. Les éléments d'appréciation en ce qui concerne la peine
capitale pour vol dans la législation biblique sont encore moins
concluants, voire inexistants. Jackson examine les sources bibliques en
profondeur dans Theft, p. 144-154.
li Voir, par exemple,
le Code d'Hammourabi, section 22. En Égypte,
la peine de mort était d'application même si la personne ne pouvait pas
prouver qu'elle avait acquis sa richesse par un métier honnête, plutôt
que de l'avoir volée. Lutz, p. 232. Dans l'ancienne législation
romaine, le châtiment pour brigandage était "l'interdiction de feu et
d'eau"; sous Tibère, le châtiment devint la déportation; et pour les grassatores
(bandits de grand chemin) ordinaires, le châtiment était parfois la
mort. Jackson, "Robbery", p. 79, 86.
lii
Jackson, Theft, pp. 38, 252, donnant des exemples ; "Robbery", p. 86.
liii Josèphe, Guerre
2, p. 253; voir aussi les deux malfaiteurs (kakourgoï, lestaï)
crucifiés avec Jésus.
liv Voir le massacre
de la bande des Sichémites par Abimélec dans Juges 9:45 et Josèphe, War
II, p. 260. Maïmonide prescrit la décapitation pour les meurtriers,
Sanh. 15.12, et les brigands sont souvent assimilés aux meurtriers. Cf. Jackson, Theft, p. 252.
lv War 1, p.
204 et Antiquities 14, p. 159, dans Jackson,
Theft, p.
252.
lvi War 2, p.
253 et Antiquities 20, p. 161, dans Jackson,
Theft, pp.
253-254.
lvii Le meilleur
endroit où les Néphites auraient pu trouver ces informations juridiques
étaient les Livres de la Loi de Moïse qui se trouvaient sur les plaques
d'airain, aussi bien que leur héritage linguistique et culturel en
général.
lviii Voir note
xcviii ci-après. Bien entendu, l'ironie est forte puisque Laban va
voler les garçons.
lix
Urie, fils de Schemaeja, un prophète très semblable à Léhi, fut
considéré comme un hors-la-loi même après sa fuite en Égypte. Il fut extradé et
exécuté à Jérusalem. Jérémie 26:23.
lx
Jackson, Theft, p. 33, 252.
lxi Pour ce qui est
de la nécessité, à certains moments dans le Proche-Orient, de prouver
qu'ils n'avaient pas été volés, voir, par exemple, Lutz, p. 231. Les
fils n'avaient généralement pas l'autorité légale de liquider les biens
de leur père avant sa mort. Voir R. Yaron, Gifts in Contemplation of Death in Jewish and Roman Law, Oxford, 1960.
lxii
Voir, pour une vue générale, S. Berman, "Noachide Laws", dans M. Elon
The Principles of Jewish Law, Jérusalem, Keter Publishing House, 1975,
pp. 708-710.
lxiii
Voir p. ex. Moshe Weinfeld, "The Decalogue – Its Uniqueness and Place
in Israel's Tradition", Conference on
Religion and Law, université Brigham
Young, 8 mars 1985, p. 8 : "Ces commandements sont… La formulation des
conditions pour être membre de la
communauté". Voir aussi A. Alt, "Das Verbot
des Diebstahls im Dekalog", Kleine
Schriften zur Geschichte des Volkes Israel,
Munich, 1953-59, p. 339 : "Bei dem Verbot des Diebstahls im Dekalog
ursprünglich nur an den Diebstahl von Menschen, genauer gesagt von
Angehörigen des Volkes Israel gedacht war".
lxiv Cf. Proverbes
22:22-23. Voir aussi les préoccupations d'autres sectes juives pour la
pratique de "dépouiller les pauvres", mentionnée dans Jackson, Theft, p. 29, citant Dam. 6.16. "Un homme trompe-t-il (yiqba)
Dieu ?" (le verbe anglais est "rob"), Malachie 3:8, 3 Néphi 24:8 est
également traité plus loin.
lxv Voir aussi Alma
20:13, traité plus en détail plus loin. Plus tard, cette accusation fut
étendue pour reprocher à Néphi d'avoir dépouillé les Lamanites de leur
"droit au gouvernement", Alma 54:17.
lxvi Shez fut tué par
un brigand, Éther 10:3; le gouvernement de
Com fut assiégé par des brigands, 10:33 et à la fin, tout le monde
était dans sa "bande" et il y avait des "brigands" dans tout le pays,
13:25-26. Il n'est jamais question de voleurs ni de vols dans Éther.
lxvii Alma 37:27 ; Hélaman 6:25.
lxviii Tout cela
cadre avec la législation israélite antique. Voir notes l-li ci-dessus.
Tuer était un délit capital, sauf si le tueur n'était pas à l'affût et
à moins que la victime ne soit livrée entre ses mains par Dieu, auquel
cas le tueur était soit obligé de fuir dans une ville de refuge soit de
quitter la Terre sainte. Voir Exode 21:13-14 ; comparer avec 1 Néphi
4:11-12.
lxix
Jackson, Theft, p. 153, note iii.
lxx [Le texte anglais
actuel du Livre de Mormon utilise le mot "stripped" (dépouillé),
N.d.T.] Les anciens manuscrits et les anciennes éditions du Livre de
Mormon avaient "striped" [fouettés, N.d.T.], voir le manuscrit de
l'imprimeur, l'édition de 1830, 1837, RLDS 1908, mais les éditions plus
récentes ont "stripped", voir les éditions de 1840, 1879, 1920, 1981.
lxxi Voir note xii,
ci-dessus.
lxxii Comme on l'a vu
plus haut, note ix, la distinction entre ces mots pouvait changer
quelque peu de temps en temps, surtout avec l'augmentation et
l'affaiblissement de la force du gouvernement central.
lxxiii Voir, p. ex.,
Samuel Greengus, "A Textbook Case of Adultery in Ancient Mesopota mia",
Hebrew Union College Annual 40-1, 1969-1970, pp. 33-44 (traitant
d'un cas où l'on rasa les parties génitales d'une femme adultère, lui
perça le nez avec une flèche et la conduisit ensuite à travers la
ville); Code d'Hammourabi 129 (les adultères étaient liés l'un à
l'autre et ensuite jetés dans l'Euphrate). Étant
donné que l'humiliation publique n'allait pas de pair avec la réduction
en esclavage, Alma 11:2 cadre avec Mosiah 2:13 qui interdisait aux
habitants de Zarahemla de se réduire mutuellement en esclavage (entre
autres pour dettes).
lxxiv Voir p. ex.
Code d'Hammourabi 127 (insultes à une grande prêtresse ou à une femme
mariée ayant pour résultat la flagellation et le rasage de la moitié de
la tête).
lxxv Voir note lxii
ci-dessus. Puisque Mosiah savait que sa loi devait s'appliquer à tout
le monde tant en-dehors de l'Église qu'à
l'intérieur, il est logique qu'il ait eu recours aux lois noachides de
Néphi et les ait étendues en fonction des besoins actuels du peuple,
car, comme les lois de Néphi s'appliquaient à tous les hommes, un roi
néphite se sentirait justifié d'insister, au minimum, pour que tous les
habitants de Zarahemla, qu'ils soient Néphites ou Mulékites, dans l'Église ou non, s'y soumettent.
lxxvi Voir note xlix
ci-dessus.
lxxvii Voir Code
d'Hammourabi, section 8, où une personne qui vole les animaux du
palais est mise à mort si elle ne peut pas payer pour les remplacer.
lxxviii Alma 18:5-6.
Les rois d'Israël étaient clairement soumis aux lois, comme le montrent
les histoires de la vigne de Naboth dans 1 Rois 21 et de David et
Bath-Schéba dans 2 Samuel 11-12. Voir, pour un traitement général, Z.
Falk, Hebrew Law in Biblical Times, Jérusalem, Wahrmann, 1964,
pp. 45-51; R. de Vaux, Ancient Israel, New York, McGraw Hill, 1965, p.
151.
lxxix Voir note lxv
ci-dessus.
lxxx Voir note liv
ci-dessus, surtout là où les Lamanites ont pu associer
traditionnellement le soi-disant délit de Néphi au crime de Deutéronome
13:13, à savoir "sortir" et "séduire les habitants d'une ville" et
accuser les autres de "ne pas connaître Dieu", ce qui est décrit dans
ce passage comme méritant la mort "au fil de l'épée" (Deutéronome
13:15).
lxxxi Voir J. Welch, "Longevity of Book of Mormon People and
the 'Age of Man'", Journal of Collegium
Aesculapium, été 1985; existe aussi sous
forme de Rapport préliminaire chez F.A.R.M.S., 1984.
lxxxii Alma 54:17.
Tous les Lamanites n'étaient pas les mêmes, bien entendu: certains
Lamanites s'unirent aux brigands dans Hélaman 11:24 et 3 Néphi 1:29, en
dépit du fait que la plupart des Lamanites combattirent vigoureusement
les brigands dans Hélaman 6:37.
lxxxiii L'hostilité
zoramite s'intensifia quand Alma et ses camarades convertirent et
emmenèrent la classe ouvrière inférieure à Antionum; voir Alma 35.
Amalickiah et Ammoron étaient descendants de Zoram; voir Alma 54:23,
52:3. Des Zoramites rejoignirent aussi les rangs des brigands de
Gadianton, 3 Néphi 1:29.
lxxxv Les noms Amlici
et Zérahemnah semblent tous les deux être des mots mulékites: Amlici
peut être associé à la racine hébraïque m-l-k, qui veut dire
roi, voir F.A.R.M.S. Update "New Information About Mulek, Son of the
King" (février 1984) et Zérahemnah est un nom auquel on peut
s'attendre chez un descendant de Zarahemla, roi des Mulékites.
Coriantumr est explicitement identifié comme "descendant de Zarahemla"
dans Hélaman 1:15. Je démontrerai ailleurs que l'assimilation des
Mulékites à la culture néphite ne fut pas très satisfaisante et que ces
deux groupes restèrent distincts. Voir, p. ex., Mosiah 25:4.
lxxxvi Richard
Bushman, Joseph Smith and the Beginnings of Mormonism, Urbana,
Univ. of Illinois Press, 1984, p. 130, résume brièvement l'histoire de
deux de ces groupes.
lxxxvii Il y a trois
autres passages de cette période dans lesquels le vol est mentionné:
(1) Le vol est le thème de Hélaman 6:21-23 parce que les Néphites se
sont unis aux brigands "parmi les Néphites" (6:18) afin de permettre
aux uns et aux autres de voler. (2) C'est aussi le cas dans Hélaman 7:5
et 21, qui parlent tous les deux de vol, parce que le groupe
d'opposition domine maintenant le gouvernement et que le sujet, ce sont
les délits contre son "prochain" [l'anglais dit neighbor, qui
signifie prochain, mais aussi voisin – N.d.T.] (7:21). (3) Samuel le
Lamanite prophétise dans Hélaman 13:34 que les hommes déposeraient un
outil et ne pourraient plus le retrouver le lendemain (un voisin ou
quelqu'un de l'extérieur aurait pu le prendre), et cette prophétie
s'accomplit selon Mormon 2:10 à cause "des voleurs et des brigands"
dans le pays.
lxxxix Hélaman
2:11-12. Je remercie Kelly Ward et Robert F. Smith de cette
information. Il y a peut-être aussi un jeu de mots dans Alma 37:23, où
une pierre appelée Gazelem (qui pourrait venir de la racine hébraïque gzh
"couper, pierres taillées") révèlera les ténèbres des brigands-gzl,
comme le pensent JoAnn Hackett, Robert F. Smith, Blake Ostler et John
Tvedtnes. Voir aussi Giddianhi.
xc Le fait de se
souvenir de la destruction totale et de la captivité de Jérusalem comme
dépassant la violence de ces attaques a un cachet d'authenticité. Il y
a peu de chances qu'un Léhite oublie jamais l'avertissement prophétique
de Léhi et la confirmation de la destruction totale face auxquels ils
avaient quitté Jérusalem en premier lieu.
xci 3 Néphi 4:28. Cf.
Deutéronome 21:22. Voir, pour un traitement général, M. Hengel, Crucifixion,
Philadelphie, Fortress Press, 1977.
xcii La manière
détaillée dont cette exécution a suivi les pratiques de l'Israël
antique, comme on la retrouve dans Maïmonide, Sanh. XV.6, est exposée
dans mon article "The Execution of Zemnarihah", F.A.R.M.S. Update,
novembre 1984.
xciii Publié sous la
direction de Thomas Upham, Andover, Flagg et Gould, 1823, p. 313.
xciv Même
aujourd'hui, cette distinction ne va pas de soi pour les Occidentaux.
Après tout, nous ne parlons pas de "Ali-Baba et les quarante Brigands".
xcv
Voir, pour une étude générale: Samuel Walker, Popular
Justice: A History of American Criminal Justice, New York, Oxford University Press, 1980; Douglas
Greenberg, Crime and Law Enforcement in
the Colony of New York 1691-1776, Ithaca,
Cornell University Press, 1974; William E. Nelson, Americanization of the Common Law: The Impact of Legal
Change on Massachusetts Society, 1760-1830,
Cambridge, 1975.
xcvi
Joseph Chitty, A Practical Treatise on
the Criminal Law, Londres, A. J. Valpy,
1816, pp. 802-809. Cette loi fut interprétée "strictement"; voir
William Holdsworth, A History of English
Law, Londres, Methuen & Co., 1972,
8:304. Voir aussi Herbert Broom, Commentaries
on the Common Law, Philadelphie, T. &
J. W. Johnson, 1856, pp. 633-634.
xcvii
Voir Patrick Pringle, Stand
and Deliver: The Story of the Highwaymen,
Londres, Museum Press, 1951. Ce qui
intéressait la législation du Massachusetts, c'étaient les bandits de
grand chemin et la peur qu'ils inspiraient, voir Edwin Powers, Crime
and Punishment in Early Massachusetts, Boston, Beacon, 1966, p. 270;
Nathan Dane, A General Abridgment and Digest of American Law, Boston,
Cummings, Hilliard & Co., 1824, p. 180.
xcix Chitty, p.
917-24. Voir aussi Holdsworth, 3:361-366 ; 7:513.
ci
Greenberg, p. 90 ; Nelson, p. 37.
cii Il est, par
exemple, certain que Laban n'eut pas de raison de craindre à cause d'
"une violence réelle" ni d'une "lutte", voir Chitty, pp. 803-804 et il
n'y a pas eu de véritable transfert de possession vers Laman; il ne
peut donc techniquement pas être un "robber". Selon la législation
anglo-américaine, on ne peut pas voler un "droit au gouvernement", voir
Alma 54:17, puisqu'il n'y a ici aucune infraction contre des biens
personnels. De même, un débiteur défaillant ne peut pas être traité
comme un voleur en vertu de ces lois modernes, puisque il a"acquis
légalement la possession", voir Chitty, p. 915. Je remercie Cole Durham
de ces deux dernières informations. De plus, l'emprisonnement était un
châtiment fréquent pour les débiteurs défaillants à New York en 1828,
voir Richard Bushman, Joseph Smith and the Beginnings of Mormonism,
Urbana, Université d'Illinois, 1984, p. 66, mais la prison n'est pas
mentionnée dans Alma 11:2. De même, le comportement général des
brigands du Proche-Orient antique et du Livre de Mormon est différent
de celui des bandits de grand chemin qui harcelaient les voyageurs
anglais du dix-huitième siècle. Voir aussi la note vi ci-dessus.
ciii Par exemple,
Alexander Campbell, un des premiers contradicteurs, voyait, dans ces
brigands qui prêtaient serment en secret, des francs-maçons du 19e
siècle, mais il ne tarda pas à abandonner lui-même cette théorie
boiteuse. Voir Bushman, pp. 128-131. S'il avait été au courant de cette information antique,
il est peu probable qu'il aurait jamais soulevé cet argument du
parallèle avec les francs-maçons. Il ne rentre pas dans le sujet de la
présente étude de parler des ressemblances générales de toutes les
sociétés secrètes, voir John L. Sorenson, An
Ancient American Setting for the Book of Mormon, Salt Lake City, Deseret, 1985, pp. 300-309; voir aussi
Richard Deacon, The Chinese Secret Service, New York, Ballantine, 1976. En outre, Bill Hamblin a
avancé l'idée que l'on peut trouver des parallèles étroits dans l'Islam
radical; voir Marshall G. S. Hodgson, The
Order of Assassins, Hague, Mouton &
Co., 1955, et Bernard Lewis, The
Assassins: A Radical Sect in Islam, New
York, Basic Books, 1968.
civ Bushman, p. 131, et Ray Hillam, "The Gadianton Robbers
and Protracted War", BYU Studies 15, 1975, p. 215-224, proposent tous deux ce parallèle
moderne.