Les chevaux dans le
Livre de Mormon
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Research Reports
Ce rapport de
recherche a été élaboré par le
Département de la Recherche de FARMS et est basé sur
les recherches de spécialistes les plus récentes dont
on dispose. Il est sujet à révision à mesure que
de plus amples informations sur le sujet deviennent accessibles. Les
idées exprimées ici ne représentent pas
nécessairement la position de FARMS, de l'université
Brigham Young ou de l'Église de Jésus-Christ des saints
des derniers jours.
Rapport mis à
jour pour la dernière fois en août 2000
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1996-2001 Foundation for Ancient Research and Mormon Studies
Le Livre de Mormon
mentionne des chevaux, et cependant il ne semble pas que les natifs
américains qui, au 17e siècle, ont accueilli les
Espagnols à leur arrivée dans le Nouveau Monde, les
aient connus. De plus, les indices archéologiques concernant
la présence du cheval dans l'Amérique précolombienne
sont actuellement maigres et non concluants. Comment cela peut-il
s'expliquer ? Pour procéder à une étude
soigneuse de cette question, il faut commencer par examiner ce que le
Livre de Mormon dit et ne dit pas concernant les chevaux.
Les chevaux ne sont
mentionnés qu'une seule fois dans le pays du nord au cours de
la période jarédite, c'est-à-dire pendant le
règne prospère du roi Emer vers 1500 ans av. J.-C.,
avant la grande sécheresse qui sévit à un moment
donné au 3e millénaire av. J.-C. (voir Ether 9:19,
30-35). Étant donné que les chevaux ne sont plus
mentionnés dans les annales jarédites, il est possible
qu'après cette époque l'espèce se soit éteinte
dans la région située au nord de l'étroite bande
de terre.
Les chevaux étaient
connus de certains Néphites et Lamanites depuis environ six
cents ans av. J.-C. jusqu'à l'époque du Sauveur. Il y
en avait dans le "pays du premier héritage" du temps
de Néphi, fils de Léhi (voir 1 Néphi 18:25). Ils
furent également utilisés au moins par certains membres
de l'élite des Lamanites, à l'époque du roi
Lamoni, dans la même région au cours du premier siècle
av. J.-C. (voir Alma 18:9-12). Le texte ne parle plus de chevaux dans
le pays de Néphi après ce moment-là. La seule
autre région où il soit question de chevaux est le pays
de Zarahemla à l'époque de la guerre avec les brigands
de Gadianton, juste avant la naissance de Jésus-Christ (voir 3
Néphi 3:22 ; 4:4 ; 6:1). Rien dans le texte ne permet de penser
que les chevaux provenaient de cette région. L'allusion que
fait le Sauveur aux chevaux dans 3 Néphi 21:14 est une
prophétie concernant les derniers jours et ne doit pas être
interprétée comme désignant les chevaux
néphites. Dans le Livre de Mormon, il n'est plus jamais
question de chevaux après l'époque du Christ.
Bref, la seule chose que
le Livre de Mormon affirme, c'est que les chevaux étaient
connus de certaines populations du Nouveau Monde avant le temps du
Christ dans certaines régions limitées du Nouveau
Monde. Nous ne devons donc pas conclure d'après le texte que
les chevaux étaient universellement connus en Amérique
pendant toute l'histoire précolombienne. De plus, le Livre de
Mormon ne dit nulle part que l'on montait les chevaux ou qu'on les
utilisait au combat, bien que certains passages donnent à
entendre qu'ils peuvent avoir été utilisés à
certains moments par l'élite comme animaux de trait (voir, par
exemple, Alma 18:9 ; 3 Néphi 3:22).
Considérations
archéologiques
Il
arrive que de petits troupeaux d'animaux dans une région
limitée ne laissent pas de restes archéologiques. Nous
savons qu'au cours du 11e siècle de notre ère, les
Normands ont probablement introduit des chevaux, des vaches, des
moutons, des chèvres et des porcs dans l'Est de l'Amérique
du Nord, et pourtant ces animaux ne se sont pas répandus à
travers tout le continent et n'ont laissé aucun reste
archéologique [1].
"Il est probable", écrit Jacques Soustelle, une
autorité sur les Olmèques, "que les Olmèques
ont eu des chiens et des dindons, animaux domestiqués à
une époque très reculée sur le continent
américain, mais la destruction de toute espèce de
restes osseux, tant animaux qu'humains, par l'humidité et
l'acidité du sol nous empêche d'en être certains" [2]
Même si les chevaux
avaient été abondamment utilisés et avaient été
un élément vital dans la culture des peuples du Livre
de Mormon (quelque chose que les auteurs du Livre de Mormon ne
prétendent absolument pas), on ne pourrait pas en déduire
qu'il y en aurait des traces abondantes ou évidentes dans les
découvertes archéologiques actuelles.
L'étude
des restes d'animaux fossilisés dans les sites archéologiques
est appelée aujourd'hui "zoo-archéologie". Le
zoo-archéologue Simon J. M. Davis note que la majorité
des ossements découverts dans les sites archéologiques
sont ceux d'animaux tués pour être mangés ou
d'autres produits d'abattage par les peuples anciens. Il est rare de
trouver des restes d'autres animaux dans de tels endroits. "Les
animaux exploités, disons, comme animaux de trait ou comme
montures [comme les chevaux] n'étaient pas nécessairement
mangés et ont pu n'être représentés que
par un os occasionnel introduit par des chiens charognards." Par
conséquent, "le problème de la corrélation
entre les ossements déterrés et l'importance économique
des animaux dans l'Antiquité est loin d'être résolu [3]"
En fait, "on se demande parfois s'il y a une ressemblance
quelconque entre un rapport publié sur des ossements et les
animaux exploités par les humains d'autrefois [4]"
Le
cheval était la base de la richesse et de la puissance
militaire des Huns d'Asie centrale (4e et 5e siècles de notre
ère). Néanmoins, selon S. Bokonyi, une des grandes
autorités dans le domaine de l'histoire zoologique de l'Asie
centrale, "Nous savons très peu de choses sur les chevaux
des Huns. Il est intéressant de constater que l'on n'a pas
trouvé un seul os de cheval utilisable dans tout le territoire
de l'empire des Huns. C'est d'autant plus déplorable que les
sources contemporaines parlent de ces chevaux avec beaucoup
d'appréciation [5]"
L'absence de preuves
archéologiques concernant les chevaux des Huns est
particulièrement significative quand on pense aux chevaux du
Livre de Mormon. Pendant les deux siècles de leur domination,
les Huns ont dû posséder des centaines de milliers de
chevaux. Si des ossements de chevaux huns sont si rares, en dépit
de l'abondance des chevaux au cours de l'empire hun, comment
pouvons-nous espérer des preuves archéologiques
abondantes en faveur des chevaux précolombiens dans le Nouveau
Monde, surtout quand on tient compte du fait que les auteurs du Livre
de Mormon ne font que des allusions rares et plutôt
conservatrices aux chevaux ?
Un
exemple parallèle dans la Bible est instructif. Le récit
biblique parle de lions, et pourtant, jusque tout récemment,
la seule autre indication de la présence de lions en Palestine
était pictographique ou littéraire. Avant l'annonce,
dans une publication de 1988, de deux échantillons
d'ossements, il n'y avait pas de preuve archéologique pour
confirmer l'existence de lions dans cette région [6].
Il y a donc souvent un fossé entre ce que des documents
historiques tels que le Livre de Mormon affirment avoir existé
et ce que des découvertes archéologiques limitées
peuvent produire. En outre, les fouilles archéologiques dans
les pays bibliques ont des dizaines d'années d'avance et se
font à une échelle beaucoup plus vaste que dans ce qui
est proposé comme pays du Livre de Mormon.
Possibilité
d'une survie tardive des chevaux préhistoriques
Certaines
traditions mexicaines natives font penser à un souvenir de la
survie tardive de certaines espèces de chevaux dans le Nouveau
Monde. La première fois que les Mexicains ont rencontré
les chevaux espagnols, ils les ont comparés à des
cervidés. L'historien américain Hugh Thomas, dans son
étude originale de la conquête du Mexique, suggère
que cette association a pu être partiellement basée sur
des traditions ancestrales natives qui mentionnaient des cervidés
avec une queue et une crinière. Selon Thomas : "Il se
peut que les Mexicains aient continué à considérer
ces animaux comme des cervidés. Mais il est possible qu'un
souvenir populaire leur ait rappelé qu'il y avait jadis eu des
chevaux en Amérique. [7]"
Attribution de noms
par analogie
Il est
également possible que certains peuples du Livre de Mormon
venant de l'Ancien Monde aient décidé d'appeler
"cheval" ou "âne" l'une ou l'autre espèce
animale du Nouveau Monde. Ce transfert culturel est bien connu des
historiens et des anthropologues qui étudient les contacts
interculturels. Par exemple, la première fois que les Grecs
ont visité le Nil, en Égypte, ils ont rencontré
un gros animal qu'ils n'avaient encore jamais vu et lui ont donné
le nom d'hippopotame, ce qui veut dire "cheval du fleuve".
La première fois que les armées romaines ont rencontré
l'éléphant, ils l'ont appelé Lucca
bos,
"vache lucanienne". Dans le Nouveau Monde, les Espagnols
ont appelé le jaguar d'Amérique centrale leone,
"lion" ou tigre.
De la
même façon, les membres de la famille de Léhi ont
pu appliquer des mots d'emprunt à certaines espèces
animales qu'ils rencontraient pour la première fois dans le
Nouveau Monde, comme le tapir d'Amérique centrale. Si
certaines espèces de tapir sont assez petites, la variété
d'Amérique centrale (tapiris
bairdii)
peut atteindre presque deux mètres de long et peser plus de
300 kg. Beaucoup de zoologues et d'anthropologues ont comparé
les caractéristiques physiques du tapir à celles du
cheval ou de l'âne. "Chaque fois que je voyais un tapir,
note le zoologue Hans Krieg, cela me rappelait un animal semblable à
un cheval ou à un âne. Les mouvements ainsi que la forme
de l'animal, particulièrement le long cou avec la petite
crinière en brosse, et même l'expression de la face
ressemblent beaucoup plus à ceux d'un cheval qu'à ceux
d'un porc [auquel certains ont comparé l'espèce plus
petite]. Quand on regarde un tapir en alerte... au moment où
il se redresse quand il se rend compte d'un danger, et qu'il part au
galop, il ne reste presque rien de la ressemblance avec le porc [8]"
D'autres
zoologues ont fait des observations semblables. "À
première vue, notent Hans Frädrich et Erich Thenius, les
mouvements du tapir ne ressemblent pas non plus à ceux de ses
cousins, le rhinocéros et le cheval. Lorsqu'il marche
lentement, il garde habituellement la tête basse." Par
contre, lorsqu'il court, ses mouvements ressemblent tout à
fait à ceux du cheval : "Quand il est au trot, il lève
la tête et bouge les pattes avec souplesse. On ne voit le galop
étonnamment rapide que lorsque l'animal est en fuite, qu'il
joue ou qu'il est extrêmement excité." En outre, le
tapir sait "très bien grimper, alors qu'on ne s'y
attendrait pas, étant donné sa forme massive. Même
les pentes escarpées ne constituent pas un obstacle. Il saute
des clôtures ou des murs verticaux, en se dressant sur les
pattes de derrière et en bondissant [9]."
On peut le domestiquer très facilement si on le capture quand
il est jeune. Il est facile de domestiquer de jeunes tapirs qui ont
perdu leur mère ; ils mangent dans un bol, aiment qu'on les
caresse et se laissent souvent chevaucher par les enfants. [10]
On ne peut guère
reprocher aux visiteurs de l'Ancien Monde qui arrivent dans le
nouveau de décider de classifier le tapir d'Amérique
centrale comme cheval ou âne, si c'est ce qui est arrivé.
Étant donné les limites de la zoo-archéologie,
et aussi de celles d'autres disciplines potentiellement utiles
lorsque l'on fouille de nombreux siècles dans le passé
oublié, il est imprudent de hausser les épaules devant
les allusions du Livre de Mormon aux chevaux et de les déclarer
erronées.
Notes
[1] Voir Gwyn Jones, The Norse
Atlantic Saga: Being the Norse Voyages of Discovery and Settlement to
Iceland, Greenland, America, 2e éd., New
York, Oxford University Press, 1986, p. 119; voir aussi Erik Wahlgren, The Vikings in Amercia,
New York, Thames and Hudson, 1986, p. 124)
[2] Jacques Soustelle, The
Olmecs: The Oldest Civilization in Mexico,
Garden City, Doubleday, 1984, p. 23.
[3] Simon J.
M. Davis, The Archaeology of Animals, New Haven et Londres, Yale University Press, 1987, p.
24.
[4] Idem, p.
23.
[5] S.
Bokonyi, History of Domestic Mammals in
Central and Eastern Europe, Budapest,
Akademiai Kiado, 1974, p. 267.
[6] L. Martin,
"The Faunal Remains from Tell es Saidiyeh", Levant 20, 1988, p. 83-84.
[7] Hughy
Thomas, Conquest: Montezuma, Cortés, and
the Fall of Old Mexico, New York, Simon
and Schuster, 1993, p. 178; voir aussi The
Chronicles of Michoacan, sous la
direction d'Eugene R. Craine et Reginald C. Reindorp, Norman, Oklahoma,
University of Oklahoma Press, 1970, p. 63-64.
[8] Cité dans
Hans Frädrich et Erich Thenius, "Tapirs", Grzimek's
Animal Life Encyclopedia, sous la
direction de Bernhard Grzimek, New York, Van Nostrand Reinhold Company,
vol. 13, p. 19-20.
[9] Idem, p.
20.
[10] Idem, p.
28-30.