Le Journal of Book of Mormon Studies consacre son numéro 2 de 2006 à l’inventaire de ce qui a été découvert à ce jour sur la traversée de l’Arabie par la colonie de Léhi. Potter et Wellington vivent depuis des années en Arabie Saoudite et ont pu effectuer leurs recherches sur place.
La Piste de Léhi : De la vallée de Lémuel au port de Néphi
Richard Wellington et George Potter
Journal
of Book of Mormon Studies,
vol. 15, n°2, 2006 p.
26–43
Tandis
que George Potter et Craig
Thorsted
exploraient, en 1995, le coin nord-est de l’Arabie Saoudite, le
capitaine local de la garde côtière leur fit découvrir
une vallée spectaculaire appelée l’oued
Tayyib al-Ism,
où se trouve un cours d’eau qui coule continuellement
tout au long de l’année et se jette dans le Golfe
d’Aqaba. Avec la découverte du l’oued
Tayyib
al-Ism, on
avait
finalement un candidat tout à fait qualifié pour la
vallée de Lémuel
[1]. La
découverte de la vallée a fourni le point de départ
à partir duquel les auteurs ont pu élaborer un nouveau
modèle pour l’itinéraire emprunté par Léhi
à travers l’Arabie.
En six ans nous avons pu parcourir d’un bout à l’autre la péninsule arabique à la recherche de l’itinéraire que nous croyons que Léhi a dû suivre de Jérusalem à Abondance. Nos constatations ont été publiées en 2003 et cet article donne un bref aperçu du modèle que nous proposons dans notre livre [2]. Pendant tout ce temps, nous avons eu la chance de pouvoir consulter les travaux de ceux qui nous avaient précédés, à savoir Hugh Nibley, Lynn et Hope Hilton, et Warren et Michaela Aston [3].
Avant
que nous ne présentions des endroits précis par
lesquels nous croyons que Léhi
est passé pendant son voyage, un bref exposé sur la
façon dont on voyageait autrefois en Arabie s’impose.
Quand Léhi
a quitté Jérusalem pour commencer son voyage, la
péninsule arabique était déjà habitée
depuis bien des générations.
En effet,
selon la Bible, peu de temps après le déluge, l’Arabie
méridionale fut peuplée par les 13 fils de Jokthan,
un descendant de la cinquième génération après
Noé (voir Genèse
10:26-30)
[4]. Les quelques puits qui existaient étaient bien connus du
temps de Léhi
et tous appartenaient à des tribus qui les gardaient
étroitement.
Il était impossible d’atteindre ces puits et d’en
revenir sans la
permission des tribus arabes qui possédaient le pays.
Nous
proposons donc que Léhi
a pris une piste existante susceptible de garantir à la
famille des droits d’accès protégés à
travers ces terres dangereuses.
Du temps de Léhi il n’existait qu’une seule piste qui allait par le sud-sud-est vers l’Arabie méridionale (voir 1 Néphi 16:13-14) [5]. Cette piste s’appelle la piste de l’encens parce qu’elle était utilisée pour le transport de l’encens (la sève très estimée du Boswelia sacra) de l’endroit où il poussait dans les régions plus fertiles de l’Arabie méridionale jusqu’en Égypte, en Mésopotamie, en Syrie et Israël au nord. C’est ainsi que notre modèle pour la piste de Léhi s’écarte des théories précédentes selon lesquelles Léhi aurait longé le rivage de la mer Rouge [6]—itinéraire qui aurait simplement été impossible puisqu’il n’y a pas eu de piste le long de la côte, ni de chapelet organisé de puits avant le neuvième siècle apr. J.-C. [7].
Il y a deux raisons principales pour lesquelles nous pensons que le groupe de Léhi a dû utiliser la piste de l’encens. D’abord, cette piste protégeait Léhi et sa famille des pillards. Jérémie, contemporain de Léhi, signale que les Arabes étaient des brigands de grand chemin notoires (voir Jérémie 3:2). Les tribus qui gouvernaient les terres traversées par les itinéraires commerciaux assuraient la protection aux puits et sur les pistes. Les voyages étaient encouragés et gérés, pas interdits. L’arabiste Alan Keohane écrit à propos d’une période postérieure à celle de Léhi : « Les marchands et les cultivateurs leur payaient [aux tribus locales] de l’argent pour leur protection, appelé khawah, pour se protéger des raids. Les cheiks du désert… devinrent si puissants que beaucoup reçurent le titre plus grandiose d’émir ou prince. Ils étaient également fabuleusement riches. » [8]
Deuxièmement, la piste fournissait de l’eau et des provisions au groupe de Léhi. L’historien romain Pline l’Ancien (23-79 apr. J.-C.) décrit comme suit le coût d’utilisation de la route de l’encens : « En effet tout le long de la route, ils ne cessent de payer, ici pour l’eau, là pour le fourrage, ou les frais de logement aux étapes » [9]. L’itinéraire de la route de l’encens s’explique en un mot—l’eau, la denrée la plus précieuse de toutes pour le voyageur du désert. Les Hilton notent : « L’histoire de l’Arabie est écrite avec de l’eau, pas de l’encre » [10]. Les grandes oasis d’Arabie – Tabuk, Hijra (Mada’in-Salih), Dedan (al Ula), Médine, la Mecque et Najran – se trouvent toutes sur la route de l’encens ou sur l’une de ses branches. En effet, le cours de la route de l’encens n’était pas une affaire de coïncidence ; elle était là parce qu’elle fournissait une alimentation en eau fiable et constituait par conséquent pour le voyageur la meilleure chance de survivre à la traversée des grands déserts.
Bien que nous n’ayons pas de textes du temps de Léhi qui mentionnent les dangers de la traversée du désert arabe (notamment les maraudeurs et le manque d’eau) ou la nécessité de prendre la route de l’encens, les savants supposent que la situation historique ultérieure, pour laquelle des documents existent, est restée relativement constante dans le temps et est donc une indication précise des difficultés que le groupe de Léhi a rencontrées en Arabie.
Certains diront que le Liahona aurait pu diriger Léhi à travers le désert sans piste. Même si c’était le cas, le groupe aurait vraisemblablement dû rejoindre la piste aux puits. Au cours de la période ottomane (14e-20e siècles apr. J.-C.), « des kellas ou points d’eau fortifiés, protégés par des portes blindées et des garnisons, parsemaient l’itinéraire [de la route de l’encens] à intervalles longs et irréguliers. Bien que séparés de deux ou trois jours de marche, les points d’eau étaient en tous cas connus et les plans étaient faits en conséquence » [11]. Comme les Hilton l’ont résumé succinctement : « Léhi n’aurait pas pu se frayer une route sans eau et il y a peu de chances qu’un citadin découvre une série de trous d’eau ignorée des habitants du désert » [12]. La famille a donc dû voyager et survivre comme les autres voyageurs de son temps dans la même région, allant d’un trou d’eau public à l’autre » [13]. Ce qui confirme ce point de vue, c’est le fait que, comme Pline le fait remarquer, ceux qui quittaient la piste officielle étaient sommairement exécutés par les hégémonies arabes au pouvoir [14].
Néphi nous dit que Léhi quitta Jérusalem et « partit dans le désert » (1 Néphi 2:4). Y avait-il un itinéraire antique qui menait de Jérusalem à l’oued Tayyib al-Ism (notre candidat pour la vallée de Lémuel) et dont on aurait pu dire qu’il était « dans le désert » ? Il s’avère qu’il y avait un itinéraire de ce genre. Les branches septentrionales de la route de l’encens (à Gaza, à Damas et en Babylonie) se réunissaient dans la ville de Dedan [15] (située dans l’Arabie Saoudite moderne) et continuaient de là vers le sud jusqu’au Yémen. La branche de Gaza de la route passait à moins de 15 kilomètres de l’oued Tayyib al-Ism, quelque chose qui n’est certainement pas passé inaperçu pour Léhi. La piste comportait des étapes aux puits, habituellement séparés de plusieurs jours de voyage. L’étape la plus proche de l’oued Tayyib al-Ism était la ville de Madian (l’ancienne résidence de Jéthro, beau-père de Moïse, actuellement al-Bada’a). De Madian, la branche de Gaza continuait par l’intérieur des terres en gros dans la direction du sud-sud-est à travers les montagnes pour finir par rejoindre les autres à Dedan [16].
Le manque de place ne nous permet pas de développer les raisons pour lesquelles nous croyons que Léhi a pris cet itinéraire de Jérusalem vers le sud jusqu’à Aqaba et ensuite jusqu’à l’oued Tayyib al-Ism plutôt que l’une des autres possibilités. Qu’il suffise cependant de dire qu’à l’est de Jérusalem il y avait deux routes principales qui allaient dans une direction nord-sud : la Route royale et, plus loin à l’est, le Chemin du désert, ainsi appelé parce qu’il traversait la région désertique à l’est de la chaîne montagneuse du Séir [17].
Il semblerait qu’il y ait un précédent historique à la fuite de la famille vers l’est en direction du Chemin du désert et de la Route royale. C’était l’itinéraire préféré de sortie de Jérusalem non seulement pour les Israélites qui se sont sauvés quand Nebucadnetsar s’est emparé de Jérusalem en 587 av. J.-C. [18] mais également pour le roi Sédécias et sa famille [19]. Apparemment, si Léhi a suivi le même itinéraire que la plupart des autres qui se sont enfuis de Jérusalem peu de temps après son départ, il serait parfaitement correct de décrire cette option comme le fait de partir « dans le [Chemin du] désert ».
Le
texte de
Néphi
dit qu’après
avoir atteint le Golfe d’Aqaba, le groupe de Léhi a
voyagé « près » et ensuite
« dans » les « régions
frontières » (1 Néphi
2:5), ce qui, dans la traduction de Joseph Smith, a très bien
pu désigner le bord d’une chaîne de montagnes
puisque nous lisons dans la Bible que Moïse reçoit le
commandement, en ce qui concerne le mont Sinaï, que le peuple ne
monte pas sur la montagne ni n’en touche le bord (voir Exode
19:12). Le
nom de la chaîne de montagnes que le groupe a traversé
longe le côté oriental du golfe et est appelé le
« Hedjaz »,
qui signifie « barrières ».
En utilisant le texte de Néphi comme guide, on passe directement d’Aqaba à l’oued fertile qu’est le Tayyib al-Ism, où nous avons trouvé une oasis de centaines de palmiers dattiers (voir 1 Néphi 8:1), du grain sauvage (voir 8:1), un cours d’eau coulant continuellement (voir 2:9), et une gorge magnifique de granit (voir le 2:10) [20]. Cet itinéraire nous a fait faire toute la longueur de l’oued Bir Marsha, que Jeffrey R. Chadwick, qui n’a pas visité la région, considère pouvoir être un candidat pour la vallée de Lémuel. Cependant, contrairement à l’oued Tayyib al-Ism, qui est fertile, Bir Marsha n’est qu’un oued rocheux stérile, sans grain, ni arbres fruitiers, et certainement sans eau qui coule [21].
De la vallée de Lémuel à Nahom
Après avoir quitté la vallée de Lémuel, le groupe va voyager pendant quatre jours jusqu’à un endroit qu’il appelle « Shazer », où il dresse la tente et chasse (voir 1 Néphi 16:13-14). Hugh Nibley écrit à propos du nom de lieu Shazer : « Le nom intrigue. La combinaison shajer est très courante dans les noms de lieux palestiniens ; c’est un collectif signifiant ‘arbres’, et beaucoup d’Arabes (surtout en Égypte) le prononcent shazher » [22]. Nigel Groom utilise un certain nombre de variantes du même nom de lieu, Shajir étant l’une d’entre elles, identique au Shajer de Nibley. La définition que Groom donne de Shajir est « vallée ou région où abondent les arbres et les arbustes. » [23]
Le premier campement de Léhi après la vallée de Lémuel a dû être dans un lieu d’étape autorisé le long de la branche de Gaza de la route de l’encens ; autrement on ne lui aurait pas permis de s’arrêter pendant une période prolongée. Nous nous sommes donc mis à rechercher un caravansérail dans une vallée ayant des arbres, qui aurait été à quatre jours de voyage de la vallée de Lémuel.
Au début du 20ème siècle, Aloïs Musil a voyagé et a fait des cartes méticuleuses du Hedjaz septentrional, le pays situé entre Madian et Médine, où passait la section suivante de la branche de Gaza de la route de l’encens. Il a décrit son voyage le long de l’oued Agharr, également connu sous le nom d’oued Sharmah, un oued (vallée de montagne) à environ 100 kilomètres au sud-est de la vallée de Lémuel. Musil écrit : « Nous… avons traversé la vieille route des pèlerins d’ar-Rasifijje menant vers le sud aux collines de Kos al-Hnane, où demeurent des esprits. Des palmiers dattiers poussaient toujours dans certaines parties de la vallée, de sorte que l’oasis de Sharmah pouvait se prolonger de vingt-cinq bons kilomètres vers l’est. » [24]
Musil
décrit une vallée fertile avec une oasis de plus de 25
kilomètres de long.
Cette
vallée fertile est approximativement au sud-sud-est
de notre candidat pour la vallée de Lémuel
et était traversée par la vieille route des pèlerins
qui suivait la branche de Gaza de l’ancienne route de l’encens.
Nous avons
trouvé la description d’Agharr
faite par Musil
extrêmement intéressante, parce que lors d’un
voyage antérieur à Madian,
le général de police d’al-Bada’a
nous avait dit que le meilleur terrain de chasse de toute la région
était dans les montagnes à Agharr.
Le tout grand expert en pistes du nord-ouest de l’Arabie est Abdullah al-Wohaibi de l’université du roi Saoud. Al-Wohaibi note les noms et l’ordre des haltes ou des lieux de repos sur la route d’al-Mu’riqah, un autre nom de la vieille route d’ar-Rasifijje que Musil avait mentionnée. Il écrit que selon divers géographes arabes médiévaux, le premier point de repos après Madian était al-Aghra’ [25]. Musil avait précédemment relevé la ressemblance entre les noms al-Aghra’ et de l’oued Agharr et avait conclu que le point de repos était dans cet oued.
Pour en revenir à l’endroit appelé Shazer dans le Livre de Mormon, où le groupe de Léhi s’arrête pour chasser et dont la signification en arabe, comme remarqué plus haut, était « vallée ou région où abondent les arbres et les arbustes », nous avions maintenant la preuve par des sources indépendantes que le premier point de repos après Madian sur l’ancienne branche de Gaza de la route de l’encens se trouvait dans une vallée fertile ayant des arbres, l’oued Agharr, et les montagnes environnantes offraient les meilleures possibilités de chasse le long de la piste.
Néphi nous apprend qu’après avoir quitté Shazer, le groupe a voyagé « dans les parties les plus fertiles du désert » (1 Néphi 16:14). Pourtant le célèbre explorateur Richard Burton décrit le Hedjaz en ces termes : « Je n’avais encore jamais vu de pays où l’anatomie de la terre soit aussi aride ou qui soit plus riche en formations volcaniques ou primaires. » [26]
Si Joseph Smith, ou n’importe qui d’autre, avait composé le Livre de Mormon, on pourrait se demander ce qui lui avait pris de dire qu’il y avait des « parties fertiles » dans ce genre de paysage. On aurait ici un endroit évident pour prouver que le Livre de Mormon était un faux. Pourtant ce qui pourrait au premier abord sembler être une grande faille dans le texte de Néphi est en réalité l’un des témoignages les plus contraignants de son exactitude historique, parce que non seulement les grandes villes oasiennes étaient pour la plupart situées sur la route de l’encens (al-Bada’a, al-Aghra dans l’oued Aghar, Shuwaq, Shagbh, Dedan, Médine, etc.), mais en outre, chacune de ces oasis abritait une population agricole. Pourtant il y a un deuxième argument tout aussi contraignant qui soutient la véracité de la traduction de Joseph Smith.
À l’époque préislamique, il y avait une série de villages le long d’une section de 345 kilomètres [27] de la route de l’encens, qui intégrait les 12 colonies d’étape entre Dedan et Médine. Ces villages étaient autrefois appelés Qura ‘Arabiyyah ou « villages arabes ». Ces villages, avec leurs terres cultivées, étaient reliés entre eux par la route de l’encens. Entourées de milliers de kilomètres carrés de terrain aride, les terres cultivées ressortaient du désert environnant comme des perles ornant une chaîne le long du trajet sud-sud-est de la piste. Le vieux nom de cette région est intéressant à la lumière du fait que Néphi l’appelle « les parties les plus fertiles ».
Selon le département arabe des antiquités et des musées saoudien, l’oued Ula (Qura), à l’extrémité nord du Qura ‘Arabiyyah, où se trouvaient les ruines de Dedan, était appelé Hijr dans l’antiquité (aussi orthographié Hājir ou Mahājir), ce qui, selon Groom, signifie, entre autres, « terrain fertile » [28]. Dans son livre Tahdhib, le géographe islamique al-Azhar explique que les Arabes qui vivaient dans le Qura ‘Arabiyyah (les villages le long de la route de l’encens) étaient appelés les Muhājirun, signifiant « les terrains fertiles » (forme plurielle de Hājir ou de Mahājir). Ainsi quand Néphi écrit que la famille a voyagé dans « les parties les plus fertiles », il est tout à fait probable qu’il utilise le vrai nom de cette région. Il est intéressant que le nom Muhajirun, ou « parties fertiles », n’apparaît nulle part ailleurs en Arabie et est situé seulement sur la route de l’encens, après les deux endroits qui sembleraient correspondre parfaitement aux descriptions que Néphi fait de la vallée de Lémuel et de Shazer. Quelle coïncidence !
En continuant vers le sud le long de la route de l’encens, nous avons trouvé d’autres preuves encore que les annales de Néphi sont le récit d’un témoin oculaire, de quelqu’un qui a voyagé le long de cette route. En voici trois exemples.
D’abord,
on voit, dans la description de Néphi,
qu’à mesure que l’on avance, on
passe des « parties les plus fertiles » (1
Néphi
16:14) à des « parties plus fertiles »
(16:6) puis à une région où le groupe doit
dresser la tente et aller dans les montagnes pour se procurer de la
nourriture par la chasse—c’est
le camp où Néphi
brise son arc (voir 6:17, 30) —et finalement à une
région vraisemblablement d’aucune fertilité où
la famille connaît la famine (voir 16:35).
C’est
exactement ce que l’on trouve le long de la branche de Gaza de
la route de l’encens.
À l’aide de cartes de pilotage tactique (les cartes détaillées utilisées par les pilotes d’avion [29]), nous avons marqué toutes les régions sur les cartes intitulées « cultures ». De l’oued Tayyib al-Ism à Médine, il y a une moyenne d’une région cultivée tous les 18 kilomètres le long de la route. Au sud de Médine, la route sillonne autour des champs de lave jusqu’à ce qu’elle atteigne Bishah, à environ 560 kilomètres plus au sud. De Médine à Bishah, il n’y a a qu’une zone agricole tous les 80 kilomètres de route. Les cartes de pilotage montrent que de Bishah à l’endroit où la piste tourne finalement vers l’est, il n’y a aucune région marquée « cultures ». La piste s’étirait sur une distance de presque 640 kilomètres avec des cultures uniquement dans les oasis de Tathlith et de Najran. C’est-à-dire, en moyenne, une seule région de cultures tous les 250 kilomètres !
Deuxièmement, nous avons constaté que le bois traditionnel que les Arabes utilisaient pour faire leurs arcs (bois de l’atim, ou olivier sauvage, olea europaea) pousse dans une zone très limitée haut dans les montagnes juste à l’ouest de la piste près de la halte de Bishah. L’emplacement géographique de ces arbres et la piste correspondent bien au récit de Néphi sur le camp dans les montagnes où il brise son arc (voir 1 Néphi 16:30, 32).
Troisièmement, après quelques 2200 kilomètres de voyage dans la direction approximative du sud-sud-est, la famille atteint un endroit qui, comme nous l’apprend Néphi, « était appelé Nahom » (1 Néphi 16:34). Ici se joue un grand drame avec la mort d’Ismaël et l’intervention directe du Seigneur pour à la fois châtier et sauver les voyageurs (voir 16:39). Quand nous réfléchissons à la situation critique de la famille dans le sud de l’Arabie, les questions évidentes qui se posent sont : Où était Nahom ? Où a-t-elle tourné vers l’est ? Malheureusement, nous n’avons que sept versets d’Écriture pour nous guider (16:33–39) et nous ne connaîtrons probablement jamais l’endroit exact où la famille a enterré Ismaël. Néanmoins, la comparaison de ces sept versets avec l’histoire et la géographie de la région peut nous apporter quelques constatations intéressantes. Ce qui suit constitue notre tentative de localiser les événements que Néphi décrit dans 1 Néphi 16:33-39.
On a suggéré que le nom de lieu Nahom existait avant que le groupe de Léhi n’y arrive puisque le livre ne dit pas que la famille lui a donné son nom comme elle l’avait fait avec Shazer et la vallée de Lémuel. En fait, il y a un certain nombre d’endroits au Yémen qui portent toujours le nom NHM (les variantes orthographiques modernes courantes sont Naham, Nahm, Neham, Nehem, Nehhm et Nihm), dont beaucoup de savants croient qu’ils pourraient être identiques au Nahom de Néphi [30].
Le
Yémen est divisé en un certain nombre de districts
administratifs, dont l’un est situé à 30
kilomètres au nord-est de la capitale moderne Sana’a et
est appelé
« Nihm »
[31]. Les
Aston
ont fourni une carte montrant un cimetière appelé
« Nehem »
situé sur le bord méridional de l’oued
Jawf,
et ils ont suggéré que ceci pourrait être
l’endroit où Ismaël
a été enterré [32].
Il y a trois autres endroits précis qui portent le nom :
Jabal Naham
[33],
Furdat
Naham [34],
et l’oued
Naham [35],
tous situés à moins de 25 kilomètres l’un
de l’autre.
Jabal Naham
est une montagne de 3200 mètres, à 21 kilomètres
de l’antique route caravanière qui allait de Ma’in
à Marib.
Furdat Naham, qui signifie « collines pierreuses de Naham », est situé sur la limite entre la chaîne de montagnes et la plaine à l’est de celle-ci et n’est qu’à 5 kilomètres de l’ancienne piste. L’oued Naham (également appelé l’oued Harib Naham) est une vallée située à 2,5 kilomètres de cette même piste antique. Existe-t-il une indication quelconque que l’un de ces endroits puisse être le candidat le plus probable pour le Nahom du Livre de Mormon ?
À notre humble avis, l’emplacement situé au bord méridional de l’oued Jawf n’est pas un endroit probable. Néphi nous informe que la famille était affamée avant d’atteindre Nahom (voir 1 Néphi 16:35). Du temps de Léhi, l’oued Jawf était la patrie des Minéens, qui constituaient l’un des deux plus grands royaumes de l’encens de l’Arabie méridionale (l’autre royaume était aux mains des Sabéens, les habitants du Saba ou Sheba). L’oued Jawf était une grande oasis qui jouissait d’une abondance d’excellents pâturages et de terres arables irrigués par l’eau de pluie qui descendait des montagnes et était collectée dans des barrages. Les Minéens se servaient de systèmes d’irrigation pour de vastes zones de culture capables de nourrir une population considérable [36]. Selon l’archéologue français Rémy Audouin, l’oued Jawf a été cultivé à partir du milieu du deuxième millénaire et « une population non migratoire pouvait ainsi trouver à se nourrir [et] il y avait suffisamment d’approvisionnements pour les caravanes et de bois de construction. » [37]
Strabon visita le pays des Minéens en 24 av. J.-C. en tant que membre de la force romaine d’invasion d’Aelius Gallus et signale que « les Minaei ont une terre qui est fertile en plantations de palmiers et en bois de construction, et riches en troupeaux » [38]. Si le groupe de Léhi avait atteint le cimetière Nehem, qui est à plus de la moitié de l’oued Jawf, il aurait dû passer par les terres fertiles des Minéens, où ils auraient trouvé une nourriture abondante. Le fait qu’ils étaient affamés implique que cet endroit ne correspond pas à la situation décrite par Néphi.
Lors des fouilles du temple de Bar’an, à Marib, une équipe archéologique allemande sous la direction de Burkhard Vogt a dégagé un autel de pierre portant l’inscription du nom du bienfaiteur qui en a fait don, « Bi’athar, fils de Sawād de la tribu Naw’, de Nihm » [39]. Vogt date l’autel au septième ou sixième siècle av. J.-C. [40]. En septembre 2000, un deuxième autel portant le nom Nah’m a été trouvé à Marib dans le temple de la déesse de la lune, qui date du septième ou du huitième siècle av. J.-C. [41]. Il semblerait que l’on ait ici la preuve concrète qu’un endroit portant le nom de Nahom (NHM pour être exact) existait avant le temps de Léhi et avait vraisemblablement des liens avec Marib, laquelle se trouvait sur la route de l’encens et contrôlait le commerce de cette région.
Nous n’avançons pas que Marib était l’emplacement de Nahom, puisque, comme l’oued Jawf, Marib était bien peuplée avec une irrigation et une agriculture bien établies. Dès 750 av. J.-C., la population de Marib s’élevait à quelque 50.000 habitants [42]. On ne voit donc pas bien comment la famille aurait pu être affamée à Marib, alors que le pays était si fertile, donnant trois récoltes par an. Il n’y a aucune preuve que Marib se soit jamais appelée NHM.
Ces constatations semblent appuyer l’idée que le Nahom de Néphi était sans doute près du Furdat Naham actuel, de l’oued Naham et du Jabal Naham, qui sont tous à moins de 20 kilomètres du point où l’ancienne route tourne vers l’est (voir 1 Néphi 17:1) [43], Furdat Naham n’étant qu’à 6 kilomètres du tournant. Cette région n’est proche d’aucun centre antique de population et ne disposait vraisemblablement pas d’un réseau d’irrigation ni de cultures. Sur cet itinéraire il n’y aurait eu que 50 kilomètres de piste de l’oued Naham à la capitale sabéenne de Marib, où les autels ont été trouvés et où nous pourrions supposer que les habitants de Nihm faisaient des offrandes au temple de Bar’an.
Avec
ces renseignements, il est maintenant possible de proposer une
théorie sur l’endroit où l’incident de
Nahom
a eu lieu (voir 1 Néphi
16:33-39).
Selon un
scénario possible, la famille, après avoir quitté
Shazer,
continua vers le sud le long de la route de l’encens en
traversant les villes oasiennes de Dedan,
de Yathrib,
de Turnah,
de Bishah
et de Tathlith
vers Okhdood
(Najran).
La région
au sud d’Okhdood
est extrêmement désolée, sans agriculture, ni
colonies, ni possibilités de chasse.
Après
Okhdood,
le deuxième puits que la famille aurait rencontré était
Sayh.
Après
cela la piste se mettait soudain à sinuer à Jabal al
Burm.
Sur une distance d’un
peu plus de 65 kilomètres, elle tournait d’abord vers le
nord, puis vers le sud,
puis vers l’ouest et puis vers le sud,
longeant le bord des dunes de sable.
À
cet endroit, la piste bifurquait, une piste secondaire menant vers
l’est jusqu’au puits de Mushayniqah
et puis jusqu’à al ‘Abr.
Il se pourrait que ce soit là que
le Seigneur
ait décidé d’éprouver et de châtier
le groupe
(voir 1
Néphi
16:35). Si
c’est là que le Liahona
l’a conduit vers l’est jusqu’au bord du Rub’
al Khali,
le plus grand désert de dunes
de sable du monde, il a dû patauger au milieu des dunes et
aurait facilement pu être désorienté et se perdre
(voir Alma
37:38, 40-42).
S’il
a accidentellement voyagé à l’est de la piste
prévue et est entré dans le Rub’
al Khali,
il a dû se trouver, pour la première fois au cours de
son voyage, dans un désert de dunes de sable.
Jusque là, la
piste avait évité les dunes de sable.
Le texte
implique que cela a pu être le cas puisque le groupe était
arrivé à un changement dans le paysage.
Notez que
les frères aînés de Néphi
se plaignent de ce qu’il veut être leur dirigeant
et leur instructeur et qu’il veut « nous
entraîner dans quelque désert étrange »
(1 Néphi
16:38).
S’ils
étaient déjà dans le désert, que serait
un désert étrange
? Ils
avaient fait quasiment toute la longueur de l’Arabie en suivant
le route principale de l’encens.
Ils avaient
décrit ceci comme le fait d’être dans le désert.
Qu’est-ce
que ce « désert étrange » pouvait
bien avoir de différent ?
S’ils
étaient dans le Rub’
al Khali,
il n’y avait aucune piste, aucune halte, aucun puits et aucun
repère géographique—toutes
choses qui devaient être une
expérience nouvelle et effrayante.
Ici c’était la
famine qui les attendait, mais Néphi
devait se rendre compte qu’ils avaient perdu la piste (voir
Alma
37:41-42) et savait vraisemblablement que leur meilleure chance était
de tourner vers le sud-ouest dans l’espoir de la retrouver.
Si ce fut
le cas, ils ont dû continuer dans cette direction et aboutir au
sud
de l’oued
Jawf
dans une zone appelée Nahom.
Les trois endroits mentionnés plus haut qui portent le nom Naham y existent toujours. Nous pensons que c’est quelque part par là qu’Ismaël a été enterré (voir 1 Néphi 16:34). En atteignant Nahom et la piste, la famille pouvait continuer pour trouver de l’aide et de la nourriture, un exploit dont Néphi reconnaît à juste titre qu’il n’aurait pas pu être réalisé sans l’aide du Seigneur (voir 16:39).
Néphi
relate qu’après Nahom
la famille a voyagé « dès
lors presque dans la direction de l'est »
(1 Néphi
17:1). Ici
encore le récit du Livre
de Mormon
cadre parfaitement avec l’itinéraire de la route de
l’encens en 600 av.
J.-C.
La piste
principale traversait les capitales des royaumes de l’encens de
Ma’in,
de Saba, de Qataban
et de Hadramaout
et aboutissait au port de Qana.
Cet
itinéraire suivait le terrain le plus facile par des vallées
protégées et les régions qui avaient la plus
grande concentration de population.
L’inconvénient
de cette piste est que tous ces royaumes levaient une taxe au passage
des caravanes.
Pline raconte que la route caravanière d’Arabie méridionale à Gaza était extrêmement coûteuse [44]. Pour réduire la durée du voyage entre ces « capitales d’état » et éviter les taxes qui seraient réclamées, un certain nombre de raccourcis ou de pistes secondaires apparurent. Bien que meilleur marché pour les voyageurs, ces pistes étaient plus difficiles à parcourir, avec seulement quelques puits et pratiquement aucun caravansérail.
Puisque
nous situons Nahom
quelque part près de l’oued
Naham
actuel, nous avons étudié les deux itinéraires
qui mènent presque
vers l’est à partir de là (notez que le groupe de
Léhi n’a certainement pas voyagé directement
vers l’est à partir de Nahom,
car cela l’aurait conduit tout droit dans le désert de
dunes de Ramlat
al Sab’atayn).
Il n’y
a qu’une seule piste qui passe par Ramlat
al Sab’atayn,
et c’est au coin nord-est, longeant l’oued
Jawf
jusqu’à Shabwa.
Pour
atteindre cette piste, ils ont pu suivre l’oued
Naham,
ou l’un des autres oueds de la région qui s’écoulent
tous vers le nord-est, pour descendre dans l’oued
Jawf.
Le deuxième itinéraire possible aurait été de continuer sur la piste principale jusqu’à Marib et Timna, puis sur la piste secondaire jusqu’à al Bina et de là jusqu’à Shabwa. Nous ne saurons probablement jamais au juste lequel de ces deux itinéraires le groupe de Léhi a pris puisque Néphi ne nous donne qu’un seul relevé géographique pour tout le voyage à travers l’Arabie méridionale. Cependant, une chose est sûre, c’est que très près d’une région qui porte toujours le nom Naham, la piste qui faisait toute la longueur de l’Arabie dans la direction générale du sud-sud-est changeait de direction et tournait vers l’est, exactement comme Néphi le décrit.
Quand nous avons commencé à rechercher la piste que le groupe a pu prendre de Nahom à Abondance, cette partie en direction de l’est, de Shabwa au Dhofar (l’endroit généralement admis comme emplacement d’Abondance) [45], était celle pour laquelle on avait de loin le moins de renseignements. Freya Stark a écrit en 1936 qu’à ce moment-là « aucun Européen n’a pris ce chemin. » [46]
Nous ne savions pas si nous pourrions y trouver des pistes puisqu’il n’existait aucune description concrète d’aucune dans la littérature. Heureusement, au moment même où nous étudiions la piste en Arabie méridionale, les recherches du professeur Juris Zarins de la Southwest Missouri State University devenaient accessibles. Ses fouilles dans les ruines à Shisur et à d’autres emplacements archéologiques ont commencé à jeter de la lumière sur la route de l’encens et l’itinéraire qu’elle suivait dans le sud d’Oman et du Yémen. Zarins a trouvé, ailleurs en Arabie méridionale, un certain nombre de forts qui ont fourni les premières preuves concrètes de ce qu’il existait une piste par voie de terre depuis les royaumes antiques de l’encens qu’étaient Ma’in, Saba, Qataban et Hadramaout au Yémen et vers l’est jusqu’aux bosquets d’arbres à encens du Dhofar [47].
D’autres
auteurs membres de l’Église ont suggéré
des emplacements pour Abondance.
Les Hilton
misaient sur la baie de Salalah,
l’al-Balīd
antique [48]. Warren
et Michaela
Aston ont opté pour l’oued
Sayq
(Khor
Kharfot)
[49]. Si Léhi
et sa famille avaient pris l’itinéraire vers l’est
du Yémen au Dhofar
dans l’Oman moderne, ils auraient suivi cette piste jusqu’à
ce qu’elle débouche sur la plaine de Salalah,
où le port de Khor
Rori
constituait un des plus grands ports antiques d’Arabie
méridionale.
Nous avons
été les premiers à dire que Khor
Rori était
l’endroit logique pour commencer à rechercher l’endroit
que Néphi
appelait Abondance, où la famille a vécu et où
Néphi
a construit et a lancé son bateau.
Bien qu’al-Balīd et l’oued Sayq possèdent des caractéristiques qui pourraient les rattacher à Abondance, à notre avis Khor Rori offre une dimension que les deux autres n’ont pas, à savoir, les trois ressources maritimes qui auraient été essentielles pour que le groupe de Léhi atteigne la terre promise : les matériaux nécessaires pour fabriquer un bateau de haute mer, un port protégé pour construire et lancer le navire et l’occasion d’apprendre les techniques de navigation requises pour piloter un grand bateau. Un nombre de plus en plus grand de faits montre que le port antique de l’encens de Khor Rori possédait ces ressources maritimes uniques, en même temps que tous les autres attributs mentionnés dans les annales de Néphi [50].
Khor
Rori est un
bras de mer qui s’étend sur 2,5 kilomètres à
l’intérieur des terres.
Le khor
(« anse ») compte plusieurs endroits naturels
où des bateaux pourraient mouiller, ce qui en fait la raison
probable pour laquelle Khor
Rori et
Taqah
(colonie située à 3 kilomètres à l’ouest
de Khor
Rori) ont
été appelés Mirbat
(« le mouillage ») dans l’antiquité.
Un banc de
sable barre aujourd’hui le khor,
l’isolant de la mer.
Cette
barrière n’a cependant pas toujours été
là.
Le Dr
Eduard G. Rheinhardt croit qu’une baisse du niveau de la mer
autour des 14e
et 15e
siècles apr.
J.-C. a
causé la fermeture de l’embouchure du port.
La datation au
radiocarbone montre qu’une fermeture stable et finale s’est
produite vers 1640–1690 apr.
J.-C. [51].
D’énormes falaises bordent l’accès de la mer à Khor Rori, formant les brise-lames naturels qui permettaient aux bateaux antiques de s’avancer de 350 à 400 mètres dans l’océan Indien proprement dit tout en étant protégés du ressac [52]. C’était le grand atout de Khor Rori comme port ; le brise-lames naturel assurait la protection contre la mousson du sud-ouest en été et les vents de mousson du nord-est en hiver. Le port pouvait ainsi être utilisé toute l’année pour la navigation et la construction navale.
Khor Rori était le premier port du Dhofar, qui faisait déjà de la navigation dès les cinquième et quatrième millénaires av. J.-C. [53]. Khor Rori et Taqah furent tous deux peuplés longtemps avant l’arrivée de Léhi en Arabie méridionale. Zarins a découvert à cet endroit des indications d’une « présence à grande échelle à l’âge du bronze » [54] ainsi que d’une colonisation à l’âge de la pierre [55]. Les échantillons de pollen trouvés à l’intérieur de bâtiments de Khor Rori qui datent de la fin du quatrième à la moitié du deuxième siècle av. J.-C., indiquent que les habitants de Khor Rori cultivaient des champs et des jardins de blé (groupe des Triticum), d’orge (groupe des Hordeum) et de palmiers dattiers (Phoenix dactilifera) [56] ; et les ruines montrent qu’ils élevaient des moutons et des chèvres [57] et mangeaient des fruits de mer en grande quantité.
L’examen
des environs de Khor
Rori montre
que l’élément fondamental qui a donné à
Abondance son nom—les
fruits—était présent sur le littoral
exactement comme Néphi
le décrit.
Le littoral
du Dhofar
est principalement rocheux, et il y a peu d’endroits où
l’on trouve des cultures antiques au bord de la mer.
Pourtant
Néphi
mentionne que quand il arrive à Abondance, le groupe campe au
bord de la mer et appelle l’endroit Abondance à
cause de ses nombreux fruits
(voir 1 Néphi
17:5, 6).
Khor Taqah,
qui mène au bord de la mer à la ville de Taqah,
a une culture étendue utilisant
l’eau douce du khor
pour irriguer le sol.
C’est vraisemblablement
ce que l’on a fait dans l’antiquité pour nourrir
la population.
Nous notons qu’aux États-Unis, au début du 19ème siècle, toutes les plantes cultivées pouvaient être qualifiées de « fruits » [58]. Le sorgho (Sorghum bicolor), les millets (espèce Éleusine, espèce Pennisetum), le coton (espèce Gossypium) et l’indigo (espèce Indigofera) étaient cultivés au Dhofar probablement dès 4000 av. J.-C. [59]. Il convient de remarquer qu’alors qu’il nous informe dans 1 Néphi 17:5 que le miel d’Abondance était sauvage, Néphi évite expressément de dire que les fruits poussaient à l’état sauvage.
Si Khor Rori et la plaine côtière environnante semblent aujourd’hui arides, l’aridité est un phénomène récent provoqué par le changement du niveau des précipitations. L’historien local Ali al-Shahri écrit : « Jusqu’il y a 40 ans, c’était la zone agricole la plus importante, cultivant le blé, le millet et beaucoup d’autres grains. Il y a longtemps, cette plaine était arrosée par beaucoup de cours d’eau qui se jetaient dans la mer. Jusqu’il y a 30 ans encore beaucoup de ceux-ci coulaient toujours…. Cette région était perpétuellement couverte de forêts et d’herbe. Le Périple de la mer Érythrée [60] mentionne la présence d’arbres et de cours d’eau sur la plaine côtière » [61]. Pendant sa jeunesse, al-Shahri surveillait le bétail de son père dans la vallée juste au-dessus de Khor Rori. Al-Shahri nous a montré l’endroit où un homme venait récolter du miel sauvage dans les cavernes juste à quatre kilomètres du port [62].
S’il
n’y a aucune preuve écrite datant l’utilisation
de Khor
Rori comme
port à 600 av.
J.-C., il y
a des indications de ce que le port était utilisé au
cours de
l’âge
du fer, l’époque où Néphi
s’y trouvait.
Peter Vine
est d’avis que le port était utilisé avant la
période de l’invasion hadramaoutienne
de Khor
Rori, qui
se produisit vers le temps du Christ :
« Il
est clair qu’une colonie substantielle existait à cet
endroit longtemps avant que le roi Iliazzyalit commande aux
bâtisseurs d’y construire une ville. » [63]
Le Dr. Jana Owen d’UCLA, directrice de la Transarabia Coastal Survey, a fait en 1955 une étude des ports antiques du Dhofar. À propos de Khor Rori, elle écrit : « Nous connaissons l’invasion hadraméenne, mais je crois qu’il [le port] devait être utilisé avant cette invasion. Encore une fois, autour de la colonie, nous avons examiné beaucoup de lithiques de l’âge du fer ; ceci est antérieur au travail que font actuellement les Italiens de Pise [64]. Nous avons également fait une étude sous-marine de la lagune et il y a des indications d’aménagements à l’extrémité nord-est de la lagune et il est évident que leur ampleur révèle que de grands navires y mouillaient. N’est-il pas logique qu’ils n’aient pas attendu le début de l’ère vulgaire pour comprendre cela ? » [65]
Il y a, en effet, des indications importantes de ce que tous les autres éléments d’Abondance existaient à Khor Rori du temps de Néphi : du miel sauvage, une haute montagne (les pentes du pic le plus élevé du sud de l’Oman sont seulement à 3 kilomètres au nord), une carrière néolithique de silex (voir 1 Néphi 17:11) sous la montagne à 7 kilomètres à l’est [66], des gisements de minerai de fer juste à un kilomètre et demi à l’est du gisement de silex (découvert par des chercheurs de BYU) [67], des scories de fonte de fer découvertes dans les ruines de Khor Rori (voir 17:9, 10) [68], une localisation exactement à l’est des candidats actuels pour Nahom [69] (voir 16:34 ; 17:1), des bêtes pour les peaux et la viande (voir 17:11 ; 18:6) [70] et les hautes falaises directement au-dessus d’une eau profonde (17:48).
Trois conditions maritimes pour Abondance
Tout candidat pour Abondance doit satisfaire à trois critères essentiels. Il faut que l’emplacement, du temps de Néphi, ait les ressources nécessaires pour permettre à Néphi (1) de construire, (2) de lancer et (3) de piloter un grand bateau. Nous croyons que Khor Rori est le seul endroit qui aurait pu répondre à ces critères.
Matériaux pour construire un bateau de haute mer
Les
auteurs qui ont écrit sur le temps que Léhi
a passé à Abondance ont invariablement laissé de
côté les détails concernant la construction du
bateau de Néphi
[71], et
pourtant la construction du bateau a été une énorme
entreprise qui a pris de nombreuses années et a nécessité
des quantités massives de ressources naturelles très
précises.
Le voyage
de Néphi
jusqu’au Nouveau Monde a dû prendre de nombreux mois, si
pas des années, et tout itinéraire faisable devait
comporter plus de 24 000 kilomètres de la mer la plus
houleuse du globe.
Quelque 150
ans avant que Néphi
ne construise son bateau, le roi Josaphat de Juda
construisit une flotte de bateaux conçus pour aller à
Tarsis,
dans l’océan Indien (« des navires de Tarsis
pour aller à Ophir
chercher de l’or », 1 Rois 22:48).
Ces bateaux
ne prirent jamais la mer, « se brisèrent à
Etsjon-Guéber » (1 Rois 22:48 ;
comparer
avec 2 Chroniques 20:36-37).
Raphaël
Pataï
suggère que cela a été dû soit à
une tempête, soit simplement au fait qu’ils avaient été
construits d’une manière maladroite » [72].
Le bateau de Néphi dut subir au moins un orage, « une grande et terrible tempête », qui dura quatre jours (voir 1 Néphi 18:13-15). Il est clair que le bateau de Néphi a dû être construit selon le meilleur du savoir-faire de son époque—et il a certainement dû être mieux construit et avec de meilleurs matériaux que ceux utilisés pour la flotte construite par les charpentiers de Josaphat pour pouvoir survivre à un tel voyage.
Le minerai
Néphi,
après que le Seigneur
lui eut
dit : « Rends-toi
sur la montagne » (1 Néphi
17:7), avait besoin d’une source de minerai pour faire des
outils pour construire le bateau (voir 17:9).
Plus tard,
le Seigneur
lui montra où en trouver. Des chercheurs de l’université
Brigham
Young ont
découvert de petites quantités de minerai de fer au
Dhofar,
leur « découverte la plus passionnante et la plus
importante » à 10 kilomètres seulement à
l’est de Khor
Rori au
pied du Jabal
Samhan, la
plus haute montagne du Dhofar
[73],
appelée dans l’Ancien
Testament
le mont Sephar
(voir Genèse
10:30) [74]. Néphi
note que, une fois dans le Nouveau Monde, il « enseign[a]
à [s]on peuple à construire des bâtiments et à
travailler toutes sortes de bois, et de fer, et de cuivre, et
d'airain, et d'acier, et d'or, et d'argent, et de minerais précieux »
(2 Néphi
5:15).
Le géologue Wm. Revell Phillips de BYU pense que Néphi a appris les techniques de la métallurgie « auprès des forgerons locaux du Dhofar ou des marchands indiens qui passaient par les ports marchands voisins » [75]. Les objets façonnés récemment mis au jour dans les ruines de Khor Rori/Sumhuram comprennent des haches de fer, des clous de fer, un couteau de fer, un rasoir de fer, des scories de fonte du fer, des clous de bronze, une cloche en bronze, une petite plaque en bronze et sept plaques en bronze gravées avec du texte [76].
Bois de construction
Néphi
avait besoin de bois dur pour construire un bateau assez fort pour
survivre à une traversée de l’océan.
On suppose habituellement
qu’il a
utilisé
les arbres qui poussaient à Abondance pour construire son
bateau.
C’est perdre de vue un
problème évident :
presque
tous les bois indigènes du Dhofar
dans le sud d’Oman sont des bois tendres perméables qui
ne pourraient pas être
utilisés
pour la construction de navires [77].
Les bois durs que l’on trouve à Oman sont courts, noueux
et ne conviennent pas pour la fabrication des composants structuraux
massifs d’un grand voilier.
C’est un fait historique
que les bois durs devaient être importés en Arabie pour
la construction navale.
Les
premiers documents
sur l’importation de bois de construction dans la région
du golfe Persique en provenance de pays étrangers remontent à
une inscription d’Urnanshe,
roi de Lagash
à Sumer
vers 2500 av.
J.-C. [78],
Il était absolument nécessaire d’avoir du bois
dur ou un bois tendre imperméable pour construire un bateau
capable de tenir la mer.
L’archéologue
indien Shereen
Ratnagar
précise que « dans la période historique la
plupart des bateaux indiens étaient faits de teck.
Même
les bateaux arabes étaient fabriqués sur la côte
occidentale de l’Inde, où le bois était
disponible » [79].
Concernant la source du bois avec lequel on construisait les bateaux à Oman, Tom Vosmer, directeur du projet Bateaux traditionnels d’Oman, remarque : « La majeure partie si pas la totalité du bois pour les bordages devait être importée : teck (Tectona grandis), venteck (Lythracea lanceolata), mangue (Mangifera indica), de même que le bois pour les espars. » [80]
Les bois tendres qui poussent au Dhofar n’auraient jamais été assez forts pour survivre longtemps en mer. On se sert des bois durs non seulement pour leur force mais également pour leur longévité. Le bois utilisé pour un bateau est sujet à beaucoup de dangers, en particulier les insectes térébrants marins qui font qu’il se décompose très rapidement. Certaines espèces de tarets tropicaux ont jusqu’à un mètre quatre-vingts de long et atteignent l’épaisseur d’un bras d’homme [81].
Pour
transporter toutes les provisions nécessaires pour un long
voyage transocéanique, Néphi
allait avoir besoin d’un bateau de grande taille pour l’époque.
Les
dimensions du bateau devaient être directement fonction du
nombre de personnes à bord et des provisions transportées
et devait déterminer la taille du port nécessaire à
sa construction.
L’archéologue
maritime Tim
Severin a
construit une
réplique en bois, longue de 24 mètres,
du bateau omanais médiéval et l’a piloté
d’Oman en Chine.
Bien que le
Sohar
ait été une réplique, les besoins de base de
Severin
devaient être semblables à ceux de Néphi
puisque la conception des bateaux en bois a peu changé
jusqu’au 16e
siècle apr.
J.-C. [82].
John L. Sorenson estime que 43 personnes sont montées à bord du bateau de Néphi [83], plus de deux fois le nombre de personnes qui étaient sur le navire de 24 mètres de Severin. Lynn et Hope Hilton ont estimé qu’il y avait 73 personnes à bord du bateau de Néphi [84]. John Tvedtnes va jusqu’à 68 personnes [85]. Le navire de Severin n’était probablement pas d’une taille identique à celui de Néphi, mais la liste des matériaux dont Severin a eu besoin pour construire son bateau est utile parce qu’elle nous donne une idée générale de l’ordre de grandeur des matériaux dont Néphi a dû avoir besoin pour construire son bateau.
Severin a dû trouver un arbre convenant pour l’espar principal long de 24,30 mètres et un rondin de 18,50 mètres qui devait être effilé pour faire le mât [86]. Il écrit qu’une quille de navire « est longue, droite et massive ; c’est l’épine dorsale même du navire… La quille de ma réplique devait avoir 15,60 mètres de long, 30 sur 37 centimètres d’épaisseur et être parfaitement droite » [87]. Severin a importé d’Inde le bois de construction pour son bateau arabe parce que, « historiquement, presque tous les matériaux pour la construction navale à Oman ont été importés du sous-continent indien, Oman n’ayant pas le bois de construction approprié pour la construction de grands bateaux. » [88]
S’il n’y a jamais eu de bon bois pour la construction navale à Oman, Néphi a dû utiliser, comme les constructeurs de navires arabes, des matériaux importés d’Inde et des îles environnantes. Le ministère omanais du patrimoine et de la culture nationaux dit à propos de la construction navale omanaise : « Le bois de teck et de cocotier était utilisé exclusivement pour la construction des coques. Le teck devait être importé d’Inde…. En effet, les vertus du bois devaient être connues dans le Golfe depuis les voyages maritimes les plus anciens jusqu’à l’Indus au troisième millénaire av. J.-C. » Le ministère omanais ajoute : « Le bois de cocotier devait, lui aussi, être importé—principalement des îles Maldives et Laquedives d’où il est possible que le cocotier se soit répandu au Dhofar au Moyen-Âge » [89]. Des découvertes récentes en Égypte confirment que l’on se servait de teck indien pour la construction des bateaux antiques qui parcouraient l’océan Indien [90].
Mais
ce bois de construction importé d’Inde aurait-il été
accessible à Néphi
au port de Khor
Rori au
Dhofar au sixième siècle av.
J.-C. ?
Le
ministère omanais du patrimoine et de la culture nationaux dit
que le Dhofar
« a commencé de manière obscure avant 1000
av. J.-C…
Sa
croissance a été le stimulant principal de la
réouverture et l’expansion des routes du commerce
maritime de l’océan Indien »
[91]. L’archéologue maritime allemand Norbert
Weismann,
spécialiste de l’Oman, écrit à propos du
Dhofar :
« Il est certain qu’il a participé au trafic
vers l’Inde à l’époque gréco-romaine,
mais il y avait bien avant cela un commerce avec l’Inde blanche
[92].
Le texte de Néphi
fait allusion à la possibilité que les bois de
construction que ses frères et lui ont travaillés
avaient déjà été coupés ailleurs :
« Nous
travaillâmes les bois de charpente en une exécution
habile »
(1 Néphi
18:1 ; le texte anglais dit : « We did work
timbers of curious workmanship » qui se rend littéralement
par : « Nous travaillâmes des bois d’un
travail curieux » et explique l’interprétation
de Potter et Wellington. La traduction française est basée
sur le fait que, du temps de Joseph Smith, le mot anglais
« curious »
signifiait aussi « habile ». Le texte anglais
est donc plus ambigu et permet les deux interprétations, ndt].
Comment les bois de construction ont-ils pu paraître curieux à Néphi et à ses ouvriers s’ils avaient débité et coupé le bois de charpente eux-mêmes ? Apparemment, certains des bois de construction que Néphi a utilisés pour construire son bateau étaient déjà coupés d’une façon qui lui était inconnue. Nous savons que des bois durs étaient importés dans le golfe d’Aden depuis le troisième millénaire av. J.-C. et que quelques siècles après le temps du Christ leur exportation d’Inde sous forme de poutres et de chevrons coupés à l’avance était de pratique courante [93].
La corde
Bien entendu,
il fallait à Néphi
beaucoup plus que du bois de construction pour construire son bateau.
Une
citation attribuée à Rabbi
Shim’on
ben Laqish,
un sage palestinien du
2e
siècle apr. J.-C.,
dit : « La
chair et le sang [c.-à-d., un mortel], s’il veut
construire un bateau, d’abord il apporte des poutres, puis il
apporte des cordes, ensuite il apporte des ancres, et après il
y met des marins » [94]. On ne saurait trop insister sur
l’importance des cordes.
Selon le
savant
arabiste Raphaël
Pataï,
le nom biblique pour désigner un capitaine de bateau était
rabh
hahobhel
ou « maître cordier » (Jonas
1:6) [95].
C’est un fait historique que les bordages des bateaux construits à Oman étaient cousus avec de la corde. Il a fallu les cosses de 50.000 noix de coco pour faire les 650 kilomètres de corde dont Severin avait besoin pour construire son bateau cousu, le Sohar [96]. Même si Néphi s’était servi de clous, il aurait quand même fallu de la corde pour le gréement et les câbles d’ancre. La noix de coco n’est pas originaire du Dhofar, par conséquent si Néphi a fait des cordes à partir de noix de coco, elles ont également dû être importées.
La toile pour les voiles
Les voiliers de haute mer nécessitent plusieurs jeux de voiles. Traditionnellement, les voiles des bateaux arabes étaient tissées avec des feuilles de cocotier ou de palmier ou étaient faites de toile de coton [97]. Il devait être possible de se procurer du coton soit comme produit cultivé localement [98] soit comme importation d’Inde. Selon le Périple de la mer Érythrée, la toile était l’un des produits que les habitants du Dhofar importaient en échange de leur encens [99].
Pour
se procurer de grands bois de construction et construire son bateau,
Néphi
devait être dans un endroit ayant (1) des liens commerciaux
établis avec le sous-continent et (2) un port en activité.
Bien que
désolé aujourd’hui, dans l’antiquité
Khor Rori
était un marché de premier plan.
En 2000 le
Comité pour le patrimoine mondial de l’UNESCO a désigné
Khor Rori
comme appartenant au patrimoine de l’humanité, désignant
le commerce de l’encens comme « une des activités
marchandes les plus importantes du monde antique et médiéval » [100].
Le Dhofar semblerait aussi avoir sa propre tradition de construction navale. Plusieurs sortes de bateaux antiques sont représentées dans l’art pariétal de cavernes en vue de Khor Rori (à 40 kilomètres à peine du port) [101]. Le ministère omanais du patrimoine et de la culture nationaux dit que la construction navale au Dhofar peut remonter à une haute antiquité [102].
C’est très bien de dire que les choses dont Néphi avait besoin pour construire son bateau existaient à l’époque à Khor Rori, mais Néphi aurait-il eu les moyens de se payer les marchandises importées ? Léhi a pu disposer d’un certain nombre d’options pour le financement : vendre ses chameaux, échanger ses services comme scribe et marchand ou peut-être prendre des dispositions pour faire vendre sa propriété à Jérusalem.
Un port protégé
Comme
nous l’avons déjà dit, il est probable que le
bateau de Néphi
ait été grand pour l’époque.
Une fois
terminé et complètement chargé de provisions, de
gréement, de tonnes de ballast, d’eau et d’au
moins une ancre (souvent de taille considérable même sur
un petit bateau), le bateau pouvait peser jusqu’à 100
tonnes
[103]. Comme tel, il
n’aurait pu être construit que sur une rampe de rouleaux
en bois au-dessus du niveau de la marée et ensuite glissé
dans l’eau.
Saïd al-Mashori, le superviseur omanais des fouilles à Khor Rori, nous a montré huit rampes bien marquées, de date inconnue, sur lesquelles on lançait et récupérait de grands bateaux à Khor Rori. Les rampes se trouvent juste au sud de la forteresse de Sumhuram construite par les Hadramutis et comportaient des mouillages où de grands bateaux étaient terminés et chargés [104]. Une fois le bateau amarré dans des eaux abritées, la construction pouvait continuer, ajoutant le poids du pont, de l’équipement, du gréement et des tonnes de ballast et de provisions.
Depuis la nuit des temps, on lance de grosses coques dans les ports, et le récit de Néphi implique que son bateau n’a pas fait exception. Le littoral du Dhofar est connu pour son ressac violent et il est fait de falaises rocheuses alternant avec des plages sablonneuses. Lancer un bateau pesant pas moins de 100 tonnes (et sans aucune force motrice ni moyen de contrôle) d’une plage peu profonde dans une mer houleuse avec des courants puissants est physiquement impossible et ne pourrait se terminer que par un naufrage. Pourtant le texte de Néphi implique un embarquement calme, en bon ordre et apparemment routinier dans lequel les membres du groupe montent tous à bord du bateau et ensuite « [prennent] la mer » (1 Néphi 18:8). Il n’y a qu’une seule façon pour que chacun puisse être à bord du bateau et ensuite « prendre la mer » : Il fallait que le bateau soit amarré dans un port profond et calme. Néphi ne dit pas que la famille a dû pousser le bateau dans la mer ; elle est déjà à bord.
En outre, quand le bateau en bois de Néphi prend la mer, il est impossible que ce soit la première fois que le bateau soit dans l’eau. La raison en est qu’un bateau doit être mis à l’eau pour que la coque se resserre. Raphaël Pataï fait remarquer que les constructeurs de navires hébreux et égyptiens utilisaient cette technique : « Sous l’influence de l’eau, les planches de la coque gonflaient aux coutures, et chaque couture ou fente se fermait hermétiquement » [105]. Une fois assuré que la coque était imperméable à l’eau, Néphi pouvait charger les tonnes de ballast dans le bateau et faire des essais en mer pour s’assurer que le ballast avait le poids et la répartition voulus pour les voiles. Ce n’est que quand tout cela était fait qu’il pouvait charger les provisions et se mettre en route sur l’océan. Néphi avait non seulement besoin d’un port, mais il lui en fallait un grand où les tests préliminaires pouvaient avoir lieu. Khor Rori est le seul port au Dhofar qui soit suffisamment grand et profond pour permettre ceci [106].
Y
a-t-il d’autres anses que Néphi
aurait pu utiliser
pour construire son bateau ?
Il y a un
certain nombre d’autres anses au Dhofar,
qui sont toutes beaucoup plus petites que Khor
Rori.
Nous avons
étudié chacune d’elles pour déterminer si,
du temps de Néphi, elles étaient des ports protégés
pendant toute l’année, si elles étaient assez
grandes pour recevoir des bateaux de haute mer et si elles auraient
eu les ressources dont Néphi
avait besoin pour construire un bateau au début du sixième
siècle av.
J.-C. En
tout, nous avons visité neuf anses en plus de Khor
Rori [107].
La plupart étaient trop petites pour que de grands bateaux y
aient accès.
D’après les traces qui restent, trois
seulement ont
été utilisées
dans le passé.
La plus
occidentale d’entre elles est Raysut,
située à dix kilomètres à l’ouest
de la ville moderne de Salalah.
Si Raysut
permet à un bateau de s’y ancrer,
il n’aurait pas assuré la protection pendant toute
l’année pour le navire que Néphi
était occupé à construire [108].
La deuxième
possibilité est Khor al-Balīd,
dans la ville moderne de Salalah,
qui, selon les Hilton
a pu être l’endroit que Néphi
appelle Abondance [109]. Un banc de sable la ferme maintenant.
C’était
la seule autre anse qui aurait assuré une protection pendant
toute l’année (nécessaire pour construire un
bateau qui aurait pris plus longtemps que la période entre les
saisons de mousson) et aurait été suffisamment large et
profonde pour que l’on puisse y construire et y lancer un grand
navire.
Mais rien
n’indique que ce port ait
été utilisé
du temps de Néphi
[110].
Le troisième candidat est Khor Suli, mais il est très étroit et est à peine large assez pour permettre à un bateau de tourner sur son axe et encore moins permettre des tests de navigation en mer.
Étant
donné que Khor
Kharfot
(l’oued
Sayq)
a été proposé comme emplacement du port de Néphi
[111], nous
le mentionnons brièvement ici.
C’est
une anse isolée à 105 kilomètres à
l’ouest de Salalah,
un voyage de 110 kilomètres à travers les montagnes du
port antique où Néphi
aurait pu trouvé le bois de construction, le coton, la fibre
pour les cordes et les autres ressources nécessaires pour la
construction de son bateau.
Néphi
aurait dû transporter toutes ces lourdes marchandises importées
jusqu’à Khor
Kharfot
pour construire son bateau.
Khor Kharfot est actuellement fermé par un banc de sable. Il n’y a aucun indication que cette anse ait été ouverte à la mer du temps de Néphi, mais si elle l’était, elle est très étroite et le fond est jonché de gros rochers qui auraient constitué un risque considérable pour tout autre navire que les petits bateaux à faible tirant d’eau qui essayerait de l’utiliser. Pour ces raisons et d’autres, nous ne le considérons pas comme un candidat pour être Abondance.
Aptitude à la navigation
Néphi avait besoin d’un équipage et il a dû acquérir la capacité de le former. Il faut des années pour apprendre et pratiquer les techniques requises pour diriger un voilier en mer. Frank Linehan, officier de la marine marchande des États-Unis, capitaine de voilier transocéanique expérimenté, note : « Même avec l’inspiration du Seigneur, il aurait été tout simplement impossible à Néphi de faire voile jusqu’au Nouveau Monde sans formation » [112]. L’historien Maurizio Tosi écrit à propos des capitaines arabes antiques : « Pour les premiers navigateurs, c’était comme s’aventurer dans l’espace et seul un ensemble expériences accumulées, renforcé par la tradition, aurait assuré leur survie en mer [113]. Ce même apprentissage a dû se produire pour Néphi. Il aurait été tout simplement impossible à celui-ci de deviner comment naviguer sur l’océan Pacifique ou de réussir si son équipage et lui n’avaient pas su ce qu’ils faisaient.
Le Périple de la mer Érythrée, écrit dans les premiers siècles chrétiens, peut-être même au quatrième siècle, mentionne que Khor Rori était un havre sûr pour les bateaux bloqués par l’hiver : « L’endroit porte le nom de Moscha—où l’on a coutume d’envoyer les bateaux de Qana (Yémen) ; les bateaux qui viennent de Dimyrike (sud de l’Inde) et de Barygaza (le Broach moderne en Inde), qui croisent tout près, y passent l’hiver quand la saison est tardive » [114]. Il est certain que les capitaines grecs postérieurs ont appris des marins arabes qui les ont précédés l’avantage qu’il y avait à mouiller dans les eaux protégées de Khor Rori pendant la mousson d’hiver venue du nord-est. Il y avait donc ici, au cours de l’hiver à Khor Rori, des capitaines qui savaient piloter un grand bateau sur l’océan Indien, des marins expérimentés auprès desquels Néphi pouvait s’instruire et qui avaient des loisirs à consacrer à l’instruire.
Les articles essentiels spécifiques dont Néphi avait besoin pour construire son bateau ne lui auraient été accessibles que s’il était à un port établi. La force de Khor Rori par rapport aux autres endroits proposés pour Abondance est qu’il était le seul grand port établi au Dhofar du temps de Néphi. Il n’est pas nécessaire d’avoir recours à une longue liste de miracles pour faire correspondre artificiellement cet emplacement aux conditions nécessaires essentielles pour construire lancer et piloter un grand bateau. Aucun endroit autre que Khor Rori n’a encore pu répondre à ces critères.
Les arguments en faveur de Khor Rori
Tout ce que Néphi a comme souvenirs du temps passé à Abondance tourne autour de la construction d’un navire de haute mer. Tout emplacement qui prétend être Abondance doit remplir les conditions requises pour que cela soit possible. Il existe maintenant, estimons-nous, un candidat convaincant—un candidat capable de satisfaire aux exigences d’une étude approfondie—pour être l’endroit où Néphi aurait pu construire un tel bateau. On peut trouver à Khor Rori toutes les ressources dont Néphi avait besoin pour construire, lancer et piloter un bateau jusqu’à la terre promise. Nous affirmons également qu’il existait, du temps de Néphi, un itinéraire qui allait de Jérusalem à ce port et le long duquel existent des candidats qualifiés pour la vallée de Lémuel, la rivière Laman, Shazer, « les parties les plus fertiles », « les parties plus fertiles », Nahom, la piste de l’est, le pays d’Abondance (le Dhofar) et l’endroit d’Abondance où il pousse beaucoup de fruits au bord de la mer.
Une
chose particulièrement intéressante, c’est que
les publications modernes faites par des chercheurs qui ne sont pas
mormons contribuent à montrer que cet élément du
récit du Livre
de Mormon
se révèle être en accord parfait avec la
situation historique de l’Arabie au milieu du premier
millénaire av.
J.-C. Il
nous a fallu six
ans, des milliers d’heures de recherche et la consultation de
centaines de livres, d’articles, et de cartes et 55.000
kilomètres de voyages personnels pour confirmer que ce que
Néphi
a écrit dans son récit cadre avec les recherches
scientifiques modernes pour constituer une description historique
précise d’un voyage le long des seules pistes connues
qui conduisaient, en 600 av.
J.-C, de
Jérusalem au Dhofar.
Et cependant, au 19e
siècle, Joseph
Smith, ce garçon de ferme sans instruction, qui
n’avait jamais quitté l’Est
des États-Unis
et n’avait accès à aucune de ces ressources, a
dicté en un peu plus d’un jour les pages qui traitent de
ce voyage [115].
NOTES
Les auteurs vivent depuis de nombreuses années en Arabie Saoudite. Richard Wellington est parti en 2003 au bout de plus de 18 ans et George Potter y vit toujours après 14 ans. Cette circonstance a donné aux auteurs une occasion unique de voyager librement en Arabie Saoudite, où s’est produite une grande partie des premiers chapitres du Livre de Mormon, chose qui ne pouvait être faite que par les quelques occidentaux qui avaient un visa pour y travailler et y vivre.
[1] Voir George Potter, « Un nouveau candidat en Arabie pour la vallée de Lémuel » JBMS 8/1, 1999, pp. 54–63. Aussi sur la feuille d'olivier, « Un nouveau candidat en Arabie pour la vallée de Lémuel ».
[2] Voir George Potter et Richard Wellington, Lehi in the Wilderness: 81 New, Documented Evidences That the Book of Mormon Is a True History Springville, UT, Cedar Fort, 2003, 25–28.
[3] Voir Hugh W. Nibley, Lehi in the Desert; The World of the Jaredites; There Were Jaredites, Salt Lake City, Deseret Book et FARMS, 1988; aussi sur Iduméa: Léhi dans le désert; le Monde des Jarédites ; Lynn M. Hilton et Hope A. Hilton, In Search of Lehi's Trail, Salt Lake City, Deseret Book, 1976, aussi « À la recherche de la piste de Léhi série parue dans L’Étoile en 1977 ; et Warren P. Aston et Michaela Knoth Aston, In the Footsteps of Lehi: New Evidence for Lehi's Journey across Arabia to Bountiful, Salt Lake City, : Deseret Book, 1994.
[4] Voir S. B. Miles, The Countries and Tribes of the Persian Gulf, 2e éd., Londres, Frank Cass, 1966, p. 2.
[5] À l’époque médiévale est apparue une deuxième route qui longeait la côte arabe. Elle fut construite à grands frais pour assurer la protection contre les pillards bédouins qui attaquaient les pèlerins musulmans voyageant le long de la vieille route de l’encens pour accomplir leur Haj et Umra dans les villes saintes musulmanes de La Mecque et de Médine. Cette route est apparue quelque 1.400 ans après la traversée de l’Arabie par Léhi. Voir Abdullah al-Wohaibi, The Northern Hijaz: In the Writings of the Arab Geographers [AD] 800–1500, Beyrouth : Al-Risalah, 1973, pp. 324, 325 et la carte à la fin du livre.
[6] Nous sommes donc d’accord avec la proposition de Hugh Nibley que l’itinéraire que Léhi a pris était à l’intérieur des terres, à l’est des montagnes du Hedjaz, voir Nibley, Lehi in the Desert, p. 112 ; aussi sur la feuille d'olivier, Léhi dans le désert, et Lynn M. Hilton et Hope A. Hilton, Discovering Lehi, Springville, UT, Cedar Fort, 1996, p. 34 (carte). Les Hilton ont descendu la côte ouest de l’Arabie et ont suggéré que c’était la route que Léhi avait prise, et une carte de cette route a été placée sur le site Internet de FARMS pendant bien des années. Cette carte a été retirée il y a quelques années et S. Kent Brown a créé une carte qui reflète essentiellement l’itinéraire que nous avions proposé en 1998 à FARMS (voir Donald W. Parry, Daniel C. Peterson et John W. Welch, dir. de publ., Echoes and Evidences of the Book of Mormon, Provo, UT, FARMS, 2002, p. 58.
[7] Voir al-Wohaibi, The Northern Hijaz, p. 325.
[8] Alan Keohane, Bedouin: Nomads of the Desert, Londres, Stacey International, 1994, pp. 10, 11.
[9] Pline, Histoire naturelle, traduit en français à partir de la trad, angl. de H. Rackham, Londres, William Heinemann, 1952, XXX, p.53.
[10] Hilton et Hilton, À la recherche de la piste de Léhi, p. 36.
[11] Andrew Taylor, Travelling the Sands, Dubaï, Motivate, 1995, p. 18.
[12] Hilton et Hilton, À la recherche de la piste de Léhi, p. 33.
[13] Hilton et Hilton, À la recherche de la piste de Léhi, p. 27.
[14] Voir lTaylor, Travelling the Sands, p. 12.
[15] Voir Ésaïe 21:13 ; Jérémie 25:23 ; 49:7 ; Ézéchiel 25:13 ; 38:13 ; et Genèse 10:7 ; 25:3.
[16] Voir Al-Wohaibi, The Northern Hijaz, 204–12 et la carte à la fin du livre.
[17] On trouvera un traitement plus complet de ce sujet dans Potter et Wellington, « Jerusalem and the Way of the Wilderness » dans Lehi in the Wilderness, pp. 15–29.
[18] Les « Judéens se sauvèrent à l’est du Jourdain quand Nebucadnetsar s’empara de Jérusalem en 587 av. J.-C. » et se dispersèrent dans les pays d’Ammon, Moab et Édom, Burton MacDonald, Ammon, Moab and Edom: Early States/Nations of Jordan in the Biblical Period, Amman, Al-Kutba Publishers, 1994, p. 46 ; voir G. Lankester Harding, The Antiquities of Jordan New York, Frederick A. Praeger, 1967, p. 46. Selon le livre d’Abdias, que l’on croit généralement avoir été écrit peu de temps après la destruction babylonienne de Jérusalem, les Édomites, dont la route vers Aqaba traversait les terres, participèrent à la capture des fuyards judéens et trouvèrent et remirent aux Babyloniens ceux qui restaient à Édom. « Ne te tiens pas au carrefour pour exterminer ses fuyards, Et ne livre pas ses réchappés au jour de la détresse! » (Abdias 1:14).
[19] Pendant que des brèches étaient pratiquées dans les murailles, le roi Sédécias et ses fils s’enfuirent par le jardin du roi par la porte entre les deux murs près de la piscine de Siloé (voir 2 Rois 25:4). Mais le groupe de Sédécias fut capturé quand il atteignit les plaines de Jéricho (voir Jérémie 52:8). En d’autres termes, pour pouvoir s’échapper, Sédécias était en train de se diriger vers l’est pour traverser le Jourdain.
[20] On trouvera une description plus complète des directions données par Néphi pour le voyage du Golfe d’Aqaba à la vallée de Lémuel dans Potter, « New Candidate in Arabia for the Valley of Lemuel » pp. 54–63. Aussi sur la feuille d'olivier, « Un nouveau candidat en Arabie pour la vallée de Lémuel ».
[21] Jeffrey R. Chadwick, « The Wrong Place for Lehi's Trail and the Valley of Lemuel », FARMS Review 17/2, 2005, p. 214.
[22] Nibley, Lehi in the Desert, pp. 78–79.
[23] Nigel Groom, A Dictionary of Arabic Topography and Placenames, Londres, Longman, 1983, p. 265.
[24] Cité dans Al-Wohaibi, The Northern Hijaz, p. 315.
[25] Al-Wohaibi, le Hijaz nordique, pp. 41, 42, 327.
[26] Cité dans Taylor, Travelling the Sands, p. 17.
[27] Voir Nigel Groom, Frankincense and Myrrh: A Study of the Arabian Incense Trade, Londres, Longman, 1981, p. 213.
[28] Groom, un A Dictionary of Arabic Topography.
[29] Cartes de pilotage tactique, édition 5-GSGS ; produites sous la direction du directeur général de la cartographie militaire, Ministère de la Défense, Royaume-Uni, 1989.
[30] En arabe on n’écrit pas les voyelles, de sorte qu’un mot écrit se compose des consonnes et le lecteur ajoute les voyelles grâce à sa connaissance de la prononciation du mot. Ainsi le fait que NHM n’a pas le même accent sur la deuxième syllabe que Nahom n’est pas important. À une conférence organisée, le 23 mai 1903, à l’université Brigham Young, le président Joseph F. Smith a approuvé la nomination à un comité chargé de la tâche de créer un guide de prononciation des noms du Livre de Mormon. Le lendemain Charles W. Penrose, l’un des membres du comité, a présenté les règles de prononciation recommandées par le comité. Dans ces règles, les mots de deux syllabes sont accentués sur la première syllabe (voir le Deseret Evening News, 25 mai 1903, p. 7 ; 26 mai 1903, p. 4). Si ces règles assurent l’uniformité de la prononciation et de l’euphonie en anglais, elles ne garantissent pas nécessairement que c’était la prononciation originale (voir Mary Jane Woodger, « How the Guide to English Pronunciation of Book of Mormon Names Came About » JBMS, 9/1, 2000, p. 52–57).
[31] Cette région a été proposée pour la première fois comme endroit pour le Nahom du Livre de Mormon par Ross T. Christensen. Voir son article « The Place Called Nahom » Ensign, août 1978, p. 73.
[32] Voir Aston et Aston, In the Footsteps of Lehi, p. 13. Selon la légende, cette carte a été reproduite « d’une esquisse de carte du sud-ouest de l’Arabie » compilée par Nigel Groom et éditée par la Royal Geographical Society, Londres, en 1976 » ; cependant, sur la copie de la carte originale de Groom que nous avons obtenue, le cimetière « Nehem » n’est pas indiqué. Nous ne pouvons que supposer soit qu’il existe plus d’une version de cette carte, soit que c’était un ajout apporté par les Aston. Si ceci est le cas, on devrait remettre en cause l’antiquité de ce nom dans cet endroit. S. Kent Brown situe Nahom « dans les montagnes qui se dressent au nord de l’oued Jawf ». Aucune raison spécifique n’est donnée pour cet endroit, mais nous supposons qu’elle est basée sur la carte des Aston. Voir S. Kent Brown, « The Place That Was Called Nahom': New Light from Ancient Yemen » JBMS 8/1, 1999, p. 66–68.
[33] Situé à 15º37’N, 44º36’E.
[34] Groom, A Dictionary of Arabic Topography, p. 89. Furdat Naham est marqué sur la carte CIA du Yémen de 1970 à 15º49’N, 44º42’E.
[35] Répertoire officiel des noms standard de la république arabe du Yémen, approuvé par le bureau américain des noms géographiques. Préparé par le Defense Mapping Agency Topographic Center, Washington DC 20315, novembre 1976. L’oued Naham est situé à 15º42’N, 44º52’E.
[36] Voir Richard Le Baron Bowen Jr., Archaeological Discoveries in South Arabia, John Hopkins University Press, 1958, p. 76.
[37] Rémy Audouin, Jean-Francois Berton, and Christian Robin, "Towns and temples—the emergence of south Arabian civilization," 1997 (www.yemenweb.com/info/_disc/ 0000002d.htm).
[38] Strabon, tel que cité dans Brian Doe, Southern Arabia, Londres, Thames et Hudson, 1971, p. 69.
[39] « Limestone altar dedicated to ‘Almaqah” dans Queen of Sheba: Treasure from Ancient Yemen, p. 166.
[40] Voir Brown, « ‘'The Place That Was Called Nahom’ », p. 66–68.
[41] Dr. Lynn Hilton, Correspondance personnelle aux auteurs. La date du temple a été donnée par le professeur Yusuf M. Abdullah, président du ministère de la culture et du tourisme, de l’organisation générale des antiquités, des musées et des manuscrits, Sana’a, Yémen.
[42] Richard Covington, « New Light on Old Yemen » Aramco World, 49/2, 1998, p. 4.
[43] La route moderne qui entre dans Marib suit le même itinéraire que la route caravanière appelée Darb EL Ashraf. Voir Ahmed Fakhry, An Archaeological Journey to Yemen (March–May 1947), le Caire, Presses du gouvernement, 1952, 1:140. Cet itinéraire est identique à la vieille route de l’encens, selon la carte en Michael Jenner, Yemen Rediscovered, Londres, Longman Group, 1983, p. 16.
[44] Voir R. H. Kiernan, The Unveiling of Arabia: The Story of Arabian Travel and Discovery, Londres, George G. Harrap, 1937, p. 31.
[45] Voir Nibley, Lehi in the Desert, pp. 109–113 et Hilton et Hilton, Discovering Lehi, p. 150.
[46] Freya Stark, The Southern Gates of Arabia: A Journey in the Hadramaut, Londres, John Murray, 1936, p. 302–303.
[47] Voir John Noble Wilford, "Ruins in Yemeni Desert Mark Route of Frankincense Trade", New York Times, 28 janvier 1997.
[48] Voir Hilton et Hilton, In Search of Lehi's Trail, pp. 105–107.
[49] Voir Warren P. Aston, « The Arabian Bountiful Discovered? Evidence for Nephi's Bountiful » JBMS 7/1, 1998, pp. 4–11.
[50] Ces ressources comportent une variété abondante et vaste de fruits, 1 Néphi 17:5 ; 18:6, des vergers sur une plage, du miel sauvage, 1 Néphi 17:5, une montagne toute proche, 1 Néphi 17:7, du minerai disponible localement, 1 Néphi 17:9 ; voir Wm. Revell Phillips, « Metals of the Book of Mormon » JBMS 9/2 [2000], p. 38, du silex, des traces de travaux de fonte, une localisation directement à l’est des candidats actuels pour Nahom (Khor Rori est à 7 degrés à l’est de l’oued Harib Nahom), des bêtes pour les peaux et la viande et de hautes falaises directement au-dessus d’une eau profonde, voir Potter et Wellington, Lehi in the Wilderness, p. 121–136).
[51] Dr. Eduard G. Rheinhardt, chargé de cours, école de géographie et de géologie, université McMaster, Hamilton, Ontario, correspondance personnelle avec les auteurs, 12 avril 2001.
[52] Mesuré par Doug Esplin à l’aide du logiciel Google Earth.
[53] Juris Zarins, The Land of Incense, Sultanat d’Oman, Sultan Qaboos University Publications, Al Nahda Printing Press, 2001, p. 64, 76, 154.
[54] Zarins, The Land of Incense, p. 74, 88.
[55] La typologie de la céramique suggère que l’occupation de Taqah remonte à la dernière phase de l’âge du bronze, et ceci est confirmé par la datation au carbone 14 qui donne en moyenne 1800 av. J.-C. Zarins conclut : « Quand on réunit tous les éléments, on en vient à la conclusion que Moscha [un port connu des Grecs] était Sumhuram/Khor Rori. La dernière suggestion est que Khor Rori/Sumhuram était la ville d’Abissa de Ptolémée (Van Wissmann 1977:32-33, Groom 1994, p. 207), basée sur les chutes naturelles dans l’oued Darbat en amont », Zarins, The Land of Incense, p. 72, 88, 139).
[56] Voir Mauro Cremaschi et Alessandro Perego, « Land Use and Settlement Pattern in the Archaeological Sumhuram: An intensive survey at Khor Rori," Sumhuram Preliminary Report, Pise, Université de Pise, 2006, p. 28. Voir également Lipppi M. Mariotti, « Indagini palinologiche nel sito archeologico di Sumhuram (Khor Rori) in Dhophar (Oman)," Egitto e Vicino Oriente, 2002, pp. 25, 145, 149; et Lippi M. Mariotti, R. Becattini, et T. Gonnelli, « Archeopalinology at Sumhuram (Dhofar, Sultanate of Oman) » Dans Avanzini, Khor Rori Report 1.
[57] Voir Cremaschi et Perego, « Land Use and Settlement Pattern », p. 23.
[58] Le dictionnaire américain de Noah Webster de 1828 définit le mot « fruit » comme « [1] dans un sens général, tout ce que la terre produit pour l’alimentation des animaux ou pour l’habillement ou le profit. Parmi les fruits de la terre il y a non seulement toutes les sortes de blé, mais aussi l’herbe, le coton, le lin, les raisins et toutes les plantes cultivées. Dans ce sens global, le mot est généralement utilisé au pluriel. [2] Dans un sens plus limité, ce que donne un arbre ou toute autre plante ; la dernière production pour la propagation ou la multiplication son espèce ; la semence des plantes, ou la partie qui contient les graines, comme le blé, le seigle, l’avoine, les pommes, les coings, les poires, les cerises, les glands, les melons, etc. » Noah Webster, An American Dictionary of the English Language, édition fac-similé, San Francisco, Foundation for American Christian Education, 1993, sous la rubrique « fruit ».
[59] Zarins, Land of Incense, p. 60.
[60] Voir Periplus of the Erythraean Sea by an Unknown Author with Some Extracts from Agatharkhides « On The Erythraean Sea » trad. et édité par G.W.B. Huntingford, Londres, The Hakluyt Socety, 1980, chap. 32. Le mot grec qui a donné périple signifie littéralement « voyage circulaire » et le Périple de la mer d’Erythrée est le récit d’un voyage marchand entre l’Égypte et l’Inde fait par un négociant ou un armateur inconnu. La date de rédaction n’est pas connue et peut se situer quelque part entre 40 apr. J.-C. et le début du troisième siècle.
[61] Ali Ahmad al-Shahri, The Language of Aad, Dhofar Salalah, édité par l’auteur, 2000, p. 21.
[62] Le 22 septembre 2006, Ali al-Shahri a montré à George Potter et à 14 autres saints des derniers jours la caverne où l’on récoltait du miel sauvage.
[63] Peter Vine, The Heritage of Oman, Londres, Immel Publishing, 1995, p. 50.
[64] Mission italienne à Oman (IMTO), dirigée par le professeur Alessandra Avanzini, Dipartimento del Scienze Storiche di Mondo Antico, Università degli studi di Pisa, Italie.
[65] Le Dr. Jana Owen, UCLA. Correspondance personnelle avec les auteurs, 14 août 2000.
[66] Voir Zarins, Land of Incense, p. 37. Le chantier TA 95:227 se trouve sur le côté occidental de l’oued Sinur, voir fig. 28, « Archeological sites located on the Salalah Plain, (1992–1995) ». La distance de Khor Rori est de 7 kilomètres.
[67] Voir Phillips, « Metals of the Book of Mormon », p. 38.
[68] Jeffrey M. Bradshaw, senior research scientist, Institute for Human and Machine Cognition, Pensacola, Floride, correspondance personnelle avec les auteurs. Le Dr. Bradshaw nous a montré des photographies de scories de fonte de cuivre et de fer trouvées dans les ruines de Sumhuram ainsi que les restes d’un haut-fourneau à l’intérieur de la ville datant de la période 1 de Sumhuram, vers 300–150 av. J.-C. Saïd al-Mashor, superviseur des fouilles de Khor Rori pour le parc archéologique d’Al-Balīd (Salalah, Oman), a montré au Dr. Bradshaw les scories et le four mentionnés ci-dessus le 30 mai 2006. Concernant la période 1 de Sumhuram, « la datation des phases est basée sur les analyses préliminaires des assemblages de poterie et sur le nombre de dates au radiocarbone des échantillons de charbon de bois révélés dans différentes strates. La 1e phase pourrait se placer entre la fin du quatrième/début du troisième siècle et la moitié du 2e siècle av. J.-C.» (Alessandra Avanzini et Alexander V. Sedov, Stratigraphy of Sumhuram : New Evidence, Londres, British Museum, 2004, p. 1)
[69] L’oued Nahom est à 16 degrés nord ; Khor Rori est à 17 degrés nord (au degré le plus proche).
[70] Il y avait des animaux sauvages et des animaux domestiqués au Dhofar. « La faune retrouvée dans les fouilles de Sumhuram (Wilkins 2002) indique que la subsistance de la ville était principalement basée sur les produits de la mer. Cependant, 17,8% de la faune composant les restes sont constitués de mammifères terrestres. Ce sont principalement des animaux domestiques : bovins bos taurus, 27.02%, caprovides, 71,47% : ovis aries 5,09% capra hircus 7,2% ovis vel capra 59,18% de vel d’ovis, une occurrence épisodique du porc, 0.05%, dromadaire, 0.66% et un animal sauvage très petit par une gazelle, gazela 0,51%). » Cremaschi et Perego, « Land Use and Settlement Pattern », p. 23.
[71] Voir Nibley, Lehi in the Desert ; Hilton et Hilton, À la recherche de la piste de Léhi et Discovering Lehi ; Aston et Aston, « The Place Which Was Called Nahom », document FARMS, 1991) et In the Footsteps of Lehi ; et Warren P. Aston, « The Arabian Bountiful Discovered ».
[72] Raphaël Pataï, The Children of Noah: Jewish Seafaring in Ancient Times, Princeton, Princeton University Press, 1998, p. 13.
[73] Voir Phillips, « Metals of the Book of Mormon », p. 38.
[74] Voir al-Shahri, The Language of Aad, pp. 31–34.
[75] Phillips, « Metals of the Book of Mormon », p. 36–43.
[76] « Excavations and Restoration of the Complex of Khor Rori, Interim Report », octobre 2000 – avril 2001, Pise, d’Universita di Pisa 2001, pp. 12–15, 45. Dans une conversation avec George Potter le 23 septembre 2006, Ali al-Shahri, historien local du Dhofar, dit que pendant les premières fouilles de Sumhuram, au début des années 1950, l’archéologue américain Wendell Phillips a découvert sept plaques de bronze avec du texte gravé dessus. Sur quatre des plaques métalliques était gravée à l’eau-forte une écriture thamudique, tandis que les trois plaques restantes étaient écrites dans la langue arabe du sud non encore déchiffrée, généralement appelée dipinti du Dhofar, qui fait peut-être partie du groupe connu sous le nom de langues non sayhadiques (voir M.C.A. MacDonald, « Reflections on the Linguistic Map of Pre-Islamic Arabia », Arabian Archaeology and Epigraphy 11, 2000, p. 30, 32).
[77] Ce qui différencie les bois tendres des bois durs c’est la matière qui remplit les cellules des uns et des autres. À de rares exceptions près, la structure cellulaire des bois tendres est remplie d’eau. Les bois durs, pour leur part, ont de la matière dure à l’intérieur de leurs cellules. Les bois tendres sont un mauvais matériau de construction une fois exposés aux intempéries parce que l’eau traverse facilement la paroi de la cellule. D’autre part, le matériau solide que contiennent les cellules des bois durs résiste à l’invasion de l’eau. Les exceptions à cette règle sont les bois tendres du cèdre, du cyprès et du séquoia de Californie, dont les cellules sont remplies d’un matériau résineux qui oppose le même type de résistance au transfert de l’eau que les bois durs. Nous renvoyons le lecteur à R. Bruce Hoadley, Understanding Wood: A Craftsman's Guide to Wood Technology, Newton, CT, Taunton Press, 2000, p. 17–23.
[78] Voir Gerd Weisgerber, « Dilmun—A Trading Entrepot: Evidence from Historical and Archaeological Sources » dans Bahrain through the Ages: The Archeology, dir. de publ. Shaikha Haya Ali al Khalifa et Michael Rice, Londres, KPI, 1986, p. 137.
[79] Shereen Ratnagar, Encounters: The Westerly Trade of the Harappa Civilization, New York, Oxford University Press, 1981, 165n6.
[80] Tom Vosmer, correspondance personnelle, 25 mai 2000.
[81] Voir Harry Morton, The Wind Commands: Sailors and Sailing Ships in the Pacific, Middletown, CT., Wesleyan University Press, 1975, p. 207.
[82] Voir John Illsley, « History and Archaeology of the Ship » notes de conférence sur l’archéologie nautique, université de Bangor, 5 mai 2000, conférence 2, p. 1. Accessible sur http://www.cma.soton.ac.uk/HistShip/shlect02.htm.
[83] Voir John L. Sorenson, «The Composition of Lehi's Family », dans By Study and Also by Faith: Essays in Honor of Hugh W. Nibley, dir. de publ. John M. Lundquist et Stephen D. Ricks, Salt Lake City, FARMS et Deseret Book, 1990, p. 174–196.
[84] Voir Hilton et Hilton, Discovering Lehi, p. 143.
[85] Voir John A. Tvedtnes, « Multiply Exceedingly: Book of Mormon Population Sizes », Review of Books on the Book of Mormon 6/1, 1994, p. 24–29, critique de John C. Kunich.
[86] Voir Tim Severin, The Sindbad Voyage, New York, G. P. Putnam’s Sons, 1983, p. 43.
[87] Severin, The Sindbad Voyage, pp. 37, 38.
[88] Tim Severin « Construction of the Omani Boom Sohar » dans Sewn Plank Boats: Archaeological and Ethnographic Papers Based on Those Presented to a Conference at Greenwich in November, 1984, dir. de publ. Sean McGrail et Eric Kently, Oxford , B.A.R., 1985, p. 279.
[89] Ministère omanais du patrimoine et de la culture nationaux, ci-après MNHC, Oman, a Seafaring Nation, 2e éd., Sultanat d’Oman, Oriental Printing Press, 1991, p. 107.
[90] Voir John Noble Wilford, « Under Centuries of Sand, a Trading Hub », New York Times, 9 juillet 2002.
[91] MNHC, Oman, a Seafaring Nation, p. 20, 22.
[92] Norbert Weismann, correspondance personnelle avec les auteurs, 17 mai 2000.
[93] Voir MNHC, Oman, a Seafaring Nation, pp. 107–108. Salomon a fait construire une flotte de bateaux pour aller à Ophir. Quand ils sont revenus de leurs trois années de voyage aller-retour, ils apportaient des paons, qu’on trouve en Inde, pas en Afrique (The New Shorter Oxford English Dictionary [1993], rubr. « peafowl »). Ou bien les bateaux s’étaient rendus en Inde ou bien ils avaient commercé avec les marchands d’Inde. Les bateaux sont également retournés en transportant du bois de sandal, bois dur utilisé dans la construction du temple et vraisemblablement pas originaire du Dhofar mais importé d’Inde. Il convient de noter que le sandal (1 Rois 10:11, 12 ; 2 Chroniques 2:8 ; 9:10, 11) n’apparaît qu’au pluriel, almuggim, en hébreu, ce que les savants bibliques interprètent comme voulant dire que le bois était livré en planches (voir M. G. Easton, Easton's Bible Dictionary [1897], rubr. « almug » ; accessible en ligne sur www.ccel.org/e/easton/ebd/ebd/T0000100.html#T0000182).
[94] Tel que cité dans Pataï, Jewish Seafaring in Ancient Times, p. 37.
[95] Pataï, Jewish Seafaring in Ancient Times, p. 47.
[96] Voir Severin, The Sindbad Voyage, p. 41.
[97] Voir le MNHC, Oman, a Seafaring Nation, p. 113.
[98] Le coton a été introduit en Arabie méridionale dans l’antiquité, peut-être dès 4000 av. J.-C. (voir Zarins, The Land of Incense, p. 60).
[99] Voir Huntingford, Périple de la mer d’Érythrée, chap. 32.
[100] « World Heritage Committee Inscribes 61 New Sites on World Heritage List », rapport du Comité pour le patrimoine mondial de l’UNESCO, 30 novembre 2000, http://whc.unesco.org/en/news/184.
[101]. Ali al-Shahri a emmené George Potter et 14 autres saints des derniers jours aux cavernes le 22 septembre 2006.
[102] Voir MNHC, Oman, a Seafaring Nation, p. 146.
[103] Frank Linehan, le Western Region Marine Surveyor for United States Maritime Administration, autorité dans le domaine de la construction de voiliers de haute mer, estime que le bateau de Néphi devait être « d’un tonnage léger de minimum cent tonnes » (correspondance personnelle avec les auteurs, juin 1999). Ces dimensions sont semblables aux voiliers en bois plus grands que l’on trouve encore à Oman, appelés bughlas. Ces bateaux commerçaient avec Bombay, le golfe du Bengale, et la mer Rouge. Le plus grand de cette catégorie de bateaux, appelé le bateel, a un poids moyen de 100–200 tonnes, les plus grands bateels pesant 300 tonnes. Les bateels utilisés pour le commerce avec la Chine transportaient un équipage de plus de 100 hommes et avaient au moins 30 mètres de long. À titre de comparaison, la Niña de Colomb pesait entre 50 et 60 tonnes et avait une longueur de 18 à 21 mètres (José María Martínez-Hidalgo, Columbus' Ships, dir. de publ. Howard I. Chapelle, Barre, MA, Barre Publishers, 1966, p. 93).
[104] Voir MNHC, Oman, a Seafaring Nation, p. 146.
[105] Pataï, Jewish Seafaring in Ancient Times, p. 37–38.
[106] Il y a un certain nombre de khors (anses) au Dhofar. Khor Salalah est le troisième plus grand après Khor Rori et Khor al-Balīd. Khor Salalah est un sanctuaire moderne pour oiseaux. C’est un grand khor qui semble très profond, mais il a, en commun avec tous les khors qui s’ouvrent directement sur la plage, une ouverture relativement étroite, qui en aurait rendu le franchissement par un grand bateau difficile, sans parler des brisants. Le Dr. Jana Owen d’UCLA n’a pas pu plonger dans le Khor Salalah parce que c’est une région protégée. Pour ce qui est de son utilisation comme port au temps de Léhi, elle note dans une correspondance personnelle avec les auteurs : « Possible mais très étroit et nous ne pouvons pas être sûrs de sa profondeur dans l’antiquité » (lettre du 14 août 2000).
[107] Les khors, ou anses, comprennent Kharfot, Raysut, Quran al-Kabir, Awqad, al-Balīd, Dhahariz, Suli, Taqah, Rori et Mirbat.
[108] Jana Owen écrit à propos de Raysut : « Nous croyons de par les prélèvements de surface et de l’évidente configuration des lieux qu’il y a eu là des docks autrefois » (correspondance personnelle avec les auteurs, 14 août 2000). Le port de Raysut est orienté vers l’est et assurait ainsi une protection contre la mousson du sud-ouest, qui souffle en été mais ne donne aucune protection contre la mousson d’hiver venant du nord-est.
[109] Voir Hilton et Hilton, Discovering Lehi, p. 166.
[110] Le khor était associé à une ville du même nom, bâtie vers le 10e siècle apr. J.-C. par les conquérants persans qui déplacèrent la capitale de Khor Rori à al-Balīd, à quelque 25 kilomètres à l’est. Il semblerait que le port ait seulement été utilisé beaucoup plus tard que l’époque de Léhi. Owen dit : « Nous croyons que ce port fonctionnait vers le début de l’ère vulgaire. Ceci est basé sur les lithiques et un peu de céramique » (Jana Owen, correspondance personnelle avec les auteurs, 14 août 2000).
[111] Voir Aston, « The Arabian Bountiful Discovered ? », p. 5–11.
[112] Frank Linehan, correspondance personnelle avec les auteurs, juin 1999.
[113] Maurizio Tosi, « cultures Early Maritime Cultures of the Arabian Gulf and the Indian Ocean » dans Bahrain through the Ages, dir. de publ. Khalifa et Rice, p. 94.
[114] Périple de la mer d’Érythrée, tel que cité dans MNHC, Oman, a Seafaring Nation, p. 26.
[115] Il est généralement accepté que Joseph Smith a traduit le Livre de Mormon en 63 jours, soit environ 8,5 pages par jour. 1 Néphi, chapitres 2 et 16–19, qui contient les données sur le voyage, comporte moins de 11 pages au total (voir Richard L. Bushman, « The Recovery of the Book of Mormon » dans Book of Mormon Authorship Revisited, dir. de publ. Noel B. Reynolds, Provo, UT, FARMS, 1997, p. 23.