©
Journal
of Book of Mormon Studies, vol.
14, n° 1, 2005, p. 109
Les indices internes
Les indices fournis par le texte
Qu’est-ce que cela change ?
Questions ethniques et tribales
Le message d’Alma : prenez
garde à l’ennemi de l’intérieur
Les
lecteurs du Livre de Mormon savent que les Lamanites étaient
les éternels ennemis des Néphites [1]. Peu après
l’arrivée de la colonie de Léhi dans le Nouveau
Monde, le Seigneur a bien dit que les Lamanites seraient un
« fléau »
pour la postérité de Néphi « pour
l’inciter à se souvenir de [lui] » (2 Néphi
5:25 ; comparer avec 1 Néphi 2:24). La suite du livre
décrit des tensions apparemment incessantes entre Lamanites et
Néphites qui prendront fin avec la destruction totale de la
civilisation néphite. Les Lamanites seront une menace
incessante.
Les
études récemment faites sur le texte montrent cependant
que la question des ennemis des Néphites n’est pas
forcément aussi tranchée que cela. C’est, en tous
cas, particulièrement vrai pendant la carrière publique
d’Alma le Jeune (vers 91-73 av. J.-C.), quand les missionnaires
néphites envoyés aux Lamanites entrent en contact avec
les mystérieux Amalékites (voir Alma 21-43).
Comme nous
le verrons, ces Amalékites ne sont en fait rien d’autre
que les Amlicites, qu’Alma a rencontrés précédemment
dans sa carrière (voir Alma 2-3). Cette observation est basée
sur deux sortes de données fournies par le texte : les
variations d’orthographe dans les manuscrits originaux d’Oliver
Cowdery et des indices fournis par le texte traditionnel que beaucoup
de lecteurs n’ont pas remarqués. Ces découvertes
jettent une lumière nouvelle sur la structure des écrits
d’Alma et nous amènent à la question la plus
cruciale : Le fait de considérer que les Néphites sont
en général les bons et les Lamanites les mauvais
n’est-il pas une conclusion simpliste au vu de ce que le texte
dit en réalité ?
La
présente étude vise à apporter un correctif à
l’interprétation traditionnelle du Livre de Mormon. Par
exemple, George Reynolds et Janne M. Sjodahl, dans leur Commentary
on the Book of Mormon
présentent les Amalékites comme étant « une
secte d’apostats néphites dont l’origine n’est
pas précisée [2] ». Le Book
of Mormon Reference Companion,
plus récent, partage ce point de vue dans l’article sur
les Amalékites : « Le Livre de Mormon ne
fournit pas de renseignements sur l’origine de ce groupe [3]. »
Nous pouvons heureusement éclaircir maintenant le mystère
de l’origine des Amalékites.
Les indices internes
Il
y a des années, certains étudiants du Livre de Mormon
ont remarqué de curieux événements dans le livre
d’Alma. Le livre commence par Néhor et passe rapidement
à une menace néphite majeure liée à
Néhor, l’apostat Amlici. Les partisans de celui-ci, les
Amlicites, font une tentative de s’emparer du gouvernement et
de s’adjuger une élection, mais ils se font battre lors
de grands combats et sont, semble-t-il, balayés (voir Alma
1-2). On voit pourtant Alma passer tout le chapitre suivant (Alma 3)
à parler de la menace et de la marque des Amlicites alors
qu’ils ont disparu. Cela fait beaucoup de détails pour
une menace qui n’existe plus. D’un point de vue
structurel, Alma 3 ressemble plus à un avertissement et à
l’introduction à un problème qu’à un
commentaire sur un problème qui n’est plus présent.
Quelques
18 chapitres plus tard, le missionnaire Aaron tombe sur un autre
groupe de fauteurs de troubles, appelés Amalékites, qui
sont alliés aux Amulonites et qui contribuent à
endurcir les Lamanites (voir Alma 21:2-4). On nous présente ce
nouveau groupe parmi deux autres que nous connaissons déjà
bien et le nom est donné comme s’il allait de soi, comme
si le lecteur savait parfaitement de qui il s’agit : « Or,
les Lamanites, et les Amalékites, et le peuple d'Amulon
avaient construit une grande ville, qui était appelée
Jérusalem. Or, les Lamanites, par eux-mêmes, étaient
suffisamment endurcis, mais les Amalékites et les Amulonites
étaient encore plus durs ; c'est pourquoi ils firent en sorte
que les Lamanites s'endurcissent le cœur, qu'ils devinssent
forts dans la méchanceté et dans leurs abominations »
(Alma 21:2-3).
Quand ils lisent ce passage pour la première
fois, la plupart des gens ne se rendent probablement pas compte
qu’ils viennent encore de rencontrer un nouveau groupe, un
groupe dont l’origine n’est pas donnée.
Quand
nous comparons les Amlicites avec les Amalékites, nous
constatons qu’Amlici et les Amlicites sont mentionnés 43
fois entre Alma 2:1 et 3:20, après quoi ils ne le sont plus
jamais. Les Amalékites sont mentionnés 19 fois entre
Alma 21:2 et 43:44, souvent quand il est question des descendants
d’Amulon, prêtre du roi Noé, en dissidence avec
les Néphites ou avec les dissidents néphites appelés
Zoramites.
Les Amlicites ont une théologie, une organisation
politique, une aristocratie, des armées, des alliances avec
les Lamanites, une organisation militaire, des liens avec Néhor
et un marquage distinctif de la peau qu’ils se sont imposé
(voir Alma 1:4-6 ; 2:1-2, 5-6, 9, 12, 14, 24 ; 3:4-6) tout
comme les Amalékites ont une théologie, des villes, des
sanctuaires, des synagogues et des liens avec les Lamanites, les
Amulonites, les Zoramites et « les Néhors »
(voir Alma 21:2, 4, 6 ; 43:6).
Aaron, fils de Mosiah,
affronte un Amalékite dans une des synagogues des Amalékites
(voir Alma 21:5-11) et a plus tard une discussion avec le père
de Lamoni concernant leurs croyances (voir Alma 22:7-18) [4]. Quand
il lui demande s’il croit en Dieu, le roi lamanite répond
d’abord en parlant des croyances et des sanctuaires du culte
des Amalékites (voir Alma 22:7). Les deux groupes exercent
apparemment une influence suffisante pour que cela justifie tant de
détails.
À
première lecture, cette introduction, faite au passage, d’un
nouveau groupe appelé Amalékites (voir Alma 21:2)
n’aurait pas dû nous déranger puisque le Livre de
Mormon brosse souvent son histoire à grands coups de pinceau,
notant des noms sans explication, notamment le nom crucial Mormon
lui-même (voir Mosiah 18:4). Cependant, contrairement à
ce qui se passe pour les noms de personnes, nous ne pouvons pas
trouver, dans cet abrégé, d’autre cas où
un groupe apparaisse sans explication ou introduction – la
seule exception, ce sont les Amalékites [5]. Il y a bien deux
Amaléki dans le livre (voir Omni 1:12-30 ; Mosiah 7:6),
mais aucun des deux n’a de liens connus avec ce groupe. S’il
y a eu un Amaléki qui a fondé ce groupe, le livre n’en
dit rien [6].
D’un
point de vue chronologique, les Amlicites et les Amalékites
correspondent parfaitement. Ils ne se chevauchent jamais. Alma parle
des problèmes qu’il a avec un vaste groupe de dissidents
néphites obstinés appelés Amlicites, qui sont de
l’ordre de Néhor et sont alliés aux Lamanites.
Aaron et Ammon, qui se trouvent en territoire lamanite à la
même époque, parlent de leurs problèmes avec un
autre allié lamanite redoutable selon l’ordre de Néhor,
un peuple dont le nom, Amalékites,
ressemble fort au nom Amlicites.
Les uns et les autres poursuivent en même temps les mêmes
types d’objectifs et causent les mêmes problèmes.
Les deux groupes, on nous le dit bien, ne
sont pas
de purs Lamanites (voir Alma 2:1-11 ; 24:28-29). L’un des
groupes nous est présenté comme s’il allait avoir
une importance permanente. L’autre nous est présenté
pour la première fois comme si son identité est déjà
bien connue. Il est certain que le texte est plus clair si ces deux
groupes n’en font qu’un. John L. Sorenson a souligné,
il y a quelques années, cette forte ressemblance et pense que
« il est possible qu’ils [les Amalékites]
constituaient le reste des Amlicites... leur nouveau nom découlant
peut-être d’une ‘lamanitisation’ de
l’original. »
[7]
Les indices fournis par le texte
Cette
nouvelle description des Amlicites et des Amalékites comme
étant des groupes identiques a acquis une crédibilité
nouvelle quand Royal Skousen, rédacteur du projet de longue
haleine d’élaboration d’un texte critique du Livre
de Mormon, a montré que les textes originaux donnent leur
appui à cette conclusion. En 2002, il a expliqué que
les groupes apostats du livre d’Alma actuellement écrits
Amlicites
et Amalékites
sont très vraisemblablement le même groupe de
dissidents, fondé par Amlici, et que les noms doivent être
écrits de la même façon [8]. Skousen a remarqué
que ces types d’erreur dans les manuscrits originel et de
l’imprimeur étaient dus à des incohérences
dans l’orthographe d’Oliver Cowdery.
L’analyse
soigneuse faite par Skousen du manuscrit originel, dicté,
montre comment de telles erreurs ont pu s’y glisser. Souvent,
quand un nom apparaissait pour la première fois, Joseph Smith
devait marquer un temps d’arrêt pour l’épeler.
C’est ainsi que nous trouvons des mots barrés dans le
manuscrit originel avec, au-dessus, l’orthographe corrigée.
Joseph ne redonnait apparemment pas l’orthographe du nom quand
il apparaissait plus loin, car on voit que Cowdery orthographie
certains noms de plusieurs manières différentes en
dépit de la correction originelle. Une fois que Cowdery a eu
préparé le manuscrit, l’imprimeur a dû
recevoir pour consigne de se référer à
l’orthographe originelle des noms chaque fois qu’ils se
représentaient.
Dans les cas Amlicites/Amalékites,
aucun des deux groupes n’est mentionné par son nom entre
Alma 3:20 et 21:2. Par conséquent, quand l’imprimeur a
de nouveau rencontré le nom dans ce qui est maintenant Alma
21:2, il a vraisemblablement pensé que c’était un
nouveau groupe et, plutôt que de se reporter à
l’orthographe de ce qui est maintenant Alma 3:20, il a
simplement suivi le manuscrit de l’imprimeur. L’orthographe
« Amalékite
» a pu sembler logique parce qu’il y a réellement des
Amalécites [en anglais : Amalekites] (voir Nombres 13:29) et
qu’il y avait précédemment dans le Livre de
Mormon des hommes appelés Amaléki (voir Omni 1:12 ;
Mosiah 7:6) [9]).
Skousen
fait remarquer que l’orthographe manuscrite d’Alma 24:1
du manuscrit originel confirme la thèse d’une confusion
dans l’orthographe des noms. On n’y trouve pas « Amalékites
» comme dans l’édition actuelle, mais « Amelicites »,
ce qui n’est pas tout à fait « Amlicites
» mais est plus proche que « Amalékites ».
L’orthographe du manuscrit originel dans Alma 24:28 [10] est
« Amelicites
» et il n’y a qu’une partie du mot : Amelic[…]
qui est visible dans Alma 27:2. Les deux fois que le nom apparaît
dans Alma 43:6, il est orthographié « Amalekites
» et « Amelekites »,
des orthographes différentes dans le même verset. Aux
versets 43:13 et 43:20, nous lisons en lettres partiellement effacées
« Amalickites
» et
« Amelickites ».
Dans Alma 43:44, l’orthographe est « Amalekites »
[11].
Il est clair que l’orthographe était plutôt
confuse et que beaucoup de lettres courantes, particulièrement
le c
et le k,
étaient tout à fait interchangeables. Le fait que les
mots écrits actuellement « Amalékites
» étaient souvent écrits avec un c
seulement ou avec un ck
confirme encore davantage les indices internes précédemment
relevés. Quand nous nous servons des documents les plus
anciens que nous ayons (les manuscrits de Cowdery), il n’y a
guère de raison de penser que les Amlicites et les Amalékites
étaient deux groupes distincts.
Qu’est-ce que cela change ?
Si
cette théorie, à savoir que les Amlicites et les
Amalékites sont le même groupe, est exacte, cela veut
dire qu’Alma a structuré son récit d’une
manière encore plus rigoureuse et plus soigneuse que nous le
pensions. Ce qui était précédemment considéré
comme deux chapitres introductifs (Alma 2-3) consacrés à
un problème sur le point de disparaître peut maintenant
être compris comme présentant la menace et le problème
majeurs qu’Alma dut affronter le reste de sa vie.
En théorie
il aurait pu commencer son récit par les voyages des fils de
Mosiah, mais, de toute évidence, il éprouvait le désir
d’introduire le conflit majeur que devaient affronter tant les
missionnaires envoyés aux Néphites (Alma et ses
compagnons) que ceux envoyés aux Lamanites (Ammon, Aaron et
leurs compagnons), sans quoi il ne pourrait pas expliquer
convenablement les épreuves de n’importe lequel de ces
groupes.
Il y a peut-être ici une ressemblance avec le temps
d’arrêt marqué par Mormon (ou Hélaman) pour
nous dire de faire très attention à Gadianton la
première fois qu’il est question de son groupe (voir
Hélaman 2:13-14). Dans le même ordre d’idées,
Alma (ou Mormon) donne beaucoup de détails sur les Amlicites
au chapitre 3 parce que ceux-ci vont revenir affliger Alma et les
Néphites pendant tout le reste de la vie d’Alma.
Le
compte rendu du ministère d’Alma (Alma 1:1-45:19)
commence et finit au même endroit, empêtré dans
les problèmes résultant de l’apostasie de Néhor
et des Amlicites. Sa toute première bataille et sa bataille
finale, 18 ans plus tard, se terminent par la même histoire :
les cadavres des soldats ennemis sont jetés dans le fleuve
Sidon, qui les emporte dans « les profondeurs de la mer »
(Alma 3:3 ; 44:22). Ainsi donc, le récit d’Alma
montre bien comment la dissension, combattue par la prédication
de la parole, peut conduire à l’apostasie puis à
la trahison, combattue par des mesures juridiques et par la guerre
[12].
Les
grandes batailles du règne d’Alma furent menées
contre des armées lamanites alliées ou conduites par
des apostats néphites tels que les Amlicites (Amalékites),
les Amulonites à moitié Néphites (voir Alma
21:2-25:9) ou les Zoramites (voir Alma 30:59-43:44).
Alma 43:6
dit :
« Comme les Amalékites [Amlicites] avaient en
eux-mêmes des dispositions plus méchantes et plus
meurtrières que les Lamanites, [le dissident] Zérahemnah
désigna des capitaines en chef sur les Lamanites, et ils
étaient tous Amalékites [Amlicites] et Zoramites. »
Alma 43:44 ajoute : « Ils étaient inspirés
par les Zoramites et les Amalékites, qui étaient leurs
capitaines en chef et leurs dirigeants. » Et Alma 43:13
relie tous ces groupes entre eux dans les batailles finales qui
précèdent le départ d’Alma : « Ainsi,
les Néphites furent forcés de résister seuls aux
Lamanites, qui étaient un composé de Laman et de
Lémuel, et des fils d'Ismaël, et de tous ceux qui étaient
entrés en dissidence avec les Néphites, qui étaient
Amalékites [Amlicites] et Zoramites, et les descendants des
prêtres de Noé [Amulonites]. »
En outre, quand nous lisons les
atrocités dont furent témoins les fils missionnaires de
Mosiah chez les Lamanites, notamment le massacre des 1005
Anti-Néphi-Léhis (voir Alma 41:21-22), il nous est plus
facile de remarquer que le fait qu’Alma mentionne les vrais
méchants est dans la ligne de la structure du livre :
« La majeure partie des Lamanites qui tuèrent tant
de leurs frères étaient Amalékites [Amlicites]
et Amulonites, dont la majeure partie était selon l'ordre des
Néhors. » Et parmi les convertis à la
vérité, « il n'y en eut aucun qui fût
Amalékite [Amlicite] ou Amulonite, ou qui fût de l'ordre
de Néhor, mais ils étaient de véritables
descendants de Laman et de Lémuel » (Alma
24:28-29).
Cette nouvelle lecture permet de
jeter la lumière sur une autre question qui jusqu’ici
laissait perplexe.
Traditionnellement, il n’a pas été
possible de rattacher convenablement les quatorze années de
mission des fils du roi Mosiah (voir Alma 17-26) au quatorze années
de ministère d’Alma (voir Alma 1-16) [13]. Le seul lien
concret entre les deux était la mention par Alma de la marche
des Lamanites pour détruire Ammonihah, la onzième année
des juges (voir Alma 16:2-9), et son pendant dans Alma 25:2-3.
Pourtant il n’y a rien dans les vastes mouvements d’armées
lamanites au cours de la cinquième année, racontés
dans Alma 2:24 et 27 où il soit question d’un roi
lamanite (voir Alma 2:32-33). Les Amlicites étaient
manifestement alliés aux Lamanites (voir Alma 2:24) et Ammon
et Aaron avaient eu affaire à des rois lamanites, mais le
récit des fils de Mosiah ne dit rien de cette alliance
menaçante avec les Amlicites.
Mais maintenant, nous voyons que
ces événements d’importance majeure d’Alma
2 sont également mentionnés par Ammon et Aaron, en tous
cas en termes d’influence politique amlicite (voir Alma 21:2-5,
16 ; 22:7). Ammon et Aaron mentionnent les mêmes problèmes
d’influence politique amlicite auprès des Lamanites à
l’époque même où Alma les rencontrait (voir
Alma 24:28-29).
Il reste une question. Alma 21:1-4
mentionne que le premier endroit où Aaron se rend en tant que
missionnaire est la ville partiellement amalékite [amlicite]
de Jérusalem. Comment les Amlicites auraient-ils pu aider à
la construction d’une grande ville lamanite la première
année du règne des juges si Néhor n’était
pas devenu actif avant cette première année et si les
Amlicites n’étaient pas apparus avant la cinquième
année (voir Alma 2:1) ? Il y a deux réponses :
(1) le texte dit que les missionnaires ont eu beaucoup d’activités
avant qu’Aaron n’atteigne Jérusalem et ne dit
jamais qu’il y est arrivé au cours de la toute première
année (voir Alma 17:6-18). Peut-être était-ce la
deuxième, la troisième ou la quatrième année
ou plus tard (on ne nous rapporte que très peu d’événements
d’une mission qui a duré quatorze ans) ;
(2) les
problèmes engendrés par Néhor et Amlici ont dû
atteindre leur paroxysme au cours des années mentionnées
dans Alma 1-2, mais ils duraient apparemment déjà
depuis plusieurs années (voir Alma 1:16-23). Il est très
improbable qu’Amlici ait pu arriver sur le devant de la scène
avec le soutien de près de la moitié de la population,
se lancer dans une élection nationale animée, se faire
couronner illégalement, lever une grande armée,
déplacer de grandes parties de la population néphite,
faire alliance avec les Lamanites et organiser trois grandes
batailles, tout cela en un an (voir Alma 2:2-3:25). Même les
dictateurs modernes avec les transports d’aujourd’hui et
les communications de masse n’ont pas réussi tout cela
en une seule année.
Alma nous dit expressément qu’une
grande partie de tout cela s’est effectivement produit en une
seule année, du moins « toutes ces guerres et ces
querelles » (Alma 3:25). Mais la lente édification
d’un support politique et la formation d’alliances
étrangères duraient sans doute depuis des années
[14]. C’est comme cela que fonctionnent les gens et les
mouvements dans la réalité historique.
Un
autre exemple tiré de l’histoire profane le montre: les
groupes perturbateurs tels que les communistes et les nazis ont
tendance à persister, à se regrouper, à se
transformer ou à reparaître sous des formes diverses.
C’est la même chose dans le Livre de Mormon. Juste au
moment où nous pensons en avoir fini avec les Amlicites dans
Alma 2:36-38 ou avec les Amulonites dans Alma 25:4-9, nous nous
apercevons qu’ils sont toujours là dans Alma 21:2 et
43:13. Encore une fois, pour ce qui est du caractère
historique du Livre de Mormon, c’est comme cela que les choses
se passent dans l’histoire réelle.
En
outre, si nous lisons ces écritures de la manière
conseillée par Brigham Young, « comme si vous les
écriviez il y a mille, deux mille ou cinq mille ans…
comme si vous étiez à la place de ceux qui les ont
écrites [15] », nous nous souviendrons qu’Alma
avait, lui aussi, connu l’apostasie et la rédemption
personnelles dans sa jeunesse. Nous pourrions nous demander :
Quelle a été la première réaction d’Alma
face à Néhor et à Amlici, cette nouvelle
génération d’apostats ? Étaient-ils
tels qu’il avait été lui-même ? Se
pourrait-il qu’ils aient été de vieux amis ou des
alliés ou même des disciples ?
Le passage de Mosiah
27:32-28:1 parle d’une mission, dont on ne sait pas grand
chose, auprès des Néphites par Alma et les fils de
Mosiah, qui a apparemment duré entre une et huit années,
ce qui montre que la conversion d’Alma avait moins de dix ans.
Quand nous lisons plus tard qu’Alma et Amlici se battent en
corps à corps (voir Alma 2:3), nous pourrions nous demander ce
qu’il a bien pu penser. Alma avait jadis été
comme Amlici (comparer Mosiah 27:8, 19 avec Alma 2:1-2) et si Alma
n’avait pas changé, Amlici aurait même pu mieux
réussir dans sa rébellion puisqu’il n’y
aurait sans doute pas eu un juste comme Alma pour l’arrêter.
Les deux hommes avaient commencé la vie sur la même voie
et ils l’avaient suivie jusqu’au moment où ils
avaient fait le choix crucial de continuer ou de changer. En tuant
Amlici, Alma ne tuait-il pas de nouveau une vieille version de
lui-même ? Même après avoir tué
Amlici, il dut affronter les dissidents de ce dernier jusqu’à
sa dernière bataille (voir Alma 43:44).
Questions ethniques et tribales
Une
fois que nous comprenons mieux en qui Alma voyait les vrais ennemis,
nous pouvons décider de repenser la lecture simpliste et
tribale du Livre de Mormon où les Lamanites apparaissent comme
« les méchants » et les Néphites
comme « les bons ». Bien que John Sorenson et
quelques autres spécialistes du Livre de Mormon n’utilisent
jamais le terme race
pour décrire les différences entre Néphites et
Lamanites [16], la plupart des lecteurs du Livre de Mormon voient une
dimension ethnique dans le livre, aussi librement que l’on
définisse les termes plutôt imprécis que sont
race
et ethnicité
[17].
Par exemple, les œuvres artistiques et les films tant
officiels que non officiels font ressortir ce qui semble être
des caractéristiques raciales ou ethniques différentes
dans les peuples du Livre de Mormon [18] parfois avec des
connotations morales (voir Énos 1:20).
Il
y a toujours eu des manières d’aborder les problèmes
nationaux ou personnels basées sur la notion de groupe où
la faute était rejetée sur ceux du dehors, sur « eux ».
Par comparaison avec les sociétés occidentales
modernes, toutes les sociétés anciennes, dans toutes
les cultures, étaient basées sur la race ou la tribu,
étant donné le peu de moyens de transport, de
communication et d’échange d’informations dont on
disposait. Il était essentiel de rester loyal à sa
race, à sa tribu ou à son groupe local si l’on
voulait survivre.
Le livre de Ruth et la parabole du Bon Samaritain,
parmi de nombreux autres passages bibliques, s’opposent à
la façon de penser raciale si généralisée
dans la culture biblique, mais la reconnaissent tacitement. Même
les Grecs anciens « civilisés » se
considéraient comme physiquement différents « de
nature » des autres races humaines – aussi
différents qu’ils l’étaient des animaux
[19]. En fait, tout document ancien où l’on ne
retrouverait pas quelque chose de ces préjugés raciaux
ou tribaux ne se qualifierait probablement pas comme étant un
document ancien authentique. La dimension raciale ou ethnique est, à
cet égard, typique des documents anciens.
Ce qui distingue le
Livre de Mormon, ce n’est pas à quel point on rejette la
faute sur « eux », les Lamanites, mais plutôt
le fait qu’on leur en veuille si peu. C’est étonnamment
vrai même dans le livre d’Alma, celui qui traite le plus
longuement les guerres et les querelles avec les Lamanites.
Pour
comprendre cela, il faut lire attentivement le livre et parfois faire
la distinction entre ce qui est dit
et ce qui est montré.
Par exemple, lors de l’introduction de l’histoire d’Ammon
et de ses compagnons, les Lamanites sont qualifiés de « peuple
sauvage, et endurci, et féroce ; un peuple qui mettait son
plaisir à assassiner les Néphites, et à se
livrer à des actes de brigandage sur eux, et à les
piller… ils étaient un peuple très indolent…
et la malédiction de Dieu était tombée sur eux à
cause des traditions de leurs pères » (Alma
17:14-15). On dit plus tard des Lamanites qu’ils sont « dans
l’abîme le plus sombre » (Alma 26:3). Mais si
nous lisons l’histoire des quatorze années de mission
d’Ammon et d’Aaron chez les Lamanites parallèlement
à celles d’Alma chez les Néphites, ce que les
textes montrent,
c’est que les Lamanites étaient presque aussi civilisés,
corrects, réceptifs et, bien sûr, hostiles, malhonnêtes,
meurtriers et persécuteurs que les Néphites d’Alma.
Ils avaient des grandes routes, du transport, un gouvernement, des
édifices religieux, des villes urbanisées, diverses
coutumes religieuses, des fonctionnaires du gouvernement, des
soldats, des hors-la-loi et des renégats et des rois et des
rois vassaux (ou « chefs ») [20], exactement
comme les Néphites et ils étaient loin d’être
aussi peu civilisés que les Néphites le craignaient au
départ. En fait, leur histoire montre que ce sont les groupes
néphites apostats – les Amlicites, Amulonites et
Zoramites – qui sont responsables de la plupart des problèmes
qu’Alma rencontre avec les Lamanites. Comme on le voit déjà
dans Alma 21:3, ces groupes apostats sont « encore plus
durs » que les Lamanites.
En fait, il est rare que les
prophètes du Livre de Mormon imputent les problèmes de
leur peuple à des agresseurs du dehors, mais plutôt aux
dissensions internes et au péché. En effet, après
Laman et Lémuel, qui comprenaient suffisamment bien l’Évangile
pour être responsables de leurs choix à ce sujet, le
livre ne mentionne qu’un ou deux Lamanites purs qui soient des
« mauvais » [21].
Quand
nous regardons les vrais scélérats du Livre de Mormon,
nous voyons qu’après Laman et Lémuel, ils
proviennent presque exclusivement des groupes néphites :
Shérem, Noé et son prêtre Amulon, Néhor,
Amlici, le peuple d’Ammonihah, Korihor, les Zoramites du livre
d’Alma, Amalickiah, Ammoron, Jacob, Pachus et les
hommes-du-roi, Morianton, Kishkumen, Paanchi, Gadianton et
probablement Zérahemnah. Même quand le texte qualifie de
« Lamanites » ou même de « fiers
Lamanites » certains de ces scélérats moins
connus, nous savons déjà que leur vrai lignage est
néphite ou mulékite [22].
Assurément, les
Néphites ne considéraient pas les Lamanites comme des
voisins pacifiques et ces mauvais Lamanites envoyaient effectivement
de temps en temps des armées attaquer les Néphites,
mais il ne fait pas de doute que le livre souligne le fait que la
plupart du temps ce sont les dissidents néphites qui sont les
vrais « cœurs durs » qui excitent,
recrutent et inspirent continuellement les Lamanites réticents
à aller au combat (voir Alma 21:3 ; 23:13-15 ; 24 ;
27:2-3 ; 43:44 ; 47:1-6 ; 48:1-3 ; 52:1-4 ;
62:35-38 ; 63:14-15 ; Hélaman 1:14-33 ; 4:4).
Effectivement, deux versets après la mort du Néphite
dissident Ammoron, les grandes guerres entre Néphites et
Lamanites sont terminées (voir Alma 62:36-38) et la paix règne
sans problème pendant huit ans, après quoi d’autres
dissidents néphites excitent les Lamanites (voir Alma 63:
14-16). Les grandes guerres entre Néphites et Lamanites du
livre d’Alma étaient, selon le texte, des guerres où
il y avait de nombreux alliés lamanites et néphites
dans les deux camps. Les versets d’Alma 23:8-13 montrent
l’importance de la faction pro-néphite qui existait chez
les Lamanites.
Pour lire le texte vraiment en
profondeur, il serait bon de réfléchir à la
destruction de la ville d’Ammonihah. Comme le relève S.
Kent Brown, l’événement contient des
renseignements différents provenant de deux récits
différents, du point de vue du « nord »
néphite et du « sud » lamanite [23].
Le
point de vue néphite traditionnel ne nous montre que les
Lamanites comme agresseurs (voir Alma 12:2-11). Mais le deuxième
récit met en évidence le fait que les Lamanites qui
attaquent et détruisent Ammonihah sont ceux qui étaient
« dans une plus grande colère parce qu'ils avaient
tué leurs frères » (Alma 25:1) et qui, comme
on le voit tout juste trois versets plus haut sont essentiellement
des Amalékites (Amlicites) et des Amulonites (voir Alma
24:28-29). La ville d’Ammonihah est elle-même une ville
tellement consacrée à « la confession de
Néhor » (Alma 14:18 ; 15:15) qu’après
sa destruction elle sera appelée la Désolation des
Néhors (Alma 16:11). En bref, pour des raisons qui ne sont pas
tout à fait claires, l’affaire d’Ammonihah est en
réalité – et c’est une ironie des choses –
la destruction de Néhorites néphites par un grand
nombre de Néhorites néphites.
Les batailles qui suivent
cette attaque sont décrites, du point de vue « néphite »,
comme étant des batailles contre les Lamanites (voir Alma
16:2-12) ; néanmoins le point de vue lamanite explique
que ces batailles marquent quasiment la fin des Amulonites
semi-néphites (voir Alma 25:4-13). Parmi les purs Lamanites
qui reviennent de ces batailles après la destruction
d’Ammonihah, beaucoup se convertissent et se joignent aux
Anti-Néphi-Léhis et se font une fois de plus attaquer
par les Lamanites inspirés par les Amalékites
(Amlicites) (voir Alma 27:2, 12). Cela conduit à l’émigration
définitive d’Ammon avec les purs Lamanites vers les
terres néphites (voir Alma 21:11-26) [24].
Alma
ne cesse de souligner que les personnes et les groupes qui ont été
élevés dans une plus grande lumière sont plus
responsables que ceux qui sont élevés dans une culture
qui ignore les principes de l’Évangile ou leur est
hostile. Il évalue donc souvent les Lamanites pur sang d’une
manière qui leur est favorable par rapport aux Amlicites,
Zoramites et Amulonites dissidents: « Nous pouvons
discerner clairement que lorsqu'un peuple a été une
fois éclairé par l'Esprit de Dieu, et a eu une grande
connaissance des choses qui ont trait à la justice, et est
ensuite tombé dans le péché et la transgression,
il devient plus endurci, et ainsi son état devient pire que
s'il n'avait jamais connu ces choses » (Alma 24:30 ;
voir Alma 9:15-23 ; 46:8 ; 47:36 ; 50:21 ; 53:9).
Même
la structure générale du Livre de Mormon vise à
montrer que c’est le choix personnel plutôt que la vision
de groupe des « bons » et des « mauvais »
qui est la vraie source du péché et du mal.
En gros, le
livre commence par décrire le premier conflit entre Néphites
et Lamanites. À partir d’Alma, le livre décrit
une série de paroxysmes en dents de scie et graduellement
croissants, des conflits avec des Néphites et leurs alliés
lamanites contre des apostats néphites hostiles et leurs
alliés lamanites. Ces conflits deviennent plus prononcés
jusqu’à ce que le livre atteigne son point culminant et
sa chute la plus vertigineuse. L’apogée est atteint par
une communauté centrée sur le Christ dans 4 Néphi
1:2-23, une époque où la race ou les groupes cessent
purement et simplement d’exister : « Il n'y avait pas
non plus de Lamanites, ni aucune sorte d'-ites ; mais ils étaient
un, enfants du Christ » (4 Néphi 1:17). Le texte ne
nous dit pas s’ils ont tous la même apparence, mais il
dit qu’ils se conduisent tous de la même façon et
sont traités de la même façon. Il est indéniable
que c’est là l’idéal le plus élevé
atteint dans le Livre de Mormon.
Son point le plus bas suit quelques
pages à peine plus loin, à partir de Mormon 3:9-16,
quand les Néphites deviennent tellement pleins de haine et de
vengeance qu’ils veulent lancer la première attaque
contre les terres lamanites dans un but d’annihilation totale,
ce qui amène le général Mormon à refuser
catégoriquement d’encore diriger ses Néphites
(Mormon 3:11, 16). À partir de ce moment-là, la
situation se dégrade rapidement pour atteindre la barbarie
intégrale décrite par la lettre de Mormon à son
fils Moroni dans Moroni 9:3-10, qui nous montre dans d’atroces
détails que les deux partis se sont abaissés à
des horreurs inimaginables de viol, de torture et de cannibalisme. La
fin est proche. Voilà ce que la structure du livre nous montre
être le point le plus haut et le point le plus bas de ces
sociétés.
Nous
ne devons pas non plus oublier que dans 4 Néphi 1:36-38, les
termes néphite
et lamanite
reçoivent dorénavant une signification religieuse et
politique mais pas ethnique, une chose qui semble s’être
produite souvent comme dans Hélaman 3:16 et ailleurs. On nous
dit que le terme Néphite
n’était que l’identification religieuse ou
politique des groupes qui au départ croyaient au Christ,
tandis que le mot Lamanite
ne
désignait que ceux qui se rebellaient contre l’Évangile,
quelle que fût leur appartenance ethnique, bien que même
alors il reste quelques questions [25]. En tous cas, le livre d’Alma
semble être soigneusement organisé autour de ceux qui
étaient considérés comme le plus grand problème
des Néphites, et c’étaient davantage les Néphites
dissidents et apostats que les Lamanites.
Le message d’Alma : prenez
garde à l’ennemi de l’intérieur
Alma savait que son enseignement que
les sources du mal sont souvent internes n’était pas
toujours facile à entendre. Il termine effectivement son
ministère en citant en négatif la promesse
souvent citée : « Si tu gardes les
commandements de Dieu, tu prospéreras dans le pays »
(Alma 36:30) qu’il remplace par son contraire : « Ainsi
dit le Seigneur Dieu : Maudit sera le pays, oui, ce pays »
(Alma 45:16). Si elle ne se repent pas, la nation tout entière
d’Alma connaîtra l’extinction (voir Alma 45:11,
14). C’est une prophétie si horrible qu’il
commande à Hélaman de ne pas la répéter à
ce moment-là (voir Alma 45:9).
Ensuite, après avoir
béni ses fils, la terre et l’Église, Alma quitte
définitivement le pays (voir Alma 45:8, 15-18). C’est un
ton décidément différent de l’aspect plus
positif d’Alma qu’on met si souvent en évidence,
l’impact et l’élégance de ses paroles dans
Alma 5, 29, 32 et 36, par exemple. Bien que son témoignage du
Sauveur soit crucial, nous ne devons pas perdre de vue cette autre
façon qu’il a eue d’organiser ses écrits.
En voyant mieux qu’Alma a commencé et terminé son
testament en parlant de l’influence de Néhor et des
dissidents dirigés par les Amlicites d’origine néphite,
nous percevons mieux la compréhension qu’Alma avait du
mal chez l’individu et dans la société. Alma
insiste surtout sur le mal intérieur. C’est le plus
souvent avec nous-mêmes qu’il faut mener le combat.
NOTES
[1]
John L. Sorenson écrit que les Néphites voyaient les
choses aussi simplement que cela : « Dans un sens
général, les rivaux des Néphites étaient
appelés Lamanites, mais cette classification brute cachait des
différences qui semblent ne pas avoir gêné les
Néphites. Au niveau stratégique, si les Néphites
portaient des chapeaux blancs, ils considéraient que n’importe
quelle sorte de Lamanite en portait un noir » (« Religious
Groups and Movements among the Nephites, 200-1 BC », dans
The
Disciple as Scholar, Essays on Scripture and the Ancient World in
Honor of Richard Lloyd Anderson,
dir. de publ. Stephen D. Ricks, Donald W. Parry et Andrew H. Hedges,
Provo, UT, FARMS, 2000, p. 171. Bien entendu, beaucoup de lecteurs
habituellement subtils du Livre de Mormon voient la rivalité
entre Néphites et Lamanites dans les mêmes termes
simplistes que les Néphites, apparemment, puisque leur
conception des Lamanites ressort dans le livre. Par exemple, Fawn M.
Brodie écrivait : « Les Néphites,
pacifiques et attachés à leur famille, les Lamanites
sanguinaires et idolâtres. Les deux races se combattirent par
intermittence pendant mille ans » (voir Brodie, No
Man Knows My History: The Life of Joseph Smith the Mormon Prophet,
New York, Knopf, 1978, p. 44).
[2]
George Reynolds et Janne M. Sjodahl, Commentary
on the Book of Mormon,
Salt lake City, Deseret Book, 1958 3:290.
[3]
Book of
Mormon Reference Companion,
dir. de publ. Dennis L. Largey etc., Salt Lake City, Deseret Book,
2003, p. 44.
[4]
Ces Amalékites/Néhorites diffèrent d’autres
apostats tels que Korihor en ce qu’ils croyaient réellement
en Dieu (voir Alma 1:4 ; 22:7) alors que Korihor n’y
croyait pas (voir Alma 30:37-38). Cela permet peut-être
d’expliquer pourquoi il se fait tuer par les Zoramites apostats
(voir Alma 30:59), qui avaient la même façon de voir que
les Amalékites (voir Alma 43:4-6). Tous les apostats du livre
ne se ressemblent pas. Voir John L. Clark, « Painting Out
the Messiah: The Theologies of Dissidents », JBMS
11, 2002, pp. 18-27.
[5]
On nous dit de manière explicite comment les Amlicites sont
apparus et qui était leur chef (voir Alma 2:11) et il en va
généralement de même pour les Amulonites (voir
Mosiah 23:31-24:9), les Zoramites (voir Alma 30:59-31:4), les
Ammonihahites (voir Alma 8:6-7 ; 16:9), les Amalickiahites (voir
Alma 46:3, 28), le peuple de Morianton (voir Alma 50:28), les
hommes-du-roi (voir Alma 51:5 ; le nom du chef n’apparaît
pas), les brigands de Gadianton (voir Hélaman 2:4 ; 6:18)
et, bien entendu, les Néphites, les Lamanites, le peuple de
Zarahemla et les Anti-Néphi-Léhis/Ammonites. En fait,
Alma ou Mormon nous dit exactement comment et pourquoi les groupes
dans les villes et les villages recevaient de tels noms :
« du
nom de celui qui les avait possédés en premier lieu »
(Alma 8:7). La seule exception, ce sont ces mystérieux
Amalékites d’Alma 21:2.
[6]
Dans l’introduction faite au passage, les Amalékites
sont présentés parallèlement aux Amulonites et
aux Lamanites, deux groupes que nous connaissons bien grâce à
leur introduction détaillée. Même les mystérieux
Zoramites, les alliés occasionnels des Amalékites, nous
sont présentés dans Alma 30:59: « Et il
arriva que tandis qu'il [Korihor] allait parmi le peuple, oui, parmi
un peuple qui s'était séparé des Néphites
et se donnait le nom de Zoramites, conduit par un homme dont le nom
était Zoram… » J’utilise le mot
mystérieux
parce que ce Zoram est inconnu. Ni le Zoram de 1 Néphi 4:35 ni
le Zoram d’Alma 16:5 ne semblent être des candidats
possibles.
[7]
John L. Sorenson, « Peoples in the Book of Mormon »,
dans Encyclopedia
of Mormonism,
dir. de publ. Donald H. Ludlow etc. New York, Macmillan, 1992, p.
194.
[8]
Voir Royal Skousen, “The Systematic Text of the Book of
Mormon”, dans Uncovering
the Original Text of the Book of Mormon: History and Findings of the
Critical Text Project, dir.
de publ. M. Gerald Bradford et Alison V. P. Coutts, Provo, UT, FARMS,
2002, p. 54. Dans un courrier personnel, Skousen a également
dit que c’était Lyle Fletcher qui avait été
le premier qui lui avait suggéré cette émendation
au début des années 1990.
[9]
Voir Royal Skousen, “History of the Critical Text Project of
the Book of Mormon” dans Uncovering
the Original Text of the Book of Mormon,
p. 15. On peut voir les diverses façons dont Cowdery
orthographie Amlicite
et Amalékite
dans Royal Skousen, dir. de publ., The
Original Manuscript of the Book of Mormon: Typographical Facsimile of
the Extant Text,
Provo, UT, FARMS, 2001, p. 245; et Royal Skousen, dir. de publ., The
Printer’s Manuscript of the Book of Mormon: Typographical
Facsimile of the Entire Text in Two Parts, Provo,
UT., FARMS, 2001, pp. 396-397, 514.
[10]
Il n’y avait bien entendu pas de versets dans le manuscrit
d’origine. Les références aux chapitres et aux
versets dans cet article désignent la numérotation
actuelle en chapitres et versets.
[11]
Skousen, Original
Manuscript of the Book of Mormon,
pp. 246, 254, 267, 358, 361, 366.
[12]
Ces idées sont d’Orson Scott Card, « Dissent
and Treason », Ensign,
septembre 1977, pp. 53-58.
[13]
Sidney B. Sperry, par exemple, dit : « Il n’y a
quasiment aucune donnée dans ces chapitres [Alma 17-26] qui
nous permette de déterminer des dates précises »
(voir sa Book
of Mormon Chronology,
Salt Lake City, Deseret Book, 1970, p. 12.)
[14]
Sorenson suppose, à propos de la longue histoire d’Amlici,
que « il y a fort à parier que ce qui attirait une
population importante vers Amlici, c’était le fait qu’il
était descendant du vieux chef Zarahemla. Il a très
bien pu être un privilégié qui voulait l’autorité
royale pour augmenter un pouvoir qu’il possédait déjà.
Il s’était certainement assuré une base politique
solide avant de faire son coup… Il est clair qu’Amlici
avait pris, avec les Lamanites, des dispositions »
(Sorenson, Un
environnement pour le Livre de Mormon dans l’Amérique
ancienne,
sur Idumea).
[15]
Journal
of Discourses,
comp. George D. Watt, etc., Londres, Latter-day Saints’ Book
Depot, 1855-1856, 7:333.
[16]
Par exemple, Sorenson préfère des termes tels que
groupes
religieux, groupes de lignage
et peuples
différents.
Voir « Peoples of the Book of Mormon », p. 194
et « Religious Groups and Movements among the Nephites »,
p. 171.
[17]
Dans certaines études ethniques, certains spécialistes
non mormons doutent que la race ait une signification scientifique
quelconque, bien que la plupart admettent que l’homme de la rue
comprend ce que la race implique. Certains spécialistes
estiment que 40 à 44 générations de séparation
sont nécessaires pour définir une race (un minimum de
800 ans au rythme de cinq générations par siècle).
Voir Jay A. Sigler, dir. de publ. International
Handbook on Race and Race Relations,
New York, Greenwood Press, 1987, xiii-xiv; et Michael Levin, Why
Race Matters: Race Differences and What They Mean,
Westport, CT, Praeger Publishers, 1997, pp. 19-20. Pour distinguer
divers groupes, le Livre de Mormon n’utilise pas le mot race
et ne
mentionne pas non plus la séparation en tribus avant 3 Néphi
7:2-4, 12-14. De plus, le livre ne mentionne même pas
l’apparition d’une langue différente pendant la
période de séparation de près de 500 ans de
peuples entre 3 Néphi 5:7 et le livre d’Alma (ce n’était
pas le cas des Mulékites dans Omni 1:17-18). Que les
spécialistes décident ou non qu’un groupe vivant
séparément pendant quelques 500 ans puisse être
techniquement considéré comme une race, tribu ou
sous-groupe ethnique différent, il ne fait pas de doute que
les Néphites ont vu, dès le départ, des
caractéristiques différentes dans la peau des Lamanites
(voir 2 Néphi 5:20-25 ; Jacob 3:3-9 ; Alma 3:6-7)
qui avaient trait au péché et à la justice (voir
Énos 1:20).
[18]
Des exemples sont le film actuel The
Testaments of One Fold and One Shepherd
et de nombreux films de séminaire de l’Église.
[19]
Voir Walter Kaufmann, Philosophic
Classics: Thales to St. Thomas,
Englewood Cliffs, NJ, Prentice-Hall, 1961, 1:582.
[20]
Voir Sorenson, « Religious Groups and Movements among the
Nephites », p. 174; aussi S. Kent Brown, Voices
from the Dust: Book of Mormon Insights,
American Fork, UT, Covenant Communications, 2004, pp. 99-102,
104-113.
[21]
Les personnages qui se rapprochent le plus du Lamanite malfaisant
sont le roi Laman dans le livre de Mosiah (voir Mosiah 7:21-22;
9:10-12) et son fils (voir Mosiah 10:6, 11-20). Même ici la
première opinion de Zénif était que « lorsque
je vis ce qu'il y avait de bon parmi eux, je désirai qu'ils ne
fussent pas détruits » (Mosiah 9:1). Zénif
va jusqu’à dire que ce sont ses Néphites
« sanguinaires » qui organisent la première
agression contre les Lamanites pour récupérer des
terres abandonnées moins d’une douzaine d’années
plus tôt (voir Mosiah 9:1-6). En entrant sans encombre dans
leur ville, Zénif constate que le roi est disposé à
déplacer sa population pour donner le pays aux Néphites,
qu’il laisse en paix pendant douze ans avant qu’une
guerre n’éclate. Ce n’est qu’alors que Zénif
commence à décrire les Lamanites en termes négatifs
(voir Mosiah 9:10-14). Comparé aux despotes et aux fomenteurs
de guerre du monde, Laman, au départ, ne s’en sort pas
si mal que cela.
Ce
qu’il y a d’intéressant dans Mosiah 9:1-9 est que
la description positive originelle des Lamanites change radicalement
au point de les décrire comme « paresseux et
idolâtres » et comme pratiquant la « ruse »
et la « fourberie » (Mosiah 9:10, 12). Si le
roi Laman avait été aussi rusé dès le
départ quand il a cédé des terres de choix
pendant 12 ans, il était vraiment un stratège à
long terme, car c’était là probablement entre le
quart et le tiers de l’espérance de vie à
l’époque. Même ici, la haine des Lamanites à
l’égard des Néphites est attribuée aux
fausses traditions de leurs pères (voir Mosiah 10:11-18).
[22]
Ammoron, un “fier Lamanite”, est en réalité
un Zoramite néphite (Alma 54:23-24) et c’est donc aussi
le cas de son frère Amalickiah (voir Alma 52:3) et du fils
d‘Ammoron, qui deviendra plus tard le roi lamanite Tubaloth
(voir Hélaman 1:16) ; le dirigeant lamanite Jacob est
Zoramite (voir Alma 52:20) ; Pachus et les hommes-du-roi sont
des Néphites de Zarahemla (voir Alma 51:5-8 ; 62:6) ;
Morianton et son peuple sont des Néphites (voir Alma
50:25-36), Paanchi est Néphite (voir Hélaman 1:3-7),
Coriantumr est un « descendant de Zarahemla »,
un Mulékite (voir Hélaman 1:15) et Kishkumen et
Gadianton sont des Néphites de Zarahemla (voir Hélaman
1:9-12 ; 2:4-14).
Zérahemnah
est le seul personnage flou du groupe. Cinq éléments
donnent à croire qu’il a un héritage néphite
(zoramite et/ou mulékite): (1) dans Alma 43:3-5, on nous dit
que les Zoramites sont devenus Lamanites et que Zérahemnah est
le chef du groupe combiné ; (2) il ne choisit pour
capitaines que des Zoramites et des Amalékites (Amlicites) ;
(3) il lance sa première attaque au travers des terres
zoramites comme si c’est la région qu’il connaît
le mieux (y a-t-il grandi ?) ; (4) Alma 43:44 dit que
« leurs capitaines en chef et leurs dirigeants »
sont des Zoramites et des Amalékites et appelle immédiatement
Zérahemnah leur « capitaine en chef ou leur
commandant en chef » ; (5) la ressemblance de son nom
avec Zarahemla peut indiquer que l’histoire de sa famille a un
côté mulékite. Une lecture possible (bien que pas
la seule) est qu’Alma ou Mormon vont dans le détail de
la transformation des Zoramites en Lamanites pour expliquer comment
il se fait que le dirigeant lamanite ait été Zoramite.
Il
serait malhonnête de prétendre que le lignage ne joue
aucun rôle dans la pensée du Livre de Mormon. Si ces
« mauvais » ne sont pas des Lamanites pur sang,
ce ne sont pas non plus des Néphites pur sang (dans le sens
d’être descendants littéraux de Néphi). Ils
ont souvent une ascendance mixte (Amulonites) ou sont de lignée
zoramite ou zarahemlaïte (mulékite). Sorenson attire
l’attention sur le fait que les grands dissidents, Néhor,
Gadianton et Kishkumen, ont des noms jarédites (l’un
d’eux pourrait même être « pré-jarédite »).
Voir Sorenson, « Religious Groups and Movements among the
Nephites », pp. 167-168, 194 et Un
environnement pour le Livre de Mormon,
pp. 195-197. Il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a
jamais eu de bandits lamanites ou néphites au cours de leurs
mille années d’histoire, mais que dans la version
fortement abrégée de leurs annales, ces noms n’étaient
pas ceux des « mauvais » de première
importance.
[23]
Voir S. Kent Brown, From
Jerusalem to Zarahemla: Literary and Historical Studies of the Book
of Mormon,
Provo UT, BYU Religious Studies Center, 1998, pp. 105-106, 112.
[24]
À mes yeux, ces subtilités sont des éléments
supplémentaires en faveur de l’historicité du
Livre de Mormon. Comment ou pourquoi viendrait-il à l’esprit
du jeune Joseph Smith de décrire la destruction d’Ammonihah
en se servant de descriptions aussi subtilement nuancées ?
Or, c’est justement ce à quoi on pourrait s’attendre
de la part de gens qui ont véritablement vécu dans une
collectivité aussi divisée. Pourquoi Joseph irait-il
décrire les Lamanites d’une manière relativement
positive dans Mosiah 9:1-7 pour passer, quelques phrases à
peine plus loin, à l’attitude totalement négative
de Mosiah 9:10-10:18 ? C’est justement le genre de chose
auquel nous pourrions nous attendre de la part d’un Zénif
authentique écrivant quelques versets avant et ensuite au
milieu d’un violent affrontement treize ans plus tard.
[25]
Voici un exemple de ce genre de questions: Si les termes Néphites
et Lamanites
n’avaient qu’une signification religieuse ou politique,
pas un sens héréditaire, que signifient les
sous-catégories telles que Jacobites, Joséphites et
Zoramites que l’on trouve dans 4 Néphi 1:36 ?