Emma Hale Smith


Carol Cornwall Madsen

Encyclopedia of Mormonism, vol. 2, Emma Hale Smith

© 1992 Macmillan Publishing Company


Emma Hale Smith (1804-1879), épouse du prophète Joseph Smith, est née le 10 juillet 1804, dans la vallée de la Susquehanna, arrondissement d’Harmony (maintenant Oakland), en Pennsylvanie, d’Isaac Hale et Elizabeth Lewis, premiers colons permanents de la vallée. Septième de neuf enfants, Emma passa une enfance heureuse à apprendre à monter des chevaux et à faire du canoë sur la Susquehanna avec ses frères, tout en aiguisant sur eux la finesse de son esprit. Elle allait à l’école toutes les fois qu’elle en avait l’occasion et fit notamment une année de plus que les études primaires ordinaires faites par ses frères et sœurs. Grande et dégingandée dans sa jeunesse, elle devint une femme belle et majestueuse aux cheveux foncés.

Elle rencontra Joseph Smith quand son père et lui arrivèrent à Harmony pour travailler pour une connaissance des Hale, Josiah Stowell (parfois écrit Stoal). Pendant les deux années qu’il travailla dans la région, Joseph demanda deux fois à Isaac Hale la permission d’épouser Emma, mais se vit opposer les deux fois une fin de non-recevoir parce qu’il était « un étranger ».

Le 18 janvier 1827, à l’âge de vingt-deux ans, Emma Hale épousa Joseph Smith à South Bainbridge (New York) sans la permission de son père, et s’installa à Manchester (New York) chez les parents de Joseph. Cet événement marqua le début de relations chaleureuses, complices et durables entre Emma et sa belle-mère, Lucy Mack Smith. Quand ils retournèrent brièvement à Harmony pour aller chercher ses affaires, Emma et Joseph s’entendirent dire que la porte des Hale leur serait toujours ouverte, en dépit des réserves que son père continuait à avoir au sujet de l’homme qu’elle avait choisi d’épouser.

En automne 1827, Joseph, accompagné d’Emma, obtint finalement les plaques d’or d’où il devait traduire le Livre de Mormon. Bien que jamais autorisée à voir les plaques, Emma les manipulait fréquemment dans leur couverture protectrice et aida à les cacher lors de l’intrusion violente de gens de la localité qui voulaient mettre la main sur les plaques pour la fortune qu’elles représentaient. Harmony offrait un refuge à Joseph et à Emma, et le jeune couple s’y enfuit donc, car Joseph espérait y traduire les plaques sans être dérangé. Il acheta une petite ferme à son beau-père et se livra à des cultures sporadiques.

Emma devint la première de plusieurs secrétaires qui aidèrent à la traduction. Le 15 juin 1828, elle donna le jour à leur premier enfant, un garçon, qui ne vécut que quelques heures. Quand les menaces des résidants d’Harmony commencèrent à gêner l’œuvre là-bas, Emma et Joseph allèrent s’installer à Fayette (New York) où la traduction fut terminée en juin 1829. En mars 1830, l’ouvrage fut publié à Palmyra (New York) sous le titre Livre de Mormon.

Le 6 avril 1830, Joseph Smith organisa officiellement l’Église du Christ, premier nom de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Emma fut baptisée le 28 juin 1830 à Colesville (New York), mais avant qu’elle ne puisse être confirmée membre de l’Église le lendemain, Joseph fut arrêté « parce qu’il troublait l’ordre public et mettait le pays en ébullition en prêchant le Livre de Mormon ». Il fut diffamé par ceux qui l’avaient arrêté et soumis à deux faux procès, mais fut finalement libéré. Pendant tout le reste de sa vie, Joseph allait rarement être à l’abri de ce genre d’incident et, du vivant de son mari, Emma n’allait plus jamais connaître autre chose que des répits temporaires de l’anxiété qu’elle ressentit à cette occasion.

De retour à Harmony en juillet 1830, Emma fit l’objet d’une révélation reçue par Joseph mais adressée spécifiquement à Emma (D&A 25). Elle y était appelée « Dame Élue » ce qui, selon l’explication que Joseph donna plus tard, désigne quelqu’un qui est élu « pour présider ». Il lui fut dit que son appel était d’être un soutien et un réconfort pour son mari, de continuer à lui servir de secrétaire et « expliquer les Écritures et exhorter l'Église ». Elle fut également chargée de créer un livre de cantiques pour l’Église, qui fut édité cinq ans plus tard. Emma reçut sa confirmation tant attendue en août 1830, presque deux mois après son baptême.

En août, Joseph et Emma retournèrent s’installer à Fayette, où ils vécurent jusqu’en janvier 1831. À ce moment-là, ils partirent pour Kirtland (Ohio). Comme beaucoup d’autres parmi les premiers convertis, Emma n’allait jamais revoir ses parents, et elle ne fut pas non plus capable d’obtenir une réconciliation durable entre son père et son mari.

Le 30 avril 1831, trois mois après son arrivée à Kirtland, Emma donna le jour à des jumeaux, qui moururent tous les deux en quelques heures. Tout près de là, une amie, Julia Clapp Murdock, épouse de John Murdock, mourait après avoir également donné le jour à des jumeaux. Incapable de s’en occuper seul, le mari demanda à Joseph et à Emma d’élever ses jumeaux comme s’ils étaient les leurs. Ils le firent avec joie, appelant les enfants Joseph et Julia.

Emma se trouva continuellement en butte à des difficultés pendant les huit années qu’elle habita à Kirtland. À la grande inquiétude des colons originaux, les convertis de l’Église firent gonfler la population, faisant monter le prix des terres et créant des difficultés et des dissensions tant au sein de l’Église qu’en dehors. Les nouveaux résidants souffraient de la rareté des biens de consommation. Emma fut de nouveau témoin aussi bien des mauvais traitements que de la loyauté farouche que son mari et son œuvre engendraient.

Le 24 mars 1832, elle était là quand des émeutiers le traînèrent hors de la maison de John Johnson pendant la nuit et l’enduisirent de goudron et de plumes. Cinq jours plus tard, elle pleurait le décès de son fils adoptif, Joseph, mort de l’exposition au froid à la suite de l’irruption des émeutiers. Supportant les absences fréquentes de son mari pour les affaires de l’Église, Emma fut obligée de subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants en logeant des pensionnaires dans sa maison déjà bien remplie, un moyen qu’elle allait souvent utiliser toute sa vie durant.

Quand les saints du Missouri, comme ceux de Kirtland, commencèrent à être en butte à l’hostilité des colons plus anciens, Emma aida à récolter des provisions pour les hommes du Camp de Sion, qui accompagnèrent Joseph au Missouri pour y aider les membres assiégés. Elle fournit également le logement et la pension aux bâtisseurs du temple de Kirtland et partageait ce qu’elle avait avec les nouveaux convertis qui affluaient dans la région. Avec l’aide de William W. Phelps, elle réalisa la première édition du livre de cantiques avant la consécration du temple de Kirtland en 1836, menant à bien la mission qui lui avait été confiée par révélation en 1830. Elle eut aussi encore deux fils, Joseph (plus tard connu sous le nom de Joseph III), né le 6 novembre 1832, et Frederick Granger Williams, né le 20 juin 1836, qui parvinrent tous deux à l’âge adulte.

En 1838, quand les relations avec leurs voisins de Kirtland se détériorèrent et que l’Église connut des difficultés internes croissantes, Emma suivit son mari et d’autres membres au Missouri pour regrouper l’Église dans un seul endroit central. Emma, Joseph et leurs trois enfants rejoignirent la colonie de Far West, le nouveau centre de l’Église et, le 2 juin 1838, Emma donna le jour à un autre fils, Alexander Hale. Mais les Missouriens continuaient à résister aux incursions des saints des derniers jours, irrités de leur pouvoir politique croissant. Quand les tensions débouchèrent sur une explosion de violence, et que le gouverneur signa l’ordre d’expulsion des mormons, ils se tournèrent vers l’est, vers l’Illinois, laissant leur prophète enfermé dans la prison de Liberty.

Tandis que son mari y languissait pendant l’hiver de 1838-1839, Emma, avec deux bébés dans les bras et deux enfants à ses jupes, parcourut le Missouri et finit par traverser le Mississippi gelé pour trouver refuge à Quincy (Illinois), portant, caché dans des poches de ses vêtements, le manuscrit de la traduction de la Bible faite par son mari. Là elle écrivit à son mari les épreuves qu’elle avait supportées, mais jura qu’elle était « toujours prête à en souffrir davantage si c’est la volonté du ciel » (Joseph Smith Letterbook, 7 mars 1839, HDC).

Tandis qu’Emma connaissait les privations, le harcèlement et la violence des émeutiers à New York, en Pennsylvanie, en Ohio et au Missouri, les problèmes émotionnels et spirituels qu’elle rencontra à Nauvoo, où l’Église s’était finalement établie, eurent des ramifications plus que personnelles. Joseph et elle s’installèrent dans une petite maison près de l’extrémité méridionale de la nouvelle ville et construisirent plus tard une maison qu’ils appelèrent la Mansion House, qui servit aussi d’auberge ou d’hôtel pour les voyageurs. Pendant les cinq années qui suivirent, Emma eut encore trois fils, mais en perdit un à la naissance et un deuxième à dix-huit mois d’une fièvre. Son dernier enfant, David Hyrum, naquit le 17 novembre 1844, cinq mois après le meurtre de son mari.

Lors de la création de la Société de Secours des Femmes de Nauvoo en 1842, Emma fut élue présidente de l’organisation. En sa qualité de Dame élue, elle devait présider « durant la bonne conduite » et « tant qu’elle continuera à remplir le poste avec dignité » (registre de la Société de Secours des Femmes de Nauvoo). Emma présida régulièrement de mars à octobre, et Joseph était souvent là pour donner des instructions aux femmes sur la mission charitable de la société et leur dire comment elles « entreraient en possession des privilèges, des bénédictions et des dons » liés à la prêtrise (HC 4:602). Emma insista pour que l’on fasse preuve de vigilance vis-à-vis de la moralité dans la localité et de diligence dans les secours aux pauvres. Elle vit l’organisation passer du groupe fondateur de vingt femmes à plus de 1100 à la fin de la première année.

L’année suivante, Emma devint la première femme à recevoir la dotation, une ordonnance qui allait être administrée plus tard à tous les membres dignes dans le temple alors en construction à Nauvoo. Joseph Smith avait précédemment présenté ces ordonnances à certains de ses associés les plus intimes et avant sa mort jusqu’à soixante-cinq hommes et femmes allaient les recevoir, Emma officiant pour les femmes. Joseph ne vit pas l’achèvement du temple et Emma décida de ne pas participer pendant la brève période où les ordonnances de temple y furent administrées avant l’exode des saints de Nauvoo en 1846.

La suspension de la Société de secours en 1844, deux ans seulement après son organisation, fut attribuée plus tard par John Taylor à l’opposition d’Emma au mariage plural ou polygynie (plus couramment appelé polygamie) et aux inquiétudes suscitées par le fait qu’elle se servait de la société pour prêcher contre lui (compte rendu de la réunion générale de l’ « association de retranchement », 17 juillet 1880, rapporté dans le Women’s Exponent 9, 1er septembre 1880, p. 53-54).

La pratique avait été révélée en privé comme principe de l’Église en 1840, et les tergiversations d’Emma permirent à son mari d’agir pendant la brève période où elle accepta la doctrine et de prendre des épouses supplémentaires. Mais son rejet du principe prima bientôt sur tout. Fidèle à son mari pendant dix-sept années au milieu de toutes les vicissitudes que sa mission avait entraînées, Emma Smith ne put, en fin de compte, faire le sacrifice que la doctrine du mariage plural exigeait. Elle se débattit entre sa foi dans le rôle prophétique de son mari et son aversion à l’égard d’un principe qu’en tant que prophète il avait été chargé d’instituer.

Après le martyre de Joseph en juin 1844, Emma devint malheureusement un symbole de la dissension dans l’Église. Incapable de tolérer la poursuite de la pratique du mariage plural ou la direction de Brigham Young, qui la défendait, et ambivalente quant à la ligne de succession de son mari, Emma se donna pour priorité absolue après la mort de son mari de préserver l’héritage de ses cinq enfants vivants. Il était malheureusement extrêmement difficile de faire la séparation entre les biens personnels de Joseph et ceux de l’Église et cela entraîna Brigham Young et Emma Smith dans une série de conflits juridiques complexes et souvent âpres.

Brigham Young, comme président du Collège des douze apôtres et administrateur de l’Église, réclamait tout ce qu’il estimait appartenir légitimement à ses membres. Emma Smith, en sa qualité de tutrice des enfants de Joseph, réclamait tout aussi vigoureusement leur part, à laquelle elle avait contribué pendant tout son mariage avec Joseph. Incapable de parvenir à un arrangement à l’amiable et refusant d’accepter le mariage plural, même en principe, Emma décida de rester à Nauvoo avec sa famille tandis que Brigham Young emmenait la majorité des membres de l’Église dans les montagnes Rocheuses en 1846.

Le 23 décembre 1847, Emma Smith épousa Lewis Bidamon, un non-mormon, ce qui l’éloigna encore plus de l’Église qui l’avait autrefois connue comme la Dame élue. Bidamon aida Emma à élever ses cinq enfants et vécut avec elle jusqu’à sa mort en 1879 à Nauvoo.

En 1860, Joseph Smith III, fils aîné d’Emma, accepta, après quatre ans de refus, l’invitation à être le prophète et premier président de l’Église réorganisée de Jésus-Christ des saints des derniers jours. Le poste lui avait été offert par un groupe d’hommes qui avaient autrefois été membres de l’Église, et dont beaucoup l’avaient quittée pour suivre James J. Strang pendant un certain temps. Le groupe décida de ne pas aller dans l’Ouest avec le gros de l’Église. Emma, qui avait jusqu’alors refusé de se joindre à aucune des factions mormones dissidentes, fut admise comme membre en 1860. Dans son discours d’acceptation, Joseph III rejeta fermement la polygamie comme pratique de la nouvelle Église et Emma nia que son mari l’eût jamais pratiquée.

Toujours dévouée à sa belle-mère, Emma s’occupa d’elle jusqu’au décès de Lucy en 1856. La mère du prophète avait toujours admiré Emma. « Je n’ai jamais vu de ma vie une femme capable d’endurer toutes les espèces de fatigue et de privations, de mois en mois et d’année en année, écrit-elle, avec le courage, le zèle et la patience indéfectibles qui l’ont animée. » (Smith, p. 190-191)

Les dernières années d’Emma Smith Bidamon à Nauvoo furent focalisées sur sa famille et furent privées. Elle partageait la Nauvoo House, sa résidence finale, avec des parents et des amis et reçut l’amour et les soins de ses enfants et de ses petits-enfants. Elle continua à vivre sa vie avec cette distinction qu’elle avait, affrontant l’adversité et les difficultés avec bonne figure et force d’âme. Elle était polie avec les « mormons d’Utah » qui lui rendaient de temps en temps visite, mais demeura ferme dans sa décision de rester à l’écart d’eux.

Bien qu’Emma fût publiquement critiquée par les dirigeants de l’Église pour n’être pas restée fidèle à la mission de son mari, certaines de ses anciennes amies de Nauvoo gardèrent d’elle un bon souvenir. Beaucoup d’entre elles, à la différence d’Emma, avaient trouvé le courage d’accepter la doctrine du mariage plural. « Je sais que c’était dur pour Emma, comme pour n’importe quelle femme de contracter le mariage plural en ce temps-là », écrit Emily Partridge Young, une épouse plurale, « et je ne sais pas si quelqu’un aurait fait mieux qu’Emma dans ces circonstances. » (Woman’s Exponent, 12, 1er avril 1884, p. 165)

En 1892, lors du jubilé à Salt Lake City de la fondation de la Société de secours de Nauvoo, la proposition d’accrocher un portrait grandeur nature d’Emma Smith dans le Tabernacle provoqua des réticences de la part des membres du bureau de la Société de secours. Pour régler la question, Zina D. H. Young, présidente de la Société de secours, porta l’affaire devant Wilford Woodruff, président de l’Église, qui répondit que « quiconque s’y opposait [au fait d’accrocher le portrait dans le Tabernacle] devait vraiment être très étroit d’esprit » (journal intime d’Emmeline B. Wells, 11 mars 1892, HDC).

Cinquante années avaient adouci des souvenirs hostiles et Emma Smith pouvait de nouveau être honorée comme meneuse de femmes et entrer de nouveau dans les mémoires pour le rôle essentiel qu’elle avait joué dans le rétablissement de l’Évangile et pour le soutien qu’elle accorda à son mari prophète au cours des années difficiles de son ministère.
 

Bibliographie

Newell, Linda King et Valeen Tippetts Avery. Mormon Enigma : Emma Hale Smith. Garden City, N.Y., 1984.

Smith, Lucy Mack. History of Joseph Smith. Salt Lake City, 1958.

Youngreen, Buddy. Reflections of Emma, Joseph Smith’s Wife. Orem, Utah, 1982.