Un
événement qui a été exploité à
fond par les opposants à l’Église a été
la création, en 1838, à l’insu de la Première
Présidence, d’une bande appelée les Danites. Bien
que son existence ait été éphémère,
les antimormons et les auteurs de livres à sensation s’en
sont emparés pour répandre, des décennies
durant, l’idée de l’existence d’une bande de
tueurs chargés de tuer les apostats, les non-mormons et
quiconque déplaisait notamment à Brigham Young. La
vérité à ce sujet.
La bande des Danites
de 1838
Leland
H. Gentry
BYU
Studies, vol.
14, 1973-1974, n° 4 – Été 1974
Vers
la fin de l’occupation du Missouri par les mormons, à la
fin de 1838 pour être plus précis, plusieurs dirigeants
de l’Église de Jésus Christ des Saints des
Derniers Jours furent arrêtés et accusés de
trahison. Le procès qui s’ensuivit fournit des
témoignages abondants concernant l’existence, dans les
cercles mormons, d’une organisation secrète, liée
par le serment, appelée « la Bande des Danites »
[1]. Mais la plupart des éléments de preuve confirmant
l’existence du groupe venaient d’hommes opposés à
Joseph Smith et à ses proches collaborateurs à la
direction de l’Église [2].
Les
Danites firent leur apparition pendant une période très
trouble de l’histoire mormone. Pour cette raison, entre autres,
il est très difficile d’isoler les nombreux éléments
pour en dégager les faits. Un des buts principaux de cet
article est de montrer qui a été responsable de la
création et de la poursuite du mouvement et pourquoi.
L’apparition
des dissidents
Une
des causes majeures de la création des
Danites
fut la situation financière de l’Église. D’une
manière générale, les saints étaient
pauvres, situation aggravée par l’insistance répétée
de leurs voisins non mormons pour qu’ils trouvent d’autres
endroits pour s’installer [3]. De plus, des entreprises
financières malavisées contribuèrent à
créer des problèmes. La faillite de ce qui a été
appelé la Banque de Kirtland en Ohio fut une des causes
principales des problèmes du Missouri.
Beaucoup parmi les
principaux saints subirent de lourdes pertes dans cette entreprise,
parmi eux Oliver Cowdery et David Whitmer, le premier, vice-président
de l’Église tout entière et le second, président
de l’Église en Sion. Avec certains membres du Collège
des douze apôtres, il imputèrent leur détresse
financière à Joseph Smith et à ses partisans les
plus proches.
La
situation qui en résulta est un des épisodes les plus
pénibles de l’histoire de l’Église [4].
En
même temps que se déroulaient ces événements
en Ohio, il y avait ceux qui se produisaient au Missouri. Pour
obtenir de l’argent afin d’acheter des terres dans le
nord du Missouri, Thomas B. Marsh et Elisha H. Groves
furent envoyés par les saints du Missouri vers les branches
dispersées en Illinois, au Kentucky et au Tennessee. Grâce
à leurs efforts, ils recueillirent quelques quatorze cents
dollars [5]. Ces
fonds furent mis entre les mains de John Whitmer et W. W. Phelps,
membres de la présidence en Sion.
Mais au lieu d’utiliser
l’argent comme prévu, les deux présidents
achetèrent des terres en leur nom propre et tentèrent
de les vendre à leurs frères appauvris avec un petit
bénéfice. Ce procédé suscita
immédiatement des protestations de toutes parts, les membres
insistant sur le fait que les deux hommes n’étaient que
des agents désignés pour agir au nom de l’Église.
De leur côté, Phelps et Whitmer prétendaient
qu’ils avaient droit aux bénéfices en
compensation de leur temps et de leurs efforts [6].
Mesures
prises contre les dissidents
Au
cours de l’hiver de 1837-1838, Oliver Cowdery, David Whitmer et
Lyman E. Johnson quittèrent Kirtland (Ohio) pour s’installer
à Far
West
(Missouri). Peu
de temps après leur arrivée, ils se lancèrent
dans « un système généralisé
de calomnies et d’insultes » prétendument
« dans le but de détruire la réputation de
certaines personnes » [7]. En temps voulu, David Whitmer,
W. W. Phelps et John Whitmer furent rejetés comme présidents
de l’Église au Missouri. Peu de temps après, une
procédure fut entamée contre eux pour les juger, eux et
d’autres, en vue de leur exclusion de l’Église
[8]. Les procès qui en résultèrent ne
contribuèrent pas à apaiser les mauvais sentiments qui
existaient déjà, mais ne servirent qu’à
les enflammer. Finalement, les saints du Comté de Caldwell
décidèrent de débarrasser leur communauté
de ces hommes.
Le
premier encouragement officiel donné pour éloigner ces
« dissidents » du Comté de Caldwell vint
sous la forme d’un discours prononcé par Sidney Rigdon
le dimanche 17 juin 1838. Ce discours qui, dans des annales de
l’histoire de l’Église, a été
surnommé le « Salt Sermon » [le sermon
sur le sel , ndlr], reste un des événements les
plus contestables de l’époque [9]. John Corrill, qui fut
un de ceux qui entendirent le discours, écrivit à ce
propos :
« Le
président Rigdon a prononcé du haut de la chaire ce que
j’appelle le ‘Salt Sermon’. ‘Si le sel perd
sa saveur, il n’est plus bon à rien qu’à
être jeté dehors et foulé aux pieds des hommes’,
telle était l’écriture qu’il a développée.
Il n’a pas cité de noms dans son sermon, mais tout le
monde a bien compris qu’il parlait des dissidents ou de ceux
qui avaient renié la foi. Il a accusé indirectement
certains d’entre eux de crime. »
[10]
Bien
que l’on ne puisse pas démontrer au-delà de toute
contestation que le sermon de Rigdon fut la cause principale du
départ rapide des dissidents hors du comté, il ne fait
guère de doute qu’il joua un rôle important. Les
saints de Caldwell semblent avoir estimé que c’était
un crime plus grand de tolérer davantage les dissidents que de
les chasser [11]. Selon John Corrill, « l’Église,
disait-on, ne deviendrait jamais pure si ces dissidents n’étaient
pas expulsés de son sein. En outre, si on leur permettait de
rester, ils détruiraient l’Église. »
[12]
La
deuxième mesure prise contre les dissidents eut lieu à
ce même moment sous la forme d’un long document dressant
la liste des péchés qui leur étaient imputés
et leur ordonnant de quitter le pays sous peine de devoir en subir
les conséquences. Cet avertissement solennel fut adressé
« à Oliver Cowdery, David Whitmer, John Whitmer, W.
W. Phelps et Lyman E. Johnson ».
Le
document était signé par quatre-vingt-quatre citoyens
de Caldwell, mais on ne sait pas qui en est l’auteur [14].
Sampson Avard, fondateur et dirigeant de l’infâme Bande
des Danites, fut le premier à signer. Il est possible que ce
soit lui qui ait rédigé le document et qui l’ait
présenté pour être signé lors d’une
ou de plusieurs réunions des Danites. Plusieurs des
signataires étaient des membres connus de l’organisation
des Danites.
Histoire
de Sampson Avard
On
ne sait pas grand-chose de Sampson Avard avant son arrivée à
Far
West aux environs
de juin 1838. Il naquit un 23 octobre, année inconnue, dans
l’île de Guernesey, paroisse de St. Peter (Angleterre)
[15]. Quelque temps avant 1835, il émigra aux États-Unis
et s’installa à Freedom
(comté de Beaver,
Pennsylvanie), où il s’engagea pendant un certain temps
comme prédicateur campbellite [16]. On ne sait pas au juste
comment il entra en contact avec l’Église, mais il
existe une indication qu’il s’y intéressait dès
octobre 1835 [17]. Il fut baptisé vers cette époque par
Orson Pratt, qui l’ordonna immédiatement ancien et le
mit à part comme président de sa branche locale [18].
Alors qu’il remplissait toujours ses fonctions, Avard fit un
peu oeuvre missionnaire près de chez lui avec Erastus Snow
[19].
Il
s’installa à Kirtland à la fin de 1836. Peu de
temps après son arrivée, il demanda et reçut une
bénédiction patriarcale de Joseph Smith, père
[20]. Un
an plus tard, en octobre 1837, sa licence de grand prêtre fut
révoquée par son collège à Kirtland [21].
Bien que la nature de l’infraction d’Avard ne soit pas
spécifiée, B. H. Roberts affirme qu’elle résidait
dans le fait qu’il était allé au Canada peu après
son arrivée à Kirtland et qu’il avait présenté
de fausses lettres de créance à John Taylor, qui était
alors l’officier président, affirmant qu’il avait
été nommé président de la branche à
la place de Taylor.
Roberts en conclut qu’Avard s’était
rendu au Canada à la demande des « apostats »
de Kirtland, qui souhaitaient remplacer Taylor par quelqu’un de
moins loyal à Joseph Smith. Plus tard, quand Joseph Smith et
Sidney Rigdon firent une visite au Canada, l’affaire fut
éclaircie. Le Prophète, dit-on, réprimanda
sévèrement Avard pour ce qu’il avait fait et par
conséquent Avard perdit sa licence [22].
En
juin 1838, Avard était à Far West. Le 2 juin, Oliver
Cowdery écrivit ce qui suit à ses frères Lyman
et Warren à Kirtland : « Avard est arrivé
il y a quelque temps. Il semble très amical, mais je le
considère avec tant de mépris qu’il ne retirera
probablement que très peu de choses de moi »
[23]. Avard fut excommunié de l’Église le 17 mars 1839
à Nauvoo, en même temps que George M. Hinkle, John
Corrill, Reed Peck, W. W. Phelps, Thomas B. Marsh, Burr Riggs et
plusieurs autres [24].
Tout
indique que l’ordre des Danites apparut vers l’époque
où Sidney Rigdon donna libre cours à ses sentiments
dans son « Salt Sermon ». Le but de l’ordre,
à l’origine, semble avoir été d’aider
les saints de Caldwell dans leur volonté de se libérer
de l’influence des dissidents. John Corrill, qui fut présent
à au moins une des toutes premières réunions du
groupe, dit : « Il y eut un effort pour élaborer
un plan pour se débarrasser des dissidents. » Il
prétend, avec d’autres, s’être opposé
à la création d’une bande dans ce but, mais en
vain. Il dit :
« Je
pense
que
le but originel de la bande des Danites était d’agir
contre les dissidents ; mais par après, elle devint un
système visant à exécuter les projets de la
Présidence et, s’il s’avérait nécessaire
de faire usage de la force physique pour édifier le Royaume de
Dieu, c’étaient eux qui devaient le faire. C’est
mon opinion
concernant leur objectif ; et j’ai appris cela de
diverses sources liées à la bande. »
[25]
Avard,
le premier de ceux qui témoignèrent lors de l’audience
du tribunal de Richmond en novembre 1838, le confirme. Selon sa
version, le but original de la bande « était de
chasser du comté de Caldwell tous ceux qui devenaient
dissidents de l’Église mormone. »
[26]
Avec
la fuite des dissidents le 19 juin 1838, les Danites perdaient leur
raison d’être [27].Il fallait trouver un nouvel objectif
pour justifier leur maintien. Les menaces guerrières que
lançaient continuellement contre les saints leurs voisins
missouriens fournissaient justement cette justification, à
savoir : une protection contre la violence des émeutiers.
Reed Peck, qui assista à une réunion présidée
par Avard, affirme s’être entendu dire que le but
principal de l’organisation des Danites était que ses
membres « puissent être organisés plus
parfaitement pour nous défendre contre les émeutiers » [28].
Sidney Rigdon prétendit plus tard que « les
Danites furent organisés pour assurer une protection mutuelle
contre les bandes qui se formaient et qui menaçaient de se
former » [29]. Luman Andros Shurtliff, qui fut à un
moment donné membre de l’ordre, écrivit que
l’organisation des Danites « fut créée
pour notre défense personnelle, ainsi que pour celle de nos
familles, de nos biens et de notre religion. »
[30]
Avec
le temps, l’ordre, sous la direction d’Avard, se donna un
troisième but, qui état totalement étranger à
l’esprit de l’Église : les représailles
contre ceux qui commettaient des déprédations contre
les saints sans défense [31]. Selon les renseignements reçus
par Joseph Smith après la disparition
des
Danites, Avard enseigna en secret à ses troupes :
« Ne
savez vous pas, frères, que vous aurez bientôt la
possibilité de prendre vos compagnies respectives, de faire
une expédition sur les frontières des colonies et de
vous approprier comme butin les biens des Gentils impies? Car il est
écrit : Les richesses des Gentils seront consacrées
à mon peuple, la maison d’Israël ; et ainsi
vous balayerez les Gentils en les volant et en pillant leurs
biens ;
et de cette façon nous édifierons le Royaume de Dieu. »
[32]
La
nature de la société des Danites : ses
enseignements et ses pratiques
L’enseignement
et les pratiques de l’ordre des Danites lui donnaient son
identité et son caractère propre. Joseph Smith le
qualifia un jour de « combinaison secrète [38] »,
le rattachant ainsi aux organisations sataniques mentionnées
dans le Livre de Mormon [39].
Le
recrutement dans la bande semble s’être fait par le
contact personnel et l’admission comme membre était
exclusivement sélective. [40]
L’aspect
le plus important de la société des Danites, à
part son caractère apparemment exclusif, était sa
nature secrète. Les lieux de réunions étaient
soigneusement gardés pour empêcher l’accès
d’intrus. De plus, disait-on, ceux qui se rendaient à la
réunion étaient « bien armés,
certains avaient des sabres, d’autres des pistolets, d’autres
encore des fusils et des fouets » [41]. Il était
commandé aux initiés de régler tous leurs
différends avec les futurs frères danites avant qu’ils
ne soient acceptés comme membres à part entière
afin de réduire le risque de divulguer les secrets danites
dans un moment de colère.
Les
secrets de l’ordre étaient en outre protégés
par des serments et des alliances solennels que chaque initié
était tenu de contracter. Selon Avard, le serment de garder le
secret était imposé pour que tous les membres soient
liés par alliance pour que tous ceux qui révélaient
les secrets de la société soient mis à mort
[42].
Personnalité
et méthodes d’Avard
Rien
ne révèle mieux la nature de la personnalité de
Sampson Avard que la rapidité avec laquelle il enfreignit son
serment danite et « se mit à table »
après sa capture. Il prétendit que le Danitisme était
un ordre de l’Église et qu’il ne faisait qu’agir
sous les ordres de la Première Présidence mormone [53].
Son
témoignage fut accepté sans difficulté par tous
ceux qui s’opposaient au mormonisme [54]. Le général
John B. Clark, qui fit Avard prisonnier, rapporta ce qui suit au
gouverneur Boggs : « Je dois faire remarquer ici que
s’il n’y avait pas eu la capture de Sampson Avard, le
dirigeant mormon, je ne crois pas que j’aurais pu obtenir des
faits utiles. Personne ne nous a rien révélé
d’utilisable jusqu’à ce qu’on l’amène » [55]. Compte tenu de la nature secrète de l’ordre
des Danites et le fait qu’Avard en était le principal
représentant, il est facile de voir comment il a pu fournir
tant de « faits utilisables ».
Il
y a de nombreux indices qui prouvent qu’Avard était
malhonnête. Nancy Rigdon, l’une des rares personnes
autorisées à témoigner en faveur des prisonniers
mormons, dit qu’elle avait personnellement entendu Avard dire
« qu’il était capable de mentir sous serment
pour obtenir un but quelconque, qu’il avait dit de nombreux
mensonges et en dirait encore » [56]. Pendant qu’il
attendait d’être jugé, Avard aurait dit à
Oliver Olney que « si lui, Olney, souhaitait s’en
sortir, il devait jurer de toutes ses forces contre les dirigeants de
l’Église, car c’étaient eux que le tribunal
voulait incriminer… j’ai l’intention de le faire…
car si je ne le fais pas, ils m’ôteront la vie »
[57]. Joseph Smith accusa Avard d’avoir enseigné à ses
capitaines qu’il était prêt à mentir sous
serment pour laver n’importe lequel d’entre eux d’une
accusation et qu’ils devaient faire la même chose [58].
Lyman Wight écrit ce qui suit dans son journal :
« 12
novembre. La session du tribunal s’est ouverte ce matin et
Sampson Avard a prêté serment. C’était un
homme dont la réputation était totalement ruinée
à tous les niveaux de la société et, alors qu’il
était étranger, il s’est imposé à
l’Église mormone et pour monter dans l’estime de
l’Église, il a inventé des projets et des plans
pour s’opposer à la dictature des émeutiers, des
programmes qui étaient tout à fait contraires aux lois
de cet État et des États-Unis et il s’est souvent
efforcé de les imposer aux membres de l’Église
et, lorsque Joseph Smith le repoussait, il en était souvent
chagriné.
« Il m’a dit un jour que la raison pour laquelle
il ne pouvait pas réaliser ses plans était que la
Première Présidence de l’Église craignait
qu’il ait trop d’influence et n’acquière
l’honneur que la Présidence désirait se réserver.
À un moment donné, il m’a dit qu’il serait
damné s’il ne menait pas à bien ses plans. Plus
d’une fois il a conspiré contre elle (la Présidence)
pour lui ôter la vie, pensant pouvoir ensuite gouverner
l’Église. Amené devant le tribunal, il a juré
que tous ses projets relevant de la trahison (qu’il s’était
juré de mener à bien) avaient été conçus
par nous [59].
Morris
Phelps, qui avait été Danite à un moment donné
et qui passa l’hiver de 1838-1839 en prison pour de prétendus
méfaits, écrit :
« Il
[Avard] finit par se transformer en conspirateur et chercha à
se lier d’amitié avec le monde et de sauver sa peau en
portant de faux témoignages contre la vie des innocents. Ce
Samson moderne était quelqu’un qui s’était
insinué parmi des mormons qui avaient déclaré ne
plus vouloir supporter les insultes d’émeutiers et
étaient décidés à les combattre pour se
défendre et il était là et pas un peu quand il y
avait des choses à trouver dans une maison évacuée
par les émeutiers. Mais quand il devait affronter l’ennemi,
[il était] comme le Samson d’autrefois, se battant pour
ses droits. Trois jours après avoir été
découvert par les émeutiers, dans un bouquet d’arbres,
à plusieurs kilomètres du danger, pensait-il, il fut
amené dans leur camp et il était tout miel et tout
sucre. »
[60]
Il
est évident que les capacités de persuasion d’Avard
n’étaient pas des moindres. De plus, sa capacité
d’utiliser à ses propres fins des notions familières
et sacrées était aussi ingénieuse que perverse.
Dans les instructions qu’il donnait à ses capitaines
danites, par exemple, il aurait enseigné que le vol n’était
pas quelque chose de mal à condition qu’on le fasse pour
soutenir le Royaume de Dieu [61].
En parlant en particulier de piller
les ennemis de l’Église, Avard dit : « De
cette façon nous édifierons le Royaume de Dieu et nous
ferons rouler la petite pierre dont Daniel a vu qu’elle se
détachait de la montagne sans l’aide d’aucune main
et roulait jusqu’à ce qu’elle remplisse la terre
entière. Car c’est exactement comme cela que Dieu
envisage d’édifier son royaume dans les derniers jours. »
[62]
Dans
son exploitation de la crédulité de ses frères,
Avard enseigna à ses partisans de manifester une fidélité
extérieure à l’Église en consacrant au
magasin de l’évêque tout le butin pris aux Gentils
[63]. John Clemenson témoigna lors du procès que Dimick
B. Huntington, un Danite, l’informa personnellement qu’à
Gallatin les Missouriens prirent les marchandises du magasin d’un
certains Jacob Stollings, les empilèrent à l’extérieur,
puis mirent le feu au bâtiment, ostensiblement pour imputer le
méfait aux mormons [64]. Toutefois, pendant que les
Missouriens étaient partis chercher des chariots pour emporter
les marchandises, les Danites arrivèrent, empilèrent
les marchandises dans leurs chariots et partirent. Clemenson dit :
« D’après
ce que je sais, les marchandises furent remises à l’évêque
de l’Église à Diahman comme propriété
consacrée à l’Église. Beaucoup de biens
ont étés amenés dans les camps mormons, mais je
ne sais pas d’où ils venaient. J’ai cru comprendre
que c’étaient des biens consacrés. On faisait
souvent la réflexion parmi les troupes que le moment était
venu où les richesses des Gentils devaient êtres
consacrées aux saints. »
[65]
Avard
enseigna à ses partisans que s’ils étaient
fidèles, le Seigneur les protégerait en temps de
guerre. Selon Joseph Smith, il dépeignit à ses
partisans « une grande gloire qui planait à ce
moment-là au-dessus de l’Église et allait bientôt
se déverser sur les saints comme une nuée le jour et
une colonne de feu la nuit » [66]. Reed Peck ajoute que
« il décrivait d’une manière
extrêmement frappante des victoires dans lesquelles un homme en
poursuivrait mille et deux en mettraient dix mille en fuite,
promettant l’aide des anges » si le besoin s’en
faisait sentir. Selon Peck, il faisait tout pour inspirer chez les
Danites du zèle et du courage et pour leur faire croire que
Dieu allait bientôt « réaliser son ‘acte
étrange’ » dont les Danites devaient être
les instruments choisis [67].
John D. Lee confirme cela. Il porte
l’accusation que l’on enseignait aux Danites que s’ils
consacraient fidèlement leurs richesses au Seigneur, « le
Seigneur… mènerait leurs batailles et les sauverait de
leurs ennemis. »
[68]
Avard
semble avoir été extrêmement habile à
convaincre ses partisans qu’il avait l’aval des
dirigeants de l’Église pour ses opérations.
Toutefois, pour les empêcher de s’informer
personnellement, il leur faisait jurer de conserver « un
secret éternel sur tout ce qu’il leur communiquerait ».
Des réunions avaient lieu tous les jours et étaient
menées à une telle allure qu’il était
presque impossible de « réfléchir mûrement
à la question ».
Au cours de l’endoctrinement
de ses capitaines, Avard aurait dit :
« Si
l’un de nous était reconnu [c’est à dire
par un ennemi], qui peut nous faire du mal? Car nous nous serrerons
les coudes et nous nous défendrons les uns les autres en tout.
Si nos ennemis jurent contre nous, nous pouvons jurer aussi. Pourquoi
sursautez-vous en entendant cela, frères ?
« Comme
le Seigneur vit, je mentirais sous serment pour disculper n’importe
lequel d’entre vous et si cela ne suffisait pas, je les
mettrais [c.-à-d. les ennemis]sous le sable comme Moïse
l’a fait avec l’Égyptien ; et de cette façon
nous consacrerons beaucoup de choses au Seigneur et nous édifierons
son royaume et qui peut s’opposer à nous ? Si l’un
de nous transgresse, nous lui ferons son affaire entre nous. Et si
quelqu’un de cette société des Danites révèle
l’une de ces choses, je le mettrai là où les
chiens ne pourront pas le mordre. »
[69]
Naturellement,
les partisans d’Avard étaient consternés par
certains de ses enseignements. Ces instructions allaient à
l’encontre de leur compréhension de la façon dont
le royaume de Dieu serait édifié. Avard essaya de
calmer leurs appréhensions en affirmant que si de tels actes
pouvaient être illégaux aux yeux de l’homme, de
toutes façons, sur la terre, « aucune loi n’était
exécutée en justice » et même si
c’était le cas, elle ne s’imposerait pas aux
saints, parce que ceux de l’Église appartenaient à
une nouvelle dispensation, une période de temps où « le
royaume de Dieu devait abattre tous les autres royaumes »
et le Seigneur lui-même allait régner et ses lois seules
étaient les lois qui existeraient [70].
Les
mobiles qui ont amené Avard à organiser les Danites ne
sont pas tout à fait clairs. Au départ il a pu être
animé du désir sincère de protéger la vie
des saints et de préserver les principes de liberté qui
leur étaient chers. Mais il utilisa l’organisation à
d’autres fins. Joseph Smith était enclin à être
d’avis qu’Avard « aspirait en secret à
être le plus grand des grands et à devenir le chef du
peuple (mormon).
Le Prophète dit :
« À
une époque ou les émeutiers opprimaient, volaient,
fouettaient, brûlaient, pillaient et tuaient jusqu’à
ce que la patience ne semble plus être une vertu et que rien
d’autre que la grâce de Dieu déversée sans
mesure ne pouvait soutenir des hommes subissant de telles épreuves,
[Avard chercha à] créer une combinaison secrète
qui lui permettrait de s’élever pour devenir un grand
conquérant aux dépens et pour la perte de l’Église.
Il essaya d’y parvenir par les discours mielleux, flatteurs et
ensorceleurs qu’il adressait souvent à ses associés,
tandis que sa salle était bien gardée par certains de
ses partisans prêts à lui donner le signal à
l’approche de quiconque n’approuverait pas ses mesures. »
[71]
Relation
des Danites avec « les armées d’Israël »
L’accroissement
des hostilités et des menaces d’hostilités vers
la fin de l’été et le début de l’automne
de 1838 incita les saints à s’organiser en groupes
militaires pour se défendre. Sur le conseil du général
Alexander Doniphan, brigadier général du nord du
Missouri, les saints créèrent deux unités, une à
Far West et l’autre à Adam-ondi-Ahman [77]. Beaucoup de
ceux qui appartenaient à ces unités légitimes
étaient également membres du clan danite. Autant que
nous le sachions, quasiment aucun effort n’était fait
pour faire la distinction entre les activités que l’on
avait dans l’un ou dans l’autre groupe [78]. En outre,
les Danites et les troupes légitimes étaient organisées
en compagnies de dix et de cinquante, ce qui brouillait encore
davantage les choses.
Joseph Smith essaya de faire la distinction
entre les groupes en ces termes :
« Qu’il
soit bien compris ici que les compagnies de dix et de cinquante
créées par Avard étaient totalement séparées
et distinctes des compagnies de dix et de cinquante organisées
par les Frères pour se défendre en cas d’attaque
des émeutiers. Cette dernière organisation a été
créée plus particulièrement afin qu’en ces
temps de grande alarme aucune famille ou personne ne soit négligée.
Par conséquent, une compagnie s’occupait à
abattre des arbres, une autre à les découper, une autre
à cueillir du maïs, une autre à moudre, une autre
à la boucherie, une autre à la distribution de viande
etc., etc., pour que tous aient quelque chose à faire à
leur tour et que personne ne manque de ce qui est nécessaire à
la vie. »[79]
Une
fois capturé par les Missouriens, Avard se dit apparemment
très vite que s’il pouvait convaincre le tribunal que
les deux types de troupes n’étaient qu’une seule
et même chose et que la Première Présidence était
responsable de leur création et de leur maintien, on le
mettrait en liberté. C’est exactement la position qu’il
adopta et son témoignage fut accepté sans discussion,
car Avard ne fut jamais censuré d’aucune façon
pour ses liens avec les Danites. Joseph Smith, par contre, tenait à
ce qu’il soit bien entendu que les deux groupes étaient
distincts.
Il écrit :
« Que
personne dorénavant, que ce soit par erreur ou volontairement,
ne confonde cette organisation [c.-à-d. la milice légitime
de Far West] de l’Église créée dans des
intentions bonnes et justes avec l’organisation des ‘Danites’
par l’apostat Avard, qui est morte presque avant de naître. »
[80]
D’autres
facteurs montrent bien que les deux groupes étaient distincts.
Contrairement à la recherche du secret de la part des Danites,
l’appartenance aux « armées d’Israël »
[81] était accessible à tous les hommes valides. En
outre, les armées d’Israël avaient un but purement
défensif et ne se distinguaient pas par des serments secrets
ou des mots de passe d’aucune sorte. Elles étaient
gérées de manière publique conformément à
la discipline militaire reconnue.
Rien
ne confirme autant le fait que ces deux groupes étaient
séparés que la comparaison entre les officiers des deux
organisations. Reed Peck, membre à un moment donné des
Danites, affirme ce qui suit :
« Philo
Dibble m’a dit qui étaient les officiers de la bande des
Danites : que George W. Robinson était colonel, que lui
[Dibble] était lieutenant colonel et Seymour Brunson, major,
et que j’étais choisi comme adjudant. Après cela,
j’ai eu une conversation avec George W. Robinson, dans laquelle
j’ai appris en outre que Jared Carter était capitaine
général de la bande, Cornelius P. Lott, major général,
et Sampson Avard, brigadier général. Ceci selon mes
souvenirs. »
[82]
Par
contre, l’organisation des armées d’Israël,
était la suivante : « Il
fut décidé que le Colonel Wight serait commandant en
chef à Adam-ondi-Ahman ; [Seymour] Brunson, capitaine des
volants de Daviess ; le colonel [George M.] Hinkle, commandant
en chef des troupes de Far West ; le capitaine Patten, capitaine
de la cavalerie [à Far West] ; et que le Prophète,
Joseph Smith, fils, serait le commandant en chef du royaume tout
entier. » [83]
On
remarquera que, dans la citation ci dessus, Avard met Joseph Smith
comme « commandant en chef » des armées
d’Israël et ne parle absolument pas de lui-même. De
cette façon, Avard, qui ne pouvait manquer de connaître
la différence entre les deux organisations, essaya de faire
payer au prophète mormon la sottise d’Avard. Cependant,
George M. Hinkle, démasqua involontairement la gredinerie
d’Avard lors de l’audience lorsqu’il se plaignit
amèrement de ce que les Danites lui avaient enlevé tout
pouvoir ainsi qu’aux officiers des troupes de Far West. Il fait
donc clairement la distinction entre les deux groupes [84].
Rapport
des Danites avec la Première Présidence
On
peut naturellement se poser la question de savoir ce que les membres
de la Première Présidence savaient du mouvement danite.
Avard enseignait systématiquement à ses partisans qu’il
avait le soutien sans réserve des plus hauts dirigeants de
l’Église [85]. Étant donné la nature
secrète de l’ordre et les châtiments sévères
infligés en cas de diffusion des secrets des Danites en dehors
des lieux secrets, les membres qui entretenaient des doutes ne
semblent pas s’être sentis libres de s’informer par
eux-mêmes. Mais avec le temps, certains membres commencèrent
à insister pour avoir une visite de la Première
Présidence.
Selon
Peck, Avard céda à contre-cœur, ayant insisté
longuement sur le fait qu’il était « impossible
à la présidence de venir expliquer ses idées et
ses souhaits » à cause du poids écrasant de
ses devoirs religieux [86]. L’un de ceux qui réclamaient
la visite était Lorenzo Dow Young. Selon son témoignage,
il considérait que ce qu’il entendait aux réunions
danites était « en contradiction flagrante avec les
principes enseignés par les dirigeants de l’Église
et par les anciens en général ».
À propos de
ses efforts personnels pour inciter Avard à céder,
Young écrit :
« Le
point culminant finit par arriver. Lors d’une des réunions,
le Dr Avard exigea particulièrement que toutes les personnes
présentes qui avaient assisté aux réunions
deviennent immédiatement membres de la société
en contractant les alliances requises et je fus spécialement
désigné. Je demandai la parole. Elle me fut accordée.
Je commençai par donner les raisons pour lesquelles j’étais
entré dans la société et j’allais en
démasquer la méchanceté lorsque le Dr Avard
m’ordonna péremptoirement de m’asseoir.
Je refusai
de m’asseoir avant d’avoir complètement exprimé
mes idées. Il menaça d’appliquer la loi de
l’organisation sur-le-champ. Je me trouvais directement face à
lui et j’étais bien préparé pour
l’événement. Je lui dis de toute l’énergie
dont je disposais, par le ton et par mon attitude, que j’avais
autant d’amis dans la maison que lui et que s’il faisait
le moindre geste pour mettre sa menace à exécution, il
ne sortirait pas vivant de la maison car je le tuerais sur place. Il
n’essaya pas de mettre sa menace à exécution,
mais la réunion prit fin. Sorti de la réunion, je me
rendis directement chez frère Brigham et lui racontai toute
l’histoire. Il dit qu’il soupçonnait depuis
longtemps le Dr Avard de manigancer des choses mauvaises en secret. »
[87]
Ce
genre de pression eut pour résultat la seule visite connue de
Joseph et de Hyrum Smith aux réunions danites. Les éléments
dons nous disposons montrent que Rigdon fut présent plus d’une
fois, peut-être à plusieurs reprises. À la
réunion, Avard informa les personnes présentes qu’il
avait « décidé la Présidence à
venir pour montrer que ce qu’il faisait était conforme à
ses directives et à sa volonté ». Peck
ajoute cependant qu’Avard « n’expliqua pas à
la Présidence » en la présence des personnes
assemblées « ce qu’avaient été
au juste ses enseignements dans cette société »
[88].
John Clemenson, également présent en cette
occasion, témoigne : « Les
trois qui composaient la Présidence assistèrent à
l’une de ces réunions et pour satisfaire les gens, le Dr
Avard donna la parole à Joseph Smith, qui leur fit le serment
que s’il les entraînait dans des difficultés, il
leur donnerait sa tête comme ballon de football ;
qu’il était de la volonté de Dieu qu’il en
soit ainsi. L’instructeur
et l’agent actif de la société était le Dr
Avard. »
[89]
C’est
pendant la deuxième étape du développement
danite, à savoir au moment où les saints se préparaient
à résister aux nombreuses troupes d’émeutiers
qui se formaient et menaçaient de se former, que la Première
Présidence fit son unique visite. Ne comprenant pas pleinement
tout ce que Avard avait à l’esprit ni la nature
dévastatrice de ses enseignements, Joseph Smith a pu avoir le
sentiment que l’existence de la société avait une
base légitime en ce sens qu’elle était organisée
à des fins de protection. C’est certainement à
cette lumière qu’il faut interpréter son
commentaire « qu’il était de la volonté
de Dieu qu’il en soit ainsi ».
Réfléchissez
à la déclaration suivante de Joseph Smith :
« Le
système danite… n’eut jamais d’existence
officielle [c’était un terme utilisé par certains
des frères] à Far West et découla de
l’expression dont je m’étais servi lorsque les
frères se préparaient à se défendre
contre la populace du Missouri à propos du vol des idoles de
Mica (voir Juges 18).
Si l’ennemi vient, les Danites les poursuivront, voulant dire
par là les frères pour des raisons d’autodéfense »
[90]. Apparemment
Avard profita de l’expression et l’appliqua à sa
bande secrète.
C’est ainsi que Joseph Smith put écrire
dans sa prison en 1838 : « Nous
avons appris… depuis que nous sommes en prison que beaucoup de
choses fausses et pernicieuses qui visaient à égarer
les saints et à faire beaucoup de tort ont été
enseignées par le Dr Avard comme si elles venaient de la
Première Présidence et nous avons des raisons de
craindre que beaucoup d’autres individus comploteurs et
corrompus comme lui enseignent
beaucoup de choses dont la Présidence, avant son
incarcération, ne savait absolument pas qu’on les
enseignait dans l’Église.
Si elle l’avait su, elle les aurait méprisés,
elles et leurs auteurs, comme elle méprisait les portes de
l’enfer.
« Nous voyons donc qu’il y a eu des
falsifications,
des
abominations secrètes et des œuvres perverses de
ténèbres qui se sont passées, jetant la
confusion et la détresse dans l’esprit de ceux qui sont
faibles et qui ne se méfient pas, tout cela en l’attribuant
à la Présidence, alors que la Présidence ne
savait rien et qu’elle était innocente de ces choses. » [91]
Plus
tard, dans une deuxième lettre envoyée de la prison de
Liberty, le Prophète écrit : « J’estime
qu’il ne faut pas organiser des bandes ou des compagnies, par
alliance ou par serment, par châtiments ou par le secret ;
que le passé ou nos expériences et nos souffrances dues
à la méchanceté du Dr Avard suffisent et que
notre alliance soit celle de l’Alliance éternelle, telle
qu’elle est contenue dans l’Écriture, et les
choses que Dieu nous a révélées. L’amitié
pure est toujours affaiblie dès l’instant où l’on
entreprend de la renforcer par des serments assortis de châtiments
et par le secret. »
[92]
On
ne connaît pas le rôle exact joué par la Première
Présidence dans ce qu’on a appelé la Guerre
mormone [93]. George M. Hinkle, mécontent d’avoir soi
disant été maltraité par Joseph Smith, témoigna
lors de l’audience comme suit : « Je
me souviens qu’au conseil à Far West, quelques jours
avant l’arrivée de la milice de l’État, en
ce qui concerne les dispositions à prendre pour la guerre, la
Présidence devait avoir la direction suprême et que son
quartier général devait être à Diamon où
vivait Joseph Smith, fils, elle pourrait faire tous les préparatifs
nécessaires pour mener la guerre d’une manière
guerrière et elle devait s’y rendre dans un jour ou deux
pour y siéger. »
[94]
John
Clemenson témoigne : « Il n’était
pas rare qu’un membre de la présidence… prenne
les armes et se joigne aux troupes » [95] alors qu’Alanson
Ripley, Heber C. Kimball, William Huntington et Joseph B. Noble
signaient une déclaration officielle affirmant que le Prophète
mormon « n’a jamais commandé aucune compagnie
militaire ni détenu aucune autorité militaire ni n’a
porté les armes au milieu des troupes. »
[96]
Pour
qui se demande comment quelqu’un qui avait un poste aussi
éminent que Joseph Smith a pu être à ce point
ignorant de ce que faisaient les Danites, en particulier quand on
tient compte de l’importance de l’ordre [97], ce qui suit
devrait être intéressant. John Taylor, habitant éminent
de Far West pendant la dernière moitié de 1838, dit un
jour dans un sermon public : « J’ai
beaucoup entendu parler de Danites, mais je n’ai jamais entendu
dire qu’ils existaient chez les saints des derniers jours. S’il y a eu
une organisation de ce genre [c.-à-d. en
1838], on ne m’en a pas informé. » [98]
Le
témoignage de Taylor est confirmé par Luman Shurtliff,
un Danite qui, tandis qu’il était de garde avec Taylor
pendant une phase difficile de la guerre mormone, donna le signal de
détresse danite et s’aperçut que Taylor ne le
reconnaissait pas [99]. Les liens de Sidney Rigdon avec les Danites
prêtent véritablement à discussion. Comme nous
l’avons montré tout au long de cette étude,
Rigdon fut présent plus d’une fois aux réunions
danites.
Lors de son témoignage personnel au sujet de l’ordre,
Rigdon en parla sur un ton beaucoup moins méprisant que Joseph
Smith ; en fait, son ton donne parfois à penser qu’il
l’approuvait :
« Quelque
temps auparavant [les problèmes du comté de Daviess],
en conséquence des menaces que lançaient les émeutiers
ou ceux qui étaient en train de se constituer en groupes
d’émeutiers, et des méfaits commis par eux sur
les personnes et les biens des citoyens, une association fut créée
appelée la bande des Danites.
« Ceci,
pour autant que je le sache (n’étant pas l’un des
leurs, pas plus que Joseph Smith, père [100]), visait à
assurer une protection mutuelle contre les bandes qui se formaient et
menaçaient de se former dans le but avoué de se livrer
à des violences sur les biens et les personnes des citoyens
des comtés de Daviess et de Caldwell. Ils avaient des signes
et des mots qui leur permettaient de se reconnaître, que ce
soit de jour ou de nuit. Ils étaient tenus de garder secrets
ces signes et ces mots pour que personne d’autre qu’eux
ne puisse les reconnaître. Lorsque l’une de ces personnes
était assaillie par une bande de hors la loi, elle en
informait les autres, qui venaient à sa rescousse au péril
de leur vie.
« C’est
de cette façon qu’ils cherchaient à défendre
mutuellement leur vie et leurs biens, mais il leur était
strictement commandé à ne toucher personne, si ce n’est
ceux qui se livraient à des actes de violence contre les
personnes ou les biens de l’un des leurs ou contre l’un
de ceux dont ils s’étaient engagés à
défendre la vie et les biens. »
[101]
Certaines
déclarations attribuées à Rigdon au cours de
cette période ont un fort relent danite. Nous avons déjà
parlé du « Salt Sermon », le document
cinglant écrit aux dissidents en juin 1838, et du « discours
du 4 juillet ». Daryl Chase, l’un des biographes de
Rigdon, reconnaît que même si le témoignage rendu
contre Rigdon lors du procès était partial, il montre
bien qu’il était un des principaux « centres
d’agitation du côté mormon » [102].
Voici quelques échantillons de la rhétorique attribuée
à Rigdon pendant cette période difficile :
À propos des dissidents qui n’étaient pas disposés à
combattre les émeutiers, Rigdon dit qu’on devrait les
asseoir sur leur cheval avec des fourches et des baïonnettes,
les obliger à se mettre en première ligne et leur
confisquer leurs biens au profit de l’armée. [103]
« Dès
avril dernier, lors d’une réunion de huit à douze
personnes à Far West, M. Rigdon se leva et leur adressa un
discours dans lequel il dit qu’il avait supporté des
persécutions, des procès et d’autres privations
et qu’il n’avait pas l’intention d’encore les
supporter ; qu’il avait l’intention de résister
à la loi et que si un shérif les poursuivait avec des
mandats, ils le tueraient et que si quelqu’un s’opposait
à eux, ils lui couperaient la tête. George W. Harris,
qui était là, fit la réflexion : ‘Je
suppose que vous entendez par là la tête de leur
influence.’ Rigdon répondit qu’il entendait par là
le morceau de chair et d’os appelé le crâne… [104]
« Je
fus invité dans une école où, disait-on, le
peuple s’était rassemblé. Je m’y rendis et
fus reçu… une garde fut placée autour de la
maison et une à la porte. M. Rigdon commença alors à
faire des alliances à main levée. La première
était que si un homme essayait de quitter le comté ou
de faire ses malles dans ce but, quiconque se trouvant dans la maison
et voyant cela devait sans rien dire à qui que ce soit d’autre
le tuer et le cacher dans les buissons et que tout l’enterrement
qu’il devait avoir devait être dans les boyaux d’un
vautour de sorte qu’il ne reste de lui que les os. Cette mesure
fut adoptée à main levée sous forme d’alliance.
Une fois que le vote eut été émis, il dit :
Voyons maintenant si quelqu’un ose voter contre et il demanda
les votes d’opposition et il n’y en eut pas. L’alliance
suivante, que si quelqu’un de la région avoisinante
venait en ville et s’y promenait – peu importe qui
c’était – quiconque assistant à cette
réunion devait le tuer et le jeter dans les buissons. Cela fut
adopté comme précédemment. La troisième
alliance était de ‘cacher toutes ces choses’. M.
Rigdon fit alors la réflexion que le royaume de Dieu n’avait
pas de secret, qu’hier un homme avait ‘oublié de
respirer’ et avait été traîné dans
les buissons et, dit-il, celui qui le raconte mourra. »
[105]
Le
témoignage ci-dessus vient d’hommes qui éprouvaient
de l’animosité pour Rigdon et doit être considéré
sous ce jour. Comme le fait remarquer Daryl Chase : « S’il
y a ne serait-ce qu’une particule de vérité dans
les attestations sous serment des apostats, Rigdon a fait des
déclarations insensées » en plusieurs
occasions. Les faits montrent, conclut Chase, que Sidney était
« un homme dangereux pour exercer une autorité dans
une telle situation » [106]. Plus tard il dit que « si
le prophète avait le moindre désir de maîtriser
le langage extravagant de Rigdon, il n’y réussit pas
beaucoup. »
[107]
Avard
passe pour avoir dit qu’il avait reçu son autorité
pour diriger l’ordre danite de la part de Sidney Rigdon [108].
La véracité de cette affirmation, comme de toutes les
autres qui viennent d’Avard, est sujette à caution étant
donné l’empressement bien connu d’Avard
d’impliquer tout le monde sauf lui. Il est possible, au vu des
liens ultérieurs de Rigdon avec l’Église, qu’il
a pu avoir certains liens avec l’organisation.
À partir
du moment où il fut libéré de prison en janvier
1839, l’intérêt de Sidney pour l’Église
commença à diminuer. Il aurait dit à Brigham
Young qu’il ne suivrait « plus jamais les
révélations de frère Joseph si cela ne lui
convenait pas » et que « comparé à
lui dans les souffrances, Jésus-Christ était un
insensé » [109]. Rigdon accepta d’aller
à Washington pour présenter le cas des saints affligés,
mais ne s’en acquitta jamais et en 1843 Joseph Smith commença
à soupçonner que Rigdon s’était ligué
aux « émeutiers du Missouri » pour
causer sa perte [110].
Pour
ce qui est de Hyrum Smith, deuxième conseiller dans la
présidence, aucune accusation précise contre lui ne
découla de l’audience. John Clemenson témoigna :
« Pour
ce qui est de Hiram [sic] Smith, je le considère
personnellement comme quelqu’un de bien intentionné ;
mais en même temps que d’autres, selon l’ordre de
la société danite, je pensais que j’aurais autant
à craindre de lui que des autres. »
[111]
Avard
lui-même témoigna :
« Je
n’ai jamais entendu Hiram [sic] faire la moindre réflexion
enflammée ; mais je le considère comme l’un
de ceux qui composent la Première Présidence, agissant
de concert avec Joseph Smith, fils, approuvant, par sa présence,
ses actes et ses conversations, les projets illégaux de la
présidence. »
[112]
La
seule accusation d’Avard à l’encontre de Hyrum
Smith était qu’il était membre de la Première
Présidence et par conséquent coupable par association.
Résumé
et conclusion
L’attitude
que l’on adopte vis-à-vis de l’origine et du
développement du problème danite dépend en
grande partie du genre de témoignage que l’on est
disposé à accepter.
Lorsque
l’on tient compte du penchant bien connu d’Avard pour le
mensonge aussi bien que ses enseignements non chrétiens aux
Danites, il est difficile de voir quel crédit on pourrait
accorder à sa parole. De plus, l’empressement avec
lequel Avard, une fois appréhendé par la loi,
enfreignit son alliance et « se mit à table »
en dit long sur sa personnalité.
Les
éléments qui permettent de comprendre l’ordre
danite viennent de trois sources essentielles. Certains viennent de
membres qui n’avaient rien à cacher. D’autres de
membres qui souhaitaient impliquer tout le monde sauf eux-mêmes.
Une source majeure est Joseph Smith, qui glana son information après
la fin de l’ordre. Ce ne fut que lorsque le procès eut
lieu que Joseph et son entourage direct prirent conscience de toute
l’étendue de l’œuvre d’Avard. Du fond
de sa cellule, le prophète mormon renia formellement l’ordre
Danite et mit sévèrement en garde contre toutes les
associations futures de ce genre.
On
reste ébahi devant les méthodes employées par
Avard. À l’aide de signes et de symboles secrets
communiqués lors de réunions secrètes fortement
gardées contre toute intrusion, Avard fit jurer à ses
hommes un secret éternel. Cela les mettait dans
l’impossibilité, sous peine de mort, de s’informer
de la vérité auprès de Joseph Smith ou d’autres
dirigeants de l’Église. Avard se montra extérieurement
fidèle aux pratiques de l’Église en obéissant
à la loi de consécration et en disant à ses
partisans de faire de même.
L’ordre
danite dura moins de cinq mois. Lorsque Avard eut été
fait prisonnier en novembre 1838, le mouvement disparut rapidement.
C’est alors qu’Avard fit appel à son ingéniosité
pour s’extirper de la situation difficile dans laquelle il
était. Profitant du fait que les dirigeants de l’Église
étaient impopulaires auprès de la populace du Missouri
ainsi que du fait que c’étaient eux que le tribunal
souhaitait condamner, il s’employa soigneusement à
transférer la responsabilité de l’ordre de ses
épaules à celles de Joseph Smith et de ses
collaborateurs directs. Comme c’était à la mode à
l’époque d’imputer au prophète mormon tout
ce qui allait de travers dans le mormonisme, les ennemis de l’Église
acceptèrent les mensonges d’Avard sans poser de
questions.
Sampson Avard, créateur, cheville ouvrière
et théoricien de la bande des Danites, ne fut jamais puni pour
ses crimes. Joseph Smith et les autres officiers dirigeants de
l’Église passèrent les quelques mois qui
suivirent dans les prisons du Missouri.
NOTES
[1]
Voir Document
Showing the Testimony Given Before the Judge of the Fifth Judicial
District of the State of Missouri, on the Trial of Joseph Smith, Jr.,
and others, for High Treason and Other Crimes Against that State
[Document reproduisant les témoignages fournis devant le juge
du cinquième district judiciaire de l’État du
Missouri, lors du procès de Joseph Smith, fils, et d’autres
pour haute trahison et autres crimes contre cet État],
Washington, D. C., U. S. Government Printing Office, 1841. Cité
plus loin sous le nom de Document.
[2]
Le fait que les témoignages donnés dans le Document
sont généralement défavorables à Joseph
Smith vient de ce qu’il a été essentiellement
établi sur les déclarations de témoins prévenus
contre lui et du fait que témoigner en sa faveur était
un acte de courage étant donné qu’il était
rendu, la plupart du temps, « à la pointe des
baïonnettes ». En outre, chaque fois qu’on
trouvait d’autres témoins susceptibles de témoigner
pour Joseph, on les mettait promptement en prison, ce qui les
empêchait de témoigner. On trouvera un compte rendu plus
complet de l’audience dans Leland H. Gentry, "A History of
the Latter-day Saints in Northern Missouri, 1836-1839", thèse
de doctorat, université Brigham Young, 1965, p. 546-561. Sur
la base des éléments ainsi fournis, Joseph et Hyrum
Smith, Parley P. Pratt et d’autres furent détenus
pendant plusieurs mois dans les prisons du Missouri au cours de
l’hiver et du printemps de 1838-1839, attendant ostensiblement
des procès qui n’eurent jamais lieu.
[3]
Pendant la seconde moitié d’octobre et le début
de novembre 1833, les mormons résidant dans le comté de
Jackson (Missouri) furent expulsés de chez eux par les
émeutiers. Au bout d’un séjour de deux ans et
demi dans le comté de Clay, ils furent une fois de plus forcés
de s’en aller. Voir Gentry, « History »,
p. 18-47.
[4]
Id., p. 109-118.
[5]
Id., p. 55, 59.
[6]
Id., p. 102-109. Les documents montrent que Groves et Marsh se
faisaient chacun payer un dollar par jour plus les frais de
déplacement pour leurs services. Elders’
Journal
1 juillet 1838, pp. 37-38. Cela explique peut-être le fait que
Phelps et Whitmer ont considéré qu’ils devraient
être remboursés, eux aussi.
[7]
Ebenezer Robinson, The
Return,
Davis City, Iowa, 1889, vol. 1, p. 218.
[8]
On trouvera un compte rendu des procès dans Gentry,
« History » p. 139-155. David Whitmer avait
quitté depuis longtemps son poste au Missouri, préférant,
semble-t-il, les cieux plus hospitaliers de Kirtland.
[9]
On n’a jamais trouvé de texte de ce discours Beaucoup
l’ont cependant confondu avec le « Discours du 4
juillet », encore plus célèbre, prononcé
moins de trois semaines plus tard. Reed Peck, l’un de ceux qui
l’entendirent, affirme qu’il était féroce
et que son message était que quand les membres de l’Église
perdent la foi, ils sont comme du sel sans saveur et doivent être
chassés et foulés aux pieds. Voir le "Reed Peck
Manuscript », photocopie, Special Collections, Harold B.
Lee Library, université Brigham Young, p. 23. À
l’époque, Peck n’était pas ouvertement
dissident, mais il finit par donner sa sympathie au point de vue
dissident. Son manuscrit non publié révèle bien
son mécontentement caché au cours de cette période.
[10]
John Corrill, A
Brief History of the Church of Jesus Christ of Latter day Saints
(Commonly
Called Mormons),
St-Louis, impression privée pour l’auteur, 1839, p. 31.
[11]
Les sentiments des saints du comté de Caldwell rappellent
étrangement ceux exprimés par les résidents du
Comté de Jackson en 1833. Le « mal »
causé par l’occupation mormone, disaient-ils, était
imprévisible, un mal non prévu par la loi, un mal que
« les lenteurs de la législation rendaient
irrémédiable ». Joseph Smith, History
of the Church of Jesus Christ of Latter-day Saints,
dir. de publ. B. H. Roberts, Salt Lake City, Deseret Book, 1971,
vol. 1, p. 396. Cité plus loin par les lettres HC.
[12]
Corrill, Brief
History,
p. 31.
[14]
Avard témoigna lors de l’audience en 1838 que Rigdon
était l’auteur du document. Voir « Journal
History », 13 novembre 1838 (la « Journal
History », récit jour par jour des événements
historiques qui se sont produits dans l’Église, se
trouve au Département d’Histoire de l’Église
à Salt Lake City). Alors que la signature d’Avard est la
première à apparaître sur le document, celle de
Rigdon ne s’y trouve pas. Il est donc possible que ce soit
Avard lui-même qui l’ait rédigé.
[15]
Les recherches soigneuses pour trouver les parents d’Avard
ainsi que l’année de sa naissance ont été
vaines. Les données ci-dessus furent fournies par Avard
lui-même lorsqu’il reçut sa bénédiction
patriarcale à Kirtland. Voir « Early Church
Information File », Bibliothèque généalogique,
Salt Lake City, Utah.
[16]
« Journal History », 14 octobre 1835.
[17]
Voir « Cowdery Letters », 14 octobre 1835. On
peut trouver des copies de ces lettres au Département
d’Histoire de l’Église à Salt Lake City.
[18]
« Journal History », 14 octobre 1835. Voici ce
que dit le récit : « Orson Pratt quitta
Kirtland pour une nouvelle mission dont il fait le compte rendu
suivant : ‘Parti en mission pour le fleuve Ohio, prêchant
en chemin ; séjour de deux ou trois semaines dans le
comté de Beaver (Pennsylvanie) ; tenu seize réunions,
baptisé quelques personnes et créé une petite
branche de l’Église et ordonné le Dr Sampson
Avard ancien pour les prendre en charge ; retour à
Kirtland.’ » Dans un deuxième compte rendu de
la même mission, Pratt signale qu’il a « baptisé
trois personnes à Freedom (Pennsylvanie), dont j’ai
ordonné une, Sampson Avard, ancien… Après avoir
donné deux Livres de Mormon, quatre livres de Révélations
et obtenu 14 abonnés au ‘Messenger and Advocate’,
j’ai laissé au Dr Avard le soin de continuer l’œuvre.
Les perspectives d’en voir beaucoup dans cette région
accepter l’Évangile sont bonnes. » Messenger
and Advocate
2, novembre 1835, p. 223-224.
[19]
« Journal of Erastus Snow », n.p. 1836,
original au Département d’Histoire de l’Église
à Salt Lake City. Vers cette époque, Lorenzo Dow Young
était également occupé à l’œuvre
missionnaire dans le sud-ouest de l’Ohio et entra en contact
avec Avard, qui présidait toujours la branche de Freedom
(Pennsylvanie). Certains des enseignements d’Avard
contrarièrent Lorenzo, qui signala qu’il n’aimait
pas « l’esprit ni les enseignements de cet homme ».
Plus tard, rapporte-t-il, il découvrit « que le Dr
et S. S. Rigdon [sic] étaient très intimes et que ce
dernier était fortement empreint des idées et de
l’esprit du premier. » Quand il fit rapport de sa
mission à la Première Présidence, Lorenzo parla
de même de sa réaction vis-à-vis d’Avard,
sur quoi Rigdon, semble-t-il, « manifesta son
mécontentement en me réprimandant vertement pour mes
paroles ». Joseph Smith invita Lorenzo à poursuivre
son rapport, à la fin duquel, Joseph Smith aurait dit :
« Donnez le temps à Avard et il montrera qu’il
est un hypocrite fini et un méchant homme ». Voir
« Diary and Reminiscences of Lorenzo Dow Young »,
réflexions non publiées faites en février 1890
et exposées dans un manuscrit qui se trouve au Département
d’Histoire de l’Église et cité par Hugh
Nibley dans Sounding
Brass,
Salt Lake City, Bookcraft, 1963, p. 219. Il est tout à fait
possible que Rigdon et Avard se soient connus avant que ce dernier ne
devienne membre de l’Église, car ils venaient tous les
deux de la même région de Pennsylvanie et tous les deux
avaient fait partie du mouvement campbellite.
[20]
« Early Church Records File », Société
généalogique, Salt Lake City, Utah. Voir la fiche sur
Sampson Avard.
[21]
HC, vol. 3, p. 519.
[22]
B. H. Roberts, Life
of John Taylor,
Salt Lake City, Bookcraft, 1963, p.43-44. On ne sait pas si sa
licence lui a jamais été rendue.
[23]
Tiré d’une lettre originale d’Oliver Cowdery en la
possession du professeur Kirk L. Cowdery. Oberlin, Ohio. Voir le
photostat dans Stanley Gunn, Oliver
Cowdery : Second Elder and Scribe,
Salt Lake City, Bookcraft, 1962, Appendix D, p. 263.
[24]
HC, vol. 3, p. 284.
[25]
Document,
p. 12. Notez la faiblesse du témoignage de Corrill mise en
évidence par les italiques que nous avons ajoutés. À
l’exception d’Avard, tous ceux qui témoignèrent
à l’audience eurent soin d’introduire leurs
observations par des expressions telles que « je pense »,
« à mon avis » ou « il me
semblait ». Ce que Corrill et les autres ont raconté,
ils l’ont appris soit grâce au témoignage donné
par Avard à cette occasion ou par ouï-dire lors de
conversations avec d’autres Danites. Leur mécontentement
à l’égard de Joseph Smith et de ses
collaborateurs directs faisait qu’il leur était facile
d’accepter et de répéter ce qu’ils avaient
entendu.
[26]
Id., p.1.
[27]
John Whitmer, l’un des dissidents, écrit ceci qui
représente le point de vue dissident : Tandis que nous
étions de retour de Liberty (comté de Clay) [où
ils étaient allés pour obtenir l’aide d’un
avocat dans leur bataille contre les résidants de Caldwell],
nous rencontrâmes les familles d’Oliver Cowdery et de L.
E. Johnson, qu’ils avaient chassées de chez elles…
Pendant que nous étions partis, Jo. et Rigdon et leur bande de
Gadianton avaient maintenu une garde, avaient surveillé nos
maisons et avaient insulté nos familles et les avaient
menacées de les chasser si elles n’étaient pas
parties pour le lendemain matin et proférèrent des
menaces contre notre vie s’ils nous voyaient jamais à
Far West. » « History of the Church »,
chapitre 20, tenue par John Whitmer. Whitmer fut nommé
historien de l’Église par une révélation
rapportée dans le Livre des Commandements, 50:1 et 47:1). Il
continua à exercer ses fonctions dans ce poste jusqu’à
sa défection en 1838. Après son excommunication, il
refusa de rendre l’histoire quand elle lui fut réclamée.
HC, vol. 3, p. 16.
[28]
Document,
p. 17. Un deuxième groupe danite fut organisé en
juillet 1838 à Adam-ondi-Ahman avec Lyman Wight à sa
tête.
[29]
Times and Seasons,
15 juillet 1843 ; Nauvoo
Neighbor
1, 26 juillet 1843, p. 2. Le « Discours du 4 juillet »
de Rigdon fut choisi comme déclaration officielle que les
saints ne se soumettraient plus passivement aux violences des
émeutiers. Rigdon dit : « L’homme ou le
groupe d’hommes qui viennent nous déranger, ce sera
entre eux et nous une guerre d’extermination, car nous les
suivrons jusqu’à ce que la dernière goutte de
leur sang soit versée, sinon ils devront nous exterminer…
Une des parties ou l’autre sera totalement détruite. »
« Discours prononcé par M. S. Rigdon, 4 juillet
1838, à Far West, comté de Caldwell, Missouri »,
Far West, Elders’ Journal Press, 1838.
[30]
Luman Andros Shurtliff, « Diary », p. 120. Ce
manuscrit se trouve dans Special Collections, Harold B. Lee Library,
université Brigham Young. Voir aussi Robinson, The
Return,
vol. 2, p. 217.
[31]
Il est difficile de dire quand ce troisième stade a fait son
apparition. Les éléments dont nous disposons nous
portent cependant à croire que cela s’est produit après
le 6 août 1838, le jour de la fameuse « bataille du
jour des élections » au comté de Daviess et
avant la mi-octobre, quand les saints prirent la décision
ferme de prendre leur propre défense en main. On trouvera le
récit de la « Bataille du jour des élections »
dans Gentry, « History », p. 251-258.
[32]
HC, vol. 3, p. 180. La notion que les « richesses des gentils »
devaient être consacrées au peuple du Seigneur semble
être tirée de D&A 42:39. Mais quand on lit
soigneusement le passage, on se rend bien compte que les richesses
dont il est question devaient être données
volontairement par les gentils et non extorquées par le
pillage de la manière décrite par Avard. C’est là
un excellent exemple de la façon dont celui-ci tirait profit
des croyances sacrées et de la crédulité de ses
partisans pour s’assurer leur collaboration. « On
faisait souvent la réflexion parmi les troupes, témoignera
John Clemenson, que le moment était venu où les
richesses des gentils devaient être consacrées aux
saints. » Document,
p.16. « Ceux qui apportaient des biens, dit Reed Peck,
disaient qu’ils devaient les remettre au magasin [la maison] de
l’évêque et les y déposer ; s’ils
ne le faisaient pas ce serait considéré comme du vol. »
Document,
p. 18-19. Les saints, qu’ils fussent Danites ou pas,
estimaient, c’est bien clair, qu’ils agissaient en état
de légitime défense. Voir Gentry, « History »
p. 383-390.
[33]
Peck, « Peck Manuscript », p.45. Gideon Carter
était l’un des trois homes qui furent tués lors
de la bataille de la Crooked River en octobre 1838. Voir Gentry,
« History », p.404.
[38]
HC, vol. 3, p. 179.
[39]
Voir en particulier Hélaman 2:2-11, 6:21 et Éther
8:7-25.
[40]
William Swartzell, Mormonism
Exposed, Being a Journal of a Residence in Missouri from the 28th of
May to the 20th of August, 1838,
Pittsburgh, A. Ingram, pour l’auteur, 1846, p. 17-18.
[41]
Id., p. 20.
[42]
Document,
p. 1.
[53]
HC, vol. 3, p. 192-193.
Avard fut découvert tandis qu’il se cachait dans les
buissons à quelques kilomètres de Far West. Lors de son
témoignage au procès, il dit : « J’étais
continuellement dans la compagnie de la Présidence, recevant
d’elle des instructions concernant les enseignements pour la
bande des Danites. Je la mettais continuellement au courant de mes
enseignements et elle était bien informée de ce que je
faisais et enseignais aux Danites. » Document,
p.
21.
[54]
Ceci devait comprendre d’anciens membres maintenant apostats
aussi bien que des non-mormons.
[55]
Correspondence, Orders, etc., in Relation to the Recent Disturbances
with the Mormons,
Jefferson City, Office of the Jeffersonian, 1840, p. 90.
[56]
Document,
p. 40.
[57]
HC, vol. 3, p. 209-210.
[58]
Id., p.180.
[59]
Cité dans Rollin Britton, Early
Days on the Grand River and the Mormon War,
Columbia, Missouri Historical Society, 1920, p. 86.
[60]
La citation de Morris Phelps est tirée d’un bref récit
intitulé « Missouri Persecutions », Blue
Book No. 9245, Département d’Histoire de l’Église,
Salt Lake City, Utah.
[61]
On trouvera la preuve que la notion de royaume faisait partout
l’objet de discussions à l’époque, dans The
Elders’
Journal
1, juillet 1838, p. 27-38 et HC
, vol. 3, p. 49-54.
[62]
Id., p. 180.
[63]
Mosiah L. Hancock, « Life of Mosiah L. Hancock by
Himself », n.p., n.d., Special Collections, Harold B. Lee
Library, université Brigham Young. Hancock n’avait pas
une haute opinion des Danites. Pour lui, tout cela c’était
de l’esbroufe.
[64]
C’était un vieux tour dont les Missouriens étaient
coutumiers. Voir Gentry, « History », p.
383-386. Les Danites provoquèrent, eux aussi, des incendies,
mais pas autant que ce que les Missouriens leur reprochaient. Le 12
avril 1839, Stollings écrivit une lettre à Joseph Smith
demandant que divers objets irremplaçables lui fussent rendus.
Joseph Smith répondit que les objets en question avaient été
vus en dernier lieu en la possession de Sampson Avard. HC, vol. 3, p. 316-317, 378-379.
[65]
Document,
p.18.
[66]
HC, vol. 3, p. 179.
[67]
Peck, « Peck Manuscript », p. 46, 47. Le sujet
des anges venant à la rescousse des fidèles sera
souvent mentionné lors de l’audience. Voir Document,
p. 4, 14, 24, témoignage de Avard, Owens et Hinkle.
L’allusion à « l’acte étrange »
de Dieu était certainement inspirée par Doctrine et
Alliances, 1835, 95:1 et 97:12.
[68]
Lee, Mormonism
Unveiled,
p. 60-61, 74-75 ; Corrill, Brief
History,
p. 38. Avard tira tout ce qu’il put de passages comme celui que
l’on trouve dans D&A 85:6. Voir aussi Times
and Seasons,
1er février 1846 ; D&A 98:37 et 105:14.
[69]
Ces citations concernant Sampson Avard se trouvent dans HC
, vol. 3, p. 179-181.
[70]
Id., p. 181.
[71]
Id., p. 179.
[72]
Document,
p. 5-6.
[73]
Id., p. 4.
[74]
Correspondence, Orders, etc.
.
.
, p. 63.
[75]
Document.
p. 14, 17.
[76]
Corrill, Brief
History,
p.32.
[77]
HC, vol. 3, p. 161-63. Lyman Wight, résidant de Diahman, et George M.
Hinkle, résidant de Far West, furent choisis comme commandants
des unités nouvellement organisées. Chacun d’eux
détenait, du gouverneur Lilburn W. Boggs, un brevet officiel
de colonel dans la Milice de l’État du Missouri. Le
gouvernement de l’État avait mis du temps à
prendre conscience de la nécessité de disposer d’une
unité militaire pour le comté de Caldwell, mais les
saints, sensibilisés par les épreuves passées,
étaient décidés à ne plus se laisser
expulser. Par conséquent, le conseil de Doniphan n’était
pas seulement opportun, il allait dans le sens du point de vue des
saints eux-mêmes. Au paroxysme des troubles, les deux unités
furent envoyées sur le terrain, celle du Caldwell par
Doniphan, celle de Davies par le général Parks. Voir
Gentry, « History », p. 367-377.
[78]
Les membres de ces unités militaires se considéraient
toujours comme des troupes légitimes de l’État et
leurs ennemis comme des « émeutiers » à
cause des ordres de Doniphan. Voir HC, vol. 3, p. 162.
[79]
Id., p. 181-82. Après la reddition de Far West et jusqu’à
ce que d’autres dispositions fussent prises, ces unités
continuèrent à servir les saints. Les souffrances du
peuple mormon pendant la période de l’après-guerre
mormone sont racontées dans Gentry, « History »,
chapitre 14, p. 599-657.
[80]
HC, vol. 3, p. 182.
[81]
Ce nom fut inspiré de D&A 105:26, 30.
[82]
Document,
p. 17. Peck, « Peck’s Manuscript », p.
47, dit aussi que Carter fut renvoyé plus tard et remplacé
par Avard. Le poste de celui-ci dans les armées légitimes
d’Israël était celui de chirurgien. Voir Document,
p. 3.
[83]
Id., p.4. Plusieurs autorités affirment que Joseph Smith n’a
jamais exercé aucune autorité militaire. HC, vol. 3, p. 280, 404, 433.
[84]
Document,
p. 22-23. Hinkle prétend qu’à son retour du
comté de Daviess, il trouva les saints encerclés par
leurs ennemis. Il reçut d’Elias Higbee, juge du comté
de Caldwell, la plus haute autorité civile du comté,
l’ordre de lever la Milice. Dans ce contexte, Hinkle découvrit
que la Bande des Danites avait pris le dessus sur la milice locale.
[85]
Times and Seasons,
15 juillet 1843 ; Shurtliff, « Diary », p.
120.
[86]
Document,
p. 18.
[87]
Cité dans Nibley, Sounding
Brass,
p. 219-220. Autant que l’on sache, pas un seul apôtre
n’appartint à l’ordre danite.
[88]
Document,
p. 18 Bien que membre officiel de l’ordre, Peck abandonna par
après ses anciennes attaches avec le clan et plus tard
également avec l’Église.
[89]
Id., p. 15. Italiques ajoutés
[90]
HC, vol. 6, p. 165.
[91]
Id., vol. 3, p. 231. Italiques ajoutés.
[92]
Id., p. 303.
[93]
On trouvera le récit de la Guerre mormone, ainsi appelée
dans les annales du Missouri, dans Gentry, « History »,
chapitres 8, 10, 11 et 12.
[94]
Document,
p. 23.
[95]
Id., p. 17.
[96]
HC, vol. 3, p. 280. La déclaration fut officiellement confirmée
devant un juge de paix par six autres connaissances du Prophète,
p. 281.
[97]
Corrill, Brief
History,
p. 32, dit que la bande comptait quelques 300 membres.
[98]
John Taylor, The
Mormon Question : Being a Speech by Vice President Schuyler
Colfax at Salt Lake City and a Reply Thereto by John Taylor,
Salt Lake City, Deseret News, 1870, p. 8.
[99]
Shurtliff, « Diary », p.120.
[100]
Avard lui-même reconnut que ni Rigdon ni Joseph Smith ne
prêtèrent le serment danite. Document,
p. 21. La mention « Joseph Smith, père »
désigne Joseph Smith, dont le père, également
appelé Joseph Smith, était mort à l’époque
de la déclaration de Rigdon.
[101]
HC, vol. 3, p. 453. Le fait que Rigdon s’abstint de dénoncer les
Danites, contrairement à Joseph Smith, est peut-être dû
en partie à ses relations étroites avec le mouvement,
en particulier dans ses deux premières étapes.
[102]
Daryl Chase, « Sidney Rigdon : Early Mormon Leader »,
thèse de maîtrise, université de Chicago, 1930,
p.129.
[103]
Document,
p. 12, témoignage de Morris Phelps. Voir aussi les témoignages
de John Corrill, p.13, John Clemenson, p. 16 et Reed Peck, p.18.
[104]
Id., p. 43, témoignage de W. W. Phelps.
[105]
Id., p. 46.
[106]
Chase attribue les éclats oratoires incontrôlés
de Rigdon aux séquelles des mauvais traitements qu’il
subit de la part d’ennemis en mars 1832. Chase, « Sidney
Rigdon », p. 101.
[107]
Id., p. 129. Les éléments dont nous disposons montrent
que Joseph Smith essaya bel et bien et plus d’une fois de
freiner les éclats émotionnels de Rigdon. Document.
pp. 20-21, 33, 43, témoignage de Reed Peck, John Whitnaer
[Whitmer] et W. W. Phelps. Orson Hyde, parlant de la conduite de
Rigdon au cours de cette période, fit remarquer que « en
dépit du fait que frère Joseph essayait de le freiner,
il n’en faisait qu’à sa tête. »
Voir Improvement
Era, vol. 3, p. 583. Jedediah M. Grant écrit que les idées folles de
Rigdon étaient « si rapides que frère
[Joseph] Smith n’arrivait pas à le maintenir dans les
limites du bon sens… Son imagination l’emportait non pas
‘au-delà des limites du temps et de l’espace’,
mais au-delà des limites de la raison. » Jedediah
M. Grant, Collection
of Facts Relative to the Course of Mr. Sidney Rigdon,
copie au Département d’Histoire de l’Église,
Salt Lake City, Utah, p. 9. Newell K. Whitney affirme, lui aussi,
avoir entendu Joseph Smith réprimander Rigdon pour « avoir
dit au nom du Seigneur ce qui ne l’était pas. »
Times
and Seasons,
15 octobre 1844.
[108]
HC, vol. 3, p. 181.
[109]
Times and Seasons,
1er
octobre 1844. On trouvera un commentaire dans le même sens de
David Pettigrew dans le numéro du 1er
mai 1845.
[110]
HC, vol. 5, p. 531-532. Les soupçons du prophète étaient
basés sur un renseignement qu’il avait reçu
d’Orson Hyde, selon lequel Rigdon s’était ligué
avec le gouverneur Thomas Carlin, de l’Illinois, pour s’emparer
de Joseph Smith et l’extrader vers le Missouri pour répondre
des vieilles accusations. Voir aussi p. 553-554, où Carlin
nie l’accusation dans une lettre personnelle à Rigdon.
[111]
Document,
p. 17.
[112]
Id., p. 21.