Le récit de 1838 de la Première Vision
Pourquoi est-ce celui qui a été canonisé
Milton V. Backman
professeur d’histoire de l’Église
à l’université Brigham Young
Étant donné que Joseph Smith a écrit ou
dicté quatre récits de la Première Vision,
pourquoi a-t-on inséré dans la Perle de grand prix
celui de 1838 plutôt que l'un des autres ? Quelle différence
y a-t-il entre cette version de 1838 et les autres ? Et quels sont
les éléments qui confirment que l'on peut se fier au
récit de 1838 ?
Les
quatre récits de la Première Vision faits par Joseph
Smith sur une période de dix ans sont très différents
les uns des autres parce que chacun a été écrit
sous un angle différent, s'adressant à un auditoire
différent et dans un but différent.
Deux des récits (les versions de 1832 et de 1835) sont un
compte-rendu fait par des secrétaires de ce que le prophète
a dit à deux auditoires différents et sont restés
au stade de brouillon sans avoir été préparés
ni révisés en vue de leur publication. Les deux derniers récits
ont été écrits et préparés par
Joseph Smith et ont été publiés à
l'origine au printemps de 1842.
Le récit de 1838 a été
écrit dans le cadre de l'histoire de l'Église par
Joseph Smith ; l'autre, contenu dans la « lettre à
Wentworth », a été écrit à la
demande de non-mormons et essentiellement pour des non-mormons. Bien que la
partie historique de la lettre à Wentworth, que Joseph Smith a
composée avec l'aide d'autres personnes, n'ait pas été
incluse dans la Perle de grand prix, les treize déclarations
de foi qu'elle contient ont été incluses dans les Écritures
modernes.
L'histoire
que Joseph Smith entreprit le 30 avril 1838 à Far West
(Missouri) fut écrite dans le cadre d'une histoire officielle
de l'Église ; elle était probablement
terminée dès le 2 mai 1838 et fut publiée à
l'origine en 1842, à Nauvoo, dans le Times
and Seasons,
quand Joseph Smith était rédacteur de cette
publication. Au point de vue littéraire, c'est le meilleur des
quatre récits. Écrit dans la langue (c'est-à-dire
le style ou l’usage des mots) de Joseph Smith, c’est un
récit qui reflète les écrits inspirés
d'un prophète de Dieu plutôt que le langage maladroit
d'un Américain ayant peu d'instruction.
Joseph Smith non
seulement composa ce récit du point de vue de quelqu'un qui a
une conviction profonde (en accord avec tous les autres récits),
mais il se servit de mots et d’expressions qu’utilisent
les hommes de lettres.
Le
récit de 1838 n'est pas seulement un chef-d'œuvre
littéraire reflétant l'œuvre d'un prophète
inspiré ; il contient le compte-rendu le plus complet de
la Première Vision et donne davantage de renseignements sur la
parution du Livre de Mormon et le rétablissement de l'autorité
de Dieu que n'importe laquelle des autres histoires composées
par Joseph Smith.
Tous
les récits de la Première Vision faits par Joseph Smith
contribuent à notre compréhension de cette expérience
sacrée. Pour mieux comprendre le contenu du récit de
1838, nous devons examiner cette version en rapport avec les autres
récits.
Chacun
des récits de la Première Vision met l'accent sur
quelque chose de différent dans les circonstances qui ont
précédé la théophanie de Joseph près
de Palmyra. Dans le récit de 1832, par exemple, Joseph met
l’accent sur le fait que son désir d'obtenir la
rémission de ses péchés l'avait amené à
étudier les Églises. Cette recherche, dit-il, continua
pour lui de douze à quinze ans.
Pour être plus précis,
Joseph écrit que son esprit devint sérieusement
préoccupé en ce qui concerne les questions capitales du
bien-être de son âme immortelle, ce qui l’amena à
sonder les Écritures. On lui avait enseigné et il
croyait qu'elles contenaient la parole de Dieu. Il n'était pas
seulement affligé parce qu'il se rendait compte qu'il était
pécheur, mais aussi préoccupé de ce que
l’humanité n'allait pas vers le Seigneur. Joseph dit : «
Je me lamentai sur mes péchés et sur les péchés
du monde ». C'est pourquoi il invoqua le Seigneur
pour obtenir miséricorde, car il n'y avait personne d'autre
vers qui il pouvait se tourner pour l’obtenir.
La
deuxième version de sa théophanie se trouve dans le
journal personnel de Joseph de 1835 et est très différente
de celle de 1832. Cette inscription dans son journal personnel était
aussi le résumé par un secrétaire d'une longue
conversation entre Joseph Smith et Robert Matthews, également
connu sous le nom de Matthias, et qui s'était tout d'abord
déguisé à Kirtland en se donnant le nom de
Joshua, le prophète juif. Ce que nous
avons est la version abrégée écrite par
Warren Parrish. Il y a une ressemblance entre
certaines des idées du journal personnel de 1835 et les
informations contenues dans la lettre à Wentworth et
implicites dans l'histoire de 1838. C'est probablement en 1835 que Joseph Smith a
déclaré ce qui suit :
« Ayant
l'esprit agité concernant le sujet de la religion, en
regardant les différents systèmes enseignés aux
enfants des hommes, je ne savais pas qui avait raison ou tort, mais
je considérais que c'était de toute première
importance pour moi d'avoir raison, dans un domaine aussi important,
domaine comportant des conséquences éternelles. Ainsi
donc, ne sachant que penser, je me retirai dans le bosquet silencieux
et me prosternai devant le Seigneur, pleinement conscient qu’il
avait dit (si la Bible était vraie) : 'Demandez et vous
recevrez, frappez et l'on vous ouvrira, cherchez et vous trouverez',
et en outre, 'si quelqu'un manque de sagesse, qu'il la demande à
Dieu qui donne à tous libéralement et sans reproche'.
»
Il
y avait, dans la lettre à Wentworth, un bref passage sur les
réflexions du jeune garçon de quatorze ans sur la
nécessité de se préparer pour un état
futur, mais l'idée maîtresse de ce récit présenté
à un auditoire non mormon était le sentiment
d'incertitude qu'il éprouvait et qui découlait de
l'affrontement des opinions religieuses en Amérique. «
Si je me
rendais dans une société, observa-t-il, on me renvoyait
à un plan, une autre à un autre, chacune disant de sa
doctrine qu'elle était le summum
bonum de
la perfection. Considérant que toutes ne pouvaient pas avoir
raison et que Dieu ne pouvait pas être l'auteur de tant de
confusion, j'ai décidé d'étudier la question
d'une manière plus complète, croyant que si Dieu avait
une Église, elle ne serait pas divisée en factions. »
Le
récit de 1838 (JS-H v. 5-20) contient l'exposé
le plus détaillé, que Joseph ait rédigé, du
cadre historique de son expérience religieuse. C'est le seul
récit qui décrive une situation religieuse bien
déterminée dans la région où il vivait.
Dans cette version, le prophète mentionne que son esprit fut
amené à réfléchir sérieusement
face à l'agitation religieuse de son voisinage et fut
travaillé par les difficultés extrêmes causées
par les disputes de ces partis de zélateurs religieux.
Ensuite il donne quelques détails sur l'excitation religieuse
qui se produisait au moment de sa vision.
Il déclare que la
deuxième année de l'installation de sa famille à
Manchester (qui s'appelait Farmington en 1820 mais était
devenu Manchester en 1839), « il y eut, dans l'endroit où nous vivions, une agitation peu
commune à propos de la religion. Elle commença chez les
méthodistes, mais devint bientôt générale
chez toutes les confessions de cette région du pays. En effet,
toute la contrée paraissait en être affectée, et
de grandes multitudes s'unirent aux différents partis
religieux, ce qui ne causa pas peu de remue-ménage et de
divisions parmi le peuple (JS-H, v 5).
Il
ne parle pas seulement de la guerre des mots, mais cite les groupes
religieux impliqués dans le conflit d'opinions, disant qu'ils
étaient méthodistes, baptistes et presbytériens.
C'est le seul récit dans lequel il dit qu'il penchait
personnellement pour le méthodisme tandis que sa mère
Lucy, ses frères Hyrum et Samuel et sa sœur Sophronia se
convertirent à la religion presbytérienne. En outre,
c'est le seul récit dans lequel Joseph mentionne que c'était
la première fois de sa vie qu'il tentait de prier à
voix haute, voulant dire que c'était la première fois
qu'il essayait de suivre l’exhortation de Jacques en ce qui
concerne ses anxiétés. Et c'est le seul récit
dans lequel le prophète donne le moment de la vision : «
C'était le matin d'une belle et claire journée du début
du printemps de mil huit cent vingt. » (JS-H, v. 14)
Dans
les récits de 1835 et de 1838, il y a une allusion à la
rencontre de Joseph Smith avec l'adversaire. Selon le récit de
1835,
« je fis une tentative vaine de prier. Ma langue semblait être
enflée dans ma bouche, de sorte que je ne pouvais m'exprimer,
j'entendis un bruit derrière moi comme si quelqu'un
s'approchait de moi. Je m'efforçai de nouveau de prier, mais
ne le pus ; le bruit des pas semblait se rapprocher, je me relevai
d'un bond et regardai autour de moi, mais ne vis personne ou chose
susceptible de produire le bruit de pas. Je m'agenouillai de nouveau,
ma bouche fut ouverte et ma langue déliée ; j'invoquai
le Seigneur avec ferveur. »
Il
raconte un fait semblable en 1838 en utilisant des termes différents.
Il dit, dans Joseph Smith – Histoire, qu’après
s’être agenouillé pour prier, il fut saisi par une puissance qui le domina entièrement. Des ténèbres
épaisses l'environnèrent, et il lui sembla un
moment qu'il était condamné à une destruction
soudaine (v. 15). Mais au moment même où il
était prêt à sombrer dans le désespoir et
à s'abandonner à la destruction, il vit une colonne de
lumière au-dessus de sa tête (v. 16).
Le
récit de 1838 est le seul compte-rendu de la Première
Vision dans lequel Joseph Smith identifie clairement les personnages
qui lui sont apparus. Il voulait probablement parler du Père
quand il dit en 1832 qu’il invoqua « le Seigneur »
qui ouvrit les cieux, mais l'accent, dans ce récit-là,
était mis sur le message du pardon accordé par le
Sauveur. Dans les deux récits composés pour des
non-mormons (ceux de 1835 et de 1842), Joseph mentionne l'apparition
de deux personnages célestes sans les identifier. Dans le
récit de 1842, il ajoute qu'ils se ressemblaient de visage et
d’aspect, et la version de 1835 de son journal personnel signale
que, pendant sa vision, il vit aussi beaucoup d'anges.
Dans le récit
de 1838, il déclare qu'il vit « deux personnages, dont
l'éclat et la gloire défient toute description... L'un
d'eux me parla, m'appelant par mon nom et dit, en me montrant l'autre
: Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoute-le ! » (JS–H, v. 17). Rien ne permet de croire que Joseph a changé cette
histoire sur la base d'une évolution dans son attitude à
l'égard de la Divinité. Il semble au contraire évident
que Joseph Smith hésite à identifier les personnages
quand il raconte cette expérience à des personnes
extérieures à l'Église. Certains critiques
croyaient que tout était possible à Dieu sauf
apparaître à Joseph Smith.
Il semble, dans les deux
documents non mormons contenant le dernier récit de la
Première Vision composé par Joseph Smith, que le
prophète ne voulait pas intensifier les critiques du public à
l’égard de cette expérience sacrée en
disant qu’il s’agissait du Père et du Fils.
Il
y a une harmonie certaine dans les messages des différentes
versions de la Première Vision, adaptées à
l'auditoire auquel chaque récit s'adressait et au but dans
lequel chacun d’eux avait été écrit. Dans
le récit le plus complet qu’il a fait, celui de 1838,
Joseph Smith conclut en disant qu'il a appris beaucoup d'autres
choses. À aucun moment il n’a expliqué tout ce
qu'il avait appris pendant cette théophanie près de
Palmyra. Pourtant tous les récits contiennent des parties de
ce message sacré et, en examinant toutes ces versions, on peut
obtenir une meilleure compréhension des vérités
exposées en 1820 et de certaines des autres choses que Joseph
a apprises dans le bosquet sacré.
Dans
l’esquisse de 1832, ce qui ressort le plus, c’est le
désir de Joseph Smith d'obtenir la rémission de ses
péchés. Pour cette raison, dans ce récit, le
prophète dit que Jésus lui pardonna ses péchés,
ajoutant qu'il apprit, à ce moment-là, que Jésus
avait pris sur lui les péchés de l'humanité. Il
dit en outre que le Rédempteur reviendrait sur la terre.
À propos de l’état de la religion, le prophète donne la parole au Seigneur comme suit : « Le
monde
est actuellement dans le péché et il n'y a personne qui
fasse le bien, non pas un seul. Ils se sont détournés de
l'Évangile et ne gardent pas mes commandements. Ils
s'approchent de moi des lèvres tandis que leur cœur est
loin de moi. Ma colère est allumée contre les
habitants de la terre pour intervenir contre eux à cause de cette impiété
et pour réaliser ce qui a été dit par la bouche des
prophètes et des apôtres. »
L'information
sur le message de 1820 est presque absente dans le récit du
journal personnel de 1835. Warren Parrish n’a écrit que
deux brefs commentaires concernant les vérités révélées
pendant la Première Vision. Les deux apparaissent dans
l'histoire de 1835 :
«
Il [l’un des personnages qui apparurent à Joseph Smith]
me dit tes péchés sont pardonnés [et]
Jésus-Christ est le Fils de Dieu ». Le
fait que le message qui allait apparaître dans une histoire
publiée plus tard ait été omis, conférant
à ce texte un caractère incomplet, peut s'expliquer
par l'horaire très chargé des frères, pour
lesquels la mise par écrit d'informations dans le journal
personnel de Joseph n'était que l'une de leurs nombreuses
responsabilités et activités.
Dans
la lettre à Wentworth, qui contient le deuxième récit
le plus court de cette théophanie, le prophète met
l'accent sur le message fondamental qu'il désirait transmettre
aux non-mormons concernant cette expérience, à savoir que l’Église du Christ n'était pas en fonction en
1820. « Ils [les Personnages célestes] me dirent, explique-t-il,
que
toutes les confessions religieuses croyaient en des doctrines
incorrectes et qu'aucune d'elles n'était reconnue de Dieu
comme étant son Église et son royaume. Et il me fut
expressément commandé de ne pas me joindre à elles. »
En outre, c'est
le seul récit dans lequel il y ait une allusion précise
à l'appel de Joseph comme prophète. Il témoigne
que pendant cette vision il lui fut promis que la plénitude
de l'Évangile lui serait un jour révélée.
Les
instructions les plus spécifiques du Sauveur concernant la
situation générale des Églises au moment de la
Première Vision se trouvent dans le récit composé
dans le cadre de l'histoire officielle de l'Église de 1838.
Les déclarations les plus percutantes et les plus sévères
n'apparaissent dans aucune autre version.
Joseph écrit
qu'après avoir demandé laquelle de toutes les
confessions avait raison, le Seigneur lui dit qu'elles étaient
toutes dans l’erreur. Leurs credo, ajouta le Seigneur,
« étaient une abomination à ses yeux »
et leurs « docteurs étaient tous corrompus »
(JS–H, v. 19). Au lieu du mot « abomination », la
lettre à Wentworth utilise une formule atténuée
: « Toutes les confessions religieuses croyaient en des
doctrines incorrectes »).
Ensuite, citant une Écriture
mentionnée dans le récit de 1832, le Seigneur continue
comme ceci dans le texte de 1838 : « Ils
s'approchent de moi du bout des lèvres, mais leur cœur
est éloigné de moi » (JS-H, v. 19 ; cf.
Ésaïe 29:13 ; Luc 6:46). Ensuite il inclut un autre
passage des Écritures (parfois employé pour étayer
la croyance des saints des derniers jours en l'apostasie) que l'on ne
trouve dans aucun autre récit de la Première Vision :
Ils ont « une forme de piété, mais ils en nient
la puissance. » (JS-H, v. 19 ; cf. 2 Tm 3:5)
Bien
qu’il soit fait allusion, dans le récit de 1832, à
la paix que Joseph ressentit après la vision, ce n'est que
dans le récit de 1838 qu'il est question de la réaction
négative des autres quand il raconte ce qui lui est arrivé.
Dans ce récit, il mentionne spécifiquement l'opposition
du prédicateur méthodiste. Mais les persécutions
ne se limitèrent pas à un seul homme ni à un
seul culte, comme l'explique Joseph Smith dans le récit de
1838 :
« Il
était
bien étrange qu'un garçon obscur, d'un peu plus de
quatorze ans… fût jugé assez important pour
attirer l'attention des grands des confessions les plus populaires du
jour, et ce, au point de susciter chez eux l'esprit de persécution
et d'insulte le plus violent… J'ai pensé depuis que je
devais ressentir plus ou moins la même chose que Paul quand il
se défendit dans le roi Agrippa et qu'il raconta la vision
qu'il avait eue, lorsqu'il avait aperçu une lumière et
entendu une voix; et cependant, il y en eut peu qui le crurent; les
uns dirent qu'il était malhonnête, d'autres dirent qu'il
était fou; et il fut ridiculisé et insulté. Mais
tout cela ne détruisait pas la réalité de sa
vision. » (JS-H, v.23-24)
Ensuite,
rendant témoignage d'un des événements les plus
importants des annales de l'histoire, Joseph Smith, sous
l'inspiration du Tout-Puissant, témoigna au monde en des
termes que l'on aurait cru être au-delà de ses capacités
limitées de s'exprimer :
Il en était de même pour moi. J'avais réellement
vu une lumière, et au milieu de cette lumière, je vis
deux Personnages, et ils me parlèrent réellement [ou
l’un des deux lui parla]; et quoique je fusse haï et
persécuté pour avoir dit que j'avais eu cette vision,
cependant c'était la vérité… je le
savais, et je savais que Dieu le savait, et je ne pouvais le nier…
J'avais [aussi] découvert que le témoignage de Jacques
était vrai. » (JS-H, v. 25-26)
Le
récit de 1838 de la Première Vision a été
la version la plus fréquemment publiée et la plus
fréquemment citée. Après avoir été
publiée à Nauvoo, l’histoire fut réimprimée
dans le
Millennial Star
(publié en Angleterre), dans le Deseret
News
(imprimé à Salt Lake City) et dans la première
et toutes les éditions suivantes de la Perle de grand prix.
Quand
ils racontent ce qu'ils ont appris de Joseph Smith sur son expérience
sacrée de 1820, ses contemporains traitent de toutes les idées
principales que l'on trouve dans les quatre versions, mais mettent
l'accent sur davantage de notions reprises dans le récit de
1838, composé en vue de la publication, que sur ce que l'on en
trouve dans toutes les autres versions.
Comme expliqué
précédemment, une caractéristique distinctive du
récit de la Perle de grand prix est l'identification des deux
personnages. Quand elles parlent de la Première Vision, les
Autorités générales contemporaines du prophète
(comme John Taylor, Orson Pratt, George A. Smith et George Q.
Cannon) citent l'expression (ou une expression du même genre) :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoute-le ! »
(voir Journal
of Discourses, dorénavant
abrégé en JD,
vol. 7, p. 220 ; vol. 11, p. 1-2 ; vol. 12, p. 354 ; vol. 13, p. 66 ; vol. 15, p. 181 ; vol. 21, p. 65, 161 ; vol. 25, p. 156).
Dans
son article publié dans le Millennial
Star,
Orson Pratt utilise la Première Vision comme instrument pour
étayer sa croyance en la nature distincte du Père et du
Fils. Dans un article intitulé « Le Père et
le Fils sont-ils deux personnes distinctes ? » frère
Pratt se sert non seulement des passages des Écritures pour
défendre sa foi, mais cite des événements de
l'histoire de l'Église pour étayer sa conviction de la
nature distincte du Père et du Fils. Il déclare qu'en février 1832
Joseph Smith et Sidney Rigdon ont vu le Christ « à la
droite de Dieu » (D&A 76:23) et
ajoute que Joseph Smith a vu « le Père et le Fils »
pendant sa Première Vision (JD,
vol. 11, p. 281-284, 309-312).
Dans
des sermons prononcés dans le Grand Bassin après
l’émigration des saints en Utah, frère Pratt
parle aux autres des expériences sacrées que lui avait
racontées Joseph Smith, le prophète. Celui-ci,
déclare-t-il, lui avait dit que quand il avait environ
quatorze ans, « il eut une vision... [et] vit deux personnages
glorieux ; et l'un d’eux dit, en montrant l'autre : 'Voici mon
Fils bien aimé ! Écoute-le ! ». En poursuivant sa description de ce qu'il avait appris de Joseph, frère Pratt
dit que Joseph avait reçu le commandement de ne s’unir à
aucune Église et avait été informé qu’à
une époque future la plénitude de l'Évangile lui
serait manifestée. Il lui fut également dit qu'il
serait « un instrument entre les mains de Dieu pour poser les
fondements du royaume de Dieu » (JD, vol.
7, p. 220-221).
Le
thème relatif à la Première Vision qui a été
le plus souvent cité par les premiers dirigeants de l'Église
quand ils parlaient de ce sujet est que Joseph avait appris que
toutes les Églises étaient dans l’erreur et qu'il
était nécessaire de rétablir la vérité.
Brigham Young, par exemple, dit que Joseph Smith avait reçu le
commandement de ne se joindre à aucune des Églises de son époque (JD, vol.
2, p. 171), ajoutant que « le Seigneur a choisi Joseph Smith, l'a
appelé à l'âge de quatorze ans, lui a donné
des visions et l’a dirigé. » (JD, vol.
8, p. 354)
Lors
de la conférence de 1880, les dirigeants de l'Église
rendirent témoignage de la véracité de
l'expérience de Joseph Smith en 1820 telle que décrite
dans l'histoire de 1838. John Taylor, ses conseillers et beaucoup
d'autres dirigeants de l'Église qui assistaient à cette
conférence, étaient d'anciens compagnons de Joseph
Smith. En canonisant un document qui faisait partie de l'histoire de
l'Église écrite par Joseph Smith, les contemporains du
prophète déclarèrent que ce récit avait
été publié par un dirigeant inspiré et
était le compte-rendu exact d'une expérience sacrée.
Pendant
les années 1960, j'ai fait une étude sérieuse du
cadre historique de la Première Vision, qui a fourni des
preuves confirmant l'authenticité de cette histoire.
Les registres de la Western Presbyterian Church notent que Lucy,
Samuel et Hyrum en furent membres pendant les années 1820.
D'autres registres paroissiaux et articles de journaux montrent bien
qu'il y avait une excitation religieuse dans le voisinage de
l'endroit où Joseph Smith vivait et que dans toute cette
région de grandes multitudes s’unissaient aux
différentes confessions religieuses.
Joseph Smith n'a pas
écrit que ce n'est qu'à Palmyra que la population des
Églises a augmenté. Après avoir voyagé
cinq fois de l'est de l'Ohio jusque dans l'ouest du Missouri et
retour et après avoir fait à deux reprises le voyage de
l’Ohio jusque dans l'est des États-Unis, le prophète
écrivit que dans toute cette région du pays il y eut
une croissance importante de la population des Églises. Les
méthodistes utilisaient la même expression «
région du pays » pour désigner parfois de vastes
circonscriptions. L'expression région
du pays pouvait
désigner un territoire de quarante kilomètres, de
quatre-vingts kilomètres ou tout le nord de l'État de
New York.
Dans toutes les interprétations de l'expression
district ou région du pays mentionnées ci-dessus, les
registres confirment une augmentation importante de la population de
toutes les grandes confessions. La Première Vision s'est
produite pendant le deuxième grand Réveil du
« burned-over district », dans une région où
les réveils étaient habituels. Étant donné
que les chercheurs ont découvert des comptes-rendus de réveils
dans plus de cinquante localités du nord de l’État
de New York au cours de cette époque, et que plus de gens se
faisaient membres d'une Église dans le nord de l’État
de New York que dans n'importe quel autre endroit de la nouvelle
nation, les documents contemporains confirment clairement
l'exactitude de la description que fait Joseph Smith du cadre
historique de sa théophanie près de Palmyra.
Joseph
Smith, l'homme, était parfois élevé au-delà
de sa capacité de s'exprimer. Le Livre de Mormon, les
révélations publiées dans les Doctrine et
Alliances et les sélections faisant partie de la Perle de
grand prix constituent la preuve de son appel comme prophète.
Je sais que Joseph Smith était
un prophète de Dieu qui a décrit avec précision
non seulement le cadre historique de sa vision de 1820 mais, chose
bien plus importante, a développé les grandes vérités
qu'il a apprises au cours d'une des plus grandes visions de tous les
temps.
J'en témoigne.
Bibliographie
Backman,
Milton V., Jr. Eyewitness
Accounts of the Restoration.
Orem, Grandin, 1983.
—Joseph
Smith's First Vision: Confirming Evidences and Contemporary Accounts.
2e
éd. Salt Lake City, Bookcraft, 1980.
Conference
Proceedings, Millennial
Star
(15 nov 1880), vol. 42, p. 723-724.
Jessee,
Dean C., comp. Et dir. de publ. The
Personal Writings of Joseph Smith.
Salt Lake City, Deseret Book, 1984.
Journal
of Discourses.
26 vols. Londres, Latter-day Saint's Book Depot, 1855-1886.
Pratt,
Orson. « Are the Father and the Son Two Distinct Persons? »
Millennial
Star
(15 sept et oct 1849), vol. 11, p. 281-284, 309-312.