Les
procès de 1826 et 1830
contre
Joseph Smith
Analyse
de l’ouvrage de Wesley Walters :
Les
procès de Joseph Smith à South Bainbridge (New York)
par
Malin
L. Jacobs
Copyright
© 1992-1999 par Malin L. Jacobs
Note du traducteur
Dès
l'instant où Joseph Smith a commencé son œuvre,
tous les efforts ont été faits pour le discréditer
et pour le présenter comme un charlatan, le genre de personne
dont on ne peut concevoir que Dieu aurait pu le choisir comme
prophète. Sa famille et lui ont été décrits
comme des bons à rien, des paresseux vivant d'expédients.
Comme devait le dire plus tard William, frère cadet du
prophète : « Nous ne savions pas que nous étions de
mauvaises gens jusqu'à ce que Joseph se mette à avoir
des révélations ».
On a particulièrement
accusé Joseph de s'être prétendu capable de
trouver, par la magie, des trésors enterrés. Selon les
auteurs de ces dires, Joseph et ses dupes auraient fait des trous un
peu partout dans la région (un travail qui n'est pas fait pour
des paresseux, il suffit d'en creuser un pour s'en rendre compte),
mais les trésors restaient introuvables parce que les esprits
qui les gardaient les déplaçaient. Malheureusement pour
les adversaires de Joseph, ces on-dit n'étaient rien de plus
que cela. Le rêve, c'était de mettre la main sur un
document officiel qui le prouverait sans laisser le moindre doute. Ce
document, les antimormons furent persuadés de l'avoir trouvé
lorsque l'on découvrit les notes de frais d'un juge et d'un
shérif pour un procès intenté à Joseph
Smith en 1826 à South Bainbridge, où celui-ci est
qualifié de « glass looker » (celui qui regarde dans
du verre, voyant extralucide).
S'il était établi que
Joseph Smith avait été condamné en justice pour
avoir dupé des gens en se faisant passer pour un voyant
extralucide, se disaient les antimormons, sont sort serait réglé.
Manque de chance, aucune trace du contenu du procès n'a pu
être trouvée et il n'y a aucune raison de penser que
Joseph Smith ait été condamné lors de ce procès,
qui lui fut intenté par un neveu de Josiah Stowell, tout
simplement parce que ce procès ne devait être que l'un
des 46 procès vexatoires (selon Brigham Young, Journal
of Discourses vol.
14, p. 199) que ses ennemis lui ont fait pour arrêter l'œuvre
et dont aucun n'a abouti à une condamnation.
En réalité,
les procès de South Bainbridge ne sont que des incidents sans
importance, mais il nous a paru intéressant de les mentionner,
parce qu'ils sont une illustration exemplaire de la façon de
travailler des antimormons et constituent un rappel important de ce
qu'il ne faut jamais accepter passivement ce qu'ils écrivent,
aussi convaincant que cela puisse paraître à première
vue. MK
INTRODUCTION
Au
cours de l'hiver de 1974, un article écrit par le Révérend
Wesley Walters, maintenant décédé, intitulé
Joseph Smith's Bainbridge, N.Y., Court Trials.
Les procès
en justice intentés à Joseph Smith à Bainbridge
(New York) parut dans le Westminster
Theological Journal
i.
Dans cet article, le Révérend Walters s'efforçait
de montrer que, le 20 mars 1826, Joseph Smith fut condamné par
un tribunal pour voyance extralucide. Le but du présent
document est de montrer que Walters a tiré des conclusions non
justifiées à partir des indices présentés
par lui et que son but n'était pas d'apprendre la vérité
concernant les démêlés de Joseph Smith avec la
loi en 1826, mais plutôt de le discréditer comme
susceptible de devenir prophète.
LE
PROCÈS DE 1830
L'article
de Walters commence par l'examen d'un procès non contesté
de Joseph Smith, qui eut lieu en 1830. Il cite d'abord la partie du
compte-rendu du procès qui précise où et quand
le procès a eu lieu. Il ne cite pas le compte-rendu des
témoignages et du verdict fait par Smith
ii.
Puis il annonce :
« Il
y a maintenant des éléments contemporains qui
confirment le récit de ce procès par Joseph Smith. »
iii
Ces
éléments, ce sont les notes de frais du policier et du
juge. Tout ce que les notes
iv
révèlent, c'est que :
1.
La date du procès était le 1er juillet 1830
2.
L'accusation était: trouble à l'ordre public
3.
Douze témoins furent appelés
4.
Joseph Smith fut détenu un jour et reçut trois repas
5.
Dix citations à comparaître furent lancées
Les
notes ne contiennent ni témoignages ni verdict. Elles
confirment une partie de l'histoire de Smith, mais elles ne
confirment en aucune façon ce qui est le plus intéressant:
les témoignages présentés et les débats
sur l'affaire. Étant donné que les notes ne font
allusion ni au témoignage ni au verdict, elles ne confirment
ni ne réfutent cette partie de l'histoire de Smith.
Le
récit de Joseph Smith parle de persécutions religieuses
avec recours à la loi comme arme contre lui. Selon lui, le
mandat d'arrêt délivré contre lui fut présenté
juste avant l'heure prévue pour le début d'une réunion
de culte
v
et l'agent de police lui dit que l'accusation de « trouble à
l'ordre public » venait de ce qu'il prêchait le Livre
de Mormon
vi.
Smith rapporte le témoignage de Josiah Stowell :
– Le
prisonnier, Joseph Smith, ne vous a-t-il pas pris un cheval ?
– Oui.
– N'est-il
pas allé vous trouver pour vous dire qu'un ange lui était
apparu et l'avait autorisé à vous prendre le cheval ?
– Non,
il ne m'a rien dit de tel.
– Alors
comment se l'est-il procuré ?
– Il
me l'a acheté comme n'importe qui d'autre.
– Vous
a-t-il payé ?
– Cela
ne vous regarde pas
La
question ayant été posée à nouveau, le
témoin répond :
– J'ai
son billet pour le prix du cheval que j'estime comme aussi valable
que l'argent, car je connais bien Joseph Smith, fils, et je sais que
c'est un homme honnête ; et s'il le souhaite, je suis prêt
à lui céder n'importe quel cheval aux mêmes
conditions.
vii
A.
W. Benton, celui qui avait porté plainte contre Joseph Smith
pour trouble à l'ordre public, rédigea aussi un
compte-rendu de ce procès de 1830
viii.
Benton raconte aussi le témoignage de Stowell :
"Smith
vous a-t-il jamais dit qu'il y avait de l'argent caché dans un
certain endroit qu'il a mentionné ? Oui. Vous a-t-il dit que
vous pouviez le trouver en creusant ? Oui. Avez-vous creusé ?
Oui. Avez-vous trouvé de l'argent ? Non. Alors, ne vous a-t-il
pas menti et trompé ? Non. L'argent était là,
mais nous n'y sommes pas tout à fait arrivés ! Comment
savez-vous qu'il était là ? C'était Smith qui
l'avait dit
! » ix
Les
comptes-rendus du témoignage de Stowell fournis par Benton et
Smith n'ont rien en commun. Laquelle des versions rend exactement ce
qui s'est dit au tribunal ou est-ce que Smith et Benton, pour des
raisons différentes, citent des parties différentes du
témoignage de Stowell, toutes les deux étant exactes ?
Il est impossible de le dire sur la base des notes de frais, car
elles ne disent rien sur les témoignages.
Et
le verdict ? Smith dit qu'il a été acquitté
x.
Benton ne mentionne pas le verdict.
Notez
la façon dont Walters traite les détails du procès
de 1830 :
1.
Il cite Smith quand il s'agit de l'accusation, de l'arrestation, du
moment du procès, du nom du juge et de celui d'un témoin
(Stowell). Il dit aussi que les filles de Stowell étaient
témoins. Il ne donne pas d'autre information provenant de
Smith ni de sources favorables à Smith.
2.
Il cite le compte-rendu que fait Benton des témoignages, ce
qui incite le lecteur à croire que ce récit est complet
et exact. Il mentionne que Smith a fait un compte-rendu des
témoignages, mais il laisse entendre qu'il n'est pas exact :
« On
pourrait vérifier l'exactitude de cette information si l'on
pouvait trouver le registre des jugements rendus par le juge
Chamberlin. »
xi
3.
S'il est vrai qu'il dit que c'est Benton qui a porté plainte
contre Smith pour trouble à l'ordre public
xii,
il ne le mentionne qu'au passage et n'attire pas particulièrement
l'attention là-dessus. Combien, parmi les lecteurs de Walters,
remarqueront que les seules informations qu'il donne concernant les
témoignages rendus au procès viennent justement du
plaignant ?
4.
Le reste des réflexions de Benton, que Walters se garde bien
de citer, montre que Benton avait une forte aversion pour les mormons
en général et pour Smith en particulier et qu'il les
croyait capables de mentir sous serment au tribunal
xiii.
Ce qu'il fait, en ne fournissant pas cette information, c'est cacher
les sentiments antimormons de Benton à ses lecteurs et leur
donner l'impression que Benton est impartial.
5.
En citant à la fois des sources mormones et non mormones,
Walters semble être neutre vis-à-vis des deux groupes.
Mais regardez mieux ! Ce qu'il cite dans les sources mormones, ce ne
sont que les détails mécaniques du procès. Aussi
importants que soient ces renseignements, ils ne constituent pas les
données cruciales : les témoignages et le verdict.
Celles-ci, c'est le compte-rendu fort partial de Benton qui les
fournit au lecteur. Walters a
l'air
d'être équitable avec les deux parties alors qu'en
réalité il pousse ses lecteurs à accepter
l'interprétation antimormone du procès donnée
par Benton.
6.
La conclusion de Walters, basée
sur le compte-rendu du procès de 1830 par Benton
est que:
« Il
ne fait plus aucun doute qu'avant d'imprimer et de vendre le Livre de
Mormon, il [Smith] gagnait partiellement sa vie en cherchant des
trésors cachés par la clairvoyance. »
xiv
Cette
conclusion n'est pas justifiée par les faits, même quand
elle est présentée avec les déformations propres
à Walters. Voici son raisonnement :
1.
Nous avons maintenant des notes de frais qui confirment que Smith a
été jugé pour trouble à l'ordre public en
1830.
2.
Ces notes montrent que c'est le compte-rendu des témoignages
fait par Benton qui est exact et que son affirmation que Smith jouait
les voyants extralucides est tout à fait vraie.
3.
Nous savons donc que Smith était voyant extralucide avant
l'impression du Livre de Mormon.
Malgré
cinq pages de commentaires, Walters ne montre pas comment l'existence
des notes de frais prouve que le compte-rendu du procès par
Benton et les déclarations sur la clairvoyance de Smith sont
exactes. Walters utilise sélectivement les indices dans un
plaidoyer tendancieux pour convaincre le lecteur que l'existence des
notes de frais prouve que les histoires antimormones qui font de
Smith un voyant extralucide sont vraies, alors qu'en fait elle ne
prouve rien de tel. Ses lecteurs doivent se poser plusieurs questions
concernant ses méthodes:
1.
Pourquoi n'évalue-t-il pas les réflexions de Benton à
la lumière du fait que c'est celui-ci qui a porté
plainte contre Smith et qu'il n'avait rien à faire de Smith ni
des mormons ?
2.
Pourquoi ne mentionne-t-il pas le compte-rendu des témoignages
au procès fourni par Smith comme il le fait pour Benton ?
Puisqu'il y a eu des escrocs religieux, un chercheur objectif
admettra que Benton pourrait bien dire la vérité. Mais
il est également prouvé qu'il y a eu des cas de
persécutions religieuses. Le compte-rendu de ce procès
fait par Smith devrait être proposé à
l'évaluation du lecteur.
3.
Pourquoi présente-t-il les affirmations de Benton sous leur
meilleur jour et laisse-t-il entendre, sans raison aucune, que les
déclarations de Smith ne sont pas dignes de confiance ?
Je
propose trois réponses à ces questions :
1.
Walters n'était pas un historien neutre essayant de déterminer
ce qui s'était passé entre Smith et la loi. Au
contraire, il était prévenu contre Smith et cherchait à
le discréditer.
2.
Il voulait que les lecteurs acceptent comme un fait établi que
Smith était voyant extralucide malgré la pauvreté
des indices utilisés pour soutenir cette affirmation.
3.
Il voulait que le lecteur accepte son raisonnement tordu selon lequel
les notes de frais prouveraient le compte-rendu antimormon du procès
de 1830. C'est
un élément crucial pour son traitement du procès
de 1826.
LE
PROCÈS DE 1826
Ayant
tiré la conclusion que Smith était effectivement un
voyant extralucide et une fripouille, Walters va pouvoir s'attaquer
au procès de 1826. Il commence par citer de nouveau Benton à
propos des fouilles faites par Smith en 1825 pour trouver de l'argent
pour Stowell à l'aide de sa clairvoyance
xv.
Ensuite, il présente les notes de frais du juge et de l'agent
de police en disant :
« La
découverte… de deux notes de frais des fonctionnaires
qui ont participé en 1826 à l'arrestation et au procès
de Joseph Smith à South Bainbridge confirme cette histoire
sans l'ombre d'un doute. »
xvi
Les
notes de frais
xvii
confirment que :
1.
Smith a comparu devant le tribunal sur une accusation de délit
non spécifié.
2.
Les honoraires du juge s'élevaient à $ 2.68.
3.
La comparution devant le tribunal a eu lieu le 20 mars 1826.
4.
Smith a été détenu deux jours et une nuit.
5.
Douze témoins ont été cités à
comparaître.
6.
Deux juges ont été notifiés.
7.
Le shérif avait un mandat de dépôt.
Encore
une fois, aucun témoignage, aucun verdict n'est enregistré.
Walters insiste sur le fait que le terme "the glass looker"
(le voyant extralucide) sur la note de frais du juge Neely prouve que
Smith était effectivement un voyant extralucide et, à
titre de confirmation, renvoie dans une note de bas de page à
une déclaration d'Isaac Hale, beau-père de Smith, dans
laquelle Hale dit que Smith se qualifiait de « glass-looker »
(voyant extralucide)
xviii.
Quand on compare la déclaration de Hale et l'histoire de
Joseph Smith, on constate que Walters tire de nouveau des conclusions
non justifiées et ne révèle pas des
renseignements sur Hale dont le lecteur a besoin pour évaluer
correctement la déclaration de celui-ci. Il faut que le
lecteur sache que :
1.
La famille Smith disait que la réputation de chercheur d'or de
Joseph Smith tirait
son origine
de son travail chez Stowell à la fin de l'année 1825.
Selon la famille, Stowell avait engagé Joseph pour l'aider à
trouver une mine.
xix
2.
La déclaration de Hale n'a pas été faite au
moment des soi-disant activités de recherche de trésors
et de voyance extralucide, mais date de 1834 après
que Smith s'était fait des ennemis à cause de la
publication de Livre de Mormon et de la fondation d'une Église.
Hale,
méthodiste dévot, considérait Joseph Smith comme
un escroc religieux.
xx
En
soulignant le fait que Hale était le beau-père de
Smith, Walters espère convaincre le lecteur que Hale et Smith
étaient suffisamment amis pour que Smith se confie à
Hale, qui était donc en mesure de connaître de première
main ce que Smith faisait. En réalité, Smith avait pris
pension chez les Hale pendant qu'il travaillait pour Stowell. Hale
n'approuvait pas le métier de Smith, qui consistait à
l'époque à aider Stowell à chercher une mine et
refusa à Joseph la permission d'épouser sa fille.
xxi
En
janvier 1827, Emma, qui avait alors vingt-deux ans, s'enfuit avec
Joseph
xxii,
à la grande contrariété de son père.
Smith irrita de nouveau Hale en refusant de lui montrer ce qui était
censé être les plaques à partir desquelles le
Livre de Mormon avait été tiré.
xxiii
Hale
n'est donc pas un témoin neutre. Il avait plusieurs sujets de
rancœur vis-à-vis de Smith et le considérait
comme un charlatan religieux. Cela n'empêche pas Walters de
laisser croire que cette soi-disant description de soi-même
comme voyant extralucide vient d'une source neutre, voire même
amicale envers Smith.
Walters
dit que Smith se qualifie lui-même de voyant extralucide,
pourtant il ne propose aucune déclaration de Smith dans
laquelle il se désignerait comme tel. Il cite au contraire
Hales, qui cite soi-disant Smith huit ans après les faits. Il
a donc recours à un on-dit vieux de huit ans. Cette façon
d'utiliser les citations est typique des écrivains antimormons
– citer quelqu'un d'autre qui cite soi-disant ce que Smith est
supposé lui avoir dit en secret et en conclure sans autre
confirmation que Smith a effectivement dit ce qu'on lui attribue.
xxiv
En
fournissant la déclaration de Hales selon laquelle Smith se
serait désigné lui-même comme voyant extralucide,
sans donner au lecteur le contexte nécessaire pour évaluer
la déclaration, Walters espère qu'il acceptera comme
évidence absolue que Smith en était effectivement un.
À ma
connaissance, personne n'a encore présenté
des éléments de preuve légitimes, provenant de
Smith lui-même ou de sources connues pour être favorable
à Smith, de ce qu'il se soit jamais qualifié lui-même
de voyant extralucide. Les documents provenant soi-disant de sources
amicales, qui disent que Smith se livrait à ce genre
d'activité (la lettre de 1825 de Smith à Josiah Stowell
et la lettre de 1830 dite « à la Salamandre » de
Martin Harris à W. W. Phelps) se sont de avérés
être des faux modernes créés par le faussaire
Mark Hofmann.
xxv
Il
convient ici de poser une autre question: Est-il possible d'expliquer
l'utilisation du terme « glass looker » dans la note
d'honoraires de Neely et dans la déclaration de Hale d'une
manière qui cadre avec le récit que la famille Smith
fait de cette période de sa vie ? Selon les Smith :
1.
L'ange montra à Joseph les plaques et l'urim et le thummim en
septembre 1823. Ils étaient enterrés dans le sol dans
un coffre de pierre. Joseph ne fut pas autorisé à les
prendre, mais dut revenir chaque année, pendant quatre ans,
pour recevoir des instructions de Moroni.
xxvi
2.
Joseph continua, à partir de ce moment-là, à
recevoir des instructions du Seigneur.
xxvii
3.
Le 22 septembre 1824, Smith essaya de sortir les plaques. Elles
disparurent lorsqu'il les déposa pour voir si quelque chose
ayant une valeur monétaire avait été conservé
avec elles.
xxviii
4.
Alarmé, Smith pria et fut réprimandé par Moroni
pour n'avoir pas suivi les instructions. En levant de nouveau les
yeux, il vit les plaques et tenta de les prendre, mais fut repoussé
avec une grande violence.
xxix
5.
Tous ces événements furent racontés à la
famille.
xxx
Sur
quoi les histoires provenant de sources hostiles insistent-elles à
propos de Smith ?
6.
Smith passa des années à rechercher des trésors
dans la terre (les plaques ?)
7.
Des pierres de voyant furent utilisées pour trouver
l'emplacement du trésor (l'urim et le thummim ?)
8.
Smith ne pouvait jamais parvenir jusqu'au trésor parce que :
a.
Dès qu'il creusait jusque-là, le trésor
disparaissait (voir le n° 3 ci-dessus) ou
b.
Quand il y parvenait, un tremblement de terre le déplaçait
(voir n° 4 ci-dessus) ou
C.
un esprit le gardait (l'ange Moroni ?)
9.
Il y avait une sorte de cérémonie religieuse pour lui
permettre de se procurer le trésor (la prière ?)
Les
parallèles entre le récit de Smith et les récits
antimormons sautent aux yeux. Joseph Smith recommanda à sa
famille de ne pas répéter à qui que ce soit ce
qu'il lui racontait, mais au fil des années, des bruits
allaient inévitablement se répandre. Ce fut en effet la
rumeur que Smith pouvait discerner des choses invisibles à
l'œil nu qui incita Stowell à louer ses services pour
découvrir une vieille mine espagnole qui était censée
se trouver sur son terrain
xxxi.
Si ce que la famille Smith raconte sur les activités de Joseph
représente la vérité, on peut s'attendre à
ce que les sceptiques et les autres incroyants répandent des
bruits de chasse au trésor, de recherche d'argent et de
clairvoyance.
Il
existe au moins deux explications à la présence de
l'expression « glass looker » dans la déclaration de
Hale et sur la note de frais du juge Neely. Les deux, qui sont
diamétralement opposées, sont :
1.
Les récits antimormons disent vrai et Smith se livrait
véritablement à la recherche d'argent et à la
voyance extralucide.
2.
Le récit de Smith dit vrai, ce sont les incroyants qui ont
fait courir des bruits sur la découverte des plaques du Livre
de Mormon et de l'urim et du thummim (et la façon dont il
fallait les utiliser), bruits qui sont devenus des histoires de
recherche d'argent, de pierres de voyant et de clairvoyance.
Si
les deux explications peuvent également être à
l'origine du terme « glass looker », on peut se servir de la
présence de ce terme sur la note de frais de Neely pour
déterminer laquelle de ces explications (ou une combinaison
des deux) représente la vérité. Walters part du
point de vue que la seule chose qui aurait pu valoir à Smith
la réputation de « glass looker », c'était le
fait qu'il en était véritablement un. C'est de la
sottise.
LES COMPTES-RENDUS DU
PROCÈS DE 1826
Le
premier compte-rendu du procès à être publié
fut un article de Charles Marshall, qui parut en février 1873
en Angleterre, dans le magazine Frasers.
Marshall prétendait avoir copié le compte-rendu dans le
document original en la possession d'une femme de Salt Lake City,
dont il ne donnait pas le nom. L'article de Frasers
fut réimprimé en avril 1873, à New York, dans le
magazine Eclectic.
En
1877, William D. Purple rédigea ses souvenirs personnels du
procès, au cours duquel il prétendait avoir pris des
notes. Cela fut publié le 3 mai 1877 dans le Chenango
Union.
En 1883, l'évêque Daniel Tuttle publia, dans la New
Scharf-Herzog Encyclopedia,
une copie du soi-disant « registre officiel des jugements ».
Il disait l'avoir obtenu d'Emily Pearsall, nièce du juge
Neely, qui travaillait à la mission épiscopalienne en
Utah. C'était probablement d'elle que Marshall avait obtenu
son information. Tuttle dit plus tard qu'il avait donné le
manuscrit original du registre du procès aux méthodistes.
Ils en imprimèrent une copie en 1886 dans le Utah
Christian Advocate.
Le manuscrit disparut ensuite et personne ne l'a plus jamais
retrouvé. Il fut en tous temps entre les mains des non-mormons
et il n'existe aucune indication qu'un mormon l'ait jamais examiné.
Les
mormons ont affirmé qu'il y avait quelque chose de louche dans
ce soi-disant compte-rendu du procès. En 1831, Benton avait
dit que Smith avait eu des démêlés avec la loi
quelques années auparavant. De 1826 à 1877, Purple
aurait parlé à beaucoup de personnes du procès,
racontant dans le détail les témoignages et le verdict
xxxii.
Pourtant le procès n'est mentionné nulle part entre
1826 et 1873, à part la vague allusion de Benton en 1831 et
une allusion encore plus vague faite en 1842 par Joel King Noble
xxxiii.
Noble prétend que Smith fut condamné par le tribunal,
mais cela ne prouve pas que Smith fut reconnu coupable. D'après
John Reid, l'avocat de Smith lors du procès de 1830, Smith fut
condamné par le tribunal (c'est-à-dire qu'il reçut
une réprimande) en dépit du fait que l'on venait de le
déclarer non
coupable.
xxxiv
Il
faut se souvenir qu'à partir de 1830, les antimormons se sont
acharnés à trouver tout ce qu'ils pouvaient pour salir
Smith. Aucun de ces chercheurs de vérité n'a jamais
signalé avoir parlé à quelqu'un qui aurait
assisté au procès ni à aucun de ceux à
qui Purple avait parlé du procès ni à Purple
lui-même.
En
outre, Isaac Hale, chez qui Smith avait pris pension pendant qu'il
travaillait pour Stowell, n'a jamais parlé du procès de
1826, alors qu'il a fait plusieurs déclarations hostiles
concernant Smith et sa religion. Il est vrai que l'absence de preuves
ne peut en aucune façon démontrer de manière
concluante que le soi-disant compte-rendu du procès n'est pas
exact ; mais si, comme le déclare ce soi-disant compte-rendu,
Smith a reconnu être voyant extralucide et charlatan, il semble
incroyable qu'il n'ait paru que de vagues allusions au procès
avant 1873. Le moindre indice tendant à montrer que Smith
avait effectivement été trouvé coupable de
charlatanisme aurait incité ses ennemis à tout
retourner pour en découvrir la preuve.
D'autre
part, s'il y a eu un procès et que Smith ait été
acquitté, l'existence du procès ne pourrait pas être
utilisée contre lui. Ses ennemis n'auraient aucune raison de
suivre cette piste. Étant donné que ni Benton ni Noble
ne fournissent le verdict, leur déclaration ne constitue pas
une preuve concernant le résultat du procès. Ce qu'ils
disent, c'est que Smith fut « condamné », ce qui peut
simplement vouloir dire, comme c'est le cas du procès de
1830, qu'il n'y avait aucune preuve de sa culpabilité, mais
que le tribunal, ne croyant pas au récit de ses activités
religieuses, lui fit une réprimande et rendit une ordonnance
de non-lieu. On notera, et cela confirme notre interprétation,
que le témoin oculaire Purple affirme que Smith fut acquitté
en 1826, déclaration qui contredit formellement le soi-disant
registre des jugements.
Avant
la découverte de la note de frais de Neely, plusieurs auteurs
mormons avaient tiré la conclusion qui n'y avait pas eu de
procès en 1826
xxxv.
Cette conclusion était basée sur les contradictions des
différents comptes-rendus du procès, des irrégularités
dans la procédure supposée et de la disparition des
documents originaux, s'ils avaient existé. En l'absence de
toute preuve écrite de ce que le procès avait
réellement eu lieu, ces auteurs étaient tout à
fait justifiés dans leurs conclusions, compte tenu surtout du
fait que c'étaient les non-mormons qui avaient la main-mise
complète sur les documents existants. La comparaison du récit
de Purple avec ce qu'on prétend être le registre des
jugements donne beaucoup de raisons de se montrer méfiant.
Mais
maintenant nous avons la preuve qu'une procédure judiciaire
xxxvi
d'une sorte ou d'une autre a effectivement eu lieu en 1826. Une fois
de plus, Walters déduit incorrectement que le simple fait de
l'existence des notes de frais prouve d'une façon ou d'une
autre que les comptes-rendus imprimés de ce procès sont
exacts. Les chiffres des frais qui apparaissent dans l'article de
Frasers
démontrent que Tuttle a effectivement eu un document qui avait
un lien avec le procès. Ce document a disparu et tout ce que
l'on a, ce sont des textes imprimés que l'on dit être
des copies exactes.
Nibley
a consacré 23 pages
xxxvii
et Kirkham en a consacré plus de 120 au procès
xxxviii. Ces hommes ont soulevé beaucoup de questions concernant
l'authenticité du texte imprimé que l'on prétend
être le registre des jugements. Walters prend sept pages pour
traiter superficiellement de quelques-unes seulement de ces questions
xxxix.
Or, ses lecteurs n'ont aucun moyen de savoir que, pour la plupart, ce
sont là les objections les moins importantes soulevées
par ces mormons. Une fois de plus, Walters a
l'air
de tenir compte équitablement des deux aspects du problème,
alors qu'en réalité il ne fait qu'utiliser un
raisonnement tendancieux pour étayer son point de vue que
Smith était un charlatan, sans tenir compte des éléments
qui vont en sens contraire.
L'objection
la plus importante que Walters examine est la thèse mormone
que Marshall ou Tuttle ont pu changer le document avant sa
publication
xl.
Il écarte ceci au passage en faisant observer que le
changement aurait été remarqué par Miss Pearsall
xli.
Il existe plusieurs scénarios qui peuvent expliquer la
cohérence entre les diverses publications d'un faux registre
des jugements. En voici quelques-uns :
1.
En utilisant le véritable registre des jugements du juge
Neely, pour en retirer les noms, la date et les montants, etc.,
n'importe
qui aurait
pu écrire un compte-rendu fictif du procès, que Miss
Pearsall aurait ensuite emporté en Utah.
2.
Miss Pearsall aurait pu inventer le registre des jugements avant de
remettre à Marshall une copie et à Tuttle l'original de
son faux.
3.
Miss Pearsall avait le registre authentique en sa possession, et
Marshall a pu l'utiliser comme base du faux qu'il a fait lui-même.
Étant donné que Miss Pearsall est décédée
en 1872, elle n'aurait pas pu être au courant de la
falsification. L'évêque Tuttle, profitant de cette
occasion en or, aurait alors utilisé l'article de Marshall
pour faire son propre document. C'est ce document qu'il va remettre à
la Utah Christian Tract Society.
Le
lecteur peut imaginer des scénarios de son cru.
Si
l'on a écrit un compte-rendu fictif, les différences
avec l'original seraient précisément les choses que les
notes de frais ne confirment pas: les témoignages et le
verdict. Il ne serait pas nécessaire de changer la liste des
dépenses, les noms des juges, la date du procès, ni
rien de ce genre (c'est en effet la présence de certains de
ces points dans la note de frais de Neely qui donne de la crédibilité
au texte imprimé que l'on prétend être le
registre des jugements). Le fait que les notes de frais donnent à
croire que Tuttle a pu avoir en sa possession quelque chose dont
l'origine remonte à un document authentique de Neely ne
confirme donc pas les témoignages des versions imprimées.
Àla
fin de son compte-rendu du procès, le témoin oculaire
Purple déclare :
« Faut-il
le dire ? Comme on ne pouvait mettre en doute le témoignage du
diacre Stowell, le prisonnier fut relaxé. »
xlii
Ceci
est en accord avec une brève allusion d'Oliver Cowdery, faite
en 1835, à cette décision du tribunal :
"
Pendant qu'il était dans cette région, quelqu'un de
très excité porta plainte contre lui pour trouble à
l'ordre public et le fit comparaître devant les autorités
du comté; mais comme rien ne put être retenu contre lui,
il fut honorablement acquitté
xliii."
Contrairement
au point de vue de Walters que Purple avait un souvenir inexact du
verdict
xliv,
mon expérience me donne à
penser que Purple se rappelait probablement correctement le verdict,
même s'il a pu avoir un souvenir inexact des détails des
témoignages. En 1978, j'ai fait partie d'un jury qui a
condamné un prévenu de tentative de vol. Je me souviens clairement du verdict, mais je ne me rappelle mot à
mot que d'un passage des témoignages et cela uniquement parce
que cette intervention a surpris tout le monde dans la salle
d'audience. Le récit de Purple a été écrit
après la publication à New York de l'article de
Marshall, qu'il a pu lire, ce qui a eu pour résultat « d'améliorer » son souvenir du procès.
C'est
précisément cette possibilité d'incorporer des
informations de seconde ou de troisième main dans l'esprit qui
est la raison pour laquelle les juges disent aux jurys (y compris
celui dont j'ai fait partie) qu'avant d'être séquestrés
pour parvenir à un verdict, ils ne doivent pas discuter de
l'affaire entre eux, ni lire les comptes-rendus dans les journaux, ni
examiner des indices qui n'ont pas été présentés
au tribunal.
Il
ne fait aucun doute qu'un compte-rendu fictif du procès de
1826 a pu être écrit de manière à cadrer
avec tout ce que l'on sait des participants et être également
la source de toutes les versions imprimées. La question n'est
pas : Est-ce
qu'on aurait pu le faire ?
mais Est-ce
qu'on l'a fait ?
En fin de compte, la question revient à savoir si Pearsall,
Tuttle et Marshall étaient honnêtes. Walters n'est pas
disposé à envisager cette question. Sans examiner le
registre original de Neely, il est impossible de prouver ou de
réfuter l'exactitude du texte imprimé du registre des
jugements. Les notes de frais ne confirment les comptes-rendus
imprimés que si l'on considère que les gens qui
n'aiment pas les mormons ne mentent jamais à leur sujet. Or,
il existe de nombreux exemples d'hommes, dont on aurait pu croire
qu'ils seraient d'une intégrité au-dessus de tout
soupçon, qui ont trafiqué des déclarations
mormones ou ont inventé des éléments de preuve
xlv.
En voici quelques exemples :
1.
En 1832, les mormons imprimèrent une révélation
dans leur journal du Missouri, The
Evening and Morning Star
xlvi.
Eber D. Howe la transforma en une caricature diffamatoire, qu'il
publia dans son livre comme étant la croyance des mormons.
xlvii
2.
En 1839, le Révérend D. R. Austin discuta de la théorie
du manuscrit Spaulding sur l'origine du Livre de Mormon avec Mathilda
Davidson, l'ancienne épouse de Solomon Spaulding. Il écrivit
ensuite une déclaration, y apposa la signature de la femme et
l'envoya au Révérend John Stoors, qui la fit publier,
en avril 1839, dans le Boston
Recorder.
Madame Davidson fut mise au courant de la déclaration qu'elle
était censée avoir signée, quand elle la lut
dans le journal.
xlviii
3.
En 1844, Alexander Campbell et Adamson Bentley, pasteurs et
cofondateurs de ce qui est aujourd'hui appelé l'Église
du Christ, inventèrent une conversation qui étaient
censée avoir eu lieu en 1827 entre Bentley et Sidney Rigdon
xlix.
Le but de cette pseudo-conversation était de prouver que
Rigdon et Smith avaient modifié le manuscrit Spaulding pour en
faire le Livre de Mormon.
4.
En 1906, l'avocat Theodore Schroeder, cita une œuvre romancée
écrite par Parley P. Pratt pour démontrer que Rigdon et
Smith s'étaient rencontrés avant la publication du
Livre de Mormon
l.
Il s'abstint toutefois de dire à ses lecteurs que ce qu'il
citait c'était du roman. Il le présenta comme étant
un discours fait par Pratt en 1843 ou 1844, transformant ainsi un
roman en pièce à conviction en faveur de la théorie
Spaulding
li.
5.
Plus récemment, le « Révérend » « Dr »
Walter Martin
lii,
antimormon très actif jusqu'à sa mort, déclarait
que le juge Neely avait infligé une amende de $ 2,68 à
Smith pour voyance extralucide, convertissant ainsi la note de frais
envoyée par Neely au comté pour services rendus, en un
verdict et une amende infligée à Smith.
liii
6.
Pendant plusieurs années, l'apostat mormon Mark Hofmann
inventa de nombreux documents qui, s'ils avaient été
authentiques, auraient confirmé les histoires racontées
par les antimormons sur la jeunesse de Smith. Ces documents
discrédités comprenaient le manuscrit Anthon, une
lettre de Joseph Smith à Josiah Stowell et une lettre de
Martin Harris à W. W. Phelps.
liv
Voilà
pour l'honnêteté et l'intégrité de
ministres du culte et d'autres personnes. Ces exemples prouvent que
les mormons ont de très bonnes raisons d'être
soupçonneux à l'égard des mobiles et des
méthodes des antimormons, quelles que soient la réputation
ou la fonction de ces personnes. L'intégrité de
Pearsall, Marshall et Tuttle peut très certainement être
mise en doute.
Il
y a de nombreuses contradictions entre les souvenirs de Purple et les
comptes-rendus imprimés du procès publiés par
Marshall et Tuttle, mais la plus évidente est le résultat
du procès. Purple déclare qu'à cause du
témoignage rendu en sa faveur, Smith fut reconnu non coupable
et relaxé, alors que selon le prétendu registre des
jugements, malgré
les témoignages en sa faveur, Smith confessa être une
fripouille et fut déclaré coupable. Chose incroyable,
Walters écarte cette contradiction, qu'il considère
comme mineure, se contentant de dire que Purple avait l'impression
erronée que Smith avait été relaxé !
lv
RÉSUMÉ
Wesley
Walters tire la conclusion que Smith fut déclaré, le 20
mars 1826, coupable de voyance extralucide par un tribunal. Pour
étayer sa thèse, lui donner de la crédibilité
et, en fin de compte, justifier cette conclusion, il examine tout
d'abord le procès de 1830. Sa technique consiste à présenter le
compte-rendu des témoignages par
l'antimormon Benton sans présenter le compte-rendu différent
de Smith et sans attirer l'attention du lecteur sur le fait que
Benton était un ennemi de Smith et des mormons.
Il
essaye ensuite de persuader le lecteur que Smith disait de lui-même
qu'il était voyant extralucide en présentant le
témoignage d'Isaac Hale, sans préciser que ce
témoignage était un on-dit vieux de huit ans venant
d'un homme qui avait plusieurs griefs à l'égard de
Smith. Il en conclut à tort que la découverte des notes
de frais des juges confirme d'une certaine manière le
compte-rendu fait par Benton des témoignages du procès
de 1830 et ses commentaires sur la voyance de Smith.
Sa
tactique, en ce qui concerne le procès de 1826, est semblable,
sauf que sa thèse est encore plus faible. Sa conclusion est
que la découverte des notes de frais du juge Neely et du
shérif DeZeng confirme la version imprimée de ce que
l'on a prétendu être le registre des jugements
concernant le procès, qui fut publié pour la première
fois en 1873, 47 ans après l'événement. Il ne
prend pas au sérieux les objections des mormons, mais tout en
ayant l'air
de les évaluer objectivement, il les écarte pour la
plupart avec un haussement d'épaules. Sans fournir de preuves,
ni informer ses lecteurs de sa façon de procéder, il
part du principe que l'on peut parfois se fier aux comptes-rendus
mormons quand il s'agit de détails mécaniques, mais
qu'on ne peut pas s'y fier quand il est question du fond.
Inversement, et sans preuve, et sans informer ses lecteurs de la
nature de ses sources, il part du principe que les informations
antimormones sont implicitement dignes de confiance.
Il
ne fait pas la moindre tentative d'expliquer le contenu de la note de
frais de Neely, ni les allusions de Hale et de Benton à la
voyance extralucide, d'une manière qui soit cohérente
avec le récit que fait la famille Smith de cette période
de sa vie. Il se donne beaucoup de mal pour donner l'impression qu'il
tient compte des deux versions de la question alors qu'en réalité
il n'en présente qu'une seule.
CONCLUSION
Les
conclusions de Walters concernant les procès de 1830 et 1826
ne sont pas étayées par les faits. Il a donc recours à
un enchaînement incroyablement tortueux de raisonnements pour
convaincre le lecteur qu'il a prouvé sa théorie.
Walters n'est pas un historien objectif. C'est un antimormon
convaincu qui considère qu'une pseudo-érudition et des
raisonnements tendancieux avancés sur un ton paisible sont de
bons moyens de susciter des sentiments antimormons chez ses lecteurs.
Son
but final, quand il écrit sur les procès, est de donner
de la crédibilité à la version imprimée
de ce que l'on prétend être le registre des jugements,
un document dont il est clair que l'on peut mettre en doute qu'il
soit le compte-rendu véridique des démêlés
de Joseph Smith en 1826 avec la loi. Si l'on devait appliquer son
raisonnement au procès de Jésus-Christ devant Ponce
Pilate, on serait forcé d'en conclure que le simple fait que
Jésus a comparu devant Pilate prouve que l'explication
antichrétienne de la crucifixion du Christ est correcte. Cette
explication dit que Jésus fut puni pour ses crimes.
lvi
Le
fait que la gymnastique à laquelle Walters a dû avoir
recours a été considérée comme nécessaire
dans cette tentative de discréditer Joseph Smith est une
indication de la force de la position mormone.
SUITES, par la Rédaction
Comme
indiqué dans l'article ci-dessus, on est resté
longtemps sans avoir la moindre trace officielle de l'existence de ce
procès de South Bainbridge. En fait, c'est Wesley Walters
lui-même qui a retrouvé les notes de frais dont il a été
question. L'histoire de cette découverte mérite d'être
racontée, parce qu'elle met particulièrement en lumière
les procédés auxquels peuvent avoir recours ceux qui se
sont donné pour raison de vivre de causer la perte
(croient-ils) de l'Église rétablie.
Pour ce faire, nous
reproduisons en traduction une partie d'une critique, par Larry C.
Porter, d'un livre de H. Michael Marquardt et Wesley P. Walters,
intitulé
Inventing
Mormonism: Tradition and the Historical Record,
critique parue dans Review
of Books on the Book of Mormon, FARMS,
vol. 7, n°2, 1995, p. 123-143. La première partie de la
critique porte sur la thèse de Marquardt et Walters selon
laquelle Joseph Smith n'aurait pas eu de Première Vision parce
que le grand réveil religieux dont il parle dans son
témoignage n'aurait pas eu lieu en 1820 mais en 1824. Nous
publierons la traduction de cette partie plus tard. La deuxième
partie, qui nous intéresse actuellement, commence page 138 :
Marquardt
et Walters se montrent partisans de la précision dans le
détail « aussi minime que cela puisse paraître ».
Mais ceci devrait assurément s'appliquer aussi à eux
aussi bien qu'aux premiers mormons. La deuxième partie de « L'Essai Biographique » dans Inventing
Mormonism
est intitulée « 2. Le Procès de 1826 » (p.
222-230). Dans une des sections, (p. 222-223), ils examinent les « Notes détaillées du Juge Albert Neely et de
l'agent de police Philip De Zeng », en précisant que les
notes de frais respectives furent rassemblées en liasses en
1826 et déposées dans une réserve.
Ensuite leur
texte passe du 19e siècle à un événement
du 20e siècle et à la déclaration : « Ces
notes et d'autres relatives aux comparutions de Joseph Smith devant
le tribunal de Bainbridge ont été retirées par
[Wesley P.] Walters et [Fred] Poffarl
lvii
de la boîte détrempée par l'eau dans laquelle
elles ont été trouvées et portées
personnellement à la Beinecke Rare Book and Manuscript Library
de l'université de Yale. Le comté de Chenango les a
récupérées en octobre 1971. Des photos sont
classées à la bibliothèque du Westminster
Theological Seminary à Philadelphie. » (p. 223)
Vue
superficiellement, cette description paraît tout à fait
inoffensive: deux hommes qui retirent des documents d'une boîte
détrempée par l'eau et les apportent pour examen à
une bibliothèque pour manuscrits pour les examiner, peut-être
même pour les traiter, et qui les rendent ensuite à leur
comté d'origine. On croirait y voir les gestes responsables
d'archivistes soucieux de l'environnement en action, avec, pour
autant qu'on le sache, l'approbation du comté, ce qu'on laisse
croire, sans le dire explicitement.
Maintenant, regardons-y de plus
près par souci de « précision » et voyons dans
quelles circonstances les choses se sont passées. J'étais
occupé, à l'époque, à microfilmer des
documents relatifs au mormonisme à la Guernsey Memorial
Library et je faisais en même temps des recherches dans des
documents dans le bâtiment administratif du comté de
Chenango, situé juste à côté, à
Norwich (New York). John P. McGuire, greffier du comté,
m'avait accordé l'accès à la chambre forte.
J'étais en train de chercher le type même de documents
que Wesley P. Walters et Fred Poffarl allaient découvrir plus
tard, mais sans succès.
Lorsque j'eus soigneusement compulsé
les documents de la chambre forte, M. McGuire me renvoya à la
réserve de registres des jugements entreposés dans la
cave de la prison. Ces documents avaient été confiés
à la surveillance directe du shérif, qui avait remis à
son adjoint la tâche de s'en occuper. Walters et Poffarl n'ont
pas exagéré : les documents eux-mêmes étaient
humides et dans des boîtes détrempées par l'eau.
Après avoir fouillé des centaines de documents pendant
deux jours, malheureusement au mauvais bout de la pièce, je
dus partir pour aller à des rendez-vous précédemment
pris. Peu après mon départ, Walters et Poffarl allèrent
trouver M. McGuire et se virent accorder la même autorisation
que moi d'examiner le contenu de la chambre forte. Au
moment où ils terminaient ce travail, un employé du
bâtiment administratif du comté leur signala que M.
Porter avait travaillé dans le sous-sol de la prison.
Le 28
juillet 1971, ils firent des recherches et réussirent à
trouver les insaisissables notes de frais et quelques autres
documents du même genre. Ils les sortirent de leur liasse et se
rendirent à la Guernsey Memorial Library. Charlotte Spicer,
une des bibliothécaires, me dit qu'ils utilisèrent la
photocopieuse, mais qu'elle était de mauvaise qualité
et que les résultats de leur plurent pas. Elle me dit qu'il
décidèrent ensuite d'emporter les documents ailleurs.
En voyant la nature des papiers, elle leur conseilla de les rendre
immédiatement. Elle dit : « M. Walters répondit 'que
s'ils les rendaient, les mormons les feraient disparaître'. Ils partirent alors, les soustrayant ainsi à la collectivité
et à la garde du greffier du comté. Fred Poffarl les
emporta à Yale. Walters affirma plus tard qu'ils les avaient
enlevés sans permission parce qu'on ne pouvait trouver à
ce moment-là ni le shérif ni l'historienne du comté.
lviii
À l'instigation de Walters, certains des documents,
accompagnés d'un commentaire, furent publiés en août
1971 par Jerald et Sandra Tanner dans The
Salt Lake City Messenger
sous le titre : « Une nouvelle découverte sape le
mormonisme », dans le cadre de leur tentative de dénoncer
Joseph Smith.
lix
Je
poursuivais à l'époque des recherches dans l'Est.
Richard L. Anderson me mit au courant du traité des Tanner sur
la découverte de Walters et, vivement désireux de voir
le document, je me rendis à Norwich pour en vérifier le
contenu. Une fois là-bas, j'allai trouver Mae L. Smith,
historienne du comté de Chenango, mais elle ne put me montrer
le document original du tribunal. Elle n'avait en sa possession que
des photocopies, puisque les originaux avaient été
emportés.
Elle m'apprit, en outre, que Wesley P. Walters avait
photocopié les documents originaux en sa possession et avait
ensuite envoyé une de ces copies au rédacteur du
Chenango
Union,
à Norwich, comme confirmation d'un article sur le mormonisme
qu'il y avait annexé et qu'il demandait au journal d'imprimer.
Le rédacteur s'était rendu compte que quelque chose
n'allait pas et avait attiré l'attention de Mae Smith sur les
photocopies. Elle se rendit compte que des documents juridiques
avaient été emportés sans autorisation et, par
l'intermédiaire du greffier du comté, prit contact avec
Edwin M. Crumb, greffier du Board of Supervisors du comté de
Chenango. James H. Haynes, fils, procureur du comté de
Chenango, fut alors chargé d'écrire à Wesley P.
Walters. M. Haynes écrivit le 16 septembre 1971 :
« Monsieur
le pasteur Walters,
« Madame
Mae Smith, historienne de notre comté, me prie de vous écrire
à propos de certains documents que vous avez retirés
des registres du comté entreposés dans le sous-sol du
bureau de notre shérif local. J'ai, à propos de ces
documents, des lettres que vous avez écrites à Madame
Smith en date du 21 août 1971.
« Madame
Smith me dit que vous avez pris ces documents sans sa permission et
qu'elle vous a écrit pour vous demander de les renvoyer
immédiatement.
« Auriez-vous
l'amabilité de prendre immédiatement contact avec
l'université de Yale et de demander que ces papiers soient
renvoyés sans aucun retard à Madame Smith, historienne
de notre comté. »
lx
Les
documents furent renvoyés plus tard parce qu'il le fallait
bien. De toute évidence, les documents qui se trouvaient dans
cette salle au sous-sol n'étaient pas catalogués, de
sorte qu'il était impossible de déterminer le nombre de
pièces qui en avait été sorties. L'observateur
peut apprécier le dilemme compréhensible de ceux qui en
étaient responsables.
On
dira peut-être : « En agissant ainsi, ils les ont préservés.
Que pouvaient-ils faire d'autre ? » J'ai quelques autres solutions
à proposer. John P. McGuire, le greffier du comté,
était un homme qui avait un grand sens des responsabilités
et il était en outre le gardien légal des registres.
J'avais travaillé avec lui pendant une période de temps
prolongée pour trouver certains documents à valeur
historique en vue de les faire microfilmer par le service de
microfilmage généalogique de l'Église. S'il
avait été au courant de la valeur historique de ce
document, il aurait, je n'en ai pas le moindre doute, pris les
dispositions nécessaires pour veiller à ce qu'ils
soient retirés de la cave et conservés en lieu sûr
pour consultation. D'autres documents de valeur historique pour la
localité se trouvaient déjà dans la chambre
forte.
En outre, Mae Smith, historienne du comté de Chenango,
aurait garanti leur sécurité et introduit une demande
pour en obtenir la possession, ce qui finit par être le cas
lxi.
En les emportant, Walters et Poffarl commirent le péché
cardinal d'en compromettre éventuellement la validité.
Certains estimèrent qu'ils avaient falsifié les indices
pendant leur disparition. Je crois personnellement que les documents
qui ont été restitués sont valables et intacts.
Mais bien entendu – et c'est là le problème –
on ne peut pas le prouver.
Walters
donna cependant, en 1974, quelque temps après les faits, une
explication détaillée de ce que son ami et lui avaient
fait. Il déclara qu'il avait immédiatement pris contact
avec Mae Smith et avec d'autres (un peu plus de trois semaines plus
tard). Sa description donnerait à croire au lecteur que tout
avait été réglé à l'amiable
lxii.
Ce que je sais, c'est que lorsque je suis arrivé à
Norwich, peu après l'explication publiée par Walters,
j'y ai trouvé une Mae Smith toute hérissée. Elle
était fort mécontente des méthodes de ces hommes
qui avaient extrait des documents officiels, et l'était encore
un an plus tard lorsque j'ai téléphoné au musée
d'histoire du comté de Chenango pour voir les insaisissables
documents, qui avaient entre-temps été restitués.
Dans leur volonté de foncer, les historiens ne peuvent pas
passer outre leurs collègues locaux. Dans cet échange, quelque chose de plus a
été perdu que la disparition
momentanée de documents. Cet acte contraire à la
déontologie a créé une atmosphère de
méfiance chez les responsables du comté de Chenango,
alors que tant de confiance avait été accordée à
des générations de chercheurs avant ce malheureux
incident. Rétrospectivement, je peux encore entendre M.
McGuire, greffier du comté, demander simplement à tous
les visiteurs : « Lorsque vous les sortez, remettez-les là
où vous les avez trouvés. »
Après un
peu plus de précision dans les détails, on
comprend bien des choses là où une information limitée
ne fournissait qu'une vision fausse de ce qui s'était
réellement passé.
NOTES