« Nous
ne pensons pas qu’aucun d’eux ait possédé
une réputation ou une influence suffisantes pour amener qui
que ce soit à croire à leur livre ou à leurs
sentiments,
« et
nous ne connaissons pas une seule personne dans ce voisinage qui
accorde la moindre confiance à leurs soi-disant révélations. »
DÉCLARATION SOUS SERMENT DE PARLEY CHASE [9]
« J'ai connu la famille de Joseph Smith, père, tant avant et après qu’elle est devenue mormone et je me sens libre de dire que pas un seul des membres masculins de la famille de Smith n’avait droit à la moindre crédibilité.
« Faire des fouilles pour trouver de l'argent était leur emploi principal.
« Ils étaient paresseux et intempérants, des vauriens, fortement adonnés au mensonge. En cela ils se vantaient souvent de leur habileté.
« Pour ce qui est de leurs élucubrations sur la Bible d'or, ils ne racontaient jamais deux fois la même histoire. La Bible mormone serait une révélation de Dieu, donnée par l’intermédiaire de Joseph Smith, fils, son Prophète, et ce même Joseph Smith, fils, avait, à ma connaissance, la réputation parmi ses voisins d'être un menteur.
« La
présente déclaration
peut être corroborée par tous ses anciens voisins. »
Les
mots imprimés en italique dans les comparaisons ci-dessus
indiquent les parties équivalentes des deux déclarations
sous serment.
Toutes deux
sont construites de la même façon, commençant
par affirmer que les auteurs connaissent les Smith,
pour parler ensuite de leur
mauvaise réputation dans la collectivité, des fouilles
pour trouver de l’argent et du fait qu’ils « s’adonnent »
à des pratiques mauvaises pour terminer par l'application de
leur caractère général aux prétentions
religieuses et l'affirmation que personne dans la région ne
les prend au sérieux.
Il est
hautement improbable que Parley Chase ait écrit en suivant une
structure identique à la
déclaration
sous serment de
Palmyra
de Hurlbut.
C’est Hurlbut qui
a composé les deux.
Quand
on passe à la déclaration collective de Manchester, on
peut voir aux ressemblances que c’est manifestement Hurlbut
qui l'a rédigée pour la faire signer.
La seule
accusation contre les Smith
s’y trouve dans la première phrase sur le schéma
suivant, qui contient trois structures négatives que l’on
retrouve dans d'autres déclarations dont les auteurs sont
censés être indépendants [10] :
une bande de types paresseux et indolents, mais également intempérants ; et on ne pouvait pas se fier à leur parole.
paresseux, intempérants … très adonnés au mensonge.
bande
de types paresseux…
un ivrogne et un menteur
une bande de types paresseux et indolents et on ne pouvait pas se fier à eux
sont devenus indolents et ont raconté des histoires merveilleuses
connus
pour leur indolence,
leur bêtise et leurs mensonges
On
retrouve, encore une fois, la combinaison d’un vocabulaire
semblable et d’une structure de pensée semblable.
Le schéma
« indolent-intempérant-menteur »
de quatre déclarations, avec de légères
modifications dans deux autres, n'a pas été créé
de manière indépendante par six déclarations
spontanées.
C’est Hurlbut
qui a
suggéré la formule, l'a rédigée pour la
faire signer ou l'a interpolée plus tard.
Ceci démontre toutefois plus que le simple fait d’une
terminologie commune.
Les
redondances de Hurlbut
révèlent
ce qu'il voulait le plus prouver
– et ce
que le lecteur doit se garder d'accepter.
Il n’en
serait pas nécessairement ainsi si des formulations
indépendantes venaient étayer des déclarations
indépendantes, mais l'opposé est vrai en ce qui
concerne ses thèmes de paresse, d'ivrognerie et de mensonge.
Le premier
de cette triade est la variation de Hurlbut
sur son thème préféré, les fouilles
continuelles des Smith pour trouver de l'argent [11] :
…l'emploi principal de la famille Smith était de faire des fouilles pour trouver de l’argent…
L'emploi principal de la famille était de faire des fouilles pour trouver de l’argent.
leur emploi principal. Faire des fouilles pour trouver de l’argent était.
Une grande partie de leur temps était consacrée à faire des fouilles pour trouver de l’argent…
…passaient beaucoup de
leur temps à faire des fouilles pour trouver de l’argent…
Cette
ressemblance dans la formulation signifie qu’il y a eu un
auteur commun et le dernier exemple appartient de façon
concluante à Hurlbut,
puisqu'il vient de la déclaration collective de Palmyra.
Nous trouvons une formulation semblable dans
toutes les déclarations de
Palmyra-Manchester
que nous étudions ici, à l’exception de celle de
Barton
Stafford.
D’autres
mots que l’on retrouve dans les déclarations collectives
sont « prétendaient », « visionnaires »
et une idée qui est soulignée est le manque de
« influence dans cette localité », qui
trouve sa contre-partie dans des déclarations
personnelles
comme « la famille Smith n’a jamais émis
aucune prétention à la respectabilité »
ou « en bref, pas un seul membre de la famille n’avait
la moindre prétention à la respectabilité
[12] ».
Presque
toutes les déclarations portant sur les Smith
commencent par plusieurs phrases semblables à la déclaration
collective de Palmyra,
ce qui prouve bien une origine extérieure.
Quand
on passe ainsi à a loupe le vocabulaire de Hurlbut,
cela révèle
ses objectifs précis. Les termes communs les plus fréquents
concernent l’intempérance, le mensonge et la paresse,
cette dernière définie comme consistant à faire
des fouilles à titre professionnel pour trouver de l’argent.
Puisque la
main de Hurlbut
est bien visible dans ces accusations collectives, l'historien
soigneux doit être sceptique à l’égard des
histoires qui appuient ces accusations tout au long d’un grand
nombre de déclarations.
La
terminologie de Hurlbut
dans des déclarations qui sont ostensiblement censées
ne pas être de lui prouve que toute son argumentation est
hautement suspecte, particulièrement
en ce qui concerne les fouilles effectuées pour trouver de
l'argent.
Quand on étudie
soigneusement la situation économique des Smith avant 1830,
on constate qu’ils étaient tout sauf paresseux.
Et si cette
accusation ne tient pas, le fait pour Hurlbut
de les accuser de faire des fouilles pour de l'argent est hautement
suspect. En
fait, le langage extrême de presque toutes les déclarations
à ce sujet incite au doute.
Si l’on
avait régulièrement vu les Smith
faire des fouilles pour trouver de l’argent, on s’attendrait
à des déclarations
raisonnables à cet effet.
En réalité, les dépositions
recueillies décrivent une famille nombreuse vivant de manière
marginale « sans travail » ou en travaillant
« très peu [13] ».
Leur
« emploi général », consistant à
faire des fouilles pour trouver de l’argent, n’a jamais
été une source de revenus pour eux, mais ils arrivaient
quand même à survivre en ne faisant pas grand chose
d’autre.
Nous avons affaire ici à plus que de l’exagération.
C’est de l'invention.
Pourtant
l'historien doit étudier le contenu de tous les documents et
s’il y a une chose qui frappe chez Hurlbut
c’est bien le fait qu’il s’appuie sur des
généralités vagues.
Les
déclarations
collectives des deux localités accusent les Smith
d'être « une bande de types paresseux et indolents »
qui étaient « entièrement privés de
moralité et s’adonnaient à des habitudes
perverses ».
Ce genre de phrase ne veut rien dire, comme en conviennent aussi bien
les amis que les critiques
de Hurlbut.
La règle
des tribunaux veut que le témoin présente des faits
précis et laisse au tribunal ou au jury le soin de se faire
une opinion sur cette base.
Étant donné l’absence de faits précis, les
déclarations collectives de Palmyra
et de Manchester fournies par Hurlbut
montrent simplement que soixante-deux signataires trouvaient les
Smith
répréhensibles ;
ils ne
disent pas
quelle observation directe les a conduits à cette conclusion.
De même,
la déclaration
individuelle de Parley Chase, citée ci-dessus avec la
déclaration collective de Palmyra,
est historiquement sans signification.
Elle ne
fait qu’étaler des conclusions sans justification et,
pour aggraver les choses, elle le fait avec les idées et les
termes de Hurlbut.
Les
déclarations brèves de Hurlbut
Nous
pouvons maintenant résumer l'arithmétique des témoins
que Hurlbut
a trouvés à Palmyra
et Manchester.
Sur un
total de quinze déclarations,
il faut déduire comme n’ayant aucune signification les
trois déclarations sous serment dont nous venons de parler :
la
déclaration
collective de Manchester, la déclaration
collective de Palmyra
et leur écho, la déclaration de Parley Chase.
Il faut y ajouter trois
autres qui n’ont rien à voir :
les
déclarations
de Lucy
Harris,
d'Abigail
Harris et
de G. W. Stoddard
concernent principalement Martin Harris et ne contiennent rien qui
ait été observé au sujet de Joseph Smith.
Cette
demi-douzaine de déclarations exclues, il reste trois longues
déclarations
et six déclarations longues d’une page.
Ces
dernières ne contiennent aucun indice au sujet de Joseph
Smith, fils.
On
risque de s’égarer dans des détails stériles
dans l’analyse de Hurlbut-Howe
si l’on ne se répète pas constamment l’unique
question :
De quels
témoignages oculaires les déclarations sous serment de
Hurlbut
font-elles état à propos de Joseph Smith ?
Par
exemple, Henry Harris
rapporte certaines conversations avec Joseph Smith, suffisamment
proches des affirmations du Prophète pour être déformées
par la façon dont elles sont racontées, mais la seule
chose que Harris ait pu observer à propos du caractère
« menteur » du « prétendu
prophète » est le fait qu’il a fait partie
comme juré d’un tribunal dont le jury n’a pas pu
rendre de décision dans une affaire en fonction du témoignage
de Smith. Étant donné que nombreux sont les hommes
sincères qui n’ont pas pu obtenir le vote d’un
jury, l’argument concernant la personnalité de Joseph
Smith n’a pas de sens.
Dans les
déclarations brèves, il n’y en a que trois qui
détaillent sérieusement les fouilles de Smith pour
trouver de l’argent et aucune n’est convaincante.
Roswell
Nichols rattache entièrement les prétendues fouilles
pour trouver des trésors
à des conversations avec Joseph Smith, père, qui
ressemblent à sa croyance connue au
Livre de Mormon.
Joshua
Stafford
prétend que Joseph Smith, fils, lui a montré un morceau
de bois d'un coffre au trésor et qu’il a aussi prétendu
avoir découvert des montres enterrées.
Comme nous
le montrerons plus loin, Joshua
Stafford
lui-même est cité par des membres de sa famille comme
dirigeant des fouilles pour trouver de l’argent dans le
voisinage, ce qui rend suspect un témoignage aussi indirect
contre Joseph Smith.
Après
tout, l’affirmation de Stafford
se limite à un compte rendu (probablement déformé)
de conversations avec Joseph Smith, et ne repose pas sur
l’observation d’un acte quelconque de la part du
fondateur mormon.
De même,
Joseph Capron
donne les détails de fouilles fantastiques « au
nord-ouest de [sa] maison », mais ne fait pas état
d’une observation personnelle.
Le sujet
des « fouilles pour trouver de l’argent »
est quelque chose qu’il faudrait approfondir, mais ce qui
compte pour le moment c’est que, dans les déclarations
brèves qui traitent du sujet, il n’y a strictement
aucune mention d’une observation directe de ce que faisait
Joseph Smith.
Les
deux déclarations brèves qui restent mentionnent les
faiblesses humaines de Joseph Smith.
Barton
Stafford,
qui avait quelques années de moins que Joseph, accuse le jeune
prophète de conduite manquant de dignité.
À un
moment donné, en 1827 ou après, Joseph fut, nous
dit-on, ivre de cidre, se bagarra avec un
autre ouvrier,
lui déchira la chemise et fut ramené chez lui par Emma.
Étant donné que même ici
Barton
Stafford ne
dit pas clairement qu'il a été témoin de
l'événement (seulement qu'il s'est produit dans « le
champ de mon père »), un certain doute demeure sur
le point de savoir si c'est une histoire ou une observation.
David
Stafford,
lui, décrit
une expérience personnelle, affirmant que Joseph avait « bu
un peu trop abondamment » et que, tandis qu’ils
travaillaient ensemble, une dispute avait mené à « des
paroles dures ». Ils en vinrent aux mains et « il
l’a emporté sur moi dans la bagarre ». Un
certain Ford, qui essaya d'intervenir, s’en serait aussi mal
tiré, car « nous avons tous deux porté
plainte contre lui et il a écopé d’une amende
pour atteinte à l’ordre public. »
La
seule réponse connue de Joseph Smith à une déclaration
sous serment de Hurlbut
donne une autre version de l'incident de David Stafford.
Elle
apparaît dans les notes prises par Willard
Richards en
1843 lors de conversations avec le prophète :
« Tandis
que l’on préparait le dîner, Joseph a raconté
une anecdote.
Quand il était jeune, son
père avait un beau grand chien de garde, qui avait arraché
une oreille au porc de David Stafford,
que celui-ci avait lâché dans le champ de maïs des
Smith.
Stafford
a abattu le chien et, avec six autres types, s’est jeté
sur lui à l’improviste.
Et Joseph
leur a flanqué à tous une raclée et s’en
est sorti indemne, ce dont ils ont juré comme le rapporte le
livre de Hurlburt
ou de Howe. » [14]
Puisque
l'incident ci-dessus revêt un contexte si différent
selon qu’il est raconté par Stafford ou par Smith, cela
nous rappelle de manière frappante qu’on ne peut pas
porter de jugement définitif sur un événement
controversé en n’écoutant qu’une version
des faits.
Si
David Stafford
a porté plainte devant le juge de paix local, cela n’apparaît
pas dans le registre existant, bien qu'il ne couvre que les années
1827-1830.
Ce que l’on trouve dans le registre, ce sont quelques faits qui
donnent une idée de la personnalité des Smith
et de David Stafford.
Il
mentionne trois procès au cours de la période ci-dessus
contre « Hiram »
(ou « Hyram »)
Smith et deux contre Joseph Smith.
Comme il y
avait d'autres Joseph Smith
dans la région de Manchester et puisqu’un « Hiram »
Smith a signé la déclaration sous serment collective de
Manchester publiée par Hurlbut
[15], on ne peut pas prouver que ces cinq actions en justice
concernent la famille du prophète.
Néanmoins il y en a une qui la concerne manifestement, c’est
celle qui montre la tentative
des Smith
d'être honnêtes dans leurs engagements financiers.
La notice
abrégée du procès du 28 juin 1830 rapporte ce
qui suit dans un procès contre « Hyram »
Smith :
« Joseph
Smith, père du défendeur, a comparu, l’affaire a
été appelée,
et le plaignant a plaidé sur une note et un compte.
Note datée
du 7 avril 1830, pour $20.07 sur intérêt et compte pour
avoir ferré des chevaux, solde restant dû sur compte
$0.69.
Joseph
Smith a prêté serment et déclare que son fils, le
défendeur, lui a demandé de se présenter à
la réception de la sommation et de demander au juge de rendre
jugement contre le défendeur pour le montant de la note et du
compte.
Jugement en
faveur du plaignant pour vingt et un dollars, sept cents. » [16]
Si
tous les procès contre les Smith dans le registre de
Manchester concernent la famille de Joseph Smith, ils ne font que
montrer que la famille était pauvre
– une
situation que les autobiographies de Smith dépeignent
également avec une émotion considérable.
Ainsi le
commentaire de Roswell
Nichols
(basé sur « deux ans » de voisinage) est
gratuit :
« Pour
rupture de contrats, pour non-paiement de dettes et d'argent emprunté
et pour duplicité à l’égard de ses
voisins, la famille était notoire ».
Si on y va par là, c’est David
Stafford,
pas les Smith,
que le registre du juge de paix local inculpe.
De 1827 à
1830, il fut plaignant dans trois procès et défendeur
dans six procès d’encaissement, un record dans la
localité.
Avec un
procédurier comme celui-là, on n'est pas enclin à
penser que c’était forcément Joseph Smith qui
était le coupable dans la dispute avec David Stafford.
Et il n’y a pas non plus beaucoup de chances pour que la
déclaration sous serment ex
parte
de
Stafford
représente la personnalité des Smith
sans perfidie.
Les
déclarations longues de Hurlbut
Puisque
les déclarations brèves contiennent essentiellement des
preuves qui n’en sont pas,
l’étude sur Hurlbut-Howe
doit se
concentrer sur
les trois seules déclarations
substantielles du recueil.
La plus
courte vient de William Stafford,
père de Barton
Stafford,
et il y a heureusement d’autres informations familiales
permettant de la contrôler.
La
signature de Hurlbut
dans le vocabulaire est indubitable ici, car un commentaire final
imite la fin de la déclaration collective de Palmyra
:
« Personne
ne craignait le moindre danger de la part d'un livre provenant de
personnes qui n’avaient ni influence, ni honnêteté
ni honneur. »
Pomeroy
Tucker
décrit Stafford
comme un ancien marin sans instruction ; si c’est vrai,
cela augmente considérablement la possibilité que ce
soit Hurlbut
qui a
composé la déclaration sous serment de Stafford
et la lui a simplement fait signer [17].
Il y a un
témoignage de première main de participation avec
Joseph Smith, père, à des fouilles pour trouver un
trésor (Joseph Smith, fils, dirigeant les opérations
depuis la maison), mais l'histoire du mouton, qui l’accompagne,
incite fortement à douter que celle des fouilles provienne de
manière authentique de Stafford.
D’après la
déclaration sous serment de Hurlbut,
les Smith
« conçurent un plan » pour escroquer
« un beau gros mouton noir » à leur
voisin. En
entendant
les Smith
affirmer que le sacrifice d'un tel mouton devait apaiser l'esprit
gardant un trésor, Stafford
leur donna le sien « pour satisfaire [sa] curiosité ».
Mais le
trésor fut perdu et le mouton avec lui, ce qui, « je
crois, est la seule fois qu’ils ont jamais fait des fouilles
pour trouver de l’argent
une affaire
profitable ».
Chose curieuse,
après « la seule fois », la déclaration
de Stafford
ajoute un commentaire sur « une bande de vauriens »
(une expression typique de Hurlbut)
qui entouraient les Smith
et qui « avaient plus à faire avec le mouton
qu’avec l'argent », une volonté d’impliquer
les Smith
dans des vols répétés de moutons.
Il
est évident que Hurlbut
n'a pas reproduit les déclarations de Stafford
de manière exacte. En 1932, M. Wilford
Poulson a
pris des notes pendant que Wallace
Miner se
rappelait une conversation avec William Stafford
sur le sujet :
« J’ai
un jour demandé à Stafford
si Smith lui avait vraiment volé un mouton.
Il dit que
non, pas exactement.
Il dit
qu’un mouton noir avait effectivement disparu, mais que bientôt
Joseph était venu et avait reconnu l’avoir pris pour le
sacrifier, mais qu’il était disposé à
travailler pour le rembourser.
Il fit des
seaux en bois devant servir à contenir de la sève pour
le payer entièrement [18]. »
Dans
son histoire du village, Thomas Cook donne une version plus complexe
de la conversation entre Miner
et Stafford,
une version selon laquelle ce fut Joseph qui prit l'initiative de
reconnaître avoir pris le mouton et qu'il effectua le travail
pour rembourser Stafford
pour le mouton [19].
Bien entendu,
William Stafford
est mort en 1863 (Miner avait alors vingt ans), et il y a des limites
évidentes quand il s’agit de se rappeler les détails
de quelque chose qui a été dit presque soixante-dix ans
plus tôt.
Néanmoins,
il est significatif que ce que Miner se rappelle de Stafford disculpe
les Smith
de l’accusation de malhonnêteté, un retournement
de situation par rapport à ce que Hurlbut
fait dire à Stafford.
Nous disposons cependant d’un aperçu plus ancien de l'opinion de William Stafford. Son deuxième fils naquit la même année que Joseph Smith (1805) et avait pour ambition personnelle de faire de bonnes études pour l’époque et de se qualifier par examen comme médecin, et il pratiqua jusque vers 1870 dans la région de Manchester et ensuite à Rochester. Là le Dr John Stafford fut interviewé, en 1881, par l’apôtre William H. Kelley de l’Église réorganisée. Les notes prises à ce sujet par Kelley disent ceci :
– Et ce mouton noir que votre père leur a donné ?
– J'ai entendu cette histoire, mais ne pense pas que mon père était là à l’époque où l’on dit que Smith a eu le mouton. Je ne sais rien à ce sujet.
– Vous viviez chez vous à ce moment-là et il me semble que vous devriez savoir s'ils ont reçu un mouton ou s’ils en ont volé un à votre père ?
– Je suis sûr qu’ils n’en ont jamais volé ; c’est possible qu’on leur en ait donné un un jour.
– Docteur, vous savez très bien si l’histoire que Tucker raconte est vraie ou non. Qu’en pensez-vous ?
–
Je ne pense pas que
qu’elle soit vraie.
J'en aurais
su davantage, c’est vrai…
[20]
Puisque
John
Stafford,
qui était bien informé, ne savait rien de l'histoire du
mouton, il est clair que William Stafford
n'avait pas, à l’égard des Smith,
l’attitude que lui prête sa déclaration sous
serment donnée à Hurlbut.
Si un
mouton a été emprunté, cela n'avait rien à
voir avec de la malhonnêteté.
Mais dans
l'interview, le Dr Stafford a également insisté :
« Mon père, William Stafford,
n'a jamais rien eu à voir avec eux », ce qui est un
démenti direct des relations qu’implique l’épisode
Smith-Stafford
sur les fouilles pour trouver de l’argent qui est décrit
de manière tapageuse dans la déclaration de Hurlbut
[21]. Le
fait que la famille de William Stafford
ait pu douter de l'authenticité du témoignage inspiré
par Hurlbut, auquel viennent s’ajouter les talents
d’éditorialiste évidents de Hurlbut,
jette un doute sérieux sur le caractère historique de
la déclaration de William Stafford.
La
plus longue déclaration publiée par Hurlbut
est celle de Willard
Chase, dans
laquelle les exemples de malhonnêteté et de fouilles
pour trouver des trésors sont minimes.
En fait, la
déclaration
de Chase contient plus de parallèles avec les sources mormones
que n'importe laquelle des autres déclarations.
On peut en conclure que Chase
a imposé dans une grande mesure son individualité, bien
que l’on y retrouve quand même plusieurs des clichés
de Hurlbut.
Le frère cadet de Willard a rapporté plus tard la
tradition de la famille Chase et il maintient que la déclaration
de Willard
à Hurlbut
était authentique ;
d'autre
part, il diffère dans certains détails de ses souvenirs
de la déclaration publiée [22].
Willard
Chase aurait dû prendre plus de soin dans sa déclaration
que les autres personnes contactées par Hurlbut, puisque Lucy
Smith se rappelle qu’il était « directeur de
classe méthodiste » en 1827 et que sa nécrologe
le décrit comme « autrefois pasteur de l'Église
méthodiste wesleyenne et, pendant de nombreuses années,
travailleur fervent et ardent… »
[23].
Bien
que Chase ait eu une instruction pratique supérieure, ses
aptitudes comme témoin
se caractérisent par un manque presque total d'observation
personnelle.
Il raconte
l'histoire bien connue de la découverte d’une pierre
très originale en creusant un puits avec Alvin
et Joseph Smith et accuse Joseph et Hyrum
de duplicité parce qu’ils ont gardé l'objet.
À
part cela, il ne manifeste aucune connaissance directe que la pierre
ait été utilisée lors de fouilles pour trouver
des trésors, mais prétend seulement que Joseph
affirmait découvrir des « merveilles »
grâce à elle.
Ce qui laisse perplexe, c’est ce que Willard
Chase ne dit
pas ici.
Les sources
de
Palmyra-Manchester
disent clairement que la famille Chase avait coutume de faire des
fouilles pour trouver de l’argent.
Par
exemple, le Dr John
Stafford se rappelle :
« Les voisins prétendaient que Sally Chase pouvait regarder une pierre qu'elle avait et voir de l'argent. Willard Chase creusait quand elle trouvait où l'argent était. Je ne sache pas que quelqu’un ait jamais trouvé d’argent. » [24]
L'interview
qui eut lieu la même année avec Abel
Chase
confirme les activités de sa famille.
Après
avoir décrit la pierre que possédait sa sœur,
Abel
Chase répond aux questions suivantes :
– Pensez-vous vraiment que votre sœur pouvait voir des choses en regardant à travers cette pierre, M. Chase ?
– Elle le prétendait en tous cas et je dois dire qu'il y avait quelque chose d’étrange là-dedans.
– Où est votre sœur maintenant ?
–
Elle ne vit plus. Mon
frère Willard
est mort également.
Il en
saurait plus que moi là-dessus. [25]
La
famille Chase était de véritables chercheurs d’argent,
mais dans la plus longue des déclarations sous serment de
Hurlbut,
Willard Chase ne signale pas avoir été témoin
direct de fouilles entreprises par les Smith.
Si Willard
Chase décrit honnêtement ce qu'il sait, on ne peut que
conclure que les Smith
n'avaient pas de liens avec les milieux de chercheurs d'argent de la
région.
Et c'est
exactement ce que Lucy
Smith raconte dans son histoire où elle décrit les
activités magiques « ridicules » de
Chase et compagnie pour voler les plaques du
Livre de Mormon,
des pratiques qui semblent étrangères à son
expérience [26].
Willard Chase, lui, rapporte des histoires sur les fouilles de Joseph Smith pour trouver de l’argent dans la région de Susquehanna. Apparemment sans avoir l’air d’être vraiment au courant des activités de Palmyra-Manchester, il importe des histoires de seconde main qui se seraient passées à plus de cent cinquante kilomètres de là. Ce qu'il raconte est une version considérablement déformée de l'emploi donné à Joseph Smith sur un projet de fouilles pour trouver un trésor.
C'est sa
façon de procéder pour d'autres sujets.
Il parle de
plusieurs épisodes concernant les Smith
publiés par les mormons longtemps après l’impression,
en 1834, de Mormonism
Unvailed
de
Howe,
ce qui veut dire que soit Hurlbut
soit Willard
Chase les
connaissait de manière indépendante.
La
déclaration de Chase relate ces incidents de manière
approximative (par exemple, l’incapacité de Joseph Smith
de prendre la première fois possession des plaques sur la
colline, le déplacement d’Emma à Macedon
pour prévenir son mari,
etc.), mais avec des détails exagérés dans le
but de ridiculiser.
On peut
considérer qu’il fait la même chose dans ses
histoires de trésor sur Joseph Smith, histoires dont il n’est
pas témoin oculaire [27].
Ceci
ne laisse que Peter Ingersoll
comme témoin
de Hurlbut
qui puisse prétendre sérieusement à la
connaissance de première main des méfaits de Smith.
On ne sait pas grand chose à son sujet à part le fait
qu’il apparaît sur les registres fonciers vers les années
1820 comme ayant une propriété près
du village de Palmyra,
la saisie d’un terrain en exécution d’un jugement
et son déménagement de Palmyra
après la vente de ses biens en 1836.
En 1879,
Abel Chase
affirmait :
« Il est parti vers l’ouest il y a des années
et est mort il y a environ deux ans » [28], mais on ne
sait pas ce qu’il est devenu après avoir quitté
Palmyra.
Sa
déclaration sous serment est aussi un mystère.
Il commence par
la formule standard de Hurlbut
disant que « l'emploi général de la famille
était de faire des fouilles pour trouver de l’argent ».
Il prétend ensuite avoir vu à deux reprises Joseph
Smith, père, utiliser une baguette divinatoire [29].
À part cela, toutes
les choses à caractère négatif qu’il
raconte au sujet de Joseph Smith, fils, consistent non en des faits
qu’il a observés, mais en de prétendues
confessions faites au cours de certaines conversations. Aucun des
déclarants de Hurlbut ne prétend connaître Joseph
Smith de manière aussi intime et pourtant nous ne trouvons
rien ici qui soit le résultat d’une observation
personnelle.
La
véritable question qui se pose dans la déclaration
d'Ingersoll
est de savoir si c’est Joseph Smith que discréditent les
aveux préjudiciables rapportés à propos du
prophète mormon ou si c’est Hurlbut-Ingersoll.
L'histoire
la meilleure, c’est celle où Joseph aurait confié
à Ingersoll
qu'il avait apporté une quantité de sable emballé
chez les Smith, que sa famille, curieuse, lui aurait posé des
questions et que cela lui aurait donné l’idée de
« la Bible d'or » :
« À
ma grande surprise, ils ont été assez crédules
pour croire ce que je disais.
En
conséquence, je leur
ai dit que
j'avais reçu le commandement de ne laisser personne la voir,
parce que, ai-je dit, personne ne peut la voir de ses propres yeux et
vivre. Je
leur ai néanmoins proposé de sortir le livre et de le
leur montrer, mais
ils ont refusé de le voir et ont quitté la pièce. »
« Maintenant, a
dit Jo,
j'ai roulé ces fichus imbéciles et je vais m’amuser. »
De
gros problèmes empêchent d’accepter cette
histoire.
La
déclaration d'Ingersoll
situe l'épisode en août 1827.
Mais la
déclaration de Chase affirme que dès juin 1827 Joseph
Smith, père,
avait donné
à Willard
Chase tous les détails sur « les annales sur des
plaques d'or » et que la famille était au courant
depuis « quelques années ».
Puisque
Ingersoll
contredit si radicalement la chronologie de Chase (qui correspond aux
sources mormones), l'exactitude de « Peter Ingersoll »
est sérieusement suspecte.
En outre, il est tout à fait improbable qu’il existe une
famille constituée
de gens à ce point crédules qu’ils s’en
laissent imposer par l’effronterie que suppose l'épisode
d'Ingersoll.
Après
tout, les Smith
sont historiquement connus pour être des personnes compétentes.
Il n’y
a qu’une uniformité remarquable dans les déclarations
de Hurlbut-Howe :
leur
condamnation unanime de Joseph Smith et de toute sa famille.
C’est
trop pour être vrai.
On nous présente une dizaine de personnes vivant
de 1816 à 1830 (Lucy
est née
en 1821)
dans une région restreinte et l’on veut nous faire
croire que, pendant tout ce temps, il n’y en a pas eu un seul
qui ait fait une seule bonne action ou n’ait fait preuve de la
moindre qualité pour racheter ses défauts.
Cinquante et un habitants de Palmyra
« connaissant la famille Smith depuis un certain nombre
d'années » les ont trouvés « privés
de moralité ».
Ce credo
anti-Smith
solennel entache chacune des déclarations sous serment :
« En
bref, pas un seul membre de la famille n’avait la moindre
prétention à la respectabilité. »
On a affaire ici à plus qu’à des jugements à
l’emporte-pièce. Le témoignage
de Hurlbut
remplit une trentaine de pages sur les Smith
à Palmyra-Manchester
et l’on n’y retrouve ne serait-ce qu’un seul
souvenir positif sur les fondateurs mormons.
Ce sont là
des diatribes, pas des évaluations.
Il est clair que tout ce que l’on a voulu faire, c’est
discréditer, pas recueillir des renseignements
authentiques.
Étant donné que l'histoire
est l'art de vérifier tous les sons de cloche, ce que Hurlbut
a produit n’est rien d’autre que de la propagande.
Le fait qu’il ne relève pas le moindre point positif
chez cette famille entache chacune des histoires
négatives qu’il répète.
Cette
caractéristique générale chez Hurlbut-Howe
de présenter des preuves qui n’en sont pas se retrouve
clairement dans les deux seules tentatives systématiques
faites plus tard de recueillir les souvenirs des non-mormons
qui ont fréquenté les
Smith
dans l’État de New York.
Les
déclarations
rassemblées par Deming
A.
B. Deming
a publié son recueil de témoignages dans un journal
intitulé Naked
Truths About Mormonism (La
pure vérité sur le mormonisme), dont le gros titre des
deux seuls numéros qui ont paru disait : « Lisez
et riez comme vous ne l’avez encore jamais fait » et
« Révélation étonnante ».
Il était
le fils du courageux général non
mormon, M.
R. Deming,
qui avait défendu l’ordre public dans le chaos civil de
l’ouest de l'Illinois après le martyre du prophète.
Affecté
par la mort prématurée de son père et plein d’un
ressentiment névrotique vis-à-vis des persécutions
que sa sympathie pour les mormons avaient values à son père,
Deming
considérait que « tous [ses] malheurs
dans la vie » étaient « le résultat
direct
ou indirect
de son
amitié
pour
les mormons… »
Bien que poussé à
recueillir des preuves contre leur religion, Deming
était torturé par la crainte que les mormons « ne
[le] tuent, comme [comme il avait été] plusieurs fois
informé par des sources crédibles qu’ils
[avaient] l'intention de le faire ».
Pourtant il
décrit en détail la réception cordiale que lui
ont réservée à Salt Lake City les dirigeants
mormon en 1882 et en 1886 [30].
Deming
fait donc figure de réincarnation pathétique de
l’excité Hurlbut.
L'historien
doit traiter les résultats de Deming
avec autant de circonspection que ceux de Hurlbut.
Quand on vérifie les noms et les lieux de résidence
indiqués dans ses déclarations
on voit que Deming
a
manifestement pris contact avec plusieurs personnes qui avaient connu
les Smith
à Palmyra-Manchester.
Cela ne
veut pas dire que ces personnes ont été interviewées
avec soin ou que Deming
n’était pas du genre à influencer ou à
modifier façon Hurlbut.
Ce qui nous intéresse, c’est que dans ses comptes rendus
unilatéraux de déclarations de personnes animées
de préventions, Deming
ne discrédite pas intégralement les Smith
comme le font Hurlbut-Howe.
Par
exemple, Christopher Stafford
avait trois ans de moins que Joseph Smith et le méprisait,
mais reconnaissait qu’en réalité il connaissait
mieux le frère de Joseph, Samuel
Harrison Smith, et le considérait comme « un bon
garçon travailleur [31] ».
Caroline
Rockwell Smith se souvenait sans amertume de la conversion de sa
famille au mormonisme
et les bonnes actions de Lucy
Smith :
« La
mère de Jo
Smith a soigné beaucoup de personnes à Palmyra. »
Elle ne
considérait pas Joseph Smith comme un véritable escroc
:
« J’espère
qu’on saura un jour si le mormonisme
est vrai ou pas [32]. »
Lire
Deming
c’est glaner au milieu du fouillis habituel de rumeurs, d’aveux
rapportés par des tiers, de généralités
sur la mauvaise réputation, etc. On voit de temps en temps
apparaître des affirmations de personnes qui disent avoir vu de
leurs propres yeux Joseph Smith boire et se battre, bien que cela
soit formulé dans des termes suffisamment standard pour venir
d'un compilateur commun.
Mais la vraie surprise vient du thème des fouilles à la
recherche d’argent, parce
que les déclarations
de Deming
impliquent non seulement les Chase mais aussi les Stafford
et d'autres personnes de la localité dans la recherche de
trésors enterrés.
Caroline
Rockwell Smith ne mentionne même pas la famille de Joseph Smith
à ce propos mais généralise :
« Il
y avait, dans notre voisinage, beaucoup d’hommes, de femmes et
d’enfants qui faisaient des fouilles pour trouver de l’argent…
J'ai vu la pierre de voyant de Joshua
Stafford,
qui ressemblait à du marbre blanc et avait un trou au centre.
Sally
Chase, une
méthodiste, en avait une et les gens
allaient la chercher pour trouver des choses perdues, cachées
ou volées. » [33]
Cornelius
Stafford
répète l'histoire du mouton sous une forme exagérée,
mais l'observation personnelle des fouilles nous mène ailleurs
qu’au prophète mormon :
« On
faisait beaucoup de fouilles pour trouver de l'argent dans nos champs
et dans le voisinage.
J'ai vu
oncle John
et le cousin Joshua
Stafford
faire un trou de six mètres de long sur deux mètres
cinquante de large et deux mètres de profondeur.
Ils
disaient qu'ils creusaient pour trouver de l'argent.
[34]
Un
des éléments plutôt amusants du folklore sur les
Smith à
Palmyra-Manchester
est la mention fréquente de l’existence de trous faits
par les chercheurs d’argent comme preuve de ce que c’étaient
les Smith
qui faisaient les fouilles.
Les
déclarations de Deming
réduisent à néant le monopole imposé par
Hurlbut
en révélant
que beaucoup d’autres personnes faisaient des trous.
En fait,
ces déclarations
ne montrent
personne qui ait vu de ses propres yeux que les Smith y étaient
mêlés. Le mieux que l’on ait est l’affirmation
d'Isaac
Butts que Joshua
Stafford lui avait
« dit
que le
jeune Jo
Smith et lui-même avaient fait de nuit des fouilles pour
trouver de l’argent dans son verger et ailleurs [35]. »
Cela
pourrait être loin d'être clair puisque la dernière
chose que l’on pourrait croire, à lire la déclaration
sous serment de Hurlbut-Joshua
Stafford,
est que l’intègre Joshua
n’aurait pas toléré longtemps la présence
de Joseph Smith.
Mis
en présence de données plus
complètes sur les fouilles pour trouver de l'argent que ce que
Hurlbut
voulait bien admettre, l'historien peut envisager l’une des
quatre situations suivantes :
(1) Francis
W. Kirkham
a localisé un article de journal sur les fouilles faites
autrefois pour trouver de l’argent qui présente des
parallèles avec chacune des histoires racontées contre
Joseph Smith.
Le
rédacteur du Gem
de Rochester a réagi à la publication du
Livre de Mormon
en 1830 en se rappelant qu'une « famille de Smith »
s’était installée dans la Rochester primitive de
1815. Le
fils de dix-huit ans de cette famille pauvre prétendait avoir
trouvé une pierre dotée de propriétés de
clairvoyance, s’en était servi pour trouver des trésors
dans les collines voisines et avait suscité des fouilles de
nuit de la part de ses disciples,
fouilles marquées par la disparition d’un coffre à
la suite de la rupture d'un charme [36].
Kirkham
demande à propos de cette référence antérieure
à Hurlbut
: « Est-ce
cette histoire ridicule qui a été à l'origine
des accusations dont on a abreuvé Joseph Smith ? »
[37] Hugh
Nibley
donne les preuves de l’existence d’un transfert de ce
genre en montrant d'autres parallèles de fouilles pour trouver
de l’argent antérieures à Joseph
Smith.
Puisque
« tous
les
détails étranges des histoires rattachées plus
tard à Joseph Smith se retrouvent pleinement développés
avant
que
Smith ne puisse y être impliqué » et
puisqu'un groupe solide de témoins
mormons qui connaissaient Joseph à ses débuts
« protestent que les histoires de fouilles qu’on
raconte sur lui ne
sont pas vraies »,
c’est tout simplement la rumeur publique qui a créé
un parallèle erroné « en essayant de faire
endosser à Joseph Smith les vêtements d'autres hommes
[38] ».
(2)
Les sources mormones et non
mormones de l’époque
s’accordent pour dire que les hommes de la famille Smith
louaient souvent leurs services et qu'une de leurs activités
principales était de creuser des puits, des fosses et
d’effectuer d'autres travaux de terrassement.
Du fait que beaucoup
voyaient les Smith régulièrement occupés à
ces travaux de construction, il est probable que lorsqu’ils
furent plus tard connus à cause de la révélation
du Livre
de
Mormon cela
suscita l'accusation de faire des fouilles pour trouver de l'argent
alors qu’il s’agissait d’activités
ordinaires.
(3) Quand
Il s’enthousiasma au sujet de la possibilité de
découvrir de l'or espagnol, Josiah Stoal engagea une équipe
d’ouvriers parmi lesquels Joseph Smith et son père.
Puisque
l'existence des fouilles à la recherche de trésors à
Palmyra-Manchester
est certaine, les hommes de la famille Smith ont pu participer à
d'autres entreprises simplement comme employés, une variante
du cas précédent.
Dans l'un
ou l'autre cas, il était possible de voir l’un des Smith
creuser et de se méprendre totalement sur ses raisons d’agir
ainsi.
Il
n'y a aucune preuve substantielle pour la possibilité finale,
(4) une recherche effrénée de trésors de la part
des Smith.
Si tel fut
le cas, ils participaient, au même titre qu’un grand
nombre de personnes d’une honnêteté reconnue, à
un phénomène culturel passager. Cependant, le
surnaturalisme
qui apparaît dans les premières sources mormones est
discret et qualitativement distinct des superstitions magiques que
l’on trouve dans les histoires de fouilles à la
recherche d'argent.
Néanmoins le fait de connaître ces tendances dans
certains cercles de
la collectivité de
Palmyra-Manchester
rend plus crédibles les récits de Joseph et de Lucy
Smith qui parlent des tentatives des non-mormons de trouver les
plaques et du danger de rester dans la région pendant la
traduction.
Les
chercheurs d’argent déçus restaient les mains
vides en dépit de leurs efforts considérables, tandis
que Joseph Smith possédait des plaques tangibles qu'il
montrait à des témoins
[39].
Hurlbut
a construit son argumentation de manière à donner
l'impression fausse que c’étaient les Smith
et personne d'autre
qui faisaient des fouilles pour trouver de l'argent.
Ce qui nous
amène à considérer comme tout aussi erroné
le temps soi-disant consacré à cette activité.
La majorité
des déclarations personnelles présente la chasse au
trésor comme étant le métier principal des Smith
de 1820 « jusqu'à la dernière partie de la
saison de 1827 ».
Mais il y a
au moins une source venant de Palmyra
qui reconnaît que cette dernière date est le
commencement de
ce genre de rumeurs :
En 1833, Jesse
Townsend
rédige une lettre insultante pour Joseph Smith :
« Voilà
dix ans que je le connais et pendant tout ce temps-là il a été
un individu douteux, aux habitudes intempérantes et, ces
derniers temps, bien connu comme chercheur
d’argent
[40]. »
L’expression « ces
derniers temps » implique qu'une telle réputation
s’est répandue vers 1828, ce qui correspond au souvenir
du prophète qu’à la nouvelle de la découverte
du Livre de
Mormon en
1827, « les faux bruits, les mensonges et la calomnie ont
volé en tous sens comme sur les ailes du vent
[41]. » Sa
propre histoire mentionne expressément que le fait que ses
services furent loués pour les fouilles de Stoal
fin 1825 et début 1826 fut la source de rumeurs postérieures
: « C’est
de là que vient l'histoire très répandue que je
faisais des fouilles pour trouver de l’argent [42]. »
Il n'y a
aucune preuve officielle que Joseph Smith ait été
l’instigateur d’un quelconque projet de recherche de
trésor.
L’élément surnaturel
de la réception de la révélation par l'urim
et le thummim
et par la « pierre de voyant » après
1827 a sans doute une ressemblance générale avec les
pratiques divinatoires de l’époque.
Le policier
et le voleur, le chimiste et l'alchimiste utilisent la même
sorte de matériel, mais avec des motivations et des aptitudes
tout à fait différentes.
Les
interviews des Kelley
La légende des chercheurs d’argent malhonnêtes qui ont fondé le mormonisme reçut en 1867 une impulsion nouvelle grâce à Pomeroy Tucker. Rédacteur de journal à Palmyra, Tucker décrit les Smith comme superstitieux et sans scrupules simplement en citant de nouveau les déclarations de 1833, apparemment sans même interviewer de nouveau les contacts de Hurlbut encore en vie. Tucker en connaissait au moins trois qu’il cite comme références dans sa préface : Joseph Capron, Barton Stafford et Willard Chase. Tout le monde n’a naturellement pas applaudi devant des procédés aussi expéditifs. Une douzaine d’années plus tard, Abigail Jackway disait à William H. Kelley : « J'ai entendu Willard Chase dire que Tucker ne lui avait même jamais demandé ce qu'il savait alors que Chase habitait la porte à côté. » [43]
Comme nous l’avons précisé ailleurs, Tucker connaissait Joseph Smith et a reconnu que « l’auteur n’avait pas souvenir » que Joseph était malhonnête, ce qui ne l’empêche pas de répéter les commérages locaux comme étant « les souvenirs de beaucoup de témoins en vie » [44]. La différence entre ce que Tucker lui-même se rappelle et les histoires qu'il entend toujours est la différence entre ce qu’il a personnellement observé chez les Smith et le folklore de Palmyra-Manchester. Pourtant Palmyra-Manchester n'a jamais été totalement méprisant à l’égard des origines mormones. Wallace W. Miner ne naquit pas avant 1843, mais il grandit dans l’ancien voisinage des Smith et, en 1930, Thomas L. Cook dit de lui qu’il était « la seule personne en vie dans le voisinage dont les relations avec les anciennes familles ont continué pendant les quatre-vingt-cinq dernières années » [45]. En 1932 Miner dit à M. Wilford Poulson : « Dans les premiers temps, on n’entendait pas tant de choses qui étaient peu recommandables au sujet des Smith. » [46]
La
preuve la plus claire que certains voisins estimaient les Smith
se trouve dans la deuxième tentative systématique de
conserver les souvenirs de
Palmyra-Manchester.
En 1881,
William H. et E. L. Kelley
s’y rendirent dans le but exprès d'interviewer tous ceux
qui avaient personnellement connu les fondateurs mormons, Joseph
Smith en particulier.
Les Kelley
étaient disposés à « entendre le
pire, peu importe qui cela blesserait » et le fait d’aller
à deux permettait à l’un d’eux « de
prendre des notes pendant chaque interview ».
William H.
Kelley,
qui était alors un apôtre et un dirigeant
compétent de l’Église Réorganisée,
prit la responsabilité de préparer la transcription
détaillée des conversations, qui se termine par la
description de sa méthode :
« Ces faits et ces interviews sont présentés… tels qu’ils ont eu lieu – le bon et le mauvais, côte à côte ; compte tenu d'une faute possible découlant d'un malentendu ou d’une erreur lors de la prise de notes, il peut être considéré comme l’opinion et les commérages qui se disent au sujet de la famille Smith et d'autres parmi leurs vieux voisins. » [47]
Si
l’on veut tester la capacité de William H. Kelley
de prendre des notes, il faut comparer avec son compte rendu sur
David Whitmer
la même année.
L'interview
Kelley-Whitmer
est détaillée et est minutieusement en accord avec les
écrits et avec les commentaires du témoin du Livre
de Mormon.
En
conséquence, les transcriptions de William H. Kelley
sur Palmyra-Manchester
peuvent être considérées avec confiance comme les
investigations les plus complètes jamais faites là-bas.
[48]
L'insistance
obstinée des Kelley
pour ne retenir que ce qui constituait une connaissance personnelle
en élimina plusieurs qui ne faisaient que répéter
la rumeur au sujet des Smith,
une tendance également vraie du temps de Hurlbut.
Un jeune
homme qui signa la condamnation de 1833 à Manchester était
Abel Chase.
Quelques
cinquante ans plus tard il reconnaissait n’avoir qu’une
connaissance « de caractère général »
et un interrogatoire soigneux ne fit rien apparaître qu’il
savait vraiment des Smith.
Comme il
n’avait que treize ans quand Joseph Smith quitta Palmyra
pour habiter en permanence dans les régions de Harmony et de
Fayette,
il n’est guère étonnant qu’Abel
Chase n’ait
rien pu dire de précis aux Kelley.
Ezra
Pierce et Hiram
Jackway se
souvenaient vaguement de Joseph Smith dans des situations publiques
(Jackway
avait douze ans quand Joseph déménagea pour s’installer
à Harmony), mais il n’y eut que deux personnes sur les
neuf interviewées qui montrèrent une connaissance
intime.
L’une avait le
même âge que Joseph, John
Stafford,
le médecin déjà mentionné à propos
de la déclaration sous serment attribuée à son
père William.
Les
questions des Kelley
ne sont pas toujours suffisamment précises pour que l’on
puisse déterminer quels souvenirs de John
Stafford
sont personnels et lesquels sont le souvenir des histoires qui
circulaient à l’époque.
Par
exemple, la seule fois qu’il est question de boire, c’est
l’histoire du cidre et de la chemise déchirée
racontée à Hurlbut
par Barton, le frère de John,
mais il n’est pas vraiment clair que l’un des deux ait vu
ce qui se passait.
L'observation
personnelle a cependant son importance dans les commentaires de John
Stafford
sur l'agression physique commise par Joseph :
« Je
ne l'ai jamais vu se battre ;
je sais qu’il lui est arrivé de lutter »,
distinction évidente entre la rixe et la lutte par jeu.
Pour ce qui est des accusations
de paresse, il s'avère qu'il avait travaillé côte
à côte avec Joseph : « Si ses services
étaient loués par quelqu’un, il faisait une bonne
journée de travail… » Interrogé sur
l’instruction de Joseph, le Dr Stafford répondit (nous
omettons les questions intermédiaires) :
« Joe
était tout à fait illettré.
Une fois qu’ils ont commencé
à faire l'école chez eux, il s'est considérablement
amélioré.
Ils ont
fait l'école chez eux et ont étudié la Bible.
Ils
n'avaient pas d’instituteur ;
ils se sont
instruits tout seuls. »
Son
impression de Joseph en tant que personne correspond aux traits
connus et aux commentaires autobiographiques du prophète et
est en même temps en désaccord avec une grande partie du
folklore de Palmyra
: « C’était
un garçon vraiment intelligent et jovial. »
Puisque
la qualité des observations de John
Stafford
en matière de fouilles à la recherche d’argent
pose des problèmes, ses réflexions en disent
en réalité plus sur son père William que sur les
Smith
:
« Les
Smith,
avec d'autres, faisaient des fouilles pour trouver de l'argent avant
que Joe ne reçoive les plaques.
Mon père
avait une pierre dans laquelle certains pensaient pouvoir regarder et
la vieille Mme Smith est venue un jour la demander mais on ne la lui
a jamais donnée.
Je les ai vus une fois faire des fouilles pour trouver de l’argent
(c'était trois ou quatre ans avant que le
Livre de Mormon
ne soit découvert), les Smith
et d'autres.
Le vieux et
Hyrum
étaient là, je pense, mais Joseph n'était pas
là. »
Dans
la longue transcription des interviews par Kelley,
c'est la seule observation mentionnée par quelqu’un
concernant les fouilles des Smith à la recherche d’argent.
Indépendamment de
la question de savoir si Stafford
était sûr que le groupe d’hommes creusait pour
trouver de l'argent,
il semble douter s'il y a vraiment vu Joseph Smith, père,
et Hyrum
(« je pense »).
L’idée que les Smith
avaient pour habitude de « faire des fouilles pour trouver
de l'argent » repose manifestement sur la rumeur, puisque
le docteur n’a qu’un seul souvenir inexact de les avoir
vus et il était certain que Joseph n'était pas là.
Il est loin d’être sûr que
la tentative de Lucy
Smith d'emprunter la pierre de voyant soit un souvenir authentique.
Il se peut que derrière l’impression de John Stafford il
n’y ait eu qu’une simple visite
de courtoisie et la manifestation d’un léger intérêt.
Mais il
parlait sûrement de ce qu’il avait vu en ce qui concerne
la possession d'une pierre par sa famille.
Ainsi donc
la déclaration de son père à Hurlbut
ne dit qu’une partie de la vérité :
Il est évident que William
Stafford
participait de manière indépendante aux superstitions
dont lui (ou Hurlbut)
accuse les Smith.
Ce
que l’on peut affirmer historiquement sans risque de se
tromper, après avoir lu Hurlbut,
Deming
et Kelley,
c’est qu’il se pratiquait, à
Palmyra-Manchester, des fouilles pour trouver de l’argent
avant que Joseph Smith n’obtienne ses plaques en 1827.
Ce qui
reste cependant impossible à dire, c’est si les Smith en
faisaient.
Les membres
de la famille
proche impliquent Willard
Chase,
Joshua
Stafford,
William Stafford
et d'autres dans certains aspects de ces pratiques.
Dans
les interviews des Kelley,
la personne qui avait le plus de connaissance de première main
est également celle qui était la plus favorable à
la réputation des Smith.
Il s’agit d’Orlando
Saunders, un « vieux colon », que Thomas Cook
regrette particulièrement ne pas avoir interviewé [49].
Les auteurs
antimormons
de la fin du dix-neuvième siècle préféraient
citer son frère cadet Lorenzo,
qui s’installa au Michigan vers 1854 et y mourut en 1888.
Mais
Lorenzo
avait six ans de moins que Joseph Smith, tandis qu'Orlando Saunders
avait deux ans de plus que le prophète mormon [50].
Orlando est
également d’autant plus intéressant du fait qu’il
est resté toute sa vie à la ferme familiale (à
un peu plus d’un kilomètre de la ferme des Smith) et a
connu les divers porte-parole antimormons
pour Palmyra-Manchester
jusqu'à sa mort en 1889.
Il est
clair qu'il était d’un avis différent et cela
pour des raisons précises d'expérience personnelle.
Heureusement,
Orlando Saunders a également été interviewé
par un auteur non
mormon
capable, Frederic
G. Mather,
peu de temps avant le rapport des Kelley
[51].
Mather
était habitué à l'interprétation
journalistique plutôt qu’à la documentation
historique, avec pour conséquence des commentaires brefs et
paraphrasés, mais les deux interviews correspondent de manière
remarquable.
Selon Mather,
Saunders dit « que la famille de Smith travaillait pour
son père et pour lui » [52], ce qui correspond au
fait que Hénoc
Saunders
est mort en
1825. Ce
contact avec les hommes de la famille Smith n'était pas
superficiel, selon l'interview des Kelley
: « Ils
ont tous travaillé pour moi bien des fois. »
Mather
rapporte également des transactions précises, l'achat
d'un cheval et d’une bride, cette dernière payée
par « une Bible » [53].
Il
y a une seule contradiction manifeste entre les deux interviews, qui
doit être résolue en faveur des Kelley.
Après
avoir cité Saunders à propos de Joseph Smith, Mather
poursuit : « Il était pacifique de nature,
mais quand il avait trop bu, il était enclin à se
battre, avec ou sans provocation. »
Le point
faible de cette affirmation est que l'article de Mather,
de son propre aveu, est
une synthèse d’opinions sur Joseph Smith et la
déclaration
ci-dessus doit être un retour à son récit normal.
Les Kelley
ont particulièrement interrogé Saunders à ce
sujet et ils le citent directement :
« Tout
le monde buvait un peu en ce temps-là, les Smith
comme les autres ;
à ma
connaissance, ils ne sont jamais devenus ivres. »
Les
fouilles pour trouver de l’argent brillent par leur absence
tant dans le compte rendu de Mather que dans celui des Kelley.
Dans ce
dernier, Saunders insiste : « Je ne sais
personnellement rien contre ces hommes. »
En outre,
il contredit la prétention de Hurlbut
que le
Livre de Mormon était
l’adaptation illogique par Joseph Smith de sa recherche de
trésors :
« Il
prétendait toujours avoir vu l'ange et avoir reçu le
livre ;
mais je ne
sais rien
là-dessus. »
Si les
Smith
méritaient d’être critiqués pour avoir fait
des fouilles pour trouver de l’argent,
Saunders n'était pas du genre à ne pas le faire.
Mais les
seules critiques signalées que ce soit par Mather
ou par les Kelley
portaient sur un autre sujet.
Le « monsieur
bien conservé de plus de quatre-vingts ans » dit à
Mather
que les Smith
« ne savaient pas garder d’argent », ce
que l’on retrouve exactement dans le document
des Kelley
: « Je
ne les considérais pas comme de bons gestionnaires dans les
affaires, mais ils étaient pauvres ;
le vieux
avait une famille nombreuse. »
Pour
Hurlbut
les Smith
ne faisaient qu’exploiter leurs voisins, mais Orlando Saunders
avait fait l’expérience inverse :
« C’était
la meilleure famille du voisinage en cas de maladie ;
j’en ai eu un chez moi presque
tout le temps quand mon père est mort. »
Il ne les considérait pas non plus comme de mauvais payeurs
: « Je
les ai toujours considérés comme honnêtes.
Ils me
devaient une certaine somme d'argent quand ils sont partis d’ici,
c'est-à-dire,
le vieux et Hyrum,
et Martin Harris.
L'un d'eux
est revenu environ un an plus tard et m'a payé. »
Hurlbut-Howe
et Tucker
avaient une thèse unique :
la famille
Smith (en particulier Joseph) était si totalement indigne de
confiance dans les affaires de tous les jours, qu'elle devait
nécessairement tromper le public à propos du
Livre de Mormon.
Les Kelley
ont trouvé que Saunders était « un bon
spécimen de fermier new-yorkais intelligent » et,
chose caractéristique, il était agnostique.
Il avait vu
le livre, « mais ne l’avait jamais lu »
et « cela lui était égal ».
Pour la
question pratique du sérieux des Smith, il leur était
solidement favorable.
Mather
signale
sommairement : « Il convient qu’ils sont de
bons ouvriers… »
Les Kelley
citent ses paroles :
« C’étaient
de très braves gens.
Le jeune
Joe (comme nous l'appelions alors) a travaillé pour moi et
c’était un bon ouvrier ;
ils
l’étaient tous. »
Faisant manifestement allusion à la
force du jeune prophète, Saunders dit
à
Mather
« que Joseph, fils, était un ‘greeny’,
costaud et fort. » Pressé par les Kelley
de préciser
à quel point il connaissait Joseph Smith, Orlando Saunders
réitéra :
« Oh
! Aussi
bien que possible, très bien ;
il a
travaillé pour moi bien des fois et je l’ai beaucoup eu
chez moi.
Il est
passé me voir bien des fois quand il passait par ici, après
qu'ils sont partis à Kirtland ;
quand il était chez moi, il
était toujours bien élevé. »
En
résumé, les grandes biographies non
mormones
traitant de la vie et de la réputation de Joseph Smith dans
l’État de New York sont historiquement médiocres.
Ce jugement
s'applique malheureusement aussi bien aux productions du vingtième
siècle qu’à celles du dix-neuvième,
puisque les unes et les autres se contentent d’accepter
naïvement les déclarations
dénaturées et tendancieuses de Hurlbut,
en ignorant manifestement les sources non
mormones
favorables aux Smith
et provenant de
Palmyra-Manchester.
Les autres
déclarations
indépendantes provenant de la région ne confirment pas
non plus les données avancées par Hurlbut.
Certaines
ne font que répéter les rumeurs de l’époque,
mais la multiplication des ouï-dire ne devient pas soudainement
une preuve une fois qu’elle est prononcée par un
résidant véritable de
Palmyra-Manchester
[54].
Malgré tous ses préjugés,
le hargneux Orsamus
Turner
était suffisamment honnête pour faire la distinction
entre ses souvenirs plutôt complémentaires et les
histoires qui ont circulé plus tard au sujet de Joseph Smith.
Il savait
que la rumeur locale était de valeur inégale, car il a
éliminé la théorie Spaulding
du Livre de
Mormon
parce qu'elle n'était pas acceptée « par
ceux qui connaissaient le mieux la famille Smith… »
[55]. L’histoire commence quand on soulève cette
question.
Mais
la littérature antimormone
est
surchargée de témoins
qui n’en sont pas :
Par
exemple, Jesse
Townsend
peut babiller sur « les impostures et la ruse vile »
du dirigeant
« mormonite »
et cependant dire, non pas qu'il connaît
Joseph Smith, mais qu'il sait
des choses sur
lui. La
raison pour laquelle il n’était pas facile d’avoir
accès à des données plus précises sur
Joseph Smith est suggérée par les propres termes de
Townsend
: « Il
vivait dans un voisinage peu fréquenté… [56]. »
En termes
simples, les Smith
vivaient à trois kilomètres ou plus de tout village.
Pour
compliquer encore la difficulté pour un villageois de vraiment
connaître
le jeune prophète, quelques mois après avoir obtenu les
plaques antiques, il déménageait vers d’autres
voisinages, ne rendant visite que de temps en temps à
Palmyra-Manchester
pendant la publication du
Livre de Mormon.
En
conséquence, John
Gilbert,
compositeur en chef pour le
Livre de Mormon,
dit
dans les interviews qu'il n’avait vu Joseph Smith qu’une
ou deux fois, alors même que Gilbert
était dans la vie publique de Palmyra
de 1824 jusqu’à l'exode mormon de 1831 [57].
Albert
Chandler,
plus tard éminent rédacteur de journal au Michigan,
travaillait comme apprenti d'un relieur sur le
Livre de Mormon
en 1829-1830.
Pourtant il
ne
connaissait
Joseph Smith, fils, « que peu ».
« Ce
que je sais
de lui, c’était par ouï-dire, principalement par
Martin Harris,
qui croyait entièrement en lui »
[58]. Certains
des cinquante et un signataires de la condamnation collective de
Palmyra
ne connaissaient probablement pas davantage les Smith
[59].
Les
problèmes sont encore plus grands quand on considère
les déclarations
de
Palmyra-Manchester
comme définitives en ce qui concerne l'origine du
Livre de Mormon.
D’après les souvenirs de Chandler concernant la Palmyra
de 1829-1830, tout le monde se moquait de Martin Harris,
mais personne ne connaissait vraiment les événements et
les personnalités qui se trouvaient derrière la
nouvelle religion :
« Le
secret absolu qui entourait l’origine et la publication de la
Bible mormone empêchait toute connaissance réelle.
Nous
savions seulement ce que Joseph Smith permettait à Martin
Harris
de rendre public à ce propos. » [60]
Une
grande partie de l'opinion non
mormone
n’est manifestement pas pertinente pour la rédaction des
débuts de l'histoire mormone.
Howe
prétendait n’imprimer que « quelques-unes des
nombreuses dépositions faites par le voisinage de la famille
de Smith… [61] ».
Il est certain que sa
motivation était de prouver le pire sans se préoccuper
de savoir quels signataires étaient le mieux placés
pour parler.
Dans
l'étude de la personnalité de Joseph Smith, c'est celui
qui était éloigné et qui n’a rien vu à
Palmyra-Manchester
qui a tendance à être hostile.
Mieux le témoin est informé, plus son point de vue est
positif.
Cette
tendance nécessite un examen soigneux de la famille très
unie des Smith, puisque c’était elle qui connaissait le
plus intimement le jeune Joseph Smith.
Le prophète
a répondu à Hurlbut-Howe
en se reconnaissant des faiblesses humaines mais en niant toute
transgression personnelle grave et en soulignant : « Je
ne me suis pas rendu coupable de faire du tort ou de blesser un homme
ou un groupe d’hommes quelconques [62]. »
Dans
d'autres déclarations,
il ne donne de détails que pour admettre qu’il a creusé
(selon l'expression de Nibley)
non pour de l'or mais pour un salaire [63].
L'histoire
sans affectation mais détaillée de Lucy
Smith jette bien plus de lumière sur l'histoire des débuts
de la famille que tout Hurlbut-Howe,
mais dans sa simplicité ingénue, elle ne répond
pas spécifiquement aux accusations des premières
déclarations sous serment, ce qui est en réalité
une garantie d’authenticité.
Mais le
dernier frère survivant du prophète s’est attaqué
directement à la question.
William
Smith était trop jeune pour se rappeler les tout premiers
temps à
Palmyra-Manchester,
mais ses souvenirs sont très précis à partir de
1823.
Individualiste,
certainement pas un homme d'organisation, il a passé ses
dernières années dans l'obscurité d'une ferme de
l'Iowa. Il
est connu grâce à un discours ou à une interview
occasionnels, mais sa réponse à Hurlbut-Howe
est restée dans les papiers d'un ami jusqu'à ce qu’elle
soit expédiée à l'Église vers 1925.
En envoyant
le manuscrit de Smith, Charles Knecht
décrit son intérêt personnel pour la famille, qui
l'a incité à prêter à William un Chambers’
Miscellany
contenant un résumé des indices avancés par
Hurlbut.
William
« a
voulu y répondre et voulait que je veille à ce que cela
soit publié »
[64]. Le
manuscrit est sans aucun doute de la main de William Smith et remonte
manifestement à 1875. [65]
La
réponse décousue de William met le doigt sur le
problème méthodologique dès sa troisième
phrase, sa frustration face aux historiens qui « n'ont pas
de meilleure base pour étayer leurs faits que la rumeur
publique »
[66]. On trouve, au milieu de commentaires
doctrinaux et de longs parallèles historiques, des réactions
précises aux conclusions de Hurlbut-Howe.
À
l’accusation que son frère Joseph « était
soupçonné de voler un mouton », William
répond vigoureusement que « à aucune période
de sa vie » il n’a été coupable et que
« il n’a jamais été soupçonné
d’avoir commis pareille mauvaise action »
[67]. La valeur
des commentaires du frère cadet va au-delà des démentis
spécifiques pour mentionner des détails de leur vie à
la maison.
Le père
(qualifié de manière absurde par un biographe bien
connu de quelqu’un « d’irréligieux et
de cynique ») tenait à ce que l’on chante des
cantiques et que l’on fasse « des prières
soir et matin ».
Il décrit l’ambiance de « piété
stricte » à la maison :
« Mes
parents, père et mère, épanchaient leur âme
à Dieu, dispensateur de toutes les bénédictions,
pour qu’il garde et protège leurs enfants et les
préserve du péché
et de toutes les œuvres
mauvaises. » [68]
Le
résumé de Hurlbut donné par Chambers
reprend les thèmes essentiels du présent article :
« La
réputation de la famille (selon le témoignage des
voisins) était de la pire espèce.
Nous
apprenons qu’elle évitait
le travail honnête, était intempérante et
menteuse, avait coutume de voler des moutons, de faire des fouilles
pour trouver des trésors cachés, etc… » [69]
Pour
répondre expressément à cette citation, William
Smith nie de manière brève mais directe ces accusations
et en explique l’origine :
« Ma
déclaration
à ce sujet est que les accusations sont fausses.
La famille
de mon père était pacifique, discrète et
pratiquante et
on n’avait jamais entendu ces calomnies, non, jamais, avant que
mon frère Joseph Smith ne commence à professer être
prophète. » [70]
William
Smith, soutenu par des témoignages de non-mormons
informés,
donne des souvenirs précis de la vie quotidienne dans le but
de montrer que les accusations de Hurlbut
étaient de la diffamation malveillante :
« Les travaux effectués sur cette ferme ont commencé par la construction à grands frais d’une maison de rondins et, à une date ultérieure, d’une maison de bois pour plusieurs centaines de dollars. Après avoir relevé ces faits, nous implorons le lecteur de cet article de juger s'il y avait beaucoup de temps pour l'indolence ou pour se livrer à des habitudes immorales ou intempérantes. Je tiens à dire ici que je n'ai jamais vu mon père Joseph Smith ivre ou sous l’influence de l’alcool ; et mon frère Joseph Smith n’a jamais eu l'habitude de boire de l’alcool. La famille de mon père n’a jamais non plus passé son temps, ni aucune partie de son temps, dans l’oisiveté. La situation existant dans la famille, liée au manque d'argent et à la rareté des provisions, était telle que la nécessité exigeait impérativement toute l’énergie, tout le courage, tous les membres de la famille en matière d'économie et de main d’œuvre, exigence à laquelle il fallait répondre par l’espèce la plus stricte d’industrie et aucune personne qui dit la vérité ne peut dire le contraire. » [71]