Je n’ai pas pu m’arrêter de le lire
Le
soir du 9 août 1995, Celia Ayala de Cruz, cinquante-neuf ans,
décida de se rendre à pied à son activité
de la Société de Secours. Elle aimait être à
l’heure aux réunions et la personne qui avait promis de
la conduire à l’église n’était pas
venue. Heureusement, le lieu de culte n’était qu’à
huit minutes de marche de son domicile. Si elle partait tout de
suite, elle arriverait à l’église avec quelques
minutes d’avance. L’activité consistait en un
cours de patchwork et c’est elle qui l’animait.
Celia
vivait à Ponce, une ville située sur la côte sud
de Porto Rico, dans la mer des Caraïbes. Des missionnaires
servaient dans les Caraïbes depuis les années 1960, en
particulier à Porto Rico et, plus tard, en République
dominicaine. Les deux pays comptaient désormais des dizaines
de milliers de saints. L’Évangile rétabli avait
pris racine dans d’autres pays et territoires insulaires,
touchant des personnes de cultures, de religions, de langues et
d’ethnies différentes. On rencontrait désormais
des saints dans les villes et les villages de toutes les Caraïbes.
En
route pour l’activité, Celia portait un sac à
main contenant un billet de cinq dollars et un exemplaire du Livre de
Mormon emballé dans du papier-cadeau. Depuis qu’Ezra
Taft Benson avait incité les saints à reporter leur
attention sur le Livre de Mormon, elle et d’autres membres de
l’Église avaient cherché des occasions d’offrir
ce livre autour d’eux. Le programme de l’Église
pour le Livre de Mormon « de famille à famille »
avait encouragé les saints à écrire leur
témoignage à l’intérieur du livre avant de
l’offrir. Au début, les saints des derniers jours
devaient acheter leurs propres exemplaires du Livre de Mormon, mais
en 1990, l’Église avait mis en place un fonds de
donation pour offrir le livre gratuitement à toute personne
dans le monde.
Depuis
qu’elle était devenue membre de l’Église
seize ans plus tôt, Celia avait lu le Livre de Mormon plusieurs
fois. Alors qu’une de ses collègues vivait un moment
difficile dans son mariage, Celia pensait que ce livre pourrait
l’aider. Elle en avait placé un exemplaire dans une
boîte cadeau, l’avait emballé dans du beau papier
et avait noué un ruban autour. Dans la boîte, elle avait
laissé une carte postale avec son adresse et son témoignage
du Livre de Mormon. Ce soir-là, elle apportait le livre à
l’église pour montrer aux sœurs de la Société
de Secours une manière d’offrir un Livre de Mormon.
Peu
avant d’arriver, Celia décida d’emprunter un
raccourci derrière un parc. Tandis qu’elle franchissait
un portail, un grand jeune homme armé d’un couteau se
jeta sur elle. Il la poussa et elle tomba à la renverse sur
l’herbe humide.
Celia
lui dit : « Vous agressez une servante du Seigneur. »
Le
jeune homme ne répondit pas. Au début, elle pensa qu’il
allait la tuer. Mais il lui arracha son sac et le fouilla jusqu’à
ce qu’il trouve le billet de cinq dollars et le Livre de Mormon
dans son emballage cadeau. Un sentiment de calme envahit Celia. Elle
savait que le jeune homme ne lui ferait pas de mal.
Elle
pria silencieusement : « Seigneur, si c’est le moyen que
tu as choisi pour que ce garçon se convertisse à
l’Évangile, il ne va pas me tuer. »
Serrant
son couteau, le jeune homme s’empara de l’argent et du
Livre de Mormon, et s’enfuit dans la nuit.
Peu
après son agression, alors que Celia Ayala de Cruz ouvrait sa
boîte aux lettres, elle y trouva une lettre anonyme d’une
page. Elle lut : « Pardonnez-moi, pardonnez-moi. Vous ne saurez
jamais à quel point je regrette de vous avoir attaquée.
»
Celia
continua de lire. Le jeune homme racontait comment le Livre de Mormon
qu’il avait dérobé avait changé sa vie.
Quand il avait vu le livre emballé, il avait pensé que
c’était un objet qu’il pourrait vendre. Puis il
l’avait ouvert et avait lu le témoignage que Celia avait
écrit pour sa collègue. Il disait à Celia : «
Le message que vous avez écrit dans ce livre m’a fait
pleurer. Depuis mercredi soir, je n’ai pas pu m’arrêter
de le lire. »
Le
jeune homme avait été particulièrement touché
par le récit de Léhi. Il écrivait : « Le
rêve de cet homme de Dieu m’a ébranlé et je
remercie Dieu de vous avoir trouvée. » Il ne savait pas
si Dieu lui pardonnerait d’avoir volé, mais il espérait
que Celia le ferait. Il ajoutait : « Je vous rends les cinq
dollars parce que je ne peux pas les dépenser. »
L’argent était dans l’enveloppe.
Il
exprimait aussi son désir d’en apprendre davantage sur
l’Église. Il ajoutait : « Je veux que vous sachiez
que vous me reverrez, mais alors, vous ne me reconnaîtrez pas,
car je serai votre frère. Je n’habite pas dans la même
ville que vous, mais là où je suis je dois trouver le
Seigneur et aller à votre Église. »
Celia
s’assit. Depuis l’agression, elle avait prié pour
le jeune homme. Elle dit : « Si Dieu le veut, que ce garçon
se convertisse. »
(Les
saints, tome 4, chapitre 28)