Comment expliquons-nous Apocalypse 22:18 qui dit de ne rien ajouter aux Écritures ?


Eldin Ricks

département des Écritures anciennes, université Brigham Young




Parce que nous croyons que le Livre de Mormon, les Doctrine et Alliances et la Perle de Grand Prix sont des Écritures supplémentaires, votre question est très pertinente. Avant d'en discuter, cependant, relisons Apocalypse 22:18-19 :
 
« Je le déclare à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : si quelqu'un y ajoute quelque chose, Dieu le frappera des fléaux décrits dans ce livre ; et si quelqu'un retranche quelque chose des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l'arbre de la vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre. »

Considérons ce que Jean voulait dire par « ce livre », puis ce qu'il voulait dire par ne pas ajouter à ce livre ni retrancher de ce livre. Quand Jean écrivit le livre de l'Apocalypse dans la deuxiéme moitié du premier siècle après Jésus-Christ, il ne rédigeait pas les pages de conclusion du Nouveau Testament puisque celui-ci n'existait pas à l'époque. Il était en exil sur l'île de Patmos et il écrivait un rouleau adressé aux sept branches de l'Église de l'ouest de ce que nous appelIons maintenant la Turquie. Son manuscrit était entièrement indépendant du reste des 27 manuscrits séparés qui finirent par former plus tard l'anthologie que nous connaissons sous le nom de Nouveau Testament.

Et son manuscrit n'était pas nécessairement le dernier écrit. Ceux qui ont écrit sur la question s'accordent à dire que plusieurs de ces 27 manuscrits furent écrits après le livre de l'Apocalypse. Ce n'est qu'au quatrième siècle après Jésus-Christ que le rassemblement des écrits sacrés devint le Nouveau Testament essentiellement comme nous le connaissons aujourd'hui. À la lumière de ces faits, nous pouvons dire que lorsque Jean parlait de « ce livre » il ne parlait pas du Nouveau Testament (qui n'était pas encore formé) mais simplement de son propre rouleau, le livre de l'Apocalypse lui-même.

Que veut donc dire Jean quand il demande à quiconque lit son œuvre de ne pas y ajouter de paroles au livre ni d'en retrancher du livre ? Il veut dire que personne ne doit altérer le texte de son rouleau de quelque manière que ce soit. Il ne veut pas que des copistes, d'éventuels imposteurs ni des croyants bien intentionnés, mais dépourvus de jugement, fassent les moindres changements dans la manière de les lire. Il veut qu'il demeure exactement comme il l'a rédigé sous l'inspiration du Seigneur.

Il est intéressant que l'auteur du Deutéronome, le quatrième livre de l'Ancien Testament, avertit de la même manière ses lecteurs : « Vous n'ajouterez rien à ce que je vous prescris, et vous n'en retrancherez rien » (Deutéronome 4:2 ; voir aussi 12:32). Dans les deux cas, les écrivains demandent aux futurs lecteurs de leurs manuscrits sacrés de ne pas changer ce qui a été écrit. Heureusement, personne ne prétend, à partir de l'injonction de Deutéronome, qu'il ne doive pas y avoir d'Écriture après celle-ci, car alors certains pourraient en conclure que le reste de la Bible doit être rejeté.

Non seulement Jean ne dit pas qu'il ne doit jamais y avoir d'autres Écritures, mais la conclusion inévitable que l'on doit tirer du livre de l'Apocalypse, quand on le considère dans son ensemble, est que Jean reconnaît qu'il y aura immanquablement d'autres Écritures dans les derniers jours. Qu'est-ce que l'Écriture sinon la révélation divine sous forme écrite ? Une grande partie du Livre de l'Apocalypse prophétise la venue de messagers divins sur terre à une époque ultérieure à celle de Jean. Quand des messagers de ce genre viennent et qu'un récit écrit est fait de leur visite et de leur message, de nouvelles Écritures prennent automatiquement forme.

Dans le onzième chapitre de I'Apocalypse, Jean prédit la mission de deux prophètes qui prophétiseront dans Jérusalem vers la fin. Quand ils prophétiseront et que leur message divinement révélé par Dieu sera conservé par écrit, de nouvelles Écritures prendront alors forme. La prédiction de la deuxième venue du Christ dépasse tous les autres événements par son sens prophétique dans le livre de l'Apocalypse. Quand le Christ viendra et que les hommes de Dieu feront un récit écrit de sa venue, une nouvelle Écriture prendra forme.

Au lieu de nous enseigner qu'il ne doit plus y avoir d'Écritures données à la famille humaine, le petit volume du livre de l'Apocalypse, considéré du début jusqu'à la fin, devient une preuve splendide qu'il y aura des Écritures additionnelles dans les derniers jours.

(L'Étoile, janvier 1979, p. 5-7)