Quels sont les anglicismes les plus courants

dans le langage des membres de l'Église ?


La Rédaction


Introduction
Exemples d'anglicismes
Notre responsabilité




Introduction

La langue du Rétablissement étant l'anglais, les premiers missionnaires de l'Église étaient d'expression anglaise. Les missionnaires d'expression anglaise ont longtemps été majoritaires et le sont peut-être encore. De ce fait, il est naturel que des anglicismes aient été importés parmi les saints d'expression française, anglicismes dont nous trouvons des traces encore aujourd'hui dans toutes les paroisses de France.

Quand un anglicisme fait partie du fond sonore de notre éducation religieuse et que ce fond perdure pendant des décennies, il est naturel que nous adoptions cet anglicisme sans nous en rendre compte et qu'il fasse partie de notre langage. Pour nous en rendre compte, il faut soit avoir une bonne connaissance du français, soit que quelqu'un constate l'anglicisme et nous en fasse la remarque.

Voici quelques exemples d'anglicismes répandus parmi les saints :

a. Chapelle
b. Coin de feu
c. Actif
d. Président
e. Père céleste
f. Christ
g. À propos du témoignage
h. À propos de la prière
i. Jésus-Christ


■ « Chapelle » pour « église ». C'est le langage des missionnaires anglophones que nous imitons depuis des décennies, sauf dans les publications de l'Église qui sont en français correct. En français, la « chapelle » désigne la salle de culte. Comme dans le temple, la chapelle n'est qu'une partie du bâtiment. Même si dans l'Église catholique il existe des bâtiments isolés appelés chapelles, les bâtiments dans lesquels se tiennent nos réunions dominicales sont des églises. Précisons qu'en français l'église avec un é minuscule est le bâtiment, alors que l'Église avec un É majuscule est l'institution.

■ « Coin de feu » pour « veillée ». Un « coin de feu » n'a jamais été une expression française. L'équivalent a toujours été une « soirée au coin du feu ». Aujourd'hui nous disons « veillée », terme officiel des publications de l'Église.

■ « Actif »
pour « pratiquant » et « inactif » pour « non pratiquant ». En français, un « membre actif » est le membre d'une association qui est à jour de sa cotisation. Dans le monde religieux, on est pratiquant, semi-pratiquant ou non pratiquant.

■ « Président Untel » pour « Le président Untel ». « Président Untel a déclaré » pour « Le président Untel a déclaré » ; « La femme de président Untel » pour « La femme du président Untel » ; « J'ai parlé à président Untel » pour « J'ai parlé au président Untel ». En anglais, l'article est supprimé devant un nom propre précédé d'un titre. En français, l'usage veut qu'on mette l'article devant un titre. On ne dit « Président Untel » que lorsqu'on s'adresse à lui. Notons que cette règle est respectée dans toutes les publications officielles de l'Église. De la même façon, on dit aussi « le professeur Tournesol », « le président Macron » et « le père Noël » quand on parle d'eux.

En revanche, l'usage veut qu'on dise « Mère Thérésa », « soeur Emmanuelle » et « frère Untel » et « soeur Untel », ce qui constitue l'exception à la règle. Effectivement, dans l'Église
on ne dit pas « le frère Untel » ou « la soeur Untel », y compris quand on parle des personnes concernées. Notons qu'on ne dit pas non plus « frère » ou « soeur » suivi d'un prénom seul, mais suivi d'un patronyme ou suivi du prénom et du nom. Quand on utilise le prénom au lieu du patronyme, c'est sans le précéder d'un titre. Quand on utilise les deux (prénom et nom), c'est précédé ou pas du titre « frère » ou « soeur ».

■ En français on emploie l'expression « Père céleste » en la précédant
d'un article défini ou indéfini (« le », « un ») ou d'un adjectif possessif (« notre », « mon », etc). Par voie de conséquence, en français on ne dit pas « à Père céleste » mais « au Père céleste » ou « à notre Père céleste » ; on ne dit pas « de Père céleste » mais « du Père céleste » ou « de notre Père céleste » ; etc. L'appeler directement « Père », suivi d'un qualificatif ou pas, n'est correct en français que lorsqu'on s'adresse à lui. D'ailleurs, en français on ne dit pas « Au nom de Père » mais « Au nom du Père ». Répétons-le : En anglais, devant un titre, on supprime l'article, alors qu'en français on le met. Notons que cette règle est respectée dans tout le canon des Écritures ainsi que dans toutes les publications officielles de l'Église. La seule exception qui nous concerne, comme nous l'avons vu, est pour « frère Untel » et « soeur Untel ».

Une autre exception à la règle s'est infiltrée dans la tradition protestante et jusque dans la Bible de Louis Segond qui était pasteur protestant : « Christ » pour « le Christ », « à Christ » pour « au Christ » et « de Christ » pour « du Christ » dans un nombre de passages trop important pour qu'il soit utile d'en indiquer les références. Nous y voyons l'influence de la langue de la Réforme, l'allemand, dans laquelle le titre « Christus » s'emploie sans article, comme en anglais. Notons que les publications de l'Église ne se permettent pas cet écart à la règle. Si elles citent fidèlement la Bible Segond, elles n'adoptent pas l'usage du terme « Christ » à la mode protestante qui ne devrait être exporté de la Bible Segond que lorsqu'on la cite. Le jour où l'Église produira sa propre Bible en français, ce sera l'occasion de corriger cet écart de la tradition protestante. 


■ À propos du témoignage :

À propos de la façon de témoigner, il y a ce qui se dit en anglais mais pas en français.

■ Ce qui ne se dit pas :

• « Je vous laisse mon témoignage », car en français, ce qu'on laisse, on ne l'a plus. On ne dit pas non plus « Je vous laisse avec mon témoignage », construction anglaise pour dire « Pour terminer, je témoigne ».

• « Je vous offre mon témoignage ». En anglais, le verbe « offrir » est utilisé dans de nombreux registres. Pas en français.
En français, nous avons des verbes spécifiques. En français, on en fait part de son témoignage. On ne l'offre pas.

• « Je vous partage mon témoignage » n'est pas une tournure française. Sinon, elle signifierait « Je partage mon témoignage en plusieurs parties que je distribue ». On dit « Je vous fais part de mon témoignage ».

• « Je rends mon témoignage » est un anglicisme.
En français, on ne rend pas « son » témoignage, comme on rendrait son tablier. L'expression correcte est « rendre témoignage », pas « rendre son témoignage ».

• « Je porte mon témoignage ». On ne porte pas « son » témoignage comme on porterait sa croix. L'expression correcte est « porter témoignage », pas « porter son témoignage ».

Précisons que ce type d'écueil était déjà mentionné dans le Manuel à l'usage des traducteurs édité par l'Église en 1967 et toujours d'actualité.


■ Formulations correctes :

• « Je rends témoignage ». L'expression correcte est « rendre témoignage », pas « rendre son témoignage ». Par conséquent, lorsqu'on traduit : « Rendez votre témoignage… Chaque fois que vous rendez votre témoignage, vous le fortifiez » (Spencer W. Kimball, Enseignements des présidents de l'Église, 2006, p. 85), on devrait utiliser une formulation telle que :
« Rendez témoignage… Chaque fois que vous rendez témoignage, vous fortifiez votre témoignage ». De même, lorsqu'on traduit : « Je rends mon témoignage sûr et solennel que… » (Dale G. Renlund, Le Liahona, novembre 2023, p. 98), on devrait utiliser une formulation telle que : « Je rends un témoignage sûr et solennel que… »

• « Je porte témoignage ». L'expression correcte est « porter témoignage », pas « porter son témoignage ».

• « Je témoigne » et « J'en témoigne ». C'est l'expression la plus simple et la plus sûre. Elle peut être utilisée en début ou en fin de témoignage, comme dans les trois exemples suivants : 

1. « Je témoigne que Dieu vit, que Jésus est le Sauveur du monde et que le président Untel est le prophète de Dieu aujourd'hui. »

2. « Je sais que Dieu vit, que Jésus est le Sauveur du monde et que le président Untel est le prophète de Dieu aujourd'hui. J'en témoigne. »

3. « Dieu vit. Jésus est le Sauveur du monde. Le président Untel est le prophète de Dieu aujourd'hui. Je témoigne de ces vérités sacrées. » (
Ulisses Soares, Le Liahona, novembre 2023, p. 73). Cette dernière formulation a la particularité de ne pas commencer par « Je » mais par l'énoncé de vérités. 

Comme on le constate, la palette de formulations correctes est riche. Elle est suffisamment riche pour ne pas avoir besoin de recourir à des tournures étrangères. 

Ceci étant dit, dans le doute, ne nous abstenons pas ! Ne nous abstenons pas de témoigner parce que nous doutons de notre langage, mais soyons certains que notre Père céleste accepte tous les témoignages, comme toutes les prières, quelle que soit leur formulation. Sachons simplement qu'il existe des formulations correctes en français et d'autres qui ne le sont pas.

■ À propos de la prière :

En bon français, on ne « laisse » pas une prière à notre Père céleste. Soit on la lui « fait » (voir 1 Rois 8:29 ; 2 Rois 20:2 ; 2 Chroniques 6:40 ; 7:15 ; Esdras 10:1 ; Marc 11:25), soit on la lui « adresse » (voir 2 Samuel 7:27 ; 1 Rois 8:28, 33, 44, 48, 54 ; 2 Chroniques 6:34, 38 ; Néhémie 1:6 ; Job 27:10 ; 33:26 ; Psaumes 5:3 ; Romains 15:30). Le verbe « laisser » a une connotation de négligence, voire d'abandon, qui convient peu à la communication avec le divin. On « laisse » un message à quelqu'un sur un répondeur téléphonique, mais on « fait » ou « adresse » une prière à notre Père céleste. La langue française étant riche, il existe des formules encore plus simples pour terminer une prière, comme « C'est là notre prière » ou « Nous te prions » suivi de « Au nom de Jésus-Christ. Amen », cette dernière terminaison pouvant souvent se suffire à elle-même.

Comme nous l'avons dit, dans la langue anglaise le verbe « offrir » est appliqué à toutes sortes de situations, alors qu'en français nous avons des verbes spécifiques. Par exemple, en anglais on offre ses condoléances, alors qu'en français on les présente. En bon français, on n'offre pas une prière, on la fait. En français, on offre un sacrifice, on offre sa vie, mais on fait une prière. « Offrir la prière » n'est pas une expression française. C'est pourquoi elle est absente des publications de l'Église où c'est l'expression « faire la prière » qui est utilisée, comme dans les saintes Écritures (voir 1 Rois 8:29 ; 2 Rois 20:2 ; 2 Chroniques 6:40 ; 7:15 ; Esdras 10:1 ; Marc 11:25) et dans le temple.

D'aucuns avanceront que « faire » n'est pas un verbe noble. Pourtant, il existe dans la langue française plusieurs choses nobles que l'on « fait », comme la paix, ses adieux et la prière.

Seuls deux cas ont échappé à la vigilance du service des Traductions de l'Église : D&A 93:51 et le premier couplet du cantique « À toi, Dieu, notre Père » (Cantiques, 1993, n° 100). Ces deux cas d'utilisation de l'anglicisme « offrir la prière » sont des paradoxes. En effet, dans aucun des deux le texte anglais n'utilise cette expression. Elle ne se trouve pas dans le texte anglais. Nos traducteurs ont introduit dans leur traduction une expression anglaise absente du texte anglais.

Précisons que si l'expression « offrir la prière » est d'usage en anglais dans le langage courant, elle est cependant totalement absente des ouvrages canoniques en anglais.

Quant à l'expression « Untel va nous offrir la prière », elle comporte un double problème : ce n'est pas à « nous » que la prière est faite, mais à notre Père céleste. La prière n'étant pas destinée à « nous », « Untel va nous faire la prière », bien qu'utilisant le bon verbe, a le même inconvénient.

Alors, que dit-on pour s'exprimer correctement ? On dit « Untel fera la prière », comme le disent les traducteurs de la conférence générale. Et pour terminer la prière, il existe de nombreux verbes à notre disposition : « C'est la prière que nous te faisons », ou « t'adressons », ou « prononçons », ou « formulons », etc. Comme nous le constatons, la langue française est suffisamment riche pour ne pas avoir à adopter la traduction d'une expression anglaise.


La règle appliquée par nos traducteurs est de ne pas traduire mot à mot une expression anglaise mais de la rendre par l'expression équivalente en français. Puisque l'expression française correspondant à « offrir la prière » est « faire la prière », c'est ainsi qu'elle est officiellement traduite dans l'Église. S'il existe des infractions à cette règle, c'est par erreur humaine ou logicielle, ou les deux.

Par exemple, l'ouvrage en quatre tomes « Les saints » a été confiée à une équipe qui n'a pas reçu les instructions en usage ou à un logiciel dans lequel on ne les a pas intégrées. L'ouvrage mentionné contient quelques expressions purement anglaises ou tournures anglo-saxonnes traduites mot-à-mot, dont la sonorité n'est pas très « heureuse » en français. Les traducteurs habituels ne font cette erreur qu'exceptionnellement, par omission. Le reste du temps, ils s'en tiennent aux recommandations du manuel qui leur est fourni. 

■ La prononciation du nom « Jésus-Christ » est l'anglicisme le plus répandu actuellement parmi les saints d'expression française. C'est le plus répandu parce que c'est le nom le plus souvent prononcé dans l'Église, notamment dans l'emploi de l'expression « au nom de Jésus-Christ ». En français on dit « le Christ » en prononçant toutes les lettres : k-r-i-s-t, mais on prononce « Jésus-Christ » en laissant muettes les deux dernières consonnes : k-r-i. Faire sonner les consonnes finales [st] est un anglicisme. À ce propos, voir l'article Comment prononcer le nom du Fils de Dieu ?

Notre responsabilité vis-à-vis de notre langue

Si jusqu'à présent nous n'étions pas conscients de nos défauts de langage, soyons rassurés : ce n'est pas un péché. Dans la hiérarchie des valeurs, il est assurément plus important d'être un vrai disciple du Sauveur et un véritable saint des derniers jours que de parler sans anglicisme. Cependant, notre progression englobe tout, y compris notre langage. Parmi les changements à apporter à notre vie, même un défaut secondaire vaut la peine d'être corrigé. « Et c'est des petites choses que sort ce qui est grand » (D&A 64:33). Or, il est plus facile de s'améliorer quand on sait précisément en quoi le faire. Et ce que nous apprenons dans le cadre de l'Église nous est utile aussi à l'extérieur.

Le franglais est défini comme étant du français dans lequel l'influence anglaise (lexique, syntaxe) est prédominante. Nous, locuteurs, avons un devoir envers notre langue. Comme l'a dit Charles Didier, du premier collège des soixante-dix : « Les mots sont une forme d'expression personnelle. Ils nous distinguent tout comme le font les empreintes digitales » (L'Étoile, mai 1980, p. 43). Il est tout à notre honneur de refuser d'être pétris d'anglicismes. Il n'est pas utile d'adopter les fautes de français de nos dirigeants anglophones. Nous pouvons être fidèles à la fois à l'Évangile et à notre langue.

Plus notre rayon d'influence est large, plus nous avons un devoir envers notre langue. Plus notre appel nous expose, plus nous sommes responsables des effets d'imitation de notre langage chez nos semblables. C'est pourquoi il revient aux dirigeants de donner l'exemple dans leurs prises de parole pour éviter la contamination des anglicismes. 

Les missionnaires à plein temps étant à l'origine des anglicismes introduits dans le jargon des membres de l'Église, il évident que nous sommes reconnaissants lorsqu'un président de mission, après avoir pris connaissance de ce phénomène, enseigne la bonne prononciation et le vocabulaire correct à ses missionnaires. Ce faisant, il agit à la source des vagues déferlantes que nous avons identifiées.