LE
DOSSIER MULEK
Prophéties
bibliques sur les Mulékites
par
John L. Sorenson
publié
à l’origine dans The
Improvement Era
de mai 1957
tiré
de A
Book of Mormon Treasury,
Bookcraft, Salt Lake City, 1976
traduit
de FARMS Reprint, SOR-57
traduit
et affiché avec la permission de FARMS
Les
saints des derniers jours se sont toujours intéressés
aux Écritures bibliques qui prophétisent sur le Livre
de Mormon. Nous connaissons presque tous l’expression d’Ésaïe
: « ta voix sortira de terre » ou le « bois de
Joseph » d’Ézéchiel. Il y a cependant un
passage de l’Ancien Testament qui a été
curieusement négligé en dépit du fait qu’Orson
Pratt en ait relevé la signification il y a longtemps. La
prophétie se trouve dans Ézéchiel, chapitre 17 ;
Mulek en est le sujet :
Ainsi parle le Seigneur,
l'Éternel: J'enlèverai, moi, la cime d'un grand cèdre,
et je la placerai; j'arracherai du sommet de ses branches un tendre
rameau, et je le planterai sur une montagne haute et élevée.
Je le planterai sur une
haute montagne d'Israël; il produira des branches et portera du
fruit, il deviendra un cèdre magnifique. Les oiseaux de toute
espèce reposeront sous lui, tout ce qui a des ailes reposera
sous l'ombre de ses rameaux.
Et
tous les arbres des champs sauront que moi, l'Éternel, j'ai
abaissé l'arbre qui s'élevait et élevé
l'arbre qui était abaissé, que j'ai desséché
l'arbre vert et fait verdir l'arbre sec. Moi, l'Éternel, j'ai
parlé, et j'agirai (Ézéchiel
17:22-24).
Qui
était Mulek, au juste ? Le Livre de Mormon dit très peu
de choses sur lui : il était fils de Sédécias,
dernier roi des Juifs, qui, avec des compagnons, se rendit dans le
même pays que le groupe de Léhi. Mulek et la prophétie
d’Ézéchiel se situent tous les deux à la
même époque tendue du monde juif antique.
En
598 av. J.-C. [datation de l’auteur], Jojakin, dix-huit ans, ne
régnait comme roi dans le pays de Juda que depuis trois mois
quand Nebucadnetsar, roi de Babylone, envoya une armée
assiéger Jérusalem à titre de représailles
pour la rébellion du père, maintenant décédé,
de Jojakin. Le jeune roi, avec la plus grande partie de la maison
royale, plus des citoyens importants de Jérusalem, fut emmené
captif à Babylone, dans le « pays entre les fleuves ».
Ézéchiel faisait partie, lui aussi, des exilés.
Entre-temps, un nouveau roi fantoche était installé sur
le trône de Juda par les maîtres venus de l’orient.
C’était Matthania, rebaptisé Sédécias,
qui n’avait lui-même que vingt et un ans.
Ces
faits, Néphi ne les a pas enregistrés sur les petites
plaques du Livre de Mormon. Il commence simplement son histoire «
au commencement de la première année du règne de
Sédécias, roi de Juda » (1 Néphi 1:4).
Cette même année, Léhi et sa famille s’enfuirent
de Terre sainte pour traverser l’Arabie jusqu’à la
mer et atteindre finalement la terre promise – l’Amérique.
Le
prophète Jérémie essaya vainement de mettre
l’entêté Sédécias en garde contre le
danger de sa politique rebelle à l’égard de
Babylone. L’Égypte, insistait-il, était un allié
épuisé et inutile, qui ne pouvait rien faire pour
défendre les Juifs dans un affrontement militaire. Le prophète
avait bien entendu raison. Au bout de neuf ans d’un règne
incertain, Sédécias vit sa capitale de nouveau assiégée
par une grande armée de son maître, Nebucadnetsar. Puis,
au cours d’une deuxième année de famine et
d’impuissance d’un peuple piégé dans les
murs de Jérusalem, l’espoir s’évanouit. Le
roi lui-même essaya de se glisser à travers le cordon
des ennemis. Il échoua et « les
fils de Sédécias furent égorgés en sa
présence; puis on creva les yeux à Sédécias…
et on le mena à Babylone »
(2 Rois 25:7).
Cette
scène finale eut lieu vers 587-586 av. J.-C., alors que le
groupe de Léhi était toujours en route pour l’Amérique.
(Voir 2 Néphi 1:4.) Quatre ans seulement auparavant, Ézéchiel
avait parlé durement de Sédécias. Le prophète
était pour que les Juifs soutiennent fermement le monarque
captif Jojakin. Il voyait en Sédécias un violeur
d’alliances avide de pouvoir dont le châtiment terrible
n’allait pas tarder, comme ce fut effectivement le cas.
Ézéchiel (17:1-21) raconte à coups d’images
fortes cet aspect de l’histoire. La prophétie qui nous
préoccupe vient ensuite aux versets 22 à 24.
Il
est facile de voir pourquoi Ézéchiel avait à
l’esprit le Livre de Mormon et son peuple. Il vivait à
une époque de crise terrible pour Israël, où son
peuple était dispersé sur la terre comme il ne l’avait
encore jamais été. Du vivant même d’Ézéchiel,
deux petits groupes furent emmenés hors du pays, pour se
retrouver plus tard en Amérique. Ainsi donc, dans un certain
sens, Ézéchiel 17 et 37 s’exprimaient sur un
problème capital qui le préoccupait à ce
moment-là et qui allait illuminer les générations
futures.
L’auteur
de 2 Rois rapporte que « les
fils de Sédécias furent égorgés en sa
présence
». Mais le Livre de Mormon nous apprend qu’un de ses fils
échappa. Cinq siècles plus tard, Alma, le prophète,
disait : « Direz-vous que les fils de Sédécias
n'ont pas été tués, tous excepté Mulek?
Oui, et ne voyez-vous pas que la postérité de Sédécias
est avec nous, et qu'elle a été chassée du pays
de Jérusalem? » (Hélaman 8:21).
Le
fait que ce fils ait pu échapper ne doit pas trop nous étonner
après tout. Souvenez-vous que Sédécias n’avait
que trente-deux ans quand il a été pris. Il n’y
avait certainement aucun de ses enfants qui était adolescent.
Il est très possible que Mulek ait été un enfant
déguisé que des serviteurs dévoués ont
soustrait aux griffes des Babyloniens. Il se peut qu’il ait été
avec le groupe des « filles du roi » quand elles sont
finalement parvenues en Égypte avec Jérémie.
(Voir Jérémie 41:10; 43:6.)
Le
Livre de Mormon ne dit pas grand-chose sur la traversée de
l’océan par le groupe de Mulek. Omni (v. 16) écrit
: « Ils voyagèrent dans le désert, et furent
amenés par la main du Seigneur de l'autre côté
des grandes eaux, au pays où Mosiah les découvrit ».
C’était le pays de Zarahemla.
Le
professeur Hugh Nibley a fait observer que l’on retrouve de
nombreux éléments égyptiens à
l’arrière-plan du Livre de Mormon et que ceux-ci peuvent
être dus à des expériences de la vie de Léhi
lui-même. Une autre explication possible est que ces éléments
ont fait le voyage avec Mulek et son groupe. Par exemple, le
professeur Nibley voit dans le nom Giddonah, un nom propre du Livre
de Mormon, une version égyptianisée du nom du célèbre
port phénicien Sidon1.
Si nous remarquons, en outre, que ce sont, selon toute probabilité,
les Mulékites2
qui ont donné son nom au Sidon, le fleuve principal du pays du
sud dans la terre promise, le nom du port phénicien acquiert
une importance supplémentaire. Il est possible que Mulek ait
été transporté de l’autre côté
de l’océan par un navire sidonien détourné
de l’activité commerciale séculaire des
Égyptiens. Mais ce n’est qu’une supposition. Il
n’en reste pas moins vrai que Mulek est arrivé à
bon port.
Hélaman
nous apprend (6:10) que Mulek a tout d’abord abordé au
pays du nord à son arrivée du Vieux monde. Mais
Amaléki, l’un des anciens historiens néphites
(Omni 15-16), dit expressément que les Mulékites «
furent amenés par la main du Seigneur de l'autre côté
des grandes eaux, au pays où Mosiah les découvrit; et
ils y demeuraient depuis ce temps-là ». Dans sa
digression détaillée sur la géographie (Alma 22,
en particulier les versets 30 et 31), Alma dit que le pays situé
du côté du nord « … fut découvert
par le peuple de Zarahemla, car il était le lieu de leur
premier débarquement.
« Et
ils étaient venus de là et étaient montés
dans le désert du sud. » Ainsi donc, le groupe de
Mulek, au contraire de celui de Léhi, n’était pas
satisfait de son premier point de débarquement pour s’y
installer. Pour une raison que nous ne connaissons pas, ils ont
poussé plus avant et sont « montés »
vers le pays de Zarahemla.
Or
Ézéchiel avait vu, prophétiquement, une série
d’événements qui ressemblent beaucoup à
ceux-ci, en dépit du fait qu’ils sont décrits
dans un langage figuré. Il vit un cèdre imposant,
représentant la maison royale de Juda, et ce qui allait lui
arriver.
«
Ainsi
parle le Seigneur, l'Éternel: J'enlèverai, moi, la cime
d'un grand cèdre, et je la placerai; j'arracherai du sommet de
ses branches un tendre rameau, et je le planterai sur une montagne
haute et élevée… » (Ézéchiel
17:22). Les versets précédents en montrent clairement
la signification : un enfant de Sédécias, le roi,
allait être « arraché » de l’arbre
familial et « planté » dans un autre pays.
La
certitude que ce « tendre rameau » était le Mulek
du Livre de Mormon est rendue encore plus convaincante par un jeu de
mots révélateur impliquant son nom. Les saints des
derniers jours qui ont accordé si peu d’attention que ce
soit à la question ont considéré logiquement que
la racine hébraïque du nom de Mulek devait être
malak,
régner, d’où melek,
roi, et beaucoup d’autres formes de sens apparenté. Cela
n’explique toutefois pas les voyelles u
et e.
Ces voyelles intérieures sont très importantes dans les
mots hébreux. Si l’on considère que l’orthographe
du nom donnée par Joseph Smith reproduit raisonnablement les
distinctions de la langue antique, il devient clair que Mulek
est probablement ce que l’on appelle une forme pu’al
d’un verbe hébreu et serait par conséquent lu
comme une voix passive. La voix passive de malak,
« gouverné » ou « assujetti »,
ne serait certainement pas le nom que retiendrait un prince déposé.
Il a dû avoir une autre signification.
Si
nous lisons le nom comme étant muleq
(avec un qof
final), le sens deviendrait « détacher, arracher ».
(On ne trouve nulle part cette variante de cette racine dans notre
Ancien Testament, pas plus, d’ailleurs, que des milliers
d’autres mots de l’hébreu ancien courant.) Pour
l’esprit sémitique, avec son amour des jeux de mots,
cette situation serait parfaite. Chaque fois que le nom du prince
Mulek aurait été prononcé, cela aurait rappelé
à ses partisans fidèles qu’il était à
la fois leur roi et le rameau arraché de la prophétie
d’Ézéchiel. De cette façon, Mulek pouvait
rester le symbole d’une prophétie accomplie par la chute
de Jérusalem ainsi que d’une promesse prophétique
réalisée par la transplantation de la maison régnante
de Juda dans un autre pays.
Le
récit du Livre de Mormon cadre donc avec le nom ; un prince de
Juda arraché de l’arbre royal pour pousser dans un pays
lointain haut et élevé. Tout cela était l’œuvre
du Seigneur, pas de l’homme. Notez que tandis qu’Ézéchiel
dit qu’un « grand
aigle [ou pays]… enleva la cime d'un cèdre [Jojakin] »
et « arracha le plus élevé de ses
rameaux »
(17:3-4,
12), par contraste, il est dit expressément que le rameau
ultérieur, Mulek, est ce que le Seigneur arrache (v. 22). Omni
(v. 16) le confirme formellement en disant que Mulek fut amené
à travers l’océan « par la main du Seigneur
». Ceux qui ont fait naviguer le bateau pour le prince
aventureux ne méritent pas nécessairement de se voir
attribuer le mérite du succès du voyage ; il avait
l’aide divine du début à la fin.
Ézéchiel
prophétisa aussi que Mulek, le rameau, devait être
planté «sur
une haute montagne d'Israël ».
Quand on lit cette formule, on se rappelle la bénédiction
donnée, sur son lit de mort, par Jacob à Joseph (Genèse
49:22-26). Jacob promit à son fils préféré
une bénédiction supplémentaire au-delà de
celles qu’il avait héritées de son père,
Isaac, et de son grand-père, Abraham. Cet héritage
spécial, dit Jacob, s’étendait « jusqu'à
la cime des collines éternelles ».
Il lui donnait en bénédiction un pays riche. Les
descendants de Léhi, de la lignée de Joseph,
réalisèrent dans la terre promise d’Amérique
tant la bénédiction de Jacob et celle que Moïse y
ajouta dans la même veine (De 33:13-17).
La
destination de Mulek était donc le pays « des montagnes
antiques », « les collines éternelles »
ou « une haute montagne d’Israël ».
Est-ce pour cela que le groupe de Mulek a continué à
avancer dans le désert ? Recherchait-il « une
montagne haute et élevée » comme Ézéchiel
l’avait dit
?
Tournons-nous
maintenant vers un fragment hautement intéressant de
l’histoire traditionnelle de la Mésoamérique
ancienne – le sud du Mexique et le nord de l’Amérique
centrale. C’était l’endroit « à
quelques centaines de kilomètres, du nord au sud, où
les Néphites construisirent leurs villes », comme
l’écrivit apparemment le prophète Joseph en
18423.
C’est dans cet endroit riche et exotique que l’antique
civilisation américaine atteignit son zénith.
Les
traditions des peuples originaires de la région sont remplies
et de pièges pour les historiens, mais elles sont également
riches en parallèles frappants avec le Livre de Mormon. Prenez
les récits de Don Fernando de Alva Ixtlilxochitl. Un siècle
après Cortès, ce descendant européanisé
de la famille royale originaire du Mexique a rédigé
l’histoire traditionnelle de son peuple en utilisant des
documents de l’époque préhispanique qui ont été
perdus depuis, mais qui lui étaient accessibles à
l’époque. Il parle de plusieurs peuples qui arrivèrent
autrefois pour coloniser le Mexique. Il dit à propos de l’un
de ceux-ci : « Ceux qui possédèrent ce
nouveau monde dans ce troisième âge étaient les
Ulmecas et les Xicalancas; et d’après ce que l’on
trouve dans leur histoire, ils arrivèrent de l’est dans
des bateaux ou des barques...4 »
Mais
ce qui est plus intéressant encore, ce sont les renseignements
enregistrés par le chercheur avide qu’était le
père Bernardino Sahagun, au XVIe siècle dans le centre
du Mexique. Il écrit : « Concernant l’origine
de ce peuple, le récit que les anciens racontent est qu’ils
sont venus par la mer de la direction du nord et il est certain
qu’ils sont venus dans des navires de bois... Le premier peuple
[qu’il mentionne] à s’installer dans ce pays
venait de la direction de la Floride, et il longea la côte et
débarqua au port de Panuco, qu’ils appellent Panco, qui
signifie : ‘endroit où sont arrivés ceux qui ont
traversé l’eau’5 ».
D’autres récits de cette immigration font également
aborder ces bateaux à Panuco, près de la Tampico
moderne, dans le golfe du Mexique, au nord-est de Mexico6.
Il
poursuit : « Et à partir de ce port, ils commencèrent
à voyager le long de la côte de la mer, en vue des pics
enneigés et des volcans, jusqu’à arriver à
la province de Guatemala...7 » À l’époque de Sahagun,
le Guatemala comprenait
la plus grande partie du territoire au sud de l’isthme ou bande
étroite de Tehuantepec, dans le sud du Mexique. Nous avons
ainsi le tableau d’immigrants voyageant par mer, passant à
côté d’endroits propices à un débarquement,
pour pénétrer à l’intérieur des
terres situées du côté du sud par rapport à
l’isthme, à la recherche d’une patrie. Cela les
amena dans la région riche en ruines dont Joseph Smith, le
prophète, devait dire : « [les Néphites et
les Mulékites] vivaient près de la bande étroite
de terre qui englobe maintenant l’Amérique centrale,
avec toutes les villes que l’on peut trouver. L’Amérique
centrale, ou Guatemala... englobait autrefois plusieurs centaines de
kilomètres de territoire du nord au sud – La ville de
Zarahemla... se trouvait dans ce pays...8 »
Et la ville et le pays de Zarahemla furent le lieu où Mulek et
son groupe s’installèrent.
Pourquoi
le groupe de Mulek est-il passé à côté du
pays situé du côté du nord pour aller s’installer
dans la région de Zarahemla ? Le Livre de Mormon ne le dit
pas. Mais Ézéchiel – et peut-être le père
Sahagun – nous le disent.
Le
padre
poursuit
: « Ces gens étaient à la recherche d’un
paradis terrestre... et ils s’installèrent près
des montagnes les plus hautes qu’ils trouvèrent. »
En outre, « il semble qu’eux ou leurs ancêtres
aient eu un oracle concernant l’endroit où ils devaient
s’installer. Ils avaient pour nom Tamoanchan, qui signifie :
‘Nous cherchons notre patrie.’9 »
Faites
bien attention maintenant : Ézéchiel a vu qu’un
prince de Juda traverserait l’océan pour s’installer
sur une riche « montagne d’Israël ». C’est
exactement ce que le groupe de Mulek a fait, passant à côté
de territoires étendus, qu’il n’y avait qu’à
prendre, pour pouvoir « monter » s’installer
au pays de Zarahemla. On nous dit en outre que les Mulékites «
y demeuraient depuis ce temps-là » (Omni 16), tandis que
les colons de Sahagun avaient voyagé à l’intérieur
des terres et fondé une ville appelée Tamoanchan, où
ils vécurent longtemps dans la paix.
Notre
spécialiste le plus éminent de l’écriture
et de la langue maya antiques a récemment montré que le
nom Tamoanchan
vient en fait de la langue maya de l’État de Chiapas,
dans le sud du Mexique. Là, sa meilleure signification est :
« pays de la pluie et du brouillard, pays de l’abondance
» et des fleurs10.
Le nom Zarahemla
signifie probablement pays des « semences abondantes » ou
des récoltes abondantes11.
Les descendants de Mulek et de son groupe ont été
appelés le « peuple de Zarahemla ». Les immigrants
du récit de Sahagun portaient le nom de peuple de Tamoanchan.
En bref, les deux pourraient facilement être englobés
dans le nom « peuple du pays de l’abondance »,
car telle est la signification essentielle des noms. Vous
souvenez-vous de ce que Moïse avait dit à propos de la
terre promise lointaine de Joseph ? « Son
pays recevra de l'Éternel, en signe de bénédiction,
le meilleur don du ciel… les meilleurs fruits du soleil, les
meilleurs fruits de chaque mois, les meilleurs produits des antiques
montagnes… » (Deutéronome
33:13-15).
Le
symbolisme adopté par Ézéchiel, représenter
un peuple par un arbre, ici par un cèdre, est assez insolite
pour notre esprit d’occidentaux, ou du moins illogique. C’est
là une pratique normale dans la littérature sémitique.
Un excellent exemple en est l’allégorie de l’olivier
de Jacob (Jacob 5:3-6). Trouvons-nous un parallèle
mésoaméricain à ce symbolisme qui s’accorde
avec les ressemblances impressionnantes que nous avons déjà
relevées dans les récits des immigrants du Mexique
antique ? Oui, effectivement.
Les
mêmes Mayas du Chiapas qui nous ont donné le nom
Tamoanchan
croyaient « en toute certitude que leur lignage venait des
racines de l’arbre ceiba, qui était au centre de chacune
de leurs localités », selon Nuñez de la Vega12.
Les Mixtèques, un peu au nord de l’isthme (mais
linguistiquement apparentés à ceux dont nous avons déjà
parlé), avaient une « famille gouvernante dont on disait
qu’elle descendait de deux jeunes gens nés de deux
arbres majestueux ». Les Zapotèques, voisins,
avaient, eux aussi, « des seigneurs de lignage ancien qui
avaient été produits par les arbres ayant la plus
grande taille et la plus grande ombre ». Et comme l’a
fait remarquer, il y a bien des années, Paul Henning, l’un
des premiers archéologues mormons professionnels, les noms des
tribus indiennes de la Mésoamérique, telles que les
Zapotèques, les Chichimèques, les Quichés et les
Cakchiquels, mentionnent tous des arbres d’une façon ou
d’une autre13.
Les
traditions citées montrent de manière frappante la
nature persistante du symbolisme utilisé par Ézéchiel.
Mulek fut « planté » dans le pays nouveau et riche
de montagnes et y prospéra. (Comparez avec Omni 17 ; Mosiah
25:2). Le rameau a véritablement produit
des branches et porté du fruit et était « un
cèdre magnifique »
(voir Ézéchiel 17:23)14.
Il
vaut sans doute mieux parler une autre fois et ailleurs de la pierre
d’oracle que les anciens immigrants, dont parle Sahagun, ont
apportée. (Elle ressemble de manière remarquable à
l’urim et au thummim). Mais même sans plus amples
détails, le nombre de parallèles entre le récit
des Écritures et les annales provenant de sources profanes
d’Amérique ancienne est impressionnant. Résumons-les.
Ézéchiel
prophétise qu’un jeune fils du roi Sédécias
devait être « arraché » de l’arbre
de la famille royale d’Israël par le Seigneur pour être
planté sur la « montagne d’Israël »
pour y prospérer. Le Livre de Mormon nous parle de Mulek («
détaché »), fils de Sédécias, sauvé
de la mort dans son enfance, puis amené de l’autre côté
de l’océan par le Seigneur, d’abord dans le pays
du nord, ensuite dans celui du sud pour monter à Zarahemla («
abondance ») où les colons vécurent longtemps
dans une terre riche.
En
Mésoamérique ancienne on nous parle d’un groupe
d’immigrants venu du Vieux monde par la mer premièrement
pour s’installer dans un paradis terrestre auprès d’une
haute montagne, vers laquelle il est guidé par prophétie.
Le nom de l’endroit où il s’installe signifie «
pays de l’abondance ». Il y demeure longtemps et son
nombre s’accroît. Plusieurs groupes indiens longtemps
situés juste à côté de cet isthme étroit
au sud du Mexique entretenaient la croyance que leurs ancêtres
avaient reçu des noms d’arbres ou en provenaient.
Certains
esprits ne verront dans cette série complexe de parallèles
que le pouvoir mystérieux des coïncidences. Mais les
saints des derniers jours ne sont pas obligés d’adopter
une telle explication. Nous avons plus que jamais un témoin
plus sûr de ce que Joseph Smith a traduit le Livre de Mormon
par le pouvoir de Dieu ; et pour le profit de ceux qui n’ont
pas ce témoignage dans leur cœur, le témoignage
extérieur en faveur de l’écriture néphite
augmente continuellement.
2.
Le témoignage de l’onomastique1
Nouvelles
informations sur Mulek, fils du roi
Reexploring
the Book of Mormon,
dir. de publ. John W. Welch
Salt
Lake City, Deseret Book Company et FARMS
Chapitre
40
traduit
et publié avec la permission de FARMS
Mosiah
25:2 « Il n’y avait pas autant d’enfants de Néphi,
ou autant de ceux qui étaient descendants de Néphi,
qu’il y en avait du peuple de Zarahemla, lequel était
descendant de Mulek »
Mulek,
fils de Sédécias, est mentionné à
plusieurs reprises dans le Livre de Mormon (voir Mosiah 25:2; Hélaman
6:10; 8:21), mais pas dans la Bible, du moins pas d’une manière
l’on ait reconnue, jusque tout récemment. Les recherches
bibliques confirment maintenant cette affirmation du Livre de
Mormon : le roi Sédécias avait un fils appelé
Mulek.
Au
cours de l’été de 586 av. J.-C., quand les
troupes du roi Nebucadnetsar firent une brèche dans les
murailles de Jérusalem, le roi Sédécias de Juda
et une troupe importante de guerriers tentèrent de fuir vers
l’est durant la nuit. Les troupes babyloniennes les
rattrapèrent dans les plaines de Jéricho. On suppose
que beaucoup s’échappèrent, mais Sédécias
lui-même fut pris et traîné devant Nebucadnetsar.
Les Babyloniens obligèrent Sédécias à
assister à l’exécution de ses fils capturés,
on lui creva les yeux et on l’emmena enchaîné de
bronze à Babylone (voir 2 Rois 25:4-7; 2 Chroniques 36:13).
D’après
le Livre de Mormon, ce ne fut pas la fin de l’histoire. Un fils
du nom de Mulek en réchappa (voir Omni vv. 15-16, Hélaman
8:21), même si les détails restent nébuleux.
Étant donné qu’il débarqua tout d’abord
au pays de Désolation, sur la côte est (voir Alma
22:30-31; Hélaman 6:10), il se rendit probablement en
Mésoamérique via la Méditerranée, l’océan
Atlantique et les Caraïbes, peut-être avec l’aide de
Phéniciens.
Le
premier indice de l’existence et de la fuite de Mulek, fils de
Sédécias, se trouve dans 2 Rois 25:1-10, qui raconte
que Nebucadnetsar et « toute son armée »
dispersèrent « tous les gens » et « toute
son armée [du roi] » et brûlèrent «
toutes les maisons de Jérusalem » et avec « toute
l’armée », ils détruisirent les
murailles. Toutefois, au milieu de tout cela, 2 Rois 25:7 omet le mot
tous
quand il raconte simplement que « les fils » de Sédécias
furent tués, laissant sans réponse la question de
savoir si tous ses fils avaient été tués.
Les
spécialistes de la Bible ont eu récemment des choses
intéressantes à dire concernant une personne appelée
Malkija. Jérémie 38:6 parle d’une « citerne
de Malkija, fils du roi... dans la cour de la prison ».
Ce
Malkija est-il fils du roi Sédécias ? Plusieurs
facteurs donnent à penser que c’était le cas.
D’abord, le titre « fils du roi » était
utilisé dans tout le Proche-Orient ancien pour désigner
les fils véritables des rois qui remplissaient les fonctions
d’officiers supérieurs dans l’administration
impériale2.
Il en va certainement ainsi de la Bible, dans laquelle les fils des
rois géraient des prisons (voir 1 Rois 22:26-27; Jérémie
36:26; 28:6) ou s’acquittaient d’autres fonctions
officielles (voir 2 Rois 15:5; 2 Chr 28:7). En outre, étant
donné que le nom MalkiYahu [Malkija] a été
trouvé sur deux ostraca d’Arad (dans le sud de Juda),
Yohanan Aharoni, ancien chef du département d’archéologie
à l’université de Tel-Aviv, a dit que « Malkiyahu
est un nom courant et était même porté par un
fils contemporain du roi Sédécias3.
»
Mais
ce MalkiYahu était-il la même personne que Mulek ?
L’étude de ces noms nous dit que cela peut très
bien être le cas. Si l’on prend le cas de Baruc, scribe
de Jérémie, par exemple, Nahman Avigad, de l’université
hébraïque de Jérusalem, a découvert la
forme longue de son nom, BerekYahu, sur l’impression faite par
un sceau4.
Le nom complet a été raccourci, dans les annales de
Jérémie, en Baruc.
Étant
donné cette abréviation, comme dans beaucoup d’autres
noms bibliques, il n’y a pas de raison pour qu’une forme
abrégée telle que Mulek ne soit pas possible. En effet,
la forme hébraïque archaïque qutl
pourrait l’expliquer et mulk
apparaît effectivement en ugaritique et en phénicien
avec le sens de « royal, sacrifice princier, vœu-tophet »
(= punique molk,
hébreu molek
[voir Lévitique 18:21; 2 Rois 16:3]; sacrifice d’enfant
[voir Actes 7:43]), et en arabe avec la signification « règne,
souveraineté, domination » (amoréen Muluk = Malik
en akkadien et en éblaïte). On pourrait, soit dit en
passant, être amené à comparer ceci avec le maya
Muluc, le Bacab-rouge de l’Orient, que David H. Kelley rattache
à « sang » et à « dévoreur
d’enfants »5.
Un
spécialiste non mormon éminent du Proche-Orient ancien
a récemment déclaré à propos du fait que
le Livre de Mormon donne le nom de Mulek a un fils de Sédécias.
« Si c’est Joseph Smith qui a trouvé cela, il s’en
est très bien tiré! » Et il a ajouté que
les voyelles du nom pouvaient être expliquées comme
étant le type de prononciation des Phéniciens. Il
était, d’une manière générale,
d’accord pour dire que «MalkiYahu, fils du roi » a
très bien pu être un fils du roi Sédécias
et que la forme abrégée du nom pourrait effectivement
être Mulek.
Basé
sur des recherches effectuées essentiellement en février
1984 par Robert F. Smith et complété par Benjamin
Urrutia dans Insights,
février 1985. On trouvera les déclarations les plus
récentes sur Mulek et les Mulékites dans la rubrique
sur les Mulékites rédigée par Curtis Wright dans
l’Encyclopedia
of Mormonism, chez
Macmillan, 1991, et l’article de John L. Sorenson, «The
Mulekites », BYU
Studies 30,
été 1990, pp. 6-22.
3.
Essai de reconstitution historique
Les
« Mulékites »
par
John L. Sorenson15
BYU
Studies,
vol. 30, 1990, n° 3, été 1990, pp. 5-19
Traduit
et affiché avec la permission de l’éditeur
Le
« peuple de Zarahemla », mentionné dans les
annales néphites, reste énigmatique pour les lecteurs
de l’Église. Bien qu’ils aient été
plus nombreux que les Néphites de sang, il n’y a qu’une
poignée de passages dans les Écritures qui donnent des
informations explicites à leur sujet. Personne n’a
essayé de regrouper ces passages pour en dégager une
image systématique de ce qu’étaient ces gens et
de ce qu’a été leur rôle dans l’histoire
néphite. Cet article comble ce vide.
Leur
origine : Sédécias
Omni
vv. 15 et 18 fournit les tout premiers renseignements que nous ayons
sur l’origine de ce peuple : « Le peuple de
Zarahemla était sorti de Jérusalem à l’époque
où Sédécias, roi de Juda, fut emmené
captif à Babylone » et Zarahemla, le chef du groupe à
l’époque où les Néphites entrèrent
en contact avec lui, « donna la généalogie
de ses pères, selon sa mémoire » (la généalogie
mémorisée fut mise par écrit, mais ne se trouve
pas dans les annales que nous avons). D’après Mosiah
25:2, Zarahemla affirma descendre de Sédécias par Mulek
et ce lien est confirmé par Hélaman 8:21 : «
Direz-vous que les fils de Sédécias n’ont pas été
tués, tous exceptés Mulek ? Oui, et ne voyez-vous
pas que la postérité de Sédécias est avec
nous ? » Nous devons comprendre l’histoire de Sédécias,
si nous voulons nous faire une idée de l’origine du
groupe de Mulek16.
Dans
la décennie qui précéda le début du récit
de Néphi, le petit royaume de Juda et ses rois furent battus
par les vents et marées politiques et les guerres entre ses
trois grands voisins, l’Égypte, l’Assyrie et la
Babylonie. Les deux premières étaient alliées
contre les Babyloniens nouvellement réapparus. Jojakim devint
roi de Juda à l’âge de 25 ans à l’automne
de 609 av. J.-C. (2 Rois 23:36), à peu près à
l’époque où la puissance assyrienne fut détruite.
En 606 et 605 av. J.-C., l’armée égyptienne fut
seule à affronter les Babyloniens et subit, au cours de la
dernière année, une défaite écrasante à
Carkemisch, dans le nord de la Syrie, sur l’Euphrate. Par la
suite (jusque et y compris 600 av. J.-C.), les Babyloniens sous
Nebucadnetsar II (le Nebucadnetsar de l’Ancien Testament)
combattirent les Égyptiens en Palestine et en Égypte
sans résultats décisifs, tout en maintenant leur
domination sur Juda. Jojakim se rebella contre Babylone en 598 av.
J.-C. (2 Rois 24:1). Une armée babylonienne ne tarda pas à
assiéger Jérusalem, depuis décembre jusqu’au
16 mars 597 av. J.-C., date de la prise de la ville. Jojakim fut tué
au cours du siège et fut remplacé par son fils Jojakin,
qui ne régna que trois mois environ avant d’être
exilé par Nebucadnetsar. Le 22 avril 597 av. J.-C., les
Babyloniens le remplacèrent par le frère de son père,
Sédécias (précédemment appelé
Matthania – 2 Rois 24:17), qui avait alors 21 ans17.
Sédécias finit par choisir le camp des Égyptiens
sous Apriès (Hophra), en dépit des avertissements de
Jérémie (voir, par exemple, Jérémie 21;
28). La conséquence fut que l’armée de
Nebucadnetsar assiégea Jérusalem du 15 janvier 588 au 7
janvier 587 av. J.-C., date à laquelle l’approche d’une
armée égyptienne amena les Babyloniens à se
retirer temporairement. Mais ils revinrent le 29 avril. Finalement,
une brèche fut pratiquée, le 19 juillet 586, dans les
murailles de Jérusalem (2 Rois 25:3; Jérémie
52:6-7). Il s’ensuivit un pillage généralisé
et la plus grande partie de la population fut déportée
à Babylonie. Le temple fut détruit à la mi-août
(2 Rois 25:8-9).
Au
cours de la chute de la ville ou peu de temps après, certains
Juifs s’échappèrent (2 Rois 25:4),
particulièrement vers l’Égypte (Jérémie
était parmi les réfugiés – Jérémie
40:2-5; 43:7-8; 44:1), tandis que d’autres atteignaient les
pays de Moab, Ammon et Édom voisins (Jérémie
40:11). Sédécias tenta de s’échapper, mais
il fut pris et, en présence de Nebucadnetsar, il vit tuer ses
fils, après quoi on lui creva les yeux avant de l’emmener
en captivité à Babylone pour le reste de sa vie (2 Rois
25:7).
Les
livres de 2 Rois et de Jérémie nous montrent Sédécias
comme un roi de seconde zone. Premièrement, c’était
un fantoche imposé par les Babyloniens détestés.
Ses onze années de règne se révélèrent
être une période de désastre général
pour le pays en dépit du fait que certains, dans les couches
supérieures de la société, aient prospéré
temporairement. Il était indécis et hypocrite dans ses
relations avec Jérémie et d’autres prophètes
(par exemple, Jérémie 37:17-21). Jérémie
laisse entendre que c’était un adultère (Jérémie
29:22-23). D’une manière générale, il
était considéré comme méchant aux yeux du
Seigneur (Jérémie 52:2).
Ses
propres descendants ont pu avoir une vision positive de ses actes,
mais les Néphites avaient accès à une quantité
suffisante des opinions de Jérémie (Léhi le
connaissait sans doute personnellement – comparez avec
l’allusion qu’il fait tout naturellement à lui
dans 1 Néphi 7:14) ou grâce à ses écrits
(1 Néphi 5:13) pour savoir que Sédécias n’était
pas en état de grâce. Descendre de lui, comme Mulek,
n’était peut-être pas considéré
comme un sujet de fierté, que ce soit parmi sa postérité
ou chez les Néphites. Cette croyance a pu contribuer à
inciter le chef Zarahemla à marquer son accord à la
désignation de Mosiah comme souverain lorsque ce dernier s’est
présenté parmi le peuple de Zarahemla.
Leur
origine : Mulek
Mulek,
qui
apparaît sous la forme Muloch
dans le manuscrit de l’imprimeur du Livre de Mormon et sous la
forme Mulok
dans les éditions imprimées de 1830 à 1852, est
ensuite devenu Mulek18.
Quelle que soit la façon dont il était prononcé,
le nom nous est bien entendu parvenu tel que les oreilles néphites
l’ont entendu chez le peuple de Zarahemla et leur prononciation
a pu changer quelque peu par rapport à l’hébreu
du Vieux Monde qui nous est familier. Ce qui est clair dans toutes
ces variantes de l’orthographe du nom, c’est que nous
avons ici une dérivation de la racines hébraïque
mlk,
comme dans l’hébreu Melek,
« roi ».
Le
nombre des enfants de Sédécias n’est donné
nulle part dans la Bible, leurs noms encore moins ; ce que l’on
nous dit, c’est qu’il avait des filles aussi bien que des
fils (Jérémie 43:6; 52:10). Il avait 21 ans au moment
de son accession au trône. Étant noble, il avait déjà
les ressources économiques lui permettant d’avoir femme
et enfant(s) à ce moment-là. Après être
monté sur le tronc, il prit plusieurs femmes à la
manière des rois de Juda qui l’avaient précédé
(Jérémie, dans 38:22-23, parle des « femmes »
de Sédécias) de sorte que lorsqu’il fut fait
prisonnier à l’âge de 32 ans, il avait pu avoir
une postérité considérable. Robert F. Smith a
avancé des indices19
de ce qu’un fils de Sédécias portant un nom
rappelant celui de Mulek
est probablement mentionné dans la Bible. Jérémie
38:6 dit que Jérémie fut jeté dans « la
citerne de Malkija, fils du roi ». Ce nom de personne a pu être
abrégé en quelque chose comme Mulek.
Si Mulek était le fils aîné de Sédécias,
il pouvait avoir jusqu’à 15 ans à l’époque
de la chute de Jérusalem et, en tant que prince, a pu avoir sa
propre maison, où la citerne a pu se trouver (Jérémie
37:15-16 parle d’une maison privée transformée en
prison).
D’autre
part, Mulek pouvait très bien n’être qu’un
bébé. Plus il était jeune, plus il avait de
chances d’échapper à l’attention des
Babyloniens et moins il risquait d’être liquidé
par eux. Quel qu’ait été son âge, il se
peut qu’il ait été emmené en cachette en
Égypte par les serviteurs de la famille et les proches du roi
en même temps que « les filles du roi » (Jérémie
43:6-7)20.
Il est en tout cas évident que pour partir par la mer pour
l’Amérique, il lui fallait atteindre un port. Attendu
que les Babyloniens contrôlaient à l’époque
les ports d’Israël et de Phénicie, aller vers le
sud et vers l’Égypte (qui comptait parmi les alliés
de son père) était quasiment la seule possibilité21.
Leur
histoire : le voyage vers le Nouveau Monde
Il
n’y a aucune information sur le temps qui s’est écoulé
entre la fuite de Jérusalem du groupe dans lequel se trouvait
Mulek, fuite qui a dû se produire au moment de la chute de la
ville, et son arrivée en Amérique. On dit que «
ils voyagèrent dans le désert » avant de
traverser l’océan (Omni 16), mais ce voyage n’a
probablement pas duré plus de quelques semaines, soit entre
Juda et l’Égypte. Ils avaient probablement débarqué
dans le Nouveau Monde dès 575 av. J.-C..
Les
marins par excellence de l’époque étaient les
Phéniciens, qui fréquentaient les ports égyptiens
et connaissaient bien les eaux de toute la Méditerranée.
Étant donné qu’ils possédaient les
meilleurs navires de mer et la connaissance la plus approfondie de la
navigation, il est raisonnable de supposer qu’un ou plusieurs
de leurs navires devint le moyen (appelé « la main du
Seigneur » dans Omni 16) par lequel Mulek et ceux qui étaient
avec lui furent « amenés... de l’autre côté
des grandes eaux ». (Israël n’avait qu’une
tradition maritime fort réduite et rien n’indique que le
groupe de Mulek ait reçu l’aide de divine pour
construire son propre bateau comme ce fut le cas de Néphi). Ou
alors « la main du Seigneur » a pu désigner le
fait qu’il les a guidés au moyen de l’urim et du
thummim, qu’ils avaient emporté du temple de Jérusalem22.
Si
nous supposons la participation de Phéniciens ou d’autres
voyageurs expérimentés, nous pouvons nous demander
pourquoi de tels marins seraient disposés à mettre à
la voile pour « l’inconnu ». En premier
lieu, comme marins professionnels, ils seraient normalement disposés
à entreprendre tout voyage qui leur promettait une
rémunération suffisante (le groupe de réfugiés
de Mulek, qui provenait de la cour royale, a pu emporter des
richesses conséquentes). En outre, les Phéniciens
avaient confiance en leurs capacités de navigateurs; la
direction qu’on leur dit de prendre ne leur paraissait
peut-être pas si terriblement « inconnue » que cela
pourrait nous sembler. Hérodote raconte que, quelques années
auparavant, Néco II, pharaon d’Égypte à
l’époque de Mulek, avait envoyé une expédition
de Phéniciens, au départ d’Etsjon-Guéber
sur la mer Rouge, faire le tour complet du continent africain23.
Il y a peut être un indice de l’influence phénicienne
sur les populations du Livre de Mormon dans les noms de lieux, celui
du Sidon, fleuve principal de la terre promise et celui du pays de
Sidom ; ce dernier était probablement arrosé par le
fleuve (outre le rapprochement des noms, comparez avec Alma 15:14,
qui laisse entendre que l’endroit était au bord d’un
cours d’eau : « Ils accouraient de toute la région
autour de Sidom et étaient baptisés »)24.
Il
semble assez évident que le navire de Mulek a pris la
direction de l’ouest à travers la Méditerranée
et par les « colonnes d’Hercule » (le détroit
de Gibraltar), une région bien connue des marins phéniciens.
À partir de là, les vents et les courants dominants
transportent presque inexorablement les bateaux simples (par exemple
les caravelles de Colomb, le radeau Ra
II de
Thor Heyerdahl et beaucoup d’autres) au-delà des
Canaries et vers les Caraïbes. Il existe des indices culturels,
historiques et physiques importants montrant qu’il y a eu des
traversées à sens unique dans l’Antiquité,
mais les spécialistes traditionnels les ignorent
systématiquement25.
Il
reste une légère possibilité qu’ils aient
pu venir par le Pacifique, étant donné qu’aucun
itinéraire ou lieu de débarquement n’est spécifié
dans le Livre de Mormon. Mais les indications du texte militent
fortement en faveur de l’Atlantique. Premièrement, la
découverte, par le groupe d’immigrants, du dernier
survivant jarédite, n’aurait pu se produire que près
de la mer de l’est (Éther 9:3 situe le champ de bataille
final près de cette mer). Deuxièmement, la «
ville de Mulek » ne se trouvait qu’à quelques
kilomètres de la mer de l’est (Alma 51:26) et nous
pouvons supposer que c’est là que les nouveaux venus se
sont installés en premier lieu (comparez avec Alma 8:7).
Troisièmement, le fleuve Sidon se jette probablement dans la
mer de l’est non loin de cette ville de Mulek26,
ce qui suggère un itinéraire plausible le long duquel
les ancêtres de Zarahemla et de son peuple « [montèrent]
dans le désert du sud » (Alma 22:31) jusqu’à
leur ville sur la partie supérieure du fleuve, où les
Néphites les trouvèrent plus tard. À cette
indication peuvent s’ajouter deux faits historico-géographiques
extérieurs à l’Écriture : La distance
depuis la Palestine jusqu’à la terre promise, la bande
étroite américaine, était plus courte par
l’Atlantique que par le Pacifique et les compétences des
marins méditerranéens étaient orientées
vers l’ouest et pas vers l’est dans les océans
Indien et Pacifique. Selon moi, il est certain qu’ils ont
traversé l’Atlantique.
Il
n’y a pas la moindre indication concernant l’importance
du groupe qui a accompagné Mulek. Nous pouvons toutefois nous
sentir justifiés d’avancer un certain nombre de
déductions allant de soi. Même s’il n’y a eu
qu’un seul navire à faire le voyage – et il a pu y
en avoir plus d’un – un équipage important a dû
être utilisé (les bateaux phéniciens pouvaient
être aussi grands que ceux utilisés par Colomb). Il y en
aurait vraisemblablement eu plus de 20. Il aurait été
impossible de trouver un bateau dont l’équipage aurait
été essentiellement israélite ; les habitants de
Juda étaient surtout des marins d’eau douce, à de
rares exceptions près. En matière de culture,
d’ethnicité et de langue, l’équipage devait
être un groupe hétérogène de
Méditerranéens de toute sorte, car le terme Phénicien
désignait
souvent quelque chose d’autre qu’un groupe ethniquement
uniforme. Et comme nous n’avons aucune idée de
l’identité des passagers (Mulek en était un et il
est clair qu’il a dû être accompagné de
serviteurs, étant donné sa jeunesse relative), nous ne
pouvons pas dire si des femmes ont été amenées.
Il a pu y en avoir, mais les membres ordinaires de l’équipage
devaient être célibataires. Leurs gènes ne se
seraient propagés que par la découverte de femmes
originaires du nouveau pays. Nibley a décelé des noms
grecs dans les annales néphites27
; il ne serait pas surprenant que des influences grecques (et
pourquoi pas égyptiennes) aient pu atteindre l’Amérique
avec les hommes d’équipage du bateau de Mulek.
Si
l’on a utilisé un navire phénicien, ceux qui
étaient à bord étaient à coup sûr
de cultures diverses. Premièrement, l’entourage de Mulek
devait appartenir à la Cour de Sédécias, le
groupe même que le Seigneur, parlant par Jérémie,
Ézéchiel et Léhi, condamnait souvent comme
perverti, désobéissant et à moitié païen.
Une grande partie de l’élite de Jérusalem adorait
des dieux étrangers, comme le montre par exemple la
condamnation assénée à leurs rites hérétiques
dans Jérémie 7 (comparez avec 2 Rois 23). Il est
probable qu’il n’y avait pas de prêtres lévitiques
parmi eux « et ils n’avaient pas apporté
d’annales avec eux ; et ils niaient l’existence de leur
Créateur » (Omni 17). Nous pouvons supposer que les
croyances et les modes de culte contraires aux paroles des prophètes
et à la loi de Moïse, amenés par un
échantillonnage quelconque de Judéens appartenant au
cercle de Sédécias, qui réussirent à
s’enfuir, contribueraient à leur état hérétique.
Il pouvait y avoir des pratiques encore plus divergentes parmi
l’équipage du navire.
Après
leur arrivée, les descendants du groupe « avaient
eu beaucoup de guerres et de graves querelles, et étaient
tombés de temps en temps par l’épée »
(Omni 17). Les membres du groupe originel ont dû faire le
voyage pour des raisons très différentes : les uns
faisaient simplement leur métier de marins, après quoi
ils espéraient (vainement semble-t-il) rentrer chez eux.
D’autres allaient peut-être simplement à
l’aventure. Certains ont pu être des réfugiés
politiques et économiques des Babyloniens. Un petit nombre
avait peut-être le sentiment d’être investi d’une
mission divine, bien que le Livre de Mormon ne nous en donne aucune
indication. Après leur arrivée, ces motivations
diverses ont pu être la cause de conflits, ne serait-ce que sur
le nombre limité de femmes, s’il y en avait.
«
Leur langue s’était corrompue » (Omni 17), selon
la façon de voir de Mosiah. Il me paraît plausible que
cela venait du fait que le groupe des voyageurs parlait plus d’une
langue dès le départ, plutôt que d’avoir
une langue originelle unique, l’hébreu de Mulek, comme
les Néphites semblent l’avoir pensé. Sur la base
de ce que les spécialistes en linguistique historique
connaissent des changements de langue, il est hautement improbable
que si l’hébreu avait été la langue
exclusive du groupe de Mulek, leur idiome aurait changé en 300
ans au point d’être inintelligible pour Mosiah. (Au
moment de leur rencontre avec le peuple de Zarahemla, Mosiah et son
peuple peuvent avoir connu une deuxième langue suite à
leurs siècles de séjour au pays de Néphi.)
Un
autre point qui porte sur la question de la langue est la probabilité
scientifiquement démontrée que d’autres peuples
habitaient déjà virtuellement toutes les régions
du Nouveau Monde près d’une bande étroite où
Mulek aurait pu arriver. Je suppose, comme quasiment tous les
spécialistes de la chose dans l’Église, que le
pays en question était en Mésoamérique (le sud
du Mexique et le nord de l’Amérique centrale). Nous ne
savons cependant pas à quel point les habitants étaient
nombreux au début du 6e siècle av. J.-C. quand Mulek
est arrivé avec son groupe. La « culture olmèque
», que nous connaissons grâce à l’archéologie,
qui était vraisemblablement constituée par les
Jarédites ou les englobait, se désintégra pour
la plupart de manière spectaculaire vers 600-550 av. J.-C.,
bien que des fragments de population aient de toute évidence
continué à transmettre des éléments de
base de la vieille culture aux générations suivantes28.
Selon les termes du Livre de Mormon, il est extrêmement
improbable que la population jarédite tout entière,
sans aucune exception, se soit présentée pour se faire
exterminer à la colline Ramah, comme les saints des derniers
jours l’ont parfois déduit des paroles d’Éther.
Cela a pu être le cas de tous ceux qui faisaient partie des
armées organisées, mais il devait inévitablement
y avoir des survivants au moins dans les coins éloignés.
Je présume que le groupe de Mulek a débarqué
dans une région où la société était
désintégrée par la guerre, dans laquelle ils ont
rencontré, au bout d’un certain temps, à la
périphérie de l’arène des batailles
« finales », des fragments locaux de la société
précédente, auxquels ils se sont amalgamés
(allant peut-être même jusqu’à les dominer).
En cours d’amalgame, les nouveaux venus adoptèrent
probablement la langue locale (vraisemblablement une version d’une
langue mixé-zoquéenne ancienne). Les guerres qui
s’ensuivirent parmi les immigrants, et que signale Omni 17, ont
très bien pu être rendues plus compliquées par
des querelles historiques entre les survivants locaux auxquels ils
s’étaient mêlés.
La
corrélation géographique entre le Livre de Mormon et
les éléments du paysage américain sur laquelle
je me base situe théoriquement la ville de Mulek sur le site
de La Venta, dans l’État de Tabasco, dans le sud du
Mexique29.
La plus grande partie de ces ruines spectaculaires remonte à
l’époque olmèque, mais il existe aussi des
indices de repeuplement ultérieur30.
Un des monuments les plus intéressants que l’on y a
trouvés est la stèle 3, une grande plaque de basalte
gravée. On ne sait pas quand l’ouvrage a été
exécuté, mais c’était vraisemblablement
tout à la fin de l’ère olmèque ou très
rapidement après l’abandon du site peu après 600
av. J.-C.31
Certains y voient un nouveau style plutôt que la continuation
de l’ancien style « olmèque »32.
Sur cette stèle est gravée une scène dans
laquelle un personnage de rang manifestement élevé,
dont les traits du visage ont des parallèles dans les
populations survivantes de la région aussi bien que dans l’art
olmèque, apparaît faisant face à un autre homme
de haut rang qui, aux yeux d’un certain nombre d’historiens
de l’art, ressemble à « un Juif ». Sa barbe
et son nez recourbé sont tellement frappants que certains
observateurs l’ont surnommé « oncle Sam ».
Cette scène a été interprétée
comme étant une rencontre officielle entre les dirigeants de
deux groupes ethniques très différents dont l’un
semble être « sémitique »33.
Bien que ce soit ont une conclusion risquée, il est possible
que nous voyions là un dirigeant mulékite (même
Mulek) avec le chef local d’un groupe de survivants de la
débâcle jarédite34.
Histoire
des « Mulékites » entre leur arrivée et
leur découverte par Mosiah
Nous
apprenons dans Alma 22:30-31 (confirmé dans Hélaman
6:10) que le groupe de Mulek a d’abord débarqué
quelque part au nord avant de se diriger vers le sud jusqu’à
l’endroit où les Néphites allaient le trouver.
L’Écriture ne nous dit pas pourquoi ils ne se sont pas
installés dans le nord. Une tradition mexicaine signale
l’arrivée d’un groupe de ce genre par la mer (on
ne sait pas quand) guidé par une pierre par laquelle leur
divinité leur parlait35.
Ils recherchaient, disait-on, une destination qui leur avait été
révélée. Ils abordèrent d’abord sur
la côte dans le nord du golfe du Mexique, mais ne
s’installèrent que lorsqu’ils eurent atteint un
endroit situé au sud de l’isthme de Tehuantepec. Que
cette tradition ait trait ou non au groupe de Mulek, le groupe
mexicain effectua un ensemble de mouvements remarquablement
similaires, depuis le débarquement au nord d’un isthme,
en passant la traversée de cette bande étroite, pour
aller jusqu’à une zone côtière dans le pays
situé au sud, et finir par une montée dans l’intérieur
des terres.
L’expérience
du groupe de Mulek dans le pays situé du côté du
nord fut probablement brève, cependant elle soulève la
question des relations avec les Jarédites. Les terres basses,
situées dans l’est du pays du nord, avaient longtemps
été un bastion de ce peuple et ses toutes dernières
batailles avaient eu lieu là (Éther 9:3, 9; 10:20;
14:12; 15:8, 15). Il y a de bonnes chances (bien que cela ne soit pas
certain) pour que les nouveaux venus arrivés de la mer qui
débarquèrent dans le pays du nord aient rencontré
certains Jarédites, si ces derniers menaient toujours leur
mode de vie normal au moment où le groupe judéo-phénicien
est arrivé. Il est bien entendu possible que les nouveaux
venus aient détecté des signes de peuplement dans le
pays du nord et que c’est la raison pour laquelle ils ont
décidé de poursuivre leur chemin, mais l’Écriture
ne nous dit rien à ce sujet. Il se peut aussi que les
Jarédites n’aient pas été orientés
vers la vie sur cette partie de la côte et que le nouveau
groupe n’ait pas lancé d’exploration à
l’intérieur des terres. Il est donc possible que les
deux peuples ne se soient tout d’abord pas rencontrés
par pur accident.
Je
considère qu’il est vraisemblable que les Jarédites,
au moment de l’arrivée « mulékite »,
étaient dans les affres de la guerre civile, incapables de
faire attention à une petite troupe d’étrangers
apparaissant sur leur côte (il aurait encore fallu qu’ils
les voient). Il me paraît très peu vraisemblable qu’il
y ait eu une période de chevauchement prolongée entre
les deux groupes; le groupe mulékite aurait certainement
repéré la civilisation Jarédites, qui comportait
des millions d’habitants (Éther 15:2) si les Mulékites
n’avaient vécu qu’à une centaine de
kilomètres de là pendant des décennies, voire
même des siècles comme certains l’ont supposé.
Cependant, si les « Mulékites » étaient
arrivés bien avant le conflit à Ramah, ils auraient été
au courant de l’extermination ou y auraient été
mortellement mêlés au lieu d’accomplir la
prophétie d’Éther concernant Coriantumr (Éther
13:20-21). Après tout, le pays de Désolation, où
les Néphites découvrirent des traces nombreuses des
guerres finales des Jarédites, jouxtait le petit pays
d’Abondance, qui, de son côté, n’était
qu’à quelques kilomètres de la ville de Mulek
(Alma 22:29-31; 51:26, 32; 52:15-17, 22-23).
Il
est dit que ce sont les nouveaux venus qui ont découvert
Coriantumr, et non le contraire. Où ce contact a-t-il pu avoir
lieu ? Coriantumr n’aurait pas pu être quelqu’un de
jeune (notez Éther 13:16-17), il avait été très
grièvement blessé lors de la dernière bataille
(Éther 15:1, 28-32) et il avait précédemment
reçu au moins une blessure grave pendant la guerre (Éther
15:1) ainsi que probablement d’autres. Étant donné
les handicaps physiques que ces Écritures impliquent, il
serait très remarquable qu’il ait fait plus que
récupérer partiellement de sa blessure presque mortelle
de Ramah. Dans sa prophétie au roi, Éther avait
simplement dit qu’il serait enterré par le nouveau
peuple. Cette affirmation, et le fait qu’il ne demeura que neuf
mois lunaires avec le nouveau groupe avant de décéder
(Omni 21), peuvent être considérés comme
confirmant l’idée qu’il était infirme quand
il a été découvert36.
Il y a donc peu de chances qu’il ait parcouru un bien long
chemin tout seul depuis la colline de Ramah. D’autre part, il
se serait certainement éloigné quelque peu, car les
effets du carnage dans la région des derniers combats devaient
lui paraître insupportables.
Il
me paraît tout à fait vraisemblable que, quel que soit
l’endroit où Coriantumr a été découvert
entre la colline de Ramah et, probablement, la ville de Mulek, ceux
qui l’ont découvert l’ont transporté
jusqu’à leur camp de base et que c’est là
qu’il a exécuté l’inscription sur la «
grande pierre » qui finit par tomber entre les mains de Mosiah.
(On se demande ce qui a bien pu lui arriver à Zarahemla ; elle
n’est mentionnée qu’une seule fois.) Plusieurs
scénarios peuvent expliquer où et quand il a pu être
découvert par le nouveau groupe, mais nous n’avons pas
suffisamment de renseignements pour évaluer leur probabilité
respective37.
Rien
n’est dit à propos du temps qui s’est écoulé
avant que les immigrants ne quittent leur point de débarquement
pour « monter dans le désert du sud » (Alma
22:31), peut-être le long du fleuve Sidon, car ils
s’installèrent sur ses rives. Ils ne sont peut-être
pas restés longtemps près de la mer, où il
pouvait faire atrocement chaud et humide (comme dans Alma 51:33) par
comparaison avec la région du Vieux Monde d’où
ils venaient. Ou alors, les guerres dont on dit qu’elles se
sont produites entre eux (Omni 17) ont pu pousser une partie d’entre
eux à l’intérieur des terres. Cependant, il
aurait sans doute fallu des décennies, si pas des siècles
pour qu’une population suffisante grandisse et s’organise
pour permettre un niveau de conflit méritant le nom de guerre.
Il me paraît vraisemblable que, pendant une période
considérable, il n’y a pas eu de mouvement substantiel
des descendants de Mulek vers les terres hautes.
Le
Livre de Mormon ne nous dit rien qui aille à l’encontre
de l’idée que le groupe de Zarahemla n’avait
fusionné en une seule unité politique que de son
vivant, et peu de temps avant l’arrivée de Mosiah. Si
Zarahemla avait eu une tradition longue et forte de gouvernement
derrière lui, il est peu probable que Mosiah aurait obtenu
aussi facilement le rôle de roi sur les groupes combinés
que cela semble avoir été le cas. On ne nous dit pas
que Zarahemla portait le titre de roi en dépit du fait qu’il
gouvernait son groupe ; étant donné qu’il n’y
avait pas de titre pour son rôle, il semble qu’un terme
comme « chef » pourrait être une description
correcte, compte tenu du nombre restreint de son électorat qui
a pu ne compter que quelques milliers de personnes. (Ils ont pu
paraître « extrêmement nombreux » au groupe
de Mosiah, mais cette expression est relative, car les Néphites
n’étaient probablement eux-mêmes qu’un
groupe extrêmement restreint.)
Nous
ne trouvons nulle part d’indication que les descendants de ceux
qui se trouvaient sur le bateau ou les bateaux qui ont amené
Mulek aient constitué une entité politique et ethnique
unique avant l’époque de Zarahemla. Aucun terme général
tel que Mulékite
n’était utilisé pour les désigner tous, ce
qui donne à penser que tous ceux qui descendaient de ces
immigrants ne reconnaissaient pas le fils de Sédécias
comme leur chef, ni peut-être qui que ce soit d’autre. Il
peut y avoir eu, dès le départ, des différends
dans le groupe sur la question de l’autorité, ce qui a
pu finalement produire une fragmentation politique, le groupe de
Zarahemla n’était qu’une mini-tribu parmi d’autres
unies uniquement par des liens économiques
L’histoire
d’Ammon nous apporte un indice intéressant montrant
qu’il a pu y avoir des traditions différentes sur ce qui
était arrivé parmi le groupe de Mulek et qu’il y
avait donc plus d’une entité sociale impliquée.
Dans Mosiah 7, nous apprenons qu’il dirigea le groupe pour
trouver « leurs frères », les Zénifites
(bien qu’Ammon fût « descendant de Zarahemla »
[Mosiah 7:3, 13])38,
qui étaient précédemment montés au pays
de Néphi pour réoccuper les villes de Léhi-Néphi
et Shilom. Quand le roi Limhi raconta à Ammon qu’il
avait envoyé un groupe d’exploration qui avait découvert
des ruines et des plaques d’or sur un champ de bataille dans le
nord lointain, on pourrait croire qu’Ammon aurait dit quelque
chose de ce genre : « Ah ouï, c’est certainement le
peuple qui a été détruit à l’exception
de ce vieil homme qui a vécu parmi mes ancêtres, les
descendants de Mulek. » Mais Ammon ne donne aucune indication
permettant de penser qu’il a fait mentalement ce lien, que ce
soit avec la tradition de Coriantumr ou avec Mulek. Peut-être
appartenait-il à un élément du peuple de
Zarahemla qui n’avait tout simplement jamais entendu parler de
la survie de Coriantumr. Il apparaît aussi que Limhi n’avait
aucune connaissance préalable des Jarédites en dépit
du fait que son grand-père avait résidé à
Zarahemla lorsque la stèle de Coriantumr y avait été
apportée et lue par Mosiah I.
Quand
ils atteignirent la région qui allait devenir le pays de
Zarahemla, les ancêtres du peuple de Zarahemla avaient
vraisemblablement laissé derrière eux d’autres
traditions dans les terres basses d’où ils étaient
venus. Mais en tous cas à l’époque où l’on
alla chercher la pierre de Coriantumr (Omni 20), les gens qui
habitaient dans la partie haute du fleuve devaient avoir eu des
rapports pacifiques avec ces autres gens, car un groupe aurait dû
faire un long voyage de retour le long de la mer de l’est pour
se procurer l’objet et l’amener à Mosiah pour
qu’il le lise (Zarahemla était à plusieurs jours
de la ville de Mulek où la pierre avait probablement été
travaillée – comparez, par exemple, avec Alma 52:15-18).
Même
si l’on ajoute le contingent de Néphites de Mosiah I au
peuple de Zarahemla, le groupe combiné n’était
toujours ni très nombreux ni répandu. Quand le roi
Benjamin les réunit tous une génération plus
tard, il était possible à tous de se rassembler au
temple de la ville après avoir été avertis la
veille (Mosiah 1:10) et les organisateurs purent prévoir que
l’ensemble du peuple pourrait entendre la voix du vieux roi
(Mosiah 2:1-8)39.
Relations
avec les Néphites
Il
est difficile d’interpréter le récit extrêmement
bref et unilatéral que nous avons dans Omni 13-19 concernant
la jonction du groupe de Mosiah avec le peuple de Zarahemla.
L’histoire, racontée du point de vue néphite,
nous présente les événements comme s’étant
déroulés non seulement de manière paisible, mais
comme ayant été accueillis avec enthousiasme par les
gens de l’endroit. Toutefois, du point de vue de certains des
résidents, la transition peut ne pas avoir semblé aussi
agréable. On dit que la raison principale pour laquelle ils «
se réjouirent » est que Mosiah apportait des annales
sacrées alors qu’ils n’en avaient pas. Le fait,
impressionnant en soi, de savoir lire a pu effectivement s’être
ajouté à la possession des reliques sacrées
mystérieuses en la possession de Mosiah – les plaques de
Néphi, les plaques d’airain, l’épée
de Laban, le Liahona – pour conférer à Mosiah une
aura presque magique qui validait sa candidature à la royauté.
En outre, il peut très bien avoir eu droit à la royauté
par le fait qu’il descendait de la lignée royale des
« Néphis » parmi les Néphites
originels (Jacob 1:1) ; je doute qu’il aurait pris sur lui
d’accepter la royauté à Zarahemla – c’était
un homme de raison, pas un opportuniste – s’il n’était
pas qualifié pour le rôle de roi en sa qualité de
descendant direct (et aîné ?) de Néphi. S’il
n’avait pas disposé d’une source d’autorité
aussi forte, les membres de son groupe ne l’auraient
vraisemblablement pas accompagné à sa sortie de Néphi,
et il n’aurait pas eu la possession des grandes plaques,
histoire officielle des rois. Selon la tradition, provenant du Vieux
Monde, des pères juifs des « Mulékites »,
si Mosiah n’était pas de la lignée royale
préférée provenant de Juda, il avait au moins
les accessoires principaux de la royauté que n’avait pas
Zarahemla. Celui-ci n’avait que deux qualifications, son rôle
actuel de chef et de descendant de Mulek, qui, bien que de Juda et
descendant de David, ne fut jamais réellement roi de Juda. Ces
qualifications n’étaient apparemment pas suffisantes
pour l’emporter sur les points forts de Mosiah. (Puisqu’on
ne dit plus rien sur Zarahemla après Omni 18, il se peut qu’il
ait été entre-temps moins que vigoureux et soit
peut-être mort peu de temps après.)
La
fusion politique n’effaça pas la distinction ethnique
entre les deux groupes. Mosiah 25:4 rapporte qu’à
l’époque de Mosiah II, le peuple de Zarahemla était
compté séparément des « enfants de
Néphi » c’est-à-dire, « ceux qui
étaient descendants de Néphi ». Dans leurs
assemblées politiques, les deux peuples étaient séparés
« en deux groupes ». De toute évidence, ils
parlaient des langues différentes dans l’usage
quotidien, même s’ils devaient certainement en avoir
aussi une qui était devenue commune. Étant donné
ces indications d’une existence séparée, il est
également probable qu’ils vivaient dans des secteurs
différents de la ville et du pays de Zarahemla (l’arrivée
en bloc des Néphites n’a certainement pas voulu dire
qu’ils se sont installés au petit bonheur parmi ceux qui
étaient déjà là)40.
Nous n’avons aucune indication sur la façon dont les
relations se sont établies plus tard parmi eux par le mariage.
Il
est plausible que les « querelles » et les «
dissensions » de la société néphite aient
été partiellement dirigées par des descendants
mécontents de Zarahemla qui considéraient qu’ils
ne recevaient pas leur dû lorsque Mosiah devint roi. Un homme
au moins, qui « était descendant de Zarahemla »,
le Coriantumr d’Hélaman 1:15, « était un
dissident des Néphites » et faillit conquérir
ceux-ci41.
(Bien que, s’il y avait des dissidents mécontents des
Mulékites qui prétendaient à un statut spécial
à cause du « sang de la noblesse » [Alma
51:21], il était moins probable que ce soient eux les
instigateurs du mouvement des « hommes-du-roi »
d’une époque ultérieure plutôt que des
descendants de Mosiah I, de Benjamin ou de Mosiah II, dont les
prétentions auraient été beaucoup plus
immédiates et faciles à étayer que dans le cas
d’une descendance par Zarahemla – comparez avec Mosiah
29:7-9).
De
temps en temps se manifestait parmi les Néphites une sorte de
fascination pour les Jarédites disparus, comme dans Mosiah
28:12. Mosiah traduisit les vingt-quatre plaques d’or des
Jarédites « à cause de la grande anxiété
de son peuple; car il désirait, au-delà de toute
mesure, être informé sur ces gens qui avaient été
détruits ». Nibley signale un certain nombre de
noms utilisés parmi les Néphites, qui provenaient
clairement des Jarédites et note : « Cinq
des hommes sur les six dont les noms sont nettement jarédites
trahissent des tendances anti-néphites prononcées42 ».
Il pense que c’est par l’intermédiaire du groupe
de Mulek qu’il y a eu cette impression culturelle permanente
sur les Néphites. Cette influence non avouée des
Jarédites a pu découler d’un syncrétisme
culturel entre les membres du groupe de Mulek et les survivants
locaux de la tradition jarédite. Ce processus a pu être
si subtil (en l’absence de documents écrits) que, des
générations plus tard, les descendants ou bien ne se
rendaient pas compte qu’ils étaient apparentés à
la civilisation éteinte et étaient curieux d’en
savoir plus sur les ruines et les objets mystérieux qui
avaient été laissés ou alors avaient des raisons
de croire qu’ils étaient apparentés et voulaient
en savoir davantage.
L’amalgame
politique initial rapporté par Omni ne déboucha
apparemment pas sur une intégration culturelle réelle,
mais masqua une diversité de modes de vie qui se manifesta
parfois sous forme de conflits de croyances et de conduite. Des
façons de faire non néphites semblent n’avoir
cessé de bouillonner d’en dessous de la surface sociale
et culturelle idéale dépeinte par les historiens
appartenant à l’élite néphite. Après
tout, les descendants du peuple de Zarahemla constituèrent
sans doute toujours la majorité de la population (« le
peuple des Néphites » dans les annales ?)43.
Il
y a d’autres signes de cette influence sous-jacente. Par
exemple, Alma le Jeune, apparemment comme ses copains, les fils de
Mosiah44,
« devint un homme très méchant et idolâtre.
Et c'était un homme aux nombreuses paroles, et il disait
beaucoup de flatteries au peuple » (Mosiah 27:8). Cette
formulation décrit non pas une personnalité unique,
mais une tradition distincte de croyances et de rites. L’étude
de l’histoire de la culture nous apprend qu’il y a très
peu de chances pour qu’un seul homme ou même une seule
génération soit indépendamment à
l’origine d’un ensemble systématique de croyances
et de comportements impliquant l’idolâtrie, mais plutôt
que pareille tendance puise dans les traditions du passé et
les incorpore.
On
peut distinguer la poursuite de ce culte quelques années plus
tard dans Alma 1:32, car beaucoup de Néphites « se
livraient à la sorcellerie, et à l'idolâtrie ou à
l'indolence, et aux babillages… portant des habits somptueux,
étant enflés dans l'orgueil de leurs propres yeux…
et toute sorte de méchanceté ». À
l’époque de Mosiah 26:4-6, nous apprenons qu’un
groupe important constituait « un peuple séparé
quant à leur foi ». Une fois de plus, il est
plausible qu’ils aient suivi une tradition préexistante
vraisemblablement liée aux croyances idolâtres
précédemment mentionnées, qui venaient en fin de
compte du peuple de Zarahemla. Trois générations plus
tard, « la plus grande partie [des Néphites] s'étaient
détournés du chemin de la justice, et…
s'engageaient dans
leurs propres voies,
et se construisaient des idoles avec leur or et leur argent »
(Hélaman 6:31, italiques ajoutés). Il me paraît
probable que « leurs propres voies », qui
impliquaient des rites idolâtres, avaient un fond historique
très logiquement lié au vieux culte du peuple de
Zarahemla. Étant anthropologue, j’ai le sentiment que
cet état de choses s’est perpétué en
dessous de la piété de surface accordée à
Jéhovah/Jésus-Christ. Le retour périodique à
la surface, aux yeux du public, de la « religion du passé
» avec de forts éléments « mulékites
» peut avoir constitué un élément majeur
de l’apostasie sur laquelle se lamentaient si souvent les
dirigeants du Livre de Mormon45.
Les
« Mulékites » des époques ultérieures
du Livre de Mormon et de l’après-Cumorah
La
dernière mention de ce peuple (en tant que « postérité
de Sédécias ») se trouve dans Hélaman
8:21. Mais il ne se distingue en aucune façon dans 3 Néphi
ni 4 Néphi et les livres de Mormon et de Moroni n’en
parlent pas non plus. La division qui se produit de nouveau dans la
société du Livre de Mormon en sept tribus signalées
dans 4 Néphi 37-38 omet toute mention de ce peuple. Je suppose
qu’il s’était tellement amalgamé aux
Néphites (au sens strict du terme) plus prestigieux, qu’il
n’avait plus de statut distinct valant d’être
mentionné.
D&A
19:27 dit que la parole de Dieu ira, à l’époque
moderne, « aux Juifs, dont les Lamanites sont un reste ».
La note d’Orson Pratt à cet endroit de l’édition
précédente de l’Écriture cite Omni 14-19.
Pratt et d’autres commentateurs ultérieurs supposent que
l’on peut trouver aujourd’hui les descendants de Mulek
mêlés de telle façon qu’on ne puisse les
distinguer des « Lamanites ». D&A 3:17-18 prophétise
que le Livre de Mormon ira aux Néphites, aux Jacobites, aux
Joséphites, aux Zoramites, aux Lamanites, aux Lémuélites
et aux Ismaélites et ne fait aucune distinction particulière
pour les descendants de Mulek.
Bien
que peu de choses soient dites de manière explicite dans le
Livre de Mormon concernant Mulek et ceux qui l’accompagnèrent
en Amérique, ce que nous avons nous donne des indications qui
nous permettent de construire un modèle plus général
du groupe. Il est clair que si nous acceptons simplement la version
de l’histoire ethnique écrite pour nous par les
prophètes de la lignée de Néphi, nous occultons
des aspects importants du rôle de ces gens dont les ancêtres
faisaient partie du groupe de Mulek.
Étant
donné que la recherche minutieuse des détails de ce que
le Livre de Mormon nous dit de cette « minorité »
particulière s’avère révélatrice,
nous devrions aussi examiner tous les détails donnés ou
sous-entendus concernant toutes les autres minorités. Ce
faisant, nous pourrons apprécier plus complètement leur
rôle dans cette grande histoire. Ce n’est que par l’étude
minutieuse et étayée du texte scripturaire sur tous
les sujets
que nous pourrons nous préparer à saisir et à
apprécier les nouvelles informations que la révélation
pourra nous apporter à l’avenir.
1 H. Nibley,
Léhi
dans le Désert et le Monde des Jarédites, Idumea, note pour Sidon.
2 Le nom
Mulékites
n’apparaît pas dans le document néphite mais, par analogie et
tradition, on l’utilise dans la littérature de l’Église pour désigner
le peuple de Zarahemla et il n’y a aucune raison de ne pas l’utiliser.
3 Times and Seasons,
vol. 3, pp. 915, 927, 1842, Nauvoo.
4 Obras Historicas
de Don Fernando de Alva Ixtlilxochitl, dir. de publ.
Chavera, vol. 1, p. 19, 1952. M.
Hunter et Ferguson, Ancient America and
the Book of Mormon, pp. 123 et suiv.,
1950, Kolob, Oakland.
5
Bernardino Sahagun, Historia General de
las Cosas de Nueva Espana, vol. 1, 2,
13 ; II, pp. 299-300, 19446. Edit. Nueva Espana, Mexique.
6 Par ex. Torquemada,
Monarquia Indiana, vol. 1, pp. 254 et suiv., 1938. Mexique.
7
Sahagun, op. cit. vol. I, p. 34; Hunter et Ferguson, op. cit., p. 124.
8 Times and Seasons, op. cit.
10
E. S. Thompson, Maya Hieroglyphic Writings : Introduction,
Carnegie Inst. Wash., Publ. 589, p. 115, 1950, Washington.
11 Cf. Hunter et
Ferguson,
op. cit., pp. 151-152.
12 P. Henning,
Apuntes sobre la historia del chalchihuid en America,
Mem. Soc.
Alzate, vol. 31, pp. 29-46, 1911, Mexique.
13
Henning, op. cit., pp. 42 et suiv.
14 Une chose
intéressante est le rapport possible du nom avec Moloch, divinité
palestinienne païenne à qui des enfants étaient sacrifiés (cf. Jérémie
7:31) à Jérusalem du temps de Sédécias, et avec
malqosh, les
pluies du printemps. Les liens manifestes du rituel de la pluie, du
sacrifice des enfants et de la souveraineté en Mésoamérique suggèrent
que le nom du prince juif a pu signifier davantage de choses pour ses
descendants que pour nous !
1 Science des noms
propres.
2
Anson Rainey, « The Prince and the Pauper », Ugarit-Forschungen 7,
1975, pp. 427-432.
3
Yohanan Aharoni, « Three Hebrew Ostraca from Arad », Bulletin of
the American Schools of Oriental Research, 197, février 1970, p. 22.
4
Nahman Avigad, « Jerahmeel and Baruch : King’s Son and
Scribe“, Biblical Archeologist 42, printemps 1979, pp. 114-118.
5
David H. Kelley, « Calendar Animals and Deities“, Southwestern
Journal of Anthropology 16, 1960, pp. 317-337.
15 John L. Sorenson est professeur émérite
d’anthropologie et ancien directeur du département d’anthropologie de
l’université Brigham Young.
16
Robert F.
Smith résume le cadre chronologique et historique dans « Book of Mormon
Event Structure: Ancient Near East », Foundation for Ancient Research
and Mormon Studies (FARMS) Study Aid SMI-84, Provo, Utah, FARMS,
1985. On y trouvera des
renvois détaillés aux sources scientifiques et de vulgarisation.
Voir aussi John W. Welch,
« They Came from Jerusalem: Some Old World Perspectives on the Book of
Mormon », Ensign 6, septembre 1976, pp.
27-30.
17 Sédécias ne fut officiellement couronné que le 6 octobre au
plus tôt ou peut être le 1er avril 596 av. J.-C. Ainsi, comme pour
d’autres rois de l’époque en Juda, il y avait deux « première année »
qui chevauchaient et nous ne pouvons pas être sûrs de laquelle Néphi
parle dans 1 Néphi. Tout ce que nous savons avec certitude, c’est que
son récit commence à un moment donné entre mai 597 environ et avril 596
av.
J.-C.. Voir Smith, « Event Structure », 14-15; Jay H.
Huber, « Lehi’s 600 Year Prophecy and the Birth of Christ »,
FARMS, Preliminary Report HUB-82, Provo, Utah, FARMS, 1983, pp. 2-4; en
particulier Richard A. Parker et Waldo H. Dubberstein, Babylonian
Chronology 626 B.C.-A.D. 45, 2e éd.,
Chicago, University of Chicago Press, 1946.
Il a été
prouvé, grâce aux recherches faites dans l’histoire du Proche-Orient,
que la formule « vers 600 av. J.-C. » qui, pendant des années, a été
indiquée comme note de bas de page chronologique dans 1 Néphi dans le
Livre de Mormon, est une erreur. Cette erreur a été maintenue dans
l’édition de 1981 en dépit du fait que le LDS Bible Dictionary de 1979,
qui a suivi, de toute évidence, des sources érudites plus récentes,
mais malgré tout périmées (comme le montre la note du BD sur la
Chronologie par les commentaires figurant sous la colonne « External
History » entre 772 et 609 av. J.-C.), date, de manière illogique, le
début du règne de Sédécias en 598.
18
Book of
Mormon Critical Text: A Tool for Scholarly Reference, Vol. 2, Mosiah-Alma. 1e éd., Provo, Utah, F ARMS, 1986, p. 483.
19 Smith, « Event Structure », pp. 16-17,
qui cite les sources dans la littérature spécialisée.
Aussi, FARMS Update, février 1984, « New
Information about Mulek, Son of the King ». Nibley avance des
suppositions concernant Mulek dans son interprétation originale des
ostraca des lettres de Lakisch : The Prophetic Book of
Mormon, vol. 8 de The Collected Works of Hugh Nibley (Salt Lake City et Provo,
Utah, Deseret Book Co. et FARMS, 1989, pp. 397-400.
20 On trouvera des citations de sources dans
Smith, « Event Structure ». Il note, p. 18, que Benjamin Urrutia
croit qu’il y a, dans les textes, des indications selon lesquelles tous
les fils du roi n’ont pas forcément été tués. Par exemple, dans 2 Rois
25: 1-10, l’hébreu utilise cinq fois une forme du mot
tout (
toute
son armée, toutes les maisons,
etc.), mais quand il est question des princes, le verset 7 dit
seulement « les fils » de Sédécias furent tués, pas
tous les fils. Ariel Crowley, « The Escape of
Mulek », dans son livre
About
the Book of Mormon, Salt
Lake City, Deseret Book Co., 1961, pp. 86-90, contient des données et
des suggestions supplémentaires. Selon une tradition juive (citée comme
Ginzberg,
Legends IV:293; VI:382-83), Nebucadnetsar fit mettre
à mort dix fils de Sédécias. En outre, des exemples cités dans l’Ancien
Testament démontrent que
les
petits, y compris la
descendance masculine, étaient régulièrement distingués des
fils, par conséquent la survie d’un Mulek, qui
aurait été bébé, ne serait pas en conflit avec ce que dit 2 Rois 25:7
concernant la mort des « fils » du roi. On trouve aussi des exemples de
l’Ancien Testament où les passages relatifs à l’extermination d’une
lignée de descendants constituent une hyperbole, pas un fait (voir, par
exemple, 2 Rois 11:1-3, de sorte que même s’il avait été dit que
tous avaient été tués, cela ne pourrait être
considéré que comme une approximation.
21 Le voyage dans le désert, dont il est
question dans Omni v. 16, (de toute évidence antérieur à la traversée
de l’océan) était peut-être celui qu’il fallait faire pour atteindre
l’Égypte. Peut-être fallait-il un voyage plus long et plus ardu pour
atteindre Carthage ou d’autres villes phéniciennes de l’ouest de la
Méditerranée où la traversée proprement dite pour l’Amérique a pu
prendre son départ.
22 L’histoire de ce que l’on a appelé
l’urim et le thummim n’est pas claire. Le frère de
Jared reçut un instrument de ce genre et l’emporta en Amérique. Il
finit entre les mains de Moroni, ensuite il fut passé à Joseph Smith en
même temps que les plaques de Néphi (D&A 17:1). Abraham en avait un
autre (Abr. 3:1, 4), qui a pu être transmis à ses descendants, bien que
l’on ne nous dise nulle part ce qui lui est arrivé. Exode 28:15-21 et
d’autres Écritures jusqu’à 1 Samuel 28:6 témoignent que Moïse
construisit une version différente de l’urim et du thummim, dont lui,
Aaron et les prêtres qui leur succédèrent se servirent. Les Juifs sous
Esdras, après l’exil babylonien, s’en souvenaient, mais ils ne le
possédaient pas (Esdras 2:63; Néhémie 7:65).
Mosiah
Il disposait d’interprètes (Mosiah 8:13), qui ont pu se trouver
précédemment entre les mains de son grand-père, le premier roi Mosiah,
lequel les utilisa peut-être pour traduire les textes gravés par
Coriantumr (Omni v. 20). Nous ne pouvons pas être certains que c’était
l’instrument jarédite, bien que cela paraisse vraisemblable sur la base
de Mosiah 8:12-15 et 28:11-17, en particulier : « préparés dès le
commencement » et « qui posséderait le pays »). On peut imaginer que
les explorateurs de Limhi ont trouvé les interprètes qu’Éther avait
laissés avec ses plaques (Éther 15:33). Mais cela ne pourrait pas être
le cas si Mosiah I et Il avaient déjà les interprètes; Ammon, dans
Mosiah 8:13, laisse entendre que Mosiah II avait effectivement
l’instrument et que son grand-père l’avait apparemment utilisé pour
lire les inscriptions de Coriantumr (voir Omni v. 20). Mosiah 8:12-14
indique clairement que, dans tous les cas, Limhi n’avait reçu aucun
instrument de ce genre de son groupe d’explorateurs quand ils ont pris
les plaques d’Éther. Il se peut que les explorateurs « mulékites »
avaient découvert les interprètes jarédites sur le champ de bataille de
la colline Ramah (sans mettre la main sur les vingt-quatre plaques d’or
?). Il dut y avoir des explorations vers le début de l’histoire,
puisqu’ils découvrirent Coriantumr.
Une
autre possibilité est que Mosiah ait reçu l’urim et thummim fabriqué
par Moïse du peuple de Zarahemla, qui l’aurait conservé comme une
relique sacrée depuis le temps de Mulek sans être capable de le faire
fonctionner. Peut-être que quelqu’un du groupe de Mulek avait été
inspiré de l’emporter du temple de Jérusalem immédiatement avant que
l’édifice ne soit détruit par les Babyloniens. (« T. W. B. » dans le
Millennial Star, 76:552-57], émet l’hypothèse
que le groupe de Léhi prit l’urim et le thummim dans le temple et
l’apporta en Amérique.) Si la tradition mexicaine citée ci-dessous
parle du groupe de Mulek, il se pourrait bien que l’oracle qui y est
mentionné vienne de Jérusalem.
Il y a
d’autres explications possibles. Par exemple, le Liahona a-t-il pu
servir d’interprète provisoire pour Mosiah I et II, alors que les
interprètes d’Éther étaient réellement avec les vingt-quatre plaques
d’or sans qu’Ammon et Limhi n’en reconnaissent la nature ?
23 Hérodote,
Histoire, trad. angl.
David Grene, Chicago,
University of Chicago Press, 1987, IV:42. S963. Cet historien et géographe grec décrit
les observations de l’équipage sur le soleil pendant qu’il faisait le
tour du continent, observations dont on peut maintenant déduire
qu’elles démontrent que le voyage fut noté avec précision, alors que
Hérodote considérait que c’étaient des erreurs pures et simples.
Voir Smith, « Event
Structure », p. 13, ou le traitement de Cyrus H. Gordon dans Before Columbus: Links
Between the Old World and Ancient America, New York, Crown
Publishers, 1971).
24 Janet Jensen dans « Variations between Copies of the First
Edition of the Book of Mormon »,
BYU Studies 13, hiver 1973, pp. 214-22,
fait remarquer que le fleuve Sidon apparaît une fois sous la forme
Sidom dans la première édition de 1830 (p. 226, ligne 5, maintenant
Alma 2:17).
Book
of Mormon Critical Text 2:526, fait observer que cet
exemple d’orthographe apparaît à la fois dans le manuscrit de
l’imprimeur et l’édition de 1830 et fut changée en 1837 en Sidon.
Dans
Sorenson,
An Ancient American
Setting for the Book of Mormon, Salt Lake City et Provo, Utah, Deseret Book
Co. et FARMS, 1985), p. 205, je traite de la question de Sidom et je
fais observer qu’à l’époque de la conquête espagnole, un nom donné par
les Indiens du voisinage au site clé de la région que je considère
comme étant probablement Sidom était
zactan, « calcaire blanc », tandis que le nom
sémitique Sidon en Phénicie pourrait dériver de « calcaire ».
25 Constance Irwin,
Fair Gods and Stone Faces: Ancient Seafarers and the
World’s Most Intriguing Riddle, New York, St. Martin’s, 1963,
contient des indices étonnamment substantiels, compte tenu du fait que
c’est un ouvrage de vulgarisation, en faveur de sa proposition que les
Phéniciens influencèrent la Mésoamérique ancienne. Mais les travaux
spécialisés de l’archéologue espagnol Jose Alcina Franch sont l’ouvrage
qui contient l’éventail de données le plus impressionnant. Voir en
particulier ses trois ouvrages :
Las « Pintaderas »
Mejicanas y sus Relaciones, Madrid, Consejo Superior de
Investigaciones Cientificas, Instituto « Gonzalo Femandez de Oviedo »,
1958: « Origen Trasatlantico de la Cultura Indigena de America »,
Revista Espanola de
Antropologia Americana 4, 1969, pp. 9-64 [Madrid]; et
Pre-Columbian Art, New York, Abrams, 1983.
Pour ce qui
est des techniques phéniciennes de navigation, ainsi qu’un résumé
précieux d’autres données très intéressantes en faveur de liens avec la
Mésoamérique, voir une monographie par un des participants de
l’expédition
Ra II de Heyerdahl, l’anthropologue Santiago
Genoves T. :
Ra, una Balsa de
Papyrus a traves del Atlantico, Cuademos: Serie Antropologica 25, Universidad
Nacional Autonoma de Mexico, Instituto de Investigaciones Historicas,
1972.
26
Sorenson, An Ancient American
Setting, pp. 25, 27.
27
Hugh Nibley, An Approach to the Book
of Mormon, vol. 6 de The Collected Works of Hugh
Nibley, Salt Lake City et Provo, Utah, Deseret Book Co. et FARMS,
1987, p. 290.
28
Sorenson, An Ancient American
Setting, pp. 108-21, 249-51. Comparez avec Philip Drucker et
Robert F. Heizer, « Commentary on W. R. Coe and Robert Stuckenrath’s
Review of Excavations at La Venta, Tabasco, 1955 », Kroeber Anthropological
Society, Papers, n° 33, automne 1965, pp. 52-53, et le commentaire de
Paddock, Dumbarton Oaks Conference on the O/mec, October 28th
and 29th, 1967, dir. de publ. Elizabeth P. Benson, Washington,
D.C., Dumbarton Oaks Research Library Collection, 1968, p. 39.
29
Sorenson, An Ancient American
Setting, pp. 120, 249-50. Voir aussi la carte 5, en face de la page 36,
et la carte 12, en face de la page 240.
30
Philip
Drucker, Robert F. Heizer et Robert J. Squier, Excavations at La
Venta, Tabasco, 1955, Smithsonian Institution, Bureau of American
Ethnology, Bulletin 170, Washington D.C., 1959, p. 215 et suiv. Robert
F. Heizer, « New Observations on La Venta, « Dumbarton Oaks
Conference on the Olmec, October 28th and 29th, 1967, dir. de publ.
Elizabeth P. Benson, Washington, D.C., Dumbarton Oaks Research Library
Collection, 1968, pp. 32-36.
31
Elizabeth P.
Benson, « Some Olmec Objects in the Robert Woods Bliss Collection at
Dumbarton Oaks », dans The Olmec and Their
Neighbors: Essays in Memory of Matthew W. Stirling, dir. de publ. Elizabeth P.
Benson, Washington, D.C., Dumbarton Oaks, 1981, pp. 97-98; John F.
Scott, « El Meson, Veracruz, and its Monolithic Reliefs », Baessler-Archiv 25, 1977, p. 103, citant à
l’appui des textes de Pelliza, Bemal, Coe, Clewlow, Proskouriakoff et
Smith.
32
Tatiana
Proskouriakoff, « Olmec and Maya Art: Problems of Their Stylistic
Relation », dans Dumbarton Oaks Conference on the Olmec, October 28th
and 29th, 1967, dir. de publ. Elizabeth P. Benson, Washington, D.C.,
Dumbarton Oaks Research Library Collection, 1968, p. 121, dit: Les
trois stèles tardives de La Venta constituent une innovation radicale
dans le mode de sculpture et dans la nature de ses thèmes. » Un des
autels, montrant la présentation d’un bébé par un personnage masculin
adulte, pourrait représenter un sacrifice d’enfant (un trait
caractéristique de la religion phénicienne) ; mais peut être cela
représentait-il un ancêtre dans sa prime enfance (Mulek ?)
33
Philip
Drucker, « On the Nature of Olmec Polity », dans The Olmec and Their
Neighbors: Essays in Memory of Matthew W. Stirling, dir. de publ. Elizabeth P. Benson, Washington, D.C.,
Dumbarton Oaks, 1981, p. 44, mentionne « Les favoris de
l’oncle Sam ». Comparez avec John F. Scott, « Post-Olmec
Mesoamerica as Revealed in Its Art »,
Actas, XLI Congreso Intemacional de
Americanistas, Mexico, 2-7
Sept., 1973, vol. 2, Mexico, 1975, p. 385: Une inscription gravée
provenant d’El Meson (Veracruz) et une autre venant des environs,
maintenant déplacée à Alvarado, « montrent des hommes avec des
couvre-chefs hauts rappelant le type dit sémitique sur les reliefs
tardifs de La Venta.
34 Proskouriakoff, « Olmec and Maya
Art », pp. 122-123, estime aussi que « deux groupes distincts
par la race » apparaissent sur Stein 3, et que « c’est le
groupe de l’étranger barbu qui a fini par prendre l’ascendant »,
par conséquent, « la culture de La Venta contenait un élément
étranger puissant.
35
John L.
Sorenson, « The Twig of the Cedar », Improvement Era 60, mai
1957, pp. 330-31, 338, 341-42. Réimprimé sous le titre
« Bible Prophecies of the Mulekites », dans A Book of Mormon
Treasury, Salt Lake City, Bookcraft, 1959, pp. 229-237. On trouvera de plus amples informations sur
les traditions dans John L. Sorenson, « Some Mesoamerican
Traditions of Immigration by Sea »,
El Mexico Antiguo 8, 1955, pp. 425-37 [Mexico], accessible sous
le titre FARMS Reprint SOR-55.
36 Coriantumr était probablement infirme en
dépit de l’argument original, avancé par Anthony W. lvins, dans
« Are the Jaredites an Extinct People? »
Improvement Era 6, novembre 1902, pp. 43-44, que Coriantumr a
pu engendrer des enfants pendant qu’il était parmi les
« Mulékites ».
37 Coriantumr a pu être découvert par le groupe de Mulek sur le
champ de bataille ou dans les environs au cours d’une reconnaissance à
l’intérieur des terres, à l’occasion d’une brève halte tandis qu’ils
faisaient du cabotage vers le sud en direction de leur destination
finale ; dans ce cas, Coriantumr fit son déplacement final sur leurs
navires jusqu’à un point de débarquement situé probablement près de la
ville de Mulek. Il y a cependant d’autres possibilités qui viennent à
l’esprit. L’une d’elles est que Coriantumr a voyagé tout seul en
direction d’un endroit où il pensait pouvoir retrouver un reste de
population susceptible de le secourir. L’emplacement de la ville de
Mulek dans ma corrélation géographique, La Venta, était en ce temps-là,
ou avait été l’un des grands centres de colonisation de l’époque
jarédite, et pourtant elle était dans une situation périphérique par
rapport à la majeure partie des territoires olmèques (jarédites ?), qui
se trouvait au nord par rapport à elle. À La Venta, une personne telle
que Coriantumr pouvait espérer trouver des gens qui n’étaient pas
complètement impliqués dans la lutte finale. Si Coriantumr réussit à
atteindre cet endroit tout seul (j’estime qu’à vol d’oiseau la distance
depuis Ramah était de 140 km, mais qu’elle devait au moins être le
double au sol), le groupe de Mulek a pu le trouver presque à l’endroit
où ils ont abandonné leur bateau. Il n’est pas du tout impossible que
la stèle 3 de La Venta ait été dressée pour décrire la rencontre de
Mulek et de Coriantumr.
Une
autre possibilité est que le groupe de Mulek, dans les quelques années
qui suivirent son installation dans le pays, se mit en devoir de
fouiller le territoire le séparant du champ de bataille final, fasciné
par les ruines toutes neuves de la civilisation qui venait de périr,
pour ne trouver que ce seul survivant. Finalement, il est également
possible que les Mulékites, n’ayant vu aucun signe des Jarédites dans
la bande côtière inhospitalière de dunes et d’estuaires dans le nord –
ce qui est tout ce qu’ils ont vu du pays du nord – s’installèrent dans
le pays du sud pendant une décennie environ, qu’ils consacrèrent
intensément aux tâches pionnières locales, ignorant essentiellement
l’existence de l’ancienne culture avant d’envoyer un groupe
d’exploration qui rencontra alors par hasard le roi. (Je suppose qu’il
existait d’autres survivants, comme mentionné plus haut, mais pas dans
la région dévastée et déprimante des dernières guerres parsemée de
milliers de corps et de squelettes. Je pense que cette zone a dû rester
inoccupée pendant un certain nombre d’années.)
En outre,
la « grande pierre » doit être envisagée dans le cadre de ce puzzle
géographique. Plus l’endroit où Coriantumr a gravé cette pierre au
cours de ses derniers mois était située vers le sud, plus il est
raisonnable qu’on ait pu la transporter de cet endroit jusqu’à Mosiah,
dans les hauteurs, à Zarahemla.
38 Nous ne savons pas ce qu’implique en termes
de descendance et de royauté le fait qu’Ammon se considérait comme
descendant de Zarahemla tout en comptant également Zénif parmi ses
« frères » qui étaient allés hériter le « pays du
premier héritage [des pères de Zénif] » à Léhi-Néphi (Mosiah 9:1).
Cette combinaison semble vouloir dire qu’Ammon devait descendre d’une
façon ou d’une autre à la fois d’ancêtres néphites et de Zarahemla.
Mais s’il y a eu des mariages mixtes entre lignées descendant des
Néphites et de Zarahemla, il n’aurait pas pu considérer qu’il
descendait des deux par une lignée patriarcale.
39 On trouvera l’une des études de population et
de grandeur du territoire à cette époque dans Sorenson,
An Ancient American Setting, pp. 155-157.
40 Sorenson,
An Ancient American Setting, 155-157, décrit une pratique
de colonisations séparées qui pourrait être un exemple de cette
distinction et qui a été découverte au site de Santa Rosa (Chiapas,
Mexique), que je considère comme étant le meilleur candidat pour
Zarahemla ; voir aussi les autres colonisations et les distinctions
sociales au sein de la ville aux pages 190-191 et 315-316.
Meyer
Fortes, sociologue anthropologue, décrit un parallèle intéressant avec
ce modèle social, dans un exemple moderne, chez les Tallensi d’Afrique.
« Dès le départ, nous avons dû affronter la division fondamentale
entre, d’une part, les Namoos, qui affirment être originaires
d’immigrants Mamprussi et avoir des droits héréditaires exclusifs à un
poste généralement qualifié d’autorité du chef [comparez avec les
Néphites de Mosiah] et, d’autre part, les ‘vrais Tallensi’, Talis comme
ils s’appellent eux-mêmes, qui prétendent être les autochtones du pays
avec des droits exclusifs à la fonction de Tendaana ou ‘Gardien de la
terre’ [comparez avec le peuple de Zarahemla]. Il ne nous fallut pas
longtemps pour découvrir que, aussi totalement identique fût le mode de
vie des deux éléments de la tribu et aussi intimement liés qu’ils
fussent par la parenté, le mariage et l’habitat, la division était
profonde et fondamentale » (« An Anthropologist’s Apprenticeship
»,
Annual Review of
Anthropology 7, 1978, pp. 8,
14-15.
41 Sorenson,
An Ancient American Setting, pp. 161-165, traite des « dissensions ». Voir
aussi les pages 195-197 à propos des Amlicites, en qui je vois des gens
du peuple de Zarahemla.
42
Hugh Nibley, Lehi in the Desert, The
World of the Jaredites, There Were Jaredites, vol. 5 de Collected Works of Hugh
Nibley, dir. de publ. John W. Welch, Salt Lake City et Provo,
Utah, Deseret Book Co. et FARMS, 1988, p. 245. (Dans Idumea:
Le Monde des Jarédites, chapitre 6, § 6)
. Voir aussi John A.
Tvedtnes, « A Phonemic Analysis of Nephite and Jaredite Proper
Names », Society for Early Historic Archaeology, Newsletter and
Proceedings 141, décembre 1977, p. 18, reproduit sous le titre FARMS
Reprint TVE- 77.
43 Il convient de faire une étude soigneuse pour
détecter les différences d’utilisation des expressions « Néphites
», « peuple de Néphi », « peuple des Néphites » et « enfants de Néphi »
dans le texte du Livre de Mormon. Notez l’utilisation curieuse des
termes dans Hélaman 1:1.
44 Le nom d’un des compagnons des fils de Mosiah
dans cette entreprise, Muloki (Alma 20:2), pourrait signifier, en
hébreu, « de Mulok (Mulek?) » ou
Mulékite. Entre-temps, Alma avait eu deux fils
portant des noms jarédites (« mulékites? »), Shiblon et Corianton.
45 Le culte apparemment insolite des Zoramites
était en fait « la contrepartie virtuelle » d’un rite de prière
juif
(Book of Mormon Critical
Text, 2:639-640), suggérant
que d’autres activités religieuses, qui semblaient scandaleuses pour
les prophètes néphites orthodoxes, ont pu avoir une source semblable.
Comparez avec Sorenson,
An
Ancient American Setting, pp.
216-219.