Les
preuves scientifiques et
la foi
Dallin
H. Oaks
Président
de l'université Brigham Young de 1971 à 1980
Juge
à la cour suprême d’Utah de 1980 à 1984
Membre
du collège des Douze depuis 1984
1.
Les signes et la science
2.
Les signes dans la Bible
3.
Les signes
dans la révélation moderne
4.
Les signes
sont lourds de conséquences
5.
La conversion par les
signes
6.
Les preuves
scientifiques et la foi
7.
Le rôle
des signes et leur diffusion
8.
Conclusion
Les signes
et la science
Pour
avancer dans la connaissance, la science utilise les méthodes
de l’expérimentation et de la constatation, telles que
l’observation, la mesure et l’analyse. À l’opposé,
les Écritures donnent un avertissement à ceux qui
recherchent des signes pour déterminer la vérité
religieuse. Ceci est un exemple des différences significatives
qui existent entre les voies du Seigneur et celles du monde.
Les
signes dont il s’agit ici sont ceux recherchés ou donnés
comme preuve de l’existence de Dieu, de l’autorité
de ses serviteurs ou des vérités de son Évangile
(les Écritures utilisent aussi le mot signe dans d’autres
sens, comme le sabbat, signe de l’alliance entre Dieu et Israël
[Exode 31:13,17 ; Ézéchiel 20:12,20], les signes
de la naissance et de la mort du Messie [Luc 2:12 ; 1 Néphi
19:10 ; Hélaman 14:20], les signes les signes de la
Seconde Venue [D&A 45:16,39] et les signes des temps [Matthieu
16:3 ; D&A 68:11]).
Vues
dans leur ensemble, les Écritures contiennent des
enseignements et des exemples apparemment opposés à
propos des signes qui peuvent être utilisés comme
preuve. Mais les instructions données à l’Israël
moderne sont simples : les signes ne sont pas acceptables pour
convertir ; ils sont acceptables – et même promis –
pour apporter une confirmation aux convertis.
Les signes dans la
Bible
L’Ancien
Testament contient des exemples mémorables de miracles qui
sont considérés comme des signes. C’est le cas
des divers fléaux que le Seigneur a infligés aux
Égyptiens par l’intermédiaire du prophète
Moïse (voir Exode 7-10). Ces signes et ces miracles furent
rappelés plus tard aux enfants d’Israël pour
augmenter leur foi (Deutéronome 6:22 ; 26:8). Gédéon
demanda et reçut un signe lui prouvant qu’il était
choisi pour délivrer Israël (Juges 6:17).
Un
autre exemple de miracle bien visible donné sous la forme d’un
signe fut l’affrontement entre Élie et les 450 prêtres
de Baal. L’évidence de ce signe est manifeste dans le
défi d’Élie : « Invoquez le nom
de votre Dieu ; et moi, j’invoquerai le nom de l’Éternel.
Le dieu qui répondra par le feu, c’est lui qui sera
Dieu. Et tout le peuple répondit disant : C’est
bien ! » (1 Rois 18:24). Le feu céleste
qui consuma le sacrifice vint en réponse à la prière
d’Élie. Les prêtres de Baal défaits, non
seulement échouèrent dans leur défi, mais
perdirent aussi la vie.
Les
signes semblent être considérés différemment
dans le Nouveau Testament. Malgré les nombreux miracles que
Jésus accomplit pendant son ministère, dans la plupart
des cas les récits sacrés ne présentent pas les
miracles comme des signes prouvant l’autorité ou la
vérité religieuse.
À
deux reprises, au début de son ministère, le Sauveur
fut tenté par Satan qui le défia de faire un miracle
pour prouver qu’il était le Fils de Dieu. Les deux fois,
Jésus refusa (Matthieu 4:1-11 ; Luc 4:1-13).
Pendant
le ministère du Sauveur, les scribes et les Pharisiens lui
dirent : « Maître, nous voudrions te voir faire
un miracle ». (Matthieu 12:38 ; voir aussi
1 Corinthiens 1:22). Les Pharisiens et les Sadducéens
« lui demandèrent de leur faire voir un signe
venant du ciel » (Matthieu 16:1). À chaque fois, il
refusa de leur donner un signe, déclarant que c'était
une génération méchante et adultère qui
« demande un miracle » (Matthieu 12:39 ;
16:4 ; voir aussi Marc 8:11,12 ; Luc 11:29).
La
plupart des auteurs des évangiles, même lorsqu'ils
décrivent les miracles de Jésus, rapportent ses
instructions ou ses actions qui ont pour objet d’empêcher
que ses miracles ne soient utilisés comme preuve de son appel
divin, de son autorité ou de la véracité de son
message. Quand Jésus guérit le lépreux, il lui
ordonna : « Garde-toi d'en parler à personne »
(Matthieu 8:4; Marc 1:44; Luc 5:14). Quand il guérit les
foules de Galilée, il « leur recommanda sévèrement
de ne pas le faire connaître » (Matthieu 12:16 ;
Marc 3:12). Quand il ramena à la vie la fille du chef de la
synagogue, « il ne permit à personne d'entrer avec
lui, sauf à Pierre, à Jacques et à Jean, et au
père et à la mère de l'enfant », et
« il leur recommanda de ne dire à personne ce qui
était arrivé » (Marc 5:37-43 ; voir
aussi Luc 8:51-56).
Lorsque
Jésus guérit le sourd, il « le prit à
part loin de la foule », et ensuite « il leur
recommanda de n'en parler à personne » (Marc
7:33-36). Avant que Jésus ne guérisse l'aveugle, « il
le conduisit hors du village », et après avoir
rendu la vue à l'homme, il lui dit : « N'entre
pas au village » (Marc 8:23-26).
À
l’opposé, lorsque dans le pays des Gadaréniens
Jésus chassa la légion de démons hors de
l'homme, il lui dit de raconter à ses amis les grandes choses
que le Seigneur avait faites pour lui (Marc 5:19; Luc 8:39).
Peut-être était-ce suite à la demande de la foule
que Jésus quitte leur pays (Matthieu 8:34 ; Marc 5:17 ;
Luc 8:37).
Mais
lorsque les évangiles synoptiques ne présentent pas les
miracles du Maître comme étant accomplis pour convaincre
l'incroyant, ils notent que le peuple qui les avait vus était
saisi de crainte, s'émerveillait, glorifiait ou louait Dieu
(voir par exemple Matthieu 9:8, 32, 33 ; 12:22,23 ; Marc
1:26,27; 2:12; Luc 4:36,37 ; 5:26; 7:16 ; 9:43 ;
18:43).
Les
auteurs des synoptiques rapportent qu'à une certaine occasion
le Seigneur fit référence aux miracles passés,
mais apparemment il les présenta comme un signe pour fortifier
la foi vacillante de ceux qui croyaient déjà. Les
disciples de Jean-Baptiste demandèrent à Jésus
s'il était bien celui qui devait venir. Il leur dit de
retourner vers Jean et de lui rapporter comment ils avaient vu les
aveugles voir à nouveau, les boiteux marcher, les lépreux
être purifiés, les sourds entendre et les morts
ressusciter (Matthieu 11:2-6 ; Luc 7: 18-23).
Vers
la fin de son ministère, alors que le Sauveur était sur
la croix du Calvaire, les grands prêtres et les autres
demandèrent à nouveau un signe, se moquant de lui en
lançant ce défi : « S'il est roi
d'Israël, qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui »
(Matthieu 27:42 ; voir aussi Marc 15:29-32 ; Luc 23:35-37).
Ce défi moqueur, comme beaucoup d'autres, resta sans réponse.
À
l’opposé des évangiles synoptiques, l'évangile
de Jean présente parfois les miracles de Jésus comme
des signes pour les incroyants. Peut-être s'agit-il d'une
présentation différente pour un autre auditoire. Les
évangiles de Matthieu, Marc et Luc semblent avoir été
écrits pour les incroyants, comme un livre missionnaire
adressé respectivement aux Juifs, aux Romains et aux Grecs
(voir C. Wilfred Griggs, The Testimony of John, dans Studies in
Scripture, Ed. Kent P. Jackson et Robert L. Millet, 5, Salt Lake
City, Deseret Book, 1986, p. 111 ; Bruce R. McConkie, Doctrinal
New Testament Commentary, vol. 1, Salt Lake City, Bookcraft, 1973, p.
65). Il aurait été inapproprié de présenter
à cet auditoire les miracles comme des signes destinés
à convertir l'incroyant. L'évangile de Jean, au
contraire, a été écrit pour les saints (Idem),
c'est-à-dire des croyants dont la foi pouvait être
fortifiée de façon appropriée, à savoir
en présentant les miracles comme des signes.
Le
livre de Jean rapporte plusieurs exemples où le Sauveur a dit
que les oeuvres qu'il accomplissait témoignaient de lui (Jean
5:36 ; 10:25). À la dernière de ces occasions, il
dit : « Quand même vous ne me croiriez pas,
croyez à ces oeuvres » (Jean 10.38).
Jean
identifie le changement de l'eau en vin à Cana comme étant
« le premier des miracles [qui manifestèrent] la
gloire de [Jésus] ; et ses disciples crurent en lui »
(Jean 2:11) Peu après, quand Jésus était à
Jérusalem « à la fête de la Pâques,
plusieurs crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait »
(Jean 2:23).
Quand
il vint voir Jésus, Nicodème dit : « Rabbi,
nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne
peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n'est avec lui »
(Jean 3:2). À Capernaüm, Jésus dit à
l'officier qui lui demandait de guérir son fils malade :
« Si vous ne voyez des miracles et des prodiges, vous ne
croyez point ». Ensuite, il guérit le fils, et
l'officier et toute sa maison crurent (Jean 4:48-53). À
l'inverse, quand Jésus guérit l'aveugle de naissance,
les Pharisiens constatèrent la preuve et ne crurent toujours
pas (Jean 9:1-34).
Le
livre de Jean décrit un miracle que le Sauveur accomplit
sachant qu'il persuaderait le peuple de croire. En présence
d'une grande foule, il ramena Lazare à la vie. « Des
Juifs qui étaient venus vers Marie, et qui virent ce que fit
Jésus, crurent en lui » (Jean 11:40-45).
À
la fin de son récit, Jean écrit, apparemment aux
croyants, « Jésus a fait encore, en présence
de ses disciples, beaucoup d'autres miracles, qui ne sont pas écrits
dans ce livre. Mais ces choses ont été écrites
afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de
Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie éternelle »
(Jean 20:30, 31).
Il
y a de nombreux exemples dans le reste du Nouveau Testament où
les apôtres cherchèrent à renforcer la foi des
croyants ou à convertir les incroyants en faisant référence
aux signes et aux prodiges précédemment accomplis par
le Sauveur ou par son autorité.
Dans
son sermon, le jour de la Pentecôte, Pierre rappela au peuple
que Jésus était « un homme à qui Dieu
avait rendu témoignage... par les miracles, les prodiges et
les signes qu'il a opérés par lui au milieu de vous,
comme vous le savez vous-mêmes » (Actes 2:22 ;
voir aussi Jean 2:19-22).
Paul
rappela aux Corinthiens que « les preuves de mon apostolat
ont éclaté au milieu de vous par une patience à
toute épreuve, par des signes, des prodiges et des miracles »
(2 Corinthiens 12:12). Selon l'épître aux Hébreux,
Dieu appuya le témoignage des Apôtres « par
des signes, des prodiges et divers miracles, et par les dons du
Saint-Esprit, selon sa volonté » (Hébreux
2:4).
Le
Livre de Mormon aussi rapporte des cas où les prophètes
utilisèrent les signes ou les miracles dans le processus de la
conversion. Parmi la génération précédant
le Christ, il y eut beaucoup de grands miracles et de grandes
manifestations qui convertirent la plupart des Lamanites « par
la force des preuves qu'ils avaient reçues »
(Hélaman 5:50). Néphi parla à la foule du
meurtre de leur grand juge et de l'identité du meurtrier et
les présenta comme un signe pour les convaincre qu'il était
« un honnête homme… envoyé par Dieu »
(Hélaman 8:27; 9:24-36). Plus tard, il « [montra]
des signes et des prodiges; faisant des miracles parmi le peuple,
afin qu'il sût que le Christ viendrait bientôt »
(Hélaman 16:4).
Les signes dans la
révélation moderne
Dans
son ensemble, la Bible semble quelque peu ambiguë pour savoir si
les signes devaient être utilisés pour convertir
l'incroyant. À l’opposé, la révélation
moderne interdit cela parce que les signes ne devraient pas être
recherchés ni utilisés dans ce but.
Le
Seigneur déclara aux membres de son Église rétablie :
« Il en est parmi vous qui recherchent des signes, et il y
a eu des gens comme cela dès le commencement » (D&A
63:8). Mais l'acquisition de la foi au moyen de signes n'est pas la
voie divine, parce que « la foi ne vient pas par les
signes mais les signes suivent ceux qui croient ». Le
Seigneur continue : « Oui, les signes viennent par la
foi, pour l'accomplissement de grandes oeuvres, car sans la foi, nul
n'est agréable à Dieu ; et ceux contre qui Dieu
est irrité ne lui sont pas agréables ; c'est
pourquoi à ceux-là il ne montre aucun signe, si ce
n'est dans sa colère pour leur condamnation. C'est pourquoi,
moi, le Seigneur, je ne suis pas satisfait de ceux d'entre vous qui
ont cherché des signes et des prodiges pour avoir la foi et
non pour le bien des hommes en vue de ma gloire » (D&A
63:9,11,12).
Le
Livre de Mormon contient nombre d'enseignements sur cette méthode
impropre qui consiste à chercher ou à utiliser des
signes pour obtenir la foi ou pour susciter une conversion.
Pendant
qu'il enseignait les Zoramites, Alma se référa aux
nombreuses personnes qui disaient : « Si tu nous
montres un signe du ciel, alors nous saurons assurément, alors
nous croirons ». Se désolant de cette demande, il
fit la remarque qu’elle montrait un manque total de foi (Alma
32:17,18).
« Ne
disputez pas parce que vous ne voyez pas » a dit le
prophète Moroni dans un autre passage, « car vous
ne recevrez de témoignage que lorsque votre toi aura été
mise à l'épreuve » (Éther 12:6). En
parlant de cette instruction des Écritures, le président
Spencer W. Kimball a dit : « Adam, le père,
comprenait ce principe fondamental : 'Un ange du Seigneur
apparut à Adam, et lui dit : Pourquoi offres-tu des
sacrifices au Seigneur ? Et Adam lui dit : Je ne le sais,
si ce n'est que le Seigneur me l'a commandé' (Moïse 5:6).
Les hommes ont souvent mal compris et renversé le processus.
Ils voudraient la récolte avant les semailles, la récompense
avant le service, le miracle avant la foi. » (Spencer W.
Kimball, Faith Precedes the Miracle, Salt Lake City, Deseret Book,
1972, p. 4)
Jésus
enseigna (et ses prophètes l'enseignèrent par la suite)
que « les signes suivent ceux qui croient »
(Marc 16: 17 ; Mormon 9.24 ; D&A 84:65). Le Livre de
Mormon enseigne le principe en ces termes : « Et
jamais personne n'a, en aucun temps, fait de miracles qu'après
avoir eu la toi ; c'est pourquoi, ils croyaient tout d'abord au
Fils de Dieu » (Éther 12:18).
Les signes sont lourds
de conséquences
Le
Seigneur a donné des avertissements significatifs à
ceux qui, sans la foi, recherchent des signes. À ces derniers,
« il ne montre aucun signe, si ce n'est dans sa colère
pour leur condamnation » (D&A 63:11). Le Livre de
Mormon contient deux exemples de ce principe et une explication
mémorable de la manière dont les hommes sont condamnés
lorsqu'ils recherchent un signe.
En
débattant avec Jacob, Shérem, l'érudit,
demanda : « Montre-moi un signe par ce pouvoir du
Saint-Esprit, grâce auquel tu connais tant de choses ».
Dans ce cas, un signe fut donné. Il fut frappé par le
pouvoir de Dieu, confessa son erreur et mourut (Jacob 7:13-20).
De
même, Korihor dit à Alma : « Si tu veux
me montrer un signe pour que je sois convaincu qu'il y a un Dieu,
oui, montre-moi qu'il a du pouvoir, et alors je serai convaincu de la
véracité de tes paroles ». Alma refusa,
rappelant à l'incrédule que les témoignages des
prophètes et des croyants constituaient déjà des
signes. Korihor insista, arguant du fait qu'il ne croirait pas « si
vous ne me montrez pas un signe », et reçut un
signe : il devint muet, fut chassé et piétiné
à mort (Alma 30:43-59).
En
enseignant les Zoramites, Alma expliqua comment le fait de rechercher
un signe peut mener à la condamnation. Celui qui s'humilie
« sans être obligé d'être humble »
est davantage béni que celui qui est obligé d'être
humble. Il compara celui qui est volontairement humble à une
personne croyante et baptisée « sans avoir le coeur
obstiné, oui, sans avoir été amenée à
connaître la parole, ou même forcée de la
connaître avant de vouloir croire ». Puis il donna
cet exemple :
« Oui,
il y en a beaucoup qui disent : Si tu nous montres un signe du
ciel alors nous saurons assurément ; alors nous croirons.
Maintenant, je vous le demande : Est-ce là de la foi ?
Je vous dis que non ; car si un homme connaît une chose,
il n'a pas lieu de croire, car il sait. Or, combien plus est maudit
celui qui connaît la volonté de Dieu et ne la fait pas,
que celui qui croit seulement ou a seulement lieu de croire et qui
tombe en transgression ? » (Alma 32:15-19).
On
peut tirer deux enseignements de ceci. Premièrement, ceux qui
acquièrent la connaissance par les signes se privent de la
possibilité de développer leur foi. Sans ce
développement spirituel (présenté plus loin) et
sans le soutien de la foi, ils sont arrêtés dans leur
progression et restent sujets à la transgression et à
la chute. Deuxièmement, ceux qui acquièrent la
connaissance puis chutent sont plus maudits que ceux qui, suivant le
chemin de la foi, sont parvenus seulement à la croyance avant
de chuter.
Ainsi,
les signes peuvent amener la condamnation sur ceux qui, par ce moyen,
parviennent à la connaissance. Ils se privent de la
possibilité de développer leur foi, et se soumettent à
une punition plus sévère que ceux dont la progression
spirituelle suit le chemin normal du développement de la foi.
Il
existe d'autres « condamnations » pour ceux qui
recherchent des signes sans développer premièrement la
foi que Dieu requiert.
Une
de ces condamnations est d'être induit en erreur. Dieu a averti
l'Israël ancien contre le fait de suivre des prophètes
qui accomplissaient des signes et des prodiges et qui, ensuite,
cherchaient à les détourner pour adorer des dieux
étrangers (Deutéronome 13:1-3). Le Sauveur enseigna à
ses apôtres que, dans les derniers jours, « il
s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes,
et ils montreront de grands signes et de grands prodiges, au point de
séduire, s'il était possible même les élus,
qui sont les élus selon l'alliance » (Mathieu
24:23, traduction de la Bible par Joseph Smith ; voir aussi
Matthieu 24:24 ; Marc 13:22). L'apôtre Paul a averti que
le Sauveur ne reviendrait pas « jusqu'à ce que
vienne un déchu, par les oeuvres de Satan avec tout pouvoir,
et les signes et les prodiges mensongers, et avec toutes les
séductions de l'iniquité pour ceux qui périssent »
(2 Thessaloniciens 2:9-10, traduction de la Bible par Joseph
Smith).
Dans
la grande révélation sur les signes, le Seigneur dit :
« Celui qui cherche des signes verra des signes mais pas
pour le salut » (D&A 63:7). Le président
Spencer W. Kimball expliqua : « il est certain que
nous ne devrions pas rechercher les signes. Les signes existent et je
crois que tous ceux qui le veulent, peuvent en obtenir. Je crois que
si quelqu'un veut des révélations au point de les
solliciter au-delà de ce qui est juste, il obtiendra,
finalement, ces révélations, mais elles ne viendront
peut-être pas de Dieu. Je suis sûr que beaucoup de choses
spectaculaires peuvent être accomplies, parce que le diable est
très actif. Il écoute et est impatient d'agir. Et ainsi
il donne des expériences étranges. » (The
Teachings of Spencer W. Kimball, éd. Edward L. Kimball, Salt
Lake City, Bookcraft, 1982, p. 458)
De
même, le professeur Hugh Nibley a écrit : « Les
miracles utilisés à des fins de démonstration ne
peuvent jamais être [infaillibles], car les miracles ne sont
pas exclusivement chrétiens... Comme la philosophie et le
mysticisme, les miracles (les vrais miracles) sont présents
dans le monde entier et sont utilisés partout par les
professionnels de la religion pour étonner et convaincre les
incrédules. » (Hugh Nibley, The World and the
Prophets, Salt Lake City, Deseret Book et Foundation for Ancient
Research and Mormon Studies, 1987, p. 139)
Manifestement,
l'accomplissement de miracles et l'apparition de signes et de
prodiges ne sont pas des preuves que ceux qui les accomplissent sont
des serviteurs de Dieu ou des ministres de la vérité.
De nos jours, Dieu n'utilise pas les miracles ou les signes comme
moyen d'enseigner ou de convaincre l'incroyant. En conséquence,
nous ne devrions pas demander de signes dans ce but, et nous devrions
être très prudents vis à vis de ces soi-disant
preuves spirituelles.
La conversion par les
signes
Être
témoin de signes et de miracles n'est pas une fondation sûre
pour une conversion. L'histoire scripturaire atteste que ceux qui ont
été convertis par les signes et les prodiges les
oublient rapidement et deviennent à nouveau la proie des
mensonges et des distorsions de Satan et de ses serviteurs (Hélaman
16:23 ; 3 Néphi 1:22 ; 2:1 ; 8:4). Le
Seigneur dit à Moïse : « Jusques à
quand ce peuple me méprisera-t-il ? Jusques à
quand ne croira-t-il pas en moi, malgré tous les prodiges que
j'ai faits au milieu de lui ? » (Nombres 14:11).
Jean
raconte avec tristesse l'entrée triomphale que fit Jésus
dans Jérusalem : « Malgré tant de
miracles qu'il avait faits en leur présence, ils ne croyaient
pas en lui » (Jean 12:37).
À
l’opposé du témoignage de l'Esprit, qui peut se
renouveler de temps en temps selon les besoins de celui qui en est
digne, être témoin d'un signe ou vivre un miracle est un
événement qui s'estompera dans la mémoire de
celui qui l'aura vécu et dont l'impact s'effacera (voir Joseph
Fielding Smith, Doctrines du Salut, vol. 1, Église de
Jésus-Christ des saints des derniers jours, 1977, p. 50). Par
exemple, comme le président Spencer W. Kimball l'a fait
remarquer : « Oliver Cowdery a vu beaucoup de signes.
Il a eu les plaques sacrées en main, il a vu Jean-Baptiste ;
il a reçu la haute prêtrise des mains de Pierre, Jacques
et Jean et a vécu de nombreux grands miracles, et néanmoins
toutes ces choses ne purent le garder dans la foi. »
(Spencer W. Kimball, Faith Precedes the Miracle, Salt Lake City,
Deseret Book, 1972, p. 5)
Le
président George Q. Cannon a résumé cette
expérience en ces termes : « Je ne crois pas
que les hommes puissent être convaincus comme ils le devraient
par de telles manifestations. Il a été observé
par ceux qui avaient de l'expérience dans cette Église,
que lorsque des hommes ont été convertis par de telles
manifestations, une succession constante de ces dernières
était nécessaire pour les garder dans l'Église ;
leur foi devait être constamment fortifiée par le
témoignage de telles manifestations ; mais lorsque leur
conviction provenait du débordement de l'Esprit de Dieu, que
leur jugement était convaincu, qu'ils avaient jugé par
eux-mêmes et obtenu satisfaction par le témoignage de
Jésus en réponse à leurs prières et à
leur quête fidèle de la connaissance auprès de
Dieu, lorsque cela a été le cas, ils ont été
plus forts pour rester fermes, pour endurer les persécutions
et les épreuves que ceux qui ont été convaincus
grâce à quelque manifestation surnaturelle du genre
auquel j'ai fait allusion. » (Journal of Discourses
22:361-362)
La
véritable Église ne convertit pas par les signes et les
prodiges, mais par le témoignage du Saint-Esprit. La façon
du Seigneur d'enseigner les vérités religieuses n'est
pas de faire un miracle ou un signe spectaculaire mais par un
témoignage personnel.
De
cette manière, la véritable Église protège
l'intégrité de la conversion de ses membres. Là
où l'expérience de la conversion est individuelle et
personnelle, les convertis potentiels n'ont pas de raison de
rivaliser pour obtenir la plus grande. La pression de l'entourage et
la psychologie de groupe qui peuvent accompagner les expériences
de conversion en masse sont ainsi éliminées. Une vraie
conversion est une expérience personnelle fondée sur la
communication individuelle de l'Esprit, et non pas sur un signe ou un
miracle.
Les preuves
scientifiques et la foi
La
méthode scientifique, qui a si bien servi l'avancée des
connaissances séculières, s'appuie fortement sur
l'observation. Les scientifiques étudient et mesurent les
événements physiques, les expériences
attentivement préparées et les phénomènes
naturels. Leurs méthodes diffèrent entre elles, mais
pour tous les scientifiques, la preuve de l'exactitude des réponses
qu'ils recherchent se trouve dans leur observation et dans leur
mesure détaillée. Nous pouvons donc avancer que les
scientifiques cherchent à progresser dans la connaissance et à
apprendre la vérité par l'observation physique et la
mesure des signes. Ceci sans vouloir nier le fait que l'oeuvre des
scientifiques a été guidée par des choses non
mesurables comme l'intuition et l'inspiration.
La
religion des saints des derniers jours n'est pas hostile à
toute vérité trouvée par quelque moyen que ce
soit. Les saints des derniers jours ont été parmi les
utilisateurs les plus efficaces de la méthode scientifique et,
par ce moyen (et par la révélation, quand ils étaient
qualifiés pour la recevoir), ont beaucoup contribué à
la connaissance du monde dans lequel nous vivons. Mais les saints des
derniers jours fidèles savent que la méthode
scientifique n'est pas appropriée pour connaître Dieu ou
déterminer les vérités de son Évangile.
Un
membre de l'Église qui comptait parmi les scientifiques les
plus renommés au monde, Henry Eyring, maîtrisait
parfaitement la méthode scientifique qui permet d’obtenir
de la connaissance mais il savait aussi que cette méthode a
ses limites et qu'il existe une autre manière de trouver des
réponses aux questions qui importent le plus. Son attitude a
été décrite par son fils, Henry B. Eyring :
« Maintenant,
quand quelqu'un vous dit que les questions qui importent relèvent
seulement d'une analyse rationnelle quelconque, souvenez-vous que les
réussites étonnantes de la raison ces trois cents
dernières années sont sorties de ce qu'on appelle la
'méthode scientifique'. J'espère que vous vous
souviendrez, comme je me souviendrai toujours, du scientifique Henry
Eyring à genoux, quand les questions qui importaient le plus
relevaient de la méthode pour trouver la vérité
qu'il avait apprise sur les genoux de sa mère alors qu'il
était un petit garçon à Old Mexico. C'était
longtemps avant qu'il ne prenne le train pour Tucson, puis Berkeley,
puis Madison, et ensuite pour Berlin et Princeton pour appliquer la
méthode scientifique dans la création de théories
qui ont changé le monde de la science. Ce qu'il apprit à
genoux lui apporta la paix et changea ma vie. » (Henry B.
Eyring, Going Home, dans Brigham Young University 1986-87 Devotional
and Firesides Speeches, Provo, Utah, University Publications, 1987,
p. 76, 77)
Le
cardinal Joseph Ratzinger, théologien catholique éminent,
décrit la relation qui existe entre les méthodes
divergentes de la science et de la religion :
« Il
ne peut y avoir de confusion entre la théologie – l'étude
de Dieu et des relations de Dieu avec l'humanité –
et les sciences naturelles. Car la théologie, selon ses
propres termes, considère que Dieu est surnaturel. Il est
fondamental dans toute connaissance humaine de reconnaître que
l'objet de l'étude indique et détermine la méthode
correcte à suivre pour le comprendre. On n'approche pas la
chirurgie comme la politique ou les arts, ou l'art comme la chimie…
Parce que nous croyons en Dieu, nous reconnaissons dès l'abord
que la science n'est pas adaptée pour étudier la
divinité. Le vrai scientifique, qui est croyant, connaît
suffisamment les limites de sa méthodologie pour savoir que
par elle seule, personne ne peut voir Dieu… Nous ne saurions
nier à l'humanité la capacité d'être
réceptive au-delà des limites de la raison pure. »
(cité dans Paul T. Stallsworth, The Story of an encounter,
dans Biblical Interpretation in Crisis : The Ratzinger
Conference on Bible and Church, éd. Richard J. Neuhaus, Grand
Rapids, Mich. Wm B. Eerdmans, 1989, p. 106, 107)
Le
professeur Joseph F. McConkie explique cette relation de cette
manière : « Toute vraie religion doit être
fondée sur le surnaturel ou le miraculeux. La vraie religion
requiert nécessairement la foi pour l'accepter et pour la
vivre. Sans un Dieu omnipotent, un Dieu au-delà du
raisonnement et des pouvoirs de l'homme, il ne peut y avoir de vraie
religion. La vraie religion trouve des réponses dans
l'omnipotence de Dieu. Cette dernière n'est pas terrestre et
ne cherche pas non plus de vérifications auprès des
mortels. La vraie religion ne cherchera pas des réponses dans
la science ou par toute autre discipline créée par
l'homme. Ses principes et ses pratiques doivent professer être
enracinés dans les cieux. » (Joseph Fielding
McConkie, Prophets and Prophecy, Salt Lake City Bookcraft, 1988, p.
156)
Les
Écritures rejettent l'idée que les hommes peuvent
utiliser la méthode scientifique ou les signes pour acquérir
la foi : une expérience mise en scène ou suscitée
par la volonté de l'homme et au moment choisi par lui. Le
Seigneur décrète que quand des signes seront donnés,
ils le seront selon ses conditions : par la volonté de
Dieu et au moment et dans les conditions qu'il aura choisis ;
« Oui, les signes viennent par la foi, non pas par la
volonté des hommes, ni selon leur bon plaisir, mais par la
volonté de Dieu. » (D&A 63:10)
Pourquoi
en est-il ainsi ? La réponse se trouve dans le but de la
vie. Nous, les mortels, ne sommes pas envoyés sur terre pour
prouver l'existence de Dieu. Nous sommes ici pour être mis à
l'épreuve. Pour réaliser notre destinée
éternelle, nous devons développer notre foi.
Comme
l'apôtre Paul l'enseigna : « Or, sans la toi,
il est impossible [d'être] agréable [à Dieu] ;
car il faut que celui qui l'approche croie que Dieu existe, et qu'il
est le rémunérateur de ceux qui le cherchent »
(Hébreux 11:6).
Pour
nous permettre de développer cette foi, les paramètres
de la condition mortelle furent, comme Bruce C. Hafen l'a dit,
« attentivement et délibérément
prévus pour ne pas obliger à croire » (Bruce
C. Hafen, The Believing Heart, Salt Lake City, Deseret Book, 1986, p.
6). Par exemple, après que le texte du Livre de Mormon a été
rédigé, les plaques d'or furent enlevées afin de
ne plus être accessibles pour servir de preuve au Livre de
Mormon. La foi ne vient pas des preuves scientifiques ou des signes
miraculeux. Si c'était le cas, l'ordre prescrit par Dieu
serait renversé et la progression spirituelle qui vient du
développement et de l'exercice de la foi serait empêchée.
(Idem, p. 46 à 48)
La
foi vient comme le Seigneur l’a prévu : par le
désir, les tâtonnements et la confiance, par la prière
et le service. Dieu nous a placés dans un contexte terrestre
où nous pouvons acquérir la foi de la façon
qu'il a prévue. Les preuves et les signes viennent plus tard,
selon d’autres critères. Comme le président
George Q. Cannon a dit : « Le témoignage
fiable doit venir de l'intérieur ; c'est-à-dire
que les saints doivent avoir le témoignage du Saint-Esprit en
eux. Les signes extérieurs et les preuves vont confirmer et
fortifier le témoignage intérieur. » (George
Q. Cannon, Gospel Truth, éd. Jerreld L. Newquist, Salt Lake
City, Deseret Book, 1987, p. 152)
Ceci
nous aide à comprendre pourquoi la méthode scientifique
ne s'applique pas pour établir la véracité de
l'Évangile, la réalité du rétablissement
ou l'origine et l'authenticité du Livre de Mormon. Le
président Ezra Taft Benson a déclaré : « La
véracité du Livre de Mormon n'a jamais été
prouvée, hier comme aujourd'hui, par des études
d'experts. L'origine, la préparation, la traduction et la
vérification de la véracité du Livre de Mormon
ont toutes été conservées entre les mains du
Seigneur. » (Ezra Taft Benson, A Witness and a Warning,
Salt Lake City, Deseret Book, 1988, p. 31)
Quelques
saints des derniers jours n'ont pas accepté cette réalité
et sont préoccupés par les preuves confirmant le Livre
de Mormon. À ce sujet, je suis d'accord avec les professeurs
de religion de l'université Brigham Young, Joseph Fielding
McConkie et Robert L. Millett qui ont dit : « Dans de
telles preuves, nous pouvons trouver du carburant pour alimenter le
témoignage, mais seulement si le feu du témoignage
brûle déjà fortement. De telles choses peuvent
alimenter un feu qui brûle déjà mais n'ont pas le
pouvoir d'allumer ce feu. Elles ne sont pas la source du témoignage
et ainsi n'ont pas leur place dans l’œuvre de
prosélytisme. Les preuves, qu'elles soient internes ou
extérieures, ne convertissent ni le Juif, ni le Gentil. De
telles choses peuvent affermir le converti mais elles ne
convertissent pas. Il est dans l'ordre céleste que les signes
suivent la croyance ; ils ne la précèdent pas. »
(Joseph Fielding McConkie et Robert L. Millet, Doctrinal Commentary
on the Book of Mormon, vol. 2, Salt Lake City, Bookcraft, 1987, p.
xiii)
Le
manque de preuves scientifiques décisives des vérités
scripturaires n'empêche pas les défenseurs de l'Évangile
d'avoir accès à des contre-arguments de même
nature. Quand des opposants attaquent l'Église ou sa doctrine
en présentant des soi-disant preuves, les défenseurs
loyaux les contrent avec des arguments d'une nature similaire. Comme
Neal A. Maxwell a dit : « Nous pouvons être
assurés que suffisamment de données et de preuves
extérieures plausibles apparaîtront pour empêcher
les moqueurs de s'amuser avec les Écritures, mais ne seront
pas suffisantes pour enlever la nécessité de la foi. »
(Neal A. Maxwell, But for a Small Moment, Salt Lake City, Bookcraft,
1986, p. 35)
Tout
comme la science ne prouvera pas la vérité religieuse,
elle ne pourra pas la réfuter. Les vérités
éternelles de la religion ne seront pas réfutées,
même par les toutes dernières preuves ou les lois les
plus solides de la science. La science est trop expérimentale
pour cela.
Au
cours du XIXe siècle, de grandes avancées ont été
faites dans la compréhension humaine en ce qui concerne la
nature de l'univers physique et de ses éléments
vivants. Des scientifiques parmi mes amis me disent que les lois de
Newton ne sont actuellement applicables que sous un nombre restreint
de conditions ; par exemple, elles ne correspondent pas au
comportement des micro-particules à grande vitesse. La nature
atomique de la matière était loin d'être acceptée
il y a cent ans. De nos jours, la description la plus précise
d'un atome correspond à une équation mathématique
complexe. Des avancées comparables ont été
faites dans notre compréhension de la photosynthèse, un
processus de base utilisé par le monde végétal
qui permet la continuation de toute vie sur la planète. Il y a
seulement quelques décennies, les scientifiques croyaient que
l'oxygène produit par ce processus venait du dioxyde de
carbone ; aujourd'hui, ils sont sûrs qu'il vient de l'eau.
Il y a moins d'un demi siècle, les scientifiques croyaient que
les protéines présentes dans une cellule étaient
le composant génétique de la cellule. Les manipulations
d'ADN rendues possibles, les scientifiques furent rapidement
convaincus que le composant génétique des cellules
était l'ADN, et non pas les protéines.
Dans
l'oeuvre passionnante des scientifiques, les anciennes explications
sont présentées comme moins exactes que les plus
récentes. Les anciennes explications admises sur des relations
diverses, s'avèrent fausses ou d'une application limitée.
Le processus dynamique se poursuit, et comme nous l'avons dit, la
connaissance s'accroît. Mais la connaissance obtenue par la
méthode scientifique est toujours expérimentale et
n'est pas une fondation suffisante pour réfuter l'existence ou
l'oeuvre de Dieu. Le professeur Hugh Nibley donne cette conclusion :
« Les
paroles des prophètes ne peuvent être soumises aux
essais expérimentaux et imparfaits que les hommes ont préparés
pour les mettre à l'épreuve. La science, la philosophie
et le bon sens sont tous utilisés par les tribunaux. Mais ils
n'ont pas le dernier mot. Chaque fois que les hommes, dans leur
sagesse, ont eu le dernier mot, d'autres derniers mots ont rapidement
suivi. Le dernier mot est le témoignage de l'Évangile
qui ne vient que par la révélation directe. Notre Père
céleste le prononce. S'il était en accord parfait avec
la science d'aujourd'hui, il serait sûrement en désaccord
avec la science de demain. En conséquence, ne cherchons pas à
comparer Dieu aux avis éclairés du moment alors qu'il
parle le langage de l'éternité. » (Hugh
Nibley, The World and the Prophets, Salt Lake City, Deseret Book et
Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1987, p. 134)
Le rôle des
signes et leur diffusion
Quel
est donc le rôle légitime des signes et des miracles ?
Ce n'est sûrement pas de prêcher l'Évangile. Comme
George Q. Cannon l'a observé :
« L'Évangile
de Jésus n'est pas et n'a jamais été dépendant
des seuls miracles pour prouver sa véracité… Par
une lecture attentive des Écritures, nous constatons que ni
Jésus ni ses apôtres n'usaient de miracles pour
convaincre de la vérité de leur enseignement. S'ils
avaient considéré les miracles comme étant la
manière correcte de convertir les gens, ils l'auraient
sûrement adoptée; et un homme n'aurait pas pu être
condamné pour ne pas avoir embrassé leur doctrine s'il
n'avait pas été témoin d'une démonstration
de pouvoir surnaturel (tel que nous le connaissons). Quoi qu'il en
soit, avant son ascension, en parlant à ses disciples, il dit
explicitement que ces signes ou démonstrations de pouvoir
suivraient ceux qui croiraient ; ils devaient être la
conséquence de la foi et non pas l'unique fondement sur lequel
la foi repose. » (George Q. Cannon, Gospel Truth, éd.
Jerreld L. Newquist, Salt Lake City, Deseret Book, 1987, p. 151,
152 ; une Écriture précise que les langues sont un
signe pour l'incroyant [1 Corinthiens 14:22] ; peut-être
que ceci décrit simplement la fonction du don des langues dans
la prédication aux incroyants)
Les
signes permettent de fortifier la foi et sont une bénédiction
pour les croyants. Le Nouveau Testament rapporte la promesse du
Sauveur : « les miracles accompagneront ceux qui
auront cru » (Marc 16:17). Il est rapporté plus
loin que lorsque ses serviteurs s'en allèrent prêcher,
le Seigneur « confirmait la parole par les miracles qui
l'accompagnaient » (Marc 16:20).
La
promesse que les signes suivraient et confirmeraient la parole a été
réaffirmée par les prophètes dans beaucoup
d'autres Écritures (Voir, par exemple, Mormon 9:24; Éther
4:18; D&A 58:64 ; 68: 10 ; 84:65). Néphi
enseigna que les Gentils doivent être convaincus que
Jésus-Christ, « par la puissance du Saint-Esprit,
se manifeste à tous ceux qui croient en lui… faisant,
selon leur foi, des miracles, des signes et des prodiges puissants
parmi les enfants des hommes » (2 Néphi 26:13).
Ceux
qui ont écrit l'histoire de l'Église primitive ont noté
que les apôtres accomplissaient « beaucoup de
prodiges et de miracles » (Actes 2:43 ; 5:11-14 ;
9:33-35, 40-42 ; 13:9). De même, dans les temps modernes,
le Seigneur a promis : « Je montrerai des miracles,
des signes et des prodiges à tous ceux qui croient en mon
nom » (D&A 35:8). À la même époque,
il a mis en garde les détenteurs de sa prêtrise en
disant : « Ne demandez des miracles que si je vous le
commande » (D&A 24:13).
Le
principe selon lequel les signes sont montrés à ceux
qui croient est bien illustré par l'expérience de Néphi
qui désirait voir et connaître les choses que son père
avait vues en vision (1 Néphi 10:7). Après avoir,
par la prière, diligemment cherché à recevoir
cette manifestation, et après avoir fait preuve de foi, il
reçut une vision (1 Néphi 11:1). L'Esprit lui
indiqua que cette vision lui était donnée comme un
signe, à cause de sa foi : « Et toi, Néphi,
tu es béni, parce que tu crois au Fils du Dieu très
haut; c'est pourquoi tu verras les choses que tu as désirées.
Et voici ceci te sera un signe : Lorsque tu auras vu... tu
rendras témoignage » (1 Néphi 11:6,7).
De
même, dans la révélation moderne, le Seigneur a
rappelé que les dons spirituels sont donnés non comme
un signe pour l'incroyant mais comme une aide pour le croyant :
« Car en vérité, je vous le dis, ils sont
donnés pour le bénéfice de ceux qui m'aiment et
qui gardent tous mes commandements, et de celui qui s'efforce de
faire ainsi ; afin que puissent en bénéficier tous
ceux qui cherchent ou qui me demandent, mais non ceux qui me
demandent un signe pour le consommer dans leur convoitise »
(D&A 46:9).
II
y a une autre différence entre les preuves scientifiques et
les signes ou miracles que Dieu donne pour confirmer la parole au
fidèle. C'est la mesure dans laquelle de telles expériences
sont partagées avec les autres. Pour remplir sa fonction, la
preuve scientifique doit être rendue publique. À
l’opposé, les signes et les miracles ne doivent pas être
montrés au monde.
En
renouvelant sa promesse que les signes suivraient ceux qui croient,
le Seigneur a commandé aux membres de son Église « de
ne pas se vanter de cela ni d'en parler devant le monde, car cela
vous est donné pour votre profit et pour le salut »
(D&A 84:73). Deux ans plus tard, il répéta ces
directives aux saints égarés du Missouri, les
conseillant ainsi : « Ne vous vantez pas de votre foi
ni de vos oeuvres puissantes » (D&A 105:24). Plus
tard, Joseph Smith, le prophète, recommanda : « Soyons
fidèles et silencieux, frères, et si Dieu vous donne un
signe, gardez-le pour vous-mêmes. » (Enseignements
du prophète Joseph Smith, compilés par Joseph Fielding
Smith, Église de Jésus-Christ des saints des derniers
jours, 1981, p. 69)
En
règle générale, les saints des derniers jours
suivent ce conseil. Ils ne parlent pas publiquement de leurs
expériences les plus sacrées. Ils mentionnent rarement
les miracles en rendant leur témoignage, et ils prêchent
rarement au pupitre que, grâce aux signes, l'Évangile
est vrai. Habituellement, dans leur témoignage, ils affirment
la véracité de l'Évangile rétabli en
présentant le dénouement de leur expérience mais
sans en révéler toutes les étapes.
Cette
réticence à parler de miracles ou d'expériences
sacrées est quelquefois mal perçue par ceux qui ne
comprennent pas les saints des derniers jours, y compris par d'autres
chrétiens fervents. Il y a quelques années, je donnais
une conférence sur un thème juridique dans une célèbre
université protestante. À l'issue de la conférence,
plusieurs membres de la faculté de théologie
m'invitèrent à déjeuner. Ils me dirent :
« Nous connaissons la grande importance que revêt la
vie familiale chez les mormons. Nous respectons la manière
dont les mormons fidèles paient un dixième de leurs
revenus en dîme. Nous savons que de nombreux mormons ont réussi
dans divers domaines. Mais nous ne savons rien de votre vie
spirituelle individuelle. Nous n'avons jamais entendu nos amis
mormons nous en parler. Les mormons vivent-ils des expériences
religieuses ? »
J'ai
compris que la question de ces pasteurs fervents était :
« Comment pouvez-vous être sauvés si vous
n'avez pas eu un témoignage de l'Esprit ? Si les mormons
ont de telles expériences, pourquoi n'en parlent-ils pas,
comme nous, lorsque nous racontons le moment où nous avons été
'sauvés' ? » Je les assurai que les mormons
ont des expériences spirituelles, mais j'expliquai que nous
considérons ces expériences comme étant si
sacrées que nous en parlons rarement. Je pensai en moi-même
que nous, les saints des derniers jours, pourrions voir plus loin que
la lettre du commandement de ne pas nous vanter des miracles ou de ne
pas les montrer au monde. En omettant de faire part de la richesse de
notre vie religieuse lors de conversations privées avec des
membres réceptifs d'autres Églises, nous perdons des
occasions de glorifier Dieu et de témoigner du Christ et des
bénédictions de son Évangile. Nous pouvons même
induire en erreur certaines personnes lorsque nous en disons trop à
propos des fruits visibles du mormonisme et des réalisations
louables d'éminents saints des derniers jours, et que nous en
disons trop peu sur les expériences spirituelles personnelles
édifiantes des saints des derniers jours ordinaires.
Conclusion
Le
Seigneur a commandé que les signes ne soient pas utilisés
pour convertir l'incroyant. Les signes suivent ceux qui croient et
ont la foi et sont une confirmation et une force pour eux. À
ce sujet, la méthode scientifique, bien qu'elle ait abouti à
tant d'avancées dans la connaissance du monde, diffère
nettement de la méthode du Seigneur. Certains confondent la
méthode scientifique et celle du Seigneur (y compris
l'utilisation correcte ou incorrecte des signes) et ne comprennent
pas l'utilisation appropriée de chacune d'elles. Il se peut
que certaines de ces confusions soient imputables à
l'utilisation du mot preuve dans le domaine spirituel.
L'apôtre
Paul a dit : « Mais examinez toutes choses et retenez
ce qui est bon » (1 Thessaloniciens 5:21). De même,
en réaffirmant le commandement de la dîme par
l'intermédiaire du prophète Malachie, le Seigneur dit :
« Mettez-moi de la sorte à l'épreuve, dit
l'Éternel des armées. Et vous verrez si je n'ouvre pas
pour vous les écluses des cieux, si je ne répands pas
sur vous la bénédiction au-delà de toute
mesure » (Malachie 3:10).
Par
la bouche de Malachie, le Seigneur a donné des promesses
spécifiques à ceux qui apporteraient leur dîme
(par exemple : « Pour vous je menacerai celui qui
dévore »). Ces passages scripturaires invitent le
fidèle à mettre le Seigneur à l'épreuve
en gardant ses commandements et en recherchant la bénédiction
promise. Cette « expérience » ne fait
pas partie du genre de signes qu'il nous est commandé
d'éviter.
Puisque
le genre de preuve qui provient de l'obéissance aux
commandements et de la recherche de la bénédiction
promise est le résultat de l'exercice de la foi, les signes
qui suivent ceux qui croient ne sont pas des signes interdits mais
appropriés. Ceci est évident dans ce qui est peut-être
la plus puissante invitation, parmi toutes les Écritures, à
rechercher une preuve : « Et quand vous recevrez ces
choses, je vous exhorte à demander à Dieu, le Père
éternel, au nom du Christ, si ces choses ne sont pas vraies ;
et si vous le demandez avec un coeur sincère et avec une
intention réelle, ayant foi au Christ, il vous en manifestera
la vérité, par le pouvoir du Saint-Esprit »
(Moroni 10:4).
Moroni
fait la promesse explicite d'une manifestation spirituelle à
celui qui cherche à connaître la véracité
du Livre de Mormon. Mais, il faut le noter, cette promesse est faite
seulement à la personne qui demande « avec un coeur
sincère et avec une intention réelle, ayant foi au
Christ ». La manifestation qui est donnée en
réponse, suite à cette promesse, n'est pas un signe
donné pour convertir l'incroyant, mais un signe qui suit la
foi et l'engagement personnel.
Lors
d'une récente conférence générale, le
président Howard W. Hunter, réaffirmant l'avertissement
de James E. Talmage concernant l'arrogance de ceux qui rejettent la
véracité des miracles et des signes dont ils n'ont pas
fait l'expérience, et qu'ils ne peuvent comprendre, a dit :
« La science et l'intelligence humaine n'ont pas encore
fait suffisamment de progrès pour analyser et expliquer ces
prodiges. Frère Talmage a averti qu'il est de toute évidence
arrogant d'affirmer que les miracles n'existent pas, que les
résultats et les manifestations ne peuvent être
qu’imaginaires puisque nous ne pouvons comprendre les moyens
par lesquels ils se produisent... En fait, ceux qui ont été
les bénéficiaires de ces miracles en sont les témoins
les plus convaincants. » (L’Étoile, juillet
1989, p. 14)
Ce
conseil s'applique particulièrement au témoignage sacré
que le Saint-Esprit rend à celui qui recherche la vérité.
Ceux qui ne sont pas prêts spirituellement à recevoir ce
témoignage devraient prendre garde à ne pas affirmer
que, parce qu'ils n'en ont pas fait l'expérience, il n'existe
pas.
Dans
une revue d'histoire moderne, un spécialiste saint des
derniers jours a fait cette analyse de la croyance mormone à
propos des miracles et du témoignage de l'Esprit :
« La
caractéristique la plus anachronique du mormonisme pourrait
être son ouverture constante au miraculeux. [Richard] Bushman
fait la remarque que depuis le 18ème siècle la plupart
des dénominations chrétiennes ont rejeté la
possibilité d'événements surnaturels non
mentionnés dans la Bible. En parlant d'anges, de guérisons,
de prophéties et de la révélation à notre
époque, les mormons offensent les fondamentalistes et les
agnostiques en enfreignant cette règle qui est une synthèse
chrétienne du Siècle des Lumières. Se souciant
peu de l'authenticité contemporaine du doute existentiel, les
mormons affirment individuellement que leur foi a été
miraculeusement confirmée par un témoignage du
Saint-Esprit reçu en réponse à leur prière.
Même les spécialistes mormons tels que Bushman et
[Leonard J.] Arrington expliqueraient que ces expériences de
révélation sont aussi essentielles à leur foi
que la recherche documentaire, la preuve empirique ou la logique
herméneutique... Au seuil du Jugement Dernier, il semble que
tout le monde soit d'accord sur un point : les mormons vont à
l'encontre de l'esprit de notre temps. » (Bryce
Christensen, Mormons and Modernism, Chronicles of Culture, juillet
1985, p. 10)
Le
professeur Hugh Nibley a noté une tendance naturelle, dans le
domaine de la religion, « à osciller entre deux
pôles opposés : le pôle de l'intellect et le
pôle de la superstition et de la vulgarité »
(Hugh Nibley, The World and the Prophets, Salt Lake City, Deseret
Book et Foundation for Ancient Research and Mormon Studies, 1987, p.
142). En d'autres termes, ce qui relève de la religion est
susceptible d'être corrompu d'un côté par
l'intellectualisme et de l'autre par la superstition. Cette tendance
est évidente dans l'opposition entre les signes et la science.
L'approche
purement intellectuelle de la religion rejette les miracles modernes
et suspecte toute vérité religieuse qui ne peut être
prouvée par la méthode scientifique. À l'autre
extrême se situent les superstitieux, ceux qui rejettent la
possibilité de connaître Dieu par quelque moyen que ce
soit, scientifique ou religieux. La science se considère comme
étant maître des signes. La superstition apparaît
comme la servante des signes.
La
vraie religion n'est ni intellectuelle ni superstitieuse. Le rôle
exact des signes illustre le juste milieu de la vérité.
Les signes ne servent pas à prouver la vérité
religieuse, comme certains pensent que la méthode scientifique
le peut. Les signes ne sont pas non plus un substitut à la
connaissance, comme le voudrait la superstition. La connaissance de
la vérité à propos de Dieu et de ses
commandements à ses enfants vient par la foi et la révélation
du Saint-Esprit, ce qui est une méthode inacceptable pour la
superstition et qui ne peut être prouvée par la science.
Quand la foi est obtenue et exercée, les signes suivent ceux
qui croient.
(Dallin H. Oaks, The Lord's Way, Deseret Book, 1991 ; À la manière du Seigneur, Éditions
françaises LDS, 2008, chapitre 3)